On devient musulman en attestant, avec le cœur et la langue, qu’il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allah et que Muhammad ﷺ est Son Messager. C’est tout. Aucun baptême, aucune cérémonie, aucun imam, aucune mosquée, aucun certificat, aucune connaissance de l’arabe, aucune circoncision, aucun changement de prénom ne conditionne cette entrée : la chahada dite seul, chez soi, à minuit, fait un musulman aussi sûrement que devant cent personnes le vendredi.
Viennent ensuite, dans l’ordre : le grand lavage rituel (ghusl), puis la prochaine prière à son heure, puis l’apprentissage pas à pas. Le passé est effacé, les bonnes actions faites avant restent acquises ; les dettes, elles, restent dues. Et la famille ne se quitte pas : elle se traite mieux qu’avant.
À lire sur ce site, dans cet ordre
Cette fiche vous dit l’essentiel pour franchir le pas. Pour chaque étape, un dossier complet vous attend — prenez le temps de cliquer sur chacun :
- Les piliers de la chahada — ce que vous attestez, ses conditions et ce qu’elle engage.
- Les piliers de la foi — Allah, les anges, les Livres, les messagers, le Jour dernier, le destin.
- Le ghusl et la purification — le grand lavage pas à pas, puis les ablutions.
- Les petites ablutions (wudû’), en vidéo — les gestes un par un, à refaire avec l’écran sous les yeux avant chaque prière.
- Comment faire sa prière — les gestes, les paroles, les horaires, pour prier dès la prochaine heure — et la prière en vidéo, à suivre pas à pas.
- Les cinq piliers de l’islam — la chahada, la prière, la zakât, le jeûne, le pèlerinage.
- 1Ce qui fait d’une personne un musulman
- 2La chahada : les mots, le sens, la prononciation
- 3Venir du christianisme : faut-il renier ?
- 4Imam, mosquée, témoins, certificat : rien n’est exigé, tout est utile
- 5Le ghusl, et l’ordre des choses
- 6Circoncision, cheveux, prénom
- 7L’annoncer à ses parents
- 8Ce que l’islam efface, et ce qu’il laisse
- 9Mariage et héritage : la prudence
- 10Ce qui commence
- 11Un chemin par étapes
- 12Les questions qu’on pose juste après
- 13Sources
Ce qui fait d’une personne un musulman
Il arrive qu’une personne convaincue de la vérité de l’islam reste des mois, parfois des années, au seuil. Non par manque de foi, mais parce qu’elle s’imagine qu’entrer en islam est compliqué : qu’il faudrait un imam, une mosquée, un certificat, une cérémonie, savoir l’arabe, être circoncis, changer de prénom, avoir déjà appris à prier. Rien de tout cela n’est exigé. L’islam n’a ni baptême ni sacrement. Il n’y a personne entre le croyant et son Seigneur.
Lorsque le Prophète ﷺ envoya Mu’âdh ibn Jabal au Yémen, il lui dit : « Tu vas arriver chez des gens du Livre. Que la première chose à laquelle tu les appelles soit d’attester qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Muhammad est le Messager d’Allah. » Puis seulement viendraient la prière, puis la zakât (al-Bukhârî, Kitâb al-Zakât ; Muslim, Kitâb al-Îmân). Tout est là : l’islam commence par une reconnaissance, et cette reconnaissance s’exprime par une parole.
Les savants distinguent deux plans. Devant Allah, la foi est l’adhésion du cœur — ce que le Qâdî ’Iyâd appelle le tasdîq dans la dernière partie d’al-Shifâ. Dans l’ordre humain, c’est la prononciation de la double attestation qui permet de reconnaître quelqu’un comme musulman et de lui appliquer les règles de l’islam. Ils précisent qu’une personne peut avoir intérieurement résolu d’embrasser l’islam sans que le statut de musulman lui soit encore appliqué tant qu’elle ne l’a pas exprimé ; seule exception, celle qui ne peut pas parler, pour qui un signe clair tient lieu de parole.
