Mythes et préjugés sur l’islam · Dossier n° 28
Liberté, Égalité, Fraternité — et Laïcité : pour tous ?
L’islam n’est pas incompatible avec la République : il est l’homme du pacte. Mais la République tient-elle, envers ses citoyens musulmans, les promesses gravées à ses frontons ? Les principes proclamés, les pratiques de l’État, et les effets mesurés — pièces en main
§ Préambule — le droit de demander des comptes
Ce dossier examine des politiques publiques, des décisions administratives et des discours politiques. Il le fait dans l’exercice d’un droit que la République elle-même a gravé dans son texte fondateur :
Les textes qui fondent ce dossier
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, article 10 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. »
Article 11 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. »
Article 15 : « La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration. »
Loi du 9 décembre 1905, article 1er : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public. »
Déclaration de l’auteur : ce dossier critique des politiques et des discours, jamais des personnes ni des groupes de personnes à raison de leur origine ou de leur religion. Il condamne sans réserve toute violence, y compris celle qui prétend venger une injustice : les assassinats commis contre la rédaction de Charlie Hebdo en 2015 et contre Samuel Paty en 2020 sont des crimes, que l’islam lui-même condamne (4, 93 ; dossier n° 35). Il ne conteste pas la nécessité de lutter contre le terrorisme ; il en examine les méthodes. Et il ne réclame rien par d’autres voies que celles que la loi ouvre : la plume, le recours, le juge, l’urne.
I. La question retournée — et la méthode
« L’islam est-il compatible avec la République ? » — la question revient cent fois par an sur les plateaux, et elle est toujours posée dans le même sens : c’est au musulman de prouver sa compatibilité. Ce dossier y répond d’abord, et sans détour — oui, par le pacte, et nous verrons comment. Puis il pose la question que le débat n’ose jamais poser : la République est-elle compatible avec ses propres promesses, envers ses citoyens musulmans ? Trois mots sont gravés aux frontons de ses édifices — Liberté, Égalité, Fraternité —, et un quatrième a pris depuis vingt ans une place que la loi de 1905 ne lui donnait pas : Laïcité. Un credo qui exige des adhésions doit répondre de ses œuvres.
La méthode sera celle de toute la série, et elle est ici plus nécessaire que jamais. Nous distinguerons trois niveaux : les principes proclamés, les pratiques de l’État, et les effets mesurés. Et nous choisirons toujours la formulation démontrable plutôt que la formule qui soulage. Nous ne dirons pas « l’État combat les musulmans » comme s’il s’agissait d’un plan : nous n’en avons pas la preuve, et l’adversaire aurait raison de le relever. Nous dirons ce que les faits établissent : que certaines politiques produisent des effets discriminatoires ou disproportionnés ; que certaines règles, générales dans leur lettre, s’appliquent presque exclusivement aux musulmans ; que la vigilance publique n’est pas distribuée de la même manière selon les causes et selon les personnes. Formulées ainsi, les accusations sont plus modestes — et beaucoup plus difficiles à réfuter.
II. Le pacte d’abord — l’islam n’est pas incompatible avec la République
Posons d’abord notre part, car on ne demande des comptes qu’après avoir rendu les siens. La question « compatible » mélange trois choses : la foi personnelle, le respect des lois civiles, et l’adhésion affective à une idéologie officielle. Une démocratie libérale n’a pas à sonder les cœurs : elle garantit la liberté de conscience et exige le respect des règles communes. Or l’islam distingue depuis quatorze siècles le cœur et les actes. Le cœur appartient à Allah — et le croyant ne le cache pas :
إِنِ الْحُكْمُ إِلَّا لِلَّهِ أَمَرَ أَلَّا تَعْبُدُوا إِلَّا إِيَّاهُ ذَٰلِكَ الدِّينُ الْقَيِّمُ وَلَٰكِنَّ أَكْثَرَ النَّاسِ لَا يَعْلَمُونَ
Il n’est d’autorité que celle d’Allah, qui vous a ordonné de Lui vouer un culte exclusif et sincère. Telle est la vraie religion, mais la plupart des hommes l’ignorent.
— Sourate 12, Yûsuf, verset 40 (extrait)
Nulle assemblée ne peut rendre licite dans le cœur du croyant ce qu’Allah a interdit : une majorité fait la légalité, elle ne fait pas la vérité morale. Mais ce verset n’autorise rien contre l’ordre civil, et l’histoire de l’islam l’a tranché dès le premier siècle : quand les Khawarij brandirent « pas de jugement sinon celui d’Allah » pour récuser toute autorité, ‘Alî répondit d’une phrase devenue règle :
كَلِمَةُ حَقٍّ أُرِيدَ بِهَا بَاطِلٌ
« Une parole de vérité, par laquelle on veut une chose fausse. »
Rapporté par Muslim — la réponse de ‘Alî au slogan des Khawarij
Les actes, eux, sont réglés par les engagements — et la résidence en France est un engagement : carte, passeport, naturalisation, titre de séjour sont des clauses acceptées. Or le pacte, en islam, oblige religieusement, au point que le Coran lui subordonne la solidarité confessionnelle elle-même :
وَإِنِ اسْتَنصَرُوكُمْ فِي الدِّينِ فَعَلَيْكُمُ النَّصْرُ إِلَّا عَلَىٰ قَوْمٍ بَيْنَكُمْ وَبَيْنَهُم مِّيثَاقٌ وَاللَّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ بَصِيرٌ
Si toutefois ils réclament votre soutien au nom de votre foi commune, apportez-leur votre assistance, à moins que ce soit contre un groupe auquel vous êtes liés par un pacte. Allah voit parfaitement ce que vous faites.
