Mythes et préjugés sur l’islam · Dossier n° 51
Le Mahdî et le Dajjâl : l’islam, religion de fin du monde ?
Le mythe d’une religion obsédée par l’apocalypse ; ce que la Sunna dit du Dajjâl, du retour de Jésus, du Mahdî et des dix signes — et ce qu’elle interdit d’en faire ; dans quel ordre, et avec quelle certitude ; le hadith du gharqad lu dans son texte ; le drapeau noir et Dâbiq ; les faux Mahdî, de 1121 à Daech ; les deux Mahdî, sunnite et chiite ; le miroir des apocalypses, avec ses limites
« Si l’Heure se lève alors que l’un de vous tient en main un plant de palmier, qu’il le plante, s’il peut le faire avant qu’elle ne se lève. »
Rapporté par Ahmad, n° 12902 — le fil conducteur de ce dossier
Ce que ce dossier établit — et ce qu’il n’établit pas
Il établit que l’islam a une doctrine de la fin — le Dajjâl, le retour de Jésus, le Mahdî, les dix signes de l’Heure —, comme le christianisme a l’Antéchrist et le retour du Christ, et le judaïsme son Messie ; que cette doctrine est dans la Sunna avec des degrés d’attestation différents, que le dossier distingue à chaque pas : ce qui est dans le Coran, ce qui est dans les deux Sahîh, ce qui est dans les Sunan, ce que les savants ont discuté, et ce que des hommes y ont ajouté ; que la Sunna interdit ce que le mythe lui prête — connaître la date, hâter la fin, suivre les prétendants, cesser d’agir — et ordonne l’inverse : planter l’arbre même si l’Heure se lève ; que le Mahdî des textes sunnites est un homme juste et non un conquérant, et qu’il diffère de l’imam caché des chiites ; que le hadith du gharqad est une annonce et non un ordre, que les commentateurs l’ont situé dans le cadre du Dajjâl, et que sa transformation en slogan politique est moderne ; que les prétendants, de 1121 à Daech, sont ce que le Prophète a annoncé pour qu’on ne les suive pas ; et que l’attente de la fin est celle de tout monothéisme, et qu’on ne nomme pas « religion de fin du monde » ceux qui ont vendu soixante-cinq millions d’apocalypses romancées.
Il n’établit pas que l’eschatologie musulmane est une métaphore — elle ne l’est pas ; ni une chronologie certaine — l’ordre des événements fait l’objet de discussions, et le dossier le dit ; ni que les musulmans n’en abusent pas — des prédicateurs en vivent, des djihadistes en ont fait une stratégie, et des listes de « signes » mêlant l’authentique et l’inventé circulent par millions ; ni que les hadiths du Mahdî sont incontestés — un grand savant les a contestés. Il dit ce que les textes disent, à quel degré, ce que la tradition en a fait, et ce qu’elle interdit d’en faire.
I. Le mythe — dans sa version la plus forte
Donnons au mythe toute sa force. L’islam, dit-il, est une religion de fin du monde : ses fidèles attendent un Mahdî qui conquerra la terre, un Jésus revenu qui brisera les croix, une bataille finale contre un Antéchrist borgne suivi par les juifs, et un jour où les pierres elles-mêmes diront « ô musulman, il y a un juif derrière moi, tue-le ». Cette attente n’est pas une marge : elle a armé le Mahdî du Soudan contre les Anglais, les preneurs d’otages de La Mecque en 1979, les égorgeurs de Daech qui donnaient à leur revue le nom de Dâbiq, le lieu de la bataille finale ; elle alimente les chaînes de « signes de l’Heure » que des millions de jeunes regardent ; elle fait du conflit du Proche-Orient une étape de l’Apocalypse. Une religion qui attend la fin du monde ne peut pas bâtir le monde, et une communauté qui attend le Mahdî n’a pas besoin de la démocratie.
Ce mythe a pour lui des faits. L’islam a une eschatologie, elle est dans ses textes, et les musulmans y croient. Le Mahdî n’est pas dans le Coran, et un savant de premier rang a douté des hadiths qui le concernent. Des prétendants ont pris les armes, d’Ibn Tûmart à Juhaymân, et Daech a bien nommé sa revue d’après un hadith. Le hadith des pierres et du gharqad existe, dans al-Bukhârî et Muslim, et une charte politique l’a cité. Des prédicateurs vivent des « signes de l’Heure ». Le dossier ne niera rien de cela. Il fera ce que la série fait : donner les textes avec leur degré, dire ce qu’ils affirment et ce qu’ils interdisent, et distinguer la religion de ce que des hommes en ont fait.
II. Ce que la Sunna dit — et d’abord ce qu’elle interdit de savoir
يَسْأَلُونَكَ عَنِ السَّاعَةِ أَيَّانَ مُرْسَاهَا ۖ قُلْ إِنَّمَا عِلْمُهَا عِندَ رَبِّي ۖ لَا يُجَلِّيهَا لِوَقْتِهَا إِلَّا هُوَ
Le sens : « Ils t’interrogent sur l’Heure : quand arrivera-t-elle ? Dis : sa connaissance n’est qu’auprès de mon Seigneur ; nul autre que Lui ne la fera paraître en son temps. »
— Sourate 7, Al-A‘râf, verset 187
مَا الْمَسْئُولُ عَنْهَا بِأَعْلَمَ مِنَ السَّائِلِ
Gabriel demanda au Prophète : « Quand viendra l’Heure ? » Il répondit : « Celui qu’on interroge n’en sait pas plus que celui qui interroge. »
Rapporté par al-Bukhârî, n° 50, et par Muslim, n° 8-9 — le hadith de Gabriel
Il faut commencer par là, parce que c’est le socle de toute l’eschatologie musulmane et que le mythe l’ignore : la date de la fin est inconnue de tous, y compris du Prophète, et elle le restera. Le Coran le dit à plusieurs reprises — « Allah détient la connaissance de l’Heure » (31, 34), « sa connaissance n’est qu’auprès d’Allah » (33, 63), « à Lui revient la connaissance de l’Heure » (41, 47 ; 43, 85), « c’est à ton Seigneur qu’en revient le terme » (79, 44) — ; le hadith de Gabriel, que les savants tiennent pour le résumé de la religion, le dit par la bouche du Prophète ; et l’histoire des calculs apocalyptiques, de la fin du premier millénaire de l’Hégire aux « signes » des réseaux, est en contradiction directe avec ces textes. Le musulman ne sait pas quand ; il sait seulement que ce sera, et ce qu’il doit faire d’ici là.
إِنْ قَامَتِ السَّاعَةُ وَفِي يَدِ أَحَدِكُمْ فَسِيلَةٌ، فَإِنِ اسْتَطَاعَ أَنْ لَا تَقُومَ حَتَّى يَغْرِسَهَا فَلْيَغْرِسْهَا
« Si l’Heure se lève alors que l’un de vous tient en main un plant de palmier, qu’il le plante, s’il peut le faire avant qu’elle ne se lève. »
Rapporté par Ahmad, n° 12902, et par al-Bukhârî dans al-Adab al-mufrad, n° 479, d’après Anas — jugé authentique par al-Albânî
Voici la réponse de la Sunna au mythe, en une phrase : même si la fin du monde est là, plante ton arbre. Le Prophète ne dit pas « prépare-toi au combat », ni « cesse de travailler », ni « cherche les signes » ; il dit de mettre en terre un palmier qui ne donnera pas de fruit avant des années, à l’heure où le monde finit. C’est l’inverse d’une religion de fin du monde : une religion qui tient que l’œuvre vaut par elle-même, indépendamment de ce qui vient. Et il a dit de même pour ceux qui voudraient se faire une place dans les troubles de la fin : « sois le serviteur d’Allah qui est tué, et non celui qui tue » (Abû Dâwud, n° 4259), et, à propos des temps de division, « brise ton épée » (Abû Dâwud, n° 4256). On va voir ce qu’il annonce ; il faut d’abord savoir ce qu’il ordonne.
