Mythe n°11 : La charia, une loi barbare ?

Mythes et préjugés sur l’islam · Dossier n° 11

La charia, une loi barbare ?

La Voie qui fait vivre une société en paix, ses cinq nécessités, le pénal au dernier chapitre et ses verrous, ce que le Prophète a réellement fait — et le miroir tendu à ceux qui préfèrent la prison à la main

I. Le mythe — et la défense honteuse qui lui fait écho

Peu de mots effraient autant, en Occident, que celui de « charia ». Prononcez-le, et les images arrivent avant la pensée : une main tranchée, une femme lapidée, un dos fouetté, une tête coupée sur une place. Un mot qui, en arabe, désigne le chemin vers la source d’eau est devenu, en français, le nom d’un supplice. Face à cet épouvantail, une défense musulmane courante consiste à fuir : la charia ne serait « que spiritualité », ses châtiments « purement symboliques », jamais destinés à être appliqués. Cette défense-là est honteuse, et elle ne tient pas : le pénal islamique existe, les manuels de fiqh le détaillent, le Prophète l’a appliqué, et le critique le sait. Ce dossier ne fuira pas. Il fera les deux choses que chaque camp refuse : remettre le pénal à sa vraie place — le dernier chapitre d’un système qui est d’abord adoration, éthique, famille, commerce et paix sociale —, et le regarder en face, peine par peine, avec ses verrous, sa logique, ce que le Prophète en a fait et le nombre de fois où il l’a fait. Puis il retournera la question à ceux qui la posent : entre une main et vingt ans entre quatre murs, qui est sûr de tenir la peine la plus humaine ?

Ce que ce dossier ne fera pas : nier une seule peine qui figure dans nos livres ; prétendre que la lapidation n’existe pas parce qu’elle gêne ; ni excuser un seul État qui invoque la charia en piétinant ses conditions. Ce qu’il fera : montrer la Voie entière, et refuser qu’on la juge sur sa dernière page.

II. Ce qu’est la charia — la Voie, et l’ordre des livres

« Charia » (charî‘a) ne signifie pas « code pénal », mais « voie » — le chemin qui mène à la source. Le mot n’apparaît qu’une fois dans le Coran, et en ce sens :

ثُمَّ جَعَلْنَاكَ عَلَىٰ شَرِيعَةٍ مِّنَ الْأَمْرِ فَاتَّبِعْهَا وَلَا تَتَّبِعْ أَهْوَاءَ الَّذِينَ لَا يَعْلَمُونَ

Puis Nous t’avons prescrit une religion aux enseignements tout aussi clairs. Suis-la donc sans jamais te plier aux désirs des ignorants.

— Sourate 45, Al-Jâthiya, verset 18

Regardons le contenu réel de cette voie, et regardons-le dans l’ordre où nos livres le donnent — car cet ordre est lui-même une leçon. Ouvrez n’importe quel manuel de fiqh, de n’importe quelle école : le Mukhtasar de Khalîl chez les mâlikites, l’Umm d’Ash-Shâfi‘î, la Hidâya des hanafites, le Mughnî d’Ibn Qudâma chez les hanbalites. Tous commencent par la même chose : la purification et la prière. Puis la zakât, le jeûne, le pèlerinage. Puis les transactions : la vente, le prêt, la location, l’association, le gage, la caution, le mandat, ce qui est licite et ce qui ne l’est pas dans le commerce. Puis la famille : le mariage, la dot, l’entretien, le divorce, la garde des enfants, l’allaitement, l’héritage, les testaments. Puis les serments, les vœux, la chasse, l’abattage, la nourriture, le vêtement. Et tout à la fin — après des centaines de pages, dans les derniers chapitres — viennent les jinâyât et les hudûd : les crimes de sang et les peines. Cet ordre n’est pas un hasard : il dit ce que la Voie est d’abord, et ce qu’elle est en dernier recours. Le pénal est la page où l’on arrive quand tout le reste a échoué — et le critique qui ouvre le livre par la fin prétend ensuite en avoir lu le début.

Pour le musulman ordinaire, « vivre selon la charia », c’est prier à l’heure, jeûner ramadan, verser sa zakât, manger licite, dire la vérité, tenir sa parole, honorer ses parents, se marier et hériter selon des règles, ne pas prêter à intérêt, ne pas tromper sur la marchandise, nourrir son voisin — pas assister à des exécutions, qu’il ne verra jamais de sa vie. Réduire la charia à son pénal, c’est réduire le droit français au code pénal en oubliant le code civil, le code du commerce, le code de la famille et le code du travail : une bibliothèque résumée à l’une de ses notes de bas de page — et à la note la plus rarement lue.

III. Les cinq nécessités — ce que la Voie protège

Cette voie n’est pas arbitraire : les savants — Al-Ghazâlî, Ash-Shâtibî, Al-‘Izz ibn ‘Abd as-Salâm — ont montré que tout ce qu’elle prescrit ou interdit se rattache à la préservation de cinq nécessités, les maqâsid ach-charî‘a, sans lesquelles ni l’individu ni la société ne peuvent tenir debout. Il faut les rappeler une par une, car c’est là que se lit le but de la loi — et non dans ses sanctions.