Trois conséquences pratiques. D’abord, aucune condition ne précède la chahada : ni ablution, ni ghusl, ni lieu, ni témoin, ni connaissance particulière. Ensuite, il n’y a aucune raison de différer : celui qui est convaincu et qui remet son entrée en islam « à après le Ramadan » ou « à quand je serai prêt » commet une faute, car le repentir ne se reporte pas. Enfin, la seule véritable condition est la sincérité : une attestation prononcée sans y croire produit des effets juridiques apparents, mais ne fait pas un croyant.
La chahada : les mots, le sens, la prononciation
La formule est la suivante :
أَشْهَدُ أَنْ لَا إِلَٰهَ إِلَّا اللَّهُ، وَأَشْهَدُ أَنَّ مُحَمَّدًا رَسُولُ اللَّهِ
Ash-hadu an lâ ilâha illa-Llâh, wa ash-hadu anna Muhammadan rasûlu-Llâh.
« J’atteste qu’il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allah, et j’atteste que Muhammad est le Messager d’Allah. »
Pour un francophone qui n’a jamais prononcé d’arabe, on peut la découper ainsi : ach-ha-dou an lâ i-lâ-ha il-lal-lâh, wa ach-ha-dou an-na mou-ham-ma-dan ra-sou-lul-lâh. Le h de ach-ha-dou et de i-lâ-ha est aspiré, franchement expiré. Le h de Muhammad se forme au fond de la gorge, sans raclement : ce n’est ni le h français ni la jota espagnole. Le l d’Allâh est appuyé et le h final doit s’entendre. Trois erreurs reviennent souvent : avaler le ha d’ilâha et dire « lâ ilâ illa-llâh » ; dire « an Muhammad » au lieu d’anna Muhammadan, en oubliant le n redoublé et la terminaison -an ; prononcer « Alla » sans le souffle final. On corrige avec douceur, et on n’en fait pas une épreuve.
Car les savants sont clairs : l’islam n’est pas suspendu à une formule unique dont chaque voyelle serait une condition de validité. Ce qui est requis, c’est que la personne exprime clairement les deux attestations, qu’elle comprenne ce qu’elle dit et qu’elle y adhère. Celui qui ne parle pas arabe peut donc attester dans sa propre langue ; c’est valide, et c’est même la seule chose sensée à faire pour quelqu’un qui se présente sans connaître un mot d’arabe. On lui fera ensuite apprendre la formule arabe, qui reste la langue de la Révélation. En pratique, on procède souvent dans les deux sens : l’arabe d’abord, répété, puis le sens en français.
Que signifie-t-on exactement ? Lâ ilâha illa-Llâh : nul ne mérite l’adoration, en vérité, si ce n’est Allah. Muhammadun rasûlu-Llâh : Muhammad ﷺ est l’envoyé d’Allah, et l’on accepte ce qu’il a transmis. La seconde attestation contient la première et bien davantage : reconnaître le Messager, c’est reconnaître tout ce qu’il a apporté.
Venir du christianisme : faut-il renier ?
C’est précisément parce que la seconde attestation engage à accepter tout le message que, dans le cas général, il n’est pas nécessaire d’ajouter une formule de reniement. Attester que Muhammad est le Messager d’Allah, c’est déjà rejeter ce qui le contredit.
Les savants apportent une nuance : si la mécréance d’une personne tenait à la négation d’un point précis, il convient qu’elle affirme ce point, faute de quoi son attestation demeure ambiguë. Le cas typique est celui d’un chrétien qui tenait Jésus pour Dieu. Il est alors bienvenu — recommandé, non exigé — qu’il ajoute :
وَأَشْهَدُ أَنَّ عِيسَى عَبْدُ اللَّهِ وَرَسُولُهُ
Wa ash-hadu anna ’Îsâ ’abdu-Llâhi wa rasûluh.
