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Troisième partie — Appliquer · Chapitre XV sur XXVIII
XV. Laquelle choisir ? Aucune école n’est « la plus vraie »
Termes et graphies : madhhab (aussi écrit madhab ou mazhab : école juridique) · ijtihād (ijtihad) · mujtahid (moujtahid) · uṣūl al-fiqh (usul al-fiqh).
Les quatre puisent au Coran et à la Sunna ; leurs divergences sont des divergences d’ijtihād, et le hadith du juge couvre leurs efforts. Aucune n’est hors de l’agrément d’Allah.
Aucune école n’est « la plus vraie »
Nuançons tout de suite ce que cette phrase veut dire : les quatre sont des écoles sunnites reconnues, mais cela ne signifie pas que toutes leurs conclusions sont identiquement fortes dans chaque question ; un chercheur qualifié peut légitimement juger un avis plus fort qu’un autre selon les preuves. Ce que le dossier refuse, c’est de transformer ce droit du mujtahid en licence générale pour le débutant.
Chacune a sa force, et ces caractérisations sont des synthèses pédagogiques, pas des slogans exclusifs : Abū Ḥanīfa, l’art de Kūfa pour raisonner les cas nouveaux ; Mālik, la pratique vivante de Médine ; al-Shāfiʿī, la codification des uṣūl ; Aḥmad, une maîtrise du hadith hors norme.
Un mot sur l’argument qu’on entend parfois : « l’école d’Aḥmad est la meilleure, car venue en dernier, elle a profité des trois autres ». Il ne tient pas. D’abord, cette logique ferait de chaque génération la meilleure, l’inverse exact de la parole du Prophète ﷺ sur les meilleures générations. Ensuite, si l’ancienneté devait compter, elle se retournerait : Abū Ḥanīfa est le plus ancien des quatre, et Mālik a vécu à Médine parmi les enfants et petits-enfants des compagnons, au point de faire de la pratique transmise des Médinois une preuve, un principe qu’il expose lui-même dans sa lettre à al-Layth ibn Saʿd, rapportée notamment par le Qāḍī ʿIyāḍ dans Tartīb al-madārik, et qu’un hanbalite de la taille d’Ibn Taymiyya a défendu dans un traité consacré aux fondements de l’école de Médine. Enfin, Aḥmad vénérait Mālik et al-Shāfiʿī et n’aurait jamais accepté qu’on le place au-dessus d’eux. Et chaque école a son champion : Ibn al-Ṣalāḥ jugeait l’école shafiʿite la plus digne d’être suivie, Ibn Ḥamdān retournait le même argument en faveur de l’école d’Aḥmad, al-Suyūṭī penchait pour al-Shāfiʿī. Il n’existe pas de classement unanime.
Il n’y a pas de classement : le choix d’une école n’est pas une question de vérité, c’est une question de cohérence.
Comment choisir, alors ?
Comme on a toujours choisi : par la transmission disponible. Médine suivait Zayd, Kūfa Ibn Masʿūd, La Mecque Ibn ʿAbbās ; personne ne partait à la recherche du compagnon dont l’avis lui plaisait le plus ; on apprenait auprès de celui qui était là. L’argument le plus prudent est celui de l’environnement d’apprentissage : choisis l’école de ta terre, de ta famille, de ta mosquée, des enseignants dont tu peux réellement apprendre, des livres disponibles dans ta langue. Pour le musulman ordinaire, la disponibilité d’un professeur fiable et d’un cursus cohérent est plus déterminante que la recherche abstraite du « meilleur madhhab ».
Quatre critères utiles au débutant :
- Un enseignant vivant et fiable, qui comprend ce qu’il transmet, connaît les conditions des actes, explique l’avis retenu sans mentir sur les autres écoles, et sait dire « je ne sais pas ».
- Une méthode complète : un manuel introductif, des explications suivies, une révision, puis les preuves et les commentaires. Une succession de réponses contradictoires n’est pas une méthode.
- L’environnement : la famille, la mosquée, l’institut, les livres accessibles. Cet argument est pédagogique ; il n’érige pas la tradition locale en critère de vérité.
- La possibilité de poser des questions : « pourquoi ? », « d’après quel texte ? », « est-ce l’avis de tous les malikites ? », « que disent les autres ? ». Le bon enseignement leur laisse place, sans en déduire qu’un débutant peut arbitrer chaque réponse.
Si ta famille suit une école, commence par elle : tu as déjà un environnement. Si ta famille et ta mosquée diffèrent, ce n’est pas un problème : on peut apprendre selon l’une et prier derrière l’autre. Si tu es converti, tu n’as pas d’héritage à préserver : choisis un enseignant fiable, sérieux, accessible ; son école deviendra ton cadre. Et retiens ceci : un choix pédagogique n’équivaut jamais à déclarer les autres écoles fausses.
Quatre étapes pour étudier le fiqh
- Acquérir les obligations personnelles (farḍ ʿayn) : la purification, la prière, le jeûne, et ce qui concerne directement sa situation, avant une opération commerciale, un mariage ou un contrat.
- Étudier un manuel de son école avec un professeur : comprendre les termes, les conditions, les causes d’invalidité et les cas courants.
- Lire les preuves et les commentaires : découvrir pourquoi l’école a retenu certains avis, quels hadiths elle considère, et où ses juristes ont discuté une autre position.
- Aborder le fiqh comparé et les fondements du droit : le point de divergence, la hiérarchie des preuves, la force des objections et les conditions du tarjīḥ, progressivement et avec un enseignant.
Cette progression n’est pas prescrite par la Révélation, et elle ne garantit pas de devenir savant. C’est la discipline d’apprentissage que toutes les institutions sérieuses ont suivie, et elle évite la dispersion.
Sources de ce chapitre : biographies et ouvrages d’uṣūl des quatre écoles ; Ibn Taymiyya, Rafʿ al-malām et Ṣiḥḥat uṣūl madhhab ahl al-Madīna ; al-Dhahabī, Siyar ; le Qāḍī ʿIyāḍ, Tartīb al-madārik ; Ibn al-Ṣalāḥ, Adab al-muftī, p. 162-163 ; Ibn Ḥamdān, Ṣifat al-fatwā, p. 73 ; principe coranique de recours aux gens du savoir (16:43). Degré : position comparative, sans unanimité sur un rang des écoles ; recommandation pédagogique.
Et Allah est le plus savant.
