Mythes et préjugés sur l’islam · Dossier n° 38
L’islam est-il homophobe ?
Trois registres qui convergent — ce que dit la Révélation, ce que montre la raison, ce que révèlent les données — pour répondre à une génération qui croit que toutes les civilisations avant elle avaient tort, sans jamais viser la personne
§ Préambule — le cadre légal de ce dossier
Ce dossier expose la doctrine d’une religion sur un comportement. Il s’inscrit dans l’exercice des libertés que la République garantit à chaque citoyen, et que nous rappelons ici en toutes lettres :
Les textes qui fondent ce dossier
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, article 10 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. »
Même Déclaration, article 11 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. »
Loi du 9 décembre 1905, article 1er : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes… »
Convention européenne des droits de l’homme, articles 9 et 10 : la liberté de manifester sa religion par l’enseignement, et la liberté d’expression, qui vaut aussi, selon la Cour européenne, pour les idées « qui heurtent, choquent ou inquiètent ».
Ces libertés ont une limite, que ce dossier respecte scrupuleusement : la loi du 29 juillet 1881 punit l’injure publique et la provocation à la haine, à la violence ou à la discrimination envers des personnes en raison de leur orientation sexuelle. La jurisprudence en a précisé la frontière. En 2014, une ancienne ministre avait déclaré : « L’homosexualité est une abomination. Mais pas la personne. » Condamnée en première instance puis en appel, elle a vu sa condamnation annulée par la Cour de cassation le 9 janvier 2018, qui a jugé que le propos, s’il était outrageant, ne contenait pas, même sous une forme implicite, d’appel ou d’exhortation à la haine ou à la violence à l’égard des personnes homosexuelles. La loi française distingue donc ce que la religion distingue elle-même : juger un comportement, et viser des personnes.
Déclaration de l’auteur : le présent dossier expose, à des fins d’enseignement religieux et de débat public, la doctrine de l’islam sunnite sur un comportement, ainsi que des arguments de raison et des données publiques. Il ne vise aucune personne ni aucun groupe de personnes ; il n’appelle à aucune haine, discrimination ou violence — que la loi islamique elle-même interdit, comme ce dossier le démontre ; il rappelle expressément que nul n’a le droit de se faire justice, et que toute personne doit être respectée dans sa dignité, sa sécurité et ses droits.
I. Le mythe — et la méthode des trois registres
L’accusation tient en un mot : l’islam serait « homophobe » — une religion de haine envers les personnes homosexuelles. Elle vient d’une société qui a changé de regard en une génération : il y a trente ans, en France même, l’homosexualité était tenue pour une déviance par l’immense majorité de la population ; aujourd’hui, elle est un droit, un mariage, une filiation, et une présence ordinaire dans les séries et les films. Dans ce nouveau paysage, la position de l’islam n’est plus seulement contestée : elle n’est plus comprise. On ne demande plus « pourquoi l’islam juge-t-il cet acte ainsi ? » — on suppose qu’il ne peut y avoir qu’une raison : la haine, ou l’arriération.
Ce dossier répond sur trois registres, et il les distingue à dessein, car c’est leur distinction qui fait leur force. Le premier est la Révélation : elle fonde le jugement, et elle est certaine pour le croyant — elle ne dépend d’aucune statistique, pas plus que l’interdiction du porc n’attend une étude sur le porc. Le deuxième est la raison : elle montre à celui qui ne croit pas que ce jugement n’est pas arbitraire, et qu’il repose sur des principes que chacun peut examiner. Le troisième est celui des données : il ne prétend pas « prouver » le jugement, mais il démontre que l’affirmation adverse — « c’est sans conséquences » — est fausse. Mélanger ces registres serait une faute : l’adversaire attaquerait la statistique la plus fragile et, l’ayant abattue, prétendrait avoir réfuté le verset. Les distinguer, c’est rendre chacun inattaquable dans son domaine. Et c’est leur convergence qui fait la cohérence de l’ensemble : trois chemins indépendants qui mènent au même endroit.
Première partie
La Révélation — le jugement et ses raisons
II. Ce qui ne se discute pas — l’interdiction, par consensus
وَلُوطًا إِذْ قَالَ لِقَوْمِهِ أَتَأْتُونَ الْفَاحِشَةَ مَا سَبَقَكُم بِهَا مِنْ أَحَدٍ مِّنَ الْعَالَمِينَ إِنَّكُمْ لَتَأْتُونَ الرِّجَالَ شَهْوَةً مِّن دُونِ النِّسَاءِ بَلْ أَنتُمْ قَوْمٌ مُّسْرِفُونَ
Nous avons également envoyé Loth à son peuple, auquel il dit : « Vous livrez-vous à cet acte infâme que nul homme n’a commis avant vous ? Vous osez assouvir vos désirs avec les hommes plutôt qu’avec les femmes. Vous êtes, en vérité, un peuple pervers ! »
— Sourate 7, Al-A‘râf, versets 80-81
Le texte est explicite, et il revient dans six sourates (7, 11, 15, 26, 27, 29). Les savants en ont tiré un jugement unanime : Ibn Qudâma l’écrit dans Al-Mughnî — « les gens de science sont unanimes sur l’interdiction de l’acte du peuple de Loth ». Aucune école, aucun imam, aucun courant de la Sunna n’a soutenu le contraire du VIIe au XXe siècle : ce n’est pas une « lecture majoritaire », c’est un consensus (ijmâ‘). Les lectures qui, depuis le début du XXIe siècle, prétendent que le Coran ne viserait que le viol ou l’inhospitalité — l’ouvrage le plus cité est celui de Scott Kugle, en 2010 — ne sont pas une divergence de la tradition, mais une rupture avec elle, et le texte les réfute par sa lettre : il ne dit pas « vous violez les voyageurs », il dit « vous allez vers les hommes par désir, à la place des femmes ». Les autres crimes du peuple de Loth — le brigandage, la débauche publique (29, 29), les hôtes menacés (11, 77-80) — aggravent le grief ; ils ne le remplacent pas.
