De Yûsuf à Yûnus

Figures de l’islam · Les prophètes et messagers · 2/4

De Yûsuf à Yûnus

Yûsuf, Ayyûb, Shu’ayb, Mûsâ et Hârûn, Dâwûd, Sulaymân, Ilyâs, al-Yasa’, Dhul-Kifl et Yûnus.

PARTIE I — CADRE DE LA SÉRIE

1. Avant-propos

La série 1 s’arrêtait sur Ya’qub, qui est Isra’il, et sur ses douze fils. Cette série 2 commence avec le plus aimé de ces fils, Yusuf, et suit la lignée qu’il ouvre : l’installation en Égypte, l’esclavage, Musa et l’Exode, le désert, l’entrée en Terre sainte, les rois-prophètes Dawud et Sulayman, puis les prophètes envoyés pour redresser un peuple qui oubliait — Ilyas, al-Yasa’, Yunus. Deux figures s’y ajoutent, que le Coran nomme sans les rattacher clairement à cette histoire : Ayyub, l’homme de la patience, et Shu’ayb, l’orateur de Madyan.

C’est la partie de l’histoire des prophètes la plus riche en récits, parce que le Coran s’y attarde le plus : la sourate Yusuf est le plus long récit continu du Livre ; Musa est le prophète le plus cité, cent trente-six fois ; Sulayman et Dawud occupent des dizaines de versets. C’est aussi celle où les isra’iliyyat — les récits venus des traditions juives et chrétiennes — sont les plus nombreux, puisqu’il s’agit précisément de l’histoire d’Israël. Le tri est donc plus nécessaire que jamais, et ce dossier le fait à chaque récit.

2. Qui sont les Banu Isra’il ?

Isra’il est le second nom de Ya’qub, fils d’Ishaq, petit-fils d’Ibrahim. Ses douze fils sont les ancêtres des douze tribus ; « les fils d’Israël » (Banu Isra’il) désignent donc, dans le Coran, la descendance de Ya’qub, c’est-à-dire le peuple hébreu, puis juif. Le Coran leur consacre plus de versets qu’à tout autre peuple : il les nomme quarante-trois fois, leur rappelle les bienfaits reçus — la délivrance de Pharaon, la manne, la Torah, les prophètes, la royauté —, et leur reproche, longuement, leurs manquements — le veau d’or, le refus d’entrer en Terre sainte, la transgression du sabbat, le meurtre des prophètes, l’altération du Livre.

Trois choses sont à retenir pour lire cette série sans contresens. Première : le Coran ne parle pas des Banu Isra’il comme d’un peuple étranger, mais comme d’une communauté croyante qui a reçu la révélation avant les musulmans, et dont l’histoire est un miroir tendu à ceux-ci — le Prophète ﷺ a dit : « Vous suivrez les voies de ceux d’avant vous, empan par empan » (Bukhari 3456). Deuxième : tous les prophètes de cette série, sauf Shu’ayb et peut-être Ayyub, sont des Banu Isra’il ; la prophétie a résidé dans cette lignée pendant quinze siècles, de Ya’qub à ’Isa, avant de passer à la descendance d’Isma’il avec Muhammad ﷺ. Troisième : les reproches du Coran s’adressent à des comportements — l’orgueil, l’infidélité à l’alliance, la préférence pour ce monde —, et le Coran lui-même précise : « Ils ne sont pas tous pareils ; parmi les gens du Livre, il est une communauté droite » (3:113).

3. Le fil de l’histoire, de Yusuf à Yunus

Pour situer les onze prophètes de cette série, voici la trame que dessinent le Coran, les hadiths et, pour les jointures, les exégètes :

  1. Yusuf est vendu par ses frères, devient le ministre de l’Égypte, et y fait venir Ya’qub et toute sa famille : c’est l’entrée des Banu Isra’il en Égypte (sourate 12).
  2. Ayyub, que les exégètes situent à cette époque ou peu après, dans le pays de Hawran (Syrie du Sud), est éprouvé et guéri (21:83 ; 38:41).
  3. Après Yusuf, les Banu Isra’il se multiplient en Égypte et sont réduits en esclavage par un Pharaon qui « massacrait leurs fils » (28:4).
  4. Shu’ayb prêche à Madyan, sur la rive orientale du golfe d’Aqaba, une génération ou plusieurs avant Musa (7:85).
  5. Musa naît en Égypte, fuit à Madyan, reçoit la mission au Sinaï, affronte Pharaon avec Harun, fait sortir les Banu Isra’il par la mer, reçoit la Torah, et meurt dans le désert sans entrer en Terre sainte (sourates 2, 7, 20, 26, 28…).
  6. Son serviteur Yusha’ (Josué) conduit la conquête ; puis viennent des siècles de « juges » et de prophètes, dont Dhul-Kifl selon certains, et Shamwil (Samuel), qui désigne le roi Talut (2:246-251).
  7. Dawud tue Jalut (Goliath), devient roi et prophète, reçoit les Psaumes ; Sulayman lui succède, règne sur les hommes, les djinns et les vents, et bâtit le Temple de Jérusalem (2:251 ; 27:15-44 ; 34:10-14 ; 38:17-40).
  8. Le royaume se divise ; l’idolâtrie revient ; Ilyas est envoyé aux adorateurs de Ba’l (37:123), al-Yasa’ lui succède (6:86).
  9. Yunus est envoyé à Ninive, capitale de l’Assyrie, dont le peuple, seul de toute l’histoire prophétique, se convertit en masse et est épargné (10:98 ; 37:139).

Les figures nommées ici sans notice — Yusha’, Shamwil, Talut, Jalut, Qarun, Haman, le Samiri, Asiya — seront traitées dans la série 4, sauf lorsqu’elles interviennent dans le récit d’un prophète de ce volume.

4. Chronologie approximative

Les dates ne viennent ni du Coran ni des hadiths, qui n’en donnent aucune ; elles viennent de la chronologie biblique et de l’archéologie, et sont données à titre de repère, avec de larges marges.

Prophète Époque approximative Lieu Repère
Yusuf XVIIIe-XVIIe s. av. J.-C. Canaan, puis Égypte Époque des Hyksos selon certains
Ayyub Incertaine ; après Yusuf selon Ibn Ishaq Hawran (Syrie) ou ’Uz Descendant d’Ishaq par ’Is (Ésaü) — rapporté
Shu’ayb Avant Musa Madyan, golfe d’Aqaba Descendant de Madyan ibn Ibrahim — rapporté
Musa et Harun XIIIe s. av. J.-C. selon la majorité Égypte, Sinaï Ramsès II ou Merneptah, hypothèses non confirmées
Dhul-Kifl Incertaine Incertain Assimilé par certains à Ézéchiel (VIe s.) — discuté
Dawud vers 1010-970 av. J.-C. Jérusalem Fondateur du royaume
Sulayman vers 970-931 av. J.-C. Jérusalem Bâtisseur du Temple
Ilyas IXe s. av. J.-C. Royaume du Nord, Baalbek selon les exégètes Contre le culte de Ba’l
Al-Yasa’ IXe s. av. J.-C. Royaume du Nord Successeur d’Ilyas
Yunus VIIIe s. av. J.-C. Ninive (Mossoul) Capitale de l’Assyrie

5. Rappel des sources et niveaux de preuve

Ce volume applique les principes fixés dans la série 1, qu’il suffit de rappeler.