III. Le Dajjâl — ce qu’il est, et comment on s’en protège
مَا بُعِثَ نَبِيٌّ إِلَّا أَنْذَرَ أُمَّتَهُ الْأَعْوَرَ الْكَذَّابَ، أَلَا إِنَّهُ أَعْوَرُ، وَإِنَّ رَبَّكُمْ لَيْسَ بِأَعْوَرَ، وَإِنَّ بَيْنَ عَيْنَيْهِ مَكْتُوبٌ كَافِرٌ
« Nul prophète n’a été envoyé sans avertir sa communauté du Borgne menteur. Sachez qu’il est borgne, et que votre Seigneur n’est pas borgne ; et qu’entre ses deux yeux est écrit : mécréant. »
Rapporté par al-Bukhârî, n° 7131, et par Muslim, n° 169, d’après Anas
Le Dajjâl — « l’imposteur », al-Masîh ad-Dajjâl, le faux messie — est, dans la Sunna, un homme : un faux prophète qui paraîtra à la fin des temps, prétendra à la divinité, fera des prodiges, parcourra la terre en quarante jours, et sera suivi par ceux que les prodiges séduisent, avant d’être tué par Jésus, fils de Marie, à la porte de Lod (Muslim, n° 2937, le long hadith d’an-Nawwâs ibn Sam‘ân). Le Prophète a dit que tous les prophètes en ont averti leur communauté — c’est l’Antéchrist des chrétiens, et le Prophète le dit avant que le critique chrétien ne s’en étonne —, et il en a donné les signes pour qu’on ne s’y trompe pas : il est borgne, et Dieu ne l’est pas ; il porte sur le front le mot « mécréant », que lit tout croyant, lettré ou non. L’enseignement n’est pas de le chercher ; c’est de ne pas le suivre.
مَنْ حَفِظَ عَشْرَ آيَاتٍ مِنْ أَوَّلِ سُورَةِ الْكَهْفِ عُصِمَ مِنَ الدَّجَّالِ
« Celui qui retient les dix premiers versets de la sourate de la Caverne sera préservé du Dajjâl. »
Rapporté par Muslim, n° 809, d’après Abû ad-Dardâ’
Et c’est là que l’on voit ce que la Sunna fait de cette doctrine : non une stratégie, mais une prière et une lecture. Le Prophète a enseigné de demander refuge « contre la tentation du faux messie » à la fin de chaque prière, avec le châtiment de la tombe et les épreuves de la vie et de la mort (al-Bukhârî, n° 1377 ; Muslim, n° 588) ; de lire la sourate de la Caverne — celle des jeunes gens qui fuient la tyrannie, du voyage de Moïse, et de Dhû l-Qarnayn qui enferme Gog et Magog — pour en être préservé ; et de fuir le Dajjâl quand il paraîtra, plutôt que de le combattre, « car l’homme viendra à lui en se croyant croyant, et le suivra » (Abû Dâwud, n° 4319). Celui qui accomplit ses prières demande cinq fois par jour d’être protégé d’une tentation ; aucun texte ne lui demande de la provoquer.
IV. Le retour de Jésus — la figure centrale de la fin
Le Mahdî n’est pas le personnage ultime de l’eschatologie musulmane, et le mythe se trompe de héros : c’est Jésus, fils de Marie, qui tient le rôle décisif. La doctrine classique tient qu’il n’a été ni tué ni crucifié — « ils ne l’ont ni tué ni crucifié, mais ce fut une illusion pour eux » (4, 157) —, qu’il a été élevé auprès de Dieu, et qu’il redescendra avant la fin. Le verset « il est un signe de l’Heure » (43, 61) est lu par la majorité des exégètes comme une annonce de ce retour, et le verset 4, 159 — « il n’est personne parmi les gens du Livre qui ne croie en lui avant sa mort » — a reçu plusieurs lectures ; le dossier le signale, car ces versets ont fait l’objet de discussions exégétiques réelles, que les commentaires d’at-Tabarî et d’Ibn Kathîr exposent. La Sunna, elle, est explicite et notoire.
فَبَيْنَمَا هُوَ كَذَلِكَ إِذْ بَعَثَ اللَّهُ الْمَسِيحَ ابْنَ مَرْيَمَ، فَيَنْزِلُ عِنْدَ الْمَنَارَةِ الْبَيْضَاءِ شَرْقِيَّ دِمَشْقَ … فَيَطْلُبُهُ حَتَّى يُدْرِكَهُ بِبَابِ لُدٍّ فَيَقْتُلُهُ
« Tandis que [le Dajjâl] en est là, Allah envoie le Messie, fils de Marie, qui descend près du minaret blanc, à l’est de Damas… Il le poursuit, le rejoint à la porte de Lod, et le tue. »
Rapporté par Muslim, n° 2937, d’après an-Nawwâs ibn Sam‘ân
Le hadith continue : après la mort du Dajjâl, Dieu révèle à Jésus que Gog et Magog ont été libérés et qu’il doit mettre les croyants à l’abri ; Gog et Magog périssent par une invocation de Jésus ; puis vient une période de paix et d’abondance, où « la terre est invitée à produire ses fruits ». D’autres hadiths ajoutent que Jésus « brisera la croix, tuera le porc, abolira la jizya » — c’est-à-dire qu’il mettra fin aux signes par lesquels on l’a divinisé, et que l’ancien statut des gens du Livre n’aura plus d’objet, parce qu’ils croiront en lui tel qu’il est (al-Bukhârî, n° 2222 ; Muslim, n° 155) —, qu’il priera derrière l’imam des musulmans, que la tradition identifie au Mahdî (Muslim, n° 156), qu’il vivra quarante ans, mourra, et que les musulmans prieront sur lui (Abû Dâwud, n° 4324). Dans la perspective musulmane, Jésus ne revient pas fonder une religion : il revient comme serviteur et prophète de Dieu, confirme le monothéisme, et juge selon la Loi de Muhammad, parce que celle-ci est la dernière.
| Christianisme classique | Islam sunnite classique | |
|---|---|---|
| Qui est Jésus | Fils de Dieu, personne de la Trinité | Prophète et Messie, serviteur de Dieu, né d’une vierge |
| La croix | Mort sur la croix, ressuscité le troisième jour | Ni tué ni crucifié ; élevé auprès de Dieu (4, 157-158) |
| Le retour | Retour glorieux du Christ pour juger | Descente avant l’Heure, à Damas (Muslim 2937) |
| La mission finale | Jugement et accomplissement du salut | Tuer le Dajjâl, confirmer le monothéisme, juger par la Loi de Muhammad, puis mourir |
| Ce que les deux partagent | L’attente du même homme — et c’est, pour le musulman, considérable | — |
Le chrétien n’attend pas le Jésus que l’islam attend, et le dossier ne dira pas que les deux attentes sont les mêmes. Il relève seulement ceci : la figure centrale de la fin, dans l’islam, est le prophète que le christianisme vénère, et non un conquérant ; le mythe qui fait de l’eschatologie musulmane une guerre contre les chrétiens ignore que son héros est le Christ.
