Mythes et préjugés sur l’islam · Dossier n° 10
La polygamie : licence sans limites ?
Le verset en entier, un mariage avec des droits et des devoirs — pas un jeu —, la sagesse d’une permission pour les veuves, les divorcées et leurs enfants, sa réalité selon les régions, et le miroir tendu à ceux qui nous font la leçon
I. Le mythe — et la défense honteuse qui lui fait écho
Le fantasme du « harem oriental » a la vie dure : l’islam livrerait les femmes au bon plaisir masculin, chaque musulman collectionnant les épouses comme on collectionne des biens. C’est le mythe, et il a pour lui trois siècles d’orientalisme, de gravures et de romans. Mais à ce mythe répond, côté musulman, une défense embarrassée qui tord le texte dans l’autre sens pour plaire à ceux qui nous jugent : la polygamie serait « en réalité quasi interdite », le Coran viserait « en fait la monogamie », la permission serait un vestige qu’on n’ose plus assumer. Ce dossier écarte les deux lectures, et il le dit d’emblée : nous ne rougirons pas. La permission est réelle, elle est licite, le Prophète et ses Compagnons l’ont vécue, et nous ne demanderons pardon à personne de ce que notre Livre autorise. Ce que nous allons faire, c’est autre chose : citer le verset en entier — y compris ce qu’on préfère généralement couper —, dire ce qu’est réellement ce mariage, à qui il répond, comment il a été vécu selon les régions et les siècles — et tendre un miroir à la civilisation qui nous fait la leçon, car ce miroir est le seul argument qu’elle n’ose jamais regarder.
Ce que ce dossier ne fera pas : prétendre que le Coran interdit ce qu’il permet ; cacher la clause du verset qui gêne ; nier les abus commis au nom de cette permission ; ni conseiller à quiconque d’enfreindre la loi du pays où il vit. Ce qu’il fera : défendre une institution licite avec ses vraies raisons, sans neutralité feinte.
II. Le verset — en entier
Le verset de la polygamie n’est pas un éloge du plaisir : il s’ouvre sur les orphelines, dans le contexte précis de l’après-Uhud, quand la communauté comptait ses veuves et ses orphelins et que des tuteurs épousaient leurs pupilles sans leur verser une dot équitable — c’est le récit de Â’icha que rapporte Ibn Kathîr. Le voici, sans en retrancher un mot :
وَإِنْ خِفْتُمْ أَلَّا تُقْسِطُوا فِي الْيَتَامَىٰ فَانكِحُوا مَا طَابَ لَكُم مِّنَ النِّسَاءِ مَثْنَىٰ وَثُلَاثَ وَرُبَاعَ فَإِنْ خِفْتُمْ أَلَّا تَعْدِلُوا فَوَاحِدَةً أَوْ مَا مَلَكَتْ أَيْمَانُكُمْ ذَٰلِكَ أَدْنَىٰ أَلَّا تَعُولُوا
Si vous craignez, en épousant les orphelines sous votre tutelle, de vous montrer injustes envers elles, il vous est permis d’épouser, en dehors d’elles, deux, trois ou quatre femmes parmi celles qui vous sont autorisées. Mais si vous redoutez de ne pas les traiter avec équité, alors contentez-vous d’une seule épouse ou des femmes esclaves en votre possession. Voilà le plus sûr moyen d’éviter toute injustice.
— Sourate 4, An-Nisâ’, verset 3
On a l’habitude, dans les défenses de la polygamie, de couper la mention des femmes esclaves — et les critiques ne manquent jamais de le remarquer. Nous la laissons donc, et nous l’assumons : le verset parle le langage juridique de son monde, un monde esclavagiste dont l’islam a hérité, qu’il a encadré et orienté vers l’affranchissement — question traitée pour elle-même au dossier n° 19. La cacher ne la fait pas disparaître du texte ; elle rappelle seulement que le Coran légifère pour une société réelle du VIIe siècle, dont il réforme les usages de l’intérieur. Et il faut lire ce que le verset fait avant de lire ce qu’il permet : il commence par protéger des orphelines contre des tuteurs, et il finit par un critère qui n’a rien à voir avec le désir — la crainte de l’injustice. Un texte qui ouvrirait une licence ne s’écrirait pas ainsi.