La religion (ad-dîn) : le lien avec le Créateur, que la prière, le jeûne et l’adoration entretiennent — parce qu’une société qui a perdu Dieu perd le sens de tout le reste.

La vie (an-nafs) : le sang, déclaré sacré : tuer un seul innocent, enseigne le Coran, revient à tuer l’humanité entière (5, 32) — c’est de cette sacralité que découlent le talion, le prix du sang et l’interdiction absolue de la justice privée.

La raison (al-‘aql) : protégée par l’interdiction de tout ce qui l’obscurcit — l’alcool, la drogue —, parce qu’un homme qui a perdu sa raison ne répond plus ni de lui ni des siens.

La filiation (an-nasl) : protégée par le mariage, la pudeur et l’interdiction de la fornication — parce qu’un enfant doit savoir de qui il est, et qu’une société où la filiation se brouille est une société d’orphelins de pères vivants.

Les biens (al-mâl) : protégés par l’interdiction du vol, de la fraude, de l’usure et de l’accaparement, et par l’obligation de la zakât — parce que la propriété sans justice devient prédation, et la richesse sans partage devient guerre.

Voilà la logique entière : une loi de protection, conçue à l’image de Celui qui l’a révélée et de celui qui l’a transmise :

وَمَا أَرْسَلْنَاكَ إِلَّا رَحْمَةً لِّلْعَالَمِينَ

Nous ne t’avons suscité que par miséricorde pour l’humanité.

— Sourate 21, Al-Anbiyâ’, verset 107

IV. Une société qui se porte bien — ce que la Voie fait au quotidien

Imaginons un instant une société qui vit réellement selon la Voie, et regardons ce qu’on y trouve avant de regarder ce qu’on y punit. On y trouve d’abord la sécurité, posée comme principe fondateur dans le dernier sermon du Prophète, devant cent mille pèlerins :

إِنَّ دِمَاءَكُمْ وَأَمْوَالَكُمْ وَأَعْرَاضَكُمْ عَلَيْكُمْ حَرَامٌ، كَحُرْمَةِ يَوْمِكُمْ هَذَا، فِي شَهْرِكُمْ هَذَا، فِي بَلَدِكُمْ هَذَا

« Votre sang, vos biens et votre honneur sont sacrés entre vous, comme est sacré ce jour, en ce mois, en cette cité. »

Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim — sermon du Pèlerinage d’adieu

Le sang, les biens, l’honneur : trois choses que nul ne peut toucher, et dont la protection est la raison d’être de toute la loi. On y trouve ensuite le pauvre, dont la part est prélevée chaque année sur la fortune du riche par la zakât — non comme une charité laissée à la bonne volonté, mais comme un droit dû, un pilier de la religion au même rang que la prière. On y trouve le voisin, dont le Prophète a dit que Gabriel lui en recommanda tant les droits qu’il crut qu’il allait le faire hériter, et que « n’est pas croyant celui qui dort rassasié quand son voisin a faim ». On y trouve les parents âgés, à qui l’on ne dit pas même « fi » (17, 23), et l’orphelin dont on ne mange pas le bien. On y trouve le commerce honnête : pas de fraude sur la balance, pas de défaut caché — « celui qui nous trompe n’est pas des nôtres » —, pas d’usure qui écrase le débiteur, un contrat qui oblige, une parole qui engage. On y trouve la famille, avec un mari qui doit l’entretien, une femme qui garde son bien, des enfants dont la filiation est sûre, des vieillards qui ne finissent pas seuls. On y trouve la pudeur dans la rue, qui n’est pas un mépris du corps mais son respect, et qui fait que la femme n’y est pas une marchandise offerte au regard. On y trouve le mensonge honni, la médisance interdite, la calomnie punie. Et l’on y trouve, pour tout cela, non pas d’abord un gendarme, mais une conscience : chacun sait qu’il rendra compte, et cette certitude fait plus que toutes les caméras. Voilà la charia — la vraie, celle des centaines de pages qui précèdent le dernier chapitre : une société où l’on peut laisser sa porte ouverte, où le faible a un droit et le fort une limite, où l’on vit en sécurité et dans le respect de chacun. Ce n’est pas un rêve : les voyageurs européens du Moyen Âge en témoignaient en décrivant les villes de l’islam, et c’est encore ce que constate quiconque a vécu dans un village où la Voie est vécue.

V. Le pénal — le dernier chapitre, ses verrous et sa fonction

Venons-en donc à ce que l’on nous reproche, et nommons-le sans détour, car c’est dans les livres et le cacher serait mentir. Le droit pénal classique connaît trois catégories. Les hudûd, peines fixes pour des transgressions précises : l’amputation de la main pour le vol caractérisé (5, 38), cent coups de fouet pour la fornication (24, 2), la lapidation pour l’adultère de la personne mariée — établie par la Sunna et le consensus —, quatre-vingts coups pour l’accusation d’adultère non prouvée (24, 4), et les peines du brigandage à main armée (5, 33). Le qisâs ensuite, le talion pour l’homicide et les blessures — où la famille de la victime peut toujours pardonner ou accepter le prix du sang, et où le pardon est expressément encouragé (2, 178). Le ta‘zîr enfin, les peines laissées à l’appréciation du juge, qui couvrent tout le reste. Le tableau est sévère ; nous ne prétendrons pas le contraire. Mais il faut dire pourquoi il l’est, car le critique ne le demande jamais.