« Et j’atteste que Jésus est le serviteur d’Allah et Son Messager. »
Prononciation : wa ach-ha-dou an-na ’î-sâ ’ab-dou-l-lâ-hi wa ra-sou-louh.
Cette formule n’est pas une invention de juristes : elle reprend le hadith de ’Ubâda ibn al-Sâmit, où le Prophète ﷺ promet le Paradis à « quiconque atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah… et que Jésus est le serviteur d’Allah et Son Messager, Sa parole projetée en Marie et un esprit venant de Lui » (al-Bukhârî, Ahâdîth al-Anbiyâ’ ; Muslim, Kitâb al-Îmân). Pour un ancien chrétien, elle nomme exactement ce qui change. Pour quelqu’un venu de l’athéisme ou d’une autre tradition, elle n’a pas de raison d’être.
On peut donc aussi la dire dans sa forme complète, avec les mots mêmes du hadith, qui nomment Jésus et Marie :
وَأَشْهَدُ أَنَّ عِيسَى عَبْدُ اللَّهِ وَرَسُولُهُ، وَكَلِمَتُهُ أَلْقَاهَا إِلَى مَرْيَمَ، وَرُوحٌ مِنْهُ
Wa ash-hadu anna ’Îsâ ’abdu-Llâhi wa rasûluh, wa kalimatuhû alqâhâ ilâ Maryama, wa rûhun minh.
« Et j’atteste que Jésus est le serviteur d’Allah et Son Messager, Sa parole qu’Il a projetée en Marie, et un esprit venant de Lui. »
Pour la prononcer sans connaître l’arabe : wa ach-ha-dou an-na ’î-sâ ’ab-dou-l-lâ-hi wa ra-sou-louh, wa ka-li-ma-tou-hou al-qâ-hâ i-lâ mar-ya-ma, wa rou-houn min-h. Le ’ de ’Îsâ et de ’abdu est un son de gorge, bref et serré ; le h de rûh se forme au fond de la gorge, comme celui de Muhammad ; le h final de minh doit s’entendre. « Sa parole » signifie que Jésus a été créé par la parole divine « Sois ! », sans père, et « un esprit venant de Lui » qu’il est une âme créée par Allah et honorée par cette annexion — non une part de Dieu. Dite avec la chahada, cette phrase résume en une ligne ce que le chrétien garde et ce qu’il rectifie : Jésus reste aimé, sa mère reste honorée, mais il redevient ce qu’il a toujours été, un serviteur et un messager.
Notons ce que cette formule dit, et ce qu’elle ne dit pas : on ne renie pas Jésus, on le remet à sa vraie place, celle d’un prophète immense, né d’une vierge, aimé et honoré. Beaucoup de convertis découvrent qu’ils n’ont jamais autant respecté Jésus qu’en devenant musulmans.
Imam, mosquée, témoins, certificat : rien n’est exigé, tout est utile
Aucun de ces éléments n’est une condition. La chahada dite seul, chez soi, à minuit, fait un musulman aussi sûrement que celle prononcée devant cent personnes le vendredi. Allah connaît le secret des cœurs ; Il n’a pas besoin de témoins.
Cela dit, il est très utile, quand c’est possible, de la prononcer devant des musulmans de confiance. Non pour qu’elle soit valide, mais parce qu’on n’entre pas dans une religion comme on entre dans une idée : on entre dans une communauté. Des témoins pourront attester de votre islam si un jour il faut le prouver, pour un mariage ou pour le pèlerinage ; un frère ou une sœur présents ce jour-là seront souvent ceux qui vous apprendront à prier ; la mosquée est le lieu où l’on trouve un enseignant et des compagnons de route.
Le certificat de conversion, lui, n’est qu’un papier administratif exigé par certaines autorités — la Mecque pour le pèlerinage, certains pays pour un mariage. Il ne pèse rien devant Allah, et l’on peut le demander plus tard, à la Grande Mosquée de Paris ou dans une mosquée qui en délivre, quand on en a besoin.
