Mythe nº3 : L’islam est-il contre la science ?

Mythe nº3 : L’islam est-il contre la science ?

Mythes et préjugés sur l’islam · Dossier n° 3

L’islam est-il contre la science ?

Ce que disent les textes, ce qu’a produit la civilisation — visages, œuvres et dates —, ce que la religion a elle-même exigé des sciences, le procès d’Al-Ghazâlî instruit en face, les tensions réelles, le concordisme refusé, et les vraies causes du retard contemporain — sans légende dorée

I. Le mythe — et son double inversé

L’accusation tient en une phrase, et elle séduit parce qu’elle a l’air d’un constat : l’islam serait hostile à la science. Les musulmans auraient connu un bref âge d’or en traduisant les Grecs, puis la théologie aurait étouffé la raison — Al-Ghazâlî aurait tué la causalité, les religieux auraient brûlé la philosophie —, et les sociétés musulmanes seraient restées en retard parce que leur religion interdit la recherche libre. Et l’accusation s’appuie sur un fait qu’il faut lui accorder d’emblée : aujourd’hui, de nombreux pays à majorité musulmane produisent moins de recherche, de brevets et d’innovations que les grandes puissances scientifiques, et leurs dépenses de recherche sont une fraction de la moyenne mondiale. Donnons-lui sa version la plus forte : une religion qui tient un Livre pour la parole de Dieu, qui enseigne que Dieu crée chaque événement, et dont les docteurs ont combattu les philosophes, aurait fabriqué des esprits incapables de science — et le retard du monde musulman en serait la preuve expérimentale.

Mais ce mythe a un double inversé, que l’on trouve dans notre propre camp et qu’il faut écarter avec la même fermeté : la légende dorée, selon laquelle « tout a été inventé par les musulmans », selon laquelle le Coran aurait annoncé le Big Bang et l’embryologie, et selon laquelle l’Occident n’aurait fait que voler. Cette légende est fausse, et elle est dangereuse : un contradicteur informé la démonte en trois minutes, et le musulman qui s’y était fié se retrouve sans réponse. La thèse de ce dossier est plus précise, et plus solide : l’islam n’est pas anti-science par principe — ses textes commandent d’observer et de connaître, et il a enfanté l’une des grandes civilisations scientifiques de l’histoire —, mais cette civilisation s’est nourrie d’héritages multiples, elle a connu des tensions réelles entre révélation et philosophie, et le retard contemporain a des causes historiques, politiques et institutionnelles que la doctrine n’explique pas. Ni anti-science, ni garantie de science : une religion qui donne au savoir une dignité, et des hommes qui en ont fait ce qu’ils en ont fait.

Ce que ce dossier ne fera pas : prétendre que le Coran contient la physique moderne ; nier que des philosophes ont été persécutés, qu’un observatoire a été détruit, ou que le monde musulman est aujourd’hui en retard. Ce qu’il fera : montrer que les textes commandent la connaissance, que l’histoire l’a prouvé, que les tensions réelles n’ont jamais été une guerre contre la science — et que le retard a d’autres causes, qu’il faut nommer.

II. La méthode — de quoi parle-t-on, et ce qu’il faudrait démontrer

Le mot « science » recouvre des choses que l’accusation mélange. Il y a l’observation et la mesure de la nature, la démonstration mathématique, la médecine et les techniques, la philosophie de la nature — et il y a, tout autre chose, le matérialisme philosophique, c’est-à-dire la croyance que seules les réalités mesurables existent. L’islam accepte sans réserve les quatre premières et conteste la dernière ; refuser le matérialisme n’est pas refuser l’expérience. La méthode scientifique répond à la question « comment » — comment le sang circule, comment la lumière se réfracte — ; la religion répond à d’autres questions — pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien, ce qu’est l’homme, s’il y a un Dieu —, que l’expérience ne peut pas trancher. Reprocher à l’islam de ne pas adopter des conclusions métaphysiques que la science n’établit pas, c’est confondre les deux.

Posons donc ce que l’accusation devrait démontrer. Pour établir que l’islam est anti-science, il faudrait montrer l’une de ces choses : une interdiction doctrinale d’étudier la nature ; une condamnation de l’observation ou de la démonstration ; une incompatibilité nécessaire entre les dogmes de l’islam et les sciences naturelles ; une histoire où les institutions islamiques auraient systématiquement détruit la recherche ; ou une causalité démontrée entre une doctrine religieuse et le retard contemporain. Aucune de ces cinq propositions ne résiste, et c’est ce que les chapitres suivants vont établir, l’un après l’autre : les textes commandent la connaissance ; la civilisation a produit la science ; la religion a elle-même exigé des sciences ; Al-Ghazâlî n’a pas tué ce qui a fleuri après lui ; et le retard a des causes qu’on peut dater.

