Mythe n°46 : L’islam, ennemi de l’art ?

Mythes et préjugés sur l’islam · Dossier n° 46

L’islam, ennemi de l’art ?

Ce que les textes disent, ce que les savants ont discuté, ce que quatorze siècles ont bâti — et pourquoi un cadre n’est pas un désert

I. Le mythe — dans sa version la plus forte

Donnons au mythe toute sa force. L’islam interdirait la musique : un hadith de Bukhârî la range avec le vin et la fornication, les quatre écoles la prohibent, et les talibans ont pendu des cassettes aux arbres. Il interdirait l’image : « les plus durement châtiés au Jour du Jugement sont les faiseurs d’images », dit un autre hadith, et il n’y a ni peinture, ni sculpture, ni portrait dans les mosquées. Il détruirait ce que les autres ont fait : les bouddhas de Bâmiyân en 2001, Palmyre en 2015, les mausolées de Tombouctou en 2012, et les idoles de la Ka‘ba dès le premier jour. Une religion sans musique, sans image, sans visage, qui ne tolère que la calligraphie parce qu’elle a peur de tout le reste : une civilisation du vide, dont les salafistes d’aujourd’hui seraient les héritiers fidèles, et les miniatures persanes, les exceptions coupables.

Ce mythe a pour lui des faits. Les hadiths existent et sont authentiques. La majorité des savants classiques a restreint les instruments de musique et interdit la statue et la peinture d’êtres vivants. Les talibans et l’État islamique ont bien détruit ce qu’on dit. Et il existe, dans le monde musulman contemporain, une hostilité réelle à l’art chez une partie des croyants. Ce dossier ne niera rien de cela, et il ne prétendra pas que l’islam est une religion « pour la musique » ou « pour l’image » : ce serait faux. Il fera autre chose : distinguer la question de fiqh — ce qui est permis et ce qui ne l’est pas, et avec quelle divergence — de la question de civilisation — l’islam est-il l’ennemi de l’art ? —, et montrer que la seconde reçoit une réponse que quatorze siècles ont donnée avant nous.

II. La méthode — deux questions, et trois niveaux

Le mythe passe sans transition de « des savants ont interdit telle chose » à « l’islam est l’ennemi de l’art ». Ce sont deux questions. La première est une question de droit : quels sons, quelles formes, quels objets la Loi permet-elle, et qu’en ont dit les écoles ? Elle a des réponses précises, souvent restrictives, parfois divergentes, et ce dossier les donnera sans les adoucir. La seconde est une question d’histoire et de civilisation : une religion qui a produit l’Alhambra, le Tâj Mahal, la calligraphie, l’arabesque, la miniature, le maqâm, l’adhân et Rûmî est-elle l’ennemie de l’art ? Elle a une réponse que les faits imposent.

Trois niveaux à tenir séparés

  • Les textes : ce que le Coran et la Sunna disent du chant, des instruments, des images et de la beauté — et ils disent plusieurs choses, qu’il faut lire ensemble.
  • Le fiqh : ce que les écoles en ont tiré, avec une majorité et une minorité respectée ; une divergence exposée honnêtement vaut mieux qu’un consensus inventé dans un sens ou dans l’autre.
  • La civilisation : ce que les musulmans ont réellement fait pendant quatorze siècles, dans le cadre — et c’est le niveau que le mythe ignore, parce qu’il le réfute.

Et une distinction qui commande tout : un cadre n’est pas un désert. Toute civilisation a borné l’art — par la religion, la morale ou l’État —, et c’est à l’intérieur de ses bornes que chacune a produit ce qu’elle a de plus grand. La question n’est pas de savoir si l’islam a des bornes ; c’est de savoir ce qui a poussé dedans.

III. La beauté — ce que l’islam en dit d’abord

Avant les interdits, il faut lire ce que la religion dit de la beauté elle-même, parce que c’est de là que tout part.

إِنَّ اللَّهَ جَمِيلٌ يُحِبُّ الْجَمَالَ

« Allah est beau, et Il aime la beauté. »

Rapporté par Muslim, n° 91, d’après Ibn Mas‘ûd — en réponse à un homme qui demandait si aimer un beau vêtement et de belles sandales était de l’orgueil

قُلْ مَنْ حَرَّمَ زِينَةَ اللَّهِ الَّتِي أَخْرَجَ لِعِبَادِهِ وَالطَّيِّبَاتِ مِنَ الرِّزْقِ

Le sens : « Dis : qui a interdit la parure d’Allah, qu’Il a produite pour Ses serviteurs, et les bonnes choses de la subsistance ? »

— Sourate 7, Al-A‘râf, verset 32

Une religion dont le Dieu « aime la beauté », qui demande « qui a interdit la parure », qui ordonne d’embellir la récitation — « ornez le Coran de vos voix », dit le Prophète (Abû Dâwud, n° 1468) — et qui loue la voix d’Abû Mûsâ en la comparant aux instruments de David n’est pas une religion qui hait l’art. Elle a un rapport à la beauté qui lui est propre : la beauté est un signe de Dieu, et le danger n’est pas la beauté, mais ce qui, dans l’art, détourne de Dieu — l’idole, l’ivresse, la débauche. C’est ce danger que visent les interdits, et c’est à partir de lui qu’ils se comprennent.

