Pendant les règles et les saignements qui suivent l’accouchement, la femme ne prie pas, ne jeûne pas, ne fait pas le tour de la Ka’ba et n’a pas de rapport intime ; elle ne rattrape pas les prières, mais rattrape les jours de jeûne. Les règles durent au plus quinze jours ; au-delà, c’est un saignement de maladie, et elle reprend prière et jeûne. Elles prennent fin quand la protection ressort sèche ou qu’apparaît la perte blanche : elle fait alors le grand lavage et prie la prière du moment.
Pour les ablutions, on retire le voile : on passe les mains mouillées sur toute la tête, jusqu’au bout des cheveux longs, sans défaire les tresses. Au grand lavage, l’eau doit atteindre la peau du crâne. Le vernis se retire ; le henné ne gêne pas.
À lire aussi
- Comment prier quand on débute ? — les ablutions, le grand lavage et la prière pas à pas.
- Les petites ablutions, en vidéo.
- La purification en détail — ablutions, grand lavage, ablution sèche, menstrues.
- 1Trois sangs à distinguer
- 2Ce qui compte comme des règles
- 3Reconnaître la fin des règles
- 4Les règles et les heures de prière
- 5Pendant les règles : ce qui est interdit, ce qui est permis
- 6Le jeûne et les règles
- 7Les saignements de maladie (métrorragies)
- 8Après l’accouchement (lochies)
- 9Le grand lavage de fin de règles
- 10Les ablutions avec le voile et les cheveux longs
- 11Vernis, maquillage, henné
- 12La tenue pour prier
- 13Pertes blanches et écoulements continus
- 14D’autres questions qu’on pose souvent
- 15Sources
Trois sangs à distinguer
Le Coran évoque les règles dès l’histoire de Sara, l’épouse d’Abraham : « Sa femme était debout, et son cycle arriva ; Nous lui annonçâmes alors Isaac, et après Isaac, Jacob » (11, 71). Et Allah dit : « Ils t’interrogent sur les menstrues. Dis : c’est un désagrément. Tenez-vous donc à l’écart des femmes pendant les menstrues, et ne les approchez que lorsqu’elles sont purifiées » (2, 222). Quand ’Âisha pleura d’avoir ses règles pendant le pèlerinage, le Prophète ﷺ lui dit : « C’est une chose qu’Allah a prescrite aux filles d’Adam » (al-Bukhârî ; Muslim). Les règles ne sont ni une souillure de la personne ni une punition : ’Âisha buvait dans un récipient et le Prophète ﷺ posait sa bouche à l’endroit où elle avait posé la sienne (Muslim).
Toute la jurisprudence de ce chapitre repose sur la distinction de trois écoulements :
- Les règles (hayd) : le sang, ou les pertes jaunâtres ou brunâtres, qui sortent naturellement chez la femme en âge d’avoir ses règles, sans maladie ni accouchement.
- Les lochies (nifâs) : le sang qui sort pendant ou après l’accouchement.
- Les métrorragies (istihâda) : le sang de maladie, qui sort en dehors des règles et des lochies, ou qui continue au-delà de leur durée maximale.
Les deux premiers empêchent la prière et le jeûne. Le troisième ne les empêche pas : la femme qui en souffre prie, jeûne et vit normalement. Tout l’enjeu est donc de savoir quand s’arrêtent les règles et quand commence le sang de maladie.
Ce qui compte comme des règles
- Le sang, quelle que soit sa quantité : une seule goutte, même un instant, compte comme des règles : le jeûne du jour est annulé, et le grand lavage devient obligatoire quand elle s’arrête. Il n’y a pas de durée minimale (pour le délai de viduité après un divorce, en revanche, il faut que le saignement dure au moins une partie de la journée).