— Sourate 8, Al-Anfâl, verset 72 (extrait)
الْمُسْلِمُونَ عَلَى شُرُوطِهِمْ
« Les musulmans sont tenus par leurs clauses. »
Rapporté par Abû Dâwûd, authentifié
Et le Prophète a scellé la légitimité d’un pacte de justice conclu hors de l’islam : « J’ai assisté, dans la demeure de ‘Abd Allâh ibn Jud‘ân, à un pacte que je n’échangerais pas contre les chameaux les plus précieux — et si l’on m’y appelait en islam, j’y répondrais » (Ahmad, authentifié). La loi de 1905, qui protège sans convertir, est un pacte de ce genre. La position musulmane tient donc en une ligne : loyauté juridique intégrale, sans conversion idéologique. Le musulman paie l’impôt, honore ses contrats, travaille, vote, s’engage dans les associations, conteste une loi par les voies légales — et il ne doit à personne ce que seul Dieu possède. La République n’a droit qu’à nos actes, et nos actes l’honorent intégralement ; nos cœurs, eux, appartiennent à Allah — comme le cœur du juif à sa Torah et celui du chrétien à son Évangile.
III. La religion civile — et le glissement du droit vers la foi
Pourquoi, alors, la question revient-elle sans cesse ? Parce que la République n’est pas seulement un cadre juridique : elle porte aussi une religion civile — et ce ne sont pas les musulmans qui l’affirment, ce sont ses propres penseurs. Rousseau consacre le dernier chapitre du Contrat social (1762) à « la religion civile », une profession de foi dont le souverain fixe les dogmes. La Convention institua le culte de la Raison, puis celui de l’Être suprême par décret. Ferdinand Buisson, cofondateur de l’école laïque, parlait de « foi laïque » ; Vincent Peillon, ministre de l’Éducation nationale, a intitulé son livre Une religion pour la République (2010). Durkheim a montré que le sacré peut être produit par la collectivité elle-même ; Mona Ozouf, que la Révolution a opéré un transfert de sacralité du roi vers la nation ; Pierre Nora, que l’école de la IIIe République fut la véritable église du spirituel républicain.
On en connaît tous les éléments : un récit fondateur (1789), un credo (la devise), des icônes (Marianne, le drapeau), des temples (le Panthéon, l’Arc de Triomphe et sa flamme ravivée chaque soir depuis 1923), des martyrs (les morts pour la France), un calendrier (14 Juillet, 11 Novembre, 8 Mai), des rites (naturalisation, minute de silence, vote) et un catéchisme (l’enseignement moral et civique). Précisons, pour que nul contradicteur n’esquive : la République n’est pas une religion révélée ; elle remplit des fonctions religieuses — sacraliser, transmettre, intégrer. Cela n’a rien d’illégitime tant qu’elle se contente de fixer les règles publiques. La difficulté commence quand elle exige des adhésions intérieures. Or c’est exactement le glissement de ces vingt dernières années : le régime de 1905 demandait l’obéissance à la loi ; la loi du 24 août 2021 « confortant le respect des principes de la République » impose aux associations, pour obtenir une subvention ou un agrément, de souscrire un contrat d’engagement républicain — non plus seulement respecter la loi, mais y adhérer. Respecter la loi n’est pas aimer toutes les valeurs officielles, approuver toutes les politiques publiques ou renoncer à une conception religieuse du bien et du mal. Une démocratie véritable accepte que ses citoyens vivent sous les mêmes lois sans penser avec les mêmes catégories morales.
Les promesses à l’examen
Liberté
IV. Liberté — à géométrie variable
Elle existe, et l’honnêteté oblige à le dire d’abord : ce site en est la preuve vivante. Croire, publier, voyager, entreprendre, contester l’État devant ses propres juges — ce sont des libertés réelles que bien des pays ignorent. Mais la liberté vécue n’est pas la liberté proclamée, et quatre terrains le montrent.
Le sacré des uns, et le sacré des autres
C’est le grief que chaque musulman a en tête, et il faut le traiter avec l’exactitude du droit, en deux temps. Premier temps — ce que le droit dit réellement. La France ne connaît pas de délit de blasphème : les religions, leurs doctrines et leurs prophètes peuvent être moqués. Elle punit l’injure, la diffamation et la provocation à la haine visant des personnes ou des groupes, à raison de leur religion ou de leur origine. Les caricatures du Prophète ont été jugées, en 2007, comme visant des terroristes et non l’ensemble des musulmans ; les condamnations de Dieudonné l’ont été pour des propos visant des personnes — injure à caractère antisémite, puis, en 2015, apologie du terrorisme. La loi protège aussi le musulman : Éric Zemmour a été définitivement condamné en 2019 pour provocation à la haine religieuse envers les musulmans. Dans sa lettre, la règle est la même pour tous.