III. Une permission encadrée — c’est un mariage, pas un jeu
Que fait exactement ce verset ? Trois choses. Il plafonne : l’Arabie préislamique connaissait la polygamie illimitée — dix, vingt épouses —, et les hommes qui embrassèrent l’islam avec plus de quatre femmes reçurent l’ordre de n’en garder que quatre : Ghaylân ath-Thaqafî, converti avec dix épouses, dut en répudier six (At-Tirmidhî). Loin d’instaurer la polygamie, l’islam l’a restreinte. Il conditionne : la permission est suspendue à l’équité, et celui qui redoute d’y manquer reçoit l’instruction de s’en tenir à une seule. Il oriente enfin : le contexte est la protection des veuves et des orphelines, non la satisfaction des appétits.
Mais il faut dire plus, et plus fort, car c’est ici que le mythe se trompe de nature. Le mariage polygame islamique est un mariage — pas une aventure, pas une maîtresse, pas un coup d’un soir, pas une conquête qu’on consomme et qu’on oublie. Il exige tout ce qu’exige un premier mariage : le consentement de la femme, un contrat, une dot qui lui appartient, des témoins, une publicité. Et il charge l’homme, pour chaque épouse, d’obligations que le droit détaille et que le juge sanctionne :
Le logement : un logement propre à chaque épouse, où elle est chez elle — la loi ne permet pas d’imposer à deux épouses de cohabiter contre leur gré.
L’entretien : la nourriture, le vêtement, les dépenses de chaque foyer, intégralement à la charge du mari, quelle que soit la fortune de l’épouse.
Le partage du temps : les nuits réparties à égalité, sans qu’une épouse puisse être lésée — le Prophète, mourant, se faisait porter de chambre en chambre pour respecter le tour de chacune.
La dignité : l’absence de favoritisme visible, de mépris, d’humiliation ; le respect des enfants de chaque foyer.
Voilà ce que « quatre épouses » veut dire : quatre foyers à loger, nourrir, vêtir, honorer, dont on répond devant Allah et devant les hommes. Un homme qui veut multiplier les femmes sans porter les foyers ne cherche pas la polygamie islamique : il cherche ses passions sous un vocabulaire religieux, et le droit ne lui donne rien. La gravité de la condition d’équité n’est pas une clause de style :
مَنْ كَانَتْ لَهُ امْرَأَتَانِ فَمَالَ إِلَى إِحْدَاهُمَا جَاءَ يَوْمَ الْقِيَامَةِ وَشِقُّهُ مَائِلٌ
« Celui qui a deux épouses et penche vers l’une d’elles viendra au Jour de la résurrection le côté affaissé. »
Rapporté par Abû Dâwûd — authentique
Et le Coran lui-même prévient que l’équité parfaite du cœur échappe à l’homme :
وَلَن تَسْتَطِيعُوا أَن تَعْدِلُوا بَيْنَ النِّسَاءِ وَلَوْ حَرَصْتُمْ فَلَا تَمِيلُوا كُلَّ الْمَيْلِ فَتَذَرُوهَا كَالْمُعَلَّقَةِ
Vous ne serez jamais en mesure, malgré tous vos efforts, de traiter vos épouses de manière parfaitement équitable…
— Sourate 4, An-Nisâ’, verset 129
Ici, l’honnêteté impose de corriger une lecture moderne séduisante et fausse : non, le verset 129 n’abolit pas discrètement la polygamie en la conditionnant à un impossible. La tradition unanime l’a compris autrement, et le texte le dit lui-même dans sa suite : l’équité impossible est celle de l’inclination du cœur — qu’on ne commande pas —, et le verset en tire non une interdiction, mais une limite : ne pas pencher au point de laisser une épouse « comme en suspens ». L’équité exigée par le verset 3 est celle des actes — mesurable et due —, non celle des sentiments. Prétendre que le Coran interdit « en réalité » ce que le Prophète et les Compagnons ont pratiqué, c’est les accuser tous d’avoir méconnu leur propre Livre. La permission est réelle ; elle est licite ; nous le disons sans rougir.
IV. La sagesse — à qui répond cette permission
On réduit la polygamie à « un homme qui veut une femme de plus ». C’est regarder l’institution par le mauvais bout. Regardons-la par celui des femmes qu’elle concerne — car c’est pour elles qu’elle a été révélée, et c’est à elles que les sociétés qui l’interdisent n’offrent souvent rien.
