Sawm et Ramadan : le jeûne et son mois

Vocabulaire des musulmans·En profondeur

الصَّوْم · رَمَضَان

As-sawm · Ramadân

Prononciation : as-sawm · ra-ma-dân

S’abstenir ; le neuvième mois, celui du jeûne

Racineص و م (s-w-m)s’abstenir, se retenir — de manger, de parler, de bouger ; Marie voue un « jeûne » de parole (19, 26)
Racineر م ض (r-m-d)la chaleur brûlante ; ramdâ’, le sol chauffé par le soleil
En bref

Quatrième pilier de l’islam, le jeûne du Ramadan est le seul acte dont Allah dit : « il est à Moi, et c’est Moi qui le récompense ». Un mois par an, la communauté entière s’abstient de l’aube au coucher du soleil — et découvre que le corps obéit à autre chose que ses envies.

La langue : se retenir, et la chaleur qui brûle

Sawm, ou siyâm, signifie d’abord s’abstenir de toute chose. Marie dit : « J’ai voué un jeûne (sawm) au Tout Miséricordieux : je ne parlerai à personne aujourd’hui » (19, 26). Le cheval qui refuse d’avancer est dit sâ’im. La Loi a fait du mot l’abstention de manger, de boire et de relations intimes, de l’aube au coucher du soleil, avec l’intention d’adorer Allah.

Ramadân vient de la racine r-m-d, la chaleur brûlante. Les Arabes nommèrent leurs mois selon les saisons de l’année où ils tombaient quand les noms furent fixés, et celui-ci tombait dans la canicule. Les savants y ont vu une image : le mois où les péchés sont brûlés. C’est le neuvième mois du calendrier lunaire ; le seul que le Coran nomme.

Dans le Coran

شَهْرُ رَمَضَانَ الَّذِي أُنزِلَ فِيهِ الْقُرْآنُ هُدًى لِّلنَّاسِ وَبَيِّنَاتٍ مِّنَ الْهُدَىٰ وَالْفُرْقَانِ ۚ فَمَن شَهِدَ مِنكُمُ الشَّهْرَ فَلْيَصُمْهُ

Shahru Ramadâna-l-ladhî unzila fîhi-l-Qur’ânu hudan li-n-nâsi wa bayyinâtin mina-l-hudâ wa-l-furqân, fa-man shahida minkumu-sh-shahra fa-l-yasumh.

« Le mois de Ramadan, au cours duquel le Coran fut descendu, guide pour les gens, preuves claires de la guidée et du discernement : quiconque d’entre vous est présent en ce mois, qu’il le jeûne » (2, 185).

  • L’obligation, et son but : « Ô vous qui croyez, le jeûne vous a été prescrit comme il l’a été à ceux d’avant vous, afin que vous atteigniez la piété » (2, 183).
  • La facilité : « Celui d’entre vous qui est malade ou en voyage jeûnera un nombre égal d’autres jours. Allah veut pour vous la facilité, Il ne veut pas pour vous la difficulté » (2, 185).
  • La Nuit du Destin, dans ce mois : « meilleure que mille mois » (97, 3).

Dans la Sunna : ses mérites

  • Allah dit : « Toute œuvre du fils d’Adam est pour lui, sauf le jeûne : il est à Moi, et c’est Moi qui le récompense. » Et le Prophète ﷺ ajoute : « Le jeûne est un bouclier. Le jeûneur a deux joies : une joie à la rupture, et une joie quand il rencontrera son Seigneur. Et l’haleine du jeûneur est plus agréable à Allah que l’odeur du musc » (al-Bukhârî et Muslim).
  • « Celui qui jeûne le Ramadan avec foi et en espérant la récompense, ses péchés passés lui sont pardonnés » (al-Bukhârî et Muslim).
  • « Au Paradis, il est une porte appelée ar-Rayyân, par laquelle entreront les jeûneurs au Jour de la Résurrection, et personne d’autre » (al-Bukhârî et Muslim).
  • « Quand vient le Ramadan, les portes du Paradis sont ouvertes, les portes du Feu fermées, et les diables enchaînés » (al-Bukhârî et Muslim).
  • « Celui qui n’abandonne pas la parole mensongère et l’action selon elle, Allah n’a nul besoin qu’il laisse sa nourriture et sa boisson » (al-Bukhârî). Le jeûne des membres — la langue, les yeux — fait partie du jeûne.
  • « Si l’on insulte ou querelle l’un de vous alors qu’il jeûne, qu’il dise : je jeûne » (al-Bukhârî et Muslim).

Ce qu’en disent les savants

  • Le jeûne du Ramadan est obligatoire pour tout musulman pubère, sain d’esprit, capable, résident, et pour la femme hors de ses règles et de ses lochies. L’intention se forme la nuit ; une seule intention pour tout le mois suffit selon Mâlik, une par jour selon d’autres.
  • Il est rompu par ce qui entre volontairement dans le corps par une voie naturelle, par les relations intimes, par le vomissement provoqué ; il ne l’est pas par l’oubli — « c’est Allah qui l’a nourri et abreuvé » (al-Bukhârî et Muslim) —, ni par le goûter sans avaler, ni par le bain, ni par la prise de sang selon la plupart.
  • Le malade, le voyageur, la femme enceinte ou qui allaite qui craignent pour elles ou l’enfant rompent et rattrapent ; le vieillard et le malade sans espoir de guérison nourrissent un pauvre par jour.
  • Le rapport intime de jour, en Ramadan, exige une expiation : affranchir un esclave, sinon jeûner deux mois consécutifs, sinon nourrir soixante pauvres (al-Bukhârî et Muslim).
  • Le mois se termine par la zakât al-fitr et la prière de l’Aïd ; il est recommandé de le prolonger de six jours de Shawwâl : « c’est comme jeûner toute l’année » (Muslim).

Ibn al-Qayyim écrit que le jeûne a une action étonnante sur la préservation des membres et des forces intérieures : il retient l’âme de ce qui la corrompt, et il est « la bride des pieux, le bouclier des combattants, l’exercice des vertueux » (Zâd al-ma’âd).

Sources

Coran : 2, 183-187 ; 19, 26 ; 97, 1-5. Hadith : al-Bukhârî et Muslim (« il est à Moi » ; le pardon des péchés ; ar-Rayyân ; les portes et les diables ; « je jeûne » ; l’oubli ; l’expiation) ; al-Bukhârî (la parole mensongère) ; Muslim (les six jours de Shawwâl). Langue : Ibn Manzûr, Lisân al-’Arab, racines s-w-m et r-m-d ; al-Qurtubî sur 2, 185. Jurisprudence : Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, al-Risâla ; Corentin Pabiot, Précis de fiqh malikite, chapitre du jeûne ; Ibn al-Qayyim, Zâd al-ma’âd.