Second temps — ce que la lettre ne dit pas. D’abord, une loi spécifique protège pénalement une mémoire : la loi Gayssot de 1990 punit la contestation des crimes contre l’humanité jugés à Nuremberg, quand le sacré religieux, de tous les cultes, est livré sans protection. Cette asymétrie est écrite dans le droit positif, et des républicains éminents l’ont eux-mêmes contestée : Simone Veil exprima ses réserves, Robert Badinter combattit en 2012 la pénalisation de la négation d’un autre génocide, et le rapport parlementaire Accoyer (2008) recommanda de ne plus légiférer sur l’histoire. Ensuite, un traitement d’exception : en janvier 2014, le Conseil d’État a validé l’interdiction préventive d’un spectacle de Dieudonné, au nom de la dignité humaine — une censure a priori, rarissime en droit français, qu’aucune caricature n’a jamais connue. Enfin, et c’est le point le plus fort, l’État ne s’est pas contenté de tolérer les caricatures : en octobre 2020, le président de la République déclarait « nous ne renoncerons pas aux caricatures », et deux régions projetaient les dessins du Prophète sur la façade de leurs hôtels de région, à Montpellier et à Toulouse. Tolérer la moquerie au nom de la liberté est une chose ; l’afficher sur des bâtiments publics en est une autre : c’est la puissance publique qui prend parti dans la blessure faite à des millions de ses citoyens. Le musulman constate l’asymétrie ; il la conteste par la plume et par la loi ; et il condamne avec la même fermeté les assassins qui ont prétendu la venger — le Prophète n’a jamais eu besoin qu’on tue pour lui (dossier n° 35).
La Palestine — une liberté sous surveillance
Deuxième terrain : la parole sur la Palestine. Le 12 octobre 2023, le ministre de l’Intérieur demandait aux préfets d’interdire les manifestations propalestiniennes ; six jours plus tard, le Conseil d’État rappelait qu’aucune interdiction systématique n’était possible et que chaque cas devait être examiné. Dans les mois suivants, les procédures pour « apologie du terrorisme » se sont multipliées : une députée et une candidate aux élections européennes ont été convoquées par la police en avril 2024 pour des propos sur le conflit ; un responsable syndical du Nord a été condamné en première instance, la même année, pour un tract. Dès 2022, le Conseil d’État avait suspendu la dissolution de collectifs de soutien à la Palestine que le gouvernement avait prononcée. Et pendant ce temps, à Gaza, ce que la commission d’enquête indépendante de l’ONU (septembre 2025), Amnesty International (décembre 2024) et l’Association internationale des chercheurs sur le génocide (2025) qualifient de génocide — qualification que conteste Israël, et après que la Cour internationale de justice eut jugé plausibles, dès janvier 2024, les droits invoqués au titre de la Convention sur le génocide et ordonné des mesures conservatoires (dossier n° 12). Qu’on mesure le contraste : la liberté d’offenser le sacré de millions de croyants est défendue au plus haut niveau de l’État ; la liberté de dénoncer le massacre d’un peuple expose aux convocations. Ce n’est pas une preuve de complot : c’est une hiérarchie des libertés, et elle n’est pas celle qu’on proclame.
Critiquer l’institution
Troisième terrain, qui ne concerne pas que les musulmans — et c’est précisément ce qui le rend éclairant. Quand la critique vise l’institution elle-même, la liberté se resserre : l’article de la loi dite « sécurité globale » qui restreignait la diffusion d’images de policiers a dû être censuré par le Conseil constitutionnel en mai 2021 ; la dissolution d’un mouvement écologiste, prononcée par le gouvernement, a été annulée par le Conseil d’État en novembre 2023. Ces exemples disent deux choses à la fois : que la tentation de restreindre existe au sommet de l’État, et que le juge la corrige souvent. C’est une raison d’espérer dans le droit — et une raison de ne jamais renoncer à y recourir.
L’état d’urgence et la surveillance
Quatrième terrain : la sécurité. La critique ne porte pas sur la nécessité de lutter contre le terrorisme — les attentats de 2015 à 2020 ont été réels, meurtriers, et les musulmans en ont aussi été victimes. Elle porte sur les méthodes. Après novembre 2015, l’état d’urgence a permis plus de quatre mille perquisitions administratives, décidées sans juge ; selon les commissions parlementaires de contrôle, une infime minorité a débouché sur une procédure pour terrorisme. Le Défenseur des droits a été saisi de perquisitions menées de nuit devant des enfants, avec des troubles rapportés — cauchemars, peur de dormir, énurésie, peur que la police revienne. Puis la loi du 30 octobre 2017 a fait entrer dans le droit commun plusieurs mesures de l’état d’urgence, et la loi sur le renseignement de 2015 avait déjà élargi la surveillance des communications. On peut critiquer cette architecture sans prétendre que chaque musulman est fiché : la formule exacte est que l’extension de la surveillance crée un risque de contrôle disproportionné des milieux religieux, associatifs et militants — risque qui doit être documenté et contrôlé par le juge. Une politique conçue au nom de la sécurité peut produire de l’insécurité psychologique, de l’humiliation, et une rupture durable de confiance.
Les promesses à l’examen
Égalité
V. Égalité — démentie par ses propres chiffres
C’est la promesse la plus mesurable, et les mesures viennent des institutions de la République elle-même.