Les veuves
Dans l’Arabie du VIIe siècle, une femme qui perdait son mari perdait tout : sa protection, ses ressources, son rang, et souvent le toit qui abritait ses enfants. Il n’existait ni pension, ni allocation, ni assistance publique : il existait la tribu, la charité — et le mariage. Après Uhud, où soixante-dix hommes moururent, la communauté comptait ses veuves ; et le Prophète lui-même, comme le dossier n° 34 le montre, en épousa plusieurs — Sawda, Hafsa, Zaynab bint Khuzayma, Umm Salama et ses quatre orphelins — pour montrer à ses compagnons ce qu’il attendait d’eux envers les veuves de leurs frères. Un remariage n’était pas alors une affaire de sentiment : c’était un foyer rendu, une subsistance assurée, des enfants à nouveau sous un toit, une dignité sociale conservée. Et une société où chaque homme ne peut prendre qu’une épouse laisse, après chaque guerre, une part de ses veuves sans autre issue que la charité ou la solitude.
Les femmes divorcées avec de jeunes enfants
Une femme séparée qui élève seule de jeunes enfants — hier comme aujourd’hui — affronte trois épreuves : la précarité, la solitude, et l’absence d’un modèle paternel pour ses enfants. Un mariage sérieux, avec un homme capable de porter ce foyer, lui rend les trois : un revenu, une présence, une figure éducative qui n’efface pas le père de sang — l’islam protège la filiation avec rigueur, et le beau-père n’usurpe rien — mais qui donne aux enfants ce qu’une mère seule, si vaillante soit-elle, ne peut pas leur donner : un homme à la maison qui leur montre ce qu’est un homme. Nul ne dit qu’une femme ne peut pas vivre seule ; on dit qu’une société qui n’offre à ses mères seules que la solitude ou la liaison sans statut ne devrait pas faire la leçon à celle qui leur offre un mariage.
Les femmes seules après quarante ans
Il y a une vérité que personne n’ose dire dans les sociétés qui nous jugent, et nous allons la dire. Dans ces sociétés, une femme qui arrive à quarante ans sans mari — parce qu’elle a fait de longues études, parce qu’on lui a appris à privilégier sa carrière et son indépendance, parce qu’on lui a dit que le mariage attendrait — découvre que le marché matrimonial ne l’attend plus : les hommes de son âge se remarient plus facilement qu’elle, souvent avec de plus jeunes, et les statistiques du remariage après divorce, en France, sont sans pitié pour les femmes. On lui a promis la liberté ; on lui livre la solitude. Et pour celle qui a eu ses enfants tard — l’âge moyen de la première maternité en France dépasse désormais trente et un ans —, le divorce la laisse à quarante-cinq ans avec de jeunes enfants, une carrière à tenir, et personne. Le modèle qui prétend l’avoir libérée n’a aucune réponse pour elle. Le nôtre en a une, licite, publique, avec des droits : un homme déjà marié peut l’épouser, l’entretenir, protéger ses enfants, sans abandonner sa première famille. On peut trouver cela choquant. On ne peut pas dire que l’alternative — rien — vaut mieux.
Le déséquilibre des nombres
Enfin, la démographie. Il y a plus de femmes que d’hommes : en France, les femmes sont près de 52 % de la population, et l’écart se creuse avec l’âge, jusqu’à devenir massif après soixante-quinze ans. Ajoutez les guerres, qui fauchent les hommes, les migrations, les métiers qui tuent — et vous obtenez, à toutes les époques, des femmes en nombre sans homme pour elles. Une société qui impose la monogamie absolue à des nombres inégaux décide, par principe, qu’une partie de ses femmes vivra sans mari, sans foyer et sans enfants. L’islam n’a pas décidé cela. Il a ouvert une porte, étroite, conditionnée, surveillée — mais ouverte.