III. Les textes — une religion qui commence par « Lis »

Le premier mot de la Révélation est un impératif de connaissance :

اقْرَأْ بِاسْمِ رَبِّكَ الَّذِي خَلَقَ خَلَقَ الْإِنسَانَ مِنْ عَلَقٍ اقْرَأْ وَرَبُّكَ الْأَكْرَمُ الَّذِي عَلَّمَ بِالْقَلَمِ عَلَّمَ الْإِنسَانَ مَا لَمْ يَعْلَمْ

Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l’homme d’une adhérence. Lis ! Ton Seigneur est le Très Généreux, qui a enseigné par le calame, ce que l’homme ne savait pas.

— Sourate 96, Al-‘Alaq, versets 1 à 5

Lire, le calame, l’enseignement de ce que l’homme ne savait pas : en cinq versets, la création et la connaissance sont nouées. Ce n’est pas un traité de sciences — personne ne le prétend —, mais c’est la dignité religieuse du savoir, posée dès la première heure. Et le Coran ne cesse de renvoyer l’homme au monde :

إِنَّ فِي خَلْقِ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَاخْتِلَافِ اللَّيْلِ وَالنَّهَارِ لَآيَاتٍ لِأُولِي الْأَلْبَابِ

La création des cieux et de la terre, l’alternance du jour et de la nuit, sont autant de signes pour des hommes doués de raison.

— Sourate 3, Âl ‘Imrân, verset 190

Le verset suivant décrit ceux qui « méditent sur la création des cieux et de la terre » en toute posture (3, 191) ; le Prophète reçoit l’ordre de dire « Seigneur, accrois mon savoir » (20, 114) ; le Coran demande si « ceux qui savent et ceux qui ne savent pas » sont égaux (39, 9) ; et il réserve la crainte véritable de Dieu aux savants (35, 28) — au sens, précisons-le, de ceux qui connaissent Dieu par Ses signes, non des « scientifiques » au sens moderne, mais le verset vient précisément après une énumération des couleurs des montagnes, des fruits et des créatures : c’est en regardant le monde qu’on apprend à craindre. La Sunna fait de la quête du savoir une voie du salut :

وَمَنْ سَلَكَ طَرِيقًا يَلْتَمِسُ فِيهِ عِلْمًا سَهَّلَ اللَّهُ لَهُ بِهِ طَرِيقًا إِلَى الْجَنَّةِ

« Quiconque emprunte un chemin pour y rechercher un savoir, Allah lui facilite par là un chemin vers le Paradis. »

Rapporté par Muslim (n° 2699), d’après Abû Hurayra

Et un hadith que les polémistes ne citent jamais fixe, de la bouche du Prophète, l’autonomie du savoir empirique. À Médine, voyant les gens polliniser les palmiers à la main, il suggéra que ce n’était peut-être pas utile ; ils cessèrent, la récolte fut mauvaise, et il leur dit :

أَنْتُمْ أَعْلَمُ بِأَمْرِ دُنْيَاكُمْ

« Vous connaissez mieux que moi les affaires de votre monde. »

Rapporté par Muslim (n° 2363), d’après Anas et Â’icha

Un prophète qui distingue lui-même ce qu’il transmet de Dieu de ce qui relève de l’expérience des hommes, et qui renvoie ses fidèles à leur savoir-faire : voilà la charte de la science en islam. Les juristes en ont tiré une catégorie : les sciences utiles — médecine, calcul, astronomie, agriculture, défense — relèvent de l’obligation collective (fard kifâya) : si nul ne les maîtrise, la communauté entière est fautive. Une religion qui fait de la médecine un devoir n’est pas une religion qui hait la science.

IV. Le verdict de l’histoire — une civilisation savante, visages et dates

Du VIIIe au XVe siècle, les sociétés musulmanes ont été l’un des grands foyers de la science mondiale, et il faut donner à cette affirmation des noms, des œuvres et des dates, car l’adversaire répond aux généralités par des généralités.

Al-Khwârizmî (vers 780-850) : mathématicien et astronome de Bagdad : son traité Al-Jabr wa l-muqâbala a donné son nom à l’algèbre, et la latinisation de son nom, Algoritmi, le mot algorithme ; il systématise le calcul avec les chiffres indiens, qu’il transmet à l’Occident. Il n’a pas « inventé » les mathématiques : il a fondé une discipline.

Ibn al-Haytham (vers 965-1040) : le Kitâb al-Manâzir, Livre de l’optique : la vision expliquée par la lumière qui entre dans l’œil, contre les Grecs qui la faisaient sortir ; la chambre noire, la réfraction, la réflexion, étudiées par des dispositifs expérimentaux reproductibles. Traduit en latin, il a formé Kepler. L’appeler « père de la méthode expérimentale » est une formule ; que son livre soit le premier grand traité expérimental d’optique est un fait.

