Mythe n°20 : Un paradis de vierges ?

Mythes et préjugés sur l’islam · Dossier n° 20

Un paradis de vierges ?

Les « 72 vierges » vérifiées à la source, les houris citées et assumées, la hiérarchie que le critique ampute, le plaisir comme bienfait — ici-bas et là-haut, pour les femmes aussi —, et ce que cette promesse dit à un monde bouleversé par ses sens

I. Le mythe — l’obsession du critique et la double fuite du défenseur

En avocat du diable, donnons à la caricature toutes ses armes. Un : l’islam promettrait « soixante-douze vierges » à ses martyrs — carburant céleste du kamikaze. Deux : le paradis coranique serait un lupanar pour bédouins frustrés — vin, couches, houris, jusqu’à ce verset 78, 33 que certains traducteurs rendent crûment. Trois, l’angle le plus sale : les « éphèbes » — ces jeunes serviteurs des versets 52, 24 et 56, 17, sur lesquels le polémiste laisse planer son insinuation. Quatre : et les femmes, elles, qu’ont-elles — un paradis conçu par des hommes pour des hommes ? Cinq, l’estocade : votre propre gêne le prouve — vos apologistes spiritualisent tout, ou s’accrochent à la thèse orientaliste des « raisins blancs » pour faire disparaître les houris du texte.

Et disons-le d’emblée : la cinquième attaque porte — contre les mauvaises défenses. Ce dossier refusera donc les deux fuites. Nous ne dirons pas que le paradis coranique est « purement symbolique » : ses délices sont réels, corporels, et nous n’en rougirons pas — nous irons jusqu’à dire pourquoi ils sont un bienfait, et pourquoi le monde qui nous en fait reproche en a plus besoin que nous. Et nous ne réécrirons pas le texte à coups de philologie syriaque pour évacuer les houris : on ne réécrit pas la tradition pour plaire — ni au critique, ni à soi-même. Nous allons citer les textes, vérifier le fameux chiffre à la source avec son degré d’authenticité, restituer la hiérarchie que le polémiste ampute — car le sommet du paradis n’est pas ce qu’il croit —, répondre en face aux deux questions difficiles, les femmes et les serviteurs, et poser enfin la question que le critique ne pose jamais : dans une civilisation qui a fait du plaisir son idole et qui n’en jouit plus, qui donc a le droit de ricaner d’une promesse de joie ?

Ce que ce dossier ne fera pas : nier les houris, ni les dématérialiser ; cacher que le chiffre 72 figure dans un hadith authentique ; nier l’asymétrie des descriptions entre hommes et femmes ; ni prétendre que le paradis s’arrête au jardin. Ce qu’il fera : assumer, hiérarchiser, et retourner le miroir.

II. Les « soixante-douze vierges » — enquête de sourcing

Première vérification, que presque personne ne fait : le chiffre ne figure nulle part dans le Coran. Il provient d’un hadith rapporté par At-Tirmidhî, d’après Al-Miqdâm ibn Ma‘dîkarib, que Tirmidhî juge bon et authentique, et qu’Al-Albânî authentifie — nous le citons donc honnêtement, et en entier, car c’est précisément son intégralité que l’accusation cache :

لِلشَّهِيدِ عِنْدَ اللَّهِ سِتُّ خِصَالٍ: يُغْفَرُ لَهُ فِي أَوَّلِ دَفْعَةٍ، وَيَرَى مَقْعَدَهُ مِنَ الْجَنَّةِ، وَيُجَارُ مِنْ عَذَابِ الْقَبْرِ، وَيَأْمَنُ مِنَ الْفَزَعِ الْأَكْبَرِ، وَيُوضَعُ عَلَى رَأْسِهِ تَاجُ الْوَقَارِ، الْيَاقُوتَةُ مِنْهَا خَيْرٌ مِنَ الدُّنْيَا وَمَا فِيهَا، وَيُزَوَّجُ اثْنَتَيْنِ وَسَبْعِينَ زَوْجَةً مِنَ الْحُورِ الْعِينِ، وَيُشَفَّعُ فِي سَبْعِينَ مِنْ أَقَارِبِهِ

« Le martyr a auprès d’Allah six privilèges : il est pardonné dès la première goutte de son sang ; il voit sa place au Paradis ; il est préservé du châtiment de la tombe ; il est à l’abri de la grande frayeur ; on pose sur sa tête la couronne de dignité, dont un seul rubis vaut mieux que ce monde et ce qu’il contient ; il est marié à soixante-douze épouses d’entre les houris ; et son intercession est acceptée pour soixante-dix de ses proches. »

Rapporté par At-Tirmidhî (n° 1663) et Ibn Mâjah, d’après Al-Miqdâm ibn Ma‘dîkarib — hasan sahîh selon Tirmidhî, authentifié par Al-Albânî

Voilà le texte complet. Que fait le polémiste ? Il ampute cinq honneurs sur six — le pardon, la vision de sa demeure, la protection dans la tombe, la sécurité au Jour de la frayeur, la couronne, l’intercession pour les siens : tout ce qui dit la miséricorde — pour ne garder que celui qui nourrit sa caricature. Et il oublie que le hadith parle du martyr, non de tout croyant : c’est la récompense de l’homme qui a donné sa vie, non le programme du paradis. L’obsession du chiffre est la sienne, pas celle des textes : demandez à un musulman pratiquant ce qu’il espère du paradis, et écoutez ce qu’il répond — nous y viendrons à la section IV, et c’est tout autre chose.