Les sources, par ordre d’autorité : le Coran, seule source infaillible ; les hadiths authentiques (Bukhari, Muslim, et ceux que les spécialistes jugent sahih ou hasan) ; les tafsirs classiques — al-Tabari, al-Baghawi, al-Qurtubi, al-Razi, Ibn Kathir, al-Shawkani, al-Sa’di — qui rapportent les paroles des compagnons et des successeurs et les traditions des convertis du judaïsme ; et les Histoires des prophètes, en particulier celles d’Ibn Kathir, qui trie les récits avec la rigueur d’un traditionniste.

La règle des isra’iliyyat, fixée par Ibn Kathir d’après le hadith « racontez d’après les Banu Isra’il sans crainte » (Bukhari 3461) et « ne les croyez pas et ne les démentez pas » (Bukhari 4485) : ce que nos sources confirment, on l’accepte ; ce qu’elles contredisent — l’adultère de Dawud, l’idolâtrie de Sulayman, le veau d’or fabriqué par Harun —, on le rejette ; ce sur quoi elles se taisent — les noms, les durées, les lieux —, on le rapporte sans le tenir pour certain.

Les cinq niveaux : Coranique (dit par le Coran) ; Établi (hadith authentique ou bon) ; Rapporté (tradition des compagnons ou des exégètes) ; Isra’iliyyat / discuté (récit d’origine biblique ou de chaîne faible, ni confirmé ni contredit) ; Populaire (tradition tardive sans source, jamais affirmée). Chaque notice se termine par un tableau qui classe ses récits. Les numéros de hadiths sont indicatifs et à vérifier avant publication.

Une particularité de ce volume : plusieurs récits bibliques attribuent aux prophètes des fautes graves — l’ivresse, l’adultère, l’idolâtrie. La doctrine sunnite tient que les prophètes sont préservés (ma’sumun) des péchés majeurs et de tout ce qui avilit, avant comme après leur mission ; un récit qui prête à un prophète une telle faute est rejeté par ce seul fait, quelle que soit sa source. Ce principe est appliqué sans exception dans les notices de Dawud, de Sulayman et de Harun.

6. Méthode approfondie de lecture pour ce volume

La série 1 (Partie I, section 9) a exposé la méthode de lecture ; ce volume la rappelle en trois points qui lui sont propres.

Distinguer le récit répété du récit reconstruit. Musa est le prophète le plus cité du Coran, et son histoire y revient dans vingt-cinq sourates. Chaque répétition sélectionne un angle : la naissance menacée (28), le dialogue avec Pharaon (26 ; 20), les plaies (7), la mer (26 ; 10), le veau (20 ; 7), la Terre sainte (5), la vache (2), al-Khidr (18). Ces passages sont complémentaires, non redondants, et c’est en les lisant ensemble qu’on obtient le récit. Ce que le Coran raconte de façon répétée est le socle ; la chronologie détaillée, l’identité du Pharaon, la localisation du Sinaï, l’itinéraire de l’Exode sont des reconstructions, et le dossier les marque comme telles.

Formuler l’infaillibilité avec précision. Les prophètes sont préservés dans la transmission du message, du polythéisme, des péchés majeurs et de tout ce qui porte atteinte à leur mission. Les savants discutent la nature exacte des fautes légères, des erreurs d’appréciation et des situations antérieures à la mission — le coup de poing de Musa, le départ de Yunus, le jugement hâtif de Dawud sont de cette catégorie, et le Coran les raconte pour en faire des leçons de repentir. Les récits bibliques prêtant à Dawud l’adultère, à Sulayman l’idolâtrie, à Harun le veau d’or ne sont pas des « variantes » : ils entrent en conflit avec la conception islamique de la prophétie et sont classés « rejeté », explicitement, dans chaque notice.

Lire les tafsirs comme des tafsirs. Al-Tabari rapporte tous les avis ; al-Qurtubi tire le droit et la théologie ; al-Razi multiplie les questions rationnelles ; Ibn Kathir trie par le Coran et le hadith et signale les chaînes faibles. Sur Yusuf 12:24, sur Dawud 38:24, sur Sulayman 38:34, ces quatre commentaires ne disent pas la même chose — et c’est en les comparant, non en cherchant chez eux une histoire plus détaillée, qu’on lit sérieusement. Les rubriques « Regards des exégètes » ajoutées aux grandes notices de ce volume font ce travail.

PARTIE II — LES PROPHÈTES

11. Yusuf — le plus beau des récits

Fiche d’identité Yusuf
Nom Yusuf (يوسف) — Joseph ; « le noble, fils du noble, fils du noble, fils du noble » (Bukhari 3390)
Statut Prophète, fils de prophète ; ministre de l’Égypte
Mentions dans le Coran 27 fois ; la sourate 12, qui porte son nom, lui est consacrée presque entièrement (111 versets) ; aussi 6:84 et 40:34
Peuple et lieu Canaan, puis Égypte
Famille Fils de Ya’qub et de Rahil (Rachel) ; frère de Binyamin ; dix demi-frères ; deux fils selon la tradition, Ifra’im et Minsha (isra’iliyyat)
Sépulture Égypte, puis cercueil emporté par Musa vers la Terre sainte (rapporté) ; Naplouse selon la tradition biblique

En une phrase : un enfant jeté dans un puits par ses frères, vendu pour quelques pièces, calomnié par une femme, oublié en prison, et qui finit par tenir l’Égypte dans sa main, pour dire à ceux qui l’avaient trahi : « Pas de reproche aujourd’hui. »

A. Ce que dit le Coran

Le Coran appelle l’histoire de Yusuf « le plus beau des récits » (12:3) et, chose unique, la raconte d’un seul tenant, du rêve de l’enfant à la prière du ministre.

Le rêve. « Père, j’ai vu onze étoiles, le soleil et la lune ; je les ai vus se prosterner devant moi » (12:4). Ya’qub lui dit de ne pas le raconter à ses frères, « car ils trameraient contre toi ; Satan est pour l’homme un ennemi déclaré » (12:5).

Le puits. Les frères, jaloux — « Yusuf et son frère sont plus chers à notre père que nous, alors que nous sommes une troupe » (12:8) —, décident de le tuer ou de l’abandonner ; l’un d’eux propose le fond d’un puits (12:10). Ils obtiennent de Ya’qub la permission de l’emmener, le jettent dans le puits, et reviennent le soir en pleurant, avec une chemise tachée d’un faux sang : « Le loup l’a mangé. » Ya’qub : « Vos âmes vous ont enjolivé quelque chose ; belle patience, et c’est Allah dont le secours est imploré » (12:18).