Al-Bîrûnî (973-1048) : astronome, géographe, chronologiste : il mesure le rayon terrestre depuis une montagne du Pendjab, par l’angle de dépression de l’horizon, avec une erreur inférieure à un pour cent ; il décrit l’Inde, ses religions et ses sciences avec une exactitude que les historiens admirent encore.

Ibn Sînâ (980-1037) : le Canon de la médecine, synthèse des traditions grecque, perse et arabe, qui fut le manuel des facultés européennes jusqu’au XVIIe siècle — et un philosophe que les théologiens ont combattu, ce qui n’a pas empêché son Canon d’être enseigné partout en terre d’islam.

Az-Zahrâwî (vers 936-1013) : chirurgien de Cordoue : le Tasrîf, encyclopédie médicale dont le dernier livre, consacré à la chirurgie, décrit et dessine deux cents instruments, la cautérisation, les sutures, les fractures, l’obstétrique ; traduit en latin, il fut le manuel de la chirurgie européenne pendant cinq siècles.

Ibn an-Nafîs (1213-1288) : médecin du Caire : dans son commentaire du Canon, il récuse Galien et décrit la circulation pulmonaire — le sang passe du cœur droit aux poumons, s’y mêle à l’air, et revient au cœur gauche —, trois siècles avant Michel Servet et Harvey.

Marâgha, Damas, Samarcande (XIIIe-XVe siècles) : l’observatoire de Marâgha, fondé en 1259 pour Nasîr ad-Dîn at-Tûsî, invente le « couple de Tûsî », dispositif géométrique qui produit un mouvement rectiligne à partir de deux cercles ; Ibn ash-Shâtir, à Damas, construit au XIVe siècle des modèles planétaires que l’on retrouve, mathématiquement identiques, chez Copernic (George Saliba, E. S. Kennedy) — la voie de transmission est débattue, la ressemblance ne l’est pas ; et l’observatoire d’Ulugh Beg à Samarcande produit, vers 1437, le catalogue d’étoiles le plus précis avant Tycho Brahe.

Il faut dire aussi d’où venait cette science, car l’honnêteté y gagne. Elle est née d’un mouvement de traduction sans précédent, à Bagdad, sous les Abbassides, qui fit passer en arabe Euclide, Ptolémée, Galien, Aristote, les tables indiennes et les traditions perses — Dimitri Gutas l’a raconté. Et ce mouvement fut l’œuvre d’hommes de toutes confessions : Hunayn ibn Ishâq, le plus grand traducteur, était chrétien ; Thâbit ibn Qurra, mathématicien, était sabéen ; des juifs, des zoroastriens convertis, des Persans, des Turcs y ont travaillé. Cela ne retire rien à la civilisation : c’est précisément parce qu’elle était islamique — par sa langue, son droit, son cadre, ses institutions — qu’elle a pu réunir ces hommes. Et ses institutions ont des noms : la Maison de la sagesse de Bagdad, les bîmâristâns — hôpitaux publics avec enseignement clinique, dès le IXe siècle —, les madrasas, les bibliothèques, et le waqf, cette fondation pieuse qui finançait tout cela à perpétuité.

V. Une science exigée par la religion elle-même

On présente l’islam comme un obstacle à la science ; il en fut, en plusieurs domaines, le commanditaire. La direction de la prière — la qibla — devait être déterminée depuis Cordoue, Samarcande ou Tombouctou : il fallut pour cela la géographie mathématique, les coordonnées, les longitudes, la trigonométrie sphérique, et c’est ce problème précis qui a fait progresser cette branche des mathématiques. Les heures de prière suivent le soleil : les mosquées salarièrent des astronomes, les muwaqqitûn, qui calculaient les horaires avec astrolabes, cadrans et tables — Ibn ash-Shâtir était le muwaqqit de la mosquée des Omeyyades à Damas. Le calendrier est lunaire : l’observation du croissant et les débats sur le calcul ont nourri l’astronomie. Le droit successoral exige des calculs de fractions parfois redoutables : Al-Khwârizmî consacre la moitié de son Algèbre aux partages d’héritage, et le dit dans sa préface. Et la science du hadith, qui n’est pas une science de la nature, a forgé une culture de vérification — chaînes de transmission, biographies de transmetteurs, comparaison des versions, degrés d’authenticité — que l’on retrouve dans l’esprit critique des savants. Dans l’islam classique, la science n’était pas tolérée malgré la religion : elle était requise par elle.

VI. « Al-Ghazâlî a tué la science » — le procès instruit

Voici la pièce maîtresse de l’accusation, et il faut l’instruire avec exactitude. La thèse : dans le Tahâfut al-falâsifa, l’Incohérence des philosophes (1095), Al-Ghazâlî aurait nié la causalité — le feu ne brûle pas le coton par un pouvoir propre, c’est Dieu qui crée la combustion à chaque instant —, et sans causalité, plus de lois de la nature, donc plus de science : le monde musulman serait entré dans la nuit. Trois réponses, chacune suffisante.

