De Zakariyyâ à ’Îsâ

Figures de l’islam · Les prophètes et messagers · 3/4

De Zakariyyâ à ’Îsâ

Zakariyyâ, Yahyâ, Maryam, ’Îsâ fils de Maryam, et la notice de Muhammad ﷺ, sceau des prophètes.

PARTIE I — CADRE DE LA SÉRIE

1. Où nous en sommes

Les séries 1 et 2 ont conduit le lecteur d’Adam à Yunus : vingt et un prophètes, des origines de l’humanité à la Ninive assyrienne. Cette troisième série achève la liste des vingt-cinq nommés dans le Coran, avec les quatre derniers : Zakariyya, Yahya, ’Isa — les trois prophètes d’Israël du Ier siècle, liés entre eux par le sang et par la mission — et, six siècles plus tard, Muhammad ﷺ, le Sceau. Entre eux, Maryam, mère de ’Isa, seule femme nommée dans le Coran et la seule à qui une sourate est consacrée : elle n’est pas comptée parmi les prophètes par la majorité des savants, mais on ne peut raconter ’Isa sans elle, et le Coran lui-même l’a placée « au-dessus des femmes des mondes ».

Cette série est aussi celle où le dossier rencontre directement le christianisme. Zakariyya, Yahya (Jean-Baptiste), Maryam (Marie) et ’Isa (Jésus) sont des figures que le lecteur non musulman connaît par les Évangiles ; le Coran en parle avec un respect que ce dossier reproduit, et en diverge sur des points que ce dossier expose sans polémique : la nature de ’Isa, la crucifixion, la Trinité. La règle éditoriale reste la même qu’ailleurs : exposer ce que l’islam affirme, à partir de ses sources, et laisser au lecteur le soin de comparer ; ne rien attaquer, ne rien caricaturer.

Une précision sur la dernière notice. La vie de Muhammad ﷺ fait l’objet, sur convertistoislam.fr, d’un projet biographique complet et distinct — des parents à la mort, avec les récits, d’après Le Nectar cacheté et les sources classiques. La notice de ce dossier ne refait pas cette biographie : elle traite Muhammad ﷺ comme les autres prophètes, selon le même plan — généalogie, apparence physique d’après les compagnons, caractère, miracles, ce qui le distingue de tous les autres —, et renvoie au projet biographique pour le récit de sa vie.

2. Le monde de cette série

La Palestine romaine. Depuis 63 av. J.-C., la Judée est sous domination romaine ; le roi Hérode, puis ses fils, gouvernent pour Rome ; le Temple de Jérusalem, rebâti par Hérode, est le centre de la vie religieuse ; le sacerdoce, issu de Harun, en a la charge — Zakariyya en fait partie. Les Israélites attendent un Messie ; des ascètes vivent au désert ; les sectes se disputent l’interprétation de la Torah. C’est là que naissent Yahya et ’Isa, à quelques mois d’intervalle, et que ’Isa prêche trois ans avant d’être élevé.

L’Arabie du VIIe siècle. Six siècles plus tard, La Mecque est une cité marchande et un sanctuaire idolâtre autour d’une Maison qu’Ibrahim a bâtie ; les Arabes gardent des bribes de la religion d’Ibrahim — le pèlerinage, la circoncision, le respect de la Ka’ba — mêlées à trois cent soixante idoles ; des Juifs vivent à Yathrib et à Khaybar, des chrétiens à Najran et en Syrie, et quelques hunafa’ cherchent la religion d’Abraham sans la trouver. Deux empires — Byzance et la Perse — s’épuisent l’un contre l’autre au nord. C’est là que naît Muhammad ﷺ, vers 570.

3. La famille de ’Imran

Le Coran nomme une sourate « la famille de ’Imran » (Al ’Imran, 3) et déclare : « Allah a choisi Adam, Nuh, la famille d’Ibrahim et la famille de ’Imran au-dessus des mondes » (3:33). ’Imran est le père de Maryam (3:35 ; 66:12) — distinct de ’Imran, père de Musa et Harun, plus de mille ans plus tôt ; les exégètes précisent que la première est de la descendance du second. La famille de ’Imran, telle que les exégètes la reconstituent (Ibn Ishaq, Ibn Kathir — niveau rapporté) :

Personne Lien Remarque
’Imran Père de Maryam ; de la tribu de Lawi, lignée de Harun Mort avant la naissance de Maryam ; « imam » ou notable du Temple
Hanna (Anne) Épouse de ’Imran, mère de Maryam Fit le vœu de consacrer l’enfant au Temple (3:35)
Maryam Fille de ’Imran et Hanna Confiée à Zakariyya ; mère de ’Isa
Zakariyya Époux de la sœur de Maryam (Isha’) ou de la sœur de Hanna, selon les rapports Prêtre du Temple ; charpentier ; tuteur de Maryam
Isha’ (Élisabeth) Épouse de Zakariyya Stérile jusqu’à la vieillesse ; mère de Yahya
Yahya Fils de Zakariyya Cousin de ’Isa, de six mois son aîné
’Isa Fils de Maryam Né sans père

Les liens exacts entre Isha’ et Maryam divergent : Ibn Ishaq fait d’Isha’ la sœur de Maryam, d’autres la tante maternelle ; dans les deux cas, Zakariyya est le proche parent le plus indiqué pour la tutelle, et Yahya et ’Isa sont cousins.

4. L’intervalle (al-fatra)

« Ô gens du Livre, Notre Messager est venu à vous, vous exposant les choses après un intervalle sans messagers » (5:19). Entre ’Isa et Muhammad ﷺ, il n’y eut aucun prophète : « Je suis, de tous les hommes, le plus proche de ’Isa fils de Maryam, dans ce monde et dans l’autre ; il n’y a pas de prophète entre lui et moi » (Bukhari 3442, Muslim 2365 — établi). L’intervalle dura environ six siècles — cinq cent soixante-dix ans selon Ibn ’Abbas, six cents selon Salman (Bukhari 3948 — établi). Pendant ce temps, le message de ’Isa fut transmis, traduit, interprété, et l’islam considère qu’il fut altéré dans sa doctrine — la divinité de ’Isa, la Trinité — tout en gardant la trace du monothéisme : le Coran distingue parmi les chrétiens ceux qui « ne s’enflent pas d’orgueil » et pleurent en entendant le Coran (5:82-83).

5. Chronologie

Personne Dates approximatives Repères
Zakariyya Ier siècle av. J.-C. – Ier siècle Prêtre sous Hérode ; mort après la naissance de Yahya, à un âge avancé
Yahya vers 6 av. J.-C. – vers 29 Né six mois avant ’Isa ; exécuté par Hérode Antipas
Maryam vers 20 av. J.-C. – après 33 Née à Jérusalem ou Nazareth ; mort inconnue
’Isa vers 6 av. J.-C. – élevé vers 30-33 Né à Bayt Lahm (Bethléem) selon la tradition ; prêcha trois ans
L’intervalle vers 30 – 610 Environ six siècles sans prophète
Muhammad ﷺ 570 (année de l’Éléphant) – 632 (11 H) Révélation à quarante ans ; Hégire en 622

Les dates de Yahya et de ’Isa suivent la chronologie des historiens, qui fait naître ’Isa quelques années avant le début de « l’ère chrétienne » fixée au VIe siècle par un moine qui s’était trompé de calcul.

6. Rappel des niveaux de preuve

Coranique — dit par le Coran. Établi — hadith de Bukhari, Muslim, ou jugé authentique ou bon. Rapporté — tradition des compagnons ou des exégètes. Isra’iliyyat / discuté — récit d’origine biblique ou évangélique, ou de chaîne faible ; rapporté avec réserve. Populaire — tradition tardive sans source. Rejeté — contredit par le Coran ou la Sunna.

Pour cette série, une catégorie de sources s’ajoute : les Évangiles et les Actes, que les exégètes musulmans citent parfois pour Zakariyya, Yahya, Maryam et ’Isa — Ibn Kathir les résume dans ses Qisas. Ils sont traités comme les isra’iliyyat : reçus quand le Coran les confirme, rejetés quand il les contredit, rapportés avec réserve quand il se tait.

7. Méthode approfondie pour ce volume : comparer sans caricaturer

La série 1 (Partie I, section 9) a exposé la méthode générale ; ce volume, qui rencontre directement le christianisme, y ajoute quatre règles.

Trois niveaux, jamais mélangés. Quand un passage coranique diverge des Évangiles, le dossier présente : ce que dit le Coran ; ce que rapporte la tradition chrétienne ; ce que les historiens peuvent ou ne peuvent pas établir. Sur la crucifixion, par exemple : le Coran nie que ’Isa ait été tué ou crucifié ; les Évangiles affirment sa mort sur la croix et sa résurrection ; l’histoire profane atteste l’exécution d’un homme nommé Jésus sous Ponce Pilate, sans pouvoir dire qui mourut ni ce qu’il advint de lui. Le musulman croit le premier niveau, respecte le second, et reconnaît les limites du troisième.

« Selon la doctrine islamique. » Les affirmations sur l’altération des Évangiles, sur la Trinité comme exagération, sur l’Injil comme livre distinct sont des affirmations de foi ; le dossier les écrit avec cette marque — « selon la doctrine islamique », « pour le Coran » —, et non comme des résultats d’histoire neutre. Le lecteur chrétien doit reconnaître sa foi dans la description qu’on en fait, même s’il ne la partage pas ; c’est la seule manière de rendre un dossier musulman crédible à qui ne l’est pas.

Les annonces bibliques de Muhammad ﷺ. Deutéronome 18:18, le Paraclet de Jean, le Cantique 5:16 sont des lectures musulmanes classiques — Ibn Qayyim, Ibn Taymiyya, Rahmatullah al-Kairanawi —, et le dossier les présente comme telles, en mentionnant les lectures chrétiennes concurrentes (le prophète comme Josué ou Jésus ; le Paraclet comme l’Esprit saint). Le Coran affirme que les gens du Livre « le connaissent comme ils connaissent leurs fils » (2:146) ; il n’affirme pas que tel verset précis de la Bible actuelle le nomme.

Les liens familiaux et les dates. Les liens entre Maryam, Zakariyya, Isha’ et Yahya sont rapportés avec des variantes ; le dossier les conserve toutes, sans en choisir une arbitrairement. Les dates de Zakariyya, Yahya, Maryam et ’Isa sont des reconstructions historiques, non des données révélées.

Lire les tafsirs comme des tafsirs. Sur 3:55 (mutawaffika), sur 4:157 (shubbiha lahum), sur 4:171 (kalimatuhu, ruhun minhu), al-Tabari, al-Razi, al-Qurtubi et Ibn Kathir ne disent pas la même chose ; les rubriques « Regards des exégètes » de ce volume comparent leurs arguments.

PARTIE II — LES PROPHÈTES

22. Zakariyya — le vieillard exaucé

Fiche d’identité Zakariyya
Nom Zakariyya (زكريا) — Zacharie
Statut Prophète, prêtre du Temple, tuteur de Maryam, père de Yahya
Mentions dans le Coran 7 fois ; récits dans 3:37-41, 6:85, 19:2-11, 21:89-90
Lignée Tribu de Lawi, descendance de Harun (rapporté)
Épouse Isha’ (Élisabeth), stérile jusqu’à la vieillesse
Fils Yahya
Métier Charpentier (Muslim 2379)
Mort Tué par les Banu Isra’il selon la tradition (discuté) ; à un âge très avancé
Sépulture Grande Mosquée d’Alep — populaire

En une phrase : un vieillard aux os affaiblis, qui vit des fruits d’hiver en été dans la chambre de Maryam et comprit que Celui qui les donnait pouvait aussi donner un fils à une femme stérile.

A. Ce que dit le Coran

La tutelle de Maryam (3:37, 3:44). « Son Seigneur l’accueillit d’un bel accueil, la fit croître d’une belle croissance, et Zakariyya en eut la charge. » Le Coran révèle que la charge fut tirée au sort : « Tu n’étais pas auprès d’eux quand ils jetaient leurs calames pour savoir qui d’entre eux aurait la charge de Maryam » (3:44) — les prêtres se disputaient l’honneur ; les exégètes rapportent qu’ils jetèrent leurs calames dans le Jourdain et que seul celui de Zakariyya surnagea, ou remonta le courant (rapporté).

Le fruit hors saison (3:37). « Chaque fois que Zakariyya entrait auprès d’elle dans le sanctuaire, il trouvait près d’elle de la nourriture. — Ô Maryam, d’où cela te vient-il ? — Cela vient d’Allah ; Allah pourvoit à qui Il veut, sans compter. » Les exégètes rapportent que c’étaient des fruits d’été en hiver et d’hiver en été (Ibn Kathir — rapporté). « C’est là que Zakariyya invoqua son Seigneur » (3:38) : la vue de l’impossible réalisé le poussa à demander l’impossible.

La prière secrète (19:2-6). « Rappel de la miséricorde de ton Seigneur envers Son serviteur Zakariyya, quand il invoqua son Seigneur d’une invocation secrète : “Seigneur, mes os se sont affaiblis, ma tête s’est enflammée de blancheur, et je n’ai jamais été malheureux en T’invoquant. Je crains ceux qui viendront après moi, et ma femme est stérile ; accorde-moi, de Ta part, un successeur qui hérite de moi et hérite de la famille de Ya’qub, et fais qu’il soit agréé, Seigneur.” » Et dans la sourate 3 : « Seigneur, accorde-moi, venant de Toi, une descendance excellente ; Tu es Celui qui entend la prière » (3:38). Ce dont il craint la perte, précisent les exégètes, n’est pas un bien matériel — les prophètes ne laissent pas d’héritage — mais la science et la prophétie.

La réponse et le signe (19:7-11 ; 3:39-41). « Ô Zakariyya, Nous t’annonçons un garçon dont le nom sera Yahya ; Nous n’avons donné ce nom à personne avant lui. — Seigneur, comment aurais-je un garçon, alors que ma femme est stérile et que j’ai atteint l’extrême vieillesse ? — Ainsi. Ton Seigneur a dit : cela M’est facile ; Je t’ai créé auparavant alors que tu n’étais rien. — Seigneur, donne-moi un signe. — Ton signe : tu ne parleras pas aux gens pendant trois nuits, tout en étant bien portant. » Il sortit vers son peuple et leur fit signe : glorifiez matin et soir. Les anges l’avaient appelé « alors qu’il priait debout dans le sanctuaire » (3:39).

Le couple exaucé (21:89-90). « Et Zakariyya, quand il invoqua son Seigneur : “Seigneur, ne me laisse pas seul, Tu es le meilleur des héritiers.” Nous l’exauçâmes, lui donnâmes Yahya et guérîmes son épouse pour lui. Ils rivalisaient dans les bonnes œuvres, Nous invoquaient par désir et par crainte, et étaient humbles devant Nous. »

B. Ce que disent les hadiths

  • Le charpentier. « Zakariyya était charpentier » (Muslim 2379 — établi). Un prophète, prêtre du Temple, vivant du travail de ses mains : les savants le rapprochent de Dawud forgeron de cottes de mailles et de Nuh constructeur.
  • Aucun autre hadith authentique ne concerne sa vie ; le récit de sa mort vient des exégètes.