III. Pourquoi une fâhisha ? — les raisons de la Révélation
Le dessein du couple
« De toute chose Nous avons créé un couple » (51, 49) : la création entière est pensée en paires complémentaires. Et le reproche de Loth, dans la sourate 26, vise exactement cela : « Allez-vous, parmi toutes les créatures, vers les mâles, en délaissant les épouses que votre Seigneur a créées pour vous ? Vous êtes plutôt un peuple transgresseur » (26, 165-166). Le mot est choisi : ‘âdûn, ceux qui franchissent une limite. Ce que le Coran condamne n’est pas un désir parmi d’autres, c’est une substitution — mettre à la place de ce qui a été créé pour soi ce qui ne l’a pas été.
La finalité de l’union
En islam, l’union sexuelle a trois fins, qui ne se séparent pas : la quiétude et l’amour — « afin que vous trouviez auprès d’elles la quiétude, et Il a mis entre vous affection et bonté » (30, 21) ; la filiation — « de vos épouses Il vous a donné des enfants et des petits-enfants » (16, 72), la préservation de la descendance (hifz an-nasl) étant l’une des cinq finalités de toute la loi ; et le plaisir, que l’islam assume pleinement dans le mariage, jusqu’à en faire une aumône (dossier n° 20). L’acte homosexuel garde le plaisir, mais retire par nature la filiation : c’est la définition même de l’isrâf, de l’excès — prendre la jouissance en l’arrachant à ce qu’elle sert. D’où le mot du verset : musrifûn, ceux qui dépassent la mesure.
L’inversion
Ibn al-Qayyim relève, dans Al-Jawâb al-kâfî, une correspondance souvent méditée : le châtiment du peuple de Loth fut de voir sa cité « renversée, le haut en bas » (11, 82), parce que le péché était lui-même un renversement de l’ordre créé. La sanction a pris la forme de la faute. C’est la clé de lecture du mot fâhisha, qui désigne ce qui heurte la nature droite (fitra) sur laquelle Allah a créé les hommes (30, 30).
La fécondité voulue
تَزَوَّجُوا الْوَدُودَ الْوَلُودَ، فَإِنِّي مُكَاثِرٌ بِكُمُ الْأُمَمَ
« Épousez la femme affectueuse et féconde, car je me glorifierai de votre nombre devant les nations. »
Rapporté par Abû Dâwûd et An-Nasâ’î, d’après Ma‘qil ibn Yasâr — authentifié par Al-Albânî
Dans une seule phrase, le Prophète réunit l’affection (al-wadûd) et la fécondité (al-walûd). L’islam ne tient pas l’enfant pour un accident de la sexualité, mais pour l’un de ses buts voulus. L’interdiction de l’acte n’est donc pas une règle isolée : elle découle de toute une conception de la sexualité, cohérente de bout en bout.
IV. Le tort fait à l’âme — ce que la science ne mesure pas
Pour le croyant, le premier tort d’un péché n’est ni sanitaire ni social : il est intérieur. Le Prophète l’a décrit :
إِنَّ الْعَبْدَ إِذَا أَخْطَأَ خَطِيئَةً نُكِتَتْ فِي قَلْبِهِ نُكْتَةٌ سَوْدَاءُ، فَإِذَا هُوَ نَزَعَ وَاسْتَغْفَرَ وَتَابَ سُقِلَ قَلْبُهُ
« Lorsque le serviteur commet une faute, un point noir se marque sur son cœur ; s’il la délaisse, demande pardon et se repent, son cœur est poli à nouveau. »
Rapporté par At-Tirmidhî (hasan sahîh) et Ibn Mâjah, d’après Abû Hurayra
Et si le péché se répète sans repentir, le hadith poursuit : les points s’ajoutent jusqu’à recouvrir le cœur — c’est la « rouille » (rân) dont parle le Coran (83, 14). Voilà le tort que l’islam redoute d’abord pour la personne : un cœur qui s’endurcit, une conscience qui s’habitue, un éloignement d’Allah qui se creuse, et un sort dans l’au-delà. Ce registre ne se mesure pas par des enquêtes, et ce dossier ne le présentera jamais comme un fait scientifique ; mais il faut le nommer, car c’est lui qui explique pourquoi un musulman ne peut pas dire « cela ne regarde que lui » — ce n’est pas de la curiosité, c’est l’inquiétude pour une âme. Et c’est aussi ce qui explique la réponse de l’islam : la porte du repentir, qui polit le cœur, reste ouverte jusqu’au dernier souffle.
Deuxième partie
La raison — ce qui vaut pour tous
V. « On s’aime, on ne fait de mal à personne » — l’amour ne suffit pas
C’est l’argument central de cette génération, et il mérite une réponse qui ne passe pas par la foi — car celui qui ne croit pas n’entend pas le verset.
L’amour n’a jamais été le critère du licite — pas même en France : deux adultes consentants et amoureux ne peuvent pas se marier s’ils sont frère et sœur (Code civil, articles 161-162) ; trois adultes consentants ne peuvent pas se marier ensemble, et la bigamie est un délit (Code pénal, article 433-20). La société française trace donc elle aussi des limites au-delà de l’amour et du consentement. Toute la question n’est pas de savoir s’il faut une limite, mais où la placer : « l’amour est l’amour » n’est pas un principe, c’est une limite déplacée.
« Personne n’est lésé » ne suffit pas non plus au droit français : la loi interdit de vendre ses organes (Code civil, articles 16-1 et 16-6), de consommer certaines drogues, de louer le ventre d’une femme (article 16-7), même entre adultes consentants et sans victime apparente. Elle reconnaît donc que le consentement ne rend pas tout licite, et qu’un acte peut léser la personne elle-même ou la société qui l’institue — ce que l’islam appelle le tort fait à soi-même (zulm an-nafs) et le droit d’Allah.