Les contrôles : l’enquête du Défenseur des droits publiée en 2017 établit que les jeunes hommes perçus comme noirs ou arabes ont une probabilité environ vingt fois plus élevée d’être contrôlés que le reste de la population : 80 % d’entre eux déclarent avoir été contrôlés au cours des cinq dernières années, contre 16 % des autres personnes interrogées.
L’embauche selon l’origine : l’étude par testing de la Dares, service statistique du ministère du Travail, avec ISM Corum, relève à candidature identique 47 % de réponses favorables pour un nom à consonance hexagonale contre 36 % pour un nom à consonance maghrébine.
L’embauche selon la religion : une étude de l’Institut Montaigne (Marie-Anne Valfort, 2015) conclut qu’un homme musulman pratiquant a quatre fois moins de chances d’obtenir un entretien qu’un homme catholique pratiquant, à CV comparable.
L’école : les enquêtes PISA classent régulièrement la France parmi les pays de l’OCDE où l’origine sociale pèse le plus lourdement sur le destin scolaire — championne de la reproduction qu’elle dit abolir.
Ces chiffres ne disent pas que chaque fonctionnaire, chaque employeur ou chaque citoyen serait hostile aux musulmans. Ils établissent que des mécanismes sociaux et institutionnels défavorisent régulièrement des personnes identifiées comme musulmanes ou supposées d’origine maghrébine. Le problème n’est pas un ressenti : il est mesuré, et par l’État lui-même.
Les promesses à l’examen
Fraternité
VI. Fraternité — minée par ceux qui devraient la garder
Le mot qu’on ne veut pas entendre
Une société fraternelle nomme les haines qui la traversent. La République nomme l’antisémitisme — et elle a raison, car il est réel, grave, et en hausse : le dossier n° 26 l’a combattu par les textes mêmes de l’islam, et ce combat ne se négocie pas. Mais regardons comment elle nomme l’autre haine. La délégation interministérielle chargée de ces questions s’appelle, depuis sa refonte, Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT : la haine antimusulmane n’a pas son nom dans l’intitulé. Le ministère de l’Intérieur ne parle que d’« actes antimusulmans » ; de nombreux responsables politiques récusent publiquement le mot « islamophobie », au motif qu’il servirait à interdire la critique de la religion. Pourtant, la Commission nationale consultative des droits de l’homme, institution de la République, l’emploie dans ses rapports depuis 2013 ; l’Assemblée générale des Nations unies a institué en 2022 une Journée internationale de lutte contre l’islamophobie, le 15 mars. Et l’association qui portait ce mot dans son nom, le Collectif contre l’islamophobie en France, a été dissoute par le gouvernement en décembre 2020 — dissolution validée par le Conseil d’État en 2021, au vu des éléments retenus contre elle. Le droit a tranché ce cas ; mais le message reçu par des millions de citoyens est simple : la haine qui les vise n’a pas de nom officiel. On ne combat pas ce qu’on refuse de nommer. Nommer l’un n’exige pas de taire l’autre ; la fraternité les nomme tous deux.
Les marchands de division
La fraternité ne meurt pas d’un coup : elle s’use, débat après débat. Depuis l’affaire des collégiennes de Creil en 1989, le vêtement des musulmanes revient presque chaque année au cœur de la vie publique — voile, burqa, burkini, accompagnatrices, abaya, sport —, comme si la République n’avait pas d’autre sujet. Des responsables politiques s’y illustrent : un ministre de l’Intérieur se disait en 2020 « choqué » de voir des rayons de cuisine communautaire dans les supermarchés ; une ministre de l’Enseignement supérieur annonçait en 2021 une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à l’université, notion que le CNRS lui-même a déclarée dépourvue de réalité scientifique ; la thèse du « grand remplacement » est passée des marges aux plateaux (dossier n° 32). Certains médias ont fait de la peur un modèle économique : le Conseil d’État a enjoint en 2024 au régulateur de contrôler plus strictement le pluralisme d’une chaîne d’information, et le même régulateur a refusé la même année de renouveler la fréquence d’une chaîne de la même galaxie. Il ne faut pas y voir un plan secret : ce sont des logiques d’audience et des calculs électoraux, qui trouvent leur intérêt à dresser les Français les uns contre les autres. Mais le résultat est le même : on se sert de populations entières comme d’épouvantails, et l’on s’étonne ensuite que la fraternité recule. Le Coran dit pourquoi Dieu a fait les hommes divers : « en peuples et en tribus, afin que vous vous connaissiez » (49, 13) — non afin qu’on vous dresse les uns contre les autres.
Les promesses à l’examen
Laïcité
VII. Laïcité — la quatrième devise, appliquée à qui ?
La laïcité de 1905 est une excellente loi pour les musulmans, et nous la défendons : l’État est neutre, le citoyen est libre ; la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte, et nul ministre ne nomme nos imams. La neutralité pèse sur l’État et ses agents, jamais sur les usagers ni sur la rue. Puis vint le glissement — de la neutralité de l’État à la neutralisation des citoyens —, et il faut regarder à qui il s’est appliqué.
Ce qui a été exigé
2004 : les élèves de l’école publique perdent le droit de porter des signes religieux ostensibles. La loi vise tous les cultes ; le débat qui l’a précédée ne visait que le voile.