- Les pertes jaunâtres ou brunâtres (sufra et kudra) comptent aussi comme des règles, même en dehors du cycle habituel (al-Mudawwana). Certains savants, comme Ibn al-Mâjishûn, ne les comptent que lorsqu’elles sont reliées aux règles — juste avant, pendant ou juste après —, en s’appuyant sur la parole d’Umm ’Atiyya : « Nous ne tenions pas compte des pertes brunâtres et jaunâtres après la purification » (al-Bukhârî, 326).
- L’âge : avant neuf ans, ou après soixante-dix ans, un saignement n’est pas des règles. Entre neuf et treize ans, et entre cinquante et soixante-dix ans, on demande l’avis d’une femme expérimentée ou d’une gynécologue, car ce sont des âges de transition.
- Un saignement provoqué par un médicament (pilule, stérilet, traitement hormonal) en dehors de la période habituelle des règles n’est pas considéré comme des règles.
La durée maximale
| Situation | Durée maximale des règles | Au-delà |
|---|---|---|
| Premières règles de sa vie | 15 jours | Saignement de maladie : on se lave, on prie, on jeûne |
| Femme qui a déjà eu ses règles | Sa durée habituelle + 3 jours d’attente, sans dépasser 15 jours | Saignement de maladie |
| Enceinte, à partir du 3e mois (cas rare) | 20 jours | Sang de maladie |
| Enceinte, à partir du 6e mois (cas rare) | 30 jours | Sang de maladie |
L’attente de trois jours (istizhâr) : une femme dont les règles durent d’habitude sept jours et qui saigne encore le huitième attend jusqu’à trois jours de plus. Si le sang s’arrête pendant ces trois jours, c’étaient des règles. S’il continue au-delà du dixième jour, elle fait le grand lavage, prie et jeûne : ce qui coule encore est un saignement de maladie. La durée habituelle se fixe dès le premier cycle : on se réfère toujours au dernier.
Entre deux règles : quinze jours au moins
La période de pureté entre deux règles dure au moins quinze jours, et n’a pas de maximum. Un sang qui revient moins de quinze jours après la fin des règles n’est donc pas un nouveau cycle : soit il s’ajoute au cycle précédent (voir ci-dessous), soit, si celui-ci avait déjà atteint quinze jours, c’est un saignement de maladie.
Quand le sang s’arrête et reprend
Beaucoup de femmes ont des règles entrecoupées : un jour de sang, un jour sec, puis de nouveau du sang. Dans ce cas, on additionne les jours de sang (talfîq), et l’on reste en règles tant que ce total ne dépasse pas la durée habituelle, plus les trois jours d’attente, sans dépasser quinze jours. Les jours secs, elle fait le grand lavage, prie et jeûne — et son mari peut l’approcher. Si l’arrêt dure quinze jours complets, c’est une vraie période de pureté, et le sang suivant est un nouveau cycle.
Concrètement : si le sang s’arrête et qu’elle ne pense pas qu’il reviendra avant la prière suivante, elle fait son grand lavage et prie la prière du moment, sans attendre de voir si le cycle est vraiment fini.
Reconnaître la fin des règles
Deux signes marquent la fin des règles :
- La sécheresse (jufûf) : un coton ou une protection blanche, passée à l’intérieur, ressort sans aucune trace de sang ni de pertes colorées.
- La perte blanche (al-qassa al-baydâ’) : un liquide blanchâtre qui sort à la fin des règles. C’est le signe le plus sûr. Les femmes envoyaient à ’Âisha des cotons encore jaunâtres, et elle leur répondait : « Ne vous hâtez pas avant de voir la perte blanche » (al-Muwatta’).
La femme qui voit habituellement la perte blanche et qui constate seulement la sécheresse attend la perte blanche, tant que cela ne lui fait pas dépasser le temps normal de la prière ; ensuite, elle se lave et prie. Celle qui a l’habitude de la sécheresse, ou qui a ses premières règles, se considère pure dès qu’elle voit l’un ou l’autre signe.
Faut-il vérifier la nuit ?