C. Origine, famille, généalogie

Zakariyya ibn Adan ibn Muslim ibn Sadduq, de la descendance de Harun, selon Ibn Ishaq (rapporté) ; prêtre du Temple de Jérusalem, chargé du service de l’encens selon l’Évangile de Luc, que les exégètes reprennent (isra’iliyyat). Époux d’Isha’ (Élisabeth), de la lignée de Harun elle aussi, sœur de Hanna, mère de Maryam — ou sœur de Maryam (rapporté, divergent). Tuteur de Maryam, il fut le seul homme à entrer dans sa chambre du Temple. Père de Yahya, né alors que le Coran le dit « d’une extrême vieillesse » — quatre-vingt-dix-neuf ans selon Ibn ’Abbas, cent vingt selon d’autres (rapporté).

D. Apparence physique

Le Coran donne le seul portrait établi : les os affaiblis, la tête blanche « enflammée » — image de la vieillesse. Rien d’autre.

E. Miracles et signes

La naissance de Yahya d’une femme stérile et d’un vieillard ; les trois jours de silence, sans mutisme ; le calame qui surnage (rapporté).

F. Sagesse, caractère, paroles

La prière à voix basse. « D’une invocation secrète » (19:3) : les exégètes en font le modèle de l’invocation, discrète, sans ostentation, et rappellent que le Coran dit : « Invoquez votre Seigneur en toute humilité et en secret » (7:55). Al-Sa’di : Zakariyya cacha sa prière pour qu’on ne le juge pas déraisonnable de demander un fils à cent ans.

La confiance qui argumente. « Je n’ai jamais été malheureux en T’invoquant » : il fonde sa demande sur l’expérience de l’exaucement.

La question qui n’est pas un doute. « Comment aurais-je un garçon ? » — même question que Sara, que Maryam. Les exégètes la lisent comme l’étonnement de celui qui veut savoir le moyen, non comme une réticence : la réponse « ainsi » le satisfait.

Le couple vertueux. « Ils rivalisaient dans les bonnes œuvres » : Zakariyya et Isha’ sont, avec Ibrahim et Sara, le modèle coranique du couple uni dans la piété.

Regards des exégètes

« Un successeur qui hérite de moi » (19:5-6). De quoi ? Al-Qurtubi et Ibn Kathir : de la science et de la prophétie, non des biens — le hadith « nous, les prophètes, ne laissons pas d’héritage » (Bukhari 3093) l’exclut, et un prophète ne demande pas un fils pour de l’argent ; « qui hérite de la famille de Ya’qub » : la prophétie qui s’y transmettait. Al-Razi ajoute que Zakariyya craignait « ceux qui viendraient après lui » — ses cousins, indignes de la charge — et demanda un héritier « agréé », c’est-à-dire pieux.

« Comment aurais-je un garçon ? » (19:8). La même question que Sara et que Maryam : al-Razi distingue la question qui doute — celle d’Iblis, « pourquoi ? » — de la question qui demande le moyen — « comment ? » —, et note que la réponse « ainsi » suffit à celui qui croit : « Je t’ai créé auparavant alors que tu n’étais rien » (19:9) — l’argument de la première création pour la seconde.

Le signe du silence (3:41 ; 19:10). Trois jours sans parler aux hommes, « tout en étant bien portant » : Ibn Kathir — un signe qui n’ôte que ce que l’on peut donner, et qui consacre trois jours au dhikr ; al-Qurtubi en tire la permission de communiquer par signes en prière ou en jeûne de parole, et note que le vœu de silence de Maryam (19:26) est du même ordre.

G. Détails marquants

Le signe du silence. Zakariyya ne fut pas frappé de mutisme — il pouvait glorifier Allah — mais empêché de parler aux hommes : un signe qui ne le prive que de ce qu’il peut sacrifier. Les exégètes y voient aussi une consigne : trois jours de dhikr pur, comme remerciement.

La mort de Zakariyya. La tradition rapporte (Ibn Ishaq, Wahb — isra’iliyyat/discuté) que les Banu Isra’il, l’accusant faussement à propos de Maryam, le poursuivirent ; qu’un arbre s’ouvrit pour le cacher ; que Satan leur montra un pan de son vêtement ; qu’ils scièrent l’arbre et lui avec. Ibn Kathir rapporte le récit et note qu’aucun hadith authentique ne le confirme, et que d’autres le font mourir naturellement. Le Coran dit seulement que les Banu Isra’il « tuaient les prophètes sans droit » (2:61 ; 3:21).

Le calame dans le Jourdain. Le Coran atteste le tirage au sort ; le fleuve et le calame qui remonte sont des détails d’exégètes (rapporté).

Le tombeau d’Alep. La Grande Mosquée d’Alep abrite un mausolée attribué à Zakariyya depuis le Moyen Âge — populaire ; la mosquée des Omeyyades de Damas abrite celui de Yahya.

H. Ce que l’on retient

  • Voir l’impossible donne le courage de le demander. Les fruits de Maryam ont fait prier Zakariyya.
  • L’invocation secrète est la plus forte. Un prophète cache sa prière ; le Coran la révèle.
  • Un prophète charpentier. Le travail manuel n’est pas indigne de celui qui garde le Temple.

I. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
La tutelle, le tirage au sort, la prière, Yahya, le signe Coran 3, 19, 21 Coranique
Charpentier Muslim 2379 Établi
Généalogie de Harun ; Isha’ ; son âge Ibn Ishaq, exégètes Rapporté
Fruits hors saison Exégètes Rapporté
Calame qui surnage Exégètes Rapporté
Mort scié dans l’arbre Ibn Ishaq, Wahb Isra’iliyyat / discuté
Tombeau d’Alep Tradition locale Populaire

23. Yahya — le premier à porter ce nom

Fiche d’identité Yahya
Nom Yahya (يحيى), « il vit » — Jean-Baptiste ; « Nous n’avons donné ce nom à personne avant lui » (19:7)
Statut Prophète, « seigneur, chaste, prophète parmi les vertueux » (3:39)
Mentions dans le Coran 5 fois ; 3:39, 6:85, 19:7-15, 21:90
Parents Zakariyya et Isha’
Lien Cousin de ’Isa, de six mois son aîné (rapporté)
Mort Décapité sur l’ordre d’un roi, à la demande d’une femme (isra’iliyyat, rapporté par les exégètes)
Sépulture Tête vénérée à la mosquée des Omeyyades, Damas — populaire

En une phrase : l’enfant à qui la sagesse fut donnée avant l’âge, l’homme qui ne fit jamais de mal et ne connut pas de femme, le prophète tué pour avoir dit non à un roi.

A. Ce que dit le Coran

L’annonce (3:39). « Les anges l’appelèrent alors qu’il priait debout dans le sanctuaire : Allah t’annonce Yahya, confirmateur d’une Parole d’Allah, seigneur, chaste, prophète parmi les vertueux. » Trois titres : sayyid — seigneur, maître de lui-même et des autres ; hasur — chaste, celui qui se retient ; nabi min al-salihin. « Confirmateur d’une Parole d’Allah » : de ’Isa, que le Coran appelle « une Parole venant de Lui » (3:45) — Yahya fut le premier à croire en ’Isa et à l’annoncer.

Le portrait (19:12-15). « Ô Yahya, prends le Livre avec force ! Et Nous lui donnâmes la sagesse alors qu’il était enfant, ainsi qu’une tendresse venant de Nous, et une pureté ; il était pieux, bon envers ses parents, ni tyran ni rebelle. Paix sur lui le jour où il naquit, le jour où il mourra, et le jour où il sera ressuscité vivant. » Six qualités, et une triple paix — que ’Isa se donnera à lui-même dans le berceau (19:33).

Les parents (21:90). « Nous l’exauçâmes, lui donnâmes Yahya et guérîmes son épouse » — Yahya est un don et une guérison.

B. Ce que disent les hadiths

  • Au deuxième ciel. « Je trouvai Yahya et ’Isa, les deux cousins maternels ; ils me souhaitèrent la bienvenue et prièrent pour mon bien » (Bukhari 349, Muslim 162 — établi).
  • Les cinq commandements. Le Prophète ﷺ raconta : « Allah ordonna à Yahya fils de Zakariyya cinq paroles, à mettre en pratique et à faire pratiquer par les Banu Isra’il ; comme il tardait, ’Isa lui dit : “Allah t’a ordonné cinq paroles ; ou tu les transmets, ou je les transmettrai. — Mon frère, je crains, si tu me devances, d’être châtié ou englouti.” Il rassembla les Banu Isra’il dans le Temple, s’assit sur une estrade, loua Allah et dit : “Allah m’a ordonné cinq paroles… La première : n’associez rien à Allah — car celui qui associe est comme un homme qui achète un esclave de son argent, et l’esclave travaille pour un autre que lui. Il vous ordonne la prière — et quand vous priez, ne vous détournez pas, car Allah tourne Son visage vers le visage de Son serviteur tant qu’il ne se détourne pas. Il vous ordonne le jeûne — comme un homme qui porte un sachet de musc dans un groupe : tous en sentent le parfum ; et l’haleine du jeûneur est meilleure auprès d’Allah que l’odeur du musc. Il vous ordonne l’aumône — comme un homme capturé par l’ennemi, qui dit : je me rachète, peu ou beaucoup, et se rachète. Et Il vous ordonne le rappel d’Allah — comme un homme poursuivi par l’ennemi, qui se réfugie dans une forteresse ; le serviteur n’est jamais mieux protégé de Satan que par le rappel d’Allah.” » (Tirmidhi 2863, Musnad Ahmad 17170 — jugé authentique par al-Tirmidhi, Ibn Khuzayma, al-Hakim ; niveau établi). Le Prophète ﷺ ajouta ses propres cinq : l’obéissance, la communauté, l’émigration, le combat, et il définit le musulman.
  • Sans péché. « Il n’est aucun fils d’Adam qui n’ait péché ou pensé à pécher, sauf Yahya fils de Zakariyya » (Musnad Ahmad 2294, al-Hakim — chaîne discutée ; Ibn Kathir la rapporte, d’autres la jugent faible). Un autre hadith, plus faible encore, rapporte que Yahya était hasur au sens de « qui n’avait pas ce qu’ont les hommes » ; les savants préfèrent le sens : qui se retenait des femmes par ascèse, ou des péchés (Ibn Kathir).
  • Yahya et ’Isa. Ibn ’Abbas, à propos de « la Parole d’Allah » : Yahya fut le premier à croire en ’Isa (al-Tabari — rapporté).

C. Origine, famille, généalogie

Fils de Zakariyya et d’Isha’, de la lignée de Harun ; cousin de ’Isa par sa mère ; né six mois avant lui selon Ibn Ishaq (rapporté). Il n’eut ni femme ni enfant — c’est le sens le plus courant de hasur. Il vécut au désert, vêtu de poil, nourri de sauterelles et de miel sauvage, selon l’Évangile de Marc, que les exégètes reprennent (isra’iliyyat, rapporté par Ibn Kathir). Il prêchait la repentance et la purification par immersion — d’où le nom que les chrétiens lui donnent.

D. Apparence physique

Rien d’établi. Les exégètes rapportent qu’il était doux de visage et de corps, portait le poil et vivait maigre (isra’iliyyat).

E. Miracles et signes

Sa naissance ; la sagesse reçue enfant (19:12) — les exégètes rapportent que, tout petit, invité à jouer par des enfants, il répondit : « Nous ne sommes pas créés pour jouer » (Ibn ’Abbas — rapporté) ; la paix triple. Le Coran ne lui attribue aucun miracle spectaculaire, et la Bible non plus : il fut, dit l’Évangile, « une voix ».

F. Sagesse, caractère, paroles

La tendresse (hanan). Un mot rare, réservé à lui dans le Coran : la tendresse envers Allah, envers ses parents, envers les hommes. « Ni tyran ni rebelle » : ni dur pour les autres ni révolté contre Allah.

Les cinq paraboles. Le hadith de Tirmidhi conserve le seul sermon d’un prophète d’Israël rapporté mot pour mot par le Prophète ﷺ : l’esclave qui travaille pour un autre, le musc du jeûneur, le captif qui se rachète, la forteresse du dhikr. Il est enseigné depuis quatorze siècles.

Le refus. Il mourut pour avoir refusé de cautionner un mariage illicite : la parole d’un prophète ne se vend pas.

La chasteté. « Seigneur des jeunes gens du Paradis » avec al-Hasan et al-Husayn selon un hadith faible ; le titre coranique hasur a fait de lui, pour les ascètes musulmans, le modèle du renoncement.

G. Détails marquants

Le nom. « Nous n’avons donné ce nom à personne avant lui » (19:7) : Yahya, « il vit », donné par Allah, comme Il nomma ’Isa et Ahmad.

Sa mort. Les exégètes (Ibn Ishaq, Wahb, al-Tabari — isra’iliyyat) rapportent qu’un roi de Damas ou de Palestine voulut épouser la fille de son frère, ou la femme de son frère ; que Yahya déclara le mariage illicite ; que la femme, ou sa fille, demanda sa tête en cadeau et l’obtint sur un plateau ; et que son sang, dans un plateau, ne cessa de bouillir jusqu’à ce que Nabuchodonosor — ou un autre roi — tue soixante-dix mille Israélites en expiation : Ibn Kathir rapporte ce dernier détail comme l’un des rapports sur le sac de Jérusalem, en signalant l’incertitude chronologique. L’Évangile de Marc donne le récit d’Hérode, d’Hérodiade et de Salomé, que les exégètes musulmans n’ont pas connu sous ces noms.

La tête de Damas. La mosquée des Omeyyades conserve un mausolée de la tête de Yahya, découverte, selon la tradition, lors de la construction de la mosquée sous al-Walid ; les musulmans et les chrétiens de Damas l’honorent (populaire, mais ancien).

Le hadith des cinq. Le sermon de Yahya se termine par le Prophète ﷺ ajoutant les siens : c’est ainsi que la Sunna tient ensemble les prophètes.

H. Ce que l’on retient

  • La sagesse n’attend pas l’âge. Allah la donna à un enfant.
  • Le dhikr est une forteresse. La parabole de Yahya est la meilleure définition du rappel d’Allah.
  • Dire non à un roi. Yahya est le prophète du refus, et il l’a payé de sa tête.

I. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
L’annonce, les titres, le portrait, la triple paix Coran 3, 19, 21 Coranique
Au deuxième ciel avec ’Isa Bukhari 349, Muslim 162 Établi
Les cinq commandements et paraboles Tirmidhi 2863, Ahmad Établi (jugé authentique)
« Sans péché, sauf Yahya » Ahmad 2294, al-Hakim Discuté
Six mois avant ’Isa ; cousin Ibn Ishaq Rapporté
« Nous ne sommes pas créés pour jouer » Ibn ’Abbas Rapporté
Désert, poil, sauterelles, immersion Évangiles via Ibn Kathir Isra’iliyyat
Décapité à la demande d’une femme Ibn Ishaq, Wahb, al-Tabari Isra’iliyyat / discuté
Tête à Damas Tradition locale Populaire

Notice — Maryam, la choisie parmi les femmes

Fiche d’identité Maryam
Nom Maryam (مريم) — Marie ; « fille de ’Imran », « sœur de Harun » (19:28)
Statut « Véridique » (siddiqa, 5:75) ; choisie et purifiée « au-dessus des femmes des mondes » (3:42) ; prophétesse selon une minorité de savants
Mentions dans le Coran 34 fois — la seule femme nommée ; sourate 19 porte son nom ; récits dans 3:35-47, 19:16-34, 21:91, 23:50, 66:12
Parents ’Imran et Hanna (Anne)
Enfant ’Isa, né sans père
Lieu Jérusalem (le Temple) ; le lieu de la naissance, « un lieu éloigné » (19:22), identifié à Bayt Lahm (Bethléem)
Mort et sépulture Inconnues ; tombeau attribué dans la vallée du Cédron, Jérusalem — populaire

En une phrase : vouée au Temple avant sa naissance, nourrie de fruits hors saison, visitée par un ange sous forme d’homme, mère sans père sous un palmier — la femme que le Coran nomme trente-quatre fois et place au-dessus de toutes.

A. Ce que dit le Coran

Le vœu de sa mère (3:35-37). « La femme de ’Imran dit : Seigneur, je Te voue ce qui est dans mon ventre, consacré à Ton service ; accepte-le de moi. Quand elle en fut délivrée : “Seigneur, j’ai mis au monde une fille” — et Allah savait ce qu’elle avait enfanté, et le garçon n’est pas comme la fille — “je l’ai nommée Maryam, et je la place sous Ta protection contre Satan le lapidé, elle et sa descendance.” Son Seigneur l’accueillit d’un bel accueil. » La mère voulait un garçon pour le Temple ; Allah accepta la fille ; et la fille dépassa ce que le garçon aurait été.

L’élection (3:42-43). « Ô Maryam, Allah t’a choisie, t’a purifiée, et t’a choisie au-dessus des femmes des mondes. Ô Maryam, obéis à ton Seigneur, prosterne-toi et incline-toi avec ceux qui s’inclinent. »

L’annonce (3:45-47 ; 19:16-21). Elle se retire à l’est du Temple, derrière un voile ; « Nous lui envoyâmes Notre Esprit, qui se présenta à elle sous la forme d’un homme parfait. — Je me réfugie contre toi auprès du Miséricordieux, si tu es pieux ! — Je ne suis que l’envoyé de ton Seigneur, pour te donner un garçon pur. — Comment aurais-je un garçon, alors qu’aucun homme ne m’a touchée, et que je ne suis pas une prostituée ? — Ainsi ; ton Seigneur a dit : cela M’est facile, et Nous ferons de lui un signe pour les hommes et une miséricorde de Notre part ; c’est une affaire décidée. » Et l’Esprit — Jibril — souffle en elle (21:91 ; 66:12).

L’enfantement (19:22-26). « Elle le porta et se retira avec lui en un lieu éloigné. Les douleurs la poussèrent au tronc du palmier : “Que ne suis-je morte avant cela, oubliée et effacée !” Il l’appela d’au-dessous d’elle : “Ne t’attriste pas ; ton Seigneur a placé sous toi un ruisseau ; secoue vers toi le tronc du palmier, il fera tomber sur toi des dattes fraîches et mûres ; mange, bois, et que ton œil se réjouisse ; et si tu vois quelqu’un, dis : j’ai voué un jeûne au Miséricordieux, je ne parlerai à personne aujourd’hui.” »

Le retour et le berceau (19:27-33). « Elle vint vers son peuple en le portant. — Ô Maryam, tu as fait une chose monstrueuse ! Ô sœur de Harun, ton père n’était pas un homme mauvais, ni ta mère une prostituée ! — Elle fit signe vers lui. — Comment parlerions-nous à un enfant au berceau ? — Il dit : Je suis le serviteur d’Allah… » Le nourrisson défend sa mère.

Le modèle (66:12). « Et Maryam, fille de ’Imran, qui préserva sa chasteté ; Nous y insufflâmes de Notre Esprit ; elle crut aux paroles de son Seigneur et à Ses Livres, et fut du nombre des dévots. » Et le rappel : « Le Messie fils de Maryam n’est qu’un messager… et sa mère était une véridique ; tous deux mangeaient de la nourriture » (5:75).

B. Ce que disent les hadiths

  • Les meilleures femmes. « La meilleure de ses femmes fut Maryam fille de ’Imran, et la meilleure de ses femmes fut Khadija » (Bukhari 3432, Muslim 2430 — établi).
  • La perfection. « Beaucoup d’hommes ont atteint la perfection ; parmi les femmes, seules l’ont atteinte Maryam fille de ’Imran et Asiya femme de Pharaon ; et la supériorité de ’Aisha sur les femmes est comme celle du tharid sur les mets » (Bukhari 3411, Muslim 2431 — établi).
  • Les quatre. « Il te suffit, parmi les femmes des mondes, de Maryam fille de ’Imran, Khadija bint Khuwaylid, Fatima bint Muhammad et Asiya femme de Pharaon » (Tirmidhi 3878, Ahmad — jugé authentique).
  • Satan et le nouveau-né. « Aucun fils d’Adam ne naît sans que Satan ne le touche au moment de sa naissance ; il crie du toucher de Satan — sauf Maryam et son fils. » Puis le Prophète ﷺ récita : « je la place sous Ta protection contre Satan le lapidé, elle et sa descendance » (Bukhari 3431, Muslim 2366 — établi).
  • « Sœur de Harun ». Al-Mughira ibn Shu’ba, envoyé à Najran, s’entendit objecter par les chrétiens que le Coran appelle Maryam « sœur de Harun », alors que Musa est antérieur de siècles. Le Prophète ﷺ répondit : « Ils donnaient les noms de leurs prophètes et des vertueux d’avant eux » (Muslim 2135, Tirmidhi 3155 — établi). « Sœur de Harun » : de sa lignée, ou homonyme d’un pieux Harun de son temps ; les deux lectures existent.
  • La Maison de Maryam au Paradis. Un hadith faible fait de Maryam l’une des épouses du Prophète ﷺ au Paradis (al-Tabarani — discuté ; non retenu).

C. Origine, famille, généalogie

Fille de ’Imran, notable de la tribu de Lawi, et de Hanna bint Faqudh, selon Ibn Ishaq (rapporté) ; son père mourut avant sa naissance ; sa mère la voua au Temple ; Zakariyya, son beau-frère ou son oncle, la prit en charge. Élevée dans le Temple, dans une chambre haute (mihrab), servant le sanctuaire. Les exégètes rapportent qu’elle avait treize ou quinze ans à l’annonce, et qu’un charpentier nommé Yusuf (Joseph), son cousin, la servait au Temple et la questionna sur sa grossesse, avant de la croire — le Coran ne le nomme pas (isra’iliyyat, rapporté par Ibn Kathir). Elle porta ’Isa, l’éleva, le suivit ; après son élévation, elle vécut quelques années, selon les rapports — six selon certains, davantage selon d’autres — et mourut en Palestine (rapporté).

D. Apparence physique

Rien d’établi. Le Coran la dit purifiée, chaste, dévote ; les hadiths la disent parfaite ; aucun texte ne décrit son visage.

E. Miracles et signes

Les fruits hors saison ; l’ange en forme d’homme ; la conception sans père ; le ruisseau et les dattes du palmier ; le nourrisson qui parle. Les savants qui refusent de la dire prophétesse appellent ces prodiges des karamat — des grâces accordées à une sainte —, ou des irhas — des signes préparatoires à la prophétie de ’Isa.

F. Sagesse, caractère, paroles

La pudeur. « Je me réfugie contre toi auprès du Miséricordieux, si tu es pieux » : devant un homme parfait, seule, sa première parole est un refuge, et une exhortation à la piété de l’homme.

La confiance. « Cela vient d’Allah » (3:37) : la réponse d’une enfant à qui l’on demande d’où viennent ses fruits.

Le vœu de silence. Quand nul argument ne peut convaincre, elle se tait et laisse Allah parler par l’enfant.

La dévotion. « Obéis à ton Seigneur, prosterne-toi et incline-toi avec ceux qui s’inclinent » : le Coran conserve d’elle une vie de prière plus qu’une vie de parole.

Regards des exégètes

« Au-dessus des femmes des mondes » (3:42). De son temps, ou de tous les temps ? Al-Razi rapporte les deux : la première, appuyée par le hadith « la meilleure des femmes de son temps fut Maryam » ; la seconde, par la lettre du verset. Ibn Kathir concilie : Maryam est la meilleure des femmes de son temps sans conteste, et l’une des quatre meilleures de tous les temps, avec Khadija, Fatima et Asiya — le hadith ne les classe pas entre elles, et les savants divergent sur laquelle est la première. Al-Qurtubi tranche pour Maryam, en raison du choix double — « t’a choisie… et t’a choisie » — et d’un hadith où le Prophète ﷺ la dit « la meilleure des femmes ».

« Il l’appela d’au-dessous d’elle » (19:24). Qui ? Jibril, au bas du palmier, selon Ibn ’Abbas et la majorité ; ’Isa lui-même, nouveau-né, selon Mujahid et al-Hasan — sa première parole aurait été pour consoler sa mère, avant celle du berceau. Al-Tabari retient Jibril ; al-Razi juge les deux possibles et note que la seconde rend le miracle plus grand. Le « ruisseau » : Jibril frappa le sol du pied, ou ’Isa. Les deux lectures s’accordent sur la leçon : Allah pourvoit à celle qui est seule.

« Secoue vers toi le tronc » (19:25). Pourquoi lui demander d’agir, alors qu’Allah aurait pu faire tomber les dattes ? Al-Qurtubi : pour enseigner que la grâce s’obtient par l’effort — « Allah nourrissait Maryam sans effort au Temple ; ici, Il lui demande de secouer, pour qu’elle apprenne » ; et Ibn Kathir cite le hadith : « Traitez bien vos parentes, les palmiers » — que le Prophète ﷺ dit du palmier, créé, selon un rapport, de la terre d’Adam (chaîne faible).

« Sœur de Harun » (19:28). Outre le hadith de Muslim, al-Razi expose quatre lectures : descendante de Harun ; homonyme d’un pieux Harun de son temps ; homonyme d’un pervers, par dérision ; ou sœur de sang d’un Harun, son frère. Il retient la première ; Ibn Kathir aussi, avec le hadith. Le reproche de confusion avec Maryam sœur de Musa, fait par les chrétiens de Najran dès le VIIe siècle, a donc reçu sa réponse du Prophète ﷺ lui-même.

« Et sa mère était une véridique ; tous deux mangeaient de la nourriture » (5:75). Al-Razi : l’argument le plus concis du Coran contre la divinité de ’Isa et de sa mère — celui qui mange a besoin, et celui qui a besoin n’est pas Dieu ; et le rang de Maryam, siddiqa, est le plus haut après la prophétie (4:69).

G. Détails marquants

Le palmier. Le Coran dit que le palmier laissa tomber des dattes « fraîches et mûres » — en hiver, selon les exégètes — et les médecins musulmans ont tiré de ce verset la recommandation des dattes pour les parturientes (rapporté). Le lieu est identifié à Bethléem par la tradition, que le Coran ne nomme pas ; le Prophète ﷺ, dans le récit de l’Isra’ selon al-Nasa’i, pria à Bethléem « où naquit ’Isa » (chaîne discutée).

La grossesse. Neuf mois selon la majorité ; une heure selon certains exégètes — récit rapporté, non établi. Le Coran dit seulement « elle le porta ».

Maryam et le Temple. Une fille dans le Temple était contraire à l’usage ; c’est pourquoi la mère s’inquiète — « j’ai mis au monde une fille » — et pourquoi Allah précise qu’Il l’accepte.

Prophétesse ? Ibn Hazm, al-Qurtubi et quelques autres ont soutenu que Maryam fut prophétesse, puisque l’ange lui parla ; la majorité — Ibn Kathir, al-Nawawi — répond que le Coran dit : « Nous n’avons envoyé avant toi que des hommes » (12:109 ; 16:43), que la parole d’un ange à une femme est aussi rapportée pour Sara et pour Hajar, et que le titre coranique de Maryam est « véridique » (siddiqa), comme Yusuf. Ce dossier suit la majorité et la traite en notice.

Le tombeau. Au pied du mont des Oliviers, dans la vallée du Cédron, une église-crypte est tenue pour son tombeau depuis le Ve siècle ; Éphèse le revendique aussi ; l’islam ne se prononce pas (populaire).

H. Ce que l’on retient

  • Une fille peut valoir plus que le garçon espéré. La mère voulait un garçon pour le Temple ; Allah lui donna Maryam.
  • La pureté est une élection. « Allah t’a choisie et purifiée » : deux fois choisie, une fois purifiée.
  • Le silence peut être la meilleure défense. Elle ne répondit pas ; l’enfant parla.

I. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
Le vœu, l’élection, l’annonce, le palmier, le berceau Coran 3, 19, 21, 66 Coranique
Meilleure des femmes ; perfection ; les quatre Bukhari 3432, 3411 ; Tirmidhi 3878 Établi
Satan ne l’a pas touchée Bukhari 3431 Établi
« Sœur de Harun » expliqué Muslim 2135 Établi
’Imran, Hanna, son âge, Yusuf le charpentier Ibn Ishaq, Ibn Kathir Rapporté / isra’iliyyat
Bethléem ; grossesse d’une heure Exégètes Rapporté / discuté
Prophétesse Ibn Hazm, al-Qurtubi Discuté (minoritaire)
Épouse du Prophète ﷺ au Paradis al-Tabarani Discuté (non retenu)
Tombeau du Cédron Tradition chrétienne Populaire

24. ’Isa — le Messie, fils de Maryam

Fiche d’identité ’Isa
Nom ’Isa ibn Maryam (عيسى ابن مريم) — Jésus, fils de Marie ; « al-Masih », le Messie ; « Parole d’Allah », « Esprit venant de Lui » (4:171)
Statut Messager, l’un des cinq de la Résolution, porteur de l’Injil ; « serviteur d’Allah » (19:30)
Mentions dans le Coran 25 fois « ’Isa » ; 11 fois « al-Masih » ; 23 fois « fils de Maryam » ; récits dans 3:45-63, 4:156-159, 4:171-172, 5:17, 5:72-78, 5:109-120, 19:16-36, 43:57-65, 61:6, 61:14
Mère Maryam, sans père
Lieu Palestine ; Bayt Lahm, Nazareth (al-Nasira), Jérusalem
Époque vers 6 av. J.-C. – élevé vers 30-33
Particularité Non tué, non crucifié, élevé vivant au ciel ; reviendra à la fin des temps ; mourra alors et sera enterré
Sépulture Aucune, à ce jour

En une phrase : né sans père d’une vierge du Temple, parlant au berceau, guérissant les aveugles et ressuscitant les morts par la permission d’Allah, refusé par les uns comme imposteur et divinisé par les autres — et, pour le Coran, un serviteur et un messager, élevé vivant, qui reviendra.