La première est ce que dit réellement Al-Ghazâlî. Le Tahâfut vise vingt thèses de la métaphysique d’Al-Fârâbî et d’Ibn Sînâ — l’éternité du monde, la connaissance divine des particuliers, la négation de la résurrection corporelle —, et non les sciences. Sur les mathématiques, il écrit dans Al-Munqidh min ad-dalâl qu’elles sont des démonstrations certaines qu’il serait absurde de rejeter, et il met en garde contre le croyant qui, par zèle, nierait une science établie parce que des philosophes la pratiquent : celui-là, dit-il, nuit à la religion plus que ses ennemis. Sur la causalité, sa position — que les historiens appellent l’occasionnalisme, et que Frank Griffel a étudiée de près — ne nie pas la régularité du monde : elle en déplace le fondement. Le feu brûle toujours le coton, mais parce que Dieu l’a voulu ainsi et le crée ainsi, non par une nécessité qui s’imposerait à Lui. Pour la science, cela ne change rien : on observe, on mesure, on prévoit exactement de la même manière — la régularité est là, c’est son explication dernière qui diffère. Le naturaliste dit : le feu a le pouvoir de brûler ; Al-Ghazâlî dit : Dieu brûle par le feu, constamment. Aucune expérience ne départage ces deux propositions, et aucune des deux n’empêche d’en faire.

La deuxième est la chronologie, et elle est fatale à la thèse. Si Al-Ghazâlî, mort en 1111, avait tué la science, il faudrait expliquer Marâgha en 1259, Tûsî, Qutb ad-Dîn ash-Shîrâzî, Ibn an-Nafîs en 1288, Ibn ash-Shâtir au XIVe siècle, Ulugh Beg et Al-Kâshî à Samarcande au XVe — les sommets de l’astronomie et des mathématiques islamiques sont postérieurs de deux à trois siècles au Tahâfut, et ils viennent de régions où l’ash‘arisme d’Al-Ghazâlî régnait. La troisième est la méthode : imputer à un théologien du XIe siècle des siècles de transformations politiques, économiques et militaires est une causalité de conte. L’histoire des sciences ne connaît pas de meurtre par livre.

VII. Les tensions réelles — ce qu’il faut dire

Il serait malhonnête de peindre le passé en âge d’or de la liberté intellectuelle, et la série s’est engagée à porter les écarts. La philosophie fut contestée, et parfois persécutée. Ibn Rushd — Averroès —, juriste malikite, cadi de Cordoue et médecin, qui répondit à Al-Ghazâlî par l’Incohérence de l’Incohérence, tomba en disgrâce en 1195 sous le calife almohade Al-Mansûr : exilé à Lucena, ses livres de philosophie brûlés, avant d’être rappelé peu avant sa mort. L’observatoire d’Istanbul, construit en 1577 par Taqî ad-Dîn, le plus complet de son temps, fut démoli en 1580 sur ordre du sultan Murad III, le grand mufti ayant lié l’observation du ciel à la peste et aux malheurs du règne. Et la mihna, au IXe siècle, montre que la contrainte n’a pas de camp : ce furent les rationalistes mu‘tazilites, soutenus par le calife, qui firent fouetter et emprisonner Ahmad ibn Hanbal pour qu’il adopte leur thèse du Coran créé. Il y eut donc des conflits, des censures, des exils. Mais il faut regarder ce qu’ils ont été : des querelles sur la métaphysique — l’éternité du monde, la nature du Coran, le statut de la philosophie —, jamais une guerre contre les mathématiques, la médecine ou l’astronomie, qui ont continué pendant et après chacun de ces épisodes. Ibn Taymiyya lui-même, que nul ne soupçonne de complaisance envers les philosophes, a posé dans Dar’ ta‘ârud al-‘aql wa n-naql la règle qui gouverne la question : une raison saine et une révélation authentique ne peuvent se contredire, et toute contradiction apparente vient d’une erreur de raisonnement ou d’une mauvaise compréhension du texte. Ce n’est pas la devise d’une religion qui hait la raison : c’est celle d’une religion qui lui fait confiance.

