Pour prier, il faut être en état de pureté : les petites ablutions (wudû’) suffisent en temps normal ; le grand lavage (ghusl) est nécessaire après un rapport intime, une éjaculation, ou à la fin des règles. On prie ensuite cinq fois par jour, à heures fixes : 2 unités à l’aube, 4 à midi, 4 l’après-midi, 3 au coucher du soleil, 4 la nuit.
Le débutant n’attend pas de tout savoir : il prie dès la prochaine heure avec ce qu’il connaît, et apprend en priant. En voyage, les prières de quatre unités se raccourcissent à deux. Une prière oubliée ou manquée se rattrape dès qu’on s’en souvient ; celles d’avant l’islam, jamais.
Pour apprendre en regardant, et aller plus loin
Cette fiche vous donne l’essentiel pour prier dès aujourd’hui. Pour chaque étape, un support complet vous attend :
- Les petites ablutions, en vidéo — les gestes un par un.
- La prière, en vidéo — une prière complète à suivre pas à pas.
- La purification en détail — ablutions, ghusl, tayammum, ce qui les annule.
- La prière en détail — conditions, gestes, erreurs fréquentes, prosternation d’oubli.
- Le rattrapage des prières en détail — l’ordre, les cas où l’on se souvient en pleine prière, le doute.
- Le pilier de la prière — pourquoi l’on prie, ce que la prière fait de nous.
- Comment devenir musulman ? — si vous n’avez pas encore franchi le pas.
Avant de commencer : prier sans attendre d’être prêt
La prière est le deuxième pilier de l’islam et le premier acte dont le serviteur rendra compte. Mais elle n’a jamais été réservée à ceux qui savent tout. Les Compagnons l’ont apprise en la faisant, derrière le Prophète ﷺ qui leur disait : « Priez comme vous m’avez vu prier » (al-Bukhârî, Kitâb al-Adhân).
Si vous venez d’entrer en islam, ou de revenir à la pratique, retenez ceci : priez dès la prochaine prière, même imparfaitement. Faites vos ablutions comme vous pouvez, suivez les gestes, dites ce que vous savez. Chaque jour vous en saurez un peu plus. Allah ne demande à personne plus qu’il ne peut (2, 286).
Et si vous le pouvez, allez prier à la mosquée : derrière un imam, vous n’avez qu’à suivre les gestes, et c’est la meilleure école qui soit.
Les petites ablutions (wudû’)
Allah dit : « Ô vous qui croyez ! Lorsque vous vous levez pour la prière, lavez vos visages et vos mains jusqu’aux coudes ; passez les mains mouillées sur vos têtes ; et lavez-vous les pieds jusqu’aux chevilles » (5, 6). Et le Prophète ﷺ : « La prière n’est acceptée que si elle est accomplie en état de pureté » (Muslim). Les ablutions se regardent mieux qu’elles ne se lisent : la vidéo des petites ablutions, à refaire avec l’écran sous les yeux les premiers jours.
Avant de commencer
Retirez tout ce qui empêche l’eau d’atteindre la peau : vernis à ongles, peinture, colle, cire. Le henné et les taches qui imprègnent la peau ne gênent pas. Une bague n’a pas besoin d’être retirée pour les ablutions.
Pas à pas
- Formuler dans son cœur l’intention de faire ses ablutions pour la prière, et dire Bismi-Llâh.
- Se laver les deux mains jusqu’aux poignets avant de les plonger dans l’eau — une fois, et mieux trois fois.
- Se rincer la bouche : prendre de l’eau, la faire tourner, la recracher — trois fois.
- Aspirer un peu d’eau par le nez, puis la rejeter en soufflant, en pinçant le bout du nez entre le pouce et l’index de la main gauche — trois fois.
- Laver tout le visage : de la naissance des cheveux jusqu’au menton, et d’un lobe d’oreille à l’autre. Si la barbe est fournie, on fait passer l’eau à travers avec les doigts écartés en peigne.
- Laver le bras droit, de l’extrémité des doigts jusqu’au coude compris, en frottant bien entre les doigts, puis le bras gauche.
- Passer les mains mouillées sur toute la tête, de la naissance des cheveux jusqu’à la nuque, puis revenir vers l’avant. Les cheveux longs, noués ou tressés n’ont pas à être défaits.
- Avec une nouvelle eau, essuyer les oreilles à l’intérieur et à l’extérieur.