2010 : l’interdiction de la dissimulation du visage dans l’espace public — validée par la Cour européenne des droits de l’homme en 2014 — concerne en pratique quelques centaines de femmes musulmanes.
2016 et 2022 : des arrêtés municipaux interdisent le burkini sur les plages ; le Conseil d’État les suspend en 2016 — puis, en 2022, confirme la suspension de la délibération d’une ville qui l’autorisait dans ses piscines.
2019 : le Sénat vote à deux reprises l’interdiction pour les mères voilées d’accompagner les sorties scolaires.
2023 : l’abaya, vêtement que la plupart des musulmans ne tiennent même pas pour religieux, est interdite à l’école par une simple note ministérielle, validée par le juge des référés ; la même année, le Conseil d’État valide l’interdiction du voile dans les compétitions de football, et le gouvernement annonce que les athlètes françaises ne pourront pas le porter aux Jeux de Paris de 2024.
2023 : le lycée Averroès, établissement musulman sous contrat classé parmi les meilleurs de France, perd son contrat avec l’État en décembre ; en janvier 2024, un rapport d’inspection accablant sur le collège Stanislas, établissement catholique parisien, ne lui fait pas perdre le sien.
Ce qui a été toléré
Le Concordat : en Alsace-Moselle, l’État rémunère les prêtres, les pasteurs et les rabbins — pas les imams —, régime que le Conseil constitutionnel a validé en 2013.
Les crèches : le Conseil d’État admet en 2016 les crèches de Noël dans les bâtiments publics, sous conditions.
L’Élysée : le président de la République assiste en septembre 2023 à la messe du pape à Marseille, et laisse allumer en décembre 2023, dans le palais présidentiel, une bougie de Hanoucca — geste critiqué jusque par le président du Conseil représentatif des institutions juives de France lui-même.
L’honnêteté commande deux précisions. La plupart de ces règles sont générales dans leur lettre, et certaines tolérances ont été critiquées par les défenseurs mêmes de la laïcité ; il n’y a pas de texte qui dise « laïcité pour les musulmans seulement ». Mais c’est précisément la force du constat : la laïcité n’a pas été écrite contre les musulmans ; elle est appliquée, surtout, à eux. Chaque extension nouvelle de la neutralité a visé un vêtement de femme musulmane ; chaque tolérance nouvelle a bénéficié à d’autres. Nous ne demandons ni privilège ni exception : nous demandons 1905 — toute 1905, rien que 1905, et la même pour tous.
VIII. Le tabou — les enfants qu’on n’a pas protégés
Il faut enfin parler d’une chose que la République a longtemps laissée dans l’ombre, et dont la comparaison dit beaucoup sur la hiérarchie de ses vigilances. Pendant que l’énergie publique se mobilisait contre l’abaya d’une lycéenne, des enfants étaient violés par centaines de milliers dans le silence des institutions. Les faits sont désormais établis, et ils sont accablants.
L’Église : la commission indépendante présidée par Jean-Marc Sauvé (CIASE) a estimé en 2021 à 216 000 le nombre de mineurs victimes de clercs depuis 1950, et à 330 000 en incluant les laïcs œuvrant dans les institutions de l’Église.
La société entière : la commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a établi en 2023 que 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France, et que la parole des enfants reste massivement ignorée.
Bétharram : l’affaire de l’établissement catholique du Béarn, où des violences physiques et sexuelles ont duré des décennies, a conduit en 2025 un Premier ministre à s’expliquer devant une commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur ce qu’il savait.
Le chirurgien de Vannes : Joël Le Scouarnec, déjà condamné en 2005 pour détention d’images pédopornographiques, a continué d’opérer pendant des années ; il a été condamné en 2025 pour des violences sexuelles sur près de trois cents victimes, pour la plupart des enfants.
Les élites : en 1977, une pétition publiée dans Le Monde, signée par des intellectuels parmi les plus célèbres de leur temps, défendait des adultes poursuivis pour des relations avec des mineurs ; en 1990, un écrivain racontait sur un plateau de télévision ses relations avec des adolescents sous les rires, avant que le livre de Vanessa Springora ne brise ce silence en 2020 ; en 2021, le livre de Camille Kouchner révélait l’inceste commis par un constitutionnaliste de premier plan, protégé des décennies durant par son milieu.
Il ne faut pas dire « l’État protège les pédophiles » : ce n’est pas une politique, et la justice a fini par juger. Il faut dire ce qui est vrai, et qui est plus grave : un système de silences a protégé, pendant des décennies, des puissants et des institutions — l’Église, des écoles, des milieux intellectuels et médiatiques —, au détriment d’enfants dont la parole ne comptait pas. La loi a fini par bouger : un seuil de non-consentement à quinze ans a été inscrit dans le code pénal en 2021. Mais la comparaison demeure : la République a su légiférer en quelques semaines sur un vêtement de lycéenne ; il lui a fallu un demi-siècle pour regarder en face ce qu’on faisait à ses enfants.