V. La réalité — selon les régions et les époques
Il faut ensuite en finir avec une image : celle d’un « monde musulman » où chaque homme aurait quatre femmes. La permission n’a jamais été la norme ; elle a été l’exception, et une exception dont la fréquence a toujours dépendu du lieu, du temps et des moyens. Dans l’Arabie tribale et guerrière du Prophète, où les hommes mouraient jeunes et où les alliances entre clans passaient par le mariage, elle fut relativement fréquente parmi les chefs — et rare parmi les pauvres, qui ne pouvaient pas porter deux foyers. Dans les grandes villes de l’islam classique, elle fut toujours minoritaire : les recensements ottomans du XIXe siècle, à Istanbul ou dans les provinces, montrent une polygamie de quelques pour cent des ménages, concentrée chez les notables. Dans les campagnes et les sociétés tribales — Afrique sahélienne, Yémen, Péninsule —, elle fut plus répandue, parce qu’elle répondait à une économie où chaque foyer est une force de travail et où les veuves de guerre sont nombreuses. Aujourd’hui encore, selon le Pew Research Center, la polygamie est légalement permise dans plus de cinquante pays, mais sa fréquence réelle varie du tout au tout : dans la plupart des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, moins de 3 % des personnes vivent dans un ménage polygame ; en Afrique de l’Ouest, au Burkina Faso ou au Mali, c’est plus d’un tiers. La leçon est simple : le droit permet, la société module, l’homme décide selon ses moyens — et dans quatorze siècles d’islam, la monogamie a été la règle écrasante des familles. Celui qui décrit le monde musulman comme un harem généralisé ne décrit pas le monde musulman : il décrit ses fantasmes.
VI. Cessons de parler d’« égalité » — le miroir tendu à ceux qui nous jugent
On nous oppose l’égalité : pourquoi l’homme et pas la femme ? L’asymétrie est assumée, et elle a ses raisons — la filiation, que la polyandrie rendrait indéterminable, et l’architecture des charges, où l’entretien de chaque foyer incombe intégralement à l’homme. Mais nous ne passerons pas ce dossier à nous justifier devant un tribunal dont nous récusons la légitimité à juger. L’idéologie qui nous fait la leçon n’est pas sacro-sainte : c’est une construction récente, d’un siècle à peine, dont il est temps de regarder les résultats plutôt que les slogans. Regardons-les.
Ce modèle a dit aux femmes : étudiez longtemps, faites carrière, soyez indépendantes, le mariage et les enfants attendront. Elles ont obéi. Résultat, en France : un premier enfant à plus de trente et un ans en moyenne ; une natalité tombée à 1,6 enfant par femme, au plus bas depuis la guerre ; un quart des familles avec enfants qui sont monoparentales — dans plus de huit cas sur dix une mère seule —, avec un taux de pauvreté plus que double de la moyenne ; et des femmes de quarante-cinq ans, diplômées, indépendantes, seules, que le marché matrimonial a déjà abandonnées pour de plus jeunes. On leur avait promis la libération. La facture, ce sont elles qui la paient — pas les hommes, qui se remarient, et pas les idéologues, qui ont changé de sujet.
Et ce modèle, qui interdit le mariage plural comme une barbarie, a produit quoi, à la place ? Il n’a pas aboli la pluralité des liaisons : il l’a privée de statut. En France, un site comme Gleeden — « premier site de rencontres extraconjugales pensé par des femmes », selon sa propre publicité — revendique plusieurs millions d’inscrits et s’affiche sur les bus et dans le métro ; il commande à l’Ifop des enquêtes où, sondage après sondage depuis dix ans, plus d’un tiers des Français déclarent avoir déjà trompé leur conjoint, et où près d’une personne sur six ayant vécu en couple dit avoir connu une « relation ouverte ». Il existe dans ce pays plusieurs centaines de clubs libertins, des soirées échangistes annoncées dans la presse, un « polyamour » théorisé dans les magazines et enseigné dans des ateliers, et des applications conçues pour tromper son conjoint sans se faire prendre. Tout cela est légal, banalisé, parfois célébré comme une liberté. Et c’est cette civilisation-là qui s’indigne qu’un homme puisse épouser une seconde femme au grand jour, devant témoins, avec une dot, un logement, un entretien, des droits pour elle et pour ses enfants, et une obligation d’équité dont il répondra devant Dieu.
Posons la comparaison telle qu’elle est. D’un côté, un contrat public, une dot, un toit, un entretien obligatoire, un partage du temps, un statut reconnu pour la femme, une paternité établie pour les enfants, un engagement durable. De l’autre, une liaison secrète, sans droit, sans devoir, sans toit, sans statut, où la maîtresse est maintenue dans l’ombre et où l’enfant, s’il vient, naît d’un père qui peut le nier. Et l’on voudrait que le premier soit l’oppression et le second la liberté ? Nous ne disons pas que tous les Occidentaux vivent ainsi — ce serait faux, et la plupart des familles de ce pays sont honnêtes. Nous disons que la civilisation qui a institutionnalisé l’adultère, monétisé l’infidélité et théorisé l’échangisme n’a aucun titre à qualifier de barbare un mariage qui donne à la femme tout ce que ses liaisons lui refusent. Qu’elle balaie devant sa porte ; nous balayons devant la nôtre — c’est la section suivante.