- Laver le pied droit jusqu’à la cheville comprise, en passant le petit doigt entre les orteils, puis le pied gauche.
On lave le visage, les bras et les pieds une fois obligatoirement ; deux ou trois fois, c’est mieux. Au-delà de trois, c’est trop : le Prophète ﷺ reprocha le gaspillage de l’eau à un Compagnon, même « au bord d’une rivière » (Ibn Mâja).
Ce qui est indispensable, et ce qui complète
Sept choses sont indispensables : l’intention ; laver le visage ; laver les bras avec les coudes ; passer les mains mouillées sur toute la tête ; laver les pieds avec les chevilles ; frotter avec la main les parties lavées ; et le faire d’une traite, sans laisser sécher un membre avant de passer au suivant. Le reste — les mains au début, la bouche, le nez, les oreilles, le retour des mains sur la tête, l’ordre des gestes — fait partie de la Sunna : on s’efforce de le faire, mais une ablution à laquelle il en manque un élément reste valable.
Ce qui annule les ablutions
- Ce qui sort par les voies naturelles : urine, selles, gaz, liquide pré-séminal (madhy), liquide épais qui suit parfois l’urine (wady), sperme.
- Le sommeil profond, même court et même assis ; l’évanouissement, l’ivresse, tout ce qui fait perdre la conscience. Un léger assoupissement de courte durée n’annule pas.
- Toucher une personne en recherchant le plaisir, ou en l’éprouvant ; un baiser sur la bouche.
- Pour l’homme, toucher directement son sexe avec la paume ou l’intérieur des doigts.
- Douter d’avoir gardé ses ablutions : si l’on n’est plus sûr d’être en état de pureté, on les refait. (Celui qui souffre de doutes maladifs, lui, ne s’en préoccupe pas.)
En revanche, n’annulent pas les ablutions : vomir, saigner (d’une coupure, du nez), toucher ses fesses. La personne atteinte d’incontinence chronique n’est pas concernée par la première règle : elle demandera à un imâm de confiance comment s’organiser.
Sans ablutions, il est interdit de prier, de faire le tour de la Ka’ba, et de toucher un exemplaire du Coran en arabe. On peut en revanche le réciter par cœur, et invoquer Allah à tout moment.
Le grand lavage (ghusl)
Quand le faut-il ?
- Après une émission de sperme accompagnée de plaisir, pour l’homme comme pour la femme. Pendant le sommeil, dès qu’on en voit la trace au réveil, même sans souvenir de plaisir.
- Après un rapport intime, dès qu’il y a eu pénétration — même sans éjaculation, et même avec un préservatif.
- À la fin des règles, et à la fin des saignements qui suivent l’accouchement.
- À l’entrée en islam (voir la fiche « Comment devenir musulman ? »).
Il est en outre vivement recommandé le vendredi avant de se rendre à la prière, le matin des deux fêtes, et avant d’entrer en état de sacralisation pour le pèlerinage.
Comment le faire
’Âisha a décrit le ghusl du Prophète ﷺ : il se lavait les mains, faisait ses ablutions comme pour la prière, passait ses doigts mouillés dans ses cheveux jusqu’à la racine, versait de l’eau trois fois sur sa tête, puis sur tout son corps (al-Bukhârî ; Muslim). Concrètement :
- Dire Bismi-Llâh, et formuler l’intention de se purifier de l’état qui impose le grand lavage.
- Se laver les mains trois fois jusqu’aux poignets.
- Laver les parties intimes et toute souillure sur le corps.
- Se rincer la bouche, aspirer de l’eau par le nez et la rejeter.
- Faire les petites ablutions, chaque membre une fois : visage, bras, tête, pieds.
- Faire pénétrer l’eau jusqu’à la racine des cheveux en frottant, et laver la tête trois fois.
- Laver le cou, puis tout le côté droit du corps, puis le côté gauche, en frottant avec la main et sans oublier les plis — nombril, aisselles, arrière des genoux, entre les doigts et les orteils, l’extérieur des oreilles.
Ce qui est indispensable : l’intention, que l’eau atteigne tout le corps et la peau sous les cheveux et les poils, frotter avec la main (ou un gant, un linge), et le faire d’une traite. Une douche faite ainsi, avec l’intention, est un ghusl. Il n’est pas nécessaire de défaire ses tresses si l’eau atteint la peau du crâne ; si elles l’en empêchent, on les desserre. Le Prophète ﷺ dit à Umm Salama, qui tressait ses cheveux : « Il te suffit de verser trois fois de l’eau sur ta tête » (Muslim).