A. Ce que dit le Coran

L’annonce à sa mère (3:45-47). « Ô Maryam, Allah t’annonce une Parole venant de Lui : son nom est le Messie, ’Isa fils de Maryam, illustre ici-bas et dans l’au-delà, et du nombre des rapprochés. Il parlera aux gens au berceau et à l’âge mûr, et sera du nombre des vertueux. »

Le berceau (19:30-33). « Je suis le serviteur d’Allah ; Il m’a donné le Livre et m’a fait prophète. Il m’a béni où que je sois, et m’a recommandé la prière et l’aumône tant que je vivrai, et la bonté envers ma mère ; Il n’a pas fait de moi un tyran malheureux. Et paix sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai et le jour où je serai ressuscité vivant. » Sa première parole est « je suis le serviteur d’Allah ».

Les miracles (3:49 ; 5:110). « Je viens à vous avec un signe de votre Seigneur : je façonne pour vous, d’argile, une forme d’oiseau, je souffle dedans, et il devient oiseau par la permission d’Allah ; je guéris l’aveugle-né et le lépreux, je ressuscite les morts, par la permission d’Allah ; et je vous informe de ce que vous mangez et de ce que vous amassez dans vos maisons. » « Par la permission d’Allah » revient quatre fois en 5:110.

Le message (3:50-51 ; 43:63-64 ; 5:72). « Confirmant la Torah, rendant licite une partie de ce qui vous était interdit… Allah est mon Seigneur et votre Seigneur, adorez-Le : voilà le chemin droit. » « Ô enfants d’Israël, adorez Allah, mon Seigneur et votre Seigneur ; celui qui associe à Allah, Allah lui interdit le Paradis. » Et l’annonce : « Je suis le messager d’Allah envoyé à vous, confirmant la Torah, et annonçant un messager qui viendra après moi, dont le nom sera Ahmad » (61:6).

Les disciples (3:52-53 ; 5:111-115 ; 61:14). « Qui sont mes soutiens vers Allah ? — Les apôtres [hawariyyun] dirent : nous sommes les soutiens d’Allah. » Ils demandent une table descendue du ciel ; Allah la fait descendre avec un avertissement.

Le complot et l’élévation (3:54-55 ; 4:157-158). « Ils rusèrent, et Allah rusa ; Allah est le meilleur des ruseurs. Ô ’Isa, Je vais te reprendre, t’élever vers Moi, te purifier de ceux qui ont mécru. » Et : « Ils ont dit : nous avons tué le Messie, ’Isa fils de Maryam, messager d’Allah. Or ils ne l’ont ni tué ni crucifié, mais cela leur est apparu ainsi [shubbiha lahum] ; ceux qui s’y opposent sont dans le doute, ils n’en ont aucune science, ils ne font que suivre une conjecture ; ils ne l’ont certainement pas tué. Allah l’a élevé vers Lui. »

Ce qu’il n’est pas (4:171 ; 5:17 ; 5:72-75 ; 5:116-117 ; 9:30 ; 19:35 ; 43:59). « Ô gens du Livre, n’exagérez pas dans votre religion… Le Messie, ’Isa fils de Maryam, n’est qu’un messager d’Allah, Sa Parole qu’Il envoya à Maryam, et un Esprit venant de Lui. Croyez en Allah et en Ses messagers, et ne dites pas “Trois” ; cessez, ce sera meilleur pour vous : Allah n’est qu’un Dieu unique. » « Ont mécru ceux qui disent : Allah, c’est le Messie fils de Maryam — alors que le Messie a dit : ô enfants d’Israël, adorez Allah. » « Il n’est qu’un serviteur que Nous avons comblé de grâce » (43:59). Et le dialogue du Jugement : « Ô ’Isa, est-ce toi qui as dit aux gens : prenez-moi, moi et ma mère, comme deux divinités en dehors d’Allah ? — Gloire à Toi ! Il ne m’appartient pas de dire ce qui n’est pas vrai… Je ne leur ai dit que ce que Tu m’as ordonné : adorez Allah, mon Seigneur et votre Seigneur » (5:116-117).

La comparaison (3:59). « Pour Allah, ’Isa est comme Adam : Il le créa de poussière, puis lui dit : sois, et il fut. » Né sans père, comme Adam sans père ni mère.

B. Ce que disent les hadiths

  • Le plus proche. « Je suis, de tous les hommes, le plus proche de ’Isa fils de Maryam, dans ce monde et dans l’autre ; les prophètes sont frères de père, leurs mères sont différentes, et leur religion est une ; et il n’y a pas de prophète entre lui et moi » (Bukhari 3442-3443, Muslim 2365 — établi).
  • Le témoignage. « Quiconque témoigne qu’il n’y a de divinité qu’Allah, seul, sans associé ; que Muhammad est Son serviteur et Son messager ; que ’Isa est le serviteur d’Allah, Son messager, Sa Parole qu’Il a envoyée à Maryam et un Esprit venant de Lui ; que le Paradis est vrai et le Feu est vrai — Allah le fera entrer au Paradis, quelles que soient ses œuvres » (Bukhari 3435, Muslim 28 — établi).
  • Sa description. Trois hadiths : « J’ai vu ’Isa, Musa et Ibrahim. ’Isa est roux [ou rougeaud], aux cheveux bouclés, à la large poitrine » (Bukhari 3438) ; « un homme de taille moyenne, roux, comme s’il sortait d’un bain » (Bukhari 3441, Muslim 165) ; et dans la vision près de la Ka’ba : « un homme brun, le plus beau qu’on puisse voir parmi les bruns, les cheveux lisses tombant entre les épaules, ruisselants d’eau, les mains posées sur les épaules de deux hommes, faisant le tour de la Maison ; je demandai qui c’était : le Messie fils de Maryam » (Bukhari 3440, Muslim 169). Et : « Il ressemble le plus à ’Urwa ibn Mas’ud » (Muslim 167). Ibn Hajar concilie « roux » et « brun » par la différence des visions ou la lumière du moment.
  • Le retour. « Par Celui qui tient mon âme, le fils de Maryam va bientôt descendre parmi vous en juge équitable : il brisera la croix, tuera le porc, abolira la capitation, et l’argent abondera tant que nul ne l’acceptera » (Bukhari 3448, Muslim 155 — établi). « Il descendra près du minaret blanc, à l’est de Damas, vêtu de deux vêtements jaunes, les mains sur les ailes de deux anges ; quand il baisse la tête, il ruisselle ; quand il la lève, des gouttes comme des perles tombent ; aucun mécréant ne sentira son souffle sans mourir ; il poursuivra le Dajjal et le tuera à la porte de Ludd » (Muslim 2937 — établi). « Il restera sur terre quarante ans, puis mourra, et les musulmans prieront sur lui » (Abu Dawud 4324 — jugé authentique). Il priera derrière l’imam des musulmans (Muslim 156), accomplira le pèlerinage (Muslim 1252), et les loups paîtront avec les brebis.
  • Satan. « Aucun nouveau-né que Satan ne touche… sauf Maryam et son fils » (Bukhari 3431 — établi).
  • Le voleur. « ’Isa vit un homme voler et lui dit : “As-tu volé ? — Non, par Allah, en dehors de Qui il n’y a de divinité !” ’Isa dit : “J’ai cru en Allah, et j’ai démenti mes yeux” » (Bukhari 3444, Muslim 2368 — établi). L’exemple de celui qui préfère le serment d’un homme au témoignage de son propre regard.
  • Les paraboles. « Ne donnez pas la sagesse à ceux qui n’en sont pas dignes, vous lui feriez tort ; ne la refusez pas à ceux qui en sont dignes, vous leur feriez tort » (attribué à ’Isa par les exégètes — rapporté).
  • L’Injil. « Allah a fait descendre la Torah, l’Injil, le Zabur et le Furqan… » — l’Injil, Évangile, est la révélation reçue par ’Isa (5:46), « guidance et lumière », dont l’islam considère que les quatre Évangiles gardent des traces mais ne sont pas le texte.

C. Origine, famille, généalogie

Fils de Maryam fille de ’Imran, de la tribu de Lawi par son père et — selon certains rapports — de Yahudha par sa mère, ce qui le rattacherait à Dawud (rapporté). Sans père : « fils de Maryam » vingt-trois fois dans le Coran, l’unique homme nommé par sa mère. Né en un « lieu éloigné » — Bethléem selon la tradition — ; élevé à Nazareth, d’où le nom de « Nazaréens » (Nasara) que le Coran donne aux chrétiens (rapporté). Cousin de Yahya. Sans épouse ni enfant. Douze apôtres, dont le Coran ne donne pas les noms ; les exégètes citent Simon (Sham’un), Jean (Yuhanna), Jacques, Matthieu, et le traître (Yahudha al-Iskharyuti) — isra’iliyyat.

D. Apparence physique

Établie par trois hadiths : taille moyenne ; teint roux ou rougeaud selon deux rapports, brun selon un troisième, « comme s’il sortait d’un bain » ; cheveux lisses et longs jusqu’aux épaules, ou bouclés selon un rapport ; large poitrine ; ressemblant à ’Urwa ibn Mas’ud al-Thaqafi, un compagnon de Ta’if. Les savants notent que la précision de ces descriptions a un but : reconnaître ’Isa à son retour et ne pas le confondre avec le Dajjal, dont le Prophète ﷺ décrivit l’œil éteint.

E. Miracles et signes

Le Coran les énumère par sa bouche : l’oiseau d’argile animé, l’aveugle-né et le lépreux guéris, les morts ressuscités, la connaissance des provisions cachées — toujours « par la permission d’Allah » ; la parole au berceau ; la table descendue du ciel ; et sa naissance même. Les exégètes ajoutent, d’après les Évangiles, la marche sur l’eau et la multiplication des pains (isra’iliyyat). Le Coran fait de lui, avec Musa, le prophète aux miracles les plus nombreux — et le plus contesté.

F. Sagesse, caractère, paroles

« Je suis le serviteur d’Allah. » Sa première parole, au berceau, et sa dernière, au Jugement (5:117) : entre les deux, toute sa vie.

La bonté envers sa mère. Nommée dans le berceau (19:32) : un prophète fils d’une seule mère.

L’ascèse. La tradition musulmane conserve de lui des dizaines de paroles, rapportées par les ascètes — Malik ibn Dinar, Wahb, Ka’b, al-Ghazali dans l’Ihya’ — : « Ce monde est un pont ; traversez-le, ne bâtissez pas dessus » ; « Mon pain est l’orge, mon vêtement la laine, ma monture mes pieds, ma lampe la lune, et je dors où me prend la nuit » ; « Qui bâtit sur les vagues de la mer ? Ainsi de ce monde, n’en faites pas votre demeure » ; « Ne regardez pas les fautes des gens comme des maîtres, regardez les vôtres comme des serviteurs » (rapporté — sans chaîne prophétique, mais reçu par la tradition comme sagesse).

La miséricorde. Il ne condamna pas le voleur, ne maudit personne, et pria pour les siens jusqu’au Jugement : « Si Tu les châties, ils sont Tes serviteurs ; si Tu leur pardonnes, Tu es le Puissant, le Sage » (5:118) — verset que le Prophète ﷺ répéta toute une nuit en pleurant (Muslim 202).

Regards des exégètes

« Une Parole venant de Lui » (3:45 ; 4:171). Pourquoi ’Isa est-il appelé Parole ? Al-Tabari : parce qu’il fut créé par la parole « sois » ; al-Razi ajoute : parce qu’il fut annoncé par une parole d’Allah à Maryam ; ou parce qu’il est, comme la parole, une guidance. Tous excluent que « Parole » désigne une part de l’essence divine : Adam aussi fut créé par « sois » (3:59), et le Coran appelle « paroles d’Allah » Ses décrets (18:109). Al-Razi consacre plusieurs pages, dans le respect, aux arguments chrétiens tirés de ce titre, et répond que le Coran, en l’employant, l’explique aussitôt : « Il le créa de poussière, puis lui dit : sois. »

« Un Esprit venant de Lui » (4:171). Ruhun minhu : « de Lui » marque l’origine et l’honneur, non la division — comme « Il vous a soumis ce qui est dans les cieux et la terre, tout venant de Lui » (45:13), qui ne fait pas des cieux une part de Dieu ; Ibn Kathir le note contre ceux qui lisent « une part de Lui ». L’Esprit : le souffle de Jibril en Maryam (21:91), ou l’esprit que reçoit tout homme (32:9), ou ’Isa comme celui par qui les cœurs vivent. Le dossier écrit « venant de Lui » et non « de Lui », pour que la traduction ne suggère pas ce que l’arabe ne dit pas.

« Je vais te reprendre » (3:55). Cinq lectures chez al-Tabari et al-Razi : Je te ferai mourir — plus tard, l’ordre des mots ne fixant pas la chronologie (Ibn ‘Abbas selon un rapport) ; Je te prendrai en sommeil, puis t’élèverai (al-Rabi’, d’après 6:60 où tawaffa désigne le sommeil) ; Je te prendrai de la terre, entièrement, corps et âme (la majorité : Ibn Kathir, al-Qurtubi) ; Je te ferai mourir trois heures, ou sept, puis te ressusciterai (Wahb — isra’iliyyat, rejeté) ; ou « te reprendre » = t’accomplir, t’achever. Ibn Kathir tranche par les hadiths de la descente : ’Isa n’est pas mort, il mourra après son retour ; et il explique qu’Ibn ’Abbas, dans le rapport qui lui fait dire « Je te ferai mourir », parlait de la mort future.

« Cela leur est apparu ainsi » (4:157). Shubbiha lahum : trois lectures. La ressemblance jetée sur un autre — un disciple volontaire, ou le traître, ou un garde — que les Juifs crucifièrent en croyant crucifier ’Isa (la majorité) ; la confusion des témoins, sans préciser qui fut crucifié (al-Razi le juge possible) ; ou « cela leur parut » : ils crurent avoir tué le Messie et n’avaient tué qu’un homme. Al-Razi soulève l’objection — comment Allah aurait-Il permis qu’un innocent soit pris pour ’Isa ? — et répond : le disciple se proposa, ou le traître le mérita ; et surtout, les détails ne sont pas dans le Coran, qui n’affirme que deux choses : ils ne l’ont pas tué, Allah l’a élevé. Le dossier n’affirme rien de plus.