VII. La part de vérité — les abus à porter
Fidèles à la ligne de cette série, nous ne dirons pas seulement que les abus « trahissent la règle » : ils sont commis par des musulmans, au nom de l’islam, et c’est aux musulmans d’en répondre. Des mariages contractés en secret pour tromper la première épouse ; des hommes sans les moyens de porter un foyer qui en prennent deux ; des premières épouses mises devant le fait accompli, humiliées, délaissées « comme en suspens » — exactement ce que le verset 129 interdit ; des femmes vulnérables pressées d’accepter ; des enfants de plusieurs lits laissés sans entretien ; des hommes qui divorcent et se remarient en chaîne, transformant une institution de protection en carrousel — tout cela existe, et tout cela est une injustice au sens le plus strict du droit qu’ils invoquent. Un droit exercé injustement devient une injustice : celui qui ne peut pas être juste a reçu du Coran un ordre clair — une seule. Plus il y a de foyers, plus les devoirs sont lourds et plus l’injustice guette ; la permission n’a jamais été faite pour ceux qui la réclament le plus fort.
VIII. La loi française — un mot clair
Il faut le dire nettement, parce que ce dossier s’adresse d’abord à des musulmans de France. La bigamie est un délit en France : contracter un second mariage civil avant la dissolution du premier expose à un an d’emprisonnement et à 45 000 euros d’amende (article 433-20 du code pénal), et célébrer un mariage religieux sans mariage civil préalable est également sanctionné pour celui qui le célèbre (article 433-21). Une union religieuse contractée hors de ce cadre n’a aucune existence légale : la femme qui y entre n’a ni statut, ni droit à pension, ni héritage, ni protection en cas de rupture — elle est, aux yeux de la loi, exactement dans la situation de la maîtresse que ce dossier vient de décrire. Notre position tient en deux phrases, et elle est celle de toute cette série (dossier n° 28) : nous respectons la loi du pays où nous vivons, parce que le pacte qui nous y lie nous oblige devant Allah ; et nous ne renonçons pas d’un mot à notre doctrine, parce qu’une loi régit les actes, non les consciences. La polygamie est une permission, pas une obligation : y renoncer là où la loi l’interdit ne coûte rien à notre foi, tandis que la transgresser coûterait à la femme concernée tout ce que l’islam veut précisément lui garantir. Que la conviction reste entière — nous tenons cette permission pour licite, sage et bonne, et nous le disons publiquement — et que les actes restent dans la loi : c’est ainsi qu’un musulman de France est à la fois fidèle à son Livre et fidèle à sa parole.
IX. Le retournement — et la question-test
À celui qui nous parle de harem : lisez le verset en entier — il commence par les orphelines et finit par la crainte de l’injustice —, lisez les obligations du mari, lisez le hadith du côté affaissé, et lisez les recensements : quelques pour cent de ménages, en quatorze siècles. À celui qui nous parle d’égalité : montrez-nous ce que votre modèle offre à la veuve, à la divorcée de quarante-cinq ans avec deux enfants, à la femme que le marché matrimonial a déclassée parce qu’elle vous a cru — et montrez-nous où sont les droits de la maîtresse que votre publicité recrute dans le métro. Question-test : entre un mariage public avec dot, toit, entretien, partage du temps et droits pour les enfants, et une liaison secrète sans rien de tout cela, lequel des deux traite la femme comme une personne ? Et à celui de nos frères qui réclame ce droit à grands cris : relis le verset jusqu’au bout — « si vous redoutez de ne pas les traiter avec équité, alors une seule ». La permission est pour celui qui peut porter deux foyers avec justice ; elle n’a jamais été pour celui qui veut deux femmes.
X. Objections et questions fréquentes
Q. L’islam a-t-il inventé la polygamie ?
Non. Elle existait sans limite en Arabie et dans la plupart des sociétés anciennes — Abraham, Jacob, David et Salomon furent polygames. L’islam l’a plafonnée à quatre, conditionnée à l’équité et chargée d’obligations : il l’a restreinte, non instaurée.
