Ce que disent les deux mots
As-Sunna est la voie du Prophète ﷺ : ce qu’il a dit, fait et approuvé, telle que ses Compagnons l’ont transmise. Al-Jamāʿa est la Communauté : le corps des musulmans réuni autour de cette voie, par opposition à la firqa, la division. Les gens de la Sunna et de la Communauté sont donc ceux qui prennent la religion à sa source et refusent de s’en séparer pour suivre une opinion propre.
Le nom ne vient ni d’un fondateur, ni d’une école, ni d’un pays. Il désigne un critère, et c’est pour cela qu’il traverse les siècles et les continents sans changer de sens.
Le fondement dans le Coran et la Sunna
وَمَن يُشَاقِقِ الرَّسُولَ مِن بَعْدِ مَا تَبَيَّنَ لَهُ الْهُدَىٰ وَيَتَّبِعْ غَيْرَ سَبِيلِ الْمُؤْمِنِينَ نُوَلِّهِ مَا تَوَلَّىٰ
« Quiconque s’oppose au Messager après que la guidance lui est apparue clairement, et suit un autre chemin que celui des croyants, Nous le chargerons de ce dont il s’est chargé. »
Coran, sourate an-Nisāʾ (4), verset 115
Ce verset lie deux choses : le Messager et le chemin des croyants. C’est le fondement du double nom.
وَإِنَّ هَذِهِ الْمِلَّةَ سَتَفْتَرِقُ عَلَى ثَلَاثٍ وَسَبْعِينَ: ثِنْتَانِ وَسَبْعُونَ فِي النَّارِ، وَوَاحِدَةٌ فِي الْجَنَّةِ، وَهِيَ الْجَمَاعَةُ
« Cette communauté se divisera en soixante-treize : soixante-douze dans le Feu et une au Paradis, et c’est la Communauté. »
Hadith de Muʿāwiya, rapporté par Abū Dāwūd (n° 4597)
Une seconde version, rapportée par at-Tirmidhī, définit le même groupe par son contenu plutôt que par son nom : « celui qui est sur ce que je suis, moi et mes Compagnons ». La chaîne de cette version a été discutée par les savants du hadith ; celle d’Abū Dāwūd est tenue pour solide, et le sens des deux est confirmé par de nombreux textes.
الْجَمَاعَةُ مَا وَافَقَ الْحَقَّ وَإِنْ كُنْتَ وَحْدَكَ
« La Communauté, c’est ce qui est conforme à la vérité, serais-tu seul. »
Parole d’Ibn Masʿūd, rapportée par al-Lālakāʾī
Cette parole d’un Compagnon empêche de confondre la Communauté avec le nombre : la jamāʿa est d’abord une fidélité, non une majorité.
Les critères
On est d’Ahl as-Sunna par ce qu’on croit, non par l’école à laquelle on s’affilie. Ramenés à l’essentiel, les onze textes de ce dossier posent dix critères.
- Les sources. La croyance se reçoit du Coran, de la Sunna et de la compréhension des Compagnons ; elle ne se construit pas par la spéculation.
- L’unicité. Allah est unique, sans associé ni semblable, seul digne d’adoration.
- Les attributs. Ses noms et attributs révélés sont affirmés sans être niés, déformés, comparés aux créatures ni soumis à la question du comment.
- Le Coran. Il est la Parole d’Allah, non créée.
- La vision. Les croyants Le verront dans l’au-delà.
- Le décret. Tout advient par Son décret, et le serviteur répond de ses actes.
- La foi. Elle comprend la parole et l’acte, et le pécheur reste musulman.
- L’au-delà. On croit à tout ce que le Prophète ﷺ a annoncé : tombe, résurrection, balance, pont, bassin, intercession, Paradis et Feu.
- Les Compagnons. On les aime, on reconnaît l’ordre des quatre califes et l’on se tait sur leurs différends.
- La Communauté. Ni révolte armée contre les gouvernants, ni innovation, ni takfīr d’un musulman pour ses péchés.
Pourquoi ce nom rassemble plus qu’il ne divise
Trois familles théologiques se réclament de ce nom : les atharites, les ashʿarites et les māturīdites. Elles s’accordent sur les dix critères ci-dessus. Leurs divergences portent sur la manière de formuler les attributs divins et sur quelques points de méthode ; l’annexe 2 du dossier les décrit sans les minimiser. Mais aucune des trois ne nie ce que les onze textes affirment, et aucune ne sort de la Communauté.
Ibn Taymiyya, qui n’était pas tendre avec ses adversaires, a lui-même distingué deux sens du nom dans Minhāj as-Sunna an-nabawiyya. Au sens large, Ahl as-Sunna désigne tous ceux qui reconnaissent les trois premiers califes, c’est-à-dire tous les musulmans à l’exception des rāfiḍites. Au sens strict, il désigne les gens du hadith, la ligne de ce dossier. Le nom a donc toujours eu un cercle large et un cercle étroit, et les imams eux-mêmes ont su passer de l’un à l’autre.