لَقَدْ أُوتِيتَ مِزْمَارًا مِنْ مَزَامِيرِ آلِ دَاوُدَ

« Tu as reçu une flûte d’entre les flûtes de la maison de David. »

Rapporté par al-Bukhârî, n° 5048, et par Muslim — le Prophète à Abû Mûsâ al-Ash‘arî, après l’avoir entendu réciter

IV. La musique — les textes, lus ensemble

Le mythe cite un hadith. Il faut lire celui-là, et les autres, parce que c’est de leur réunion que les savants ont tiré leurs positions.

Le texte qui interdit

لَيَكُونَنَّ مِنْ أُمَّتِي أَقْوَامٌ يَسْتَحِلُّونَ الْحِرَ وَالْحَرِيرَ وَالْخَمْرَ وَالْمَعَازِفَ

« Il y aura dans ma communauté des gens qui tiendront pour licites la fornication, la soie, le vin et les instruments de musique. »

Rapporté par al-Bukhârî, n° 5590, en suspens (mu‘allaq) avec une formule d’affirmation, et de manière liée par Abû Dâwud et al-Bayhaqî, d’après Abû Mâlik al-Ash‘arî

C’est le texte principal, et il faut le lire en entier : les ma‘âzif y sont nommés avec la fornication, la soie pour les hommes et le vin — dans une liste de ce qu’une génération « tiendra pour licite ». Les savants qui interdisent les instruments s’appuient sur lui ; ceux qui les permettent, Ibn Hazm en tête, ont contesté sa chaîne, parce que Bukhârî le cite sans son premier maillon, ou son sens, parce que la condamnation vise un ensemble — la musique de la débauche, avec le vin et les femmes — et non le son en lui-même. On y ajoute le verset 31, 6 sur « celui qui achète des discours futiles pour égarer loin du chemin d’Allah », qu’Ibn Mas‘ûd et d’autres Compagnons ont interprété comme visant le chant — tandis que d’autres y ont vu toute parole qui détourne.

Les textes qui permettent

دَعْهُمَا يَا أَبَا بَكْرٍ، فَإِنَّ لِكُلِّ قَوْمٍ عِيدًا، وَهَذَا عِيدُنَا

Aïcha rapporte : deux jeunes filles chantaient chez moi, avec le tambourin, les chants de Bu‘âth ; le Prophète était allongé, le visage tourné. Abû Bakr entra et dit : « La flûte de Satan chez le Messager d’Allah ? » Le Prophète se tourna vers lui : « Laisse-les, Abû Bakr ; chaque peuple a sa fête, et voici la nôtre. »

Rapporté par al-Bukhârî, n° 952, et par Muslim, n° 892

فَجَعَلَتْ جُوَيْرِيَاتٌ لَنَا يَضْرِبْنَ بِالدُّفِّ وَيَنْدُبْنَ مَنْ قُتِلَ مِنْ آبَائِي يَوْمَ بَدْرٍ … فَقَالَ: دَعِي هَذِهِ وَقُولِي بِالَّذِي كُنْتِ تَقُولِينَ

Ar-Rubayyi‘ bint Mu‘awwidh rapporte : le Prophète entra chez moi le matin de mes noces et s’assit sur mon lit ; de jeunes filles battaient le tambourin et chantaient ceux de mes pères tués à Badr, jusqu’à ce que l’une dise : « et parmi nous un prophète qui sait ce qu’il y aura demain ». Il dit : « Laisse cela, et dis ce que tu disais. »

Rapporté par al-Bukhârî, n° 5147

فَصْلُ مَا بَيْنَ الْحَلَالِ وَالْحَرَامِ الدُّفُّ وَالصَّوْتُ فِي النِّكَاحِ

« Ce qui sépare le licite de l’illicite, c’est le tambourin et la voix, pour le mariage. »

Rapporté par at-Tirmidhî, n° 1088, an-Nasâ’î et Ibn Mâjah — jugé bon

Trois textes, trois situations — la fête, les noces, et la règle générale du mariage —, et un même geste : le Prophète laisse chanter, laisse battre le tambourin, et ne corrige qu’une parole, celle qui lui attribue la science de l’avenir. Il ne dit pas « le chant est interdit » ; il dit « dis ce que tu disais », c’est-à-dire : chante, mais pas cela. Et le jour de la fête, des Abyssiniens jouent de leurs lances dans sa mosquée pendant qu’Aïcha regarde par-dessus son épaule (al-Bukhârî, n° 950). Ce n’est pas le portrait d’une religion sans musique ; c’est le portrait d’une religion qui en fixe l’occasion et la mesure.