VIII. Le concordisme — la fausse défense qu’il faut refuser

Il faut maintenant écarter un allié encombrant. Depuis Maurice Bucaille (La Bible, le Coran et la science, 1976), une littérature entière prétend que le Coran annonçait le Big Bang, l’expansion de l’univers, l’embryologie moderne, la tectonique des plaques — il suffirait de lire ‘alaqa, dukhân ou mûsi‘ûn avec les lunettes du XXe siècle. Cette méthode est une faute, et il faut le dire à nos propres frères. Elle dépend de traductions tendancieuses, ignore le sens que les mots avaient pour les premiers auditeurs, sélectionne les versets qui semblent correspondre et tait les autres, oublie ce que les exégètes classiques ont compris, et surtout elle expose la Révélation aux révisions de la science : si la théorie change, le « miracle » s’effondre avec elle, et le Livre avec le miracle. Le Coran se présente comme une guidance, un rappel, un signe — non comme un manuel de physique ; il invite à observer la création pour y reconnaître son Créateur, et c’est cette invitation qui a fait la science islamique, non une encyclopédie cachée dans ses versets. Ce dossier n’a besoin d’aucun miracle scientifique ; les versets qu’on accuse d’erreur sont traités, un par un et sans concordisme, au dossier n° 4.

IX. L’évolution — un débat interne, pas une interdiction

La question revient toujours, et il faut y répondre sans slogan. Il n’existe pas de position musulmane unique sur l’évolution, et il faut distinguer ce que le mot recouvre : la variation héréditaire et la sélection naturelle, observées et mesurées ; la transformation des espèces et l’ascendance commune du vivant ; l’origine de l’homme ; et le matérialisme qui fait du hasard l’explication dernière. Beaucoup de musulmans acceptent les mécanismes biologiques et l’histoire du vivant, et tiennent pour une question théologique distincte le statut d’Adam, créé par Dieu — c’est le point de friction, et il est réel. D’autres rejettent davantage. La tradition elle-même n’a pas ignoré l’idée : Al-Jâhiz, au IXe siècle, décrit dans le Livre des animaux la lutte pour la subsistance et l’adaptation des espèces à leur milieu ; Ibn Khaldûn, au XIVe, parle de degrés et de passages dans l’échelle des êtres — sans qu’il faille en faire des darwiniens. La position honnête tient en deux phrases : la biologie de l’évolution n’est pas interdite par l’islam, et l’origine d’Adam reste une question discutée parmi les musulmans. Et la leçon de méthode vaut pour tout le dossier : accepter un mécanisme n’oblige pas à adopter la métaphysique qu’on y accroche.

X. Pourquoi le retard ? — les causes, datées

Reste l’objection la plus sérieuse, parce qu’elle est un fait : si l’islam est favorable au savoir, pourquoi le monde musulman est-il aujourd’hui en retard ? La réponse est que ce retard a des causes, qu’on peut dater, et qu’aucune n’est un verset.

1258 : la prise de Bagdad par les Mongols détruit le centre du monde abbasside — mais l’observatoire de Marâgha est fondé l’année suivante par le vainqueur lui-même, pour Tûsî : 1258 est une rupture, non une fin.

La fragmentation : la science dépendait du mécénat des cours, des waqfs, des villes et des routes ; quand les États se brisent et les routes se ferment, les observatoires se vident. La science est une dépense ; elle suit la prospérité.

Les routes : à partir du XVIe siècle, le commerce mondial bascule vers l’Atlantique ; les économies musulmanes, qui vivaient du passage entre l’Asie et l’Europe, sont contournées, puis appauvries.

L’imprimerie : l’affaire est plus compliquée que la légende : l’Empire ottoman ne l’a pas interdite aux non-musulmans, et Ibrahim Müteferrika imprime en caractères arabes à Istanbul dès 1727 ; mais l’impression des textes religieux resta longtemps freinée, par le poids des copistes, la crainte des fautes dans le Coran, le contrôle politique et des difficultés techniques réelles. Un retard d’adoption, qui a compté ; non un refus de la technique.

La colonisation : au XIXe et au XXe siècle, elle a subordonné ou démantelé les institutions éducatives, économiques et politiques de la plupart des sociétés musulmanes, et orienté leurs économies vers l’extraction. On ne rattrape pas un siècle de tutelle en une génération.

Les responsabilités internes : et il faut les nommer sans fard : la rigidification de l’enseignement, qui a réduit le savoir au seul savoir religieux ; la méfiance envers la philosophie ; puis, après les indépendances, l’autoritarisme, la censure, le sous-financement, les universités sans liberté, la fuite des cerveaux, la priorité donnée aux armées — et la glorification du passé, qui tient lieu de recherche. Ces défaillances sont celles d’institutions humaines ; elles ne sont pas des articles du credo.

Deux faits achèvent de dissoudre l’argument. Les savants musulmans, quand ils trouvent des institutions, produisent : Ahmed Zewail et Aziz Sancar ont reçu le prix Nobel de chimie, en 1999 et en 2015, dans des laboratoires américains ; des dizaines de milliers de chercheurs musulmans peuplent les universités d’Europe et d’Amérique. Et la science moderne est née dans une Europe chrétienne qui, au même moment, brûlait Giordano Bruno (1600) et condamnait Galilée (1633) : la preuve que la science ne se mesure pas au credo, mais aux institutions. Ce qui manque au monde musulman n’est pas une autre religion ; ce sont des universités libres, des laboratoires financés, et des États qui laissent chercher.