V. Le Mahdî — ce que les textes disent, à quel degré, et ce qu’Ibn Khaldûn en a pensé
لَوْ لَمْ يَبْقَ مِنَ الدُّنْيَا إِلَّا يَوْمٌ لَطَوَّلَ اللَّهُ ذَلِكَ الْيَوْمَ حَتَّى يَبْعَثَ فِيهِ رَجُلًا مِنِّي، أَوْ مِنْ أَهْلِ بَيْتِي، يُوَاطِئُ اسْمُهُ اسْمِي وَاسْمُ أَبِيهِ اسْمَ أَبِي، يَمْلَأُ الْأَرْضَ قِسْطًا وَعَدْلًا كَمَا مُلِئَتْ ظُلْمًا وَجَوْرًا
« S’il ne restait du monde qu’un seul jour, Allah allongerait ce jour jusqu’à y susciter un homme de moi — ou : de ma famille —, dont le nom sera mon nom et le nom du père celui de mon père, qui remplira la terre d’équité et de justice comme elle aura été remplie d’injustice et d’oppression. »
Rapporté par Abû Dâwud, n° 4282, et par at-Tirmidhî, n° 2231, d’après Ibn Mas‘ûd — jugé bon ou authentique
Voici le Mahdî de la Sunna, et il faut le lire tel qu’il est écrit : un homme de la descendance du Prophète — « de la descendance de Fâtima », précise un autre hadith (Abû Dâwud, n° 4284) —, qui portera son nom, et qui remplira la terre de justice comme elle aura été remplie d’injustice. Les textes lui donnent un règne de sept ans (Abû Dâwud, n° 4285) ; d’autres versions disent « sept ou neuf » (Ibn Mâjah, n° 4083), et la durée varie donc selon les chaînes. Rien d’autre : les principaux textes sunnites sur le Mahdî ne le présentent ni comme un conquérant de l’Europe, ni comme un exterminateur, ni comme un chef de guerre sainte universelle — ils le présentent comme un règne de justice, bref, à la fin des temps, dans lequel Jésus reviendra et priera derrière lui. Selon la doctrine sunnite majoritaire, le Mahdî apparaîtra à la fin des temps, et les textes ne permettent d’identifier aujourd’hui personne comme étant lui : il n’est pas caché, il ne reçoit pas de révélation, il n’est pas un prophète, et « Allah le rendra apte en une nuit » (Ibn Mâjah, n° 4085).
Deux Mahdî — sunnisme et chiisme duodécimain
Le mot est commun aux deux grandes branches de l’islam ; la doctrine ne l’est pas, et c’est une source réelle de débats internes qu’il faut exposer sans polémique.
| Sunnisme | Chiisme duodécimain | |
|---|---|---|
| Qui | Un homme à venir, de la descendance de Fâtima, dont nul ne connaît l’identité | Muhammad ibn al-Hasan al-‘Askarî, douzième imam, né en 869 |
| Où est-il | Pas encore né, ou inconnu ; « Allah le rendra apte en une nuit » | Vivant et caché depuis 874 — l’occultation (ghayba), mineure puis majeure |
| Statut | Un gouvernant juste, ni prophète ni infaillible | Imam infaillible, dépositaire d’une autorité religieuse et politique |
| Source | Hadiths des Sunan, discutés, hors du Coran et des deux Sahîh | Doctrine centrale de l’imamat, fondatrice de la foi duodécimaine |
| Conséquence politique | Aucune institution ne gouverne en son nom | La théorie du « gouvernement du juriste » gouverne l’Iran en son nom depuis 1979 |
Ce que les savants en ont pensé — et comment lire leurs jugements
Comment lire les jugements sur les hadiths
- Les termes sahîh (authentique), hasan (bon), da‘îf (faible) et mawdû‘ (forgé) évaluent d’abord la chaîne de transmission — la fiabilité et la continuité des transmetteurs — puis le texte lui-même ; un hadith faible n’est pas automatiquement faux, et un hadith authentique n’est pas automatiquement un ordre : il faut encore le contexte, les variantes, et le commentaire des spécialistes.
- Où se trouve un hadith compte : dans al-Bukhârî ou Muslim, il bénéficie de l’accord de la communauté savante sur son authenticité ; dans les Sunan (Abû Dâwud, at-Tirmidhî, Ibn Mâjah) ou le Musnad d’Ahmad, il doit être examiné un à un ; authentifié par un savant tardif (al-Hâkim, al-Albânî), il porte le jugement de ce savant, que d’autres peuvent contester.
- « Trouvé sur Internet » ne dit rien : la plupart des « signes de l’Heure » qui circulent n’ont ni chaîne ni source, ou reposent sur des hadiths forgés que les savants ont écartés depuis des siècles.
- Dans ce dossier : le Dajjâl, les dix signes, le gharqad, le retour de Jésus, les trente menteurs sont dans les deux Sahîh ; le Mahdî est dans les Sunan, authentifié par la majorité ; le drapeau noir repose sur des chaînes faibles ; les dates et les identifications sont des interprétations modernes.
Le Mahdî n’est pas dans le Coran, et les hadiths qui le concernent ne sont ni dans al-Bukhârî ni dans Muslim : ils sont dans les Sunan, chez Ahmad et al-Hâkim, par des chaînes que les savants ont examinées une à une. La majorité les a acceptées : Ibn Taymiyya les tient pour authentiques et bons, Ibn al-Qayyim les a recensés dans al-Manâr al-munîf, ash-Shawkânî a écrit qu’ils atteignent, par leur nombre, la notoriété de sens, et as-Suyûtî et as-Safârînî les ont réunis. Le credo d’at-Tahâwî, qui liste les signes de l’Heure, nomme le Dajjâl et le retour de Jésus, et non le Mahdî — ce qui situe la croyance au Mahdî parmi ce qui est établi par la Sunna, non parmi les articles de foi. Et un grand savant les a contestés :
Sache que la plupart des musulmans, à travers les âges, ont tenu pour acquis qu’il paraîtra nécessairement, à la fin des temps, un homme de la famille du Prophète qui soutiendra la religion et fera paraître la justice… Ils s’appuient sur des hadiths que les savants ont rapportés, et que des critiques ont discutés. Ces hadiths, nous les avons rapportés avec ce qu’on en a dit ; et il en ressort que peu d’entre eux, ou aucun, sont exempts de critique.