V. La musique — ce que les savants en ont tiré

Il faut maintenant exposer le fiqh sans l’adoucir, parce que le mythe a raison sur un point et qu’un dossier qui le cacherait serait réfuté en une ligne.

La position majoritaire

La majorité des savants des quatre écoles a interdit les instruments de musique — les ma‘âzif, cordes et vents —, sur la foi du hadith de Bukhârî et de la pratique des premières générations, en exceptant le tambourin aux mariages et aux fêtes, le tambour de guerre et de voyage, et le chant sans instrument quand les paroles sont licites. Ibn Taymiyya et Ibn al-Qayyim ont écrit contre le samâ‘ des soufis avec une sévérité particulière. C’est la position la plus répandue dans l’histoire, et ce dossier ne prétend pas qu’elle soit marginale.

En face, une minorité respectée, et ancienne. Ibn Hazm, dans al-Muhallâ, tient tous les hadiths d’interdiction pour faibles ou inopérants, et conclut que la musique suit la règle des choses — permise, sauf ce qui accompagne un interdit. Al-Ghazâlî, dans le livre du samâ‘ de l’Ihyâ’, examine chaque texte, distingue le son de ce qu’on en fait, et permet l’audition sous conditions, en demandant à qui prétend l’interdire par principe de produire sa preuve. Ash-Shawkânî, au douzième siècle de l’hégire, a écrit un traité pour réfuter la prétention d’un consensus sur l’interdiction. Et parmi les Compagnons et les Successeurs, les récits sur Abdullâh ibn Ja‘far, ‘Abdullâh ibn az-Zubayr et les gens de Médine qui écoutaient le chant sont connus des deux camps.

Ce sur quoi les deux camps s’accordent

  • La voix humaine et le chant à paroles licites sont permis ; le tambourin l’est aux fêtes et aux noces ; c’est un consensus, et il suffit à réfuter « l’islam interdit la musique » au sens où le mythe l’entend.
  • La musique qui accompagne le vin, la débauche, l’obscénité ou qui détourne de la prière est interdite — par les deux camps, et c’est exactement ce que le hadith de Bukhârî décrit : une liste où les instruments figurent avec le vin et la fornication.
  • Le désaccord porte sur les instruments à cordes et à vent, pris en eux-mêmes, hors de ce contexte. Il est ancien, documenté, et mené par des savants que les deux côtés reconnaissent. On ne tranche pas un désaccord de ce rang dans un dossier d’apologétique ; on le rapporte, et l’on constate qu’il existe.

Ce que cette divergence établit est décisif pour le mythe, et dans les deux sens. Elle établit que l’interdiction des instruments est une position de fiqh — majoritaire, respectable, non un article de foi — et que celui qui l’enseigne comme « l’islam dit » doit préciser qu’il s’agit d’une école, ce que les salafistes qui pendent des cassettes ne font pas. Et elle établit qu’une religion dont les savants ont pu débattre quatorze siècles de la licéité du luth n’est pas une religion dont l’identité serait la haine de la musique : ce qu’on peut débattre n’est pas ce qui définit.

VI. L’image — les textes, et leur raison

Passons à l’image, où le mythe est plus fort, parce que les textes sont plus fermes.

إِنَّ أَشَدَّ النَّاسِ عَذَابًا يَوْمَ الْقِيَامَةِ الْمُصَوِّرُونَ … يُقَالُ لَهُمْ: أَحْيُوا مَا خَلَقْتُمْ

« Les gens les plus durement châtiés au Jour de la Résurrection sont les faiseurs d’images… On leur dira : donnez vie à ce que vous avez créé. »

Rapporté par al-Bukhârî, n° 5950 et 5951, et par Muslim, n° 2107-2109, d’après Ibn Mas‘ûd et Ibn ‘Umar

Il faut lire la raison que le texte donne : « donnez vie à ce que vous avez créé ». L’interdit ne porte pas sur la beauté, ni sur la couleur, ni sur la forme ; il porte sur l’imitation de la création — façonner l’être vivant, lui donner un corps, comme fait le Créateur — et, derrière elle, sur ce que cette imitation a toujours produit en Arabie et ailleurs : l’idole. Le Prophète a détruit les trois cent soixante statues de la Ka‘ba, et c’est dans ce contexte que les hadiths ont été prononcés. Mais le même corpus trace des limites que le mythe ne cite pas.