Il faut donc tenir les deux choses ensemble : la validité ne dépend de rien d’extérieur, et l’entourage compte énormément. Celui qui n’a personne ne doit pas attendre ; celui qui a quelqu’un ne devrait pas s’en priver.
Le ghusl, et l’ordre des choses
Lorsque Qays ibn ’Âsim vint embrasser l’islam, le Prophète ﷺ lui ordonna de se laver avec de l’eau et du jujubier (Abû Dâwûd, Kitâb al-Tahâra ; al-Nasâ’î ; al-Tirmidhî, qui juge le hadith hasan). C’est sur ce texte que repose la pratique du grand lavage rituel à l’entrée en islam.
On lit souvent que « tout converti doit obligatoirement faire le ghusl ». La règle est un peu plus précise : le ghusl est obligatoire si une cause de grand lavage existait avant l’islam — rapport intime, règles, lochies —, et seulement recommandé sinon. La raison : un lavage fait avant l’islam n’a pas levé cet état, faute d’intention valide ; il subsiste donc jusqu’au premier ghusl fait en musulman.
Concrètement, pour un adulte, cette cause existe presque toujours, et l’on retiendra l’ordre simple : chahada, puis ghusl, puis prière. Mais votre islam n’est pas suspendu au ghusl : il est acquis dès la chahada. Et si vous vous êtes lavé le matin même avec la ferme intention de devenir musulman, avant de prononcer la chahada, vous n’avez pas à recommencer.
La manière de faire : formuler l’intention au début, faire parvenir l’eau à tout le corps en frottant la peau avec la main, passer les doigts dans les cheveux jusqu’à leur base, et ne pas s’interrompre sans nécessité. Se rincer la bouche et le nez, laver d’abord les mains et les parties intimes, faire les ablutions avant de laver le corps : ce sont des gestes de la Sunna qui complètent le lavage. Le détail pas à pas se trouve dans la série sur la purification publiée sur ce site.
Circoncision, cheveux, prénom
Trois questions inquiètent inutilement beaucoup de nouveaux musulmans.
La circoncision
C’est une pratique de la fitra, la nature originelle, à laquelle l’islam attache de l’importance ; les savants divergent sur son degré — obligatoire pour certains, sunna confirmée pour d’autres —, mais tous s’accordent qu’elle n’est pas une condition de l’islam. L’imam Mâlik, comme al-Hasan al-Basrî avant lui, n’exigeait pas des convertis qu’ils se fassent circoncire (Ibn ’Abd al-Barr, al-Tamhîd). Pour un adulte, elle se fait si elle ne présente pas de danger, et l’on ne la fera jamais primer sur un avis médical sérieux. Personne n’a le droit de vous dire que vous n’êtes « pas vraiment musulman » tant que ce n’est pas fait.
Reste une question que les savants ont eux-mêmes posée : celle de la nudité (’awra). Circoncire un adulte oblige à découvrir ses parties intimes devant un tiers, et oblige ce tiers à les regarder — deux choses en principe interdites. Certains savants en ont même tiré un argument : si la circoncision n’était pas obligatoire, on ne pourrait pas commettre un interdit pour elle (Ibn Qudâma, al-Mughnî ; Ibn al-Qayyim, Tuhfat al-Mawdûd). D’autres ont répondu qu’on découvre bien la nudité pour un soin médical qui n’est pas obligatoire, dès lors que l’intérêt l’emporte. Tous s’accordent donc sur l’essentiel : ce découvrement n’est permis que pour une vraie raison et dans un cadre strict.
Concrètement, pour le converti qui choisit de le faire : par un médecin, idéalement un homme, en ne découvrant que ce qui est strictement nécessaire, jamais dans un cadre improvisé. Et c’est aussi pour cela — le risque d’un côté, la nudité de l’autre — qu’on n’en fait pas une exigence pour l’adulte qui entre en islam.