« Par la permission d’Allah » (5:110). La clause revient quatre fois dans un seul verset — pour l’oiseau, l’aveugle, le lépreux, les morts. Al-Qurtubi : le Coran a placé la clause après chaque miracle pour que nul ne les attribue à ’Isa lui-même ; Ibn Kathir y voit la réponse anticipée à ceux qui divinisent celui qui ressuscite les morts — Musa aussi frappa le rocher, et nul ne le divinisa.

« Il sera un signe de l’Heure » (43:61). La-’ilmun li-l-sa’a, ou la-’alamun selon une lecture d’Ibn ’Abbas — « un signe », « une marque » : sa descente annoncera l’Heure. Ibn Kathir rassemble ici les hadiths de la descente et les compte parmi les mutawatir ; al-Razi note que le pronom « il » pourrait désigner le Coran, mais que le contexte — ’Isa nommé deux versets plus haut — impose ’Isa.

« Ahmad » (61:6). Pourquoi le Coran fait-il annoncer « Ahmad » et non « Muhammad » ? Al-Qurtubi : les deux noms sont ceux du Prophète ﷺ (Bukhari 3532) ; « Ahmad » — celui qui loue le plus — dit ce qu’il fait, « Muhammad » — le loué — ce qu’on lui fait ; ’Isa annonça le premier parce qu’il vint avant. Les savants musulmans y ont lu le « Paraclet » de l’Évangile de Jean, par le grec periklytos, « l’illustre » — une lecture que les chrétiens n’admettent pas, lisant parakletos, « le consolateur » ; le dossier rapporte les deux.

G. Détails marquants

Le Messie. Al-Masih : de masaha, essuyer — parce qu’il guérissait en touchant, ou parce qu’il fut oint, ou parce qu’il parcourait la terre (rapporté). Le Dajjal porte aussi ce titre — al-Masih al-Dajjal — parce qu’il a un œil effacé : le Messie de la vérité et le Messie du mensonge.

« Parole d’Allah, Esprit venant de Lui. » Parole, parce qu’il fut créé par la parole « sois » sans père ; Esprit, parce que Jibril souffla en Maryam et parce qu’il fut vivifié d’un esprit venant d’Allah — comme tout homme (32:9). Les exégètes précisent qu’aucune de ces deux expressions ne fait de lui une part de Dieu : Adam aussi reçut « de Son esprit » (15:29).

Qui fut crucifié ? Le Coran dit : « cela leur est apparu ainsi ». La majorité des exégètes (Ibn ’Abbas, Qatada, Ibn Kathir) rapporte qu’Allah jeta la ressemblance de ’Isa sur un autre — un disciple volontaire, ou le traître qui le livra —, et que ’Isa fut élevé d’une lucarne de la maison où il se trouvait ; Ibn Kathir rapporte plusieurs versions et ne s’arrête pas aux détails. Ce qui est certain : il ne fut ni tué ni crucifié ; il fut élevé vivant ; les détails de la substitution sont rapportés, non établis.

« Je vais te reprendre » (mutawaffika). Le verbe tawaffa signifie « prendre entièrement » ; il désigne d’ordinaire la mort, mais aussi le sommeil (6:60). Les exégètes lisent 3:55 de trois façons : « Je te ferai mourir » plus tard, après ton retour ; « Je te prendrai en sommeil » puis t’élèverai ; ou « Je te prendrai » de la terre. La position sunnite : ’Isa n’est pas mort ; il est vivant au ciel, corps et âme ; il mourra après son retour. Le hadith d’Abu Dawud le dit : quarante ans sur terre, puis la mort et la prière des musulmans sur lui.

Son âge. Trente-trois ans à l’élévation selon la tradition (rapporté) ; il revient au même âge, disent les savants.

Le retour. Les hadiths sont nombreux et concordants — plus de trente compagnons —, et les savants les tiennent pour mutawatir : descente à Damas, victoire sur le Dajjal, quarante ans de justice, Gog et Magog, la mort, l’enterrement. Un rapport le fait enterrer aux côtés du Prophète ﷺ, à Médine, dans l’espace laissé libre dans la chambre de ’Aisha (Tirmidhi 3617 — chaîne discutée).

Les chrétiens, dans le Coran. « Tu trouveras que les plus proches en amitié des croyants sont ceux qui disent : nous sommes chrétiens ; parce qu’il y a parmi eux des prêtres et des moines, et qu’ils ne s’enflent pas d’orgueil » (5:82). Le désaccord sur la nature de ’Isa n’empêche pas ce verset.

H. Ce que l’on retient

  • Un serviteur, par sa propre parole. Le Coran met dans la bouche de ’Isa, du berceau au Jugement, la seule chose qu’il ait jamais dit de lui-même : « je suis le serviteur d’Allah ».
  • Le miracle n’est pas la divinité. Chaque miracle porte la clause « par la permission d’Allah » ; celui qui ressuscite les morts est celui qui mange du pain (5:75).
  • Il n’est pas mort, il reviendra. La foi musulmane attend ’Isa comme les chrétiens l’attendent, pour une fin différente : il priera derrière un musulman.
  • La proximité. « Le plus proche de ’Isa » : le Prophète ﷺ ne parlait d’aucun autre prophète ainsi.

I. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
Annonce, berceau, miracles, message, disciples, table, élévation, ce qu’il n’est pas Coran 3, 4, 5, 19, 43, 61 Coranique
« Le plus proche de ’Isa » ; « frères de père » Bukhari 3442-3443 Établi
Le témoignage qui fait entrer au Paradis Bukhari 3435, Muslim 28 Établi
Descriptions physiques Bukhari 3438, 3440, 3441 ; Muslim 165-169 Établi
Retour : la croix, le porc, la capitation Bukhari 3448 Établi
Descente à Damas ; le Dajjal ; Ludd Muslim 2937 Établi
Quarante ans, mort, prière sur lui Abu Dawud 4324 Établi (jugé authentique)
Prière derrière l’imam des musulmans Muslim 156 Établi
Satan ne l’a pas touché Bukhari 3431 Établi
Le voleur Bukhari 3444 Établi
Substitution sur la croix : qui ? Exégètes Rapporté (divergent)
Bethléem ; Nazareth ; noms des apôtres ; marche sur l’eau Évangiles via Ibn Kathir Isra’iliyyat
Paroles ascétiques Ascètes, al-Ghazali Rapporté (sans chaîne)
Enterré près du Prophète ﷺ Tirmidhi 3617 Discuté
Âge de 33 ans Tradition Rapporté

25. Muhammad ﷺ — le Sceau des prophètes

Fiche d’identité Muhammad ﷺ
Nom Muhammad ibn ’Abdillah ibn ’Abd al-Muttalib ibn Hashim (محمد) ; « Ahmad » (61:6) ; « al-Mahi, al-Hashir, al-’Aqib » (Bukhari 3532)
Kunya Abu al-Qasim
Statut Messager d’Allah, dernier des prophètes (33:40), envoyé à toute l’humanité (34:28), l’un des cinq de la Résolution, « miséricorde pour les mondes » (21:107)
Mentions dans le Coran 4 fois « Muhammad » (3:144 ; 33:40 ; 47:2 ; 48:29) ; 1 fois « Ahmad » ; des centaines de fois « le Prophète », « le Messager », « toi »
Naissance La Mecque, année de l’Éléphant, vers 570 ; un lundi de Rabi’ I
Parents ’Abdullah ibn ’Abd al-Muttalib, mort avant sa naissance ; Amina bint Wahb, morte quand il avait six ans
Tribu Quraysh, clan de Hashim ; descendant d’Isma’il par ’Adnan
Épouses, enfants Voir séries 2A et 2B du dossier des compagnons
Mission 610-632 : treize ans à La Mecque, dix à Médine
Mort et sépulture Lundi 12 Rabi’ I 11 H / 8 juin 632, à 63 ans ; enterré dans la chambre de ’Aisha, Médine

En une phrase : orphelin de père avant de naître, berger, marchand, surnommé « le Fidèle » par ceux qui le persécuteraient, appelé à quarante ans dans une grotte, chassé de sa ville et revenu en vainqueur qui pardonne — le dernier des prophètes, dont la description physique, le caractère et les miracles sont mieux attestés que ceux d’aucun autre homme de l’histoire.

Cette notice traite Muhammad ﷺ selon le plan commun à tous les prophètes de ce dossier — Coran, hadiths, généalogie, apparence, miracles, caractère, distinctions. Le récit de sa vie, des parents à la mort, fait l’objet du projet biographique séparé de convertistoislam.fr.

A. Ce que dit le Coran

Qui il est. « Muhammad n’est le père d’aucun homme parmi vous, mais le Messager d’Allah et le Sceau des prophètes » (33:40). « Muhammad n’est qu’un messager ; des messagers avant lui sont passés » (3:144). « Nous ne t’avons envoyé que comme miséricorde pour les mondes » (21:107). « Nous ne t’avons envoyé que pour la totalité des hommes, annonciateur et avertisseur » (34:28). « Dis : je ne suis qu’un homme comme vous ; il m’est révélé que votre Dieu est un Dieu unique » (18:110). « Il ne parle pas de sa propre inclination ; ce n’est qu’une révélation inspirée » (53:3-4).

Son enfance. « Ne t’a-t-Il pas trouvé orphelin, et t’a donné refuge ? Ne t’a-t-Il pas trouvé égaré, et t’a guidé ? Ne t’a-t-Il pas trouvé pauvre, et t’a enrichi ? » (93:6-8).

Sa mission. « Nous t’avons envoyé comme témoin, annonciateur, avertisseur, appelant à Allah par Sa permission, et lampe éclairante » (33:45-46). « Il leur ordonne le convenable, leur interdit le blâmable, leur rend licites les bonnes choses et illicites les mauvaises, et les décharge de leur fardeau et des chaînes qui pesaient sur eux » (7:157).

Son caractère. « Tu es d’un caractère immense » (68:4). « C’est par une miséricorde d’Allah que tu as été doux envers eux ; si tu avais été rude et dur de cœur, ils se seraient dispersés d’autour de toi » (3:159). « Un messager venu de vous-mêmes est venu à vous ; ce que vous souffrez lui pèse ; il est soucieux de vous, compatissant et miséricordieux envers les croyants » (9:128).

Le modèle. « Vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle, pour quiconque espère en Allah et au Jour dernier » (33:21). « Dis : si vous aimez Allah, suivez-moi, Allah vous aimera » (3:31).

Ce qu’il n’est pas. Ni poète ni devin (69:41-42), ni fou (68:2), ni sorcier ; il ne connaît pas l’invisible sauf ce qui lui est révélé (7:188) ; il ne possède ni les trésors d’Allah ni le pouvoir de nuire ou de guider (72:21) ; il mourra : « Tu es mortel, et ils sont mortels » (39:30). Le Coran le reprend en public — pour l’aveugle (80:1-10), pour les prisonniers de Badr (8:67), pour le serment du miel (66:1) —, ce qui n’est pas le fait d’un homme qui écrirait son propre livre.

Annoncé. « Ceux à qui Nous avons donné le Livre le connaissent comme ils connaissent leurs fils » (2:146) ; « qu’ils trouvent mentionné chez eux dans la Torah et l’Évangile » (7:157) ; « annonçant un messager qui viendra après moi, dont le nom sera Ahmad » (61:6).

B. Ce que disent les hadiths

Les hadiths sur le Prophète ﷺ sont innombrables ; cette rubrique retient ceux qui relèvent du plan du dossier — l’homme, non le récit.

Sa description par les compagnons. – Anas : « Le Messager d’Allah n’était ni très grand ni petit, ni d’un blanc éclatant ni brun ; ses cheveux n’étaient ni crépus ni raides. Allah l’envoya à quarante ans ; il resta dix ans à La Mecque et dix à Médine ; il mourut à soixante ans [Anas arrondit], et il n’avait pas vingt cheveux blancs » (Bukhari 3547-3548, Muslim 2347 — établi). – Al-Bara’ ibn ’Azib : « Il était de taille moyenne, large d’épaules, les cheveux jusqu’aux lobes des oreilles ; je le vis dans un vêtement rouge et je n’ai jamais rien vu de plus beau que lui » (Bukhari 3551, Muslim 2337 — établi). « Son visage était-il comme un sabre ? — Non, comme la lune » (Bukhari 3552). – ’Ali : « Ni grand ni petit, la tête forte, la barbe fournie, les mains et les pieds larges, le visage rosé, les os des articulations forts, une ligne de poils du haut de la poitrine au nombril ; quand il marchait, il se penchait en avant comme s’il descendait une pente ; quand il se retournait, il se retournait tout entier ; entre ses épaules le sceau de la prophétie ; le plus généreux de cœur, le plus véridique, le plus doux de caractère, le plus noble de compagnie ; qui le voyait pour la première fois en était saisi, qui le fréquentait l’aimait ; celui qui le décrit dit : je n’ai vu ni avant ni après lui son pareil » (Tirmidhi 3637-3638, Shama’il 7 — jugé bon). – Hind ibn Abi Hala, fils de Khadija, en a laissé la description la plus détaillée : le visage lumineux comme la lune, le front large, les sourcils fins et longs sans se joindre, entre eux une veine qui gonflait dans la colère, le nez fin et légèrement busqué, la barbe épaisse, les joues plates, les dents écartées, le cou comme une statue d’argent, le corps mesuré, les cheveux ondulés (Tirmidhi, Shama’il 8 — chaîne discutée, mais retenue par la tradition). – Umm Ma’bad, la Bédouine chez qui il s’arrêta pendant l’Hégire, le décrivit à son mari sans savoir qui il était : « Un homme d’une beauté éclatante, au visage lumineux, à la belle allure, ni maigre ni gros ; les yeux très noirs et très blancs, les cils longs ; dans la voix une gravité ; le cou long, la barbe fournie ; silencieux, il était grave ; parlant, il était brillant ; de loin le plus beau, de près le plus doux ; ses paroles comme des perles enfilées ; ni trop bref ni bavard ; entouré de compagnons qui l’écoutaient et se pressaient à ses ordres » (al-Hakim 3:9, al-Tabarani — jugé bon). – Le sceau de la prophétie : « entre ses épaules, comme un œuf de pigeon » ou « comme un bouton de tente » (Muslim 2344, Bukhari 3541 — établi). – Ses mains : « Je n’ai touché ni soie ni brocart plus doux que la paume du Messager d’Allah, ni senti musc ni ambre plus parfumé que son odeur » (Bukhari 3561, Muslim 2330 — établi). Sa sueur : « comme des perles » ; Umm Sulaym la recueillait pour son parfum (Muslim 2331). – Son sourire : « Je n’ai jamais vu personne sourire plus que lui » (’Abdullah ibn al-Harith, Tirmidhi 3641 — jugé bon) ; « son rire était un sourire » ; il riait parfois à en montrer ses molaires (Bukhari 4828). – Sa démarche : rapide, comme si la terre se pliait sous lui ; Abu Hurayra : « Je n’ai vu personne marcher plus vite ; nous nous épuisions et il ne semblait pas faire d’effort » (Tirmidhi 3648 — jugé bon).