Le nom exclut, en revanche, ce que les textes excluent nommément : ceux qui rejettent les Compagnons, ceux qui déclarent mécréant le musulman pécheur, ceux qui nient le décret ou la vision d’Allah, ceux qui disent le Coran créé. Et même envers eux, les imams gardent une règle : on instruit avant de juger. Les deux Rāzī disent de celui qui hésite par ignorance sur le Coran qu’on l’enseigne et qu’on ne le déclare pas mécréant.
Ce dossier suit la ligne des gens du hadith, parce que c’est la plus ancienne et la mieux attestée. Il ne prétend pas que les autres familles sunnites en sont exclues. Il montre ce qu’elles ont en commun, et il signale, à chaque fois que c’est nécessaire, où elles lisent autrement.
Le traité, chapitre par chapitre
Onze professions de foi des premiers siècles, en arabe et en français. Chaque chapitre donne d’abord le verset et le hadith, puis la parole des imams avec sa référence.
- Chapitre ILes sources de la croyanceLe Livre, la Sunna et la compréhension des Compagnons. Pourquoi la spéculation ne fonde pas la foi.Lire →
- Chapitre IIL’unicité d’AllahSans associé, sans semblable, sans commencement ni fin. Il était Créateur avant de créer.Lire →
- Chapitre IIILes noms et attributs d’AllahAffirmer sans nier, sans déformer, sans demander le comment, sans comparer aux créatures.Lire →
- Chapitre IVL’élévation, le Trône et l’istiwāʾLa règle de Mālik : l’établissement est connu, le comment est inconnu, la question est une innovation.Lire →
- Chapitre VLe Coran, Parole d’Allah incrééeLe point sur lequel tous emploient presque les mêmes mots, héritage de l’épreuve de l’imam Aḥmad.Lire →
- Chapitre VILa vision d’Allah par les croyantsLe hadith de la lune compare la clarté de la vision, non Allah à la lune.Lire →
- Chapitre VIILe décret, le Calame et la Table gardéeNi qadarite ni jabrite : le serviteur agit réellement, et le décret n’excuse pas le péché.Lire →
- Chapitre VIIILa foi et le statut du pécheurParole, acte et conviction. Entre la crainte et l’espérance, contre les khārijites et les murjiʾites.Lire →
- Chapitre IXAnges, Livres, prophètes, Isrāʾ et MiʿrājLe Sceau des prophètes, envoyé aux hommes et aux djinns. L’ascension eut lieu en état de veille.Lire →
- Chapitre XLa tombe, la résurrection, le jugementMunkar et Nakīr, la balance, le pont, le bassin, l’intercession. Ce qui profite aux morts.Lire →
- Chapitre XILe Paradis et l’EnferDéjà créés, permanents, jamais détruits. Le Paradis d’Adam était le Paradis permanent.Lire →
- Chapitre XIILes Compagnons et la famille du ProphèteNi excès ni désaveu. L’amour des Compagnons et celui des mères des croyants vont ensemble.Lire →
- Chapitre XIIILes gouvernants et la communautéJuger l’injustice sans prendre les armes. Pas d’obéissance dans la désobéissance à Allah.Lire →
- Chapitre XIVLes saints, les prodiges, les signes de l’HeureLes prodiges sont réels, le moindre prophète vaut mieux que tous les saints, l’invisible reste à Allah.Lire →
- Chapitre XVLes pratiques devenues signes de la SunnaEssuyage sur les khuffs, prière derrière tout imam, raccourcissement en voyage : pourquoi dans un traité de croyance ?Lire →
- Chapitre XVILe takfīr, l’innovation, l’attachement à la jamāʿaLe péché ne fait pas sortir de l’islam. Le for intérieur appartient à Allah.Lire →
Les annexes
L’appareil critique du dossier : ce que chaque texte traite, ce que les écoles lisent différemment, et l’état exact des références.
- Annexe 1Où chaque texte traite quel thèmeLe tableau de concordance des onze ouvrages, et ce que ce corpus ne traite pas.Consulter →
- Annexe 2Les onze points lus différemmentLes six directions, le tafwīḍ, « par Son Essence », la définition de la foi, les attributions discutées.Consulter →
- Annexe 3Les éditions utiliséesCe qui est établi, ce qui reste à vérifier, et les corrections apportées aux textes arabes.Consulter →
- Annexe 4BibliographieLes onze professions de foi, leurs sources de transmission et les recueils de hadiths cités.Consulter →
- Annexe 5Glossaire des termes traduitsVingt-trois termes arabes, le rendu français retenu pour chacun et la raison de ce choix.Consulter →
Les traductions sont les nôtres. Les sections « À retenir » engagent l’auteur de l’anthologie et non les imams cités.