IX. Ce que nous demandons — et ce que nous refusons
De tout cela, le musulman ne tire ni la haine du pays, qui est le sien, ni le droit à la violence, qui n’existe pas. Il en tire un devoir : dire la vérité, et la dire par les voies de la loi. Le Prophète a placé ce courage au sommet de l’effort :
أَفْضَلُ الْجِهَادِ كَلِمَةُ عَدْلٍ عِنْدَ سُلْطَانٍ جَائِرٍ
« Le meilleur des combats est une parole juste devant un pouvoir injuste. »
Rapporté par Abû Dâwûd, At-Tirmidhî et Ibn Mâjah, d’après Abû Sa‘îd al-Khudrî — authentifié par Al-Albânî
Une parole — non une arme ; une parole juste — non une injure. Voilà ce que nous demandons : que la liberté d’expression protège la parole sur Gaza comme elle protège la caricature ; que l’égalité soit mesurée et corrigée là où l’État lui-même la mesure défaillante ; que la fraternité nomme toutes les haines, l’antisémitisme comme l’islamophobie ; que la laïcité redevienne la neutralité de l’État, la même pour tous ; que la vigilance publique se porte d’abord sur les enfants avant de se porter sur les vêtements. Et voilà ce que nous refusons : la violence, la justice privée, la sécession, le mépris du pays et de ses lois — le pacte nous l’interdit religieusement (8, 72). Nous refusons aussi le rôle qu’on voudrait nous assigner : celui de citoyens sous condition, sommés de prouver sans cesse une loyauté qu’on ne demande à personne d’autre. La seule exigence légitime envers le musulman est juridique : ne pas menacer, ne pas violenter, ne pas contraindre, respecter les droits d’autrui. Tout ce qui va au-delà — penser comme la majorité, dissimuler sa foi, célébrer les symboles républicains comme des objets sacrés — relève non plus de la citoyenneté, mais d’une demande de conversion.
X. Le retournement — et la question-test
Au polémiste qui demande si l’islam est compatible avec la République : il l’est, par le pacte, et des millions de vies silencieuses le prouvent chaque jour ; mais la République est-elle compatible avec ses propres promesses ? Question-test : citez une seule extension de la neutralité, depuis 2004, qui n’ait pas visé d’abord un vêtement de femme musulmane — et citez une seule tolérance accordée à d’autres cultes qui ait été refusée aux musulmans au nom de la même loi. Aux gardiens de la nouvelle laïcité : relisez votre propre loi — 1905 garantissait la liberté de conscience que vos contrats d’engagement et vos notes vestimentaires transforment en profession de foi ; c’est vous qui avez quitté la Séparation, pas nous. Au séparatiste et au takfiriste : ta parole de vérité veut une chose fausse — ‘Alî t’a répondu il y a quatorze siècles, et le pacte t’oblige. Et au musulman de France, la ligne de crête : nous ne sommes ni les convertis de la religion républicaine, ni les ennemis de la République légale — nous sommes les hommes du pacte. Nous rendons à la République tout ce que le droit demande ; nous lui demandons, en retour, de tenir ce qu’elle a gravé à ses frontons — pour tous.
XI. Objections et questions fréquentes
Q. L’islam est-il compatible avec la République ?
Avec la République légale, oui : loyauté juridique intégrale par le pacte (8, 72 ; « les musulmans sont tenus par leurs clauses »). Avec une religion civile qui exige des adhésions intérieures, non — pas plus que le christianisme ou le judaïsme conséquents. La République n’a droit qu’à nos actes.
Q. N’est-ce pas du victimisme ?
Les chiffres viennent de l’État lui-même : le Défenseur des droits (contrôles vingt fois plus fréquents), la Dares (testing), l’Institut Montaigne, les commissions parlementaires sur l’état d’urgence. Nous ne disons pas « l’État combat les musulmans » ; nous disons que certaines politiques produisent des effets discriminatoires mesurés.
Q. La loi punit l’antisémitisme mais permet les caricatures : deux poids, deux mesures ?
Dans sa lettre, la loi protège les personnes et non les religions, pour tous — Zemmour a été condamné pour haine antimusulmane. L’asymétrie est ailleurs : la loi Gayssot protège une mémoire, le spectacle de Dieudonné a été interdit a priori, et l’État a projeté les caricatures sur des bâtiments publics. Nous la contestons par la loi, et nous condamnons les assassins qui prétendent la venger.
Q. Pourquoi refuser le mot islamophobie ?
C’est la question qu’il faut poser à ceux qui le refusent. La CNCDH l’emploie depuis 2013, l’ONU a institué en 2022 une journée contre l’islamophobie, et la haine antimusulmane n’a pas son nom dans l’intitulé de la délégation interministérielle. On ne combat pas ce qu’on refuse de nommer — et nommer l’un n’oblige pas à taire l’autre.
Q. Peut-on encore parler de la Palestine en France ?
Oui, et il faut le faire : le Conseil d’État a refusé en 2023 l’interdiction systématique des manifestations, et suspendu en 2022 des dissolutions. Mais la parole y est plus surveillée que la caricature : convocations et poursuites pour apologie du terrorisme se sont multipliées. Parler avec exactitude — les qualifications de l’ONU, d’Amnesty, de la CIJ — est la meilleure protection.
Q. La laïcité vise-t-elle les musulmans ?
Ses textes sont généraux ; son application ne l’est pas. Chaque extension de la neutralité depuis 2004 a visé un vêtement de musulmane ; pendant ce temps, le Concordat salarie prêtres, pasteurs et rabbins, les crèches sont admises, et l’Élysée accueille une fête religieuse. Nous demandons 1905, la même pour tous.