XI. La part de vérité

Concédons ce que l’accusation contient de vrai. Oui, des tensions doctrinales ont existé et existent : des courants ont été hostiles à la philosophie, à la spéculation, à certaines théories. Oui, des savants ont été marginalisés, exilés, leurs livres brûlés — Ibn Rushd —, et un observatoire a été démoli sur avis religieux. Oui, le monde musulman accuse aujourd’hui un retard réel, mesurable, dans les publications, la recherche fondamentale et l’innovation, et une partie de ce retard tient à des choix faits au nom de la religion par des institutions religieuses. Et oui, la légende dorée que répètent nos prédicateurs — les miracles scientifiques, « tout vient de nous » — est fausse, et elle fait du tort. Mais aucune de ces vérités n’établit ce que l’accusation veut établir : que la doctrine de l’islam condamne la science. La doctrine commande de lire, d’observer, de connaître ; elle fait des sciences utiles un devoir ; elle a enfanté une civilisation qui les a pratiquées pendant sept siècles ; et chacune de ses tensions a porté sur la métaphysique, jamais sur la mesure du monde. La critique juste ne porte pas sur l’islam : elle porte sur les conditions — politiques, économiques, institutionnelles — qui permettent ou empêchent une religion favorable au savoir de produire du savoir.

XII. Le retournement — et la question-test

L’accusation raisonne ainsi : les pays musulmans sont en retard, donc l’islam est anti-science. Appliquons-lui sa propre logique. L’Europe chrétienne de 1600 était en retard sur le monde musulman de 1000 : le christianisme était-il anti-science ? L’Inde, la Chine, l’Amérique latine ont connu des siècles de retard scientifique : l’hindouisme, le confucianisme, le catholicisme sont-ils anti-science ? Le raisonnement prouve trop, donc il ne prouve rien : le niveau scientifique d’une société à un moment donné dépend de ses institutions, de sa richesse, de sa liberté et de son histoire, non de sa théologie — et la même théologie a présidé à Bagdad en 850 et au Caire en 1950. Question-test, à poser à quiconque soutient que l’islam est anti-science : citez la doctrine — le verset, le hadith, le consensus — qui interdit d’étudier la nature, de mesurer, de démontrer ou de soigner. Il n’en existe pas ; les textes disent l’inverse, et le Prophète lui-même a renvoyé ses Compagnons à leur savoir-faire. Et à notre propre camp, la question symétrique : citez le laboratoire que vous avez bâti. Car la réponse au retard n’est pas dans la gloire d’Al-Bîrûnî, qui ne nous appartient que si nous la continuons ; elle est dans les universités qu’il faut rendre libres, et dans le mot par lequel tout a commencé : Lis.

XIII. Objections et questions fréquentes

Q. Les savants de l’âge d’or étaient persans, ou à peine musulmans.

Beaucoup étaient persans, turcs, andalous — et musulmans : Al-Khwârizmî, Ibn al-Haytham, Al-Bîrûnî, Ibn Sînâ, Ibn an-Nafîs, Tûsî. Certains traducteurs étaient chrétiens ou sabéens, et nous le disons. L’origine ethnique ne décide pas de la foi, et une civilisation se juge au cadre qu’elle offre : le leur était islamique par sa langue, son droit, ses institutions et son financement.

Q. Ils n’ont fait que traduire les Grecs.

Ils les ont traduits, puis corrigés : Ibn al-Haytham renverse la théorie grecque de la vision, Ibn an-Nafîs réfute Galien, les astronomes de Marâgha démontent les incohérences de Ptolémée, Al-Khwârizmî fonde une discipline que les Grecs n’avaient pas. Traduire est une étape ; critiquer et dépasser est une science.

Q. Al-Ghazâlî a détruit la science.

Il a critiqué vingt thèses métaphysiques, défendu les mathématiques comme démonstrations certaines, et fondé la régularité du monde sur la volonté de Dieu plutôt que sur une nécessité — ce qui ne change rien à l’expérience. Et Marâgha, Ibn an-Nafîs, Ibn ash-Shâtir et Samarcande sont tous postérieurs à lui.

Q. Si Dieu fait tout, pourquoi chercher des causes ?

Parce que Dieu agit par des régularités qu’Il a instituées et qu’on peut observer, mesurer et prévoir. L’occasionnalisme ne nie pas que le feu brûle ; il dit pourquoi, en dernier ressort, il brûle. Aucune expérience ne départage les deux positions, et aucune n’empêche d’en faire.

Q. L’islam interdit la philosophie.

Il a combattu certaines thèses — l’éternité du monde, la négation de la résurrection — et pratiqué la philosophie avec Al-Kindî, Al-Fârâbî, Ibn Sînâ, Ibn Rushd ; Ibn Taymiyya lui-même a écrit que raison saine et révélation authentique ne se contredisent jamais. Un désaccord sur la métaphysique n’est pas une interdiction de penser.