En état de grande impureté, on ne prie pas, on ne touche pas le Coran, on n’entre pas dans une mosquée, et l’on ne récite pas le Coran — sauf quelques versets comme invocation ou protection.
Sans eau, ou quand l’eau est dangereuse : l’ablution sèche (tayammum)
Le Coran la permet dans le même verset (5, 6) : on la fait à la place des petites ou des grandes ablutions quand on ne trouve pas d’eau après en avoir cherché, quand on ne peut pas l’atteindre, quand l’eau risquerait de rendre malade ou d’aggraver une maladie (sur l’avis de son expérience ou d’un médecin), quand on doit garder l’eau pour boire, ou quand on n’a que de l’eau glacée dangereuse pour la santé.
- Attendre que l’heure de la prière soit entrée.
- Formuler l’intention, et poser les deux mains sur une surface naturelle et propre : terre, sable, pierre.
- Passer les mains sur tout le visage.
- Poser de nouveau les mains au sol, puis passer la main gauche sur la main et l’avant-bras droits jusqu’au coude, et inversement. (Jusqu’aux poignets est indispensable ; jusqu’aux coudes est la Sunna.) On retire les bagues.
- Prier aussitôt, sans attendre.
Une ablution sèche ne vaut que pour une seule prière obligatoire : pour la suivante, on la refait. Elle est annulée par tout ce qui annule les ablutions, et par l’eau retrouvée avant d’avoir commencé la prière.
Pendant les règles
La femme en période de règles, ou de saignements après l’accouchement, ne prie pas — et n’a pas à rattraper ces prières : « Il nous était ordonné de rattraper les jours de jeûne, et non les prières » (’Âisha, dans Muslim). C’est une dispense d’Allah, pas une faute. Elle fait son ghusl lorsque les saignements cessent, puis reprend la prière.
Les cinq prières et leurs heures
Les cinq prières quotidiennes et leur nombre d’unités (rak’a) :
- Al-Fajr (ou as-Subh), l’aube — de la première lueur jusqu’au lever du soleil ; le mieux est de la faire avant que le ciel ne s’éclaire franchement : 2 unités, récitées à voix haute.
- Adh-Dhuhr, midi — dès que le soleil a passé son zénith : 4 unités, à voix basse.
- Al-’Asr, l’après-midi : 4 unités, à voix basse.
- Al-Maghrib, juste après le coucher du soleil ; son temps est court : 3 unités, les deux premières à voix haute.
- Al-’Ishâ’, la nuit, quand la lueur rouge du couchant a disparu, de préférence avant la fin du premier tiers de la nuit : 4 unités, les deux premières à voix haute.
Les horaires changent chaque jour avec le soleil : prenez le calendrier de votre mosquée, ou une application de prière réglée sur votre ville. « La prière est pour les croyants une prescription à des moments déterminés » (4, 103). Mieux vaut la faire au début de son temps. « À voix haute », pour une femme, veut dire assez fort pour s’entendre elle-même.
Les conditions de la prière
- Être en état de pureté (ablutions, ou ghusl si nécessaire).
- Un corps, des vêtements et un lieu propres de toute impureté (urine, sang, etc.) — du moins là où l’on pose les pieds, les genoux, les mains et le front.
- Couvrir son corps avec un vêtement opaque, qui ne laisse pas voir la peau, et ample, qui ne moule pas : pour l’homme, au moins du nombril aux genoux ; pour la femme, tout le corps sauf le visage et les mains.
- Se tourner vers la Qibla, la direction de la Ka’ba à La Mecque — depuis la France, vers le sud-est ; une boussole ou une application la donne précisément. Celui qui ne peut pas s’y tourner (malade, danger) prie dans la direction où il se trouve.
- Que l’heure de la prière soit arrivée.
La prière pas à pas, avec ses paroles
Voici une prière de deux unités, celle de l’aube. Les autres se construisent sur le même modèle. Là encore, rien ne vaut l’image : la prière en vidéo, à suivre pas à pas.
1. L’intention et l’ouverture
Debout face à la Qibla, on formule dans son cœur l’intention de la prière précise que l’on fait (« la prière obligatoire de l’aube »). On lève les mains à hauteur des épaules, paumes tournées vers le sol, et l’on dit :
اللَّهُ أَكْبَرُ
Allâhu akbar.