La vente. Une caravane tire de l’eau ; le puiseur crie : « Bonne nouvelle, un garçon ! » Ils le vendent « pour un vil prix, quelques dirhams ; ils n’y attachaient pas de valeur » (12:20). En Égypte, l’acheteur dit à sa femme : « Traite-le bien ; peut-être nous servira-t-il, ou l’adopterons-nous » (12:21).

La tentation. « Celle dans la maison de laquelle il était le sollicita ; elle ferma les portes et dit : viens ! Il dit : Allah me garde ! Il est mon maître, il m’a fait bon accueil ; les injustes ne réussissent pas » (12:23). « Elle eut le désir de lui, et il aurait eu le désir d’elle s’il n’avait vu la preuve de son Seigneur » (12:24 — le sens de ce verset est traité dans les questions fréquentes). Ils courent vers la porte ; elle déchire sa chemise par derrière ; le mari est là. Un témoin de la maison propose la preuve : chemise déchirée par devant, elle dit vrai ; par derrière, elle ment. « Par derrière ! » — « C’est une de vos ruses, à vous, femmes ; vos ruses sont énormes. Yusuf, laisse cela ; et toi, demande pardon pour ta faute » (12:28-29).

Les femmes de la ville. Elles jasent ; elle les invite, leur donne des couteaux et des fruits, et fait entrer Yusuf : « Elles le trouvèrent si beau qu’elles se coupèrent les mains : “Ce n’est pas un homme, c’est un ange noble !” » (12:31). Elle avoue devant elles et menace : « S’il ne fait pas ce que je lui ordonne, il sera emprisonné. » Yusuf : « Seigneur, la prison m’est plus chère que ce à quoi elles m’appellent » (12:33). On l’emprisonne « pour un temps, après avoir vu les preuves » de son innocence (12:35).

La prison. Deux jeunes gens lui racontent leurs rêves ; avant de les interpréter, il prêche : « J’ai abandonné la religion d’un peuple qui ne croit pas en Allah… Ô mes deux compagnons de prison, des seigneurs dispersés valent-ils mieux qu’Allah, l’Unique, le Dominateur ? » (12:37-40). L’un sera l’échanson du roi, l’autre crucifié ; « rappelle-moi auprès de ton maître », dit-il au premier, « mais Satan lui fit oublier, et il resta en prison quelques années » (12:42).

Le rêve du roi. Sept vaches grasses mangées par sept maigres, sept épis verts et sept secs. Les devins : « Rêves confus. » L’échanson se souvient. Yusuf interprète — sept ans d’abondance, sept de famine, puis une année de pluie — sans exiger d’abord sa libération (12:46-49). Le roi le fait venir ; Yusuf refuse de sortir avant que l’affaire des femmes soit éclaircie ; la femme avoue : « C’est moi qui l’ai sollicité ; il est du nombre des véridiques » (12:51). Le roi : « Amenez-le-moi, je le prends pour moi-même. » Yusuf : « Place-moi sur les greniers du pays ; je suis bon gardien et savant » (12:55).

Les frères. Ils viennent chercher du grain ; il les reconnaît, ils ne le reconnaissent pas. Il exige qu’ils amènent leur frère ; Ya’qub refuse, puis cède sous serment ; Yusuf retient Binyamin par le stratagème de la coupe du roi glissée dans son sac ; l’aîné reste en Égypte par honte ; Ya’qub, apprenant la nouvelle, dit encore « belle patience », et pleure Yusuf jusqu’à en perdre la vue (12:84). Retour des frères, humiliés par la famine : « Ô ’Aziz, la misère nous a touchés… fais-nous la charité. — Savez-vous ce que vous avez fait à Yusuf et à son frère, quand vous étiez ignorants ? — Serais-tu Yusuf ? — Je suis Yusuf, et voici mon frère. Allah nous a fait faveur ; qui craint Allah et patiente, Allah ne perd pas la récompense des bienfaisants. — Par Allah, Allah t’a préféré à nous, et nous étions fautifs. — Pas de reproche contre vous aujourd’hui ; qu’Allah vous pardonne, Il est le plus miséricordieux » (12:88-92).

Le dénouement. Il envoie sa chemise ; la caravane quitte l’Égypte et Ya’qub dit, en Canaan : « Je sens l’odeur de Yusuf » ; la chemise sur son visage lui rend la vue ; toute la famille vient en Égypte ; Yusuf fait monter ses parents sur le trône, et tous se prosternent devant lui : « Père, voici l’interprétation de mon rêve d’autrefois » (12:100). Et sa prière : « Seigneur, Tu m’as donné le pouvoir et appris l’interprétation des récits ; Créateur des cieux et de la terre, Tu es mon protecteur ici-bas et dans l’au-delà ; fais-moi mourir musulman, et réunis-moi aux vertueux » (12:101).

B. Ce que disent les hadiths

  • Le noble, fils du noble. « Le plus noble des hommes est Yusuf, prophète d’Allah, fils du prophète d’Allah, fils du prophète d’Allah, fils de l’ami intime d’Allah » (Bukhari 3390, 4688 — établi). Quatre prophètes en ligne directe : Ibrahim, Ishaq, Ya’qub, Yusuf.
  • La moitié de la beauté. Dans le Voyage nocturne, le Prophète ﷺ le rencontre au troisième ciel : « Je vis Yusuf ; il avait reçu la moitié de la beauté » (Muslim 162 — établi). Une autre version : « la moitié de la beauté de l’humanité ».
  • Le refus de sortir de prison. « Si j’étais resté en prison aussi longtemps que Yusuf, puis que le messager du roi était venu, je l’aurais suivi » — le Prophète ﷺ loue ainsi la patience de Yusuf, qui exigea d’abord la reconnaissance de son innocence (Bukhari 3372, 4694 ; Muslim 151 — établi).
  • Le jour de la conquête. À La Mecque conquise, devant Quraysh qui attend la vengeance, le Prophète ﷺ reprend mot pour mot la parole de Yusuf : « Pas de reproche contre vous aujourd’hui ; allez, vous êtes libres » (Ibn Hisham, al-Bayhaqi — rapporté par les biographes, chaîne bonne selon plusieurs).
  • Les femmes et les couteaux. Un jour que ses épouses le pressaient de désigner Abu Bakr pour la prière, il dit : « Vous êtes les compagnes de Yusuf » — comparant leur insistance à celle des femmes d’Égypte (Bukhari 664 — établi).