La fonction : enrayer, faire réfléchir, protéger, expier

Une peine, dans la Voie, n’est pas une vengeance : c’est une borne. Sa première fonction est la dissuasion — le Coran le dit lui-même du talion : « il y a pour vous une vie dans le talion » (2, 179), c’est-à-dire que la certitude de la peine empêche le crime avant qu’il ne soit commis, et sauve des vies que la peine n’aura jamais à venger. Sa deuxième fonction est d’enrayer la récidive : la main du voleur ne vole plus, et le coupable, marqué une fois, ne revient pas devant le juge tous les trois ans. Sa troisième est de faire réfléchir le prochain : la peine est publique, non par cruauté, mais pour que celui qui hésite sache ce qui l’attend — « qu’un groupe de croyants assiste à leur châtiment » (24, 2). Sa quatrième est de protéger : les biens des gens, l’honneur des femmes, la vie de tous — c’est pour cela que la peine existe, pas pour le plaisir de punir. Et sa cinquième, que seul le croyant comprend, est l’expiation : la peine subie en ce monde purifie le coupable, et il n’en répondra plus dans l’autre. Le Prophète l’a dit à ceux qui lui prêtaient serment : celui qui commet l’un de ces actes et en subit la peine ici-bas, elle lui sert d’expiation (Al-Bukhârî, Muslim). Voilà la logique : une peine rare, exemplaire, définitive, qui épargne à la société la répétition du crime et au coupable le feu de l’au-delà.

Les cinq verrous

Ce tableau n’existe jamais seul : chaque peine est enfermée dans des verrous que le critique omet systématiquement, et qui expliquent qu’elle ait été, dans l’histoire, si rarement franchie. Le premier est la preuve : pour l’adultère, quatre témoins oculaires directs du même acte — non quatre voisins qui ont vu quelqu’un entrer, non quatre personnes qui soupçonnent, mais quatre hommes qui ont vu ce qu’on ne voit pas —, condition pratiquement irréalisable, et quiconque accuse sans les produire subit lui-même les quatre-vingts coups de la calomnie : une peine conçue pour protéger l’honneur des femmes contre la rumeur bien plus que pour châtier. L’aveu, seul autre fondement, est révocable à tout instant. Le deuxième verrou est le doute : les juristes ont érigé en principe que l’on écarte les hudûd au moindre doute — principe dont la version prophétique a des chaînes discutées, mais qui est fermement établi par les paroles d’Omar et d’Ibn Mas‘ûd et par l’accord des écoles : mieux vaut, disait Omar, suspendre les peines par les doutes que les appliquer par les doutes. Le troisième est le contexte : le même Omar suspendit la peine du vol l’année de la famine — pas de sanction du vol quand la société ne garantit pas le pain : la justice sociale précède la justice pénale, ou celle-ci n’est pas une justice. Le quatrième est l’autorité : seuls un État et un juge peuvent instruire et prononcer — jamais un individu, une milice ou une foule : la « justice » qui lapide dans une cour de village viole la charia qu’elle invoque. Et le cinquième, que l’on oublie toujours, est la culture du voile : la Voie ne veut pas savoir. Elle interdit d’espionner, de chercher les fautes, de dénoncer ce qui est caché ; elle promet que celui qui couvre la faute d’un musulman sera couvert par Allah au Jour du jugement ; et le Prophète a dit expressément :

تَعَافَوُا الْحُدُودَ فِيمَا بَيْنَكُمْ، فَمَا بَلَغَنِي مِنْ حَدٍّ فَقَدْ وَجَبَ

« Pardonnez-vous les hudûd entre vous : car ce qui parvient jusqu’à moi devient obligatoire. »

Rapporté par Abû Dâwûd et An-Nasâ’î, d’après ‘Abdullâh ibn ‘Amr — authentifié

Réglez entre vous, couvrez, pardonnez, ne portez pas l’affaire devant le juge : voilà l’ordre du législateur lui-même. Et quand Mâ‘iz vint avouer, le Prophète reprocha à celui qui l’avait poussé à le faire : « Hazzâl, si tu l’avais couvert de ton manteau, c’eût été meilleur pour toi » (Abû Dâwûd). Un système qui punit la calomnie, exige quatre témoins de l’impossible, annule au doute, suspend à la famine, réserve au juge et ordonne de couvrir — ce système n’est pas fait pour punir souvent. Il est fait pour que la peine soit si certaine qu’on n’ait presque jamais à l’appliquer. Les historiens du droit le constatent : les registres judiciaires ottomans, sur des siècles, montrent des hudûd d’une rareté extrême.