فَإِنْ كُنْتَ لَا بُدَّ فَاعِلًا فَاصْنَعِ الشَّجَرَ وَمَا لَا رُوحَ فِيهِ

Un peintre vint trouver Ibn ‘Abbâs : « je vis de ces images ». Il lui rapporta le hadith, puis dit : « Si tu dois absolument le faire, fais les arbres et ce qui n’a pas d’âme. »

Rapporté par al-Bukhârî, n° 2225

كُنْتُ أَلْعَبُ بِالْبَنَاتِ عِنْدَ النَّبِيِّ، وَكَانَ لِي صَوَاحِبُ يَلْعَبْنَ مَعِي

Aïcha rapporte : « Je jouais aux poupées chez le Prophète, et j’avais des compagnes qui jouaient avec moi. »

Rapporté par al-Bukhârî, n° 6130, et par Muslim ; Abû Dâwud, n° 4932, ajoute le cheval ailé qu’elle lui montra, et dont il rit

Les limites sont donc tracées de l’intérieur : le paysage, l’arbre, le végétal, la géométrie — tout ce qui n’a pas d’âme — sont permis, et c’est le programme de l’art islamique entier ; les poupées des enfants, c’est-à-dire la figure sans prétention ni culte, sont permises ; l’image « foulée aux pieds », sur un tapis ou un coussin, est tenue pour moindre que l’image dressée — Aïcha a découpé un rideau à figures pour en faire des coussins (al-Bukhârî, n° 5954). Et le Coran lui-même rappelle que les statues furent licites dans la Loi de Salomon, à qui les djinns façonnaient « des sanctuaires et des statues » (34, 13) : l’interdit n’est pas dans la nature des choses, il est dans une Loi donnée à un peuple que l’idole guettait, et les exégètes — al-Qurtubî en tête — l’ont dit.

Ce que les savants en ont tiré

La statue d’un être vivant, en relief complet, est interdite par consensus ; c’est la forme de l’idole, et les écoles sont unanimes à la proscrire. La peinture d’êtres vivants est interdite par la majorité, avec les atténuations qu’on a vues — ce qui est foulé, ce qui est pour les enfants, ce qui est sans tête.

Le reste est permis : le végétal, le géométrique, le paysage, l’architecture, la calligraphie — et c’est un continent.

La photographie, le cinéma, la télévision ont ouvert une divergence moderne : certains, al-Albânî en tête, les ont tenus pour des images interdites ; la plupart des savants, depuis le traité du cheikh égyptien Muhammad Bakhît al-Mutî‘î dans les années 1920, y voient une capture du réel — un reflet, non une imitation de la création — et les permettent. Le dossier le rapporte sans trancher, et constate que la pratique de l’immense majorité des musulmans a suivi la seconde position.

VII. Quatorze siècles — ce qui a poussé dans le cadre

Voici le niveau que le mythe ignore, et qui le réfute : non ce que les savants ont permis, mais ce que les musulmans ont fait. Car une religion se juge aussi à ce qu’elle a produit, et celle-ci a produit l’une des grandes civilisations artistiques de l’histoire — non malgré le cadre, mais dans le cadre, et souvent à cause de lui.

Le mot, la ligne, la lumière

Privé de la figure, l’art islamique a fait du mot lui-même une image : la calligraphie, qui est à l’islam ce que l’icône est à Byzance, a développé en quatorze siècles une dizaine de styles canoniques — le coufique, le naskh, le thuluth, le dîwânî, le nasta‘lîq —, des écoles, des maîtres dont on garde les noms, Ibn Muqla, Ibn al-Bawwâb, Yâqût al-Musta‘simî, et des œuvres qui sont des monuments. Privé de l’être vivant, il a fait de la géométrie une contemplation : l’arabesque, le girih, les muqarnas, ces alvéoles qui transforment une coupole en nid d’abeilles de lumière, et dont les mathématiques ont étonné les cristallographes du vingtième siècle. Et il a fait de l’architecture le lieu de la beauté : le Dôme du Rocher, la mosquée de Cordoue, l’Alhambra, Ispahan, la Mosquée bleue, le Tâj Mahal — des bâtiments que l’humanité entière vient voir, bâtis par une religion qu’on dit ennemie de la beauté.

La figure, malgré tout

Et il faut dire ce que le mythe tait : la peinture figurative a existé dans le monde musulman, et elle a été grande. Les Omeyyades ont couvert de fresques leurs châteaux du désert — Qusayr ‘Amra, avec ses bains peints, ses chasseurs, ses musiciennes et ses souverains du monde. Les Abbassides ont illustré les Maqâmât d’al-Harîrî. La miniature persane, de Tabriz à Hérat, a donné Behzâd ; la miniature moghole, Bâbur et Akbar ; la miniature ottomane, Levnî, et les Siyer-i Nebî, la vie du Prophète illustrée. Les sultans se faisaient portraiturer — Mehmed II par Bellini. Ce n’est pas une contradiction de la Loi : c’est la preuve que la restriction portait sur l’idole et le relief, et que la peinture de manuscrit, tenue pour moindre, a vécu dans l’interstice que les textes laissaient — avec la désapprobation des juristes stricts, et sans que les États qui l’abritaient aient cherché à l’éradiquer.