VI. La finalité et la nature
Il est un fait que nul ne conteste : seule l’union d’un homme et d’une femme peut donner la vie. Ce constat de biologie a fondé, bien avant l’islam et bien au-delà de lui, une réflexion morale que la philosophie classique partage — d’Aristote, pour qui toute chose se comprend par sa fin, à Thomas d’Aquin et à la tradition du droit naturel. On peut la contester ; on ne peut pas prétendre qu’elle soit une superstition religieuse. Trois objections reviennent, et chacune se retourne.
« C’est naturel, les animaux le font » : les animaux dévorent aussi leurs petits et abandonnent les faibles : personne n’en tire une morale. La nature observée n’est pas une norme ; ce que l’islam appelle fitra, c’est le dessein créé, pas le comportement constaté.
« Je suis né ainsi » : la plus grande étude génétique à ce jour (Ganna et al., Science, 2019, près de 500 000 personnes) n’a trouvé aucun « gène » de l’homosexualité et attribue aux facteurs génétiques une part modeste de l’orientation. Mais même si l’inclination était entièrement innée, la réponse ne changerait pas : l’islam ne punit pas l’inclination, il juge l’acte (chapitre XIV). Bien des penchants sont innés — la colère, l’attirance pour plusieurs partenaires, la tendance à la dépendance —, et aucun n’est pour autant une permission.
« Ça a toujours existé » : c’est vrai, et l’islam ne l’a jamais nié : les sociétés musulmanes l’ont connu. Mais c’est précisément le point du chapitre IX : ce qui a toujours existé, ce n’est pas son institution.
VII. L’enfant — le tiers qui n’a pas choisi
Tant qu’il s’agit de deux adultes, on peut encore dire « cela ne regarde qu’eux ». Dès qu’il s’agit d’un enfant, un tiers est concerné — et il n’a pas choisi.
Le droit de l’enfant à ses parents : la Convention internationale des droits de l’enfant reconnaît à l’enfant, « dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux » (article 7). La loi de bioéthique du 2 août 2021, en ouvrant la procréation médicalement assistée aux couples de femmes et aux femmes seules, fait désormais naître des enfants délibérément privés de père — non par accident, mais par un choix organisé avant leur conception.
L’aveu du législateur : la même loi a accordé aux enfants nés d’un don le droit d’accéder, à leur majorité, à l’identité du donneur — en vigueur depuis le 1er septembre 2022. Le législateur reconnaît que l’enfant a besoin de savoir d’où il vient, et organise dans le même texte la privation qu’il tente de réparer.
La gestation pour autrui : elle revient à louer le corps d’une femme et à séparer l’enfant de celle qui l’a porté. La loi française l’interdit, et des féministes de gauche la combattent pour cette raison même — Sylviane Agacinski en tête. C’est pourtant la seule voie par laquelle deux hommes peuvent obtenir un enfant : le « droit à l’enfant » de l’un passe par le corps loué d’une autre.
L’argument est de principe, et il n’a pas besoin des études comparatives, qui concluent majoritairement à l’absence de différence notable chez les enfants et dont les rares résultats contraires ont été très contestés. Même si l’enfant « va bien », on lui a retiré d’avance, par choix, un père ou une mère — et l’on a fait passer le désir des adultes avant le droit de l’enfant à ses deux origines.
VIII. Le mariage change de nature
Le mariage était, dans toutes les civilisations, l’institution de la filiation : la manière dont une société reconnaît le lien d’un homme, d’une femme et des enfants qui naîtront d’eux. En en faisant la reconnaissance publique d’une affection entre adultes, on ne l’a pas « ouvert » : on en a changé la nature. C’est l’argument de philosophes du droit comme Sherif Girgis, Ryan Anderson et Robert George (What Is Marriage ?, 2012). Et la logique ne s’arrête pas : si le mariage n’est que l’affection, rien ne permet plus de le limiter à deux personnes — la ville de Somerville, aux États-Unis, a reconnu dès 2020 les partenariats à plusieurs. Une institution qui ne sait plus dire ce qu’elle est ne sait plus dire où elle s’arrête.
IX. Étions-nous des arriérés ? — le snobisme chronologique
Voici l’argument le plus puissant de tous, et le moins entendu. Pendant toute l’histoire humaine, sur tous les continents, dans toutes les religions et hors d’elles, aucune civilisation n’a institué l’union de deux personnes de même sexe comme un mariage et une filiation. Il faut être exact : ces pratiques ont existé partout, et certaines cultures en ont toléré des formes — ce n’est pas leur existence qui était inconcevable. Ce qui l’était, c’était d’en faire l’égal du mariage, la source d’une filiation, un modèle à montrer aux enfants. Le premier pays au monde à instituer le mariage entre personnes de même sexe fut les Pays-Bas, le 1er avril 2001 ; la France suivit en 2013. L’anthropologue Claude Lévi-Strauss tenait la famille fondée sur l’union socialement reconnue d’un homme et d’une femme pour un fait quasi universel de l’humanité. Des milliers de sociétés, pendant des millénaires, indépendamment les unes des autres ; et une expérience vieille d’un quart de siècle. La question se pose donc d’elle-même : tous ceux qui nous ont précédés étaient-ils des arriérés ?
La lune et le smartphone ne sont pas des arguments moraux
On répond implicitement : oui — nous sommes allés sur la lune, nous commandons notre repas sur un téléphone, nous savons ce qu’ils ignoraient. C’est une confusion entre deux choses qui n’ont rien à voir. Le progrès technique est cumulatif : chaque génération part de ce que la précédente a découvert, et l’ingénieur d’aujourd’hui en sait plus que celui d’hier sans avoir plus de génie. La sagesse morale ne l’est pas : nul ne naît plus sage parce que son grand-père a inventé l’électricité, et le propriétaire d’un smartphone n’est pas plus juste, plus fidèle ni plus sage qu’Aristote, que Confucius ou que les Compagnons du Prophète. La technique répond à la question « comment » — comment aller sur la lune, comment livrer un repas. Elle ne dit rien de la question « que faut-il faire ». Le siècle qui a inventé l’avion a aussi inventé Auschwitz ; celui qui a inventé l’ordinateur a produit le goulag et Hiroshima. Maîtriser la matière n’a jamais rendu les hommes meilleurs ; cela les a rendus plus puissants — pour le bien comme pour le mal.