VI. Ce que le Prophète a réellement fait — et combien de fois

Puisque le critique nous parle de lapidation, allons voir ce que le Prophète en a fait, dans les dix années où il fut chef d’État à Médine — dix ans, une ville, des milliers d’habitants. Les recueils authentiques rapportent une poignée de cas, et il faut être prudent : ce ne sont pas des registres administratifs ; mais ce sont les seuls cas que la tradition, qui a tout conservé, ait retenus. Pour la lapidation : Mâ‘iz ibn Mâlik, la femme des Ghâmid, deux juifs jugés selon leur propre Torah, et la femme de l’affaire dite du journalier — quatre cas, tous après aveu ou selon la loi des intéressés, aucun après témoignage. Pour l’amputation : la Makhzûmite dont Usâma voulut obtenir la grâce — « si Fâtima, fille de Muhammad, avait volé, je lui couperais la main » —, et le voleur du manteau de Safwân, à qui le Prophète dit, quand Safwân voulut pardonner après le jugement : « que ne l’as-tu fait avant de me l’amener ? » — quelques cas, là encore. Dix ans, une poignée de peines. Et regardez comment chacune est venue.

Mâ‘iz vient avouer. Le Prophète détourne le visage. Mâ‘iz revient, il détourne encore. Quatre fois. Puis il demande : « Es-tu fou ? As-tu bu ? » — il fait sentir son haleine. Il demande à son clan s’il a toute sa raison. Il demande ce qu’il a fait exactement, avec des mots crus, pour qu’aucune ambiguïté ne subsiste. Et quand Mâ‘iz, sous les pierres, s’enfuit, le Prophète dit à ceux qui l’ont rattrapé : « Que ne l’avez-vous laissé ! Peut-être se serait-il repenti, et Allah lui aurait pardonné » (Abû Dâwûd, At-Tirmidhî). Voilà le chef d’État que l’on nous décrit avide de châtiments : il détourne le regard, il cherche la folie, il cherche l’ivresse, il cherche le doute, il cherche la fuite. Et la femme des Ghâmid, c’est plus fort encore. Elle vient : « Purifie-moi. » Il la renvoie. Elle revient : « Veux-tu me renvoyer comme tu as renvoyé Mâ‘iz ? Je suis enceinte. » Il lui dit d’aller accoucher. Elle revient avec l’enfant : il lui dit d’aller l’allaiter jusqu’au sevrage. Elle revient deux ans plus tard, l’enfant tenant un morceau de pain à la main. Et alors seulement la peine est exécutée — et quand Khâlid, éclaboussé, l’insulte, le Prophète le reprend sévèrement :

مَهْلًا يَا خَالِدُ، فَوَالَّذِي نَفْسِي بِيَدِهِ لَقَدْ تَابَتْ تَوْبَةً لَوْ تَابَهَا صَاحِبُ مَكْسٍ لَغُفِرَ لَهُ

« Doucement, Khâlid ! Par Celui qui tient mon âme en Sa main, elle s’est repentie d’un repentir tel que si un collecteur d’impôts inique s’en était repenti, il lui aurait été pardonné. »

Rapporté par Muslim, d’après Burîda — dans une autre version : « un repentir qui, partagé entre soixante-dix habitants de Médine, leur suffirait »

Puis il pria sur elle et la fit enterrer. Deux ans de délai, trois renvois, et une femme qui revient chaque fois d’elle-même, portant son enfant, pour réclamer la peine que personne ne lui demandait. Le juge ne voulait pas exécuter ; c’est la coupable qui voulait être purifiée. Et ici, il faut le dire nettement : ce récit-là ne peut être compris que par un croyant. Pour celui qui ne croit pas au Jour du jugement, cette femme est folle — elle pouvait se taire, personne ne savait, aucun juge ne l’aurait jamais inquiétée. Pour celui qui y croit, elle est la plus lucide de tous : elle savait qu’on ne cache rien à Allah, que la peine de ce monde est légère à côté de celle de l’autre, et que la mort n’est pas la fin des comptes mais leur ouverture. Voilà la ligne de partage entre nous et ceux qui nous jugent, et il faut la nommer : certains jouent dans ce bas monde comme s’il n’y avait rien après ; le croyant, lui, se prépare à rendre des comptes. Toute la différence de nos droits vient de là.

VII. Notre norme n’est pas la même — et nous l’assumons

Cessons de nous excuser. La sévérité de la Voie envers l’adultère n’est pas un archaïsme dont il faudrait rougir : c’est une conception de la famille, et il est temps de la comparer à celle qui prétend nous faire la leçon. Regardons ce que produit une société où la sexualité est devenue une affaire privée sans conséquence, où l’adultère s’affiche sur les bus, où le libertinage est une liberté et la fidélité une option. Elle produit des familles détruites par millions — un mariage sur deux dissous, un quart des enfants élevés sans leur père sous leur toit —, et des enfants qui grandissent dans des foyers recomposés, décomposés, où un parent tente de remplacer l’autre et n’y parvient jamais. Et elle produit ce que la criminologie constate depuis un demi-siècle sans que personne ne veuille l’entendre : l’absence du père et l’instabilité familiale figurent parmi les tout premiers facteurs de délinquance juvénile, de violence et de déséquilibre psychique — et une part considérable des homicides commis en France le sont dans le cadre familial ou conjugal, par des hommes que la jalousie, l’abandon ou la rupture ont rendus fous. Une société qui banalise la tromperie fabrique elle-même les blessures dont elle punit ensuite les conséquences.

