Zakat et sadaqa : l’aumône obligatoire et l’aumône libre

Vocabulaire des musulmans·En profondeur

الزَّكَاة · الصَّدَقَة

Az-zakât · as-sadaqa

Prononciation : az-za-kât · as-sa-da-qa

La purification et la croissance des biens ; le don qui prouve la sincérité

Racineز ك و (z-k-w)croître, se purifier ; de là tazkiya, la purification de l’âme
Racineص د ق (s-d-q)être véridique ; la sadaqa est ce qui prouve la vérité de la foi de celui qui donne
En bref

La zakât est le troisième pilier : une part fixe des biens, due chaque année aux pauvres et aux catégories fixées par le Coran. Son nom dit qu’elle purifie celui qui donne et fait croître ce qui reste. La sadaqa est tout don volontaire — et « un sourire est une sadaqa ».

La langue : purifier, faire croître, être vrai

La racine z-k-w réunit deux sens que le français sépare : purifier et faire croître. On dit d’une plante qu’elle zakâ quand elle pousse bien. La zakât purifie celui qui la donne de l’avarice et de l’attachement, et elle fait croître ce qu’il garde — par la bénédiction, non par l’arithmétique : « Ce que vous donnez en zakât, cherchant la face d’Allah, ceux-là voient leurs biens multipliés » (30, 39). Le même mot désigne la purification de l’âme, tazkiya : « A réussi celui qui la purifie » (91, 9).

Sadaqa vient de s-d-q, la véracité. L’aumône est ainsi nommée, disent les savants, parce qu’elle est la preuve (burhân) de la sincérité de celui qui donne : « L’aumône est une preuve » (Muslim). Celui qui prétend croire en l’au-delà et ne se sépare de rien pour lui se contredit ; celui qui donne a prouvé qu’il croit.

Dans le Coran

خُذْ مِنْ أَمْوَالِهِمْ صَدَقَةً تُطَهِّرُهُمْ وَتُزَكِّيهِم بِهَا وَصَلِّ عَلَيْهِمْ ۖ إِنَّ صَلَاتَكَ سَكَنٌ لَّهُمْ

Khudh min amwâlihim sadaqatan tutahhiruhum wa tuzakkîhim bihâ wa salli ’alayhim, inna salâtaka sakanun lahum.

« Prélève de leurs biens une aumône par laquelle tu les purifies et les fais croître, et prie pour eux : ta prière est un apaisement pour eux » (9, 103).

  • Elle est associée à la prière plus de vingt-cinq fois : « Accomplissez la prière et donnez la zakât » (2, 43, 2, 110…).
  • Ses bénéficiaires sont fixés par Allah Lui-même : « Les aumônes sont pour les pauvres, les nécessiteux, ceux qui y travaillent, ceux dont les cœurs sont à gagner, l’affranchissement des esclaves, les endettés, dans le sentier d’Allah et le voyageur » (9, 60).
  • L’image du grain : « Ceux qui dépensent leurs biens dans le sentier d’Allah ressemblent à un grain qui produit sept épis, à cent grains l’épi. Allah multiplie à qui Il veut » (2, 261).
  • La menace : « Ceux qui thésaurisent l’or et l’argent et ne les dépensent pas dans le sentier d’Allah, annonce-leur un châtiment douloureux » (9, 34).
  • Le secret vaut mieux : « Si vous donnez ouvertement, c’est bien ; si vous les cachez et les donnez aux pauvres, c’est mieux pour vous » (2, 271).

Dans la Sunna

  • La zakât est le troisième des cinq piliers (al-Bukhârî et Muslim). Quand des tribus refusèrent de la payer après la mort du Prophète ﷺ, Abû Bakr dit : « Par Allah, je combattrai quiconque sépare la prière de la zakât » (al-Bukhârî et Muslim).
  • « Celui à qui Allah donne des biens et qui n’en verse pas la zakât, ses biens lui apparaîtront au Jour de la Résurrection sous la forme d’un serpent chauve… qui lui dira : je suis ton bien, je suis ton trésor » (al-Bukhârî).
  • « Un sourire à ton frère est une aumône ; ordonner le bien et interdire le mal est une aumône ; guider un homme égaré est une aumône ; retirer du chemin la pierre, l’épine et l’os est une aumône » (al-Tirmidhî).
  • « L’aumône éteint la faute comme l’eau éteint le feu » (al-Tirmidhî). « L’aumône ne diminue pas les biens » (Muslim).
  • Parmi les sept à l’ombre d’Allah : « un homme qui fait une aumône et la cache, au point que sa main gauche ignore ce qu’a dépensé sa main droite » (al-Bukhârî et Muslim).
  • « La main qui donne vaut mieux que la main qui reçoit » (al-Bukhârî et Muslim). Et : « Sur chaque articulation de l’homme, chaque jour où le soleil se lève, une aumône est due » (al-Bukhârî et Muslim) — dont le musulman s’acquitte par deux unités de prière dans la matinée.

Ce qu’en disent les savants : les règles de la zakât

  • Elle est due sur l’or et l’argent — et donc sur l’argent liquide, les comptes, l’épargne — quand ils atteignent le seuil (nisâb) : 20 dinars d’or, soit environ 85 grammes, ou 200 dirhams d’argent, soit environ 595 grammes ; sur les marchandises destinées au commerce ; sur le bétail ; sur les récoltes et les fruits. Elle n’est pas due sur la maison où l’on vit, la voiture, les meubles, les outils de son travail.
  • Le taux : 2,5 % pour l’argent et les marchandises, après qu’une année lunaire s’est écoulée sur le seuil ; 10 % ou 5 % pour les récoltes, selon l’irrigation.
  • Elle va aux huit catégories du verset 9, 60, et l’on ne peut la donner à ceux qu’on est tenu d’entretenir — ses parents, ses enfants, son épouse — ni à la construction d’une mosquée selon la plupart.
  • La zakât al-fitr, due à la fin du Ramadan par chaque musulman pour lui-même et ceux dont il a la charge : un sâ’ de nourriture courante, un peu plus de deux kilos, versé avant la prière de l’Aïd.
  • La sadaqa, elle, n’a ni seuil ni taux : on donne ce que l’on veut, à qui l’on veut, quand on veut. La meilleure est celle que l’on fait « en bonne santé, en craignant la pauvreté et en espérant la richesse » (al-Bukhârî et Muslim), et celle qui court après la mort : « une aumône continue, une science utile, un enfant vertueux qui invoque pour lui » (Muslim).

Sources

Coran : 2, 43 ; 2, 261 ; 2, 271 ; 9, 34 ; 9, 60 ; 9, 103 ; 30, 39 ; 91, 9. Hadith : al-Bukhârî et Muslim (les piliers ; Abû Bakr ; les sept à l’ombre ; la main qui donne ; l’aumône des articulations ; l’aumône en bonne santé) ; al-Bukhârî (le serpent chauve) ; Muslim (« l’aumône est une preuve » ; ne diminue pas les biens ; l’aumône continue) ; al-Tirmidhî (le sourire ; l’eau et le feu). Langue : al-Râghib al-Isfahânî, al-Mufradât ; Ibn Manzûr, Lisân al-’Arab. Jurisprudence : Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, al-Risâla, chapitre de la zakât ; Ibn Rushd, Bidâyat al-mujtahid.