Le snobisme chronologique
L’écrivain anglais C. S. Lewis a donné un nom à ce travers : le « snobisme chronologique » — l’acceptation sans examen du climat intellectuel de son époque, et la supposition que tout ce qui est passé de mode est, pour cette seule raison, discrédité (Surprised by Joy, 1955). Il demandait qu’on pose deux questions à toute idée ancienne abandonnée : pourquoi est-elle tombée — a-t-elle été réfutée, et par qui, et avec quels arguments — ou bien est-elle simplement sortie de la mode ? Posons-les. L’institution du mariage entre un homme et une femme n’a pas été réfutée par une découverte ; aucune expérience, aucune démonstration n’est venue établir que toutes les civilisations se trompaient. Elle a été remplacée en une génération, par un changement de sensibilité dont chacun a vu les instruments : les séries, les films, les campagnes publiques. Une idée qui tombe par la mode n’est pas une idée réfutée ; c’est une idée oubliée.
La clôture de Chesterton, et la démocratie des morts
Un autre écrivain anglais, G. K. Chesterton, a formulé une règle de simple prudence : si vous trouvez une clôture au milieu d’un chemin et que vous ne voyez pas à quoi elle sert, ne l’arrachez pas — allez d’abord chercher pourquoi on l’a posée ; quand vous le saurez, vous pourrez décider (The Thing, 1929). Une institution que toutes les sociétés humaines ont adoptée indépendamment les unes des autres encode presque toujours une connaissance que chacune a payée cher : ici, que l’enfant a besoin d’un père et d’une mère, que la sexualité se règle autour de la filiation, que la société repose sur la famille qui la renouvelle. On a arraché la clôture sans chercher. Et Chesterton ajoutait : la tradition, c’est la démocratie des morts — le refus de laisser la petite oligarchie de ceux qui vivent aujourd’hui décider seule, contre l’avis de tous ceux qui les ont précédés (Orthodoxie, 1908). Toutes les générations avant nous ont voté ; la nôtre prétend les annuler toutes, à elle seule.
Les « progrès » d’hier
L’histoire récente enseigne la modestie, car elle est pleine de consensus « progressistes » qui se sont révélés des erreurs, parfois des crimes — et ceux qui y résistaient étaient, à chaque fois, traités d’arriérés. L’eugénisme fut au début du XXe siècle la pointe de la science et du progrès : une loi de stérilisation forcée dès 1907 dans l’Indiana, la Cour suprême des États-Unis qui la valide en 1927 (Buck v. Bell) avec la phrase restée célèbre du juge Holmes — « trois générations d’imbéciles, c’est assez » —, la Suède qui stérilise des dizaines de milliers de personnes jusqu’en 1975, le prix Nobel français Alexis Carrel qui en fait l’apologie. La lobotomie valut à son inventeur, Egas Moniz, le prix Nobel de médecine en 1949. La colonisation se présentait comme une « mission civilisatrice », et Jules Ferry, figure du progrès républicain, déclarait en 1885 à la Chambre que « les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures ». Chacun de ces « progrès » avait pour lui la science de son temps, les élites de son temps et le sens de l’histoire. Nul n’en conclut que tout ce qui est nouveau est faux ; mais nul ne peut plus conclure que tout ce qui est nouveau est vrai. « Le bon côté de l’histoire » n’est pas un argument : c’est un calendrier qui prend la place des raisons.
L’objection de l’esclavage
On répondra : l’esclavage aussi était universel, et nous avons eu raison de l’abolir — il existe donc bien un progrès moral. C’est vrai, et il faut l’accorder : le progrès moral existe. Mais il se mesure à un critère, non à une date. L’abolition de l’esclavage s’est faite par des raisons — la dignité égale de tout homme —, et elle a protégé le plus faible : celui qu’on vendait. L’islam lui-même avait engagé ce mouvement, en faisant de l’affranchissement une expiation et une aumône (dossier n° 19). Appliquons le même critère à la question présente : le changement protège-t-il le plus faible ? Le plus faible, ici, c’est l’enfant, que l’on prive désormais, par choix, de son père ou de sa mère, et la femme dont on loue le ventre. Un progrès qui se fait au détriment du plus faible n’est pas un progrès : c’est le droit du plus fort, habillé en liberté.
Ni « c’est ancien », ni « c’est nouveau »
Enfin, l’honnêteté commande de dire ce que nous ne soutenons pas. Le Coran condamne ceux qui répondent à la vérité : « nous suivons ce que nous avons trouvé chez nos pères » (2, 170) ; « c’est ancien » n’est pas une preuve, et nous ne l’avançons pas comme telle. Mais « c’est nouveau » ne l’est pas davantage. Le critère n’est pas le calendrier : c’est la Révélation pour le croyant, et la raison pour tous. Notre argument n’est donc pas « les anciens avaient raison parce qu’ils étaient anciens », mais : quand toute l’humanité, pendant des millénaires, s’est accordée sur une institution, c’est à celui qui veut la changer de démontrer qu’elle se trompait — et cette démonstration n’a jamais été faite. Le Prophète, lui, avait annoncé non l’existence des péchés, qui a toujours été, mais leur banalisation : « il y aura dans ma communauté des gens qui rendront licites la fornication, la soie, le vin et les instruments de musique » (rapporté par Al-Bukhârî sous forme suspendue, et relié par d’autres voies, authentifié par Ibn as-Salâh et Ibn Hajar). Le mot est yastahillûn — ils déclareront licite. Ce n’est pas la faute qui caractérise la fin des temps ; c’est la faute devenue norme. Et il avait donné le signe de cette bascule : « si tu n’as plus de pudeur, fais ce que tu veux » (Al-Bukhârî).