On comprend alors pourquoi l’islam est si sérieux sur le mariage, et sur tout ce qu’il comprend. Le mariage, dans la Voie, n’est pas un sentiment : c’est un contrat devant Dieu, des droits pour la femme, une filiation pour l’enfant, un entretien dû, un toit, une lignée. Le divorce y est licite — nous ne dirons pas le contraire —, mais la Voie multiplie les freins avant de l’atteindre : l’exhortation, le temps, les arbitres des deux familles (4, 35), le délai de viduité qui laisse trois mois à la réconciliation, et la règle de « garder avec bonté ou libérer avec bonté » (2, 229). Un hadith, dont la chaîne est discutée mais dont le sens est celui de toute la loi, en fait « la plus détestable des choses permises ». Quant à la tromperie — la liaison cachée, la double vie, le mensonge à celle qui dort à côté —, elle est chez nous un péché majeur, et chez eux un marché avec des applications. Voilà la différence, et nous l’assumons entièrement : eux tiennent la famille pour un arrangement révocable et le corps pour une propriété privée ; nous tenons la famille pour le socle de la société et le corps pour un dépôt dont on répond. Que l’on choisisse : mais qu’on ne nous parle plus de barbarie en montrant une pierre, sans montrer les enfants que leur liberté a laissés sans père.

VIII. Le voleur — la prison est-elle plus humaine que la main ?

Parlons du voleur, puisque c’est la main coupée qui résume, pour beaucoup, toute la charia. Et posons la question que personne ne pose : qu’a-t-on mis à la place ? La prison. Regardons-la sans le voile de l’habitude. En France, elle coûte environ cent cinq euros par jour et par détenu — près de quarante mille euros par an, gardiens, murs, nourriture, soins —, selon les chiffres du ministère de la Justice rapportés par le Sénat. Elle est pleine à craquer : plus de quatre-vingt mille détenus pour quelque soixante-deux mille places, des maisons d’arrêt à plus de cent cinquante pour cent d’occupation, des matelas au sol. Et elle ne guérit personne : sur les sortants de prison de 2016, plus d’un tiers étaient de nouveau condamnés dans l’année, plus de la moitié dans les trois ans, près de deux tiers dans les cinq ans. Le voleur entre, apprend, sort, recommence, rentre. La peine que l’on tient pour humaine fabrique le récidiviste qu’elle prétend corriger.

Alors, honnêtement : enfermer un homme entre quatre murs pendant cinq, dix, vingt ans — lui retirer sa femme, ses enfants, son métier, la lumière, l’air, la dignité ; le livrer à la promiscuité, à la violence, à la drogue, à l’humiliation quotidienne ; le rendre à la société sans travail, sans logement, sans famille, marqué à vie par un casier — est-ce une souffrance moindre qu’une main ? La main est perdue en un instant, une fois, et l’homme rentre chez lui le soir même, auprès des siens, libre, avec sa peine purgée et son expiation faite. La prison est une souffrance durable, dont les répercussions ne finissent pas : sur lui, sur sa femme qui l’attend ou ne l’attend plus, sur ses enfants qui grandissent sans père — et l’on a vu ce que cela produit —, sur la société qui paie, et sur la victime suivante, car il y en aura une. Nous ne disons pas que la question est simple : une main ne se rend pas, et la prison peut mettre hors d’état de nuire un homme dangereux. Nous disons que la réponse n’est pas évidente, et que celui qui la tient pour évidente n’a jamais regardé ni une prison ni un chiffre de récidive. La modernité pénale a un siècle ; la France guillotinait en 1977. Le débat sur ce que punir veut dire n’est clos nulle part — sauf chez ceux qui remplacent l’argument par un adjectif.

IX. Violeurs et pédocriminels — ce que dit la Voie, et ce que fait la France

Et puisqu’on nous parle de barbarie, parlons de ceux dont la barbarie ne fait de doute pour personne. Le viol, dans la Voie, n’est pas un adultère : c’est une agression, et la victime n’est jamais coupable. Le Prophète en a fixé la règle pour une femme agressée sur le chemin de la prière : il ne lui infligea rien — « va, Allah t’a pardonné » — et fit exécuter l’agresseur (Abû Dâwûd, At-Tirmidhî) ; Omar fit de même, libérant une femme contrainte et punissant l’homme. Les juristes mâlikites, avec Ibn al-‘Arabî et Al-Qurtubî, rangent le viol sous le brigandage (hirâba, 5, 33) : la peine peut aller jusqu’à la mort, sans que les quatre témoins du zinâ consensuel soient exigés — la contrainte se prouve par tout moyen. Quant à celui qui s’en prend à un enfant, le fiqh classique ne connaissait pas le mot moderne, mais il connaissait la chose : le ta‘zîr du juge, pour un crime de cette gravité, peut aller jusqu’à la mort selon les juristes des écoles, et l’on ne trouvera dans aucun traité la moindre indulgence pour lui. La Voie, ici, ne discute pas : elle tranche.