Son caractère, par les hadiths. – ’Aisha, interrogée : « Son caractère était le Coran » (Muslim 746 — établi). – Anas : « J’ai servi le Prophète dix ans ; il ne m’a jamais dit “ouf”, ni pour une chose que j’ai faite “pourquoi l’as-tu faite ?”, ni pour une chose que je n’ai pas faite “pourquoi ne l’as-tu pas faite ?” » (Bukhari 6038, Muslim 2309 — établi). – ’Aisha : « Il n’a jamais frappé de sa main ni une femme, ni un serviteur ; il ne s’est jamais vengé d’une offense, sauf quand on transgressait un interdit d’Allah » (Muslim 2328 — établi). « On ne lui donna jamais le choix entre deux choses sans qu’il choisisse la plus facile, tant qu’elle n’était pas un péché » (Bukhari 3560). – Jabir : « On ne lui demanda jamais une chose sans qu’il dise oui » (Bukhari 6034, Muslim 2311 — établi). – Anas : « Il était le meilleur des hommes, le plus généreux, le plus courageux » (Bukhari 2820). – ’Aisha : « Il était plus pudique qu’une vierge dans sa chambre » (Bukhari 3562). – Il raccommodait ses sandales, rapiéçait ses vêtements, trayait sa brebis, et « était au service de sa famille » (Bukhari 676, Ahmad). – Il disait : « Je ne suis qu’un serviteur ; je mange comme mange le serviteur, et je m’assieds comme s’assied le serviteur » (Abu Ya’la, al-Bayhaqi — jugé authentique).

Ses distinctions. « J’ai reçu cinq choses qu’aucun prophète avant moi n’a reçues : j’ai été secouru par la terreur à un mois de distance ; la terre entière m’a été faite mosquée et purification ; le butin m’a été rendu licite ; j’ai reçu l’intercession ; et chaque prophète était envoyé à son peuple, j’ai été envoyé à tous les hommes » (Bukhari 335, Muslim 521 — établi). Et : « Je serai le maître des fils d’Adam au Jour de la Résurrection, sans orgueil ; le premier dont la tombe s’ouvrira ; le premier intercesseur, et le premier dont l’intercession sera acceptée » (Muslim 2278 — établi). « Je frapperai à la porte du Paradis ; le gardien dira : qui ? — Muhammad. — C’est pour toi qu’on m’a ordonné de n’ouvrir à personne avant toi » (Muslim 197 — établi).

C. Origine, famille, généalogie

La lignée. Muhammad ibn ’Abdillah ibn ’Abd al-Muttalib ibn Hashim ibn ’Abd Manaf ibn Qusayy ibn Kilab ibn Murra ibn Ka’b ibn Lu’ayy ibn Ghalib ibn Fihr ibn Malik ibn al-Nadr ibn Kinana ibn Khuzayma ibn Mudrika ibn Ilyas ibn Mudar ibn Nizar ibn Ma’add ibn ’Adnan — vingt et un ancêtres, sur lesquels tous les généalogistes s’accordent ; au-delà de ’Adnan, jusqu’à Isma’il, les rapports divergent et le Prophète ﷺ s’arrêtait là (Ibn Ishaq, Ibn Sa’d — rapporté ; niveau établi jusqu’à ’Adnan par consensus). « Allah a choisi Kinana parmi les fils d’Isma’il, Quraysh parmi Kinana, les Banu Hashim parmi Quraysh, et m’a choisi parmi les Banu Hashim » (Muslim 2276 — établi). Il disait aussi : « Je suis issu de mariages, non de fornication, depuis Adam ; rien de la fornication de la Jahiliyya ne m’a touché » (al-Tabarani, al-Bayhaqi — jugé bon).

Sa mère. Amina bint Wahb, du clan de Zuhra ; elle mourut à al-Abwa’, entre La Mecque et Médine, quand il avait six ans, en revenant de Yathrib où elle lui avait fait visiter la tombe de son père et la famille de ses grands-oncles. Il visita sa tombe plus tard, pleura et fit pleurer ceux qui l’accompagnaient : « J’ai demandé à mon Seigneur la permission de demander pardon pour elle, Il ne me l’a pas accordée ; j’ai demandé la permission de visiter sa tombe, Il me l’a accordée » (Muslim 976 — établi).

Son père. ’Abdullah, le plus jeune et le plus aimé des fils de ’Abd al-Muttalib — celui que son père avait voué au sacrifice et racheté par cent chameaux (Ibn Ishaq — rapporté) —, mort à Yathrib, en voyage de commerce, deux mois avant la naissance de son fils, ou quelques mois après selon d’autres, à vingt-cinq ans.

Ses tuteurs. Son grand-père ’Abd al-Muttalib, chef de La Mecque, jusqu’à ses huit ans ; puis son oncle Abu Talib, jusqu’à sa mort en 619 (voir série 2A des compagnons).

Sa nourrice. Halima al-Sa’diyya, des Banu Sa’d, dans le désert, comme le voulaient les Mecquois : quatre ou cinq ans dans la tribu, où il apprit l’arabe le plus pur, et où eut lieu l’ouverture de la poitrine (voir E).

Son nom. « Muhammad », « le loué sans cesse », un nom rare chez les Arabes ; « Ahmad », « celui qui loue le plus », dans le Coran par la bouche de ’Isa. Le Prophète ﷺ : « J’ai des noms : je suis Muhammad, je suis Ahmad, je suis al-Mahi par qui Allah efface la mécréance, al-Hashir aux pieds de qui les hommes seront rassemblés, et al-’Aqib après qui il n’y a plus de prophète » (Bukhari 3532, Muslim 2354 — établi).

D. Apparence physique

La rubrique B a donné les textes ; en voici la synthèse, qui est la description physique la plus sûre de tout ce dossier, faite par des dizaines de témoins qui vécurent des années auprès de lui :

  • Taille : moyenne, tirant sur le grand ; dans un groupe, il semblait le plus grand.
  • Corps : robuste, ni maigre ni gros ; large d’épaules et de poitrine ; le ventre au niveau de la poitrine ; les mains et les pieds larges, la paume charnue et douce ; les articulations fortes.
  • Teint : blanc lumineux, rosé, « ni d’un blanc mat ni brun » ; « le visage comme la lune ».
  • Visage : rond, sans être plein ; front large ; sourcils arqués, fins, séparés ; entre eux une veine qui se gonflait quand il se fâchait ; yeux grands, noirs, blancs très blancs, cils longs ; nez fin et légèrement proéminent, avec une lumière au-dessus ; joues plates ; bouche large ; dents écartées et brillantes ; barbe dense et fournie.
  • Cheveux : noirs, ondulés — « ni crépus ni raides » —, tombant jusqu’aux lobes des oreilles, parfois jusqu’aux épaules ; il les partageait au milieu à la fin de sa vie ; moins de vingt cheveux blancs à sa mort, dans la barbe et aux tempes.
  • Marque : entre les épaules, le sceau de la prophétie, une excroissance de la taille d’un œuf de pigeon, entourée de grains.
  • Odeur et sueur : un parfum naturel plus fort que le musc ; une sueur en perles qu’on recueillait.
  • Démarche : rapide, penchée en avant, « comme s’il descendait une pente » ; il se retournait de tout le corps.
  • Voix : grave, portant loin ; parlait lentement, distinctement, parfois en répétant trois fois pour être compris.
  • Expression : souriant presque toujours, grave et silencieux le plus souvent, le regard baissé plus que levé.

E. Miracles et signes

Le Prophète ﷺ dit : « Il n’est aucun prophète à qui Allah n’ait donné des signes par lesquels les hommes crurent ; ce que j’ai reçu, moi, est une révélation qu’Allah m’a inspirée ; j’espère avoir le plus de suivants au Jour de la Résurrection » (Bukhari 4981, Muslim 152 — établi). Le premier miracle est donc le Coran : un livre récité par un homme qui ne savait ni lire ni écrire (7:157 ; 29:48), pendant vingt-trois ans, sans une contradiction, défiant les Arabes d’en produire une sourate semblable (2:23), et resté, mot pour mot, le même depuis. Les autres signes, attestés par les hadiths :

  • La fente de la lune : « L’Heure approche, et la lune s’est fendue » (54:1). Anas, Ibn Mas’ud, Ibn ’Abbas : à La Mecque, les Mecquois demandèrent un signe ; la lune se fendit en deux moitiés, l’une au-dessus de la montagne, l’autre au-dessous ; « Soyez témoins » (Bukhari 3636-3638, Muslim 2800 — établi, rapporté par plus de dix compagnons).
  • Le Voyage nocturne et l’Ascension (17:1 ; 53:1-18 ; Bukhari 349, 3207 ; Muslim 162) : de La Mecque à Jérusalem, puis aux cieux, en une nuit ; les cinquante prières réduites à cinq ; la description de Jérusalem faite le lendemain aux Mecquois qui y étaient allés.
  • L’eau jaillie de ses doigts : à Hudaybiyya, quatorze cents hommes burent et firent leurs ablutions à l’eau qui sortait d’entre ses doigts (Bukhari 3572-3576, Muslim 2279 — établi, plusieurs occasions).
  • La nourriture multipliée : au Fossé, un chevreau et une mesure d’orge nourrirent mille hommes chez Jabir (Bukhari 4102, Muslim 2039) ; à Tabuk, un tas de provisions nourrit l’armée (Muslim 27).
  • Le tronc qui pleura : le tronc de palmier sur lequel il prêchait gémit comme un enfant quand il le quitta pour la chaire, jusqu’à ce qu’il le prenne dans ses bras (Bukhari 3583-3585 — établi).
  • L’ouverture de la poitrine : enfant chez Halima, puis la nuit de l’Isra’ ; Jibril ouvrit sa poitrine, en retira un caillot — « c’est la part de Satan en toi » —, lava son cœur dans un bassin d’or avec de l’eau de Zamzam et le remit (Muslim 162, 261 — établi).
  • Les prophéties accomplies : la conquête de la Perse et de Byzance, les trésors de Chosroès (Bukhari 3618-3619) ; « Tu creuseras et trouveras » ; « la première de mes épouses à me rejoindre sera celle qui a le bras le plus long » ; le martyre de ’Umar, ’Uthman, ’Ali ; le califat de trente ans (Abu Dawud 4646) ; l’expansion de l’islam « jusqu’où va la nuit et le jour » (Ahmad) ; les Turcs, les gratte-ciel des Bédouins (Muslim 8) — chacune vérifiée.
  • La protection : le Bédouin — Ghawrath ibn al-Harith selon les biographes — qui leva le sabre sur lui pendant son sommeil : « Qui te protégera de moi ? — Allah » ; le sabre tomba de sa main (Bukhari 2910, Muslim 843 — établi) ; la pluie demandée et obtenue, puis arrêtée (Bukhari 1013) ; le repas empoisonné de Khaybar dénoncé par l’épaule du mouton (Bukhari 3169, Abu Dawud 4510).
  • Les invocations exaucées : pour ’Umar, pour Ibn ’Abbas, pour Anas (Bukhari 1982), pour Sa’d.
  • Les anges à Badr (3:124-125 ; 8:9) ; la terre jetée à Hunayn qui aveugla l’ennemi (Muslim 1777).

Ibn Kathir en a compilé plusieurs centaines dans al-Bidaya ; al-Bayhaqi, un livre entier, Dala’il al-nubuwwa. La tradition ajoute des signes rapportés avec des chaînes discutées — le nuage qui l’ombrageait, le moine Bahira, la pierre qui le saluait (celle-ci est dans Muslim 2277 : « Je connais une pierre à La Mecque qui me saluait avant ma mission » — établi), le loup qui parla —, que ce dossier signale sans les mettre au rang des précédents.

F. Sagesse, caractère, paroles

Le Coran dit de lui « un caractère immense », et ’Aisha : « son caractère était le Coran ». Les hadiths de la rubrique B en donnent le détail. Il faut y ajouter ce qui, dans sa conduite, a le plus frappé ceux qui l’ont connu et ceux qui l’ont étudié :

Le pardon. La conquête de La Mecque : dix mille hommes, la ville à sa merci, ses persécuteurs de vingt ans devant lui — « Que pensez-vous que je vais faire de vous ? — Un frère noble, fils d’un frère noble. — Allez, vous êtes libres » (Ibn Ishaq, al-Bayhaqi — rapporté, avec plusieurs chaînes). Le pardon à Wahshi, meurtrier de Hamza ; à Hind, qui avait mutilé son corps ; à ’Ikrima, à Safwan, à Suhayl, à Abu Sufyan ; à ceux de Ta’if qui l’avaient lapidé : « J’espère qu’Allah fera sortir de leurs reins des gens qui L’adoreront » (Bukhari 3231). Le Juif qui l’empoisonna, la Juive qui lui avait donné le mouton : il ne les fit pas tuer pour lui-même.

La miséricorde. Envers les enfants — il portait sa petite-fille en prière, embrassait ses petits-fils devant un Bédouin scandalisé : « Que puis-je pour toi si Allah a ôté la miséricorde de ton cœur ? » (Bukhari 5998) ; envers les femmes — « le meilleur d’entre vous est le meilleur envers sa famille » (Tirmidhi 3895) ; envers les serviteurs — « vos frères, qu’Allah a placés sous votre main » (Bukhari 30) ; envers les animaux — l’oiseau dont on avait pris les petits, le chameau qui pleura, la femme entrée en Enfer pour un chat (Bukhari 3318), l’homme entré au Paradis pour un chien (Bukhari 173).

L’humilité. Il s’asseyait où il y avait de la place, répondait à l’invitation de l’esclave, s’arrêtait pour une vieille femme au milieu du chemin, disait « ne me louez pas comme les chrétiens ont loué le fils de Maryam ; je suis un serviteur : dites le serviteur d’Allah et Son messager » (Bukhari 3445). Un homme tremblait devant lui ; « Calme-toi, je ne suis pas un roi ; je suis le fils d’une femme de Quraysh qui mangeait de la viande séchée » (Ibn Majah 3312 — jugé authentique).

La véracité. Surnommé « le Fidèle » avant l’islam ; Abu Jahl lui disait : « Nous ne te traitons pas de menteur, nous traitons de mensonge ce que tu apportes » (6:33 ; Tirmidhi 3064). Héraclius interrogeant Abu Sufyan : « L’avez-vous jamais accusé de mensonge avant sa prédication ? — Non » (Bukhari 7).

Le courage. À Hunayn, quand l’armée fuyait, il avançait vers l’ennemi sur sa mule en criant son nom (Muslim 1776) ; ’Ali : « Quand le combat faisait rage, nous nous abritions derrière lui » ; Anas : la nuit d’alarme à Médine, il revint le premier, seul, sur un cheval sans selle, et dit : « N’ayez pas peur » (Bukhari 2627).