Q. Le verset 4, 129 n’interdit-il pas la polygamie en la rendant impossible ?
Non. L’impossible qu’il nomme est l’équité du cœur, qu’on ne commande pas ; il en tire une limite — ne pas délaisser une épouse —, pas une interdiction. Le Prophète et les Compagnons l’ont pratiquée après ce verset. La lecture « monogamie déguisée » est une invention moderne pour plaire.
Q. Pourquoi l’homme et pas la femme ?
Pour la filiation, que la polyandrie rendrait indéterminable, et pour les charges, qui reposent intégralement sur l’homme. C’est une asymétrie assumée, non un mépris — et nous ne l’excusons pas devant un modèle qui laisse ses femmes seules à quarante-cinq ans.
Q. N’est-ce pas juste une autorisation sexuelle ?
C’est un mariage : consentement, contrat, dot, témoins, logement séparé, entretien obligatoire, partage égal du temps, droits des enfants, et un compte à rendre au Jour du jugement. Celui qui veut des femmes sans les foyers ne trouve rien dans ce droit.
Q. Les musulmans sont-ils majoritairement polygames ?
Non, et de très loin. Quelques pour cent des ménages dans les villes de l’islam classique ; moins de 3 % aujourd’hui dans la plupart des pays arabes ; davantage en Afrique de l’Ouest. La monogamie est la règle écrasante des familles musulmanes depuis quatorze siècles.
Q. Que répondre à « c’est de l’oppression » ?
Que l’oppression, c’est la maîtresse sans droits, l’enfant sans père reconnu, la femme de quarante-cinq ans que le marché a déclassée — pas un mariage public avec dot et entretien. Et que la civilisation qui affiche Gleeden dans le métro n’a pas de leçon à nous donner sur le respect des femmes.
Q. Un musulman de France peut-il prendre une seconde épouse ?
Pas dans la loi : la bigamie est un délit, et une union religieuse sans mariage civil ne donne à la femme aucun droit — exactement ce que l’islam veut lui éviter. Nous respectons la loi du pays, par fidélité au pacte qui nous y lie ; nous gardons notre conviction entière, car une loi régit les actes, non les consciences. La polygamie étant une permission et non une obligation, y renoncer ne coûte rien à la foi.
Q. Et les abus ?
Ils existent, ils sont commis par des musulmans au nom de l’islam, et ce sont des injustices au sens strict du droit invoqué : mariages secrets, foyers non entretenus, premières épouses délaissées. Le Coran a répondu d’avance : celui qui redoute l’injustice, une seule.
Synthèse
La polygamie islamique n’est ni le harem sans limites du fantasme, ni la monogamie déguisée des défenses embarrassées — et nous ne rougissons ni de l’une ni de l’autre erreur : la permission est réelle, licite, vécue par le Prophète et ses Compagnons. Le verset 4, 3 — cité ici en entier, clause des esclaves comprise — s’ouvre sur les orphelines, plafonne à quatre une pratique préislamique illimitée, conditionne à l’équité des actes et se ferme sur la crainte de l’injustice ; le verset 129 n’abolit rien, il interdit de délaisser une épouse. Ce mariage en est un : consentement, dot, témoins, logement, entretien, partage du temps, droits des enfants — quatre épouses, ce sont quatre foyers dont on répond, et le côté affaissé du Jour du jugement attend celui qui penche. Sa sagesse se lit du côté des femmes : la veuve qui retrouve un toit, la divorcée dont les enfants retrouvent un homme à la maison, la femme de quarante-cinq ans que le marché matrimonial a abandonnée, les nombres inégaux que la monogamie absolue condamne à la solitude. Sa réalité est celle d’une exception : quelques pour cent des ménages dans l’islam classique, moins de 3 % dans la plupart des pays arabes aujourd’hui, davantage là où la guerre et le travail des champs l’exigent. Et le modèle qui nous juge n’est pas sacro-saint : il a produit des mères seules par millions, des femmes diplômées déclassées à quarante ans, un premier enfant à trente et un ans, une natalité effondrée — et, à la place du mariage plural qu’il interdit, l’adultère institutionnalisé, Gleeden dans le métro, les clubs libertins et le polyamour : la pluralité des liaisons sans un seul droit pour la femme. Les abus commis au nom de l’islam sont à porter, non à dissoudre : la permission n’a jamais été pour celui qui ne peut pas être juste. Et en France, nous respectons la loi, qui interdit la bigamie, sans renoncer d’un mot à notre doctrine : une loi régit les actes, non les consciences.