« Allah est le plus grand. »
Cette parole se dit obligatoirement en arabe, debout. À partir de ce moment, on est en prière : on ne parle plus, on ne se retourne plus. On laisse ensuite les bras tomber le long du corps, sans raideur, comme on le voit dans la plupart des mosquées du Maghreb ; poser la main droite sur la gauche, sur la poitrine, pour suivre un geste du Prophète ﷺ est aussi permis.
2. La Fâtiha, debout
On enchaîne directement avec la Fâtiha, la sourate d’ouverture — la seule récitation indispensable de chaque unité : « N’a pas prié celui qui ne récite pas l’Ouverture du Livre » (al-Bukhârî ; Muslim).
الْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ
الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ
مَالِكِ يَوْمِ الدِّينِ
إِيَّاكَ نَعْبُدُ وَإِيَّاكَ نَسْتَعِينُ
اهْدِنَا الصِّرَاطَ الْمُسْتَقِيمَ
صِرَاطَ الَّذِينَ أَنْعَمْتَ عَلَيْهِمْ غَيْرِ الْمَغْضُوبِ عَلَيْهِمْ وَلَا الضَّالِّينَ
Al-hamdu li-Llâhi rabbi-l-’âlamîn. Ar-rahmâni-r-rahîm. Mâliki yawmi-d-dîn. Iyyâka na’budu wa iyyâka nasta’în. Ihdinâ-s-sirâta-l-mustaqîm. Sirâta-l-ladhîna an’amta ’alayhim, ghayri-l-maghdûbi ’alayhim wa la-d-dâllîn.
« Louange à Allah, Seigneur des mondes, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, Maître du Jour de la rétribution. C’est Toi que nous adorons, et c’est Toi dont nous implorons le secours. Guide-nous sur le droit chemin, le chemin de ceux que Tu as comblés de bienfaits, non de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés. »
Pour la prononcer en syllabes : al-ham-dou lil-lâ-hi rab-bil-’â-la-mîn · ar-rah-mâ-nir-ra-hîm · mâ-li-ki yaw-mid-dîn · iy-yâ-ka na’-bou-dou wa iy-yâ-ka nas-ta-’în · ih-di-nas-si-râ-tal-mous-ta-qîm · si-râ-tal-la-dhî-na an-’am-ta ’a-lay-him, ghay-ril-magh-dou-bi ’a-lay-him wa lad-dâl-lîn. On termine par âmîn. Il suffit de remuer la langue et les lèvres ; dans les prières à voix haute, on la récite de façon audible.
Dans les deux premières unités, on récite ensuite une sourate courte, entière de préférence, par exemple al-Ikhlâs :
قُلْ هُوَ اللَّهُ أَحَدٌ
اللَّهُ الصَّمَدُ
لَمْ يَلِدْ وَلَمْ يُولَدْ
وَلَمْ يَكُن لَّهُ كُفُوًا أَحَدٌ
Qul huwa-Llâhu ahad. Allâhu-s-samad. Lam yalid wa lam yûlad. Wa lam yakun lahu kufuwan ahad.
« Dis : Il est Allah, Unique. Allah, l’Absolu. Il n’a jamais engendré, n’a pas été engendré, et nul n’est égal à Lui. »
La récitation de la première unité est un peu plus longue que celle de la seconde.
3. L’inclinaison (rukû’)
On dit Allâhu akbar et l’on s’incline, les mains saisissant les genoux, doigts écartés, le dos droit, la tête dans le prolongement du dos. On reste un instant immobile et l’on dit, autant de fois qu’on le souhaite :
سُبْحَانَ رَبِّيَ الْعَظِيمِ وَبِحَمْدِهِ
Subhâna rabbiya-l-’adhîmi wa bi-hamdih.
« Gloire à mon Seigneur, le Très Grand, et louange à Lui. »
4. Le redressement
On se redresse complètement, et l’on reste un instant immobile, en disant :
سَمِعَ اللَّهُ لِمَنْ حَمِدَهُ
اللَّهُمَّ رَبَّنَا وَلَكَ الْحَمْدُ
Sami’a-Llâhu li-man hamidah. Allâhumma rabbanâ wa laka-l-hamd.