Et la France ? En 2023, cent quatorze mille plaintes pour violences sexuelles ont été enregistrées — et le Sénat estime que moins d’une victime sur dix porte plainte. De ces plaintes, la grande majorité sont classées sans suite ; des instructions durent des années ; et le rapport du Sénat sur le suivi des auteurs d’infractions sexuelles constate des sorties de prison sans accompagnement, des injonctions de soins non exécutées, des statistiques de récidive que l’État lui-même reconnaît ne pas savoir mesurer. On a vu des condamnés pour agressions sexuelles conserver des fonctions publiques, parfois au contact de mineurs, avec des peines aménagées qui servent surtout à montrer que l’État n’a pas perdu le nord. Nous ne disons pas que la justice française ne fait rien : elle condamne, et souvent ferme. Nous disons ceci : une civilisation qui laisse neuf viols sur dix sans plainte, la plupart des plaintes sans suite, et ses pédocriminels en liberté surveillée, n’a aucune leçon à donner à une loi qui, sur ces crimes-là, n’a jamais transigé. Que l’on compare les systèmes, pas les images.

X. La part de vérité — et le verrou pour nous

Deux honnêtetés restent dues, et la seconde est à notre charge. La première : même entourées de tous leurs verrous, ces peines heurtent la sensibilité pénale moderne, et le désaccord est réel — philosophique, non de détail : la pénalité moderne croit à la réhabilitation par l’enfermement ; la nôtre croit à la dissuasion, à l’expiation et à la sacralisation d’interdits que la société ne doit pas banaliser. Nous l’assumons, et nous venons de dire pourquoi. La seconde : plusieurs États appliquent aujourd’hui des fragments de ce pénal en piétinant précisément les verrous qui en faisaient la logique — condamnations sans les quatre témoins, aveux extorqués, doute ignoré, peines prononcées dans des sociétés où la justice sociale préalable, celle qu’Omar exigeait avant de punir le voleur, n’existe pas, et où l’on dénonce ce que le Prophète ordonnait de couvrir. Fidèles à la ligne de cette série, nous ne dirons pas seulement que « ce n’est pas la vraie charia » pour nous en laver les mains : ces applications sont faites au nom de la charia, elles façonnent son image dans le monde, et c’est aux musulmans de les porter — et de les critiquer de l’intérieur, avec les armes du fiqh lui-même : la preuve, le doute, le contexte, l’autorité, le voile. Le paradoxe est là : le doute qui devait annuler la peine est ignoré par ceux-là mêmes qui se réclament de la loi. Enfin, pour les musulmans de France, la réponse du droit musulman lui-même est claire, et cette série la répète à chaque dossier (n° 12, 13, 28, 35) : citoyens par pacte, ils sont religieusement tenus de respecter les lois du pays — le respect des engagements est un commandement coranique (5, 1) —, et nulle application privée d’une peine n’est concevable : elle serait, au regard de la charia elle-même, un crime. Nous gardons notre doctrine entière ; nos actes restent dans la loi. Une loi régit les actes, non les consciences.

XI. Le retournement — et la question-test

À celui qui nous montre une main : montrez-nous vos prisons — quatre-vingt mille hommes entassés, deux tiers de récidivistes à cinq ans, quarante mille euros par an chacun — et dites-nous laquelle des deux peines fabrique le plus de souffrance, de veuves de mari vivant et d’enfants sans père. À celui qui nous montre une pierre : montrez-nous les quatre témoins, le doute qui annule, le juge qui détourne le regard quatre fois, la femme qui revient d’elle-même deux ans plus tard — et dites-nous combien de fois, en dix ans de Médine, la pierre est tombée. À celui qui nous parle de barbarie : comptez vos plaintes classées, vos viols sans plainte, vos pédocriminels suivis par personne, vos familles détruites et vos enfants sans père — puis revenez nous parler de ce que protéger veut dire. Question-test : ouvrez un livre de fiqh à la première page et lisez jusqu’au pénal ; dites-nous à quelle page vous arrivez, et ce que vous avez lu en chemin. Et au lecteur musulman : ne fuis pas le dernier chapitre — il est dans ton Livre, il est juste, et tu n’as pas à en rougir. Mais rappelle-toi qu’il est le dernier : la Voie commence dans ton cœur, passe par ta prière, ta parole, ton commerce, ta famille et ton voisin, et ne connaît le juge qu’en dernier recours. Ceux qui invoquent la charia en commençant par la pierre l’ont lue à l’envers — comme ceux qui l’accusent.

XII. Objections et questions fréquentes

Q. La charia, c’est la loi du talion et les mains coupées.

C’est la Voie : adoration, éthique, famille, commerce, solidarité — des centaines de pages dans chaque livre de fiqh avant le pénal, qui en est le dernier chapitre. Réduire la charia à ses peines, c’est réduire le droit français au code pénal.

Q. Mais les peines existent bien ?

Oui, toutes : amputation, fouet, lapidation, talion. Nous les nommons sans rougir. Et nous nommons aussi leurs verrous : quatre témoins de l’impossible, calomnie punie, aveu révocable, doute qui annule, famine qui suspend, juge seul compétent, ordre de couvrir. Un système fait pour punir si rarement que la peine reste une borne.

Q. Combien de fois le Prophète a-t-il lapidé ?

Une poignée de cas en dix ans de Médine — quatre selon les recueils authentiques, tous après aveu répété ou selon la loi des intéressés, aucun après témoignage. Mâ‘iz fut renvoyé quatre fois ; la Ghâmidite revint d’elle-même trois fois, sur deux ans, avec son enfant.