Troisième partie
Les données — ce que « sans conséquences » veut dire
Ce registre n’a qu’une ambition, et il faut la dire d’emblée : non pas prouver que l’homosexualité serait une maladie — ce n’est pas notre thèse, et ce n’est pas ce que disent les données —, mais montrer que l’affirmation « c’est sans conséquences » est fausse. Chaque fait est donné avec sa source et sa limite.
X. Pour la personne
Le VIH et les infections sexuellement transmissibles : en France, environ quatre découvertes de séropositivité sur dix concernent des hommes ayant des rapports avec des hommes, qui ne représentent que quelques pour cent de la population masculine ; ils représentent aussi la majorité des cas récents de syphilis (Santé publique France) ; l’épidémie de variole du singe de 2022 les a touchés massivement. Ces chiffres tiennent aux comportements — en particulier la multiplicité des partenaires —, non à chaque personne.
Le cancer de l’anus : lié au papillomavirus, il est nettement plus fréquent chez ces hommes, et plus encore en cas de séropositivité — au point que des programmes de dépistage spécifiques sont recommandés.
Le chemsex : l’usage de drogues pendant les rapports sexuels, concentré chez les hommes ayant des rapports avec des hommes, est devenu un problème de santé publique en France : il a fait l’objet d’un rapport remis au ministre de la Santé en 2022, piloté par le professeur Amine Benyamina, qui décrit dépendances, overdoses et décès.
La santé mentale : une méta-analyse de référence (King et al., BMC Psychiatry, 2008) trouve chez les personnes homosexuelles et bisexuelles un risque environ doublé de tentatives de suicide, et un risque accru de dépression, d’anxiété et d’addiction. L’explication dominante est le « stress de minorité » — la discrimination subie (Meyer, 2003). Mais l’écart persiste aux Pays-Bas, parmi les pays les plus tolérants (étude NEMESIS, Sandfort et al., 2001), et dans les registres danois et suédois chez les personnes mariées à un conjoint de même sexe (Erlangsen et al., 2020).
La stabilité des couples : en Norvège et en Suède, les unions de même sexe se dissolvent plus souvent que les mariages entre homme et femme (Andersson et al., Demography, 2006) ; des enquêtes américaines trouvent une proportion importante de couples d’hommes en relation ouverte — sur des échantillons non représentatifs, ce qu’il faut préciser.
Comment utiliser ces faits ? Jamais pour dire « c’est la preuve que c’est une maladie » — la science ne le dit pas, et l’adversaire aurait raison de le relever. Mais pour renverser la charge de la preuve : « On nous dit que c’est sans conséquences ; les données disent le contraire. On nous répond que la discrimination explique tout : expliquez-nous alors pourquoi l’écart persiste dans les pays les plus tolérants du monde. » Nous ne prétendons pas trancher le débat sur les causes ; nous montrons qu’il n’est pas tranché dans le sens qu’on nous présente comme acquis.
XI. Pour la société
L’engagement des mineurs : la même logique d’affirmation a conduit à engager des enfants dans des parcours médicaux de changement de sexe. En 2024, le rapport Cass, commandé par le système de santé britannique, a jugé faibles les preuves en faveur des bloqueurs de puberté, et le Royaume-Uni en a arrêté la prescription courante. Une société qui avance plus vite que ses preuves le paie sur ses enfants.
La hausse de l’identification chez les jeunes : aux États-Unis, environ un jeune adulte sur cinq se déclare aujourd’hui lesbien, gay, bisexuel ou transgenre selon Gallup, contre quelques pour cent chez leurs grands-parents — en majorité comme bisexuels, et surtout parmi les jeunes femmes. Les chercheurs débattent : effet de l’acceptation, qui permettrait enfin de se dire, ou effet d’influence sociale ? Nous le présentons comme une question, non comme une preuve — mais c’est une question que la thèse du « on naît ainsi » explique mal.
La norme se fabrique : une génération a suffi pour qu’un comportement tenu pour une faute par la majorité devienne un modèle, par la répétition des images. Cela ne prouve pas que la nouvelle norme soit fausse ; mais cela prouve qu’elle n’est pas une découverte de la raison — et ce qui se fabrique peut se discuter.
Une prudence sur la psychiatrie : le retrait de l’homosexualité de la classification américaine des troubles mentaux, en 1973, résulta d’un vote de l’Association américaine de psychiatrie sous une forte pression militante ; mais des travaux de recherche l’avaient aussi précédé. Les deux sont vrais ; ne dire que le premier serait tronquer.
XII. Ce qu’il ne faut jamais utiliser
La sagesse de ce registre tient autant à ce qu’on y met qu’à ce qu’on en écarte.
L’amalgame avec la pédophilie : il est scientifiquement faux, moralement indigne, et il exposerait à des poursuites. L’adversaire n’attend que lui pour disqualifier tout le reste.
Les études sur les enfants de couples de même sexe : celles qui trouvent des différences, comme celle de Mark Regnerus en 2012, sont très contestées ; la majorité conclut à l’absence de différence notable. L’argument de l’enfant est de principe : il n’a pas besoin d’elles.
La démographie : la chute des naissances en Europe vient du comportement des couples hétérosexuels ; l’imputer aux personnes homosexuelles serait faux.
Le mot « pervers » appliqué aux personnes : le Coran qualifie l’acte de fâhisha ; il interdit les sobriquets injurieux (49, 11). Et c’est la frontière exacte de la loi, rappelée en préambule.
