Faut-il suivre une école juridique ?

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THÉOLOGIE · DOSSIER EN 28 CHAPITRES

Faut-il suivre une école juridique ?

Madhhab, taqlīd, ijtihād : ce que disent les savants

Comprendre les quatre écoles, suivre les preuves sans improviser, vivre sereinement les divergences.

Réponse en trente secondes. Le musulman qui n’a pas les outils pour déduire lui-même les règles de sa religion doit l’apprendre auprès des savants : c’est le principe, et les juristes s’y accordent. Apprendre le fiqh à travers l’une des quatre écoles sunnites, hanafite, malikite, shafiʿite ou hanbalite, est la voie la plus sûre et la plus éprouvée pour cela : obligatoire selon une grande partie des juristes postérieurs, permise et louable selon les autres. Suivre une école, c’est suivre le Coran et la Sunna avec la compréhension des Salaf, transmise et vérifiée pendant des siècles. Ce n’est ni tenir l’imam pour infaillible, ni rejeter une preuve claire établie par les gens compétents, ni mépriser l’école de son frère. Et chercher d’une école à l’autre l’avis qui arrange est interdit.

Faut-il suivre un madhhab ? Est-ce obligatoire, recommandé, simplement permis, ou interdit ? Peut-on prendre dans les quatre écoles, hanafite, malikite, shafiʿite et hanbalite ? Que faire quand un hadith semble contredire l’avis de son école ? Ce dossier répond preuve par preuve, à partir du Coran, de la Sunna et des savants des quatre écoles, en distinguant toujours le consensus, l’avis majoritaire et la position discutée. Le mot madhhab s’écrit aussi madhab ou mazhab ; on parle d’école juridique, d’école de jurisprudence ou d’école de fiqh. Taqlīd (taqlid) désigne le suivi d’un savant, ijtihād (ijtihad) l’effort de déduction du juriste qualifié.

Par où commencer ?

Première partie — Comprendre

Deuxième partie — Juger

VII. Le jugement : obligatoire, recommandé, permis ou interdit ?Suivre une école est-il obligatoire, recommandé, permis ou interdit ? Le jugement détaillé, l’avis des savants des quatre écoles et leurs preuves.Lire le chapitre VII →VIII. « Si le hadith est authentique, c’est mon madhhab »« Si le hadith est authentique, c’est mon madhhab » : une phrase d’al-Shāfiʿī presque toujours mal utilisée. À qui s’adresse-t-elle vraiment ?Lire le chapitre VIII →IX. Deux exemples malikites : le chien et le jeûne oubliéLa salive du chien et le jeûne oublié : deux cas où un hadith authentique, lu seul, ne donne pas toute la règle, et comment les malikites articulent tout.Lire le chapitre IX →X. Ne suivre « aucune école »Celui qui dit « je ne suis d’aucun madhhab » suit presque toujours un savant contemporain. Pourquoi « aucune école » revient à suivre quelqu’un.Lire le chapitre X →XI. Une école, pas quatre : la pédagogie et le talfīqPourquoi apprendre une école plutôt que piocher dans les quatre ? La raison pédagogique, et la raison juridique : le talfiq, exposé sans caricature.Lire le chapitre XI →XII. La chasse aux facilitésLa chasse aux facilités, prendre d’une école à l’autre l’avis qui arrange, est interdite : le mariage bricolé, Sulaymān al-Taymī et le test décisif.Lire le chapitre XII →XIII. Les divergences dans la prièreMains levées ou non, bras croisés ou le long du corps, basmala audible ou non : accueillir les divergences dans la prière sans en faire une identité.Lire le chapitre XIII →XIV. Les dérives, dans les deux sensLe fanatisme d’école d’un côté, le « sans école » mal compris de l’autre : les deux dérives, et pourquoi c’est le fanatisme qui est visé, non l’affiliation.Lire le chapitre XIV →