Q. Pourquoi pas de Galilée musulman ?

Parce que l’islam n’a pas d’Église : aucune institution centralisée n’a tenu un système du monde pour dogme et condamné qui le contestait. Les astronomes musulmans ont réformé Ptolémée librement. Il y eut des conflits — l’observatoire d’Istanbul en 1580 —, non un procès du ciel.

Q. L’évolution est interdite.

Les mécanismes biologiques ne sont interdits par aucun texte, et Al-Jâhiz les pressentait au IXe siècle. La question discutée est l’origine d’Adam, et elle est théologique : les musulmans y répondent diversement. Un débat interne n’est pas une guerre contre la science.

Q. Le Coran contient des miracles scientifiques.

Non, et il ne faut plus le dire : cette méthode dépend de traductions forcées, trahit le sens des mots pour leurs premiers auditeurs, et expose le Livre aux révisions de la science. Le Coran est une guidance qui invite à observer ; c’est cette invitation qui a fait la science, non une physique cachée.

Q. Aucun prix Nobel musulman.

Zewail (1999) et Sancar (2015), en chimie — dans des laboratoires américains, ce qui dit tout : les cerveaux existent, les institutions manquent. Et le Nobel, créé en 1901, ne mesure pas quatorze siècles de civilisation.

Q. 1258 explique tout.

Non : Marâgha est fondé en 1259, et la science islamique atteint ses sommets astronomiques aux XIIIe-XVe siècles. Le déclin est multicausal — routes, fragmentation, colonisation, choix internes — et il s’étale sur des siècles.

Q. Alors pourquoi le retard aujourd’hui ?

Parce que la science moderne exige des institutions — universités libres, financement, liberté académique, stabilité — que la plupart des États musulmans n’ont pas bâties, par colonisation d’abord, par autoritarisme ensuite. La même religion a présidé à Bagdad en 850 ; ce ne sont pas les versets qui ont changé.

Q. Une religion révélée peut-elle vraiment accepter la science ?

La science examine la nature ; la révélation parle de Dieu, du sens et du bien. Un conflit n’apparaît que si un texte est lu comme affirmant une erreur empirique — ce que le dossier n° 4 examine verset par verset — ou si le matérialisme se fait passer pour une conclusion de la science. L’islam classique tient qu’une démonstration certaine et un texte bien compris ne peuvent se contredire.

Synthèse

L’islam est-il anti-science ? Ni les textes ni l’histoire ne le disent. La Révélation commence par « Lis », renvoie l’homme à la création comme à un livre de signes, fait de la quête du savoir un chemin vers le Paradis, et le Prophète lui-même a renvoyé ses Compagnons à leur expérience : « vous connaissez mieux les affaires de votre monde ». Les juristes ont fait des sciences utiles un devoir collectif. La civilisation qui en est née a des visages et des dates : Al-Khwârizmî, Ibn al-Haytham, Al-Bîrûnî, Ibn Sînâ, Az-Zahrâwî, Ibn an-Nafîs, Marâgha, Damas, Samarcande — et elle fut requise par la religion elle-même, pour la qibla, les heures, le calendrier et les héritages. Al-Ghazâlî n’a pas tué ce qui a fleuri deux siècles après lui : il a défendu les mathématiques et déplacé le fondement de la causalité sans toucher à l’expérience. Les tensions furent réelles — Ibn Rushd exilé, l’observatoire d’Istanbul démoli, la mihna — et elles portèrent sur la métaphysique, jamais sur la mesure du monde. Le concordisme est une fausse défense, qu’il faut refuser ; l’évolution, un débat interne, non une interdiction. Le retard contemporain a des causes datées — 1258 et après, les routes, l’imprimerie tardive, la colonisation, et les défaillances internes qu’il faut nommer —, aucune n’est un verset, et la science moderne est née dans une Europe qui brûlait Bruno. L’islam n’est ni une garantie de science ni son ennemi : c’est une religion qui a donné au savoir une dignité, et dont les fidèles doivent aujourd’hui rebâtir les institutions qui l’ont trahie. Tout a commencé par un mot ; il reste à lui obéir.

◆ À retenir — mémo

– Deux mythes à écarter : « l’islam est anti-science » et la légende dorée des miracles scientifiques. La thèse : une religion favorable au savoir, une civilisation savante, des tensions réelles sur la métaphysique, un retard aux causes historiques.

– Science ≠ matérialisme : l’islam accepte l’observation, la démonstration, la médecine et la philosophie de la nature ; il conteste seulement que le mesurable soit tout.