Quatrième partie
La personne et le droit
XIII. Les peines et les verrous — l’exposé bref
L’accusation brandit les peines : il faut les exposer, brièvement mais sans rien cacher, car les taire ferait soupçonner une dissimulation. Le hadith le plus cité — « celui que vous trouvez commettant l’acte du peuple de Loth, tuez l’auteur et le partenaire » — est rapporté par Abû Dâwûd, At-Tirmidhî et Ibn Mâjah ; Al-Hâkim et Al-Albânî l’authentifient, tandis qu’Al-Bukhârî, cité par At-Tirmidhî, et An-Nasâ’î ont critiqué l’un de ses transmetteurs. Sur la peine, et sur elle seule, les imams ont divergé : la lapidation des deux partenaires, mariés ou non, chez Mâlik (Al-Muwatta’, d’après Ibn Shihâb) et selon la narration célèbre d’Ahmad ; la peine de la fornication chez les chaféites et chez les deux disciples d’Abû Hanîfa ; la sanction laissée au juge (ta‘zîr) chez Abû Hanîfa. L’acte entre femmes est interdit par consensus, sans peine fixe (Ibn Qudâma). Le débat porte sur la forme de la sanction, jamais sur le jugement de l’acte.
Et ces peines sont entourées de verrous qui sont dans les mêmes livres : seul un juge peut les prononcer, dans un État dont la loi est l’islam ; il faut, pour les écoles qui l’assimilent à la fornication, quatre témoins oculaires de l’acte ou un aveu libre maintenu jusqu’au bout ; le moindre doute les écarte ; et nul n’a le droit d’espionner (49, 12). En France, aucune autorité musulmane n’a la moindre compétence, et partout, celui qui insulte, menace, frappe ou tue au nom de ces textes ne les applique pas : il les viole, et commet un crime au regard du fiqh comme de la loi (dossier n° 11).
XIV. L’acte, l’inclination, la personne
La tradition distingue trois réalités, et c’est cette distinction qui répond à l’accusation de haine. L’acte est une faute grave. L’inclination, elle, n’est pas un péché :
إِنَّ اللَّهَ تَجَاوَزَ عَنْ أُمَّتِي مَا حَدَّثَتْ بِهِ أَنْفُسَهَا مَا لَمْ تَعْمَلْ أَوْ تَتَكَلَّمْ
« Allah a pardonné à ma communauté ce que leurs âmes leur suggèrent, tant qu’ils ne le mettent pas en acte ou ne le disent pas. »
Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim, d’après Abû Hurayra
Celui qui éprouve une attirance pour son propre sexe sans la mettre en acte n’a commis aucune faute ; s’il la combat pour Dieu, il accomplit un effort que le Coran récompense (79, 40-41). La tradition a même distingué l’homme naturellement efféminé, qui n’encourt aucun blâme, de celui qui imite volontairement (An-Nawawî, Ibn Hajar) : ce que l’on subit n’est pas ce que l’on choisit. Mais le musulman ne bâtit pas son identité sur un péché, quel qu’il soit, et il ne le revendique pas :
كُلُّ أُمَّتِي مُعَافًى إِلَّا الْمُجَاهِرِينَ
« Toute ma communauté sera épargnée, sauf ceux qui s’exhibent. »
Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim, d’après Abû Hurayra
Cette règle vaut pour tous les péchés — l’alcool, la fornication, cet acte — et c’est elle qui fonde le refus islamique de la « fierté » revendiquée. La personne, enfin, reste musulmane dans le péché tant qu’elle ne le déclare pas licite, et la porte du repentir lui reste ouverte : « ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah : Allah pardonne tous les péchés » (39, 53).
XV. Au musulman éprouvé — et à la communauté
À celui qui vit cette épreuve : tu n’es pas coupable de ce que tu ressens, tu n’es pas un mécréant, et ta place dans la mosquée et la prière t’appartient. Ibn al-Qayyim a donné les remèdes de tout désir qui éprouve : baisser le regard (24, 30), l’invocation sincère, le jeûne, l’occupation du temps et du cœur, la bonne compagnie. Si tu envisages le mariage, fais-le dans la vérité : l’épouse a droit à l’intimité et à l’affection, et lui cacher ce qui compromettrait ses droits serait une injustice envers elle. Si tu as failli, repens-toi en secret. Et si l’isolement ou l’angoisse te submergent, demander l’aide d’un médecin ou d’une personne de confiance n’est pas un manque de foi — en France, le 3114 répond jour et nuit. Méfie-toi de quiconque te promet une « guérison » par la contrainte ou l’humiliation : tout accompagnement doit être librement demandé, et la loi française punit les pratiques visant à modifier ou réprimer l’orientation d’une personne lorsqu’elles altèrent sa santé (Code pénal, article 225-4-13).
À la communauté : ni moquerie (49, 11), ni soupçon, ni espionnage (49, 12), ni dénonciation.
وَمَنْ سَتَرَ مُسْلِمًا سَتَرَهُ اللَّهُ يَوْمَ الْقِيَامَةِ
« Et quiconque couvre un musulman, Allah le couvrira au Jour de la résurrection. »
Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim, d’après Ibn ‘Umar
Un fils ou une fille qui se confie n’est pas une affaire d’honneur à régler : c’est un enfant à garder à portée de cœur. Le chasser, le frapper ou le renier, c’est le perdre deux fois et désobéir à Allah.
XVI. Comment le dire à cette génération
Commencer par le miroir : cette position n’a rien d’islamique en propre : le Lévitique interdit l’acte (18, 22) et le punit de mort (20, 13) ; saint Paul le condamne (Romains 1, 26-27) ; le Catéchisme de l’Église catholique enseigne toujours que ces actes sont « intrinsèquement désordonnés » (§ 2357), tout en demandant que les personnes soient accueillies avec respect. La France a maintenu une incrimination pénale spécifique jusqu’en 1982, et l’Organisation mondiale de la santé n’a retiré l’homosexualité de sa classification qu’en 1990. Ce n’est pas l’islam qui est singulier : c’est le changement récent.
Poser la question du snobisme chronologique : « Tes arrière-grands-parents, et tous ceux d’avant, étaient-ils des arriérés parce qu’ils n’avaient pas de smartphone ? Qu’est-ce qui a réfuté leur conception — une découverte, ou une mode ? »
Faire poser à l’autre sa propre limite : « Où mets-tu la tienne ? Le mariage à trois ? L’inceste entre adultes consentants ? La location d’un ventre ? » Dès qu’il trace une limite, il admet que l’amour et le consentement ne suffisent pas, et le débat devient enfin possible.