C. Origine, famille, généalogie

Yusuf ibn Ya’qub ibn Ishaq ibn Ibrahim ; sa mère est Rahil (Rachel), morte en donnant naissance à Binyamin. Les onze étoiles sont ses onze frères ; le soleil et la lune, ses parents — ou son père et sa tante maternelle, Rachel étant morte (rapporté). Vendu vers dix-sept ans, il aurait tenu la prison sept ans, reçu le pouvoir à trente, retrouvé son père après quarante ans de séparation selon certains, moins selon d’autres, et vécu cent dix ans (isra’iliyyat, d’après la Genèse — discuté). Ses deux fils, Ifra’im et Minsha, sont donnés comme pères de deux tribus (isra’iliyyat).

Le roi d’Égypte est appelé « roi » (malik), non « Pharaon », dans la sourate — précision remarquable : le titre de Pharaon apparaît dans le Coran pour l’époque de Musa, et l’égyptologie situe l’usage de ce titre pour le souverain après l’époque de Joseph. Le ministre acheteur est nommé al-’Aziz ; les exégètes lui donnent le nom de Qitfir ou Itfir (rapporté, d’après Putiphar) ; sa femme est nommée Ra’il ou Zulaykha (rapporté ; le Coran ne la nomme jamais).

D. Apparence physique

Le seul prophète dont le Coran laisse entendre la beauté (12:31) et dont le hadith la mesure : « la moitié de la beauté » (Muslim 162). Les exégètes ajoutent qu’il ressemblait à Adam au jour de sa création (rapporté) et que sa beauté éclairait les murs (populaire). Aucun autre trait authentique.

E. Miracles et signes

L’interprétation des rêves, « science » que le Coran dit enseignée par Allah (12:6, 12:101) ; la chemise qui rend la vue à Ya’qub — Yusuf le sait d’avance (12:93) ; la protection dans le puits, le « preuve du Seigneur » qui le détourne de la faute (12:24) ; et la lecture du cœur de ses frères.

F. Sagesse, caractère, paroles

La chasteté sous la contrainte. « Allah me garde ! » face à une maîtresse puissante, portes fermées, sans témoin. Les savants placent Yusuf parmi les sept que l’ombre d’Allah couvrira : « un homme qu’une femme de rang et de beauté sollicite, et qui dit : je crains Allah » (Bukhari 660).

La prison préférée. « Seigneur, la prison m’est plus chère » : il choisit l’épreuve plutôt que la faute, et ne demanda sa liberté qu’assortie de son honneur.

Le prédicateur en prison. Avant d’interpréter les rêves, il enseigne le tawhid aux prisonniers ; les exégètes y voient le modèle du prêcheur qui profite du besoin qu’on a de lui pour rappeler l’essentiel.

Le gouvernant. « Je suis bon gardien et savant » (12:55) : demander une charge n’est pas de l’ambition quand on sait qu’on en est capable et qu’on la demande pour le bien commun — les juristes en ont tiré une règle.

Le pardon. « Pas de reproche contre vous aujourd’hui » — ni procès, ni condition, ni humiliation ; il attribue même leur faute à Satan, pour ne pas les accabler : « Satan a semé la discorde entre mes frères et moi » (12:100).

L’humilité au sommet. Sa dernière parole n’est pas un remerciement pour le trône, mais : « Fais-moi mourir musulman. »

Regards des exégètes

« La plus belle des histoires » (12:3). Pourquoi la plus belle ? Al-Razi énumère : parce qu’elle contient toutes les épreuves — la jalousie fraternelle, l’esclavage, la tentation, la prison, le pouvoir, la famine, le pardon — et toutes les issues ; parce que nul n’y est châtié — les frères sont pardonnés, la femme se repent, Ya’qub retrouve la vue ; parce qu’elle fut révélée en une seule fois, entière, alors que les autres récits sont dispersés ; et parce que « la providence différée » y est visible : chaque malheur — le puits, la caravane, la prison — est un maillon de la délivrance, et la cohérence n’apparaît qu’à la fin. Ibn Kathir ajoute qu’elle fut révélée à La Mecque pendant l’année de la tristesse, pour consoler le Prophète ﷺ par l’exemple d’un homme trahi par les siens et relevé par Allah.

« Elle le désira, et il l’aurait désirée » (12:24). Le verset le plus discuté de la sourate. Quatre lectures chez al-Tabari et al-Razi : Yusuf ressentit un mouvement de la nature, sans y consentir — c’est « ce que l’âme suggère », que le Prophète ﷺ dit non compté (Bukhari 5269) ; ou la phrase est conditionnelle — « il l’aurait désirée s’il n’avait vu la preuve », donc il ne la désira pas, la « preuve » ayant précédé ; ou « il désira » signifie « il voulut la repousser » ; ou le verbe hamma désigne ici la pensée qui traverse, non la décision. Les récits qui font apparaître Ya’qub se mordant le doigt, ou une voix, sont isra’iliyyat qu’Ibn Kathir écarte : « la preuve » est la science qu’Allah lui donna de l’interdit. Al-Razi conclut que les quatre lectures s’accordent sur l’essentiel : Yusuf n’a ni voulu ni fait, et le Coran le dit « des serviteurs purifiés » (12:24). Al-Qurtubi note enfin que le verset ne rabaisse pas Yusuf mais l’élève : sa vertu ne fut pas l’absence de tentation, ce qui n’est pas un mérite, mais la fuite devant elle.

« L’âme est incitatrice au mal » (12:53). Qui parle ? La majorité : la femme de l’Aziz, qui reconnaît sa faute et refuse de s’innocenter ; d’autres : Yusuf, par humilité. Al-Sa’di retient la première ; al-Razi la seconde ; les deux y lisent la définition coranique de l’âme humaine — ammara bi-l-su’, incitatrice — que les spirituels ont placée au bas de l’échelle, sous l’âme qui se blâme (75:2) et l’âme apaisée (89:27).

La prison préférée (12:33). « Seigneur, la prison m’est plus chère que ce à quoi elles m’invitent » : al-Qurtubi note qu’il ne dit pas « je choisis la prison » mais « elle m’est plus chère », et qu’il demande aussitôt d’être détourné de leur ruse — « sinon je pencherai vers elles » : un prophète qui reconnaît sa faiblesse et demande secours. Le Prophète ﷺ dit : « Si j’étais resté en prison aussi longtemps que Yusuf, j’aurais répondu à l’appel » (Bukhari 3372) — la patience de Yusuf, qui refusa de sortir avant d’être innocenté (12:50), dépasse celle qu’un autre aurait eue.

« Nomme-moi sur les trésors » (12:55). Comment un prophète peut-il demander une charge, alors que le Prophète ﷺ dit « nous ne confions pas le commandement à qui le demande » (Bukhari 7149) ? Al-Qurtubi et al-Razi : Yusuf ne demanda pas pour lui-même mais parce qu’il savait — « je suis bon gardien et savant » — qu’il sauverait un pays ; celui qui sait qu’il est le plus apte et que nul autre ne fera le bien peut le demander. Le Coran dit ensuite : « Ainsi Nous établîmes Yusuf dans le pays » (12:56).

