VIII. « Si le hadith est authentique, c’est mon madhhab » : à qui s’adresse la phrase — Faut-il suivre une école juridique ?

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Deuxième partie — Juger · Chapitre VIII sur XXVIII

VIII. « Si le hadith est authentique, c’est mon madhhab » : à qui s’adresse la phrase

Termes et graphies : madhhab (aussi écrit madhab ou mazhab : école juridique) · ijtihād (ijtihad) · mujtahid (moujtahid) · dalil (preuve).

La phrase est authentiquement attribuée à al-Shāfiʿī, sous plusieurs formulations, et les autres imams ont des paroles de même sens. Elle est vraie, elle est belle, et elle est presque toujours mal utilisée.

La réponse d’al-Nawawī

Car à qui s’adresse-t-elle ? Al-Nawawī rapporte ces formulations dans l’introduction de son Majmūʿ, puis répond explicitement, et sa réponse fait autorité chez les shafiʿites eux-mêmes, c’est-à-dire chez les héritiers directs de la phrase : « Cela ne signifie pas que quiconque voit un hadith authentique dise “c’est l’école d’al-Shāfiʿī” et agisse selon son sens apparent ; cela concerne celui qui a le rang d’ijtihād dans l’école… à condition qu’il estime probable qu’al-Shāfiʿī n’a pas connu ce hadith ou n’en a pas connu l’authenticité » (al-Majmūʿ, 1/63-64). Avant de déclarer « voici désormais l’avis d’al-Shāfiʿī », il faut pouvoir vérifier : l’imam connaissait-il ce hadith ? Le tenait-il pour authentique ? Avait-il une autre preuve ? Le considérait-il comme abrogé, spécifique, restreint, ou autrement interprété ?

Al-Nawawī donne l’exemple d’Abū l-Walīd ibn al-Jārūd, qui crut que le hadith « le jeûne de celui qui pose les ventouses et de celui qui les reçoit est rompu » devait devenir l’avis de l’école, alors qu’al-Shāfiʿī le connaissait et le tenait pour abrogé. Et il cite Ibn al-Ṣalāḥ : « Agir selon la lettre de cette parole d’al-Shāfiʿī n’est pas chose facile. »

Ibn Rajab dit exactement la même chose de la parole d’Aḥmad « n’écrivez pas mon avis, apprenez comme nous avons appris » : elle vise celui qui a, ou peut acquérir, la science d’Aḥmad. Ces imams parlaient à ceux qui étaient assis devant eux, et qui sont devenus les imams de la génération suivante. Pas à un fil de commentaires.

« Le dalil est supérieur au madhhab » n’implique pas « le débutant est habilité à arbitrer seul entre le dalil et le madhhab ».

Cinq vérifications avant de parler de contradiction

  1. Le hadith est-il réellement établi dans les termes cités, et dans cette version ?
  2. Existe-t-il d’autres textes sur la question, qui le restreignent, le précisent ou l’abrogent ?
  3. L’imam connaissait-il cette transmission ? Il figure peut-être dans son propre livre.
  4. L’avait-il jugée faible, restreinte, liée à une circonstance ou abrogée, et pourquoi ?
  5. Des juristes capables de comparer ces preuves ont-ils déjà traité la question ?

Cette liste ne signifie pas qu’une erreur de l’école serait impossible : la tradition du fiqh est pleine de savants qui ont conclu, à l’intérieur de leur école, que la preuve favorisait un autre avis. Elle signifie que déclarer l’erreur exige une méthode, et que cette méthode est celle du savant.

La logique en est simple

Imagine que tu lises : « Le Prophète ﷺ a fait X », et que tu conclues : « donc X est obligatoire ». Le juriste pourrait te répondre : mais connais-tu le hadith Y qui le restreint ? La parole d’Ibn ʿUmar qui l’explique ? La distinction entre obligation et recommandation dans ce type d’énoncé ? La circonstance particulière de X ? À la fin, ton dalil n’était pas faux. Ton raisonnement était incomplet. Et un raisonnement incomplet peut produire une règle fausse à partir d’un texte vrai.

Il faut éviter l’excès inverse. Le fidèle n’a pas besoin du niveau d’un mujtahid pour lire le Coran, le méditer, pratiquer un enseignement clair, connaître les preuves courantes de ce qu’il fait, savoir qu’un avis est discuté ou poser des questions. La réserve concerne le fait de produire, sur une question complexe, une règle concurrente de celle des juristes, non l’accès des croyants à la Révélation.

Deux exemples malikites vont le montrer concrètement au chapitre suivant, choisis exprès parce que ce sont ceux qu’on jette le plus souvent à la figure des malikites.

Sources de ce chapitre : al-Nawawī, al-Majmūʿ, introduction, 1/63-64 (chapitre sur le cas où un hadith semble contredire le madhhab) ; Ibn al-Ṣalāḥ, Adab al-muftī ; Ibn Rajab, al-Radd. Degré : attribution et explication d’al-Nawawī vérifiées dans son texte.

Et Allah est le plus savant.