Troisième partie — Appliquer

Quatrième partie — Les livres des savants

XX. Les fondements (IIIᵉ-Vᵉ siècles)Les premiers livres : al-Shāfiʿī, Ibn ʿAbd al-Barr, al-Khaṭīb al-Baghdādī. Le savoir est-il le même pour tous, et que doit faire celui qui ne sait pas ?Lire le chapitre XX →XXI. Les traités d’uṣūl et de la fatwa (VIᵉ-VIIᵉ siècles)Les livres de fondements établissent que le commun doit suivre les savants ; les traités de la fatwa posent la question de l’attachement à une école.Lire le chapitre XXI →XXII. Le VIIIᵉ siècle : le grand débatIbn Taymiyya, Ibn al-Qayyim, al-Subkī, al-Shāṭibī : le siècle où la question est traitée le plus à fond, par des savants de tous bords.Lire le chapitre XXII →XXIII. Les époques postérieures : codification et équilibreAprès le VIIIᵉ siècle : l’obligation fixée dans les manuels, et Shāh Waliyyullāh entre l’attachement aux quatre écoles et le refus du fanatisme.Lire le chapitre XXIII →XXIV. Les critiques du taqlīdIbn Ḥazm, al-Shawkānī et les autres : ce que disent vraiment les critiques du taqlīd, qui demandent eux aussi au non-savant d’interroger les savants.Lire le chapitre XXIV →XXV. Le débat contemporainAu XXᵉ siècle, le discours « pas de madhhab, seulement le dalil » : les ouvrages qui permettent de situer la controverse actuelle.Lire le chapitre XXV →XXVI. Arguments et contre-argumentsLes arguments et les objections confrontés point par point : chaque position, l’objection qu’on lui oppose, puis la réponse, avec les savants.Lire le chapitre XXVI →XXVII. SynthèseCe que disent les savants, ramassé : ce qui est établi, ce qui est majoritaire et ce qui reste disputé sur le suivi d’une école.Lire le chapitre XXVII →

Conclusion

Annexes

Questions fréquentes sur le madhhab

Faut-il suivre une école ? Est-ce obligatoire ?

Suivre les savants est obligatoire pour qui ne sait pas : c’est la position de la quasi-totalité des juristes, fondée sur le verset « Demandez aux gens du Rappel si vous ne savez pas » (16:43). S’attacher à une école déterminée est obligatoire selon une grande partie des juristes postérieurs des quatre écoles, comme al-Subkī, Ibn al-Ṣalāḥ, Ibn Rajab ou les malikites de Marāqī al-suʿūd. Selon d’autres, comme al-Nawawī et Ibn Taymiyya, c’est permis, et c’est la voie normale de celui qui apprend. Dans les deux cas, c’est la voie la plus sûre pour le musulman ordinaire (chapitre VII).

Je veux la réponse fondée sur les sources, pas l’avis d’une école. Est-ce possible ?

Ces deux choses ne s’opposent pas. Une école juridique n’est pas un avis placé à côté des sources : c’est la lecture des sources elles-mêmes, menée par des générations de savants. Lorsque l’imam Mālik se prononce sur le jeûne, il ne s’écarte pas des sources : il les lit. Al-Shāṭibī le résume : les fatwas des mujtahids sont, pour le commun, ce que les preuves sont pour les mujtahids. Celui qui demande « la réponse des sources » à un savant reçoit la lecture des sources par ce savant ; mieux vaut qu’elle soit celle d’une école vérifiée pendant des siècles que celle d’un homme seul (chapitres I et VII).

Suivre une école, n’est-ce pas suivre un homme au lieu du Prophète ﷺ ?

Non. Tu ne suis pas Mālik parce qu’il est Mālik ; tu le suis parce qu’il transmet et explique la Sunna mieux que tu ne peux le faire seul. Ibn Taymiyya l’écrit : les imams sont des moyens, des voies et des indicateurs entre les gens et le Messager ﷺ, qui leur transmettent ce qu’il a dit et leur font comprendre ce qu’il a voulu dire (Majmūʿ al-fatāwā, 20/224). Le malade qui suit l’ordonnance de son médecin ne remplace pas la médecine par un homme : il accède à la médecine par lui (chapitre IV).

Les imams n’ont-ils pas eux-mêmes interdit qu’on les imite ?

Ils l’ont interdit à ceux qui étaient capables de vérifier leurs preuves, c’est-à-dire à leurs élèves, devenus les imams de la génération suivante. Al-Nawawī explique que la parole « si le hadith est authentique, c’est mon école » s’adresse à celui qui a atteint l’ijtihād dans l’école. Les mêmes imams répondaient aux questions du commun sans lui demander de vérifier leurs preuves. L’interdiction vise le fanatisme du savant compétent, pas l’apprentissage du débutant (chapitre VIII).

« Ils ont pris leurs rabbins et leurs moines pour seigneurs » (9:31) : n’est-ce pas ce que font les gens des écoles ?

Le Prophète ﷺ a lui-même expliqué ce verset à ʿAdī ibn Ḥātim : ils ne les adoraient pas, mais lorsque leurs rabbins déclaraient licite ce qu’Allah avait interdit, ils le tenaient pour licite, et lorsqu’ils interdisaient ce qu’Allah avait permis, ils le tenaient pour interdit (al-Tirmidhī, n° 3095). Le verset condamne l’obéissance contre la Loi d’Allah. Le croyant qui suit une école suit des juristes qui cherchent la Loi d’Allah et qui seraient les premiers à rejeter un avis s’il était prouvé qu’il la contredit.