Non. On vérifie au moment de chaque prière, pas en pleine nuit. La fille de Zayd ibn Thâbit, apprenant que des femmes se faisaient apporter des lampes au milieu de la nuit pour vérifier la fin de leurs règles, les en blâma : « Les femmes (des Compagnons) ne faisaient pas cela » (al-Bukhârî). Si l’on doute que les règles se soient arrêtées avant l’aube, on n’a pas à rattraper les prières de la nuit.
Les règles et les heures de prière
Quand les règles s’arrêtent
Dès que les règles s’arrêtent, la femme fait son grand lavage sans tarder et prie la prière du moment. Si la fin survient tard dans la journée ou la nuit, elle prie aussi la prière qui partage son temps :
- Après l’heure de ’asr, avant le coucher du soleil : si après son lavage il lui reste le temps de prier cinq unités, elle prie midi et après-midi ; s’il ne reste le temps que d’une à quatre unités, elle ne prie que l’après-midi.
- Pendant la nuit, avant l’aube : s’il lui reste le temps de quatre unités après son lavage, elle prie le coucher du soleil et la nuit ; s’il reste moins, elle ne prie que la prière de la nuit.
- Avant le lever du soleil : s’il lui reste le temps d’une unité, elle prie l’aube.
Ibn ’Abbâs disait : « Si la femme en règles se purifie après le ’asr, elle prie midi et ’asr ; et si elle se purifie après le ’ishâ’, elle prie le maghrib et le ’ishâ’ » (al-Dârimî).
Quand les règles arrivent
Si les règles arrivent alors que l’heure d’une prière est entrée mais qu’elle ne l’a pas encore faite, et qu’il restait encore du temps pour cette prière, elle ne la rattrape pas : la prière tombe. Par exemple, des règles qui commencent en fin d’après-midi, alors qu’il restait le temps de cinq unités avant le coucher du soleil, dispensent de midi et de l’après-midi.
Pendant les règles : ce qui est interdit, ce qui est permis
Ce qui est interdit
- La prière, avec les prosternations de récitation et de remerciement — et on ne la rattrape pas. Mu’âdha demanda à ’Âisha pourquoi la femme en règles rattrape le jeûne et non la prière ; elle répondit : « Cela nous arrivait au temps du Prophète ﷺ, et l’on nous ordonnait de rattraper le jeûne, non la prière » (al-Bukhârî, 321 ; Muslim, 335). La sagesse en est claire : le jeûne obligatoire ne dure que quelques jours par an, tandis que la prière revient cinq fois par jour ; la rattraper chaque mois serait une lourde charge, et Allah l’a allégée.
- Le jeûne — qu’on rattrape ensuite.
- Le tour de la Ka’ba : « Fais tout ce que fait le pèlerin, sauf le tour de la Maison, jusqu’à ce que tu te sois purifiée » (al-Bukhârî).
- Toucher un exemplaire du Coran en arabe, sauf pour l’apprendre ou l’enseigner (une élève, une enseignante peut donc manier son Coran).
- Entrer dans une mosquée, même pour la traverser, sauf nécessité (danger, peur pour soi ou ses biens) : « Je ne rends pas la mosquée permise à une femme en règles ni à une personne en état d’impureté majeure » (Abû Dâwûd, 232).
- Les rapports intimes, et tout contact de plaisir entre le nombril et les genoux, même par-dessus un tissu. ’Âisha rapporte que le Prophète ﷺ lui demandait de mettre un pagne, puis se rapprochait d’elle pendant ses règles (al-Bukhârî). Cet interdit dure jusqu’au grand lavage, et non jusqu’au seul arrêt du sang ; l’ablution sèche ne suffit pas à lever cet interdit, sauf nécessité absolue et crainte d’un préjudice grave.
- La retraite spirituelle à la mosquée (i’tikâf).
- Pour le mari, prononcer le divorce pendant les règles : c’est un péché, même si le divorce est effectif. Cela ne concerne pas le divorce d’un mariage non consommé ni celui d’une femme enceinte.