Q. Pourquoi parler de pédophilie dans ce dossier ?
Parce que la comparaison des vigilances est un fait : légiférer en quelques semaines sur une abaya, et mettre un demi-siècle à regarder en face 160 000 enfants victimes chaque année (Ciivise). Ce n’est pas une politique de protection des coupables ; c’est un système de silences qui a protégé des puissants.
Q. Que faire face à ces injustices ?
Dire la vérité par les voies légales — la plume, le recours, le juge, l’urne, les associations —, jamais par la violence ni la haine. « Le meilleur des combats est une parole juste devant un pouvoir injuste » : une parole, non une arme.
Synthèse
L’islam n’est pas incompatible avec la République : il est l’homme du pacte. Le cœur appartient à Allah (12, 40), et ‘Alî a fermé la porte à qui voudrait en faire une sédition ; les actes sont réglés par les engagements, que le Coran fait passer avant la solidarité confessionnelle (8, 72) — loyauté juridique intégrale, sans conversion idéologique. La difficulté vient d’ailleurs : d’une religion civile, théorisée par ses propres penseurs de Rousseau à Peillon, qui glisse de l’obéissance à la loi vers l’adhésion obligatoire, jusqu’au contrat d’engagement républicain de 2021. Et quand on examine ses quatre promesses, pièces en main, l’écart apparaît. La liberté est à géométrie variable : la loi protège les personnes pour tous, mais une mémoire est protégée par une loi spécifique, un humoriste interdit a priori, et l’État projette sur ses bâtiments les caricatures qui blessent des millions de ses citoyens, tandis que la parole sur Gaza — qualifié de génocide par la commission de l’ONU et par Amnesty — expose aux convocations ; l’état d’urgence a produit des milliers de perquisitions pour une infime part de procédures, et des enfants traumatisés. L’égalité est démentie par les chiffres de l’État : contrôles vingt fois plus fréquents, testings sans appel. La fraternité est minée par ceux qui devraient la garder : un mot refusé, une haine sans nom officiel, des marchands de division qui font de la peur un modèle. La laïcité, écrite pour tous, s’applique surtout aux musulmanes, pendant que le Concordat, les crèches et une bougie à l’Élysée sont tolérés. Et la comparaison des vigilances achève le tableau : quelques semaines pour une abaya, un demi-siècle pour des centaines de milliers d’enfants. De tout cela, le musulman ne tire ni haine ni violence, mais un devoir : la parole juste devant un pouvoir injuste, par les voies de la loi. Il ne demande ni privilège ni exception : il demande que la République tienne, pour tous, ce qu’elle a gravé à ses frontons — la loi peut régler les actes ; elle ne possède pas les consciences.
◆ À retenir — mémo
– Préambule : DDHC 10, 11 et 15 — « la Société a le droit de demander compte à tout Agent public » ; loi de 1905, article 1er ; violence et attentats condamnés sans réserve (4, 93 ; dossier n° 35).
– Méthode : principes, pratiques, effets ; jamais « l’État combat les musulmans », toujours « certaines politiques produisent des effets discriminatoires mesurés ».
– Le pacte : le cœur à Allah (12, 40), la sédition fermée par ‘Alî (Muslim) ; les actes aux engagements (8, 72 ; « tenus par leurs clauses » ; hilf al-fudûl). La République n’a droit qu’à nos actes.
– La religion civile : Rousseau, Buisson, Peillon, Durkheim, Ozouf, Nora ; le glissement de l’obéissance à l’adhésion — contrat d’engagement républicain (loi du 24 août 2021).
– Liberté : pas de délit de blasphème, les personnes protégées pour tous (Zemmour condamné en 2019) ; mais loi Gayssot (réserves de Veil, Badinter, rapport Accoyer), interdiction préventive de Dieudonné (Conseil d’État, 2014), caricatures défendues par le président et projetées sur des hôtels de région (2020) ; Palestine : instruction d’interdiction (2023), convocations et poursuites pour apologie, dissolutions suspendues (2022), qualification de génocide (commission de l’ONU 2025, Amnesty 2024, IAGS 2025 ; CIJ 2024) ; critique de l’institution : article censuré (2021), dissolution annulée (2023) ; état d’urgence : plus de 4 000 perquisitions, infime part de procédures, enfants traumatisés (Défenseur des droits).
– Égalité : contrôles vingt fois plus probables (Défenseur des droits, 2017) ; testing 47 % contre 36 % (Dares) ; musulman pratiquant quatre fois moins convoqué (Institut Montaigne, 2015) ; reproduction scolaire (PISA).
– Fraternité : le mot refusé (DILCRAH sans « antimusulman », « actes antimusulmans »), mais employé par la CNCDH depuis 2013 et par l’ONU (journée du 15 mars, 2022) ; CCIF dissous (2020, validé en 2021) ; les marchands de division — trente ans de débats vestimentaires, les « rayons communautaires », l’« islamo-gauchisme », le « grand remplacement », la peur comme modèle d’audience ; 49, 13.
