Hajj et ’oumra : le grand et le petit pèlerinage

Vocabulaire des musulmans·En profondeur

الحَجّ · العُمْرَة

Al-hajj · al-’umra

Prononciation : al-hajj · al-’oum-ra

Se rendre vers un but ; visiter

Racineح ج ج (h-j-j)se diriger vers, avoir pour but ; de là aussi hujja, la preuve, l’argument vers lequel on se dirige
Racineع م ر (’-m-r)visiter, peupler, faire vivre ; de là ’umra, la visite, et ’imâra, la construction
En bref

Cinquième pilier : une fois dans sa vie, celui qui en a les moyens répond à l’appel lancé par Abraham depuis La Mecque. Le hajj a ses jours fixes, ses lieux et ses rites ; la ’umra est la visite de la Maison, possible toute l’année. Celui qui revient d’un hajj accepté revient comme au jour de sa naissance.

La langue : aller vers un but

Hajj vient de h-j-j, se diriger vers quelque chose avec intention. Le pèlerin est celui qui a un but — la Maison d’Allah — et qui marche vers lui. De la même racine vient hujja, la preuve : ce vers quoi l’on se dirige pour trancher. La Loi a fait du mot le pèlerinage à La Mecque, à des dates fixes, avec ses rites.

’Umra vient de ’-m-r, visiter, peupler, faire vivre un lieu. La ’umra est la visite de la Ka’ba, réduite à l’essentiel — la sacralisation, les tours, la marche entre Safâ et Marwa, le rasage —, sans les journées d’Arafat et de Minâ. On l’appelle « le petit pèlerinage ».

Dans le Coran

وَلِلَّهِ عَلَى النَّاسِ حِجُّ الْبَيْتِ مَنِ اسْتَطَاعَ إِلَيْهِ سَبِيلًا ۚ وَمَن كَفَرَ فَإِنَّ اللَّهَ غَنِيٌّ عَنِ الْعَالَمِينَ

Wa li-Llâhi ’ala-n-nâsi hijju-l-bayti mani-statâ’a ilayhi sabîlâ, wa man kafara fa-inna-Llâha ghaniyyun ’ani-l-’âlamîn.

« Et c’est un devoir envers Allah, pour les gens qui en ont les moyens, d’aller faire le pèlerinage de la Maison. Quiconque renie : Allah se passe des mondes » (3, 97).

  • L’appel d’Abraham : « Et appelle les gens au pèlerinage : ils viendront vers toi à pied et sur toute monture efflanquée, de tout chemin lointain » (22, 27). Les exégètes rapportent qu’Abraham demanda comment sa voix porterait ; Allah lui dit : à toi d’appeler, à Nous de faire parvenir. Et chaque pèlerin qui dit labbayk répond à cet appel.
  • « Et accomplissez pour Allah le pèlerinage et la ’umra » (2, 196).
  • « Le pèlerinage a lieu en des mois connus. Quiconque s’y engage, point de relations intimes, ni de débauche, ni de dispute pendant le pèlerinage » (2, 197).
  • Safâ et Marwa, où Hagar courut pour son fils : « Ce sont des rites d’Allah » (2, 158).
  • Le jour d’Arafat est, selon ’Umar, le jour où fut révélé : « Aujourd’hui J’ai parachevé pour vous votre religion » (5, 3 ; al-Bukhârî).