Le son

Même chose pour la musique. Al-Fârâbî a écrit, au quatrième siècle de l’hégire, le Grand Livre de la musique, traité de théorie dont l’Europe a vécu jusqu’à la Renaissance ; Ibn Sînâ et Safî ad-Dîn al-Urmawî l’ont prolongé ; le système des maqâm structure encore la musique de Marrakech à Delhi. Ziryâb, venu de Bagdad à Cordoue au neuvième siècle, y a fondé le premier conservatoire d’Europe et ajouté une corde au luth — le ‘ûd, dont le mot et l’objet ont donné le luth européen. La nûba andalouse, le mehter ottoman — première musique militaire d’Europe, dont Mozart et Beethoven ont imité la turquerie —, le qawwâlî du sous-continent, le samâ‘ des Mevlevis, et, au-dessus de tout cela, l’art vocal sacré : le tajwîd, l’adhân, qui sont une musique sans instrument que des millions de personnes entendent chaque jour sans la nommer. Et la poésie, premier art des Arabes, que l’islam n’a pas abolie mais couronnée — le Prophète a fait installer un minbar pour Hassân ibn Thâbit dans sa mosquée (al-Bukhârî, n° 453) —, et qui a donné al-Mutanabbî, Ibn Zaydûn, Rûmî, Sa‘dî, Hâfez, Ghâlib.

Domaine Ce que le mythe affirme Ce que la civilisation a produit
L’image Rien, par interdit La calligraphie, l’arabesque, les muqarnas ; et la miniature persane, moghole, ottomane ; les fresques omeyyades
L’architecture Des murs nus Le Dôme du Rocher, Cordoue, l’Alhambra, Ispahan, Sinan, le Tâj Mahal
La musique Interdite Al-Fârâbî, le maqâm, Ziryâb et le luth, la nûba, le mehter, le qawwâlî, le samâ‘ ; l’adhân et le tajwîd
La poésie Condamnée (26, 224) Hassân et son minbar ; les Mu‘allaqât préservées ; al-Mutanabbî, Rûmî, Hâfez
Les arts du feu et du fil Ignorés Iznik, les lustres de Kashan, les tapis persans et anatoliens, le damasquinage

Le verset sur les poètes mérite un mot, parce que le mythe le cite : « les poètes, ce sont les égarés qui les suivent » (26, 224). Il faut lire la suite : « sauf ceux qui croient, font le bien, invoquent beaucoup Allah et ne se défendent qu’après avoir été lésés » (26, 227). Le Coran ne condamne pas la poésie ; il condamne le poète menteur et vagabond de l’Arabie païenne, et il fait une place au poète croyant — celle que le Prophète a donnée à Hassân.

VIII. Bâmiyân, Palmyre, Tombouctou — ce que les iconoclastes ont fait, et ce que l’islam avait fait avant eux

Reste l’argument le plus visible du mythe : les destructions. Il faut le prendre de face, parce qu’il est le plus facile à retourner.

Les bouddhas de Bâmiyân ont été sculptés au sixième siècle. L’islam est arrivé dans la vallée au neuvième. Ils sont restés debout treize siècles sous des souverains musulmans — Ghaznévides, Ghurides, Timourides, Moghols, émirs d’Afghanistan —, qui les avaient sous les yeux et les ont laissés, jusqu’à ce qu’en mars 2001 les talibans les dynamitent, contre l’avis de l’Organisation de la coopération islamique, d’al-Azhar, du grand mufti d’Égypte, de l’Iran et de la quasi-totalité du monde musulman, qui avait dépêché des délégations pour les en dissuader. Palmyre a été prise par les armées musulmanes en 634 ; ses temples sont restés debout treize siècles et demi, jusqu’à l’État islamique en 2015. Les pyramides, Karnak, Persépolis, Pétra, Baalbek, Éphèse sont en terre d’islam depuis le septième siècle et n’ont pas bougé. Les Omeyyades ont bâti leurs palais au milieu de mosaïques byzantines qu’ils ont conservées ; les Abbassides ont traduit les Grecs ; les Ottomans ont gardé Sainte-Sophie, ses mosaïques recouvertes et non détruites.

Le Prophète a détruit les idoles de la Ka‘ba — des objets de culte, dans un sanctuaire, adorés par des gens qui les adoraient encore. Il n’a pas fait raser les temples de l’Arabie du Sud ni envoyé démolir les statues de Pétra. Les Compagnons, maîtres de l’Égypte et de la Perse, n’ont pas touché aux colosses. La règle que les juristes en ont tirée distingue l’idole en culte, qu’on brise, des vestiges d’un culte éteint, qu’on laisse — et quatorze siècles de pratique l’attestent. L’iconoclasme des talibans et de l’État islamique n’est pas la tradition ; c’est sa rupture, et c’est la tradition — les oulémas, les institutions, les États musulmans — qui l’a condamné. Il faut l’écrire sans détour : ces hommes ont détruit en 2001 et en 2015 ce que les musulmans avaient gardé depuis l’an 634.