« Allah entend celui qui Le loue. Ô Allah, notre Seigneur, à Toi la louange. »
Celui qui prie seul dit les deux phrases ; celui qui prie derrière un imâm ne dit que la seconde : « Celui dont la parole coïncidera avec celle des anges verra ses péchés passés pardonnés » (al-Bukhârî ; Muslim).
5. Les deux prosternations (sujûd)
On dit Allâhu akbar et l’on descend en posant les mains avant les genoux. On se prosterne : le front et le nez au sol, les paumes à plat à hauteur des oreilles, doigts serrés vers la Qibla, les genoux et le bout des orteils posés. L’homme écarte les bras du corps ; la femme se ramasse sur elle-même. On reste immobile et l’on dit :
سُبْحَانَ رَبِّيَ الْأَعْلَى وَبِحَمْدِهِ
Subhâna rabbiya-l-a’lâ wa bi-hamdih.
« Gloire à mon Seigneur, le Très Haut, et louange à Lui. »
Puis on invoque Allah pour soi et pour les autres, pour cette vie et pour l’autre : « Il n’est pas de moment où le serviteur est plus proche de son Seigneur que dans la prosternation ; multipliez-y donc les invocations » (Muslim). En attendant de savoir des invocations en arabe, on peut Lui parler dans sa langue, avec ses propres mots.
On se relève en position assise en disant Allâhu akbar : le pied gauche replié sous soi, le pied droit dressé, orteils au sol. On marque un temps immobile, puis on refait une seconde prosternation identique.
6. La deuxième unité
On se relève en disant Allâhu akbar, en décollant les genoux du sol avant les mains, et l’on refait tout : Fâtiha, courte sourate, inclinaison, redressement, deux prosternations.
Dans cette deuxième unité de la prière de l’aube, il est recommandé de faire une invocation appelée qunût, juste après la récitation et avant l’inclinaison. Son sens : « Ô Allah, nous implorons Ton aide et Ton pardon, nous croyons en Toi et nous nous en remettons à Toi ; c’est Toi que nous adorons et vers Toi que nous nous empressons ; nous espérons Ta miséricorde et craignons Ton châtiment. » Le débutant qui ne la connaît pas encore peut la laisser : elle n’est pas obligatoire.
7. L’attestation assise (tashahhud)
Après la seconde prosternation de la deuxième unité, on reste assis, les mains sur les cuisses, le bout des doigts vers les genoux. La main droite est fermée, sauf l’index, tendu, que l’on remue doucement. On dit l’attestation, telle que ’Umar ibn al-Khattâb l’enseignait du haut de la chaire (rapportée par l’imam Mâlik dans al-Muwatta’) :
التَّحِيَّاتُ لِلَّهِ، الزَّاكِيَاتُ لِلَّهِ، الطَّيِّبَاتُ الصَّلَوَاتُ لِلَّهِ، السَّلَامُ عَلَيْكَ أَيُّهَا النَّبِيُّ وَرَحْمَةُ اللَّهِ وَبَرَكَاتُهُ، السَّلَامُ عَلَيْنَا وَعَلَى عِبَادِ اللَّهِ الصَّالِحِينَ، أَشْهَدُ أَنْ لَا إِلَهَ إِلَّا اللَّهُ وَحْدَهُ لَا شَرِيكَ لَهُ، وَأَشْهَدُ أَنَّ مُحَمَّدًا عَبْدُهُ وَرَسُولُهُ
At-tahiyyâtu li-Llâh, az-zâkiyâtu li-Llâh, at-tayyibâtu-s-salawâtu li-Llâh. As-salâmu ’alayka ayyuha-n-nabiyyu wa rahmatu-Llâhi wa barakâtuh. As-salâmu ’alaynâ wa ’alâ ’ibâdi-Llâhi-s-sâlihîn. Ash-hadu an lâ ilâha illa-Llâhu wahdahu lâ sharîka lah, wa ash-hadu anna Muhammadan ’abduhu wa rasûluh.