— Ibn Khaldûn, al-Muqaddima, troisième section, chapitre 52 : « ce que disent les gens de l’islam au sujet du Fatimide » — trad. A. Cheddadi, Gallimard, 2002
On cite Ibn Khaldûn parce que l’honnêteté l’exige, et parce qu’il montre ce qu’est la tradition : un historien de premier rang a pu, dans une œuvre que tout le monde lit, douter des hadiths du Mahdî sans cesser d’être musulman ni sunnite. Les savants du hadith lui ont répondu — Ibn Hajar al-Haytamî, as-Suyûtî, ash-Shawkânî — qu’il n’était pas de leur discipline et que les chaînes, prises ensemble, tenaient ; et c’est la position dominante. Mais le dossier retient de lui une chose que le mythe laisse de côté : la croyance au Mahdî, dans l’islam sunnite, est une attente modeste, discutée, sans date et sans programme — à mille lieues du messianisme armé que le mythe décrit. Ibn Khaldûn ajoutait ce qui a fait sa postérité : que presque tous les prétendants au titre, de son temps, étaient des ignorants des marges du désert, suivis par des gens crédules, et qu’ils finissaient mal.
VI. Les dix signes — et dans quel ordre
إِنَّهَا لَنْ تَقُومَ حَتَّى تَرَوْنَ قَبْلَهَا عَشْرَ آيَاتٍ: الدُّخَانَ، وَالدَّجَّالَ، وَالدَّابَّةَ، وَطُلُوعَ الشَّمْسِ مِنْ مَغْرِبِهَا، وَنُزُولَ عِيسَى ابْنِ مَرْيَمَ، وَيَأْجُوجَ وَمَأْجُوجَ، وَثَلَاثَةَ خُسُوفٍ: خَسْفٌ بِالْمَشْرِقِ وَخَسْفٌ بِالْمَغْرِبِ وَخَسْفٌ بِجَزِيرَةِ الْعَرَبِ، وَآخِرُ ذَلِكَ نَارٌ تَخْرُجُ مِنَ الْيَمَنِ تَطْرُدُ النَّاسَ إِلَى مَحْشَرِهِمْ
« Elle ne se lèvera pas avant que vous ne voyiez dix signes : la fumée, le Dajjâl, la Bête, le lever du soleil à son couchant, la descente de Jésus fils de Marie, Gog et Magog, et trois effondrements — un à l’orient, un à l’occident, un dans la péninsule arabique — ; et le dernier, un feu sortant du Yémen qui poussera les gens vers leur lieu de rassemblement. »
Rapporté par Muslim, n° 2901, d’après Hudhayfa ibn Asîd
Voici les dix signes majeurs, tels que le hadith les donne — et le hadith les donne en liste, non en chronologie : les versions diffèrent sur l’ordre, et les commentateurs l’ont relevé. À côté de ces dix, la Sunna annonce des signes mineurs, nombreux et dispersés dans les recueils — les troubles, la perte de la science, les constructions élevées, le temps qui se contracte —, dont certains sont authentiques et d’autres faibles ou forgés, et dont les listes qui circulent en ligne mêlent les uns et les autres. Le dossier donne ci-dessous l’ordre que la majorité des commentateurs a reconstitué, Ibn Kathîr dans an-Nihâya et Ibn Hajar dans le Fath en tête, avec l’avertissement qu’ils donnent eux-mêmes : les récits ne fournissent pas un scénario linéaire et exhaustif ; ils sont dispersés, et leur enchaînement est le fruit d’un rapprochement entre textes, non d’un texte unique.
| Étape | Ce qui est annoncé | Degré |
|---|---|---|
| Les signes mineurs | Troubles, injustice, perte de la science, prétendants ; la plupart déjà observables en tout temps | Hadiths de valeur inégale ; les listes en ligne sont à trier |
| Le Mahdî | Un règne de justice de quelques années | Sunan ; majorité pour, Ibn Khaldûn contre |
| Le Dajjâl | Quarante jours de prodiges et de tentation ; les croyants le fuient | Deux Sahîh ; notoire |
| Le retour de Jésus | Descente à Damas, prière derrière l’imam, mort du Dajjâl à Lod | Deux Sahîh ; notoire |
| Gog et Magog | Libérés, puis détruits par l’invocation de Jésus | Coran (18, 94-99 ; 21, 96) et Muslim 2937 |
| La paix | Jésus gouverne, la terre produit, puis il meurt | Muslim 2937 ; Abû Dâwud 4324 |
| Les autres grands signes | La fumée, la Bête, le soleil à l’ouest, les effondrements, le feu | Muslim 2901 ; ordre discuté |
| L’Heure | Le souffle dans la Trompe, la Résurrection, le Jugement | Coran, en de nombreux versets |
On remarquera ce que cette séquence ne contient pas : aucune date, aucun lieu que le croyant doive rejoindre, aucune armée qu’il doive lever, aucun ennemi qu’il doive chercher. Le soleil se lèvera à l’ouest sans qu’on l’y aide ; le Dajjâl paraîtra sans qu’on le cherche ; Jésus descendra sans qu’on l’appelle. L’eschatologie sunnite est une annonce de ce que Dieu fera, non un programme de ce que les hommes doivent faire — et le seul programme qu’elle donne tient dans le palmier.
VII. Le hadith du gharqad — lu dans son texte
لَا تَقُومُ السَّاعَةُ حَتَّى يُقَاتِلَ الْمُسْلِمُونَ الْيَهُودَ، فَيَقْتُلُهُمُ الْمُسْلِمُونَ، حَتَّى يَخْتَبِئَ الْيَهُودِيُّ مِنْ وَرَاءِ الْحَجَرِ وَالشَّجَرِ، فَيَقُولُ الْحَجَرُ أَوِ الشَّجَرُ: يَا مُسْلِمُ يَا عَبْدَ اللَّهِ هَذَا يَهُودِيٌّ خَلْفِي فَتَعَالَ فَاقْتُلْهُ، إِلَّا الْغَرْقَدَ فَإِنَّهُ مِنْ شَجَرِ الْيَهُودِ
« L’Heure ne viendra pas avant que les musulmans ne combattent les juifs ; les musulmans les tueront, au point que le juif se cachera derrière la pierre et l’arbre, et que la pierre ou l’arbre dira : ô musulman, ô serviteur d’Allah, voici un juif derrière moi, viens le tuer — sauf le gharqad, car c’est un arbre des juifs. »
Rapporté par Muslim, n° 2922, et, sans la mention du gharqad, par al-Bukhârî, n° 2926, d’après Abû Hurayra et Ibn ‘Umar
Il faut citer ce hadith en entier, parce que c’est celui que le mythe cite, et il a raison de le citer : il est authentique, il est dans les deux Sahîh, et il a été placé en 1988 dans l’article 7 de la charte d’un mouvement politique, le Hamas, comme un fondement — le document de principes que ce mouvement a publié en 2017 ne le reprend plus. Il faut donc dire ce que le texte dit, ce que les commentateurs en ont déduit, et ce qu’en a fait la politique, en distinguant les trois.
Ce que le texte dit, ce que les commentateurs ont déduit, ce que le texte ne dit pas
- Ce que le texte dit : c’est une annonce, au futur, de ce qui arrivera avant l’Heure — « l’Heure ne viendra pas avant que » —, comme le soleil levé à l’ouest ou la Bête. Le texte ne contient ni impératif ni commandement ; nul n’est chargé de provoquer un signe de l’Heure, et lire un ordre dans celui-ci reviendrait à lire un ordre dans « avant que le soleil se lève à l’ouest ».