La sagesse dans la parole. « Il m’a été donné les paroles concises » (Bukhari 2977) — les jawami’ al-kalim : « Les actes ne valent que par les intentions » ; « Le fort n’est pas celui qui terrasse, mais celui qui se maîtrise dans la colère » ; « Nul de vous ne croit tant qu’il n’aime pas pour son frère ce qu’il aime pour lui-même » ; « Sois en ce monde comme un étranger ou un passant » ; « La religion, c’est la sincérité » ; « Fais du bien à qui t’a fait du tort ». Des milliers de phrases, mémorisées par des millions.

L’endurance. Orphelin, pauvre, il perdit son père, sa mère, son grand-père, son oncle, sa première femme, six de ses sept enfants ; il fut lapidé à Ta’if, affamé trois ans dans un ravin, chassé de sa ville, blessé à Uhud, empoisonné à Khaybar, calomnié dans son épouse — et l’on n’entend de lui, dans tout cela, qu’une phrase : « Ô Allah, pardonne à mon peuple, car ils ne savent pas » (Bukhari 3477 — dit d’un prophète frappé par son peuple ; les savants l’appliquent au Prophète ﷺ à Uhud, avec Muslim 1792).

Regards des exégètes

« Tu es d’un caractère immense » (68:4). Ibn ’Abbas : « d’une religion immense » ; ’Aisha : « son caractère était le Coran » ; al-Qurtubi rassemble les deux : le caractère est la religion vécue, et Muhammad ﷺ vécut ce qu’il transmettait. Al-Razi : le verset est le quatrième de la deuxième sourate révélée — Allah a loué le caractère de Son Prophète avant de lui donner une seule loi.

« Ne t’a-t-Il pas trouvé égaré, et t’a guidé ? » (93:7). Le verset qu’on cite pour dire que le Prophète ﷺ fut idolâtre avant sa mission. Les exégètes répondent d’une voix : dallan signifie ici « ignorant de la loi et du Livre » — « tu ne savais ce qu’est le Livre ni la foi » (42:52) —, ou « perdu » comme un enfant qui s’égare — Ibn ’Abbas rapporte qu’il se perdit dans les vallées de La Mecque, enfant, et fut ramené (rapporté) —, ou « inconnu » parmi son peuple ; jamais « polythéiste » : le Prophète ﷺ dit n’avoir jamais adoré une idole, et le Coran lui-même le dit « ni juif ni chrétien » d’avant, mais hanif. Al-Razi : le verset énumère trois manques — orphelin, pauvre, sans loi — et trois dons — le refuge, la richesse, la guidance.

« Pour qu’Allah te pardonne tes fautes passées et à venir » (48:2). Quelles fautes ? Al-Tabari : celles d’avant la mission et d’après ; al-Qurtubi : les dhunub d’un prophète sont ses omissions du meilleur — « les bonnes actions des pieux sont les fautes des rapprochés » — et le pardon « à venir » signifie qu’il ne sera jamais tenu de rendre compte ; Ibn Kathir : c’est le verset qui fit dire au Prophète ﷺ, quand ’Aisha lui demandait pourquoi il priait la nuit à en avoir les pieds gonflés : « Ne serais-je pas un serviteur reconnaissant ? » (Bukhari 4837).

« Le Sceau des prophètes » (33:40). Deux lectures du mot khatam : avec a, le sceau qui ferme — le dernier ; avec i, celui qui scelle — le même sens. Ibn Kathir rassemble les hadiths : « il n’y a pas de prophète après moi », « la prophétie s’est achevée, il ne reste que les bonnes visions » (Bukhari 6990), « la brique manquante ». Al-Razi : le verset lie la fin de l’adoption — « Muhammad n’est le père d’aucun homme » — à la fin de la prophétie : nul fils pour lui succéder, nul prophète pour le remplacer.

« Miséricorde pour les mondes » (21:107). Pour les croyants, par la guidance ; pour les mécréants, par la levée du châtiment d’extermination qui frappait les peuples d’avant — « Allah ne les châtiera pas tant que tu seras parmi eux » (8:33) ; pour les animaux, les djinns, les anges même — al-Razi énumère. Ibn ’Abbas : « Il est miséricorde pour celui qui croit, et pour celui qui ne croit pas, en le préservant de ce qui a frappé les nations. »

« Il ne parle pas de sa propre inclination » (53:3). Le verset qui fonde l’autorité de la Sunna : ce qu’il dit en matière de religion est révélation, distincte du Coran. Les savants distinguent, avec le hadith des palmiers — « vous savez mieux les affaires de votre monde » (Muslim 2363) —, ce qui est révélation et ce qui est opinion humaine en matière profane.

G. Ce qui le distingue de tous les autres prophètes

  • Le Sceau. « Le Messager d’Allah et le Sceau des prophètes » (33:40) ; « Je suis le dernier ; il n’y a pas de prophète après moi » (Bukhari 3455). La parabole : « Mon exemple et celui des prophètes avant moi est celui d’un homme qui a bâti une maison, parfaite et belle, sauf la place d’une brique ; les gens en font le tour et s’émerveillent : “Si seulement cette brique était posée !” Je suis cette brique, et je suis le Sceau des prophètes » (Bukhari 3535, Muslim 2286).
  • L’universalité. Chaque prophète fut envoyé à son peuple ; lui à tous les hommes et aux djinns (34:28 ; 72:1-2 ; Bukhari 335).
  • La préservation du Livre. La Torah et l’Injil furent confiés à des hommes ; le Coran est gardé par Allah : « C’est Nous qui avons fait descendre le Rappel, et c’est Nous qui en sommes le gardien » (15:9).
  • La miséricorde pour les mondes (21:107) — pas seulement pour les croyants.
  • L’intercession majeure (al-shafa’a al-’uzma) : au Jugement, quand Adam, Nuh, Ibrahim, Musa et ’Isa diront « allez à un autre », lui dira « c’est à moi » (Bukhari 3340, 4712 — établi). La « station louée » (al-maqam al-mahmud, 17:79).
  • Le Bassin (al-Kawthar, 108:1) où sa communauté viendra boire.
  • Le premier : à ressusciter, à intercéder, à entrer au Paradis ; sa communauté, la dernière venue, sera la première jugée (Muslim 855).
  • Le nombre. « J’espère que vous serez la moitié des gens du Paradis » (Bukhari 6528) ; Musa pleura dans l’Isra’ de ce que sa communauté serait dépassée par la sienne (Bukhari 3207).
  • La terre entière pour mosquée, le butin licite, la terreur à un mois de distance (Bukhari 335).
  • La prophétie dès avant Adam. « J’étais prophète alors qu’Adam était encore entre l’esprit et le corps » (Tirmidhi 3609, Ahmad — jugé authentique) : décret, non existence antérieure.
  • Un homme. Et cependant, ni ange ni sauveur divin : il est mort, on l’a enterré, et Abu Bakr a dit sur sa tombe : « Que celui qui adorait Muhammad sache que Muhammad est mort ; que celui qui adore Allah sache qu’Allah est Vivant et ne meurt pas. » C’est la plus grande de ses distinctions : la seule religion fondée par un prophète que ses fidèles ont refusé, dès le premier jour, de diviniser.

H. Ce que l’on retient

  • Le mieux connu des hommes. Aucune figure de l’histoire n’a été décrite par autant de témoins directs, dans son corps, sa voix, ses gestes, ses repas, ses larmes.
  • Le Coran est le miracle, l’homme est la preuve. Le Livre convainc ceux qui lisent ; le caractère a convaincu ceux qui l’ont vu.
  • La fin d’une chaîne. D’Adam à lui, un seul message ; après lui, plus personne : « Il n’y a pas de prophète après moi. »
  • Un serviteur. « Dites : le serviteur d’Allah et Son messager. » Il a fermé la porte que d’autres avaient ouverte à la divinisation de leurs prophètes.

I. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
Sceau, universalité, miséricorde, caractère immense, modèle Coran 3, 7, 9, 18, 21, 33, 34, 53, 68, 93 Coranique
Descriptions d’Anas et d’al-Bara’ Bukhari 3547-3552, Muslim 2337, 2347 Établi
Description de ’Ali Tirmidhi 3637, Shama’il 7 Établi (jugé bon)
Description de Hind ibn Abi Hala Tirmidhi, Shama’il 8 Discuté (retenue par la tradition)
Description d’Umm Ma’bad al-Hakim, al-Tabarani Établi (jugé bon)
Sceau entre les épaules ; mains ; sueur Muslim 2344, 2330, 2331 ; Bukhari 3561 Établi
« Son caractère était le Coran » Muslim 746 Établi
Anas, dix ans sans un « ouf » Bukhari 6038 Établi
Jamais frappé ; jamais vengé Muslim 2328 Établi
Les cinq distinctions ; le maître des fils d’Adam ; la porte du Paradis Bukhari 335 ; Muslim 2278, 197 Établi
La fente de la lune Bukhari 3636, Muslim 2800 Établi
L’eau des doigts ; la nourriture multipliée ; le tronc Bukhari 3572, 4102, 3583 Établi
L’ouverture de la poitrine Muslim 162, 261 Établi
La pierre qui saluait Muslim 2277 Établi
Prophéties (Perse, Byzance, califat…) Bukhari 3618 ; Abu Dawud 4646 Établi
Généalogie jusqu’à ’Adnan Consensus des généalogistes Établi (rapporté au-delà)
« Issu de mariages, non de fornication » al-Tabarani, al-Bayhaqi Établi (jugé bon)
Tombe de sa mère ; ses noms Muslim 976, Bukhari 3532 Établi
« Je ne suis pas un roi » Ibn Majah 3312 Établi (jugé authentique)
Le pardon de La Mecque : « vous êtes libres » Ibn Ishaq, al-Bayhaqi Rapporté (plusieurs chaînes)
« Prophète alors qu’Adam était entre l’esprit et le corps » Tirmidhi 3609 Établi (jugé authentique)
Bahira, le nuage, le loup Tirmidhi 3620 ; divers Discuté

PARTIE III — ANNEXES

1. Tableau récapitulatif

Prophète Peuple / lieu Signe principal Fin Trait dominant
Zakariyya Banu Isra’il ; le Temple Yahya donné à un vieillard ; trois jours de silence Tué selon la tradition (discuté) La prière secrète
Yahya Banu Isra’il ; Jourdain La sagesse dès l’enfance Décapité (isra’iliyyat) Le refus ; la chasteté
Maryam Le Temple ; Bethléem Conception sans père ; les fruits, le palmier Inconnue La pureté ; le silence
’Isa Banu Isra’il ; Palestine Naissance, berceau, guérisons, morts ressuscités Élevé vivant ; reviendra Le serviteur ; la miséricorde
Muhammad ﷺ Toute l’humanité ; La Mecque, Médine Le Coran ; la lune ; l’Isra’ ; l’eau des doigts Mort à 63 ans, Médine Le caractère immense ; le pardon

2. Questions fréquentes

1. Maryam est-elle une prophétesse ? Selon une minorité de savants (Ibn Hazm, al-Qurtubi, Abu al-Hasan al-Ash’ari selon certains), oui, parce qu’un ange lui parla et qu’Allah l’a « choisie ». Selon la majorité (al-Nawawi, Ibn Kathir, al-Suyuti), non : le Coran dit que les messagers furent des hommes (12:109 ; 16:43), le titre qu’il lui donne est « véridique » (5:75), et l’ange parla aussi à Sara et à Hajar. Elle est, pour tous, la meilleure femme de son temps, l’une des quatre femmes parfaites, et la seule nommée dans le Coran.

2. Pourquoi le Coran l’appelle-t-il « sœur de Harun », alors que Harun est mort mille ans avant elle ? Les chrétiens de Najran posèrent l’objection à al-Mughira ibn Shu’ba, qui la rapporta au Prophète ﷺ ; il répondit : « Ils donnaient les noms de leurs prophètes et des vertueux d’avant eux » (Muslim 2135). « Sœur de Harun » signifie : de la lignée de Harun — comme on dit « frère de Tamim » pour un homme de Tamim —, ou : comparable en piété à Harun ; il n’y a aucune confusion avec la sœur de Musa, que le Coran ne nomme jamais Maryam.

3. ’Isa est-il « fils de Dieu » ? Non, selon le Coran : « Il ne convient pas à Allah de prendre un enfant » (19:35) ; « le Messie, fils de Maryam, n’est qu’un messager » (5:75). Le titre de « fils » est, dans l’islam, une exagération que le Coran reproche aux gens du Livre (9:30 ; 4:171) — et il rappelle que ’Isa lui-même l’a refusée (5:116-117). La naissance sans père ne fait pas de lui un fils divin : Adam n’eut ni père ni mère (3:59). L’islam ne dit rien de cela pour offenser ; il le dit parce que le Coran le dit, et parce que ’Isa, selon le Coran, l’a dit le premier.

4. ’Isa a-t-il été crucifié ? Non : « Ils ne l’ont ni tué ni crucifié, mais cela leur est apparu ainsi » (4:157). Il fut élevé vivant. Sur ce qui « apparut » aux témoins, les exégètes rapportent qu’un autre fut rendu semblable à lui ; les détails sont rapportés, non établis. L’islam ne nie pas qu’une crucifixion ait eu lieu ; il nie que ’Isa en ait été la victime.

5. ’Isa est-il mort ? Pas encore. « Je vais te reprendre et t’élever vers Moi » (3:55) : la majorité des exégètes lit « reprendre » comme un enlèvement vivant, ou un sommeil, ou une mort future annoncée après son retour. Les hadiths sont formels : il descendra, vivra quarante ans, mourra, et les musulmans prieront sur lui (Abu Dawud 4324). Quelques auteurs modernes ont soutenu qu’il est mort naturellement ; cette opinion contredit des hadiths que les savants tiennent pour mutawatir.

6. Que fera ’Isa à son retour ? Il descendra à Damas, près d’un minaret blanc, priera derrière l’imam des musulmans, poursuivra et tuera le Dajjal, « brisera la croix, tuera le porc, abolira la capitation » — c’est-à-dire mettra fin au christianisme comme religion distincte, en se déclarant lui-même musulman —, régnera par la justice quarante ans, verra Gog et Magog, accomplira le pèlerinage, se mariera, mourra et sera enterré. Ces hadiths sont dans Bukhari, Muslim, Abu Dawud, Tirmidhi.

7. L’Injil du Coran est-il le Nouveau Testament ? Non. L’Injil est la révélation reçue par ’Isa, « guidance et lumière » (5:46), un livre unique. Les quatre Évangiles sont des récits de sa vie écrits après son élévation par ses disciples ou leurs disciples ; l’islam considère qu’ils gardent des traces de l’Injil — l’appel à adorer Dieu seul, la prière, l’annonce d’un consolateur — et des ajouts humains. Le musulman ne les lit ni comme révélation ni comme mensonge, mais avec la règle des isra’iliyyat : ce que le Coran confirme est vrai, ce qu’il contredit est faux, le reste est incertain.