Toujours finir sur la personne : « Je ne te hais pas ; je juge un acte comme je juge la fornication, l’adultère ou l’alcool. » La cible est une norme, jamais un être humain. On ne regagne pas le terrain perdu par l’insulte ; on le regagne par l’argument.
XVII. Objections et questions fréquentes
Q. Pourquoi l’islam y voit-il une fâhisha ?
Parce que l’acte substitue à ce qui a été créé pour l’homme — l’épouse (26, 166) — ce qui ne l’a pas été, et qu’il garde le plaisir en retirant par nature la filiation, l’une des cinq finalités de la loi : c’est l’isrâf. Le châtiment de la cité renversée (11, 82) répond, selon Ibn al-Qayyim, au renversement de l’ordre créé.
Q. Mais s’ils s’aiment et ne font de mal à personne ?
L’amour n’a jamais été le critère du licite, pas même en France : le frère et la sœur amoureux ne peuvent pas se marier, trois adultes non plus, et le droit interdit bien des actes sans victime apparente. La question n’est pas de savoir s’il faut une limite, mais où la placer.
Q. Les gens d’avant n’étaient-ils pas simplement arriérés ?
Le progrès technique est cumulatif, la sagesse morale ne l’est pas : aller sur la lune ne rend pas plus juste. Aucune civilisation, avant 2001, n’avait institué ce mariage ; cette conception n’a pas été réfutée, elle est sortie de la mode — c’est le snobisme chronologique de C. S. Lewis. Et les « progrès » d’hier — eugénisme, lobotomie, mission civilisatrice — avaient aussi pour eux la science et le sens de l’histoire.
Q. Et l’esclavage, qu’on a eu raison d’abolir ?
Le progrès moral existe, mais il se mesure à un critère : protège-t-il le plus faible ? L’abolition a protégé celui qu’on vendait ; le changement présent prive l’enfant de son père ou de sa mère, et loue le ventre des femmes.
Q. Et s’ils sont nés ainsi ?
Aucun gène de l’homosexualité n’a été trouvé (Ganna, Science, 2019). Mais même si l’inclination était innée, l’islam ne la punit pas : il juge l’acte. Bien des penchants sont innés sans être des permissions.
Q. Est-ce vraiment sans conséquences ?
Non : surreprésentation massive dans le VIH et la syphilis, cancer de l’anus plus fréquent, chemsex (rapport Benyamina, 2022), santé mentale plus fragile même aux Pays-Bas et en Scandinavie, couples moins stables. Ce n’est pas la preuve d’une maladie ; c’est la preuve que « sans conséquences » est faux.
Q. Y a-t-il un débat chez les savants ?
Sur l’interdiction : non, jamais — consensus (Ibn Qudâma). Sur la peine terrestre : oui — lapidation chez Mâlik et selon Ahmad, peine de la fornication chez les chaféites, ta‘zîr chez Abû Hanîfa —, toujours sous les verrous du juge, de la preuve et du doute.
Q. Peut-on dire que les homosexuels sont des pervers ?
Le Coran qualifie l’acte de fâhisha ; il interdit les sobriquets injurieux (49, 11). En France, injurier des personnes est un délit, alors qu’exposer une doctrine est protégé (Cour de cassation, 9 janvier 2018). On juge l’acte ; on respecte la personne.
Synthèse
Trois registres, trois chemins indépendants, un même point d’arrivée. La Révélation fonde le jugement : un texte explicite et répété (7, 80-81 ; 26, 165-166), un consensus que nul n’a rompu en treize siècles, et des raisons que le Coran donne lui-même — le dessein du couple, les fins de l’union que l’acte sépare, l’excès, l’inversion, la fécondité voulue ; et un tort que la science ne mesure pas, celui du cœur qui s’endurcit, auquel le repentir répond. La raison montre que ce jugement n’est pas arbitraire : l’amour et le consentement ne suffisent pas, pas même en droit français ; seule l’union d’un homme et d’une femme donne la vie ; l’enfant est un tiers qui a droit à ses deux origines ; le mariage, redéfini par l’affection, ne sait plus où il s’arrête ; et aucune civilisation, avant 2001, ne l’avait institué — non parce qu’elles étaient arriérées, mais parce que la lune et le smartphone ne rendent pas plus sage, que cette conception n’a pas été réfutée mais oubliée, et que les « progrès » d’hier furent parfois des crimes. Le progrès moral existe, mais il protège le plus faible ; celui-ci le sacrifie. Les données, enfin, n’ont pas à prouver une maladie : elles démontrent que « sans conséquences » est faux, pour la personne comme pour la société, et elles renversent la charge de la preuve. Tout cela vise une norme, jamais une personne : l’inclination n’est pas un péché, la revendication en est un, les peines ont leurs verrous et ne donnent à personne le droit de se faire justice, le musulman éprouvé a sa place, l’enfant qui se confie se garde, et la loi française trace la même frontière que l’islam — juger un acte, respecter une personne.
◆ À retenir — mémo
– Méthode : trois registres distincts qui convergent — la Révélation fonde, la raison montre, les données démontrent que « sans conséquences » est faux. Les mélanger, c’est offrir le maillon faible.
– Préambule : DDHC 10 et 11, loi de 1905, CEDH 9 et 10 ; limite : loi de 1881 ; Cour de cassation, 9 janvier 2018.
– Révélation : consensus (Ibn Qudâma) ; dessein du couple (51, 49) ; substitution (26, 166) ; fins de l’union (30, 21 ; 16, 72) ; isrâf ; inversion (11, 82) ; fécondité (Abû Dâwûd) ; le cœur marqué et poli par le repentir (At-Tirmidhî ; 83, 14).