IX. Le miroir — qui a brisé les images, et qui a fait taire la musique

Le critique qui tient l’interdit de l’image pour la marque d’une religion ennemie de l’art applique une règle. Appliquons-la.

Le plus ancien interdit de l’image n’est pas dans le Coran ; il est dans le Décalogue : « tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque de ce qui est en haut dans les cieux, en bas sur la terre, et dans les eaux » (Exode 20, 4). C’est le deuxième commandement, et le judaïsme l’a tenu avec une rigueur que l’islam n’a jamais égalée — pas de figure dans la synagogue, et pendant des siècles presque pas de peinture juive. Le christianisme, qui a fait l’icône, l’a aussi brisée : l’iconoclasme byzantin, de 726 à 843, est l’œuvre d’empereurs chrétiens qui ont fait détruire les images du Christ par décret, avec le soutien d’une partie de l’Église ; la Réforme a recommencé — le Beeldenstorm de 1566 a vidé les églises des Pays-Bas de leurs statues, les puritains de Cromwell ont décapité celles des cathédrales anglaises, et Calvin a interdit à Genève toute image dans le culte. Savonarole a brûlé à Florence, en 1497, les tableaux, les luths et les livres dans un bûcher des vanités. Et l’Église de Rome a tenu l’Index des livres interdits jusqu’en 1966.

Pour la musique, même histoire. Calvin a banni l’orgue et tout instrument du culte — les Églises réformées d’Écosse chantent encore a cappella ; les puritains ont fermé les théâtres de Londres de 1642 à 1660 ; Platon, avant tous, chassait les poètes de sa République et proscrivait les modes musicaux qui amollissent. Et le vingtième siècle a vu les régimes les plus hostiles à toute religion détruire plus d’églises, de mosquées et de tableaux que tous les iconoclastes religieux réunis. L’hostilité à l’image et à certains sons n’est pas une singularité de l’islam : c’est une tension de toute religion du Dieu invisible, et de toute cité qui prend l’âme au sérieux. La différence est ailleurs : l’islam a tenu son interdit sans rompre avec la beauté, et a bâti, dans ce qu’il laissait, ce que l’histoire de l’art lui reconnaît.

X. La part de vérité

Ce dossier ne nie pas ce qui est réel. Oui, la majorité des savants classiques a interdit les instruments de musique, et ce n’est pas une position marginale. Oui, la statue est interdite par consensus et la peinture d’êtres vivants par la majorité, et la miniature a vécu dans la désapprobation des juristes stricts. Oui, des mouvements musulmans contemporains sont hostiles à l’art sous presque toutes ses formes, et ils se réclament de textes authentiques. Oui, les talibans, l’État islamique et les groupes de Tombouctou ont détruit ce qu’on sait, et des oulémas de ces mouvements l’ont justifié. Oui, des sociétés musulmanes d’aujourd’hui produisent peu, et le cadre y est souvent invoqué pour ne rien faire. Et oui, le rapport de l’islam à l’image n’est pas celui de la Renaissance : il est plus proche de celui du Décalogue.

Ce que le dossier établit, en revanche : que la religion dont le Dieu « aime la beauté » et demande « qui a interdit la parure » n’a pas la beauté pour ennemie, mais l’idole, l’ivresse et la débauche ; que les textes sur la musique, lus ensemble, montrent un Prophète qui laisse chanter et battre le tambourin et ne corrige qu’une parole ; que l’interdiction des instruments est une position de fiqh, majoritaire, contestée par Ibn Hazm, al-Ghazâlî et ash-Shawkânî, et non un article de foi ; que les textes sur l’image visent l’imitation de la création et l’idole, et laissent le végétal, la géométrie, le paysage, les poupées — et que les statues furent licites sous Salomon ; que quatorze siècles ont produit, dans ce cadre, la calligraphie, l’arabesque, l’Alhambra, le maqâm, le luth, la miniature et Rûmî ; que les bouddhas de Bâmiyân et Palmyre ont été gardés treize siècles par des souverains musulmans et détruits par des hommes que le monde musulman a condamnés ; et que l’interdit de l’image le plus sévère est le deuxième commandement, et que les plus grands briseurs d’images furent des empereurs chrétiens, des réformateurs et des régimes athées. Un cadre n’est pas un désert ; celui-ci a été l’un des plus féconds.

XI. Objections et réponses

« Bukhârî dit que la musique est illicite ; tout le reste est bavardage. »

Le hadith est authentique pour la majorité, et le dossier le cite en premier. Il range les instruments avec le vin, la soie et la fornication, dans une liste de ce qu’une génération tiendra pour licite : c’est la musique de la débauche qu’il décrit, et les deux camps s’accordent à l’interdire. Sur les instruments pris en eux-mêmes, Ibn Hazm a contesté la chaîne et al-Ghazâlî le sens ; on peut leur donner tort, on ne peut pas faire comme s’ils n’existaient pas.