◆ À retenir — mémo
– Deux caricatures à écarter : le harem sans limites (le mythe) et la « monogamie déguisée » (la défense honteuse). La permission est réelle et licite : le dire sans rougir.
– Le verset 4, 3 en entier — clause des esclaves comprise, renvoyée au dossier n° 19 : il s’ouvre sur les orphelines et se ferme sur la crainte de l’injustice. Ghaylân dut répudier six de ses dix épouses : l’islam plafonne, ne crée pas.
– C’est un mariage, pas un jeu : consentement, dot, témoins, logement propre, entretien intégral, partage égal des nuits, droits des enfants. Quatre épouses = quatre foyers dont on répond. Le côté affaissé (Abû Dâwûd) attend l’injuste.
– 4, 129 n’abolit pas : l’équité impossible est celle du cœur ; le verset interdit de laisser une épouse en suspens. Le Prophète et les Compagnons l’ont pratiquée.
– La sagesse, du côté des femmes : veuves de guerre (Uhud, les épouses du Prophète, dossier n° 34), divorcées avec de jeunes enfants sans modèle paternel, femmes seules après quarante ans, déséquilibre des nombres (52 % de femmes en France).
– La réalité : une exception, jamais la norme — quelques pour cent dans les villes ottomanes, moins de 3 % aujourd’hui dans la plupart des pays arabes (Pew), davantage en Afrique de l’Ouest ; la monogamie, règle écrasante depuis quatorze siècles.
– Le miroir : le modèle qui nous juge a produit un premier enfant à 31 ans, 1,6 enfant par femme, un quart de familles monoparentales (80 % de mères seules, pauvreté double), des femmes déclassées à 40 ans — et Gleeden, un tiers d’infidèles déclarés (Ifop), des centaines de clubs libertins, le polyamour : la pluralité sans un seul droit pour la femme.
– La part de vérité : mariages secrets, foyers non entretenus, premières épouses délaissées — des injustices commises par des musulmans, à porter, non à dissoudre. Qui redoute l’injustice : une seule.
– La loi française : bigamie interdite (art. 433-20), mariage religieux avant le civil sanctionné (art. 433-21), l’union hors cadre ne donne aucun droit à la femme. Nous respectons la loi par fidélité au pacte (dossier n° 28) ; nous gardons notre conviction entière : une loi régit les actes, non les consciences.
– La question-test : entre un mariage public avec dot, toit et droits, et une liaison secrète sans rien — lequel traite la femme comme une personne ?
Sources
Coran et Sunna : traduction française des sens par Rachid Maach (4, 3 intégral ; 4, 129), avec le contexte des orphelines rapporté d’après Â’icha par Ibn Kathîr ; Abû Dâwûd, hadith du « côté affaissé », authentifié ; At-Tirmidhî, ordre donné à Ghaylân ath-Thaqafî de ne garder que quatre épouses ; Al-Bukhârî et Muslim sur l’équité du partage des nuits par le Prophète (dossier n° 34).
Fiqh : équité due entre épouses (logement, entretien, nuits) dans les quatre écoles ; distinction équité des actes / inclination du cœur dans les tafsîrs classiques du verset 4, 129 (At-Tabarî, Al-Qurtubî, Ibn Kathîr).
Histoire et démographie : recensements ottomans du XIXe siècle sur la fréquence de la polygamie urbaine ; Pew Research Center, « Polygamy is rare around the world » (2020) et enquêtes régionales ; Insee, familles monoparentales, taux de pauvreté, âge moyen à la première maternité, indice de fécondité, répartition par sexe de la population ; Insee, remariage après divorce selon le sexe et l’âge.
Le miroir : enquêtes Ifop pour Gleeden sur l’infidélité et les relations ouvertes (2014-2025), à lire comme des données d’enquête commandées par l’opérateur ; communiqués de Gleeden sur ses effectifs et ses campagnes d’affichage ; presse française sur les clubs libertins et le polyamour.
Droit français : code pénal, articles 433-20 (bigamie) et 433-21 (célébration religieuse sans mariage civil préalable) ; renvoi au dossier n° 28 sur le pacte qui lie le musulman à la loi du pays.
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