« Les salutations sont à Allah, les œuvres pures sont à Allah, les bonnes paroles et les prières sont à Allah. Que la paix soit sur toi, ô Prophète, ainsi que la miséricorde d’Allah et Ses bénédictions. Que la paix soit sur nous et sur les pieux serviteurs d’Allah. J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah, Seul, sans associé, et j’atteste que Muhammad est Son serviteur et Son messager. »
On ajoute la prière sur le Prophète ﷺ — aucune formule n’est imposée ; voici la plus connue :
اللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى مُحَمَّدٍ وَعَلَى آلِ مُحَمَّدٍ، كَمَا صَلَّيْتَ عَلَى إِبْرَاهِيمَ وَعَلَى آلِ إِبْرَاهِيمَ، إِنَّكَ حَمِيدٌ مَجِيدٌ
Allâhumma salli ’alâ Muhammadin wa ’alâ âli Muhammad, kamâ sallayta ’alâ Ibrâhîma wa ’alâ âli Ibrâhîm, innaka hamîdun majîd.
« Ô Allah, prie sur Muhammad et sur la famille de Muhammad, comme Tu as prié sur Abraham et sur la famille d’Abraham ; Tu es certes digne de louange et de gloire. »
Puis on fait les invocations que l’on veut, de préférence tirées du Coran et de la Sunna, par exemple : Rabbanâ âtinâ fi-d-dunyâ hasanatan wa fi-l-âkhirati hasanatan wa qinâ ’adhâba-n-nâr — « Seigneur, accorde-nous une belle part ici-bas et une belle part dans l’au-delà, et préserve-nous du châtiment du Feu » (2, 201).
8. La salutation finale
On la dit en arabe, une seule fois, en regardant d’abord devant soi puis en tournant la tête vers la droite :
السَّلَامُ عَلَيْكُمْ
As-salâmu ’alaykum.
« Que la paix soit sur vous. »
Celui qui prie derrière un imâm dit cette salutation à droite, puis une deuxième vers l’avant en réponse à l’imâm, et une troisième vers sa gauche s’il y a quelqu’un. La prière est finie. Il est beau de rester un instant assis pour dire trente-trois fois Subhâna-Llâh, trente-trois fois Al-hamdu li-Llâh, trente-trois fois Allâhu akbar (Muslim), et de faire ses invocations.
Pour les prières de trois et quatre unités
Après la deuxième unité, on s’assoit et l’on dit l’attestation jusqu’à « ’abduhu wa rasûluh », sans rien ajouter — cette première assise est courte. Puis on se relève en disant Allâhu akbar pour la troisième unité (et la quatrième), où l’on ne récite que la Fâtiha, sans sourate, et à voix basse. Après la dernière unité, on s’assoit, on dit l’attestation complète, la prière sur le Prophète ﷺ, ses invocations, et la salutation finale.
En cas d’oubli
On s’aperçoit avant l’inclinaison qu’on a oublié la Fâtiha : on la récite. On a oublié un élément recommandé important, comme la première assise : on fait, avant la salutation finale, deux prosternations en disant Allâhu akbar, suivies de l’attestation, puis on salue. On a ajouté quelque chose par erreur, comme une unité de trop : on fait ces deux prosternations après la salutation, suivies de l’attestation et d’une nouvelle salutation. Derrière un imâm, c’est lui qui porte vos oublis.
Si vous ne savez pas encore la Fâtiha
Il faut l’apprendre en arabe, et c’est la première chose à faire. En attendant, priez derrière un imâm : c’est lui qui récite, et vous suivez. Si vous êtes seul et ne la savez pas encore, l’obligation de la réciter tombe pour vous : vous restez debout un moment entre le Allâhu akbar d’ouverture et l’inclinaison, en silence ou en invoquant Allah. Un homme vint dire au Prophète ﷺ qu’il ne parvenait à retenir rien du Coran ; il lui enseigna : Subhâna-Llâh, wa-l-hamdu li-Llâh, wa lâ ilâha illa-Llâh, wa-Llâhu akbar, wa lâ hawla wa lâ quwwata illâ bi-Llâh — « Gloire à Allah, louange à Allah, il n’y a de divinité qu’Allah, Allah est le plus grand, il n’y a de force ni de puissance qu’en Allah » (Abû Dâwûd et al-Nasâ’î, hadith d’Ibn Abî Awfâ).
La prière du voyageur
Allah a allégé la prière de celui qui voyage : « Quand vous parcourez la terre, ce n’est pas un péché pour vous de raccourcir la prière » (4, 101). ’Umar s’étonnait qu’on raccourcisse encore alors que la sécurité était revenue ; le Prophète ﷺ lui répondit : « C’est une aumône qu’Allah vous a faite : acceptez donc Son aumône » (Muslim).