Quant au « kamikaze aux 72 vierges », il s’effondre sur un point de droit que nous avons établi au dossier n° 12 : le terroriste n’est pas un martyr. Le martyr (chahîd) meurt dans une guerre légale, déclarée par une autorité, en épargnant les non-combattants ; celui qui se suicide commet un péché que le Prophète a menacé du Feu — « celui qui se tue avec un fer, son fer à la main, s’en frappera éternellement le ventre dans le Feu » (Al-Bukhârî, Muslim) —, et celui qui tue des civils commet la hirâba, le crime visé par les châtiments les plus sévères du Coran. Promettre le paradis du martyr à l’auteur d’un attentat, c’est promettre la récompense du médecin à l’empoisonneur : l’islam ne le dit nulle part — ce sont les recruteurs du takfîr qui le disent, et le polémiste qui les croit sur parole. Les deux méritent la même réponse : les textes.

III. Ce que le Coran promet — cité, et assumé

Avant toute description, la tradition pose un principe qui devrait clore la moitié du débat : le paradis excède toute représentation. Allah Lui-même le déclare, dans un hadith qudsî :

قَالَ اللَّهُ: أَعْدَدْتُ لِعِبَادِي الصَّالِحِينَ مَا لَا عَيْنٌ رَأَتْ، وَلَا أُذُنٌ سَمِعَتْ، وَلَا خَطَرَ عَلَى قَلْبِ بَشَرٍ

« Allah a dit : J’ai préparé pour Mes serviteurs vertueux ce que nul œil n’a vu, ce que nulle oreille n’a entendu, et ce qui n’a jamais effleuré le cœur d’aucun homme. »

Hadith qudsî rapporté par Al-Bukhârî et Muslim, d’après Abû Hurayra

Les descriptions coraniques sont donc des approximations révélées — les plus hautes joies humaines prises comme langage d’une réalité qui les dépasse. Ibn ‘Abbâs le disait en une phrase : il n’y a au paradis, de ce monde, que les noms. Et que décrivent-elles ? Une félicité complète, où l’on entre ensemble et où le désir même devient mesure de la récompense :

ادْخُلُوا الْجَنَّةَ أَنتُمْ وَأَزْوَاجُكُمْ تُحْبَرُونَ يُطَافُ عَلَيْهِم بِصِحَافٍ مِّن ذَهَبٍ وَأَكْوَابٍ وَفِيهَا مَا تَشْتَهِيهِ الْأَنفُسُ وَتَلَذُّ الْأَعْيُنُ

« Entrez, vous et vos semblables, au Paradis où vous serez comblés de joie. » On fera circuler parmi eux des plats et des coupes en or. Ils y trouveront tout ce qu’une âme peut désirer et y contempleront les spectacles les plus ravissants.

— Sourate 43, Az-Zoukhrouf, versets 70-71

Et oui — parmi ces délices, les épouses du paradis, que nous citons sans détour :

وَحُورٌ عِينٌ كَأَمْثَالِ اللُّؤْلُؤِ الْمَكْنُونِ جَزَاءً بِمَا كَانُوا يَعْمَلُونَ

Ils seront unis à des houris aux grands yeux noirs, telles des perles précieusement conservées, en récompense de leurs œuvres passées.

— Sourate 56, Al-Wâqi‘ah, versets 22 à 24

L’islam n’a pas honte de ce verset, et voici pourquoi : il n’a jamais tenu le corps pour une déchéance. La résurrection est charnelle, le mariage est une adoration, et la pudeur d’ici-bas n’est pas le mépris de la chair — elle en est la garde. Le paradis coranique comble donc l’être entier, corps compris — mais des plaisirs transfigurés, dépouillés de tout ce qui les corrompt ici-bas : un vin « ne provoquant ni maux de tête, ni ivresse » (56, 19), nulle parole indigne ni futilité, « mais seulement les mots : Paix à vous » (56, 25-26) : la volupté sans la souillure, la joie sans la gêne, le désir sans la lassitude. Quant au fameux verset 78, 33, les exégètes y lisent la jeunesse épanouie et l’égalité d’âge (atrâban) — la traduction racoleuse est un choix de traducteur, pas une fatalité du texte. Et à celui qui ricane d’un « paradis charnel », posons une question de cohérence : le christianisme professe lui aussi la résurrection de la chair — saint Paul y consacre un chapitre entier de sa première épître aux Corinthiens —, et son Écriture décrit le Royaume comme un banquet et des noces. Si la félicité incarnée disqualifie une religion, elle disqualifie d’abord la Bible : l’argument prouve trop — notre vieux compagnon de série.