Les écoles ne sont-elles pas une innovation, puisqu’elles n’existaient pas du temps du Prophète ﷺ ?

Le fond existait : demander à qui sait et suivre sa réponse, comme les gens de Médine suivaient Zayd. Ce qui est venu ensuite, c’est la mise par écrit et l’organisation de ce savoir, comme pour la science du hadith, la grammaire arabe ou la mise en recueil du Coran. Ce sont des moyens au service de la religion, pas des ajouts à la religion. Personne n’appelle innovation le Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī parce qu’il n’existait pas au temps du Prophète ﷺ.

Pourquoi quatre écoles et pas cinq ou dix ?

Le chiffre reflète l’histoire de la transmission : d’autres écoles ont existé, celles d’al-Awzāʿī, d’al-Layth, de Sufyān al-Thawrī, de Dāwūd al-Ẓāhirī, d’al-Ṭabarī, et de grands juristes indépendants. Elles se sont éteintes faute de transmission complète, non parce qu’elles étaient fausses. Aucun texte révélé n’impose le nombre quatre (chapitre V).

Un savant que je respecte dit qu’il ne faut pas suivre de madhhab. Qui a raison ?

Sa position existe, et des savants de valeur l’ont défendue : c’est l’une des trois positions exposées au chapitre VII. Mais elle est minoritaire face à celle des juristes des quatre écoles. Et même ceux qui la défendent reconnaissent que le non-savant doit suivre quelqu’un qui sait : la question est donc de savoir qui tu suis, pas si tu suis. Ibn Bāz lui-même, qui ne rendait pas une école obligatoire, a enseigné toute sa vie le fiqh hanbalite.

Puis-je prendre dans les quatre écoles ?

Prendre ponctuellement l’avis d’une autre école, pour une raison sérieuse et sur le conseil d’un savant qui connaît ta situation, est admis par de nombreux juristes. Ce qui est interdit, c’est de choisir à chaque question l’avis le plus facile, ou de combiner des avis au point de faire un acte qu’aucune école ne valide (chapitres XI et XII).

Puis-je changer d’école ?

Oui, pour une raison sérieuse : un déménagement, un mariage, un enseignant disponible, un institut. De grands savants l’ont fait, comme al-Ṭaḥāwī et al-Khaṭīb al-Baghdādī. Ce qui est blâmable, c’est de changer pour échapper à une obligation ou trouver une facilité, et des juristes interdisent de revenir sur une question où l’on a déjà agi (chapitre XVI).

Puis-je prier derrière un imam d’une autre école ?

Oui, en principe, et c’est la pratique des compagnons. Les juristes exposent certaines exceptions techniques, mais une divergence reconnue sur des détails de la prière ne rend pas la prière collective invalide (chapitre XIII).

Je suis converti. Dois-je choisir une école ?

Tu dois apprendre ta religion auprès de quelqu’un de fiable. En France, l’enseignement le plus disponible est malikite, et c’est un cadre naturel. Mais si ton enseignant est hanafite ou shafiʿite, son école peut devenir la tienne. Commence par les bases avec un enseignant, sans te disperser entre plusieurs avis (chapitres XV et XVI).

Les 33 questions et leurs réponses complètes : chapitre XIX.

Les livres de référence étudiés

La quatrième partie présente, livre par livre, les ouvrages où les savants ont traité la question : la Risāla d’al-Shāfiʿī, le Jāmiʿ bayān al-ʿilm d’Ibn ʿAbd al-Barr, al-Faqīh wa-l-mutafaqqih d’al-Khaṭīb al-Baghdādī, al-Mustaṣfā d’al-Ghazālī, Rawḍat al-nāẓir d’Ibn Qudāma, l’Adab al-muftī d’Ibn al-Ṣalāḥ, la Rawḍat al-ṭālibīn d’al-Nawawī, les fatwas d’Ibn Taymiyya et son Rafʿ al-malām, l’Iʿlām al-muwaqqiʿīn d’Ibn al-Qayyim, al-Muwāfaqāt d’al-Shāṭibī, l’épître d’Ibn Rajab contre ceux qui suivent une autre école que les quatre, l’ʿIqd al-jīd de Shāh Waliyyullāh, le Radd al-muḥtār d’Ibn ʿĀbidīn, et les livres des critiques du taqlīd, Ibn Ḥazm et al-Shawkānī. Voir chapitre XX, XXI, XXII, XXIII, XXIV et XXV, et le tableau des positions.

Et Allah est le plus savant.