- Raccourcir est vivement recommandé : les prières de quatre unités (midi, après-midi, nuit) se font en deux. L’aube (2) et le coucher du soleil (3) ne changent pas.
- Quand ? Pour un voyage licite d’environ 81 km ou plus (quatre barîd), dès qu’on a entièrement quitté sa ville, et jusqu’à ce qu’on y revienne.
- Si l’on s’installe quelque part avec l’intention d’y rester quatre jours complets — sans compter le jour d’arrivée ni celui du départ —, on prie normalement. Celui qui reste sans l’avoir décidé, en pensant repartir d’un jour à l’autre, continue de raccourcir.
- Derrière un imâm qui ne voyage pas, le voyageur prie quatre unités avec lui.
- Regrouper : quand on voyage par la route et que le trajet l’exige, on peut réunir midi et après-midi, puis coucher du soleil et nuit, à l’heure de la première ou à l’heure de la seconde (Muslim, d’après Anas). Ce regroupement se fait pour un déplacement par voie de terre.
- En avion ou en bateau, on ne regroupe pas : on fait chaque prière à son heure, à bord, tourné vers la Qibla autant que possible, debout si l’on peut, sinon assis, en faisant les gestes qu’on peut.
Les prières manquées : le rattrapage
Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui oublie une prière, qu’il la prie dès qu’il s’en souvient ; il n’y a pas d’autre expiation que cela. » Et Qatâda récita : « Accomplis la prière pour te souvenir de Moi » (20, 14) (al-Bukhârî ; Muslim, d’après Anas). Le jour de la bataille du Fossé, empêché de prier par le combat, le Prophète ﷺ rattrapa ensuite ses prières l’une après l’autre, dans l’ordre, chacune « comme il avait l’habitude de la prier en son temps » (al-Bukhârî ; Muslim ; Ahmad).
Qui doit rattraper, et quoi ?
Tout musulman pubère et sain d’esprit doit rattraper les prières sorties de leur temps, qu’il les ait manquées volontairement, en dormant, par oubli, ou qu’elles aient été nulles parce qu’il y manquait une condition ou un élément obligatoire (par exemple des ablutions mal faites). Si l’on doute d’avoir manqué une prière, on la rattrape aussi.
Il n’y a rien à rattraper pour les prières manquées avant l’islam, pendant les règles ou les saignements qui suivent l’accouchement, pendant une perte de connaissance ou de raison, ou quand il était impossible de se purifier.
Quand ?
Sans attendre. Il n’est pas permis de retarder le rattrapage, sinon pour les besoins réellement nécessaires — manger, dormir, gagner sa vie. On peut rattraper à n’importe quelle heure, même au lever ou au coucher du soleil, ou pendant le sermon du vendredi. Seule la prière dont on doute de l’avoir manquée ne se rattrape pas à ces moments-là. Et celui qui travaille pour un employeur doit accomplir le travail auquel il s’est engagé : ses prières à rattraper ne l’en dispensent pas.
Comment ?
On rattrape chaque prière telle qu’elle aurait dû être priée, en précisant dans son intention que c’est un rattrapage :
- Une prière manquée en voyage se rattrape raccourcie, même une fois rentré ; une prière manquée chez soi se rattrape complète, même en voyage.
- Une prière de nuit (à voix haute) se rattrape à voix haute, même de jour ; une prière de jour (à voix basse) se rattrape à voix basse, même la nuit.
- En revanche, on la rattrape selon son état présent : le malade prie assis ou couché s’il ne peut plus se tenir debout ; celui qui peut maintenant utiliser l’eau fait ses ablutions à l’eau, même si la prière avait été manquée à un moment où il n’en avait pas.
Dans quel ordre ?
- On rattrape les prières manquées dans l’ordre où elles ont été manquées.
- S’il y en a cinq ou moins, on les prie avant la prière du moment. Celui qui a prié la prière du moment d’abord, même par oubli, la refera après les autres.
- Si l’on s’en souvient au milieu de la prière du moment, le cas est plus fin : il est expliqué dans la leçon complète sur le rattrapage des prières, ou demandez à un imâm de confiance.
- Si l’on sait avoir manqué une prière sans savoir laquelle, on prie les cinq, en commençant par celle de midi.