Le pardon (12:92). « Pas de reproche contre vous aujourd’hui » : la formule que le Prophète ﷺ reprit le jour de la conquête de La Mecque, devant Quraysh (Ibn Ishaq — rapporté) : le pardon de Yusuf est devenu celui de Muhammad ﷺ.

« Fais-moi mourir musulman » (12:101). La seule prière d’un prophète pour sa propre mort dans le Coran ; al-Qurtubi : il ne demande pas la mort, mais la mort dans l’islam, quand elle viendra — et c’est le sens que les savants retiennent contre l’interdiction de souhaiter la mort.

G. Détails marquants

Le puits. Les exégètes le situent près de Jérusalem, à Sinjil, ou en Jordanie ; le Coran dit seulement « le fond du puits » (12:10). Un rapport de ’Ali fait de lui un enfant de sept ans jeté dans le puits, un autre de dix-sept (rapporté — divergent).

Le prix. « Quelques dirhams » : vingt selon Ibn ’Abbas et Ibn Mas’ud, vingt-deux selon Mujahid ; les frères se les partagèrent (rapporté).

La femme. Le Coran l’appelle uniquement « la femme d’al-’Aziz » ; Zulaykha est un nom de la tradition juive tardive. Le récit de son remariage avec Yusuf, veuve et rendue à la beauté par la prière du prophète, est une isra’iliyya célèbre — al-Tha’labi, Ibn Ishaq —, sans fondement coranique ni hadith : discuté, à ne pas affirmer.

Le témoin de la maison. « Un témoin de sa famille témoigna » (12:26) : un nourrisson parlant au berceau, selon Ibn ’Abbas et un hadith d’Ahmad qui compte parmi les trois enfants ayant parlé au berceau ; un homme sage de la famille, selon d’autres (rapporté — divergent).

Les années de prison. « Quelques années » (bid’ sinin, 12:42) : entre trois et neuf en arabe ; sept selon la majorité des exégètes (rapporté).

Le cercueil de Yusuf. Un hadith d’al-Hakim rapporte que Musa, lors de l’Exode, chercha la tombe de Yusuf sur indication d’une vieille femme et emporta son cercueil vers la Terre sainte, conformément au vœu de Yusuf (al-Hakim, Ibn Hibban — jugé authentique par al-Hakim ; niveau rapporté, l’origine du récit étant biblique, Genèse 50:25).

L’entrée de Ya’qub en Égypte. Soixante-dix personnes selon les exégètes, d’après la Bible (isra’iliyyat) ; c’est de ce petit nombre que sortira, deux siècles plus tard, le peuple de l’Exode.

H. Ce que l’on retient

  • Le complot des proches. La pire épreuve de Yusuf ne vient ni de l’Égypte ni de la prison, mais de ses frères ; et c’est à eux qu’il pardonne.
  • La chasteté est une force, non une faiblesse. Un jeune homme seul, sollicité par une femme puissante, a dit non ; le Coran en a fait un récit pour tous les temps.
  • Le pouvoir comme service. Il demanda les greniers pour nourrir l’Égypte, et il nourrit aussi ses bourreaux.

I. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
Toute la trame : rêve, puits, vente, tentation, prison, rêve du roi, frères, retrouvailles Coran 12 Coranique
« Le noble, fils du noble… » Bukhari 3390 Établi
La moitié de la beauté Muslim 162 Établi
« Si j’étais resté en prison aussi longtemps » Bukhari 3372, Muslim 151 Établi
« Vous êtes les compagnes de Yusuf » Bukhari 664 Établi
« Pas de reproche » repris à La Mecque Ibn Hisham, al-Bayhaqi Rapporté (jugé bon)
Noms de Qitfir et Zulaykha Exégètes, tradition juive Isra’iliyyat
Remariage de Yusuf avec la femme d’al-’Aziz al-Tha’labi, Ibn Ishaq Isra’iliyyat / discuté
Le témoin au berceau Ibn ’Abbas, Ahmad Rapporté (divergent)
Le cercueil emporté par Musa al-Hakim, Ibn Hibban Rapporté
Âges (17, 30, 110), fils, nombre des entrants en Égypte Genèse, exégètes Isra’iliyyat

12. Ayyub — le modèle de la patience

Fiche d’identité Ayyub
Nom Ayyub (أيوب) — Job ; « le patient », « l’excellent serviteur, plein de retour vers Allah » (38:44)
Statut Prophète
Mentions dans le Coran 4 fois : 4:163 ; 6:84 ; 21:83-84 ; 38:41-44
Peuple et lieu Hawran (sud de la Syrie) ou le pays de ’Uz selon les exégètes
Famille Descendant d’Ishaq par ’Is (Ésaü), selon Ibn Ishaq ; épouse Rahma bint Ifra’im ibn Yusuf selon la tradition (isra’iliyyat)
Sépulture Inconnue ; revendiquée à Salalah (Oman), Urfa (Turquie), Boukhara — populaire

En une phrase : l’homme le plus riche et le plus comblé de son temps, dépouillé de tout — biens, enfants, santé — sans un mot contre son Seigneur, et à qui une source jaillie sous le pied rendit tout, « et autant avec ».

A. Ce que dit le Coran

Le Coran raconte Ayyub en deux passages brefs, qui tiennent en une prière et une réponse.

« Et Ayyub, quand il appela son Seigneur : “Le mal m’a touché, et Tu es le plus miséricordieux des miséricordieux.” Nous l’exauçâmes, écartâmes le mal qui était sur lui, et lui rendîmes sa famille, et autant avec elle, par miséricorde de Notre part et rappel pour les adorateurs » (21:83-84).

« Rappelle Notre serviteur Ayyub, quand il appela son Seigneur : “Satan m’a touché de peine et de tourment.” “Frappe du pied : voici une eau fraîche pour te laver, et une boisson.” Nous lui rendîmes sa famille, et autant avec elle, par miséricorde de Notre part et rappel pour les doués d’intelligence. “Prends dans ta main une poignée de brindilles, frappe avec, et ne viole pas ton serment.” Nous l’avons trouvé patient ; quel excellent serviteur ! Il était plein de retour vers Allah » (38:41-44).

Il figure aussi parmi les prophètes qui ont reçu la révélation (4:163) et dans la lignée d’Ibrahim, avec Dawud, Sulayman, Yusuf, Musa et Harun (6:84). Le Coran ne dit ni la nature de son mal, ni sa durée, ni le nom de sa femme, ni ce qu’était le serment.