IV. La hiérarchie que le critique ampute — l’agrément, puis le Visage

Mais voici ce que la caricature doit absolument cacher pour survivre : dans les textes mêmes, les houris ne sont pas le sommet du paradis — elles n’en sont pas même l’étage supérieur. Le Coran établit la hiérarchie en toutes lettres, au terme d’un verset qui énumère jardins et demeures :

وَعَدَ اللَّهُ الْمُؤْمِنِينَ وَالْمُؤْمِنَاتِ جَنَّاتٍ تَجْرِي مِن تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا وَمَسَاكِنَ طَيِّبَةً فِي جَنَّاتِ عَدْنٍ وَرِضْوَانٌ مِّنَ اللَّهِ أَكْبَرُ ذَٰلِكَ هُوَ الْفَوْزُ الْعَظِيمُ

Allah a promis aux croyants et aux croyantes des jardins traversés de rivières où ils vivront pour l’éternité et des demeures agréables dans les jardins d’Eden. Mais rien ne les comblera plus que d’être agréés par Allah. Voilà le bonheur suprême.

— Sourate 9, At-Tawbah, verset 72

Au-dessus des jardins, l’agrément (ridwân) — « plus grand », akbar, dit l’arabe ; et au-dessus de tout, ce que le Coran annonce pour les visages des bienheureux, resplendissants ce Jour-là, tournés vers leur Seigneur, le regard fixé sur Lui (75, 22-23) : la Vision d’Allah — que les gens de la Sunna affirment comme le texte l’affirme, sans comment ni comparaison, contre ceux qui la nient. Et le Prophète a décrit l’instant où tout le reste pâlira :

فَيَكْشِفُ الْحِجَابَ، فَمَا أُعْطُوا شَيْئًا أَحَبَّ إِلَيْهِمْ مِنَ النَّظَرِ إِلَى رَبِّهِمْ

« …Alors le voile sera levé, et rien de tout ce qui leur aura été donné ne leur sera plus cher que le regard vers leur Seigneur. »

Rapporté par Muslim (n° 181), d’après Suhayb

Méditons la scène : les gens du paradis possèdent déjà tout — jardins, fleuves, épouses, festins — et le hadith déclare que rien de tout cela n’égalera un regard. Voilà la véritable échelle de la félicité islamique, celle que récitent les invocations des croyants — qui demandent à Allah, dans la prière prophétique célèbre, « la douceur de contempler Ton Visage » (An-Nasâ’î, authentifié), non un quota de houris. Le paradis du polémiste s’arrête au jardin ; celui du Coran monte jusqu’au Visage. Amputer cette hiérarchie, c’est décrire une cathédrale en ne montrant que la buvette.

V. Assumer le plaisir comme bienfait — l’anthropologie de l’islam

Il faut maintenant faire ce que les défenses embarrassées ne font jamais : dire pourquoi le plaisir, y compris le plaisir charnel, est un bienfait d’Allah, et non une concession honteuse. Tout tient à une chose que l’islam refuse et que d’autres traditions ont portée : le dualisme du corps et de l’esprit. Pour le gnostique, pour le manichéen, pour une part du platonisme et pour certains courants du christianisme ancien, la matière est une chute et la chair une prison : la sainteté se mesure à ce qu’on lui refuse. L’islam dit l’inverse. Le corps est une création d’Allah, « dans la plus belle forme » (95, 4), un dépôt dont on répond, un instrument d’adoration — c’est avec lui qu’on se prosterne, qu’on jeûne, qu’on marche vers La Mecque — et il ressuscitera. Le désir n’y est pas une souillure : c’est une force créée, que la loi ordonne au lieu de la maudire. Le Prophète l’a dit à ses compagnons étonnés :

وَفِي بُضْعِ أَحَدِكُمْ صَدَقَةٌ. قَالُوا: يَا رَسُولَ اللَّهِ، أَيَأْتِي أَحَدُنَا شَهْوَتَهُ وَيَكُونُ لَهُ فِيهَا أَجْرٌ؟ قَالَ: أَرَأَيْتُمْ لَوْ وَضَعَهَا فِي حَرَامٍ أَكَانَ عَلَيْهِ فِيهَا وِزْرٌ؟ فَكَذَلِكَ إِذَا وَضَعَهَا فِي الْحَلَالِ كَانَ لَهُ أَجْرٌ

« Et dans l’union charnelle de l’un de vous, il y a une aumône. — Ô Messager d’Allah, l’un de nous satisferait son désir et en aurait une récompense ? — Que pensez-vous, s’il le plaçait dans l’illicite : n’en porterait-il pas un péché ? De même, s’il le place dans le licite, il en a une récompense. »

Rapporté par Muslim, d’après Abû Dharr

Une religion qui compte le plaisir conjugal parmi les aumônes n’a pas à rougir d’un paradis qui le promet parfait. Et cette religion a nommé le plaisir de la femme avant que le monde moderne ne prétende le découvrir. Le Coran définit les époux l’un pour l’autre comme un vêtement — « elles sont un vêtement pour vous, et vous êtes un vêtement pour elles » (2, 187) —, image de réciprocité absolue : on couvre, on réchauffe, on embellit, on protège dans les deux sens. Il fait du mariage un signe d’Allah, fondé sur la quiétude, l’amour et la tendresse (30, 21). Et le Prophète, apprenant que le jeune Jâbir venait d’épouser une veuve, lui dit :

فَهَلَّا بِكْرًا تُلَاعِبُهَا وَتُلَاعِبُكَ

« Pourquoi pas une jeune fille, avec qui tu joues et qui joue avec toi ? »

Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim, d’après Jâbir ibn ‘Abdillâh