8. Muhammad ﷺ est-il annoncé dans la Bible ? Le Coran l’affirme (7:157 ; 61:6) ; les savants musulmans ont cité Deutéronome 18:18 — « un prophète comme toi, d’entre leurs frères », lu comme les Ismaélites, frères des Israélites —, le « Paraclet » de l’Évangile de Jean, lu comme « Ahmad », et le « cantique des cantiques » 5:16. Les chrétiens lisent ces textes autrement, et ce dossier ne prétend pas trancher un débat d’exégèse biblique ; il rapporte que la tradition musulmane y voit des annonces, et que le Coran dit que les gens du Livre « le connaissent comme ils connaissent leurs fils » (2:146).

9. Pourquoi Muhammad ﷺ est-il le dernier ? Parce que le Coran le dit (33:40) et parce que sa mission est universelle et son Livre préservé : après un message adressé à toute l’humanité et gardé intact, il n’y a plus de raison d’envoyer un autre prophète. Les prophètes précédents corrigeaient les déviations du message d’avant ; le Coran ne peut être déformé (15:9), et la Sunna a été conservée par la science du hadith. Quiconque prétend à la prophétie après lui est un imposteur, par le texte même : « Il y aura après moi trente menteurs, chacun prétendant être prophète ; et je suis le Sceau des prophètes, il n’y a pas de prophète après moi » (Tirmidhi 2219 — jugé authentique).

10. Était-il illettré ? Oui, selon le Coran et la tradition : « le Prophète illettré » (al-nabi al-ummi, 7:157) ; « tu ne lisais aucun livre avant celui-ci, et tu n’en écrivais pas de ta main » (29:48). Il dicta le Coran à des scribes et ne l’écrivit jamais ; l’épisode de Hudaybiyya où il « prit le traité et écrivit » est compris par les savants comme : fit écrire, ou traça son nom sans savoir écrire. L’illettrisme est ici une preuve : le Coran ne vient pas d’un lecteur.

11. Pourquoi n’a-t-il pas eu plus de miracles ? Il en eut beaucoup — la rubrique E de sa notice en compte plusieurs dizaines établis. Mais le Coran dit que les signes matériels furent refusés aux Mecquois parce que les peuples anciens les avaient demandés puis reniés (17:59), et que le signe donné à cette communauté est le Livre lui-même : « Ne leur suffit-il pas que Nous t’ayons fait descendre le Livre qu’on leur récite ? » (29:51). Un miracle physique convainc ceux qui le voient ; un livre convainc ceux qui le lisent, pour toujours.

12. A-t-il vu Allah ? Abu Dharr lui demanda : « As-tu vu ton Seigneur ? — Une lumière, comment L’aurais-je vu ? » (Muslim 178). ’Aisha : « Quiconque te dit que Muhammad a vu son Seigneur a proféré une énormité » (Bukhari 4855). Ibn ’Abbas soutenait qu’il L’avait vu par le cœur. La position majoritaire : il vit Jibril sous sa forme véritable (53:13-18), et ne vit pas Allah dans ce monde ; la vision d’Allah est réservée au Paradis.

13. « J’étais prophète alors qu’Adam était entre l’esprit et le corps » — était-il donc préexistant ? Non : le hadith (Tirmidhi 3609) parle du décret, non de l’existence. Sa prophétie fut inscrite avant la création d’Adam, comme tout destin ; lui-même naquit en 570. Les récits sur une « lumière muhammadienne » créée avant toute chose, dont tout serait issu, reposent sur un hadith de Jabir que les spécialistes ont jugé forgé ; ils ne sont pas retenus.

14. Pourquoi les musulmans ne représentent-ils pas son visage, alors qu’ils le décrivent si précisément ? Précisément pour cela : la description par les mots ne risque pas l’adoration ; l’image, si. Le Prophète ﷺ a interdit les images d’êtres animés (Bukhari 5950), a rappelé que les idoles de Nuh avaient commencé par des statues de pieux (Bukhari 4920), et a dit : « Ne me louez pas comme les chrétiens ont loué le fils de Maryam. » Les Shama’il de Tirmidhi tiennent lieu de portrait ; des calligraphes ont composé des « portraits » faits de mots (hilya), jamais de traits.

15. Quelle différence entre aimer ’Isa comme les chrétiens et l’aimer comme les musulmans ? Les musulmans croient à sa naissance virginale, à ses miracles, à son message, à son élévation et à son retour ; ils l’appellent le Messie, la Parole d’Allah, l’Esprit venant de Lui, et nul n’est musulman sans croire en lui. Ils ne croient pas à sa divinité, à sa filiation divine, à sa mort sur la croix, ni à la rédemption par son sang. Le Coran met dans sa bouche le refus de tout cela, et fait de lui le serviteur exemplaire. Un musulman qui insulte ’Isa cesse d’être musulman.

16. Zakariyya et Yahya ont-ils vraiment été tués ? Le Coran reproche aux Banu Isra’il d’avoir « tué les prophètes sans droit » (2:61), sans nommer lesquels ; les exégètes appliquent le reproche à Zakariyya et Yahya, sur la foi de récits d’origine biblique et rabbinique. Pour Yahya, le récit est concordant dans les Évangiles et chez les exégètes ; pour Zakariyya, il est discuté, et Ibn Kathir le rapporte sans le garantir. Aucun hadith authentique ne décrit leur mort.

17. Pourquoi le Coran parle-t-il davantage de ’Isa et de Maryam que de Muhammad ﷺ ? Parce que le Coran a été révélé à Muhammad ﷺ et s’adresse à lui : il le nomme rarement, mais il lui parle sans cesse — « toi », « ô Prophète », « ô Messager » — et parle de lui à chaque page. ’Isa et Maryam sont, eux, l’objet d’un désaccord avec les gens du Livre que le Coran veut trancher, et de récits que les Arabes ignoraient.

18. Que doit croire un musulman au sujet de tous les prophètes ? Qu’ils furent envoyés par Allah avec le même message d’unicité ; qu’ils furent des hommes, véridiques, préservés du mensonge et des grandes fautes ; qu’ils ont transmis intégralement ; qu’il ne faut faire de différence entre aucun d’eux dans la foi (2:285), même si Allah a préféré certains à d’autres (2:253) ; que Muhammad ﷺ est le dernier ; et que ’Isa reviendra. Renier un seul d’entre eux, c’est les renier tous.

19. Le verset 93:7 dit-il que Muhammad ﷺ était « égaré » avant sa mission ? Non, selon tous les exégètes : dallan y signifie ignorant de la loi révélée — « tu ne savais ce qu’est le Livre ni la foi » (42:52) — ou perdu comme un enfant dans les vallées de La Mecque, ou inconnu parmi les siens. Le Coran dit ailleurs que le Prophète ﷺ ne s’est jamais prosterné devant une idole ; les hadiths le montrent, jeune, refusant de manger ce qu’on immolait aux idoles (Bukhari 3826, avec Zayd ibn ’Amr). Lire « idolâtre » dans ce verset, c’est le lire contre le reste du Coran.

20. Que sont les « fautes passées et à venir » de 48:2 ? Les fautes d’un prophète sont d’un autre ordre que les nôtres : des omissions du meilleur, des choix dans le permis qu’Allah corrige — l’aveugle (80:1), les prisonniers de Badr (8:67), le serment du miel (66:1). Le pardon « à venir » signifie qu’il ne sera jamais tenu de rendre compte ; et sa réponse fut de prier davantage : « ne serais-je pas un serviteur reconnaissant ? » (Bukhari 4837).

21. Pourquoi les Évangiles ne mentionnent-ils pas les paroles de ’Isa au berceau ? Le Coran les rapporte (19:29-33) ; les quatre Évangiles canoniques n’en parlent pas, mais des textes chrétiens anciens non canoniques — l’Évangile arabe de l’enfance — le font. Pour le musulman, le Coran suffit ; pour le lecteur chrétien, le silence des Évangiles n’est pas une preuve d’absence, ceux-ci ne racontant presque rien des trente premières années. Le dossier rapporte le fait sans en faire un argument contre les Évangiles.

22. Comment savoir que les hadiths sur le retour de ’Isa ne sont pas des inventions tardives ? Parce qu’ils sont dans Bukhari et Muslim, rapportés par plus de trente compagnons — Abu Hurayra, Jabir, Ibn ’Umar, Ibn Mas’ud, Hudhayfa, al-Nawwas ibn Sam’an, Abu Umama, Umm Sharik —, par des chaînes indépendantes, avec les mêmes éléments : Damas, le Dajjal, Ludd, la croix, le porc, la capitation, Gog et Magog ; les savants les tiennent pour mutawatir — Ibn Kathir, al-Shawkani, al-Kattani en ont fait le compte. Et parce que le Coran les annonce : « il sera un signe de l’Heure » (43:61), « il n’y a personne parmi les gens du Livre qui ne croira en lui avant sa mort » (4:159).

23. La Trinité : que dit exactement le Coran ? Il dit : « ne dites pas “Trois” » (4:171), « ont mécru ceux qui disent qu’Allah est le troisième de trois » (5:73), et fait demander à ’Isa s’il a dit « prenez-moi, moi et ma mère, comme deux divinités » (5:116). Les chrétiens objectent que la Trinité n’inclut pas Marie ; les exégètes musulmans répondent que le Coran ne définit pas la Trinité chrétienne mais dénonce toute association d’un être créé à Allah — que ce soit ’Isa, Maryam ou l’Esprit —, et que le culte de Marie était réel dans certaines communautés du VIIe siècle. Le dossier expose ce que le Coran dit ; il ne prétend pas décrire la théologie chrétienne mieux que les chrétiens.

24. Pourquoi tant de prophètes dans la famille de ’Imran, et aucun après ? Parce que la prophétie d’Israël s’achève avec ’Isa, selon le Coran — « il n’y a pas de prophète entre lui et moi » —, et que le message passe alors aux descendants d’Isma’il : le dernier prophète d’Ishaq annonce le seul prophète d’Isma’il. Ibn Kathir voit dans le passage d’une lignée à l’autre l’accomplissement de la double prière d’Ibrahim — pour sa descendance en Palestine (2:128) et pour sa descendance à La Mecque (2:129).

3. Glossaire

  • Al-Masih — Le Messie ; titre de ’Isa ; et, par contraste, du Dajjal.
  • Kalimat Allah — « Parole d’Allah » : ’Isa, créé par « sois ».
  • Ruh min-hu — « Esprit venant de Lui » : ’Isa, comme tout homme reçoit un esprit venant d’Allah.
  • Hawariyyun — Les apôtres de ’Isa.
  • Injil — L’Évangile révélé à ’Isa ; distinct des quatre Évangiles.
  • Al-Fatra — L’intervalle sans prophète entre ’Isa et Muhammad ﷺ.
  • Khatam al-nabiyyin — Le Sceau des prophètes (33:40).
  • Al-Nabi al-ummi — Le prophète illettré.
  • Khatam al-nubuwwa — Le sceau de la prophétie, marque entre les épaules du Prophète ﷺ.
  • Shama’il — Les traits physiques et moraux du Prophète ﷺ ; titre du recueil d’al-Tirmidhi.
  • Hilya — Le « portrait » calligraphié du Prophète ﷺ, en mots.
  • Al-Shafa’a al-’uzma — L’intercession majeure du Prophète ﷺ au Jugement.
  • Al-Maqam al-mahmud — La station louée (17:79).
  • Al-Kawthar — Le Bassin du Prophète ﷺ.
  • Jawami’ al-kalim — Les paroles concises données au Prophète ﷺ.
  • Dala’il al-nubuwwa — « Les preuves de la prophétie » ; genre littéraire et titre d’al-Bayhaqi.
  • Al-Dajjal — L’imposteur de la fin des temps, que ’Isa tuera.

4. Bibliographie classique

Coran et exégèse — al-Tabari, Ibn Kathir, al-Qurtubi, al-Razi, al-Baghawi, sur les sourates 3, 4, 5, 19, 61 ; Ibn Kathir, Qisas al-anbiya’, chapitres sur Zakariyya, Yahya, Maryam et ’Isa.

Sur ’Isa et Maryam — Ibn Kathir, al-Bidaya wal-Nihaya, tome 2 ; Ibn Taymiyya, al-Jawab al-sahih li-man baddala din al-Masih (réponse doctrinale, à lire pour la doctrine, non pour le ton) ; al-Qurtubi, al-I’lam bi-ma fi din al-nasara.

Sur le Prophète ﷺ — al-Tirmidhi, al-Shama’il al-Muhammadiyya ; Ibn Ishaq / Ibn Hisham, al-Sira ; Ibn Sa’d, al-Tabaqat, tome 1 ; al-Bayhaqi, Dala’il al-nubuwwa ; Abu Nu’aym, Dala’il al-nubuwwa ; Qadi ’Iyad, al-Shifa bi-ta’rif huquq al-Mustafa ; Ibn al-Qayyim, Zad al-ma’ad ; Ibn Kathir, al-Bidaya, tomes 2-5 ; al-Mubarakfuri, al-Rahiq al-makhtum (« Le Nectar cacheté »), retenu comme référence du projet biographique du site.

Hadiths — Bukhari, « Ahadith al-anbiya’ » et « al-Manaqib » (mérites) ; Muslim, « al-Iman » (l’Isra’), « al-Fada’il », « al-Fitan » (le retour de ’Isa) ; Tirmidhi, « al-Manaqib » ; Abu Dawud, « al-Malahim ».

7. Inventaire des récits à écarter — série 3

  • Zakariyya scié dans un arbre : isra’iliyyat, discuté ; aucun hadith.
  • Le sang de Yahya bouillonnant jusqu’à soixante-dix mille morts : isra’iliyyat.
  • Maryam enfantant en une heure : rapporté sans source solide.
  • Yusuf le charpentier questionnant Maryam : isra’iliyyat.
  • Maryam épouse du Prophète ﷺ au Paradis : hadith faible.
  • Le nom du disciple crucifié à la place de ’Isa : rapporté, divergent.
  • ’Isa enterré près du Prophète ﷺ : chaîne discutée (Tirmidhi 3617).
  • La lumière de Muhammad créée avant toute chose (hadith de Jabir) : forgé.
  • Bahira, le nuage qui ombrage, le loup qui parle : discuté.
  • La description de Hind ibn Abi Hala : chaîne discutée, retenue par la tradition — à citer comme telle.
  • Les tombeaux de Zakariyya (Alep), Yahya (Damas), Maryam (Cédron) : traditions locales.

Note sur les références : les numéros de hadith sont donnés à titre indicatif d’après les grands recueils et peuvent différer selon les éditions ; chacun se vérifie dans le recueil cité ou sur sunnah.com.

Et Allah est le plus savant.