B. Ce que disent les hadiths

  • Les sauterelles d’or. « Alors qu’Ayyub se lavait nu, des sauterelles d’or tombèrent sur lui ; il se mit à les ramasser dans son vêtement. Son Seigneur l’appela : “Ayyub, ne t’avais-Je pas enrichi au point de te dispenser de ce que tu vois ?” — “Si, par Ta puissance ! Mais je ne peux me passer de Ta bénédiction” » (Bukhari 279, 3391 — établi). Le seul hadith authentique sur sa vie : un homme guéri, comblé, qui ramasse encore ce qu’Allah lui envoie parce que cela vient d’Allah.
  • La durée de l’épreuve. « Le prophète d’Allah Ayyub fut éprouvé dix-huit ans ; proche et étranger l’abandonnèrent, sauf deux hommes de ses frères, qui venaient le voir matin et soir. L’un dit à l’autre : “Sais-tu qu’Ayyub a commis un péché que nul au monde n’a commis ? — Lequel ? — Depuis dix-huit ans, Allah ne lui fait pas miséricorde.” Quand ils vinrent, Ayyub le sut, et dit : “Je ne sais de quoi vous parlez, sinon qu’Allah sait que je passais près de deux hommes qui se disputaient en mentionnant Allah, et que je rentrais chez moi expier pour eux, de peur qu’on ne mentionne Allah qu’en vérité.” Il sortait pour ses besoins, et sa femme le ramenait par la main ; un jour il tarda, et il lui fut révélé : frappe du pied… ; elle vint et le vit guéri, plus beau qu’il n’avait été » (Ibn Hibban 2898, Abu Ya’la, al-Hakim, al-Bazzar — chaîne jugée authentique par Ibn Hibban, al-Hakim et al-Albani ; certains la jugent discutée ; niveau établi pour la majorité).

C. Origine, famille, généalogie

Ibn Ishaq : Ayyub ibn Mus ibn Razih ibn ’Is ibn Ishaq ibn Ibrahim — descendant d’Ésaü, frère de Ya’qub, et donc cousin des Banu Isra’il sans en faire partie ; sa mère serait fille de Lut (rapporté). D’autres le disent Romain (rumi) ; d’autres encore descendant de Ya’qub. Sa femme est nommée Rahma bint Ifra’im ibn Yusuf, ou Liya bint Ya’qub (isra’iliyyat — les deux généalogies sont incompatibles, ce qui montre leur fragilité). Sa terre : Hawran, entre Damas et Adhri’at (Deraa), où l’on montrait encore ses puits — la Bible dit le pays de ’Uz, au nord de l’Arabie ou en Édom. Ses enfants : sept fils et trois filles selon la Bible, tous morts dans l’épreuve puis rendus « et autant avec » — les exégètes lisent : Allah lui rendit ses enfants et lui en donna d’autres, ou lui rendit les mêmes ressuscités (rapporté — divergent).

D. Apparence physique

Aucune description authentique, sinon le hadith d’Ibn Hibban : après la guérison, « il revint plus beau qu’il n’avait été ». Les récits de son corps couvert de vers, de son abandon sur un tas de fumier, viennent de la tradition juive et de Wahb ibn Munabbih ; Ibn Kathir les rapporte avec réserve et rejette tout ce qui avilit la personne d’un prophète — les savants précisent qu’une maladie qui rend un prophète repoussant contredit sa fonction, et retiennent une maladie grave et longue, non dégradante (isra’iliyyat / discuté).

E. Miracles et signes

La source jaillie sous son pied (38:42), dont le bain le guérit et dont l’eau le désaltéra ; la restitution de sa famille « et autant avec » ; les sauterelles d’or (Bukhari 279) ; et sa guérison elle-même, instantanée, après des années.

F. Sagesse, caractère, paroles

La plainte sans reproche. « Le mal m’a touché, et Tu es le plus miséricordieux » : ni « pourquoi ? », ni demande précise ; le simple constat, et la louange. Les savants en font le modèle de l’invocation du malade : décrire son état à Allah n’est pas se plaindre de Lui.

L’attribution à Satan. Il attribue à Satan sa peine (38:41) et à Allah sa miséricorde ; les exégètes notent qu’il ne dit pas « Tu m’as éprouvé » par pudeur, bien que tout vienne d’Allah.

Le serment tenu. Il avait juré, dans un moment de colère contre sa femme — parce qu’elle avait tardé, ou vendu ses cheveux, ou parlé à Satan, selon les récits —, de la frapper de cent coups. Guéri, il ne voulut ni parjurer ni frapper une femme qui l’avait porté pendant sa maladie ; Allah lui indiqua une poignée de cent brindilles pour un seul coup (38:44). Les juristes en ont tiré une règle sur l’exécution des serments par un moyen adouci, et une leçon : la parole donnée se tient, même à un moment où l’on regrette de l’avoir donnée.

La pudeur devant les bienfaits. Guéri et riche, il ramasse les sauterelles d’or : « Je ne peux me passer de Ta bénédiction » — la reconnaissance ne s’arrête pas quand on a assez.

Regards des exégètes

« Le mal m’a touché, et Tu es le plus miséricordieux » (21:83). L’invocation la plus étudiée pour sa retenue : Ayyub ne demande rien. Al-Razi : il constate, et il loue ; la demande est implicite, ce qui est la plus haute forme de l’invocation, celle qui laisse à Allah le choix. Al-Qurtubi : « il n’a pas dit “guéris-moi”, par pudeur, après tant d’années de bienfaits » ; et Allah répondit sans qu’il eût demandé (21:84). Les exégètes rapportent aussi la parole d’Ayyub à sa femme : « J’ai eu la santé soixante-dix ans ; c’est peu de patienter soixante-dix ans pour Allah » (rapporté — Ibn Kathir).

« Frappe du pied » (38:42). Le Coran fait jaillir de la terre, sous le pied du malade, l’eau qui le guérit : al-Sa’di note que la guérison vient d’un geste accessible à un homme épuisé, et que l’eau est à la fois bain et boisson (« fraîche, à laver et à boire »). Les récits sur deux sources, l’une chaude l’autre froide, ou sur le lieu — Hauran, la Bathaniyya, Urfa — sont rapportés sans source solide.

« Prends dans ta main une poignée de tiges » (38:44). Ayyub avait juré de frapper sa femme de cent coups — pour une parole ou un retard que les exégètes rapportent diversement — et Allah lui permit de tenir son serment d’un seul coup avec une poignée de cent brins. Al-Qurtubi en tire une règle juridique : la ruse licite (hila) pour accomplir un serment sans injustice — et note que Malik la refuse pour les autres, la tenant pour une dispense propre à Ayyub, tandis qu’al-Shafi’i l’admet. Ibn Kathir : ce verset fonde la dispense pour le malade que l’on doit frapper d’une peine légale.