– Laïcité : 1905 = neutralité de l’État ; exigé des musulmans — 2004, 2010, burkini, accompagnatrices (2019), abaya et sport (2023), Averroès privé de contrat et Stanislas conservé ; toléré pour d’autres — Concordat (prêtres, pasteurs, rabbins salariés), crèches (2016), messe papale et Hanoucca à l’Élysée (2023). Écrite pour tous, appliquée surtout aux musulmans.
– Le tabou : CIASE (216 000 et 330 000 victimes), Ciivise (160 000 enfants par an), Bétharram, Le Scouarnec, la pétition de 1977, l’affaire Matzneff, l’affaire Duhamel — non une politique, mais un système de silences ; quelques semaines pour une abaya, un demi-siècle pour les enfants.
– Ce que nous demandons : la même liberté, l’égalité corrigée, toutes les haines nommées, 1905 pour tous, les enfants avant les vêtements ; ce que nous refusons : la violence, la justice privée, la sécession. « Le meilleur des combats est une parole juste devant un pouvoir injuste » (Abû Dâwûd, At-Tirmidhî).
– Question-test : une seule extension de la neutralité depuis 2004 qui n’ait pas visé d’abord un vêtement de musulmane.
Sources
Coran et Sunna : traduction française des sens par Rachid Maach (12, 40 et 8, 72, extraits) ; en prose : 4, 93 ; 49, 13. Muslim, la réponse de ‘Alî aux Khawarij ; Abû Dâwûd, « les musulmans sont tenus par leurs clauses » (authentifié) ; Ahmad, le pacte des vertueux (hilf al-fudûl, authentifié) ; Abû Dâwûd, At-Tirmidhî et Ibn Mâjah, « le meilleur des combats est une parole juste devant un pouvoir injuste » (authentifié par Al-Albânî). Renvois aux dossiers n° 12, 26, 32 et 35.
Religion civile : J.-J. Rousseau, Du contrat social, IV, 8 (1762) ; F. Buisson ; V. Peillon, Une religion pour la République (2010) ; É. Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912) ; M. Ozouf, La Fête révolutionnaire ; M. Agulhon, Marianne ; P. Nora, Les Lieux de mémoire.
Liberté : Tribunal de grande instance de Paris, 22 mars 2007 (caricatures) ; Conseil d’État, ordonnance du 9 janvier 2014 (spectacle de Dieudonné) ; condamnation de Dieudonné pour apologie du terrorisme (2015) ; condamnation définitive d’É. Zemmour pour provocation à la haine religieuse (2019) ; loi du 13 juillet 1990 (dite Gayssot) ; rapport Accoyer sur les questions mémorielles (2008) ; discours présidentiel du 21 octobre 2020 ; projections des régions Occitanie (octobre 2020) ; instruction du ministre de l’Intérieur du 12 octobre 2023 et Conseil d’État, 18 octobre 2023 ; Conseil d’État, suspension de dissolutions de collectifs propalestiniens (2022) ; CIJ, ordonnance du 26 janvier 2024 ; Amnesty International (décembre 2024) ; commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU (septembre 2025) ; Association internationale des chercheurs sur le génocide (2025) ; Conseil constitutionnel, 20 mai 2021 (loi sécurité globale) ; Conseil d’État, 9 novembre 2023 (dissolution annulée) ; rapports parlementaires de contrôle de l’état d’urgence (2016-2017) ; Défenseur des droits (perquisitions et enfants) ; loi du 24 juillet 2015 relative au renseignement ; loi du 30 octobre 2017.
Égalité et fraternité : Défenseur des droits, Enquête sur l’accès aux droits — relations police-population (2017) ; Dares et ISM Corum, testing sur l’origine (2021) ; M.-A. Valfort, Discriminations religieuses à l’embauche, Institut Montaigne (2015) ; OCDE, PISA ; CNCDH, rapports annuels sur le racisme (depuis 2013) ; Assemblée générale des Nations unies, résolution du 15 mars 2022 ; dissolution du CCIF (décret du 2 décembre 2020) et Conseil d’État (2021) ; déclarations du ministre de l’Intérieur (octobre 2020) et de la ministre de l’Enseignement supérieur (février 2021) ; communiqué du CNRS (2021) ; Conseil d’État, 13 février 2024 (pluralisme) ; Arcom (2024).
Laïcité : loi du 9 décembre 1905 ; loi du 15 mars 2004 ; loi du 11 octobre 2010 et CEDH, S.A.S. c. France (2014) ; Conseil d’État, 26 août 2016 et 21 juin 2022 (burkini) ; votes du Sénat (2019) ; note ministérielle et ordonnance du Conseil d’État (septembre 2023, abaya) ; Conseil d’État, 29 juin 2023 (football) ; lycée Averroès (décembre 2023) et rapport d’inspection sur Stanislas (2024) ; Conseil constitutionnel, 21 février 2013 (Concordat) ; Conseil d’État, 9 novembre 2016 (crèches) ; messe papale de Marseille (septembre 2023) et Hanoucca à l’Élysée (décembre 2023).
Le tabou : CIASE, rapport (octobre 2021) ; Ciivise, rapport final (novembre 2023) ; commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’affaire de Bétharram (2025) ; cour criminelle du Morbihan, affaire Le Scouarnec (2025) ; pétition publiée dans Le Monde (janvier 1977) ; V. Springora, Le Consentement (2020) ; C. Kouchner, La Familia grande (2021) ; loi du 21 avril 2021.
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