Qibla : la direction de la prière

Vocabulaire des musulmans·En profondeur

القِبْلَة

Al-qibla

Prononciation : al-qib-la

La direction vers laquelle on prie : la Ka’ba, à La Mecque

Racineق ب ل (q-b-l)faire face, être devant ; de là qabûl, l’accueil, et istiqbâl, le fait de se tourner vers
En bref

Où que l’on soit, on prie tourné vers la Ka’ba : une seule direction pour deux milliards de croyants. Le changement de la Qibla, à Médine, fut l’une des épreuves des premiers musulmans, et le Coran en fait le signe de ceux qui suivent le Messager.

La langue : ce que l’on a en face

La racine q-b-l dit ce qui est devant, ce vers quoi l’on se tourne. La qibla est, à l’origine, toute direction vers laquelle on fait face ; la Loi en a fait le nom de la direction de la prière. Le même mot sert de métaphore : on dit de quelqu’un qu’il est devenu « la qibla des gens » quand tous se tournent vers lui.

La Qibla des musulmans est la Ka’ba, la maison cubique bâtie par Abraham et Ismaël à La Mecque : « Et quand Abraham et Ismaël élevaient les fondations de la Maison : notre Seigneur, accepte cela de nous » (2, 127). On ne prie pas vers la Ka’ba parce qu’elle serait sacrée en elle-même : on prie vers elle parce qu’Allah l’a ordonné, et pour que la communauté entière soit tournée vers un même point.

Dans le Coran : le changement de Qibla

Pendant les premiers mois de Médine, les musulmans priaient vers Jérusalem, comme les gens du Livre. Le Prophète ﷺ souhaitait se tourner vers la Ka’ba, et levait les yeux vers le ciel dans l’attente d’un ordre. Il vint, seize ou dix-sept mois après l’émigration :

قَدْ نَرَىٰ تَقَلُّبَ وَجْهِكَ فِي السَّمَاءِ ۖ فَلَنُوَلِّيَنَّكَ قِبْلَةً تَرْضَاهَا ۚ فَوَلِّ وَجْهَكَ شَطْرَ الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ ۚ وَحَيْثُ مَا كُنتُمْ فَوَلُّوا وُجُوهَكُمْ شَطْرَهُ

Qad narâ taqalluba wajhika fi-s-samâ’, fa-la-nuwalliyannaka qiblatan tardâhâ, fa-walli wajhaka shatra-l-masjidi-l-harâm, wa haythu mâ kuntum fa-wallû wujûhakum shatrah.

« Nous voyons ton visage se tourner vers le ciel ; Nous t’orienterons donc vers une Qibla qui te plaira. Tourne ton visage vers la Mosquée sacrée ; et où que vous soyez, tournez vos visages vers elle » (2, 144).

Le Coran présente ce changement comme une épreuve : « Nous n’avions établi la Qibla vers laquelle tu étais tourné que pour distinguer ceux qui suivent le Messager de ceux qui tournent les talons » (2, 143). Certains hypocrites et gens du Livre s’en moquèrent ; les croyants obéirent aussitôt. Al-Bukhârî rapporte que des musulmans, en pleine prière à Qubâ’, apprirent le changement et se retournèrent sans interrompre leur prière (al-Bukhârî et Muslim, d’après al-Barâ’). Une mosquée de Médine porte encore le nom de Mosquée des deux Qiblas.

Dans la Sunna et chez les savants

  • Se tourner vers la Qibla est une condition de validité de la prière obligatoire, pour tous les juristes, sauf pour qui en est incapable — le malade, le prisonnier, celui qui est en danger — et pour le voyageur qui prie une prière surérogatoire sur sa monture (al-Bukhârî et Muslim).
  • Pour qui est loin, c’est la direction qui compte, non le point exact : « Ce qui est entre l’orient et l’occident est Qibla », dit le Prophète ﷺ aux gens de Médine (al-Tirmidhî, Ibn Mâja).
  • Celui qui ne sait pas où est la Qibla cherche à la connaître ; s’il n’a aucun moyen, il fait de son mieux et prie ; s’il apprend ensuite qu’il s’est trompé, sa prière reste valable selon Mâlik et Abû Hanîfa, et il la refait selon al-Shâfi’î s’il en est encore temps.
  • On tourne aussi vers la Qibla : le mort dans sa tombe, la bête que l’on égorge, celui qui invoque de préférence ; et l’on évite de lui faire face ou de lui tourner le dos pour ses besoins, en terrain découvert (al-Bukhârî et Muslim).

Les savants soulignent la leçon d’unité : des musulmans qui n’ont ni la même langue, ni la même couleur, ni le même État, sont tournés cinq fois par jour vers un même centre. Et ils rappellent l’obéissance des Compagnons : ils changèrent de direction au milieu d’une inclinaison, sans demander pourquoi. « Nous avons entendu et nous avons obéi » (2, 285).

Sources

Coran : 2, 127 ; 2, 142-150 ; 2, 285. Hadith : al-Bukhârî et Muslim (les gens de Qubâ’ ; la prière sur la monture ; les besoins et la Qibla) ; al-Tirmidhî et Ibn Mâja (« entre l’orient et l’occident »). Exégèse : al-Tabarî et Ibn Kathîr, sur 2, 142-150. Jurisprudence : Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, al-Risâla ; Ibn Rushd, Bidâyat al-mujtahid (la Qibla et l’erreur de direction).