Tulâ‘ibuhâ wa tulâ‘ibuka — tu joues avec elle et elle joue avec toi : le Prophète lui-même pose la réciprocité du plaisir comme la chose normale du mariage, et Jâbir répond qu’il a épousé une femme mûre pour élever ses sœurs orphelines — ce que le Prophète approuve. Les juristes en ont fait du droit. La femme a droit à l’intimité de son mari : ‘Umar, apprenant par une femme que les soldats en campagne laissaient leurs épouses trop longtemps, fixa à quatre mois la durée maximale d’absence d’un mari — et il l’avait apprise en écoutant, une nuit, la plainte d’une épouse seule. Ibn Taymiyya écrit que le mari doit à sa femme l’union conjugale selon la convenance, comme il lui doit l’entretien, et qu’il pèche s’il la néglige. Les hanbalites et la majorité des écoles interdisent au mari de pratiquer le retrait (‘azl) sans le consentement de son épouse libre — Ibn Qudâma le dit dans Al-Mughnî —, pour une raison qu’ils énoncent en toutes lettres : parce qu’elle a droit à la descendance et droit à son plaisir. Et Al-Ghazâlî, dans l’Ihyâ’, consacre des pages aux convenances de l’intimité, où il enseigne au mari de ne pas se hâter, de commencer par la douceur et les mots, et de veiller à ce que son épouse obtienne sa part avant lui — au XIe siècle, dans un traité de spiritualité. Voilà la vérité que le mythe cache : la loi qui régit le paradis est la même qui régit la chambre conjugale, et elle a reconnu le plaisir de la femme comme un droit quand l’Europe le tenait pour un péché ou une maladie. Ce n’est pas malgré sa pudeur que l’islam parle ainsi : c’est à cause d’elle — la pudeur n’est pas la négation du plaisir, elle en est la garde, le mur qui le protège du marché et du regard des autres. On ne cache que ce qui est précieux.

VI. Et les femmes, elles ? — ce que les textes leur promettent

La question mérite mieux qu’une pirouette, alors répondons par les textes, et allons plus loin que ne le font les défenses habituelles. D’abord, la promesse est explicitement double : le verset de la hiérarchie que l’on vient de lire s’ouvre sur « aux croyants et aux croyantes » — jardins, demeures, agrément et Vision sont à elles comme à eux, et le Coran répète que « quiconque, homme ou femme, fait le bien en étant croyant, ceux-là entreront au Paradis » (4, 124 ; 40, 40). Ensuite, on entre au paradis ensemble : « Entrez, vous et vos semblables » (43, 70) — le mot azwâj désigne les épouses et les pareils, et les exégètes y lisent les époux croyants réunis, comme ailleurs les élus « et leurs épouses » installés sur les couches d’honneur (36, 56), ou les jardins d’Eden où ils entrent « avec ceux de leurs pères, de leurs épouses et de leur descendance qui furent vertueux » (13, 23). La croyante y retrouve son mari, transfigurée comme lui en jeunesse et beauté parfaites.

Nul célibataire au paradis

Puis les hadiths précisent, et l’on ne les cite presque jamais. Muslim rapporte, dans la description du premier groupe qui entrera au paradis : « il n’y a pas de célibataire au Paradis » — nul n’y demeure seul, homme ou femme. La femme mariée y rejoint son mari : un hadith rapporté par Abû Dâwûd, Al-Bayhaqî et At-Tabarânî, et authentifié par Al-Albânî, dit que « la femme est au dernier de ses maris » — celui avec qui elle est morte —, et c’est pour cela qu’Umm ad-Dardâ’ refusa de se remarier après la mort d’Abû ad-Dardâ’, pour être sienne au paradis, et que Hudhayfa dit à sa femme : si tu veux être mon épouse là-bas, ne te remarie pas après moi. Quant à celle qui n’a jamais été mariée, ou dont le mari n’entrera pas, Ibn al-Qayyim, dans son grand livre sur le paradis, Hâdî al-arwâh, expose l’accord des savants : Allah la mariera à qui son cœur désirera parmi les gens du paradis, car la promesse de 43, 71 — « tout ce qu’une âme peut désirer » — vaut pour elle à la lettre. Et les savants enseignent que la croyante y surpasse en éclat ce qu’on décrit des houris : un hadith rapporté par At-Tabarânî, d’après Umm Salama — de chaîne discutée, nous le disons — fait dire au Prophète que les femmes de ce monde surpassent les houris « comme le dessus surpasse la doublure », à cause de leur prière, de leur jeûne et de leur adoration ; et même sans ce hadith, le raisonnement des savants tient seul : la houri est créée au paradis sans avoir rien porté, tandis que la croyante y entre par ses œuvres, ses larmes et sa patience — celle qui a mérité le paradis y a plus de rang que celle qui y fut créée. Le Coran le dit à sa manière quand il décrit les épouses du paradis « créées de nouveau », vierges, aimantes, d’âge égal (56, 35-37) : les exégètes y lisent d’abord les croyantes de ce monde, recréées dans une jeunesse que la vie leur avait prise.

