III. Qui veut ça ? Quatre cercles

L’arbre de l’éternité · Chapitre 3 sur 12

III. Qui veut ça ? Quatre cercles

Transhumanisme, intelligence artificielle et la fin de la transmission

Il faut ici être précis, car l’imprécision fait le lit du complotisme. Personne n’a réuni un conseil pour décider d’asservir l’humanité. Mais un projet n’a pas besoin de comité pour être un projet : il a besoin de croyants, d’argent, d’institutions et de consentement. Les quatre cercles existent.

Premier cercle : les croyants. Ce sont les théoriciens, de Fedorov à Bostrom en passant par Kurzweil. Ils sont sincères ; c’est ce qui les rend efficaces. Ils croient vraiment que la mort est une maladie, que le corps est une machine perfectible et que l’esprit est un logiciel. Leur croyance a tous les traits d’une religion : un mythe des origines (l’évolution comme processus à achever), une eschatologie (la Singularité), une promesse de salut (l’immortalité), des rites (la cryonie, le suivi biométrique quotidien), et même des églises : en 2015, l’ingénieur Anthony Levandowski, pionnier de la voiture autonome chez Google, a fondé une Église de l’intelligence artificielle, Way of the Future, pour préparer l’adoration d’une « divinité » fondée sur l’IA.

Deuxième cercle : les financiers. Ce sont les hommes les plus riches de l’histoire, et ils ont un point commun avec les bâtisseurs de ʿÂd : ils ont tout, sauf le temps. Le Coran l’avait dit : « Chacun d’eux voudrait vivre mille ans » (2:96). Un homme qui possède deux cents milliards de dollars et qui va mourir comme un mendiant n’a qu’un seul problème à résoudre, et il a les moyens de payer des milliers de chercheurs pour le résoudre. Mais un financier n’est pas un philanthrope : ce qu’il finance, il le possède. Calico, Altos, Neuralink, OpenAI ne sont pas des fondations ; ce sont des entreprises, et le produit qu’elles vendront, c’est vous.

Troisième cercle : les institutions. Le mot « transhumanisme » est né sous la plume du premier patron de l’UNESCO. La DARPA, l’agence de recherche de l’armée américaine, finance depuis des décennies les interfaces cerveau-machine, le soldat « augmenté » et l’intelligence artificielle. Le Forum de Davos en fait le programme de la « quatrième révolution industrielle ». Les États ne sont pas spectateurs : ils sont clients, car un homme augmenté est aussi un homme connecté, donc localisable, mesurable et gouvernable.

Quatrième cercle : nous. C’est le cercle décisif, et le seul qu’on n’aime pas nommer. Aucune puce ne sera implantée de force ; on fera la queue pour l’obtenir. Personne ne nous a obligés à confier notre mémoire au téléphone, nos amitiés à une plateforme, nos questions à un chatbot, nos enfants à un écran. Le transhumanisme ne s’impose pas : il se propose, et il gagne parce que chaque étape est confortable. Le Coran nomme cela al-gharûr, le grand trompeur, et avertit : « Que la vie présente ne vous trompe pas, et que le grand trompeur ne vous trompe pas au sujet d’Allah » (35:5). Le transfert de confiance dont parle ce dossier ne se fait pas contre nous : il se fait avec notre signature.