Les cheveux
Le hadith qui dit au converti « débarrasse-toi des cheveux de la mécréance » (Abû Dâwûd, même chapitre) a une chaîne discutée, et les savants n’en tirent aucune obligation. Se raser ou se couper les cheveux est, au mieux, un geste de renouveau ; personne n’y est tenu.
Le prénom
Le prénom ne change pas avec la religion. Le Prophète ﷺ n’a modifié que les noms au sens mauvais ou contraire au tawhîd : ’Âsiya (« la désobéissante ») devint Jamîla (Muslim, Kitâb al-Âdâb) ; ’Abd al-’Uzzâ (« serviteur d’al-’Uzzâ », une idole) devint ’Abd al-Rahmân. Sébastien, Thomas, Claire ou Marie restent Sébastien, Thomas, Claire et Marie. On changera seulement un prénom qui exprime la servitude à un autre qu’Allah, qui porte un sens laid, ou qui est si attaché à un culte qu’il crée la confusion.
Prendre par la suite un prénom musulman, par attachement, est permis et beau ; ce n’est pas exigé. Beaucoup gardent leur prénom à l’état civil et adoptent un prénom d’usage parmi les frères — les deux cohabitent sans difficulté. Un conseil de bon sens : ne changez rien dans la précipitation des premiers jours. Si un prénom musulman vient, qu’il vienne parce qu’il vous ressemble, pas parce qu’on vous l’a imposé. Et le prénom que vos parents vous ont donné n’est pas une souillure : c’est un lien, et l’islam n’ordonne pas de le rompre.
L’annoncer à ses parents
C’est souvent la question qui fait le plus peur — davantage que la chahada elle-même. Commençons par ce que disent les textes, parce qu’ils sont plus clairs qu’on ne l’imagine.
Ce que la religion vous impose envers eux
Le Coran ordonne de bien traiter ses parents même s’ils s’efforcent de détourner leur enfant de la foi : « Et si tous deux te forcent à M’associer ce dont tu n’as aucune connaissance, alors ne leur obéis pas ; mais reste avec eux ici-bas de façon convenable » (31, 15 ; de même 29, 8). Le verset ne dit pas « rompez » : il dit « n’obéissez pas sur ce point, et restez ». Les commentateurs rapportent qu’il fut révélé à propos de Sa’d ibn Abî Waqqâs, dont la mère jura de ne plus manger ni boire jusqu’à ce qu’il renie sa foi ; Sa’d lui répondit que, même si elle avait cent âmes et qu’elles sortaient l’une après l’autre, il ne renoncerait pas à sa religion — et il continua à la servir (Muslim, Fadâ’il al-Sahâba).
Lorsqu’Asmâ’ bint Abî Bakr demanda si elle devait accueillir sa mère restée polythéiste et venue la voir, le Prophète ﷺ répondit : « Oui, maintiens le lien avec ta mère » (al-Bukhârî, Kitâb al-Hiba). Et Allah dit : « Allah ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion » (60, 8). Le nouveau musulman doit donc continuer à respecter ses parents, à les aider, à leur parler avec douceur. La conversion n’excuse aucune dureté : elle impose plus de douceur, pas moins.
Faut-il le dire tout de suite ?
Non, pas nécessairement. Rien ne vous oblige à l’annoncer le jour même, et cacher sa foi par crainte d’un tort réel est permis : le Coran loue « un homme croyant de la famille de Pharaon, qui cachait sa foi » (40, 28). Ce qui n’est pas sain, c’est de bâtir une double vie pour des années. Entre l’annonce à chaud et la dissimulation sans fin, il y a une voie : se donner le temps d’ancrer sa pratique, de comprendre ce que l’on va dire, puis choisir le moment.
Comment le dire
- En face, au calme, sans public. Pas par message, pas au milieu d’un repas de famille, pas le jour d’une fête. On choisit un moment sans tension, et l’on parle à ses parents avant que d’autres ne le fassent à leur place.
- Simplement, sans slogans. « J’ai réfléchi longtemps, j’ai lu, et je suis devenu musulman. » Inutile de prêcher le premier jour, de comparer les religions, ou de répondre du tac au tac aux provocations. On n’est pas là pour gagner un débat, mais pour rester leur enfant.