L’asymétrie des descriptions : la pudeur, non l’oubli

Reste l’asymétrie réelle des descriptions, qu’on ne niera pas : le Coran détaille les épouses du paradis et reste discret sur ce qui attend la croyante. Les savants l’expliquent par la pudeur (hayâ’) : on ne décrit pas à une femme, dans une révélation publique récitée à toutes les époques et devant tous, des promesses que sa pudeur — celle de toutes les civilisations — réprouverait d’entendre proclamer. Un homme se voit promettre une épouse sans que nul ne rougisse ; une femme ne demande pas qu’on lui décrive un homme sur la place. La discrétion est un égard, non un oubli : la promesse générale couvre tout — « tout ce qu’une âme peut désirer » —, et Celui qui a créé les désirs des deux sait combler les deux. Et remarquons ce que le mythe ne voit pas : la promesse la plus haute, celle qui dépasse tout — l’agrément et la Vision — est faite dans le même verset, avec les mêmes mots, aux croyants et aux croyantes. Sur le sommet, il n’y a aucune asymétrie.

VII. Les « éphèbes » — l’insinuation retournée

Quant à l’insinuation sur les jeunes serviteurs, lisons ce que dit le texte — tout ce qu’il dit, et rien que ce qu’il dit : « Parmi eux circuleront des serviteurs d’une éternelle jeunesse, portant des coupes et des aiguières » (56, 17-18). Des serviteurs ; un service ; des coupes. Leur beauté — « telles des perles disséminées » (76, 19) — est celle de tout ce qui peuple le paradis, décrite comme on décrit l’éclat des anges ; leur jeunesse éternelle dit qu’ils ne vieillissent ni ne fatiguent. Pas un mot, pas un sous-entendu de plus — et pas une ligne, dans quatorze siècles d’exégèse classique, At-Tabarî, Al-Qurtubî, Ibn Kathîr compris, n’a lu dans ces versets ce que le polémiste y projette. La lecture obscène n’est pas dans le texte : elle est dans l’œil qui le lit — et elle prête au paradis de l’islam précisément ce que la loi de l’islam interdit. Quand un procès en dit plus long sur l’accusateur que sur l’accusé, il ne reste qu’à le verser au dossier… de l’accusateur.

VIII. Dans un monde bouleversé par ses sens — qui ricane, et de quoi ?

Il faut maintenant retourner le miroir, car le ricanement vient d’une civilisation qu’il faut regarder avant de l’écouter. Le monde qui se moque d’un paradis de plaisirs est celui qui a fait du plaisir son idole — et qui n’en jouit plus. Il a mis la sexualité partout : sur les affiches, dans les séries, dans la poche de chaque enfant. L’Arcom, l’autorité française de régulation, estimait en 2023 que plus de deux millions de mineurs fréquentent chaque mois des sites pornographiques, et que plus de la moitié des garçons de douze ans y sont déjà allés : la première école du désir, pour une génération entière, est une industrie de l’humiliation filmée. Et le résultat de cette saturation est une famine : les enquêtes de l’Ifop mesurent depuis dix ans ce que les sociologues appellent une « récession sexuelle » — près d’un quart des adultes français déclaraient en 2024 n’avoir eu aucune relation dans l’année, un record —, tandis que les thérapeutes décrivent des jeunes hommes que l’image a rendus incapables du réel, et des jeunes femmes qui ne savent plus ce qu’elles ont le droit d’attendre. Une société où le sexe est partout et le désir nulle part ; où l’on a tout permis et où l’on ne jouit de rien ; où le plaisir, arraché à l’amour, à la fidélité et à la durée, s’est changé en lassitude, en solitude et en marché. Voilà qui ricane du paradis.

Et voilà pourquoi la promesse de l’islam est exactement la réponse à cette blessure, et non son symptôme. Le drame du plaisir humain n’est pas le plaisir : c’est sa dégradation — il lasse, il vieillit, il trahit, il sépare, il finit. L’islam ne répond pas à ce drame en maudissant le plaisir, comme l’ascète, ni en l’idolâtrant, comme le libertin : il l’ordonne ici-bas — dans le mariage, la fidélité, la pudeur qui le protège du regard et du marché — et il le promet parfait là-haut : le désir accompli sans sa dégradation, le vin sans l’ivresse, l’amour sans la trahison, la jeunesse sans la fin. « Tout ce qu’une âme peut désirer » — mais une âme purifiée, dans un corps ressuscité, sous le regard de Celui qui a créé le désir. Le monde moderne cherche l’éternité du plaisir dans la répétition, et il trouve l’ennui ; l’islam la place là où elle est : après la mort, comme récompense, pour ceux qui ont su, ici, ne pas en faire un dieu. C’est le juste milieu entre deux folies : le puritain qui hait le corps, et le libertin qui le vend. Nous ne rougissons donc pas d’un paradis de joie : nous plaignons ceux qui n’ont plus que la terre pour en chercher une, et qui ne la trouvent pas.