Ce qui est permis
- Réciter le Coran tant que le sang coule — même si elle était aussi en état d’impureté majeure pour une autre cause, puisque le grand lavage ne lèverait rien tant que le sang coule. Mais une fois le sang arrêté et avant le grand lavage, elle ne le récite plus : il ne tient qu’à elle de se laver.
- Invoquer Allah, faire ses évocations du matin et du soir, demander pardon, écouter le Coran, lire des livres de science religieuse et des traductions du Coran.
- Embrasser son mari, dormir près de lui, cuisiner, préparer le repas de rupture du jeûne, toucher toute chose : sa personne n’est pas impure.
- Accomplir tous les rites du pèlerinage, sauf le tour de la Ka’ba.
- Se couper les ongles ou les cheveux : aucun texte ne l’interdit pendant les règles.
Le jeûne et les règles
- Les règles qui arrivent pendant la journée, même peu avant le coucher du soleil, annulent le jeûne de ce jour, qu’elle rattrapera.
- Si les règles s’arrêtent avant l’aube, même un instant, elle doit jeûner ce jour-là, même si elle n’a pas encore fait son grand lavage : elle peut le retarder jusque vers l’aube, puis se laver pour prier.
- Si elle n’est pas sûre que les règles se soient arrêtées avant l’aube, elle jeûne par précaution et rattrape ce jour.
- Les jours de Ramadan manqués se rattrapent avant le Ramadan suivant.
- Les jours de jeûne votif qu’elle s’était fixés et qui tombent pendant ses règles ne se rattrapent pas.
Prendre un médicament pour retarder ses règles
L’imâm Mâlik, interrogé sur la femme qui prend un remède pour retarder ses règles, ne l’approuvait pas, par crainte du mal qu’elle pourrait se faire (Ibn Rushd al-Jadd, al-Bayân wa-l-tahsîl). Mieux vaut donc accepter ce qu’Allah a prescrit aux filles d’Adam. Si elle le fait malgré tout et ne saigne pas, elle est en état de pureté : sa prière et son jeûne sont valables.
Les saignements de maladie (métrorragies)
Fâtima bint Abî Hubaysh dit au Prophète ﷺ : « Je saigne sans cesse et ne suis jamais pure : dois-je laisser la prière ? » Il répondit : « Non, c’est le sang d’une veine, ce ne sont pas des règles. Quand tes règles viennent, laisse la prière ; quand elles s’en vont, lave-toi du sang et prie » (al-Bukhârî ; Muslim).
- La femme en métrorragie prie, jeûne, fait le tour de la Ka’ba, entre à la mosquée, et son mari peut l’approcher : elle est en état de pureté.
- Ce sang continu n’annule pas ses ablutions ; il lui est recommandé de refaire ses ablutions pour chaque prière, de se laver et de mettre une protection.
- Quand le saignement de maladie cesse, il lui est recommandé de faire un grand lavage.
Reconnaître ses vraies règles au milieu du saignement
Si le saignement dure depuis au moins quinze jours et qu’elle sait distinguer le sang de ses règles — plus foncé, plus épais, d’odeur particulière, accompagné de ses douleurs habituelles —, elle considère ce sang-là comme ses règles, dans la limite de sa durée habituelle plus trois jours d’attente, sans dépasser quinze. La quantité de sang n’est pas un critère.
Chaque mois, sa nouvelle durée devient son habitude. Par exemple : un mois, ses règles ont duré 7 jours, plus 3 jours d’attente, soit 10 ; le mois suivant, son habitude est de 10 jours, et elle peut encore attendre jusqu’à 13 ; le mois d’après, 13 jours, et elle ne peut plus ajouter que 2 jours, car elle ne peut pas dépasser quinze. Au-delà, c’est un saignement de maladie, et elle reprend ses adorations.