- Ce que les commentateurs ont déduit : an-Nawawî et Ibn Hajar rapprochent ce hadith des récits du Dajjâl — « soixante-dix mille juifs d’Ispahan le suivront, portant des manteaux » (Muslim, n° 2944) — et du long hadith où Jésus le tue avec ses troupes à Lod, et ils situent le combat annoncé dans ce cadre : celui de l’armée de l’imposteur, le jour où Jésus le tue. Cette lecture, dominante dans les commentaires classiques, fournit au récit son contexte ; elle procède d’un rapprochement entre textes, et le dossier la présente comme telle, non comme une mention explicite du hadith lui-même.
- Ce que le texte ne dit pas : il ne dit ni « tous les juifs », ni « les juifs de tous les temps », ni « maintenant » ; il ne contient aucune durée, aucun lieu présent, aucune instruction. Le même Coran dit des gens du Livre qu’ils « ne sont pas tous pareils » (3, 113) et commande la justice envers ceux qui ne combattent pas (60, 8) ; le même Prophète a vécu sous des pactes avec les juifs de Médine, s’est levé devant un cortège funèbre juif, et a averti que « celui qui tue un protégé ne sentira pas le parfum du Paradis » (al-Bukhârî, n° 3166). Une annonce de la fin des temps ne modifie pas la Loi de tous les temps.
- Ce qu’en a fait la politique : la transformation moderne de ce récit en slogan — dans une charte, dans des prêches — doit être distinguée de son traitement dans les commentaires classiques, qui le situent dans les événements de la fin. Mettre un signe dans un programme, c’est changer une annonce en ordre, un jour en durée, une armée en peuple ; le dossier le nomme sans juger les cœurs. Et il faut le dire aux musulmans autant qu’aux critiques : citer ce hadith pour haïr, c’est lui faire ce que le mythe lui fait, et fournir au mythe sa meilleure pièce.
VIII. Les prétendants, de 1121 à Daech — ce que le Prophète avait annoncé
لَا تَقُومُ السَّاعَةُ حَتَّى يُبْعَثَ دَجَّالُونَ كَذَّابُونَ قَرِيبًا مِنْ ثَلَاثِينَ، كُلُّهُمْ يَزْعُمُ أَنَّهُ رَسُولُ اللَّهِ
« L’Heure ne viendra pas avant que soient suscités près de trente imposteurs menteurs, dont chacun prétendra être le messager d’Allah. »
Rapporté par al-Bukhârî, n° 3609, et par Muslim, n° 157, d’après Abû Hurayra
Le mythe tient les prétendants pour la preuve que l’islam est apocalyptique ; la Sunna les tient pour ce qu’ils sont — des imposteurs annoncés, pour qu’on ne les suive pas. L’histoire en a connu beaucoup, et il faut les nommer, sans les confondre : un théologien du XIIᵉ siècle, un chef de révolte anticoloniale, un sectaire du Pendjab, un groupe armé dans une mosquée et une organisation terroriste ne sont pas le même phénomène ; ils ont en commun d’avoir prétendu, et d’avoir fini.
| Qui | Quand | Ce qu’il a prétendu | Comment cela a fini |
|---|---|---|---|
| Ibn Tûmart | vers 1121, Haut-Atlas | Reconnu par ses partisans comme le Mahdî ; la doctrine almohade lui attribua après sa mort l’infaillibilité | Un empire d’un siècle ; sa doctrine abandonnée par ses propres successeurs |
| Muhammad Ahmad, « le Mahdî » du Soudan | 1881-1885 | Se proclame Mahdî, prend Khartoum en 1885 | Mort la même année ; l’État mahdiste se maintient jusqu’à sa défaite à Omdourman en 1898 |
| Mirza Ghulam Ahmad | 1889, Pendjab | Mahdî et Messie promis, puis prophète | Fondateur d’une secte, l’ahmadisme, tenue hors de l’islam par les écoles |
| Juhaymân al-‘Utaybî | 20 novembre 1979, La Mecque | Proclame son beau-frère Mahdî dans la Mosquée sacrée, les armes à la main | Deux semaines de siège, des centaines de morts, les survivants exécutés ; le « Mahdî » tué dans la mosquée |
| Daech | 2014-2017 | Nomme sa revue Dâbiq et attend l’armée de « Rome » ; brandit le drapeau noir | Dâbiq perdue en octobre 2016 sans la bataille annoncée par sa propagande ; le « califat » détruit en 2017-2019 |
Ibn Tûmart mérite une ligne de plus, parce que son cas n’est pas celui des autres : juriste formé en Orient, réformateur du dogme et des mœurs, il a fondé un mouvement qui a bâti un empire et des mosquées, et dont les successeurs ont fini par renier la doctrine du Mahdî qui l’avait fondé — l’histoire du mahdisme almohade est celle d’une prétention qui s’est dissoute dans un État. Le Mahdî du Soudan fut d’abord un chef de révolte contre l’occupation anglo-égyptienne ; son État lui a survécu treize ans. Juhaymân et Daech sont d’un autre ordre : des armes dans la Mosquée sacrée, des égorgements filmés, et une lecture de l’eschatologie comme calendrier.
Dâbiq — ce que le hadith dit, et ce que Daech en a fait
Le hadith (Muslim, n° 2897) annonce que « l’Heure ne viendra pas avant que les Romains ne débarquent à al-A‘mâq ou à Dâbiq » — deux lieux au nord de la Syrie —, qu’une armée sortira de Médine, que ses meilleurs y seront tués, que les survivants ouvriront Constantinople, et qu’au moment du partage, Satan criera que le Dajjâl a paru ; alors ils reviendront, et Jésus descendra. C’est une annonce de la fin, dans la même séquence que le Dajjâl et Jésus, et « les Romains » y désignent, pour les commentateurs, les Byzantins ou leurs héritiers, non une nation moderne.
Daech a pris ce récit comme un calendrier et comme un nom : sa revue s’est appelée Dâbiq, elle promettait que « l’armée de Rome » viendrait s’y briser, et elle a fait de ce village un but militaire. Il a été repris en octobre 2016 sans bataille apocalyptique ; la propagande a renommé la revue. La perte de Dâbiq, sans rien de ce que l’organisation annonçait, a montré l’écart entre son imaginaire eschatologique et la réalité — et, dans une lecture musulmane critique, elle illustre ce que la Sunna dit des prétentions : désigner le lieu, hâter la bataille, s’attribuer le rôle, c’est précisément ce qu’elle interdit.
Le drapeau noir est-il un signe du Mahdî ?
Des hadiths annoncent des « drapeaux noirs venus du Khurâsân » ou « de l’Orient », qu’il faudrait rejoindre « même en rampant sur la neige, car le calife d’Allah, le Mahdî, est parmi eux » (Ibn Mâjah, n° 4084 ; Ahmad, n° 22387, d’après Thawbân). Leurs chaînes sont jugées faibles par adh-Dhahabî et par al-Albânî, et discutées par d’autres ; les historiens ont relevé qu’elles avaient servi, dès le VIIIᵉ siècle, la propagande des Abbassides, dont les étendards étaient noirs.
Le drapeau noir n’est donc pas un signe établi du Mahdî ; c’est un motif de hadiths faibles que des mouvements modernes — Daech au premier chef — ont brandi comme une preuve. Le musulman qui voit un drapeau noir ne voit pas un signe ; il voit un drapeau. Et celui qui lui dit le contraire lui cite un texte que les spécialistes ont écarté.