IX. L’honnêteté — le désaccord assumé, la fuite refusée, la part à porter

Trois franchises pour finir. La première : le désaccord théologique est réel, et nous l’assumons. Face à une certaine spiritualité héritée du platonisme, pour qui la béatitude doit être désincarnée pour être pure, l’islam professe une félicité de l’être entier — corps ressuscité, cœur comblé, esprit contemplant — sans jamais réduire l’une à l’autre : le mépris du corps n’a jamais été une preuve d’élévation, et une récompense qui comble tout ce que Dieu a créé en l’homme n’est pas inférieure à une béatitude amputée — qu’on nous démontre le contraire. La deuxième : nous refusons la fuite philologique. La thèse des « raisins blancs » — relire hûr ‘în en syriaque pour évacuer les houris — séduit certains apologistes embarrassés ; nous la refusons pour la même raison que nous avons refusé les recalculs d’âge au dossier n° 18 : la langue arabe est claire, l’exégèse unanime, et l’on ne réécrit pas le texte pour se rassurer — la gêne n’est pas une méthode. La troisième, à notre charge : une certaine prédication populaire a elle-même réduit le paradis à sa chair, agitant les houris comme argument publicitaire, promettant aux jeunes ce que le Coran met en bas de l’échelle, et offrant à la caricature son meilleur carburant — jusqu’aux recruteurs qui vendent aux désespérés un paradis de vierges pour un massacre. La correction est dans nos propres textes : c’est la hiérarchie coranique — les jardins, puis l’agrément « plus grand », puis le Visage — qu’il faut prêcher, car c’est elle que le Coran prêche. Le polémiste et le mauvais prédicateur font, au fond, la même erreur : ils s’arrêtent à la buvette.

X. Le retournement — et la question-test

Au polémiste qui compte les vierges : lisez le hadith en entier — six honneurs, dont vous n’en gardez qu’un —, puis lisez 9, 72 et le hadith du voile, et dites-nous où s’arrête votre paradis et où monte le nôtre. À celui qui ricane d’une félicité charnelle : ouvrez saint Paul sur la résurrection des corps, puis regardez votre monde — deux millions d’enfants devant la pornographie, un adulte sur quatre sans désir — et dites-nous qui, de vous ou de nous, a un problème avec le plaisir. À celui qui insinue sur les serviteurs : citez une ligne, une seule, de quatorze siècles d’exégèse, qui lise dans ces versets ce que vous y lisez. Question-test : quel est, dans le Coran, le sommet du paradis ? Si vous répondez « les houris », vous n’avez pas lu 9, 72 ; si vous répondez « l’agrément d’Allah et Sa Vision », vous venez de réfuter votre propre caricature. Et au lecteur musulman : n’aie pas honte du paradis que ton Seigneur t’a promis, mais ne le réduis pas non plus à sa buvette. Vis ton plaisir ici-bas comme une aumône — dans le mariage, la fidélité, la tendresse due à ton épouse comme à toi —, et demande là-haut ce que le Prophète demandait : la douceur de contempler Son Visage. Le reste te sera donné par surcroît, et tu n’en auras plus cure.

XI. Objections et questions fréquentes

Q. Le Coran promet-il 72 vierges ?

Non. Le chiffre vient d’un hadith authentique (At-Tirmidhî, n° 1663) qui énumère six honneurs du martyr — pardon, vision de sa demeure, protection dans la tombe, sécurité au Jour de la frayeur, couronne, épouses, intercession pour soixante-dix proches. Le polémiste en garde un sur six, et confond le martyr avec tout croyant.

Q. Les kamikazes y croient : n’est-ce pas la preuve ?

Le terroriste n’est pas un martyr : il se suicide — péché menacé du Feu — et tue des civils — hirâba, le crime le plus sévèrement puni du Coran (dossier n° 12). Ce sont les recruteurs qui lui vendent le paradis, et le polémiste qui les croit sur parole.

Q. Les houris existent-elles vraiment, ou sont-elles symboliques ?

Elles existent (56, 22-24), et nous ne les dématérialisons pas : l’islam professe une félicité de l’être entier, corps ressuscité compris, aux plaisirs transfigurés. La thèse des « raisins blancs » est une fuite que nous refusons. Mais elles ne sont pas le sommet : l’agrément et la Vision le sont (9, 72 ; Muslim).

Q. Un paradis charnel, n’est-ce pas grossier ?

Pas plus que la résurrection de la chair de saint Paul ou les noces de l’Apocalypse. L’islam refuse le dualisme qui méprise le corps : le plaisir conjugal y est une aumône (Muslim), et le paradis promet le désir accompli sans sa dégradation — vin sans ivresse, joie sans souillure.

Q. Comment assumer que le plaisir est un bienfait ?

Parce que le corps est une création d’Allah, un dépôt et un instrument d’adoration, et le désir une force créée que la loi ordonne au lieu de maudire. Le Prophète a compté l’union conjugale parmi les aumônes, posé la réciprocité du plaisir (« tu joues avec elle et elle joue avec toi »), et les juristes en ont fait un droit de l’épouse. La pudeur n’en est pas la négation : elle en est la garde.

Q. Et le plaisir des femmes ?

Reconnu ici-bas comme un droit : le mari lui doit l’intimité (‘Umar, Ibn Taymiyya), ne peut pratiquer le retrait sans son consentement parce qu’elle a droit à son plaisir (Ibn Qudâma), et Al-Ghazâlî enseigne au mari de veiller à sa part avant la sienne. Promis là-haut à la lettre : « tout ce qu’une âme peut désirer » (43, 71), nul célibataire au paradis (Muslim), son mari retrouvé, ou l’époux que son cœur désirera (Ibn al-Qayyim), et un rang au-dessus des houris.