Q. Pourquoi cette femme est-elle revenue ?

Parce qu’elle croyait au Jour du jugement, et préférait la peine de ce monde à celle de l’autre. Seul un croyant peut le comprendre : certains jouent dans ce bas monde comme s’il n’y avait rien après ; le croyant se prépare à rendre des comptes. Toute la différence de nos droits vient de là.

Q. Punir l’adultère, c’est archaïque.

C’est une conception de la famille, que nous assumons face à une société où un mariage sur deux se dissout, où un quart des enfants grandissent sans père, où l’adultère s’affiche sur les bus — et où la criminologie constate ce que l’absence du père produit. Nous tenons la famille pour le socle de la société ; eux pour un arrangement révocable.

Q. La prison est plus humaine que l’amputation.

Pas si sûr. Cent cinq euros par jour, quatre-vingt mille détenus pour soixante-deux mille places, un tiers de récidive dans l’année et deux tiers à cinq ans. Une main est perdue une fois ; vingt ans entre quatre murs sont une souffrance qui ne finit pas — pour l’homme, sa femme, ses enfants, et la victime suivante. La question mérite mieux qu’un adjectif.

Q. Et les violeurs, les pédocriminels ?

La Voie ne transige pas : la victime n’est jamais coupable, le viol relève du brigandage chez les mâlikites, et le ta‘zîr peut aller jusqu’à la mort. La France : cent quatorze mille plaintes en 2023, moins d’une victime sur dix qui porte plainte, la plupart des plaintes classées, un suivi des auteurs que le Sénat juge défaillant. Comparons les systèmes, pas les images.

Q. Les États qui appliquent la charia aujourd’hui le font-ils bien ?

Souvent non : ils piétinent les verrous — preuve, doute, justice sociale, voile — et c’est fait au nom de la charia, donc à porter et à critiquer de l’intérieur, avec le fiqh lui-même.

Q. Un musulman de France peut-il appliquer une peine ?

Jamais. Le pacte de citoyenneté l’oblige (5, 1), et l’application privée d’une peine est un crime au regard de la charia elle-même. Notre doctrine reste entière ; nos actes restent dans la loi.

Synthèse

La charia n’est ni le « code de la terreur » de l’épouvantail, ni la pure spiritualité de la défense honteuse. C’est la Voie (45, 18) : un système complet dont l’immense majorité règle l’adoration, l’éthique, la famille, les échanges et la solidarité, ordonné à la protection de cinq nécessités — la religion, la vie, la raison, la filiation, les biens —, et dont le pénal est le dernier chapitre de chaque livre de fiqh : la page où l’on arrive quand tout le reste a échoué. Sous la Voie, le sang, les biens et l’honneur sont sacrés, le pauvre a un droit, le voisin un rang, le contrat une force, la famille un socle : une société où l’on vit en sécurité et dans le respect de chacun. Le pénal, nommé ici peine par peine, lapidation comprise, a une fonction — enrayer, faire réfléchir, protéger, expier — et cinq verrous — la preuve de l’impossible, le doute qui annule, la famine qui suspend, le juge seul compétent, l’ordre de couvrir — qui en firent une borne rarement franchie : une poignée de cas en dix ans de Médine, Mâ‘iz renvoyé quatre fois, la Ghâmidite revenue d’elle-même, deux ans durant, pour une purification que seul un croyant comprend. Notre norme sur la famille n’est pas la même que celle qui nous juge, et nous l’assumons face aux familles détruites et aux enfants sans père qu’elle produit. La prison qu’on nous oppose à la main coûte quarante mille euros par an, déborde et fabrique deux tiers de récidivistes : la question de la peine humaine mérite mieux qu’un adjectif. Sur les violeurs et les pédocriminels, la Voie tranche là où la France classe sans suite. Reste le double aveu : un désaccord philosophique réel, assumé ; et des États qui invoquent la loi en piétinant ses verrous — à porter, et à combattre avec le fiqh lui-même. Et pour nous, en France : le pacte respecté, la doctrine entière, nulle peine privée jamais. La Voie n’a pas à rougir ; ses caricatures et ses contrefaçons, si.

◆ À retenir — mémo

– Deux esquives à refuser : l’épouvantail (la charia réduite au pénal) et le paravent (« que spiritualité »). Le pénal existe : le nommer, l’expliquer, ne pas rougir.

– Charia = la Voie (45, 18). Dans chaque livre de fiqh, l’ordre est le même : purification, prière, zakât, jeûne, pèlerinage, ventes, contrats, mariage, divorce, héritage… et le pénal au dernier chapitre — le dernier recours, pas le but.

– Les cinq nécessités : la religion, la vie (5, 32), la raison, la filiation, les biens — une loi de protection (21, 107).

– Ce qu’elle produit : sang, biens et honneur sacrés (sermon d’adieu), la zakât comme droit du pauvre, le voisin, les parents, le contrat, l’usure interdite, la famille comme socle — une société où l’on vit en sécurité et dans le respect de chacun.

– Les peines nommées : amputation (5, 38), cent coups (24, 2), lapidation (Sunna et consensus), calomnie (24, 4), hirâba (5, 33), talion avec pardon (2, 178), ta‘zîr. Leur fonction : enrayer, faire réfléchir (2, 179 ; 24, 2), protéger, expier.