IX. Le miroir — les apocalypses des autres, et les limites de la comparaison
Le critique qui tient l’eschatologie pour une singularité musulmane applique une règle. Appliquons-la — en disant d’abord ce que vaut la comparaison : elle ne prouve pas la doctrine musulmane, elle corrige l’idée d’une exception musulmane, et elle ne dit pas que les doctrines se valent ni qu’elles ont produit les mêmes effets.
| Qui | Ce qu’il attend | Ce que cela a produit |
|---|---|---|
| Le christianisme | L’Antéchrist, le retour du Christ, le Jugement, le millénium (Apocalypse de Jean) | Deux mille ans de calculs de la fin — l’an mil, 1666, les millerites de 1844 — et de mouvements millénaristes |
| Les évangéliques américains | L’Enlèvement, la Grande Tribulation, Armageddon à Megiddo | The Late Great Planet Earth (1970), 28 millions d’exemplaires ; Left Behind (1995-2007), 65 millions selon l’éditeur ; un soutien politique à Israël motivé, pour une part, par la hâte de la fin |
| Le judaïsme | Le Messie, fils de David, et le retour à Sion | Sabbataï Tsevi, suivi par une large part du monde juif en 1666 ; le messianisme du Rabbi de Loubavitch ; le sionisme religieux qui lit l’État comme « le commencement de la rédemption » |
| Les modernes sans Dieu | La fin par la bombe, le climat, la machine, la comète | L’Horloge de l’apocalypse, les sectes de 1999 et de 2012, le survivalisme — l’apocalypse sans Dieu, et sans la miséricorde qui, dans les religions, l’accompagne |
| L’islam sunnite | Le Dajjâl, le retour de Jésus, le Mahdî, les dix signes — sans date, sans programme | Un refuge demandé cinq fois par jour, une sourate lue le vendredi, et un plant de palmier mis en terre |
Les trois monothéismes attendent une fin ; deux d’entre eux nomment un Antéchrist et un Messie comme tels ; le christianisme a fait de l’Apocalypse un livre entier de son canon, dont l’imagerie — la Bête, le nombre, les cavaliers, Armageddon — nourrit la culture occidentale bien plus que le Dajjâl ne nourrit la culture musulmane ; et les librairies américaines ont vendu près de quatre-vingt-dix millions d’apocalypses romancées sans que l’on parle d’une « religion de fin du monde ». La comparaison devient problématique lorsqu’elle applique à l’islam un critère qu’on n’applique pas aux autres traditions.
Mais comparer n’est pas égaliser. Le christianisme, le judaïsme et l’islam ont des textes, des institutions, des rapports au politique et des histoires différents ; l’Apocalypse de Jean est un livre canonique et le hadith du Mahdî un récit discuté ; le millénarisme chrétien a produit des guerres paysannes au XVIᵉ siècle et le mahdisme des révoltes au XIXᵉ ; les effets ne sont pas les mêmes, et la comparaison ne les efface pas. Elle sert à une chose : montrer que l’attente de la fin n’est pas propre à l’islam, et que la question, pour chaque tradition, est ce qu’elle en fait. La Sunna, on l’a vu, en fait une prière et un palmier.
X. Ce que l’eschatologie musulmane ne dit pas — et ce qu’elle demande
Il faut finir par les musulmans, parce que le mythe se nourrit d’eux. L’eschatologie est devenue, sur les réseaux, un commerce : des chaînes de « signes de l’Heure » qui mêlent l’authentique et l’inventé, des listes de « soixante-dix signes mineurs » dont une bonne part n’a pas de source, des prédicateurs qui datent la fin à quelques années et qu’on réécoute quand la date passe, des lectures du Dajjâl dans chaque technologie et de Gog et Magog dans chaque peuple. Tout cela contredit les textes autant que le mythe les contredit.
L’eschatologie musulmane ne dit pas
- que la fin peut être datée — « celui qu’on interroge n’en sait pas plus que celui qui interroge » ;
- que le musulman doit provoquer la fin, rejoindre un lieu, lever une armée ou chercher le Dajjâl — il doit le fuir ;
- que le musulman doit chercher le Mahdî, ni qu’un groupe est autorisé à prendre le pouvoir en son nom — « Allah le rendra apte en une nuit », et trente imposteurs sont annoncés ;
- que chaque conflit, chaque catastrophe, chaque invention est un signe — les signes majeurs seront sans équivoque, « comme des perles dont le fil se rompt » (Ahmad, n° 7161) ;
- que le drapeau noir est un signe — c’est un hadith faible et un étendard abbasside ;
- que les juifs de tous les temps sont les ennemis du hadith du gharqad — c’est une annonce de la fin, située par les commentateurs dans le combat du Dajjâl, et la Loi de tous les temps protège le protégé ;
- que le Mahdî est un conquérant, ni que Jésus revient faire la guerre aux chrétiens — l’un remplit la terre de justice, l’autre tue l’imposteur et confirme le monothéisme.
Ce que les textes demandent réellement
- Ne pas prétendre connaître la date, ni par calcul, ni par approximation, ni par « c’est proche ».
- Se protéger de la tentation du Dajjâl — par le refuge à chaque prière, par la sourate de la Caverne, par la fuite quand il paraîtra.
- Ne suivre aucun prétendant : le Mahdî ne se proclame pas, il sera reconnu à sa justice.
- Trier les textes — sahîh, hasan, da‘îf, forgé — avant de répéter un « signe » ; la porte « Vérifier une information » du site est faite pour cela.
- Préserver la foi et les œuvres, et continuer à construire : le travail, l’étude, le mariage, l’enfant, l’arbre valent par eux-mêmes.
- Planter son palmier même lorsque l’Heure semble imminente — c’est un ordre, non une image.
XI. La part de vérité
Ce dossier ne nie pas ce qui est réel. Oui, l’islam a une eschatologie, et les musulmans croient au Dajjâl, au retour de Jésus et au Mahdî comme à des faits à venir — ce n’est pas une métaphore, et on ne le dira pas pour plaire. Oui, le Mahdî n’est pas dans le Coran, les hadiths sont dans les Sunan et non dans les deux Sahîh, et Ibn Khaldûn en a douté. Oui, l’ordre des événements est une reconstitution des commentateurs, non un texte unique. Oui, le hadith du gharqad existe, il est authentique, et il a été mis dans une charte. Oui, des prétendants ont tué, de Khartoum à La Mecque, et Daech a fait de l’Apocalypse une stratégie de recrutement. Oui, le retour de Jésus tel que l’islam l’enseigne — un Jésus qui brisera la croix et jugera par la Loi de Muhammad — n’est pas celui que le chrétien attend, et le dossier ne le lui cachera pas. Et oui, l’eschatologie est devenue un commerce chez des musulmans, et des millions de jeunes regardent des « signes » qui n’ont pas de source.
Ce que le dossier établit : que la date de la fin est inconnue de tous, Prophète compris, et que toute datation contredit le texte ; que la Sunna, devant la fin, ordonne de planter, de fuir le Dajjâl, de briser son épée et de demander refuge — l’inverse d’un programme ; que le Dajjâl est un imposteur qu’on reconnaît pour ne pas le suivre, Jésus la figure centrale de la fin, et le Mahdî un homme juste, sans date, sans conquête et sans révélation, établi par la Sunna et non par le Coran, discuté par un grand savant, et différent de l’imam caché des chiites ; que le hadith du gharqad est une annonce, non un ordre, que les commentateurs ont située dans le combat du Dajjâl, et que son usage politique est moderne ; que les prétendants sont ce que le Prophète a annoncé, et que leur fin fut celle qu’il a dite ; que les autres monothéismes ont leurs apocalypses, plus présentes dans la culture occidentale que le Dajjâl dans la culture musulmane — sans que la comparaison égalise ce qu’elle compare ; et que le musulman qui date, qui lit les signes dans l’actualité ou qui suit un prétendant a quitté la Sunna autant que celui qui la nie.