Q. Pourquoi le Coran décrit-il les épouses des hommes et pas celles des femmes ?

Par pudeur (hayâ’), non par oubli : on ne proclame pas devant tous, dans une révélation récitée à toutes les époques, ce que la pudeur d’une femme réprouverait d’entendre. La promesse générale couvre tout, et le sommet — agrément et Vision — est promis dans le même verset, avec les mêmes mots, aux croyantes et aux croyants.

Q. Et les « éphèbes » ?

Des serviteurs portant des coupes (56, 17-18 ; 76, 19) — rien d’autre dans le texte, rien d’autre dans quatorze siècles d’exégèse. L’obscénité est dans l’œil de l’accusateur, et elle prête au paradis ce que la loi de l’islam interdit.

Q. Que répondre à un monde qui trouve cela archaïque ?

Que ce monde a mis le sexe partout et le désir nulle part : deux millions de mineurs devant la pornographie chaque mois, un adulte sur quatre sans relation dans l’année. Il cherche l’éternité du plaisir dans la répétition et trouve l’ennui. L’islam ordonne le plaisir ici et le promet parfait là-haut : le juste milieu entre le puritain qui hait le corps et le libertin qui le vend.

Q. Quel est le sommet du paradis ?

L’agrément d’Allah, « plus grand » que les jardins (9, 72), et Sa Vision, dont rien ne sera plus cher (Muslim). Le paradis du polémiste s’arrête au jardin ; celui du Coran monte jusqu’au Visage.

Synthèse

Non, le paradis de l’islam n’est pas un harem céleste — et nous ne rougissons pas non plus de ce qu’il est. Les « soixante-douze vierges » ne sont pas dans le Coran : elles viennent d’un hadith authentique sur les six honneurs du martyr — cité ici en entier, avec son degré — dont le polémiste ampute cinq, et le « martyr » terroriste n’est, au regard du droit même de l’islam, qu’un suicidé coupable de hirâba. Les houris existent (56, 22-24), et l’islam n’en a pas honte, parce qu’il n’a jamais tenu le corps pour une déchéance : la résurrection est charnelle — chez saint Paul aussi —, le plaisir conjugal est une aumône (Muslim), sa réciprocité est posée par le Prophète lui-même, et le plaisir de la femme est un droit que les juristes ont écrit — ‘Umar, Ibn Qudâma, Ibn Taymiyya, Al-Ghazâlî — quand l’Europe le tenait pour un péché ; la pudeur n’en est pas la négation mais la garde. Mais la pièce que la caricature doit cacher est la hiérarchie : au-dessus des jardins, l’agrément d’Allah, « bonheur suprême » promis aux croyants et aux croyantes (9, 72) ; au-dessus de tout, la Vision du Seigneur, dont rien ne sera plus cher (Muslim) : le paradis du polémiste s’arrête au jardin, celui du Coran monte jusqu’au Visage. La croyante y entre avec les siens, promise à « tout ce qu’une âme peut désirer » (43, 70-71), sans célibat (Muslim), son mari retrouvé ou l’époux de son cœur (Ibn al-Qayyim), au-dessus des houris par ses œuvres — la discrétion des descriptions relevant de la pudeur, non de l’oubli, et le sommet lui étant promis dans les mêmes mots. Les jeunes serviteurs ne font, dans le texte et dans l’exégèse, que porter des coupes. Et le miroir : le monde qui ricane a mis le sexe partout et le désir nulle part — deux millions d’enfants devant la pornographie, un adulte sur quatre sans relation — ; l’islam ordonne le plaisir ici-bas et le promet parfait là-haut, le désir accompli sans sa dégradation : la réponse à la blessure moderne, non son symptôme. Reste notre part : prêcher la hiérarchie que le Coran prêche, au lieu d’offrir la buvette à la caricature.

◆ À retenir — mémo

– Deux fuites refusées : la spiritualisation totale (les délices sont réels et assumés) et la thèse des « raisins blancs » (on ne réécrit pas le texte pour se rassurer — même règle qu’au dossier n° 18).

– Les « 72 vierges » : absentes du Coran ; hadith authentique (At-Tirmidhî n° 1663, Albânî) cité en entier — six honneurs du martyr, dont le polémiste n’en garde qu’un ; le martyr, non tout croyant. Le terroriste n’est pas un martyr : suicide + hirâba (dossier n° 12).

– Principe premier : le paradis excède toute description — « ce que nul œil n’a vu » (hadith qudsî, Al-Bukhârî-Muslim) ; « il n’y a de ce monde que les noms » (Ibn ‘Abbâs).

– Les houris citées et assumées (56, 22-24) : l’islam ne méprise pas le corps — plaisirs transfigurés (vin sans ivresse 56, 19 ; « Paix à vous » 56, 25-26) ; la résurrection de la chair est un dogme biblique aussi (1 Corinthiens 15) : l’objection prouve trop.

– La hiérarchie amputée : jardins, puis l’agrément d’Allah « plus grand » — « bonheur suprême » (9, 72) —, puis la Vision du Seigneur, « rien de plus cher » (Muslim n° 181), affirmée sans comment par les gens de la Sunna. Le sommet n’est pas la houri : c’est le Visage.

– Assumer le plaisir : pas de dualisme — le corps est création, dépôt, instrument d’adoration, et ressuscitera ; l’union conjugale est une aumône (Muslim) ; « tu joues avec elle et elle joue avec toi » (Al-Bukhârî, Muslim) ; vêtements l’un pour l’autre (2, 187) ; quiétude, amour, tendresse (30, 21).