Si le sang n’a pas l’apparence des règles (couleur, odeur, épaisseur), elle s’en tient à ses jours habituels, sans ajouter de jours d’attente : « Laisse la prière pendant les jours où tu avais tes règles, puis lave-toi et prie » (al-Bukhârî, 325, d’après ’Âisha, au sujet de Fâtima bint Abî Hubaysh).
Après l’accouchement (lochies)
- Aucune durée minimale : si le sang s’arrête au bout d’un jour, ou d’une semaine, elle fait son grand lavage, prie et jeûne. Elle n’attend pas quarante jours.
- Soixante jours au plus. Au-delà, c’est un saignement de maladie.
- Le sang qui sort avant l’accouchement compte comme des règles, non comme des lochies. En cas de jumeaux, les lochies commencent dès le premier.
- Si le sang s’interrompt moins de quinze jours puis reprend, on additionne les jours de sang jusqu’à soixante ; pendant les jours secs, elle se lave et prie. Si l’arrêt dure quinze jours, les lochies sont terminées et le sang suivant est un cycle de règles.
- Les interdits sont les mêmes que pendant les règles ; son mari peut l’approcher dès qu’elle a fait son grand lavage.
Le hadith d’Umm Salama, selon lequel les femmes restaient quarante jours au temps du Prophète ﷺ (Abû Dâwûd), décrit ce qui arrivait le plus souvent ; il ne fixe ni une durée obligatoire, ni une limite.
Le grand lavage de fin de règles
Il se fait exactement comme le grand lavage après un rapport intime (voir la fiche « Comment prier quand on débute ? »), avec l’intention de se purifier des règles. Si elle était aussi en état d’impureté pour une autre cause, un seul lavage suffit pour les deux.
Avec beaucoup de cheveux
- L’eau doit atteindre la peau du crâne et les racines. On verse l’eau sur la tête, on frotte bien avec les doigts pour la faire pénétrer, et l’on lave la tête trois fois.
- On ne défait pas ses tresses si l’eau atteint la peau ; si des tresses très serrées l’en empêchent, on les desserre. Umm Salama demanda : « Je tresse mes cheveux serré ; dois-je les défaire pour le grand lavage ? » Le Prophète ﷺ répondit : « Non, il te suffit de verser trois poignées d’eau sur ta tête » (Muslim).
- Les longs cheveux qui pendent se lavent aussi : on les prend par mèches pour y faire passer l’eau, sans les dénatter.
- À Asmâ’, qui l’interrogeait sur le lavage des règles, il dit : « Elle verse de l’eau sur sa tête et la frotte énergiquement jusqu’à ce que l’eau atteigne la racine des cheveux » (Muslim).
Une sunna oubliée
À une femme qui l’interrogeait sur ce lavage, le Prophète ﷺ dit : « Prends un morceau de coton parfumé de musc et purifie-toi avec » ; ’Âisha lui expliqua qu’il fallait le passer sur les traces du sang (al-Bukhârî ; Muslim). Un coton légèrement parfumé, passé après le lavage, perpétue ce geste.
Les ablutions avec le voile et les cheveux longs
Faut-il retirer le voile ?
Oui. Passer les mains mouillées sur toute la tête fait partie de ce qui est indispensable dans les ablutions, et cela se fait sur les cheveux, pas sur le tissu. Nâfi’ rapporte avoir vu Safiyya bint Abî ’Ubayd, l’épouse d’Ibn ’Umar, retirer son voile pendant ses ablutions et passer l’eau sur sa tête ; et l’imâm Mâlik dit : « L’homme et la femme ne doivent pas passer les mains sur un turban ni sur un voile ; qu’ils les passent sur leur tête » (al-Muwatta’).
La seule exception est la nécessité réelle : si retirer le voile ou le bandeau cause un mal (blessure, soin, maladie du cuir chevelu), on passe les mains mouillées sur ce qu’on peut de la tête et sur le reste par-dessus le tissu, comme on le fait sur un pansement. La simple gêne ne suffit pas.