XII. Objections et réponses
« Le Mahdî n’est pas dans le Coran : c’est une invention. »
Il n’est pas dans le Coran, et le dossier l’a dit ; il est dans la Sunna, par des hadiths que la majorité des savants tient pour établis et qu’un grand savant a contestés. La croyance en lui n’est pas un article de foi mais une doctrine de Sunna ; celui qui la discute discute des chaînes, non de la religion. Le mythe ne peut pas à la fois reprocher à l’islam d’attendre le Mahdî et lui reprocher que le Mahdî soit mal attesté.
« Les musulmans attendent de conquérir Rome. »
Un hadith annonce que Constantinople puis Rome seront ouvertes à l’islam (Ahmad, n° 6645), et Daech en a fait un slogan. C’est une annonce, non un ordre, comme les autres signes ; nul n’est chargé de l’accomplir ; et les musulmans de Rome sont des Italiens qui prient, non une armée en attente. Lire un programme dans une prophétie, c’est lire comme Daech, et le dossier a dit ce que Daech est devenu.
« Le hadith du gharqad est un appel au meurtre des juifs. »
C’est une annonce de la fin, au futur, que les commentateurs classiques situent dans le combat du Dajjâl — « soixante-dix mille juifs d’Ispahan », dit l’autre hadith —, et dont la transformation en slogan est moderne. La Loi de tous les temps protège le protégé et commande la justice ; une annonce de la fin ne l’abroge pas. Ceux qui l’ont cité pour haïr ont fait au texte ce que le mythe lui fait.
« Jésus revient en musulman ? »
Oui — l’islam enseigne qu’il reviendra, tuera le Dajjâl, brisera la croix, et jugera par la Loi de Muhammad, parce que, pour l’islam, il est un prophète de Dieu et non Son fils. Le chrétien ne l’attend pas ainsi, et le dossier ne lui dira pas que les deux attentes sont les mêmes. Elles se rejoignent sur un point que le musulman tient pour considérable : les deux religions attendent le même homme.
« Daech y croyait : donc l’islam est apocalyptique. »
Daech a fait ce que la Sunna interdit — dater, désigner le lieu, hâter, se proclamer — et sa fin fut celle que la Sunna annonce des prétendants. Dans une lecture musulmane critique, il est un exemple moderne de prétention eschatologique et d’instrumentalisation des textes ; il ne prouve pas que l’islam est apocalyptique, il prouve que les imposteurs annoncés existent.
« Une religion qui attend la fin ne bâtit rien. »
« Si l’Heure se lève alors que tu tiens un plant, plante-le. » Les civilisations musulmanes qui ont bâti Cordoue, Bagdad et Istanbul croyaient au Dajjâl et au retour de Jésus ; elles ont bâti quand même, parce que leur Prophète le leur avait ordonné. Celui qui ne bâtit pas « parce que la fin est proche » a lu une sélection de textes, et laissé de côté celui qui commande de bâtir.
Synthèse
L’islam n’est pas dépourvu d’eschatologie : le Dajjâl, le retour de Jésus, le Mahdî et les signes de l’Heure appartiennent à la tradition sunnite classique, avec des degrés d’attestation et de discussion différents — les deux Sahîh pour le Dajjâl, Jésus, les dix signes et le gharqad ; les Sunan, discutés, pour le Mahdî ; des chaînes faibles pour le drapeau noir ; des reconstitutions pour l’ordre des événements. Mais l’existence d’une doctrine de la fin ne suffit pas à définir une religion comme « religion de fin du monde ». Les textes interdisent de fixer une date, de suivre les prétendants, de chercher le Dajjâl et de transformer les signes en programme politique ; ils demandent la vigilance, la prière, la protection contre la tentation et la continuité de l’action — jusqu’à planter un arbre alors même que l’Heure se lèverait. La question essentielle n’est donc pas seulement ce que l’islam annonce de la fin, mais ce qu’il ordonne au croyant de faire avant qu’elle n’arrive.
| Établi par les textes | Discuté par les savants | Interprétation | Récupération politique |
|---|---|---|---|
| La date inconnue de tous ; le Dajjâl ; le retour de Jésus ; les dix signes ; les trente menteurs ; le palmier ; le gharqad comme annonce | Les hadiths du Mahdî (majorité pour, Ibn Khaldûn contre) ; la durée de son règne ; l’ordre des événements ; les versets sur Jésus (4, 157-159 ; 43, 61) | Le gharqad lu dans le cadre du Dajjâl (an-Nawawî, Ibn Hajar) ; « les Romains » de Dâbiq ; la chronologie reconstituée | Les dates ; le drapeau noir ; Dâbiq comme calendrier ; le gharqad dans une charte ; les « signes » lus dans l’actualité ; les prétendants |
À retenir — mémo
- La date est inconnue de tous : 7, 187 ; 31, 34 ; 33, 63 ; le hadith de Gabriel (Bukhârî 50). Toute datation contredit le texte.
- Devant la fin : planter le palmier (Ahmad 12902) ; « le tué, non le tueur » (Abû Dâwud 4259) ; fuir le Dajjâl (Abû Dâwud 4319) ; refuge cinq fois par jour (Bukhârî 1377) ; al-Kahf (Muslim 809).
- Le Dajjâl : borgne, « mécréant » au front, annoncé par tous les prophètes (Bukhârî 7131) ; tué par Jésus à Lod (Muslim 2937). Jésus : la figure centrale — Damas, la prière derrière l’imam, Gog et Magog, quarante ans, la mort (Abû Dâwud 4324).
- Le Mahdî : de la descendance de Fâtima, la justice quelques années (Abû Dâwud 4282-4285 ; durée variable) ; ni caché, ni prophète, ni daté ; Sunan, pas Coran ni Sahîhayn ; majorité pour, Ibn Khaldûn contre ; différent du douzième imam et de la ghayba.
- Les dix signes (Muslim 2901) en liste, non en chronologie ; l’ordre est une reconstitution des commentateurs.
- Le gharqad (Muslim 2922) : une annonce, non un ordre ; situé par les commentateurs dans le combat du Dajjâl (Muslim 2944) ; la Loi protège le protégé (Bukhârî 3166) ; charte de 1988, abandonné dans le document de 2017.
- Les prétendants : « près de trente menteurs » (Bukhârî 3609) — Ibn Tûmart, Khartoum, Ghulam Ahmad, La Mecque 1979, Dâbiq 2016. Le drapeau noir : hadiths faibles (Ibn Mâjah 4084), étendard abbasside.
- Le miroir : l’Apocalypse de Jean, 1844, Left Behind 65 millions, Sabbataï Tsevi 1666, Loubavitch — et ses limites : comparer n’est pas égaliser.