« Le Prophète a détruit les idoles ; les talibans ont fait pareil. »

Il a détruit des objets de culte dans un sanctuaire, adorés par des gens qui les adoraient. Il n’a pas démoli les temples morts de l’Arabie, et ses Compagnons ont laissé debout les pyramides et Persépolis. Les talibans ont détruit en 2001 ce que treize siècles de souverains musulmans avaient gardé, contre l’avis du monde musulman entier. Ce n’est pas « pareil » ; c’est l’inverse de la pratique de quatorze siècles.

« L’islam n’a pas de peinture. »

Il a Qusayr ‘Amra, les Maqâmât illustrés, Behzâd, les miniatures mogholes et ottomanes, le portrait de Mehmed II. Il a surtout une peinture qui n’est pas celle de la Renaissance, parce qu’elle a renoncé à la figure dressée pour le mot et la ligne — et l’on ne juge pas une civilisation à ce qu’elle n’a pas voulu faire, mais à ce qu’elle a fait.

« Les musulmans d’aujourd’hui sont hostiles à l’art. »

Certains, et ils citent des textes réels dans le sens le plus strict. D’autres composent, peignent, filment, bâtissent et chantent, du Caire à Jakarta, et citent les mêmes textes dans le sens que les savants ont aussi admis. Une religion ne se résume pas à sa tendance la plus sévère, et quatorze siècles pèsent plus qu’une génération.

« Pourquoi interdire l’image, si ce n’est par peur de la beauté ? »

Par peur de l’idole, qui est la raison que le texte donne — « donnez vie à ce que vous avez créé » —, et que le Décalogue donne avant lui. Une religion du Dieu invisible se méfie de ce qui rend Dieu visible ; le judaïsme l’a fait avec plus de rigueur, le christianisme s’est déchiré sur la question pendant un siècle. La beauté, elle, est aimée de Dieu, dit le hadith, et l’art islamique l’a cherchée partout où l’idole n’était pas.

« Le chant est-il interdit ? »

Non, par consensus : la voix humaine est permise, avec le tambourin aux fêtes et aux noces, quand les paroles sont licites. Le désaccord porte sur les instruments à cordes et à vent, et il est honorable des deux côtés. Et le plus beau chant de l’islam, celui qu’on entend cinq fois par jour, s’appelle l’appel à la prière.

Synthèse

Le mythe part de textes authentiques et d’interdits réels, et conclut à une religion ennemie de la beauté. Il confond la question de fiqh — qu’est-ce qui est permis, et avec quelle divergence — et la question de civilisation — qu’est-ce que l’islam a fait de l’art. Sur la première, le dossier ne cache rien : la majorité des savants a interdit les instruments, la statue est interdite par consensus et la peinture d’êtres vivants par la majorité ; mais les textes lus ensemble montrent un Dieu qui « aime la beauté » (Muslim 91), un Prophète qui laisse chanter et battre le tambourin et ne corrige qu’une parole (Bukhârî 952, 5147), un interdit de l’image qui vise l’imitation de la création et l’idole — « donnez vie à ce que vous avez créé » — et laisse le végétal, la géométrie et les poupées, et une divergence sur les instruments menée par Ibn Hazm, al-Ghazâlî et ash-Shawkânî contre la majorité, qui prouve qu’il s’agit de fiqh et non de foi. Sur la seconde, quatorze siècles répondent : la calligraphie, l’arabesque, les muqarnas, le Dôme du Rocher, Cordoue, l’Alhambra, le Tâj Mahal ; les fresques omeyyades, la miniature persane, moghole et ottomane ; al-Fârâbî, le maqâm, Ziryâb et le luth, le mehter, l’adhân ; Hassân et son minbar, al-Mutanabbî, Rûmî, Hâfez. Les bouddhas de Bâmiyân et Palmyre ont été gardés treize siècles par des souverains musulmans et détruits par des hommes que le monde musulman a condamnés. Et l’interdit de l’image le plus ancien et le plus sévère est le deuxième commandement, tandis que les plus grands briseurs d’images furent des empereurs byzantins, des réformateurs et des régimes athées. Un cadre n’est pas un désert ; celui-ci a été l’un des plus féconds que l’humanité ait connus.