– Les textes : « Lis » (96, 1-5) ; les signes de la création (3, 190-191) ; « accrois mon savoir » (20, 114) ; 39, 9 ; 35, 28 ; le chemin du savoir vers le Paradis (Muslim n° 2699) ; « vous connaissez mieux les affaires de votre monde » (Muslim n° 2363) ; les sciences utiles, obligation collective.

– Visages et dates : Al-Khwârizmî (algèbre, algorithme) ; Ibn al-Haytham (optique expérimentale) ; Al-Bîrûnî (rayon terrestre à moins d’un pour cent) ; Ibn Sînâ (Canon) ; Az-Zahrâwî (chirurgie) ; Ibn an-Nafîs (circulation pulmonaire, 1288) ; Marâgha 1259 et le couple de Tûsî ; Ibn ash-Shâtir et Copernic (Saliba) ; Ulugh Beg à Samarcande.

– D’où venait la science : le mouvement de traduction de Bagdad (Gutas) ; Hunayn chrétien, Thâbit sabéen — une civilisation islamique par son cadre, plurielle par ses hommes ; Maison de la sagesse, bîmâristâns, madrasas, waqf.

– La religion commanditaire : qibla (trigonométrie sphérique), heures de prière (muwaqqitûn), calendrier, héritages (la moitié de l’Algèbre d’Al-Khwârizmî), science du hadith.

– Al-Ghazâlî : le Tahâfut vise vingt thèses métaphysiques ; le Munqidh défend les mathématiques ; l’occasionnalisme déplace le fondement de la régularité sans toucher à l’expérience ; Marâgha, Ibn an-Nafîs, Samarcande sont postérieurs.

– Tensions réelles : Ibn Rushd exilé à Lucena (1195), ses livres brûlés ; l’observatoire d’Istanbul démoli (1580) ; la mihna (les rationalistes persécutant Ahmad ibn Hanbal) — querelles de métaphysique, jamais guerre contre la mesure. Ibn Taymiyya : raison saine et révélation authentique ne se contredisent pas.

– Refuser le concordisme (Bucaille) : il expose le Livre aux révisions de la science ; les versets accusés d’erreur sont au dossier n° 4. L’évolution : mécanismes non interdits (Al-Jâhiz), origine d’Adam discutée.

– Le retard : 1258 (mais Marâgha 1259), fragmentation, routes atlantiques, imprimerie tardive (Müteferrika 1727), colonisation, et responsabilités internes nommées ; Zewail 1999 et Sancar 2015 dans des laboratoires américains ; l’Europe de Bruno et Galilée a fait la science moderne : tout tient aux institutions.

– Question-test : citez la doctrine qui interdit d’étudier la nature. Elle n’existe pas. Et à nous : citez le laboratoire que vous avez bâti.

Sources

Coran : traduction française des sens par Rachid Maach (96, 1-5 et 3, 190, vérifiés) ; en prose : 3, 191 ; 20, 114 ; 35, 28 ; 39, 9.

Hadith : le chemin du savoir : Muslim n° 2699, d’après Abû Hurayra ; la pollinisation des palmiers — « vous connaissez mieux les affaires de votre monde » : Muslim n° 2363, d’après Anas et Â’icha.

Savants et œuvres : Al-Khwârizmî, Al-Jabr wa l-muqâbala ; Ibn al-Haytham, Kitâb al-Manâzir ; Al-Bîrûnî, Al-Qânûn al-Mas‘ûdî et Tahqîq mâ li-l-Hind ; Ibn Sînâ, Al-Qânûn fî t-tibb ; Az-Zahrâwî, At-Tasrîf ; Ibn an-Nafîs, Sharh tashrîh al-Qânûn ; Nasîr ad-Dîn at-Tûsî, At-Tadhkira ; Ibn ash-Shâtir, Nihâyat as-sûl ; Al-Jâhiz, Kitâb al-Hayawân ; Ibn Khaldûn, Al-Muqaddima ; Al-Ghazâlî, Tahâfut al-falâsifa et Al-Munqidh min ad-dalâl ; Ibn Rushd, Tahâfut at-tahâfut et Fasl al-maqâl ; Ibn Taymiyya, Dar’ ta‘ârud al-‘aql wa n-naql.

Histoire des sciences : D. Gutas, Greek Thought, Arabic Culture (1998) ; G. Saliba, Islamic Science and the Making of the European Renaissance (2007) ; E. S. Kennedy et V. Roberts sur Ibn ash-Shâtir et Copernic (1959) ; F. Griffel, Al-Ghazālī’s Philosophical Theology (2009) ; A. I. Sabra, édition de l’Optique d’Ibn al-Haytham ; J. Al-Khalili, Pathfinders (2010) ; travaux sur l’observatoire de Taqî ad-Dîn (1577-1580), sur Marâgha et Samarcande, sur Müteferrika (1727) et l’imprimerie ottomane ; données de l’UNESCO sur la recherche et le développement ; renvoi au dossier n° 4.

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