- Dire ce qui change, et surtout ce qui ne change pas. Ce qui change : la prière, la nourriture, l’alcool. Ce qui ne change pas : l’amour, le respect, la présence, l’aide, le déjeuner du dimanche — on vient toujours, simplement sans le vin.
- Laisser le temps. Les parents entendent souvent, derrière « je suis musulman », ce que les journaux leur ont mis dans la tête. Leur peur n’est pas une insulte ; c’est une inquiétude. On y répond par les mois qui suivent, pas par une phrase.
- Être la preuve. Plus de patience, plus de douceur, plus d’attention qu’avant. Un parent qui voit son enfant devenir meilleur finit par cesser d’avoir peur de ce qui l’a rendu meilleur.
Si cela se passe mal
Deux lignes rouges. D’un côté, on ne leur obéit jamais en ce qui ferait quitter la foi ou commettre un interdit : c’est le sens même du verset. De l’autre, on ne coupe jamais le lien de son propre chef : on continue à appeler, à rendre visite, à aider, même quand la porte est fermée — et si un danger réel exige de s’éloigner, on garde le minimum de contact possible et l’invocation. Le Prophète ﷺ a prié pour la mère d’Abû Hurayra, qui parlait mal de lui et de l’islam ; elle est devenue musulmane le jour même (Muslim, Fadâ’il al-Sahâba). Beaucoup de parents qui ont pleuré le jour de l’annonce ont fini par en être fiers, et certains ont suivi. Vous n’êtes pas responsable de leur cœur : vous êtes responsable de votre comportement.
Ce que l’islam efface, et ce qu’il laisse
’Amr ibn al-’Âs, venu prêter allégeance au Prophète ﷺ, retirait sa main au moment de la tendre, voulant d’abord poser une condition : que ses fautes passées lui soient pardonnées. Le Prophète ﷺ lui répondit : « Ne sais-tu pas que l’islam démolit ce qui l’a précédé ? » (Muslim, Kitâb al-Îmân). Tout est effacé. Il n’y a aucune prière, aucun jeûne, aucune zakât à rattraper pour les années d’avant : le non-musulman n’y était pas astreint comme à une dette récupérable, et c’est l’avis de tous. Votre passé — l’alcool, les relations, ce que vous avez dit ou fait — n’entre pas avec vous.
Mieux encore, le bien fait avant l’islam n’est pas perdu. Hakîm ibn Hizâm demanda ce qu’il en était de ses aumônes et des esclaves qu’il avait affranchis du temps de son ignorance ; le Prophète ﷺ lui dit : « Tu es entré en islam avec le bien que tu avais déjà fait » (al-Bukhârî, Kitâb al-Zakât).
Ce que l’islam ne dissout pas, ce sont les droits des gens. Une dette reste due, un bien pris reste à rendre, un contrat licite reste à honorer. Seule tombe la part illicite d’un contrat — l’intérêt d’un prêt usuraire, par exemple : c’est le principe que le Prophète ﷺ a posé lui-même au Pèlerinage d’adieu, en abolissant le ribâ de la Jâhiliyya et en commençant par celui de son propre oncle al-’Abbâs (Muslim, Kitâb al-Hajj) — le capital reste dû, l’intérêt tombe. Le pardon d’Allah porte sur ce qui est entre Lui et Son serviteur ; ce qui est entre le serviteur et les créatures se règle avec elles.
Mariage et héritage : la prudence
Le mariage est le point où il faut être prudent, parce que les règles dépendent de la situation précise : qui s’est converti, de quelle religion est le conjoint, à quel moment, et si la ’idda est en cours. Les savants admettent qu’un homme devenu musulman garde son épouse juive ou chrétienne ; qu’une femme devenue musulmane n’est plus licite à un mari non musulman, l’union étant maintenue s’il se convertit avant la fin de la ’idda et dissoute sinon ; et que d’autres configurations appellent d’autres réponses. Une personne mariée qui se convertit doit consulter rapidement quelqu’un de compétent en fiqh avant de prendre une décision, plutôt que de se fier à une formule générale lue sur internet.