– Les cinq verrous : quatre témoins oculaires (sinon la peine frappe l’accusateur), le doute qui annule (Omar, Ibn Mas‘ûd), la famine qui suspend (Omar), le juge seul compétent, et l’ordre de couvrir : « pardonnez-vous les hudûd entre vous » (Abû Dâwûd) ; « Hazzâl, si tu l’avais couvert de ton manteau… ».

– Ce que le Prophète a fait : une poignée de cas en dix ans — Mâ‘iz renvoyé quatre fois (« que ne l’avez-vous laissé ! »), la Ghâmidite revenue trois fois sur deux ans avec son enfant (« un repentir qui suffirait à soixante-dix », Muslim), la Makhzûmite, le manteau de Safwân. Le juge ne voulait pas ; la coupable voulait être purifiée — seul un croyant comprend.

– Notre norme n’est pas la même, et nous l’assumons : un mariage sur deux dissous, un quart des enfants sans père, l’adultère en marché, l’absence du père parmi les premiers facteurs de délinquance — d’où le sérieux de l’islam sur le mariage et ses freins au divorce (4, 35 ; 2, 229). Certains jouent ici-bas ; le croyant se prépare à rendre des comptes.

– La prison contre la main : 105 € par jour, plus de 80 000 détenus pour 62 000 places, un tiers de récidive dans l’année, deux tiers à cinq ans (cohorte 2016). Une souffrance durable aux répercussions sans fin — pas si sûr qu’elle soit plus humaine.

– Violeurs et pédocriminels : la victime jamais coupable (Abû Dâwûd, Omar), hirâba chez les mâlikites, ta‘zîr jusqu’à la mort. France : 114 100 plaintes en 2023, moins d’une victime sur dix qui porte plainte, la plupart classées, un suivi jugé défaillant par le Sénat.

– À porter : les États qui invoquent la charia en piétinant ses verrous — à critiquer de l’intérieur avec le fiqh. Et pour nous : le pacte (5, 1), la doctrine entière, nulle peine privée jamais.

– La question-test : ouvrez un livre de fiqh à la première page et lisez jusqu’au pénal — à quelle page arrivez-vous ?

Sources

Coran : traduction française des sens par Rachid Maach (45, 18 ; 21, 107) ; références discutées en prose : 5, 32-33 et 38 ; 24, 2 et 4 ; 2, 178-179 et 229 ; 4, 35 ; 17, 23 ; 5, 1.

Hadith : Al-Bukhârî et Muslim, sermon du Pèlerinage d’adieu ; Al-Bukhârî et Muslim, hadith du serment d’allégeance (« la peine lui est expiation ») ; Abû Dâwûd et An-Nasâ’î, « pardonnez-vous les hudûd entre vous », authentifié ; Al-Bukhârî et Muslim, récit de Mâ‘iz ; Abû Dâwûd et At-Tirmidhî, « que ne l’avez-vous laissé » et parole à Hazzâl ; Muslim, d’après Burîda, récit de la Ghâmidite et reproche à Khâlid ; Al-Bukhârî et Muslim, les deux juifs jugés selon la Torah et l’affaire du journalier ; Al-Bukhârî et Muslim, la Makhzûmite et l’intercession d’Usâma ; Abû Dâwûd, An-Nasâ’î, le manteau de Safwân ; Abû Dâwûd et At-Tirmidhî, la femme agressée sur le chemin de la prière ; Al-Bukhârî et Muslim, sur le voisin et sur la fraude ; Abû Dâwûd, hadith sur le divorce (chaîne discutée).

Fiqh : ordre des chapitres dans le Mukhtasar de Khalîl, l’Umm d’Ash-Shâfi‘î, la Hidâya d’Al-Marghînânî, le Mughnî d’Ibn Qudâma ; maqâsid chez Al-Ghazâlî (Al-Mustasfâ), Al-‘Izz ibn ‘Abd as-Salâm et Ash-Shâtibî (Al-Muwâfaqât) ; conditions des hudûd et principe du doute dans les quatre écoles, paroles d’Omar et d’Ibn Mas‘ûd ; suspension de la peine du vol l’année de la famine (jurisprudence d’Omar) ; le viol comme hirâba chez Ibn al-‘Arabî et Al-Qurtubî ; le ta‘zîr jusqu’à la mort selon les écoles.

Histoire : études des registres judiciaires ottomans sur la rareté de l’application des hudûd ; témoignages de voyageurs européens sur la sécurité des villes de l’islam classique.

France, chiffres : ministère de la Justice et Sénat, coût journalier de la détention ; ministère de la Justice, statistiques de la population carcérale et taux d’occupation ; ministère de la Justice (SSER), récidive des sortants de prison de la cohorte 2016 à un, trois et cinq ans ; ministère de l’Intérieur (SSMSI), plaintes pour violences sexuelles 2023 ; Sénat, rapport sur le suivi et la prise en charge des auteurs d’infractions sexuelles ; Insee, divorces et familles monoparentales ; études criminologiques sur l’absence paternelle et la délinquance ; ministère de l’Intérieur, homicides intrafamiliaux et conjugaux ; renvois aux dossiers n° 10, 12, 13, 28 et 35.

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