Dans la Sunna

  • « Celui qui fait le pèlerinage pour Allah sans relations intimes ni débauche revient comme au jour où sa mère l’a enfanté » (al-Bukhârî et Muslim).
  • « D’une ’umra à l’autre, c’est une expiation pour ce qui est entre elles ; et le pèlerinage accepté n’a d’autre récompense que le Paradis » (al-Bukhârî et Muslim).
  • « Une ’umra en Ramadan équivaut à un pèlerinage » — « à un pèlerinage avec moi », dans une version (al-Bukhârî et Muslim).
  • « Le pèlerinage, c’est Arafat » (Abû Dâwûd, al-Tirmidhî, al-Nasâ’î) : la station à Arafat, le 9 de Dhû l-Hijja, en est le pilier essentiel. « Il n’est pas de jour où Allah affranchit davantage de serviteurs du Feu que le jour d’Arafat » (Muslim).
  • Le hajj est dû une fois : « Le pèlerinage, une fois ; ce qui est au-delà est surérogatoire » (Abû Dâwûd, Ahmad). Le Prophète ﷺ ne l’accomplit qu’une fois, le Pèlerinage d’adieu, l’an 10 de l’hégire, et dit : « Prenez de moi vos rites » (Muslim).
  • La talbiya, répétée du départ jusqu’à Minâ : « Labbayka-Llâhumma labbayk, labbayka lâ sharîka laka labbayk, inna-l-hamda wa-n-ni’mata laka wa-l-mulk, lâ sharîka lak — Me voici, ô Allah, me voici ; me voici, Tu n’as pas d’associé, me voici ; la louange, le bienfait et la royauté sont à Toi, Tu n’as pas d’associé » (al-Bukhârî et Muslim).

Ce qu’en disent les savants

  • Le hajj est obligatoire une fois dans la vie pour le musulman pubère, sain d’esprit, libre, et capable : qui a de quoi faire le voyage et entretenir les siens pendant son absence, et dont la route est sûre. La femme y ajoute, selon la plupart, la compagnie d’un mahram ou, selon Mâlik et al-Shâfi’î, d’un groupe de femmes sûres.
  • Il se fait dans les mois de Shawwâl, Dhû l-Qa’da et les dix premiers jours de Dhû l-Hijja ; ses piliers sont la sacralisation (ihrâm), la station à Arafat, le tour de la Ka’ba dit de l’ifâda, et la marche entre Safâ et Marwa selon Mâlik et al-Shâfi’î.
  • En état de sacralisation, on ne se coupe ni cheveux ni ongles, on ne se parfume pas, on ne chasse pas, on n’a pas de rapport intime, et l’homme ne porte ni vêtement cousu ni couvre-chef : deux pièces d’étoffe blanche, qui abolissent le riche et le pauvre.
  • La ’umra est obligatoire une fois selon al-Shâfi’î et Ahmad, fortement recommandée selon Mâlik et Abû Hanîfa.
  • On ne fait pas le pèlerinage avec un argent illicite ni en laissant des dettes exigibles impayées, et l’on ne s’endette pas pour le faire : il n’est obligatoire que pour qui en a les moyens.

Les savants relèvent que le pèlerinage rassemble toutes les adorations : le corps par la marche, les biens par la dépense, la langue par la talbiya, le cœur par la présence à Arafat ; et qu’il est une répétition de l’histoire d’Abraham, d’Hagar et d’Ismaël — la famille qui a tout remis à Allah. Ibn al-Qayyim y voit une image du Jour de la Résurrection : les hommes vêtus de blanc, dépouillés, égaux, rassemblés en un même lieu, tournés vers un seul.

Sources

Coran : 2, 158 ; 2, 196-197 ; 3, 97 ; 5, 3 ; 22, 27-29. Hadith : al-Bukhârî et Muslim (comme au jour de sa naissance ; d’une ’umra à l’autre ; la ’umra en Ramadan ; la talbiya) ; al-Bukhârî (’Umar et le verset d’Arafat) ; Muslim (le jour d’Arafat ; « prenez de moi vos rites ») ; Abû Dâwûd, al-Tirmidhî, al-Nasâ’î (« le pèlerinage, c’est Arafat » ; « une fois »). Exégèse : Ibn Kathîr sur 22, 27. Jurisprudence : Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, al-Risâla, chapitre du pèlerinage ; Ibn Rushd, Bidâyat al-mujtahid ; Ibn al-Qayyim, Zâd al-ma’âd.