À retenir — mémo

  • Deux questions, non une : ce que le fiqh permet, et ce que la civilisation a fait. Trois niveaux : les textes, les écoles, les quatorze siècles.
  • La beauté d’abord : « Allah est beau et aime la beauté » (Muslim 91) ; « qui a interdit la parure ? » (7, 32) ; « ornez le Coran de vos voix » ; la « flûte de David » d’Abû Mûsâ (Bukhârî 5048).
  • La musique, textes réunis : le hadith des ma‘âzif (Bukhârî 5590) avec le vin et la fornication ; les deux filles de l’Îd — « laisse-les, Abû Bakr » (Bukhârî 952) ; les noces de Rubayyi‘ (Bukhârî 5147) ; « le tambourin et la voix » (Tirmidhî 1088).
  • Le fiqh de la musique : majorité contre les instruments ; Ibn Hazm, al-Ghazâlî, ash-Shawkânî pour ; consensus sur la voix, le tambourin, et l’interdit de la musique de la débauche. Une position d’école, non un article de foi.
  • L’image : « donnez vie à ce que vous avez créé » — l’imitation de la création et l’idole ; Ibn ‘Abbâs au peintre : « fais les arbres » (Bukhârî 2225) ; les poupées d’Aïcha (Bukhârî 6130) ; les statues de Salomon (34, 13). Statue interdite par consensus, peinture par la majorité, photographie discutée.
  • Quatorze siècles : calligraphie, arabesque, muqarnas ; Cordoue, l’Alhambra, Sinan, le Tâj Mahal ; Qusayr ‘Amra, Behzâd, Levnî ; al-Fârâbî, Ziryâb, le maqâm, l’adhân ; Hassân, al-Mutanabbî, Rûmî.
  • Bâmiyân et Palmyre : gardés treize siècles par des souverains musulmans, détruits en 2001 et 2015 contre l’avis d’al-Azhar et de l’OCI. Le Prophète a brisé des idoles en culte ; les Compagnons ont laissé les pyramides.
  • Le miroir : Exode 20, 4 ; l’iconoclasme byzantin (726-843) ; le Beeldenstorm (1566) ; Cromwell, Calvin, Savonarole ; Platon chassant les poètes ; les régimes athées du XXᵉ siècle.
  • La part de vérité : interdits réels, majorité stricte, hostilité contemporaine d’une partie des musulmans, destructions avérées. Ce que cela établit : un cadre — non un désert.

Sources

Coran : le sens des versets 7, 32 ; 26, 224-227 ; 31, 6 ; 34, 13.

Hadith : al-Bukhârî n° 453 (le minbar de Hassân), 950 et 952 (l’Îd, les Abyssiniens, les deux filles), 2225 (Ibn ‘Abbâs et le peintre), 5048 (la flûte de David), 5147 (les noces de Rubayyi‘ bint Mu‘awwidh), 5590 (les ma‘âzif), 5950-5954 (les faiseurs d’images, le rideau d’Aïcha), 6130 (les poupées) ; Muslim n° 91 (« Allah est beau »), 892, 2107-2109 ; Abû Dâwud n° 1468 (« ornez le Coran de vos voix »), 4932 (le cheval ailé) ; at-Tirmidhî n° 1088, an-Nasâ’î et Ibn Mâjah (« le tambourin et la voix »).

Fiqh de la musique : Ibn Hazm, al-Muhallâ, et sa Risâla fî l-ghinâ’ ; al-Ghazâlî, Ihyâ’ ‘ulûm ad-dîn, Kitâb âdâb as-samâ‘ wa-l-wajd ; Ibn Taymiyya, Majmû‘ al-Fatâwâ (contre le samâ‘) ; Ibn al-Qayyim, Ighâthat al-lahfân ; ash-Shawkânî, Ibtâl da‘wâ al-ijmâ‘ ‘alâ tahrîm mutlaq as-samâ‘ ; Ibn Hajar al-Haytamî, Kaff ar-ra‘â‘ ; les manuels des quatre écoles sur le ghinâ’ et les ma‘âzif.

Fiqh de l’image : an-Nawawî, Sharh Sahîh Muslim, sur 2107-2109 ; Ibn Hajar, Fath al-Bârî, sur 5950-5954 et 6130 ; al-Qurtubî, al-Jâmi‘, sur 34, 13 (les statues de Salomon) ; Muhammad Bakhît al-Mutî‘î, al-Jawâb ash-shâfî fî ibâhat at-taswîr al-fûtûghrâfî ; al-Albânî, Âdâb az-zifâf (la position opposée).

Histoire de l’art et de la musique : al-Fârâbî, Kitâb al-mûsîqâ al-kabîr ; Safî ad-Dîn al-Urmawî, Kitâb al-adwâr ; les Maqâmât d’al-Harîrî (manuscrit de 1237, BnF) ; les travaux d’Oleg Grabar sur la formation de l’art islamique, de Titus Burckhardt sur l’art de l’islam, d’Henry George Farmer sur la musique arabe ; les études sur Qusayr ‘Amra, Behzâd, Levnî et le portrait de Mehmed II par Bellini (National Gallery).

Destructions et patrimoine : les déclarations de l’OCI, d’al-Azhar et du grand mufti d’Égypte sur Bâmiyân (mars 2001) ; les rapports de l’UNESCO sur Palmyre (2015) et Tombouctou (2012), et la condamnation d’Ahmad al-Faqî al-Mahdî par la Cour pénale internationale (2016) ; sur l’iconoclasme chrétien : les actes du concile de Hiéria (754) et de Nicée II (787), le Beeldenstorm de 1566, les ordonnances parlementaires anglaises de 1642-1644 ; Platon, République, livres III et X.

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