– Le plaisir de la femme, un droit : quatre mois d’absence maximum (‘Umar) ; l’intimité due comme l’entretien (Ibn Taymiyya) ; pas de retrait sans son consentement parce qu’elle a droit à son plaisir (Ibn Qudâma, Al-Mughnî) ; veiller à sa part avant la sienne (Al-Ghazâlî, Ihyâ’). La pudeur est la garde du plaisir, non sa négation.

– Les femmes au paradis : promesse double (9, 72 ; 4, 124 ; 40, 40), entrée en couple (43, 70 ; 36, 56 ; 13, 23), nul célibataire (Muslim), « la femme est au dernier de ses maris » (authentifié), l’époux de son cœur pour la célibataire (Ibn al-Qayyim, Hâdî al-arwâh), au-dessus des houris par ses œuvres (hadith d’Umm Salama, chaîne discutée, et raisonnement des savants), « créées de nouveau » (56, 35-37) ; la discrétion = pudeur, non oubli ; le sommet promis dans les mêmes mots.

– Les serviteurs (56, 17-18 ; 76, 19) : un service de coupes, rien d’autre en quatorze siècles d’exégèse — l’insinuation est la projection de l’accusateur.

– Le miroir : plus de deux millions de mineurs devant la pornographie chaque mois, plus de la moitié des garçons de douze ans (Arcom 2023) ; près d’un adulte sur quatre sans relation dans l’année (Ifop 2024). Le sexe partout, le désir nulle part. L’islam ordonne le plaisir ici et le promet parfait là-haut : le désir accompli sans sa dégradation — le juste milieu entre le puritain et le libertin.

– Trois franchises : le désaccord avec la béatitude désincarnée est assumé ; la fuite philologique est refusée ; et la prédication qui agite les houris est à corriger par la hiérarchie que le Coran prêche.

– La question-test : quel est le sommet du paradis dans le Coran ? Répondre « les houris », c’est n’avoir pas lu 9, 72 ; répondre « l’agrément et la Vision », c’est réfuter sa propre caricature.

Sources

Coran : traduction française des sens par Rachid Maach (43, 70-71 ; 56, 22-24 ; 9, 72, vérifiés ; 56, 17-19 et 25-26 en prose vérifiée) ; en prose : 75, 22-23 ; 78, 33 ; 76, 19 ; 52, 24 ; 36, 56 ; 13, 23 ; 4, 124 ; 40, 40 ; 56, 35-37 ; 2, 187 ; 30, 21 ; 95, 4.

Hadith, avec leur degré : les six honneurs du martyr : At-Tirmidhî n° 1663 et Ibn Mâjah, d’après Al-Miqdâm — hasan sahîh (Tirmidhî), sahîh (Al-Albânî) ; hadith qudsî « ce que nul œil n’a vu » : Al-Bukhârî et Muslim, authentique ; le voile levé et la Vision : Muslim n° 181, d’après Suhayb, authentique ; invocation « la douceur de contempler Ton Visage » : An-Nasâ’î, authentifié ; interdiction du suicide : Al-Bukhârî et Muslim, authentique ; l’union conjugale comme aumône : Muslim, d’après Abû Dharr, authentique ; « tu joues avec elle et elle joue avec toi » : Al-Bukhârî et Muslim, d’après Jâbir, authentique ; « il n’y a pas de célibataire au Paradis » : Muslim, d’après Abû Hurayra, authentique ; « la femme est au dernier de ses maris » : Abû Dâwûd (Marâsîl), Al-Bayhaqî, At-Tabarânî — authentifié par Al-Albânî ; les femmes de ce monde supérieures aux houris : At-Tabarânî, d’après Umm Salama — chaîne discutée, cité avec cette réserve ; parole d’Ibn ‘Abbâs « de ce monde, que les noms » : rapportée par Ibn Abî Hâtim, mawqûf.

Fiqh et doctrine : ‘Umar et les quatre mois d’absence (Al-Bayhaqî, ‘Abd ar-Razzâq) ; Ibn Qudâma, Al-Mughnî, sur le ‘azl et le consentement de l’épouse ; Ibn Taymiyya, Majmû‘ al-fatâwâ, sur le droit de l’épouse à l’intimité ; Al-Ghazâlî, Ihyâ’ ‘ulûm ad-dîn, Kitâb âdâb an-nikâh ; Ibn al-Qayyim, Hâdî al-arwâh ilâ bilâd al-afrâh (les femmes au paradis, la célibataire, la supériorité des croyantes) ; affirmation de la Vision par les gens de la Sunna, sans modalité (credo d’Ahl as-Sunna) ; exégèse classique des versets du paradis (At-Tabarî, Al-Qurtubî, Ibn Kathîr) ; réfutation de la lecture syriaque des houris (philologie arabe et consensus exégétique).

Le miroir : Arcom, étude sur la fréquentation des sites pornographiques par les mineurs (2023) ; Ifop, enquêtes sur l’activité sexuelle des Français et la « récession sexuelle » (2024) ; Bible, 1 Corinthiens 15 (résurrection des corps), Apocalypse 19 (noces), Luc 14 (banquet) ; renvois aux dossiers n° 10, 12 et 18.

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