« Nous lui rendîmes sa famille, et autant avec eux » (21:84). Ressuscités, ou de nouveaux enfants ? Al-Tabari rapporte les deux ; Ibn Kathir retient que sa famille lui fut rendue — épouse, enfants — et qu’il en eut autant d’autres ; la lecture « ressuscités » vient d’isra’iliyyat. Le hadith de Bukhari sur les sauterelles d’or (Bukhari 279) montre la restauration de ses biens et sa réponse : « qui peut se passer de Ta bénédiction ? »

G. Détails marquants

Ce qu’il possédait. Wahb et les exégètes le décrivent comme l’homme le plus riche de la Syrie : troupeaux immenses, terres, serviteurs, dix enfants ; et le plus généreux : nourrissant les veuves et les orphelins, honorant l’hôte, ne laissant aucune plainte sans réponse (isra’iliyyat — rapporté).

L’épreuve. Selon ces récits, ses biens périrent, ses enfants moururent sous un toit effondré, sa maladie le couvrit ; ses proches le fuirent ; sa femme seule resta, travaillant pour le nourrir ; on ne voulut plus d’elle comme servante à cause de lui ; elle vendit ses tresses pour acheter du pain (isra’iliyyat — rapporté ; le détail des tresses est populaire).

La durée. Dix-huit ans selon le hadith d’Ibn Hibban ; sept ans selon Ibn ’Abbas ; trois selon d’autres ; treize selon Wahb (rapporté — divergent ; le hadith l’emporte).

Satan dans l’histoire. Les récits juifs — le pari de Satan avec Dieu, l’autorisation de frapper Job — sont repris par al-Tha’labi et d’autres ; Ibn Kathir n’en retient que ce que le Coran dit : « Satan m’a touché de peine », c’est-à-dire par les suggestions, l’abattement, et selon certains par la mort de ses enfants et la perte de ses biens (isra’iliyyat / discuté).

Sa femme. Le Coran ne la nomme pas ; la tradition en fait un modèle de fidélité conjugale, et son nom — Rahma, « miséricorde » — est probablement un surnom (rapporté).

Sa tombe. À Salalah, dans le Dhofar, un sanctuaire très visité ; à Urfa, en Anatolie, une grotte et une source ; près de Boukhara, un mausolée ; en Syrie, à Nawa, « le puits d’Ayyub ». Aucune source : populaire.

H. Ce que l’on retient

  • Patienter n’est pas se taire. Ayyub a dit son mal ; il n’a pas contesté son Seigneur.
  • L’épreuve n’est pas une punition. Ses propres frères le crurent puni ; le Coran l’appelle « excellent serviteur ».
  • La fidélité d’une épouse. Le seul être qui ne l’a pas quitté est sa femme, et son serment contre elle fut adouci par Allah.

I. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
L’appel, l’exaucement, la source, la famille rendue, le serment Coran 21:83-84, 38:41-44 Coranique
Les sauterelles d’or Bukhari 279, 3391 Établi
Dix-huit ans d’épreuve ; les deux frères ; sa femme ; la guérison Ibn Hibban 2898, al-Hakim Établi (jugé authentique ; discuté par certains)
Généalogie par ’Is ; Hawran Ibn Ishaq, exégètes Rapporté
Nom et généalogie de l’épouse Wahb, exégètes Isra’iliyyat
Richesse initiale ; mort des enfants ; abandon des proches Wahb, al-Tha’labi Isra’iliyyat / rapporté
Vers, fumier, corps repoussant Tradition juive Isra’iliyyat / discuté, rejeté par les savants
Les tresses vendues ; le pari de Satan Récits tardifs Populaire / isra’iliyyat
Tombes Traditions locales Populaire

13. Shu’ayb — l’orateur des prophètes

Fiche d’identité Shu’ayb
Nom Shu’ayb (شعيب) ; « l’orateur des prophètes » (khatib al-anbiya’) selon les exégètes
Statut Messager envoyé à Madyan et aux gens d’al-Ayka
Mentions dans le Coran 11 fois ; récits dans 7:85-93, 11:84-95, 26:176-191, 29:36-37 ; Madyan citée 10 fois
Peuple et lieu Madyan, sur la rive orientale du golfe d’Aqaba (nord-ouest de l’Arabie, sud de la Jordanie) ; al-Ayka, « le Bosquet », voisin
Famille Descendant de Madyan, fils d’Ibrahim et de Qatura, selon la majorité ; assimilé au beau-père de Musa par de nombreux exégètes — discuté
Sépulture Wadi Shu’ayb, près de Salt (Jordanie) ; Hittin (Palestine) — populaire

En une phrase : l’homme qui prêcha à un peuple de marchands la justice de la balance, qu’on menaça de lapider en se moquant de sa prière, et dont le peuple fut frappé par un jour d’ombre embrasée.

A. Ce que dit le Coran

L’appel. « Et aux Madyan, leur frère Shu’ayb : “Ô mon peuple, adorez Allah ; vous n’avez d’autre divinité que Lui. Une preuve vous est venue de votre Seigneur : donnez la pleine mesure et le plein poids, ne lésez pas les gens sur leurs biens, et ne semez pas la corruption sur la terre après sa réforme” » (7:85). « Ne vous postez pas sur tous les chemins, menaçant, détournant du chemin d’Allah ceux qui croient » (7:86). « Ce qu’Allah vous laisse vaut mieux pour vous, si vous êtes croyants ; et je ne suis pas votre gardien » (11:86).

La réplique. « Ô Shu’ayb, est-ce ta prière qui t’ordonne que nous abandonnions ce qu’adoraient nos pères, ou que nous ne fassions pas de nos biens ce que nous voulons ? Tu es vraiment l’indulgent, le raisonnable ! » (11:87) — ironie que les exégètes relèvent. « Nous ne comprenons pas grand-chose à ce que tu dis, et nous te voyons faible parmi nous ; sans ton clan, nous t’aurions lapidé ; tu n’as pas de prestige à nos yeux » (11:91). Shu’ayb : « Mon clan a-t-il plus de valeur à vos yeux qu’Allah ? » (11:92). Les notables : « Nous te chasserons de notre cité, toi et ceux qui ont cru avec toi, ou vous reviendrez à notre religion » (7:88).

La réponse de Shu’ayb. « Je ne veux pas vous contredire pour faire moi-même ce que je vous interdis ; je ne veux que la réforme, autant que je le peux ; ma réussite ne dépend que d’Allah » (11:88). « Ô mon peuple, que votre hostilité envers moi ne vous entraîne pas à subir ce qu’ont subi le peuple de Nuh, ou de Hud, ou de Salih ; et le peuple de Lut n’est pas loin de vous » (11:89).

Le châtiment. « Le tremblement les saisit, et ils gisaient dans leurs demeures » (7:91) ; « le Cri les saisit » (11:94) ; et pour les gens d’al-Ayka : « le châtiment du jour de l’Ombre ; ce fut le châtiment d’un jour terrible » (26:189). Shu’ayb se détourne : « Ô mon peuple, je vous ai transmis les messages de mon Seigneur et je vous ai conseillés ; comment m’affligerais-je sur un peuple mécréant ? » (7:93).