– Raison : l’amour ne suffit pas (Code civil 161-162 ; Code pénal 433-20 ; 16-1, 16-6, 16-7) ; la finalité (Aristote, Thomas d’Aquin) ; la nature observée n’est pas une norme ; pas de gène (Ganna, 2019) ; l’enfant tiers (CIDE 7 ; loi de 2021 ; accès aux origines 2022 ; GPA) ; le mariage redéfini sans limite (Girgis ; Somerville 2020).
– Étions-nous des arriérés ? Aucune civilisation avant les Pays-Bas (2001) ; Lévi-Strauss ; progrès technique cumulatif, sagesse morale non ; snobisme chronologique (C. S. Lewis) ; la clôture et la démocratie des morts (Chesterton) ; les « progrès » d’hier (eugénisme, Buck v. Bell 1927, Suède jusqu’en 1975, Carrel ; lobotomie, Nobel 1949 ; Ferry 1885) ; l’esclavage : le critère est la protection du plus faible ; ni « c’est ancien » (2, 170), ni « c’est nouveau » ; la prophétie de la banalisation (yastahillûn) et de la pudeur perdue.
– Données — personne : VIH (environ quatre sur dix) et syphilis (Santé publique France) ; cancer de l’anus ; chemsex (Benyamina, 2022) ; santé mentale (King 2008 ; Meyer 2003 ; Sandfort 2001 ; Erlangsen 2020) ; stabilité (Andersson 2006). Renverser la charge de la preuve, jamais « maladie ».
– Données — société : rapport Cass (2024) ; hausse de l’identification chez les jeunes (Gallup), question non tranchée ; norme fabriquée par l’image ; DSM 1973, les deux faces.
– Jamais : l’amalgame avec la pédophilie ; les études contestées sur les enfants (Regnerus) ; la démographie ; « pervers » pour les personnes.
– Personne et droit : les peines, leur divergence et leurs verrous ; l’inclination n’est pas un péché ; la revendication en est un ; la miséricorde (39, 53) ; le musulman éprouvé (3114, pas de « guérison » contrainte) ; le voile ; l’enfant qui se confie se garde.
– Le dire : le miroir (Lévitique, Romains, Catéchisme § 2357, France 1982, OMS 1990) ; la question du snobisme chronologique ; la limite que chacun trace ; finir sur la personne.
Sources
Coran : traduction française des sens par Rachid Maach (7, 80-81) ; en prose : 2, 170 ; 11, 77-83 ; 16, 72 ; 24, 30 ; 26, 165-166 ; 29, 29 ; 30, 21 et 30 ; 39, 53 ; 49, 11-12 ; 51, 49 ; 79, 40-41 ; 83, 14.
Hadith : « épousez l’affectueuse et la féconde » : Abû Dâwûd et An-Nasâ’î, authentifié par Al-Albânî ; le point noir sur le cœur : At-Tirmidhî (hasan sahîh) et Ibn Mâjah ; « ils rendront licites la fornication, la soie, le vin… » : Al-Bukhârî (mu‘allaq), relié par d’autres voies, authentifié par Ibn as-Salâh et Ibn Hajar ; « si tu n’as plus de pudeur » : Al-Bukhârî ; « tuez l’auteur et le partenaire » : Abû Dâwûd, At-Tirmidhî, Ibn Mâjah — authentifié par Al-Hâkim et Al-Albânî, chaîne critiquée par Al-Bukhârî et An-Nasâ’î ; « Allah a pardonné », « sauf ceux qui s’exhibent », « qui couvre un musulman » : Al-Bukhârî et Muslim.
Exégèse et fiqh : At-Tabarî, Al-Qurtubî, Ibn Kathîr ; Ibn Qudâma, Al-Mughnî ; Mâlik, Al-Muwatta’ ; Ibn al-Qayyim, Al-Jawâb al-kâfî ; Ash-Shâtibî, Al-Muwâfaqât ; An-Nawawî et Ibn Hajar sur le mukhannath ; renvois aux dossiers n° 11, 13, 19 et 20.
Philosophie et histoire : C. S. Lewis, Surprised by Joy (1955) ; G. K. Chesterton, Orthodoxie (1908) et The Thing (1929) ; C. Lévi-Strauss, « La famille », dans Le Regard éloigné (1983) ; S. Girgis, R. Anderson, R. George, What Is Marriage ? (2012) ; Cour suprême des États-Unis, Buck v. Bell (1927) ; loi de stérilisation de l’Indiana (1907) ; programme suédois de stérilisation (1934-1975) ; A. Carrel, L’Homme, cet inconnu (1935) ; prix Nobel de médecine 1949 (E. Moniz) ; J. Ferry, discours à la Chambre, 28 juillet 1885 ; loi néerlandaise du 1er avril 2001 ; loi française du 17 mai 2013.
Données : Santé publique France, surveillance du VIH et des IST ; A. Benyamina, rapport sur le chemsex remis au ministre de la Santé (2022) ; M. King et al., BMC Psychiatry (2008) ; I. Meyer, Psychological Bulletin (2003) ; T. Sandfort et al., Archives of General Psychiatry (2001) ; A. Erlangsen et al., Journal of Epidemiology and Community Health (2020) ; G. Andersson et al., Demography (2006) ; Ganna et al., Science (2019) ; H. Cass, Independent Review of Gender Identity Services (2024) ; Gallup, identification LGBT aux États-Unis ; M. Regnerus, Social Science Research (2012) et ses critiques ; S. Agacinski, Corps en miettes (2009) ; Scott Kugle, Homosexuality in Islam (2010).
Droit : DDHC, articles 10 et 11 ; loi du 9 décembre 1905, article 1er ; CEDH, articles 9 et 10 ; loi du 29 juillet 1881 ; Cour de cassation, chambre criminelle, 9 janvier 2018 ; CIDE, article 7 ; loi de bioéthique du 2 août 2021 ; Code civil, articles 16-1, 16-6, 16-7, 161-162 ; Code pénal, articles 225-4-13 et 433-20 ; loi du 4 août 1982 ; Lévitique 18, 22 et 20, 13 ; Romains 1, 26-27 ; Catéchisme de l’Église catholique, § 2357-2359 ; 3114.
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