Comment faire avec des cheveux longs ou épais
- On passe les mains mouillées de la naissance des cheveux jusqu’à la nuque, puis on revient vers l’avant ; les tempes et les cheveux qui y tombent font partie de la tête.
- Avec des cheveux longs, on passe les mains jusqu’au bout des cheveux, dans un mouvement d’aller-retour.
- Les cheveux noués ou tressés n’ont pas à être défaits, sauf si les tresses sont si nombreuses qu’elles empêchent le passage des mains sur la tête.
- Pas besoin de mouiller les cheveux jusqu’à la racine pour les petites ablutions : c’est un passage des mains mouillées, non un lavage. Cela ne vaut que pour le grand lavage.
Au travail, en voyage, dans un lieu public
- Le plus simple est de faire ses ablutions chez soi avant de sortir et de les garder : on peut prier plusieurs prières avec les mêmes ablutions.
- Sinon, on cherche un lieu discret — un vestiaire, une salle d’eau fermée, une cabine — pour retirer le voile le temps de passer les mains sur la tête.
- Les chaussettes ordinaires ne se frottent pas à la place des pieds ; seules des chaussettes de cuir cousues (khuff), enfilées après des ablutions complètes, le permettent, pour la femme comme pour l’homme.
Vernis, maquillage, henné
- Le vernis à ongles, la colle, la cire, la peinture forment une couche qui empêche l’eau d’atteindre la peau : les ablutions et le grand lavage ne sont pas valables tant qu’ils ne sont pas retirés. Même chose pour les faux ongles et la colle des faux cils.
- Le henné, la teinture des cheveux et tout ce qui colore la peau sans former de couche ne gênent pas.
- Le maquillage : ce qui forme une pellicule sur le visage (fond de teint épais, crème couvrante) est retiré avant les ablutions ; ce qui pénètre la peau ou ne fait que colorer (khôl, crème absorbée) ne gêne pas.
- Les bijoux : une bague n’a pas besoin d’être retirée pour les ablutions à l’eau ; il faut en revanche l’enlever pour l’ablution sèche (tayammum).
La tenue pour prier
Pour la prière, la femme couvre tout son corps sauf le visage et les mains, avec un vêtement opaque, qui ne laisse pas voir la couleur de la peau, et ample, qui ne moule pas. Umm Salama demanda au Prophète ﷺ si une femme pouvait prier avec un voile et une robe sans rien dessous ; il répondit : « Oui, si la robe est ample et couvre le dessus des pieds » (Abû Dâwûd).
- Si le ventre, le dos ou le haut des jambes jusqu’aux genoux étaient découverts, la prière est nulle : on la refait, même après son heure.
- Si ce sont les cheveux, le cou, les avant-bras ou le dessus des pieds qui apparaissaient, la prière est à refaire tant que son heure n’est pas passée.
- La plante des pieds découverte n’oblige pas à refaire la prière.
- Un vêtement qui laisse voir la peau au premier regard annule la prière ; un vêtement moulant la rend imparfaite, à refaire dans son heure.
Pertes blanches et écoulements continus
- Les pertes qui sortent par la voie naturelle de façon occasionnelle annulent les ablutions, et l’on en nettoie la trace avant de prier.
- Si elles sont continues — présentes la plus grande partie du temps —, elles n’annulent plus les ablutions : c’est la règle de l’écoulement permanent, qui vaut aussi pour les fuites urinaires. Il est alors recommandé de refaire ses ablutions pour chaque prière.
- Les pertes blanchâtres de la femme enceinte peu avant l’accouchement annulent les ablutions.
- La perte blanche qui marque la fin des règles, elle, est le signe de la pureté (voir plus haut).
D’autres questions qu’on pose souvent
J’ai vu une trace brune un jour avant la date de mes règles. Dois-je arrêter de prier ? Oui : les pertes brunâtres comptent comme des règles. Si elles s’arrêtent sans que les règles suivent, elle se lave et reprend la prière, et ce jour compte dans le total de son cycle.