Si vous avez beaucoup de prières à rattraper
C’est le cas de celui qui a été musulman sans prier pendant des mois ou des années. Il se repent sincèrement, fait une estimation prudente du nombre de prières manquées, puis les rattrape dès maintenant, dans l’ordre, en y consacrant le temps qu’il peut dégager en dehors de ses besoins nécessaires — par exemple plusieurs prières à la suite après chaque prière du jour. Tant qu’il a des prières obligatoires à rattraper, il se limite aux prières surérogatoires légères et régulières : les deux unités avant l’aube, le shaf’ et le witr, la prière de l’Aïd, les unités habituelles avant et après les prières, la salutation de la mosquée. Les savants ajoutent cependant que celui qui, privé de surérogatoires, ne rattraperait pas davantage, ferait mieux de prier des surérogatoires que de ne rien prier du tout.
Le rattrapage n’est pas une punition : c’est un chemin de retour. Chaque prière rattrapée est une dette réglée envers son Seigneur, et Allah aime ceux qui reviennent à Lui.
Les questions qu’on pose au début
Puis-je prier en français ? Les paroles obligatoires de la prière — le Allâhu akbar d’ouverture, la Fâtiha, la salutation finale — se disent en arabe. En attendant de les connaître, on dit les formules de louange citées plus haut. Les invocations personnelles, elles, peuvent se faire dans sa langue, surtout en prosternation.
Je me trompe dans l’ordre des gestes, ma prière est-elle nulle ? Un oubli se répare par les prosternations d’oubli (voir plus haut) ; au pire, on la refait. Allah voit l’effort. On apprend en se trompant, comme tous ceux qui ont appris avant vous.
Je ne sais pas où est la Qibla. On cherche avec une boussole ou une application ; si c’est impossible, on fait de son mieux. Celui qui s’est trompé de direction par oubli garde sa prière ; il est recommandé de la refaire tant que son heure n’est pas passée.
Faut-il des vêtements particuliers ? Non : n’importe quel vêtement propre, opaque et ample convient. Un vêtement qui laisse voir la peau annule la prière ; un vêtement moulant la rend imparfaite.
Faut-il un tapis ? Non : tout sol propre convient. Le tapis n’est qu’une commodité pour s’assurer de la propreté du lieu.
Au travail ou à l’école ? Chaque prière a une plage de temps, souvent de plusieurs heures : on choisit un moment de pause, un coin calme. En cas de réelle impossibilité, on en parle à un imam de confiance.
J’ai du mal à me concentrer. C’est le combat de toute une vie. Comprendre le sens de ce qu’on récite aide énormément : relisez les traductions ci-dessus avant de prier.
Sources
Coran : 2, 201 ; 2, 286 ; 4, 101 ; 4, 103 ; 5, 6.
Hadith. Al-Bukhârî : Kitâb al-Adhân (« Priez comme vous m’avez vu prier »), Kitâb al-Ghusl, Kitâb al-Tayammum, Kitâb Mawâqît al-Salât, Kitâb Taqsîr al-Salât. Muslim : Kitâb al-Hayd, Kitâb al-Tahâra, Kitâb al-Salât, Kitâb al-Masâjid, Salât al-Musâfirîn. Ibn Mâja, Kitâb al-Tahâra (le gaspillage de l’eau). Mâlik, al-Muwatta’, Kitâb al-Salât (l’attestation de ’Umar). Ahmad, al-Musnad (les prières du Fossé). Abû Dâwûd et al-Nasâ’î, Kitâb al-Salât (hadith d’Ibn Abî Awfâ).
Ouvrage de référence de cette fiche : Corentin Pabiot, Précis de fiqh malikite à la lumière du Coran et de la tradition prophétique — chapitres de la pureté (petite ablution, grande ablution, ablution pulvérale, menstrues) et de la prière (temps, conditions, éléments constitutifs, actes recommandés, oubli, prière en voyage, réunion des prières).
Pour le rattrapage des prières : la leçon « Le rattrapage des prières » du cours de fiqh de ce site (leçon 22 de l’explication du Mukhtasar de Khalîl), qui s’appuie sur les commentaires d’al-Dardîr, al-Kharashî, al-Ajhûrî, Abû ’Abd Allâh al-Qawrî et Ibn al-’Arabî.
Ouvrages classiques. Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, al-Risâla. Ibn ’Abd al-Barr, al-Kâfî. Khalîl ibn Ishâq, al-Mukhtasar, avec ses commentaires. Ibn Juzayy, al-Qawânîn al-Fiqhiyya.