Shour et ftour : le repas d’avant l’aube et la rupture du jeûne

Vocabulaire des musulmans·En profondeur

السَّحُور · الإِفْطَار

As-sahûr · al-iftâr

Prononciation : as-sa-hoûr · al-if-târ

Le repas de la fin de la nuit ; la rupture du jeûne au coucher du soleil

Racineس ح ر (s-h-r)la dernière partie de la nuit, avant l’aube (sahar)
Racineف ط ر (f-t-r)fendre, ouvrir ; rompre le jeûne ; de la même racine, fitra, la nature première, et Fâtir, le Créateur
En bref

Deux repas encadrent le jour de jeûne, et tous deux sont des sunnas : manger avant l’aube, parce qu’il y a là une bénédiction et que cela distingue le jeûne des musulmans de celui des gens du Livre ; rompre dès le coucher du soleil, sans attendre, avec une datte ou de l’eau.

La langue : la fin de la nuit, et l’ouverture

Sahûr vient de sahar, la dernière partie de la nuit, celle qui précède l’aube ; c’est aussi l’heure des « demandeurs de pardon » (51, 18). Le sahûr est le repas que l’on prend à cette heure. En darija, on dit « shour ».

Iftâr vient de f-t-r, fendre, ouvrir : rompre le jeûne, c’est « ouvrir » la journée d’abstinence. De la même racine viennent fitra, la nature première de l’homme, Fâtir, Celui qui fend le néant pour créer, et ’Îd al-Fitr, la fête de la rupture. En darija, « ftour » désigne aussi bien le repas du soir en Ramadan que le petit-déjeuner le reste de l’année.

Dans la Sunna : le sahûr

  • « Prenez le sahûr, car il y a dans le sahûr une bénédiction » (al-Bukhârî et Muslim, d’après Anas).
  • « La différence entre notre jeûne et le jeûne des gens du Livre est le repas du sahûr » (Muslim).
  • « Le sahûr est un repas béni : ne le délaissez pas, ne serait-ce qu’en buvant une gorgée d’eau, car Allah et Ses anges prient sur ceux qui prennent le sahûr » (Ahmad).
  • « Quelle excellente nourriture pour le croyant que les dattes au sahûr » (Abû Dâwûd).
  • Il est sunna de le retarder : Zayd ibn Thâbit prit le sahûr avec le Prophète ﷺ, puis ils se levèrent pour la prière ; on lui demanda combien de temps s’était écoulé : « Le temps de réciter cinquante versets » (al-Bukhârî et Muslim).
  • On mange jusqu’à ce que l’aube soit certaine : « Mangez et buvez jusqu’à ce que se distingue pour vous le fil blanc du fil noir de l’aube » (2, 187) — c’est-à-dire la blancheur du jour et la noirceur de la nuit, comme le Prophète ﷺ l’expliqua à ’Adî ibn Hâtim, qui avait mis deux fils sous son oreiller (al-Bukhârî et Muslim).

Dans la Sunna : l’iftâr

  • « Les gens resteront dans le bien tant qu’ils se hâteront de rompre le jeûne » (al-Bukhârî et Muslim). Dès que le soleil est couché, on rompt : le retard par excès de scrupule est contraire à la Sunna.
  • Le Prophète ﷺ rompait avec des dattes fraîches avant de prier ; à défaut, des dattes sèches ; à défaut, quelques gorgées d’eau (Abû Dâwûd, al-Tirmidhî).
  • Il disait en rompant : « La soif s’en est allée, les veines se sont humectées, et la récompense est acquise, si Allah le veut » — dhahaba-z-zama’u wa-btallati-l-’urûqu wa thabata-l-ajru in shâ’a-Llâh (Abû Dâwûd).
  • « Le jeûneur a, au moment de la rupture, une invocation qui n’est pas rejetée » (Ibn Mâja).
  • « Celui qui donne à manger à un jeûneur pour sa rupture a la même récompense que lui, sans que la récompense du jeûneur en soit diminuée » (al-Tirmidhî). D’où les tables ouvertes du Ramadan, dans les mosquées et les maisons.
  • On rompt avant la prière du coucher du soleil, et non après, pour que le cœur soit tranquille pendant la prière.

Ce qu’en disent les savants

Les juristes rappellent que le sahûr est une sunna et non une obligation : celui qui dort sans manger jeûne validement. Ils insistent sur deux choses. D’une part, l’intention se prend au sahûr ou avant : « Point de jeûne pour celui qui n’a pas formé l’intention avant l’aube » (Abû Dâwûd, al-Tirmidhî) — pour le jeûne obligatoire. D’autre part, la mesure : le ftour n’est pas un festin qui annule le sens du jour. Le Prophète ﷺ rompait avec trois dattes ; les tables qui croulent sous les plats et les nuits de gavage sont l’inverse de ce que le jeûne enseigne.

Ils relèvent enfin la sagesse des deux hadiths sur le temps : retarder le sahûr et hâter l’iftâr, c’est jeûner exactement le temps prescrit, sans rien ajouter par zèle ni retrancher par faiblesse — l’équilibre même de la Sunna.

Sources

Coran : 2, 187 ; 51, 18. Hadith : al-Bukhârî et Muslim (la bénédiction du sahûr ; Zayd ibn Thâbit ; le fil blanc et le fil noir ; hâter la rupture) ; Muslim (la différence avec les gens du Livre) ; Ahmad (Allah et Ses anges prient sur eux) ; Abû Dâwûd et al-Tirmidhî (les dattes ; l’invocation de la rupture ; l’intention avant l’aube) ; Ibn Mâja (l’invocation du jeûneur) ; al-Tirmidhî (nourrir un jeûneur). Jurisprudence : Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, al-Risâla ; Corentin Pabiot, Précis de fiqh malikite, chapitre du jeûne.