Pour l’héritage, le principe est qu’il n’y a pas de succession entre un musulman et un non-musulman (al-Bukhârî, Kitâb al-Farâ’id). Cela ne touche ni les donations, ni les legs dans la limite du tiers, ni les droits déjà constitués, et cela doit être lu en tenant compte du droit civil du pays. Là encore, la conversion ne signifie ni abandonner sa famille ni ses biens.
Ce qui commence
À l’instant de la chahada, l’adulte pubère et sain d’esprit devient responsable devant la Loi. La prière lui est due dès sa prochaine heure — d’où l’urgence de faire son ghusl et d’apprendre le minimum pour la prochaine prière, sans attendre d’avoir tout compris. Le jeûne viendra avec le prochain Ramadan ; la zakât lorsqu’il possédera le nisâb durant une année ; le pèlerinage lorsqu’il en aura les moyens. Les interdits — l’alcool, le porc, la fornication, l’usure — s’appliquent dès maintenant, mais on enseigne comme le Prophète ﷺ l’a ordonné à Mu’âdh : par étapes, en commençant par ce qui fonde tout.
Après le ghusl, prier deux unités est une belle manière de commencer. Il n’existe pas de « prière de conversion » dans la Sunna, mais la prière du repentir est établie par le hadith d’Abû Bakr (Abû Dâwûd, Kitâb al-Salât), et le nouveau musulman est, par excellence, quelqu’un qui revient à son Seigneur.
Vient ensuite l’apprentissage, et le meilleur point de départ est un petit texte classique : l’exposé de la croyance par lequel l’imam Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî (m. 386 H) ouvre sa Risâla, qu’il écrivit précisément pour qu’on l’enseigne aux enfants et aux débutants. On commence donc par les fondements de la foi tels qu’il les expose — Allah, Ses noms et Ses attributs, les anges, les Livres, les prophètes, le Jour dernier, le destin —, avant le fiqh de la purification et de la prière qui suit dans le même livre. On apprend en parallèle les ablutions et la prière, et l’on mémorise al-Fâtiha puis deux ou trois courtes sourates dès la première semaine. On trouve un enseignant fiable, ancré dans la tradition, capable d’enseigner sans accabler. Et l’on prend l’habitude du rappel : lâ ilâha illa-Llâh est la meilleure des paroles (al-Tirmidhî, Kitâb al-Da’awât).
Un chemin par étapes
Pour celui qui est au seuil, ou qui vient de le franchir, voici l’ordre que l’on peut suivre sans se noyer.
- Aujourd’hui. Dire la chahada (voir les piliers de la chahada), en arabe si l’on peut, en français dans tous les cas — seul ou devant un musulman de confiance. Ne pas attendre « d’être prêt » : on ne l’est jamais avant, on le devient après.
- Dans l’heure. Faire le ghusl (intention, eau sur tout le corps, frotter, les cheveux jusqu’à la racine — le détail pas à pas). Puis apprendre les gestes et les paroles minimales de la prière (comment faire sa prière, et la prière en vidéo), et prier la prochaine prière à son heure, même imparfaitement.
- Cette semaine. Mémoriser al-Fâtiha et une courte sourate ; apprendre les ablutions correctement (la vidéo des petites ablutions) ; trouver une mosquée, un frère ou une sœur, un enseignant. Lire l’exposé de la croyance qui ouvre la Risâla, et les piliers de la foi.
- Ce mois-ci. Stabiliser les cinq prières ; régler ce qui se règle (dettes, situation de couple avec un avis compétent) ; choisir le moment et la manière d’en parler à ses parents. Ne rien changer d’autre dans la précipitation : ni prénom, ni apparence, ni rupture.