Mes règles se sont arrêtées au cinquième jour au lieu du septième. Dois-je attendre ? Non. Dès que l’un des deux signes de pureté apparaît, elle se lave et prie, même avant sa durée habituelle. Si le sang revient avant quinze jours, elle reprend son état de règles et additionne les jours.
J’ai fait mon grand lavage, puis j’ai revu du sang le lendemain. Elle se remet en règles et additionne ce jour à ceux d’avant ; les prières faites entre-temps étaient valables. Elle recommence le lavage quand le sang s’arrête.
Je saigne sous pilule ou avec un stérilet. Un saignement provoqué par un médicament en dehors de la période des règles n’est pas des règles : elle prie et jeûne. En cas de doute sur la nature du sang, elle demande à une femme instruite ou à un savant.
Puis-je lire le Coran sur mon téléphone pendant mes règles ? Elle peut réciter et lire tant que le sang coule. Un téléphone n’est pas un exemplaire du Coran ; il ne faut pas pour autant manquer de respect à la parole d’Allah qui s’y affiche.
Puis-je assister à un cours dans la salle de prière de la mosquée ? Non, pas pendant les règles, sauf nécessité. Elle peut suivre le cours depuis une salle annexe qui n’est pas la salle de prière, ou à distance.
Mon mari et moi avons eu un rapport alors que les règles venaient de s’arrêter, avant mon lavage. C’est une faute dont on se repent ; les rapports sont permis après le grand lavage, pas avant. Ils ne se rattrapent ni ne s’expient autrement que par le repentir.
Je ne sais jamais combien durent mes règles, elles changent tout le temps. On se réfère toujours au dernier cycle. Noter chaque mois les dates de début et de fin, et la couleur des pertes, sur un carnet ou une application, évite presque toutes les hésitations.
Puis-je prier la nuit du Destin (Laylat al-Qadr) si j’ai mes règles ? Elle ne prie pas, mais elle peut passer la nuit à invoquer, à évoquer Allah, à réciter par cœur et à demander pardon. La récompense de l’intention sincère ne lui est pas fermée.
Sources
Coran : 2, 222 ; 11, 71.
Hadith. Al-Bukhârî et Muslim : les règles prescrites aux filles d’Adam ; Fâtima bint Abî Hubaysh ; le rattrapage du jeûne et non de la prière ; le pagne ; le coton parfumé. Al-Bukhârî : le pèlerinage de ’Âisha ; la fille de Zayd ibn Thâbit ; Umm ’Atiyya (326) ; « laisse la prière pendant tes jours » (325) ; Mu’âdha (321, et Muslim 335) ; le pagne (300). Muslim : le récipient partagé ; Umm Salama et ses tresses ; Asmâ’. Mâlik, al-Muwatta’ : la perte blanche ; Safiyya et le voile. Abû Dâwûd : la robe et le voile ; Umm Salama et les quarante jours (311) ; l’interdiction de la mosquée (232). Al-Dârimî : la parole d’Ibn ’Abbâs (894).
Ouvrage de référence : Corentin Pabiot, Précis de fiqh malikite à la lumière du Coran et de la tradition prophétique — chapitres des menstrues, lochies et métrorragies, de la petite et de la grande ablution, de la madéfaction, des temps de la prière, de la tenue de prière et du jeûne.
Leçons du site (source principale de cette fiche pour les règles et les lochies) : « Les règles relatives aux menstrues et aux lochies » et « Comment faire les ablutions avec des pansements, plâtres ou bandages ? » (explication du Mukhtasar de Khalîl, leçons 15 et 16).
Ouvrages classiques : Sahnûn, al-Mudawwana ; Mâlik, al-Muwatta’ ; Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, al-Risâla ; Ibn Rushd al-Jadd, al-Bayân wa-l-tahsîl ; Khalîl ibn Ishâq, al-Mukhtasar, avec les commentaires d’al-Dardîr et d’al-Dasûqî.