Glossaire
| Terme | Sens |
|---|---|
| Ashrât as-Sâ‘a | « Les signes de l’Heure » : les événements annoncés avant la fin, mineurs et majeurs |
| Dajjâl (al-Masîh ad-Dajjâl) | « L’imposteur », le faux messie : un homme borgne qui prétendra à la divinité à la fin des temps |
| Mahdî | « Le bien guidé » : l’homme juste de la famille du Prophète annoncé par la Sunna |
| Ghayba | « Occultation » : doctrine chiite duodécimaine selon laquelle le douzième imam est vivant et caché depuis 874 |
| Gharqad | Un arbuste épineux du Proche-Orient (Nitraria), nommé dans le hadith de Muslim 2922 |
| Ya’jûj wa Ma’jûj | Gog et Magog : peuples destructeurs enfermés par Dhû l-Qarnayn (18, 94-99), libérés à la fin |
| Dâbiq / al-A‘mâq | Deux lieux du nord de la Syrie nommés dans le hadith de Muslim 2897 |
| Sahîh, hasan, da‘îf, mawdû‘ | Authentique, bon, faible, forgé : les degrés d’un hadith selon sa chaîne et son texte |
| Sahîhayn / Sunan | Les deux recueils d’al-Bukhârî et de Muslim / les recueils d’Abû Dâwud, at-Tirmidhî, an-Nasâ’î, Ibn Mâjah |
Sources
Coran : le sens des versets 3, 55 et 113 ; 4, 157-159 ; 7, 187 ; 18, 1-10 et 83-99 ; 21, 96 ; 31, 34 ; 33, 63 ; 41, 47 ; 43, 61 et 85 ; 60, 8 ; 79, 42-44 — traduction des sens de Rachid Maach.
Hadith : al-Bukhârî n° 50 (Gabriel), 1377 (le refuge), 2222 (Jésus brise la croix), 2926 (les juifs et les pierres), 3166 (le protégé), 3609 (les trente menteurs), 7131 (le Dajjâl borgne) ; Muslim n° 155-156 (Jésus et l’imam), 157, 169, 588, 809 (al-Kahf), 2897 (Dâbiq ou al-A‘mâq), 2901 (les dix signes, Hudhayfa ibn Asîd), 2922 (le gharqad), 2937 (an-Nawwâs ibn Sam‘ân), 2944 (les juifs d’Ispahan) ; Abû Dâwud n° 4256, 4259, 4282-4290 (le Mahdî), 4319 (fuir le Dajjâl), 4324 (la mort de Jésus) ; at-Tirmidhî n° 2230-2232 ; Ibn Mâjah n° 4082-4088, dont 4084 (les drapeaux noirs) ; Ahmad n° 6645 (Constantinople et Rome), 7161 (« comme des perles »), 12902 (le palmier), 22387 (Thawbân) ; al-Bukhârî, al-Adab al-mufrad, n° 479 ; al-Hâkim, al-Mustadrak, livre des fitan. Jugements : al-Albânî, as-Silsila as-sahîha n° 9 (le palmier) et as-Silsila ad-da‘îfa (les drapeaux noirs) ; adh-Dhahabî, Talkhîs al-Mustadrak.
Les savants : at-Tahâwî, al-‘Aqîda at-tahâwiyya, avec le commentaire d’Ibn Abî l-‘Izz ; an-Nawawî, Sharh Sahîh Muslim, livre des fitan, sur 2901, 2922, 2937 et 2944 ; Ibn Hajar, Fath al-Bârî, livre des fitan, sur 2926, 3609, 7131, et la discussion de l’ordre des signes ; Ibn Kathîr, an-Nihâya fî l-fitan wa-l-malâhim ; Ibn Taymiyya, Minhâj as-sunna, vol. 4 et 8 (le Mahdî) ; Ibn al-Qayyim, al-Manâr al-munîf, chapitre 50 (le Mahdî et ses hadiths) ; Ibn Khaldûn, al-Muqaddima, III, 52, trad. A. Cheddadi, Le Livre des Exemples, Gallimard (Pléiade), 2002 ; les réponses d’Ibn Hajar al-Haytamî (al-Qawl al-mukhtasar fî ‘alâmât al-Mahdî al-muntazar), d’as-Suyûtî (al-‘Urf al-wardî fî akhbâr al-Mahdî) et d’ash-Shawkânî (at-Tawdîh fî tawâtur mâ jâ’a fî l-muntazar wa-d-dajjâl wa-l-masîh) ; as-Safârînî, Lawâmi‘ al-anwâr al-bahiyya ; at-Tabarî et Ibn Kathîr, Tafsîr, sur 4, 157-159 et 43, 61.
Histoire : sur Ibn Tûmart : Ibn Khaldûn, Kitâb al-‘Ibar, et M. Fletcher, « The Almohad Tawhîd », Numen, 1991 ; sur le Mahdî du Soudan : P. M. Holt, The Mahdist State in the Sudan, 1881-1898 (Oxford, 1958) ; sur 1979 : Y. Trofimov, The Siege of Mecca (Doubleday, 2007) ; sur Daech et Dâbiq : W. McCants, The ISIS Apocalypse (St. Martin’s, 2015), chap. 4-5 ; sur la charte du Hamas : texte de 1988, article 7, et le Document de principes généraux du 1er mai 2017 ; sur les drapeaux noirs et les Abbassides : M. Sharon, Black Banners from the East (Brill, 1983).
Le miroir : N. Cohn, Les Fanatiques de l’Apocalypse (1957 ; trad. Payot) ; P. Boyer, When Time Shall Be No More (Harvard, 1992) ; H. Lindsey, The Late Great Planet Earth (Zondervan, 1970), chiffres de l’éditeur ; T. LaHaye et J. Jenkins, Left Behind (Tyndale, 1995-2007), chiffres de l’éditeur ; G. Scholem, Sabbataï Tsevi, le Messie mystique (Verdier, 1983) ; A. Ravitzky, Messianism, Zionism, and Jewish Religious Radicalism (Chicago, 1996).
| Affirmation | Source primaire | Source secondaire | Degré |
|---|---|---|---|
| Le hadith du gharqad | Muslim 2922 ; Bukhârî 2926 | an-Nawawî, Ibn Hajar | Authentique ; cadre interprétatif discuté |
| Les dix signes | Muslim 2901 | Ibn Kathîr, Ibn Hajar | Authentique ; ordre discuté |
| Le Mahdî | Abû Dâwud, at-Tirmidhî, Ibn Mâjah, Ahmad | Ibn Hajar al-Haytamî, as-Suyûtî, ash-Shawkânî ; Ibn Khaldûn contre | Corpus discuté, majorité favorable |
| Le retour de Jésus | Muslim 2937 ; Bukhârî 2222 ; Abû Dâwud 4324 | an-Nawawî ; tafsîr de 4, 157-159 et 43, 61 | Authentique ; versets discutés |
| Le palmier | Ahmad 12902 ; al-Adab al-mufrad 479 | al-Albânî, Sahîha 9 | Authentique |
| Les drapeaux noirs | Ibn Mâjah 4084 ; Ahmad 22387 | adh-Dhahabî, al-Albânî (faible) ; M. Sharon | Faible ; usage abbasside documenté |
| Dâbiq et Daech | Muslim 2897 ; la revue Dâbiq | McCants 2015 | Bien documenté |
| La charte du Hamas | Article 7, 1988 ; Document de 2017 | Études historiques et politiques | Documenté |
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