- Cette année. Le Ramadan, la zakât si le seuil est atteint, l’apprentissage suivi. Et surtout : montrer par le comportement, à ceux qui doutent, ce que l’islam a fait de vous.
Les questions qu’on pose juste après
Puis-je le faire seul, chez moi ? Oui, et c’est pleinement valide. Cherchez ensuite une communauté, mais n’attendez pas de l’avoir trouvée pour attester.
Je ne sais pas prier, dois-je attendre d’apprendre ? Non. On atteste d’abord, on apprend ensuite — les Compagnons n’ont pas fait autrement. La prière se prend en quelques jours dans ses obligations, et s’affine toute une vie.
Je ne parle pas arabe. Attestez en français : c’est valide. Apprenez la formule arabe après, puis al-Fâtiha. Personne n’attend de vous que vous lisiez le Coran en arabe la première semaine.
Je suis tatoué, j’ai bu, j’ai un passé. L’islam démolit ce qui l’a précédé. Le tatouage déjà fait n’a pas à être retiré s’il y a dommage à le faire ; le passé ne vous suit pas. Seuls les droits des gens restent à régler.
Dois-je changer de prénom ? Non, sauf s’il porte un sens contraire au tawhîd ou laid. Prendre un prénom musulman est permis, pas exigé.
Faut-il un certificat ? Pas pour être musulman. Pour le pèlerinage ou certains mariages, une attestation administrative est demandée : on la fait établir quand on en a besoin.
Je suis marié(e). Consultez sans tarder quelqu’un de compétent en fiqh, en exposant votre situation exacte ; la réponse dépend des détails.
Mes parents vont mal le prendre. Peut-être. Ils restent vos parents, vous restez leur enfant, et vous leur devez plus de douceur qu’avant, pas moins. Relisez la section qui leur est consacrée ci-dessus.
Un mourant peut-il attester ? Oui, tant qu’il est encore en état de le faire ; au-delà du râle final, il n’y a plus de repentir (4, 18). Et celui qui prononce la mécréance sous la contrainte, le cœur en paix dans la foi, ne sort pas de l’islam (16, 106).
Sources
Cette fiche condense et prolonge le dossier Entrer en islam publié sur ce site, qui détaille les avis des savants et leurs références.
Coran : 4, 18 ; 16, 106 ; 29, 8 ; 31, 14-15 ; 40, 28 ; 60, 8.
Hadith. Al-Bukhârî : Kitâb al-Zakât (Mu’âdh ; Hakîm ibn Hizâm), Ahâdîth al-Anbiyâ’ (’Ubâda), Kitâb al-Hiba (Asmâ’), Kitâb al-Farâ’id. Muslim : Kitâb al-Îmân (’Amr ibn al-’Âs ; ’Ubâda), Kitâb al-Âdâb (changement de nom), Fadâ’il al-Sahâba (Sa’d ibn Abî Waqqâs et sa mère ; la mère d’Abû Hurayra). Abû Dâwûd : Kitâb al-Tahâra (Qays ibn ’Âsim ; « les cheveux de la mécréance »), Kitâb al-Salât (prière du repentir). Al-Tirmidhî, Kitâb al-Da’awât.
Ouvrages de fiqh. Sahnûn, al-Mudawwana. Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, al-Risâla, avec al-Fawâkih al-Dawânî d’al-Nafrâwî. Ibn ’Abd al-Barr, al-Kâfî et al-Tamhîd. Ibn Rushd al-Jadd, al-Bayân wa-l-Tahsîl. Al-Qâdî ’Iyâd, al-Shifâ. Khalîl ibn Ishâq, al-Mukhtasar, avec les commentaires d’al-Hattâb (Mawâhib al-Jalîl), al-Dardîr (al-Sharh al-Kabîr) et ’Alîsh (Minah al-Jalîl).
Sur la circoncision. Ibn Qudâma, al-Mughnî. Ibn al-Qayyim, Tuhfat al-Mawdûd bi-Ahkâm al-Mawlûd.