Madyan et Musa. Le Coran raconte que Musa, fuyant l’Égypte, arrive « à l’eau de Madyan » et rencontre deux jeunes filles dont le père est « un vieillard très âgé » (28:23) ; ce père l’emploie et lui donne sa fille. Il ne le nomme pas.

B. Ce que disent les hadiths

Aucun hadith authentique ne rapporte de détail sur sa vie. Ibn Kathir écrit : « Je n’ai pas trouvé de hadith authentique sur Shu’ayb au-delà de sa mention parmi les prophètes. » Un hadith de chaîne faible le dit « pleurant par amour d’Allah jusqu’à perdre la vue, trois fois rendue » (Ibn ‘Asakir — populaire). Le titre d’« orateur des prophètes » lui est donné par les exégètes, d’après une parole rapportée du Prophète ﷺ à chaîne faible (Ibn Kathir la mentionne — rapporté).

C. Origine, famille, généalogie

Shu’ayb ibn Mikil (ou Mikayil) ibn Yashjur ibn Madyan ibn Ibrahim, selon Ibn Ishaq ; d’autres chaînes le rattachent à Madyan par sa mère, fille de Lut (rapporté — divergent). Il est donc, comme Ayyub, un descendant d’Ibrahim hors de la lignée de Ya’qub : Madyan, fils d’Ibrahim et de sa troisième épouse Qatura, donna son nom à une ville et à un peuple sur la côte du golfe d’Aqaba — la ville existe encore sous le nom d’al-Bad’, en Arabie saoudite, avec ses « puits de Shu’ayb ».

Est-il le beau-père de Musa ? La question divise les exégètes depuis toujours. Beaucoup — al-Tabari le rapporte, al-Baghawi, al-Qurtubi — disent oui : Shu’ayb aurait été le « vieillard très âgé » de 28:23, et Musa aurait épousé sa fille Safura. Ibn Kathir objecte : le Coran ne le nomme pas, alors qu’il nomme Shu’ayb dix fois ailleurs ; Shu’ayb prêcha bien avant Musa, puisque Musa ne parle pas de lui, et que les gens de Madyan furent détruits, or Musa trouva Madyan peuplée ; et la Torah nomme le beau-père Jéthro, sans en faire un prophète. Ibn Kathir conclut que le beau-père de Musa fut probablement un homme pieux de Madyan, descendant de Shu’ayb, non Shu’ayb lui-même. Niveau : discuté ; ce dossier suit Ibn Kathir sans écarter l’autre lecture.

D. Apparence physique

Aucune description authentique. Les récits le disent aveugle à la fin de sa vie, par les larmes ou par l’âge — c’est ainsi que les Madyanites le voient « faible parmi nous » (11:91) selon certains exégètes (rapporté). Cette lecture n’est pas nécessaire : « faible » désigne la faiblesse sociale.

E. Miracles et signes

Le Coran ne mentionne pas de miracle de Shu’ayb, sinon « une preuve vous est venue de votre Seigneur » (7:85), que les exégètes lisent comme le message lui-même ou comme un signe non précisé ; le châtiment — tremblement, Cri, jour de l’Ombre — est le signe. Le jour de l’Ombre : une chaleur suffocante pendant sept jours, puis un nuage sous lequel ils se réfugièrent, et qui devint feu (Ibn ’Abbas — rapporté).

F. Sagesse, caractère, paroles

L’éloquence. Ses discours sont les plus construits du Coran après ceux d’Ibrahim : il argumente, cite l’histoire des peuples voisins, prévient sans menacer, et conclut sur sa propre impuissance : « Ma réussite ne dépend que d’Allah, en Lui je place ma confiance, et vers Lui je reviens » (11:88).

L’économie comme religion. Il est le prophète de la mesure et du poids ; il montre qu’une balance faussée est une corruption de la terre, et que l’honnêteté commerciale est une adoration.

La cohérence. « Je ne veux pas vous contredire pour faire moi-même ce que je vous interdis » : le prédicateur s’applique d’abord à lui-même ce qu’il prêche.

Le refus du clan comme protection. Quand on lui dit que son clan seul le protège de la lapidation, il répond que la protection d’Allah compte plus.

G. Détails marquants

Deux peuples ou un seul ? Madyan et al-Ayka : le Coran dit « leur frère Shu’ayb » pour Madyan (7:85) mais seulement « Shu’ayb » pour al-Ayka (26:177) — il n’était pas de leur sang, disent les exégètes. Deux peuples voisins, deux châtiments, un seul prophète ; ou un seul peuple sous deux noms selon d’autres (rapporté — divergent).

Les puits de Madyan. Al-Bad’, en Arabie saoudite, conserve des tombeaux nabatéens et un site que la tradition locale appelle « les puits de Shu’ayb » et « les cavernes de Shu’ayb » ; c’est là que Musa aurait abreuvé le troupeau des deux filles (rapporté / populaire pour l’identification).

Le bâton de Musa. Selon une tradition, le bâton que Musa portera au Sinaï lui fut donné par son beau-père, et venait d’Adam par la lignée des prophètes (isra’iliyyat / populaire).

H. Ce que l’on retient

  • L’honnêteté du marché est une affaire de foi. Un peuple fut détruit pour ses balances.
  • On ne prêche pas ce qu’on ne fait pas. Shu’ayb l’a dit avant tous les moralistes.
  • La faiblesse aux yeux des hommes. « Nous te voyons faible » — et c’est lui qui resta debout.

I. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
L’appel, la balance, les répliques, le châtiment Coran 7, 11, 26, 29 Coranique
Musa à Madyan et le vieillard Coran 28:22-28 Coranique (le nom du vieillard n’est pas donné)
« Orateur des prophètes » Parole rapportée, chaîne faible Rapporté
Généalogie par Madyan ibn Ibrahim Ibn Ishaq Rapporté
Shu’ayb beau-père de Musa al-Tabari, al-Baghawi / Ibn Kathir contre Discuté
Le jour de l’Ombre : sept jours de chaleur, le nuage Ibn ’Abbas Rapporté
Cécité de Shu’ayb ; larmes Ibn ’Asakir Populaire
Puits et cavernes d’al-Bad’ Tradition locale Populaire
Le bâton venu d’Adam Récits tardifs Populaire

14. Musa — celui à qui Allah a parlé

Fiche d’identité Musa
Nom Musa (موسى) — Moïse ; Kalim Allah, « celui à qui Allah a parlé » (4:164)
Statut Messager, l’un des cinq de la Résolution ; a reçu la Torah ; le prophète le plus cité du Coran
Mentions dans le Coran 136 fois ; récits majeurs dans 2:49-93, 7:103-171, 10:75-93, 18:60-82, 20:9-98, 26:10-68, 27:7-14, 28:3-46, 40:23-46, 79:15-26
Peuple et lieu Banu Isra’il ; Égypte, Madyan, Sinaï, désert du Tih
Famille Fils de ’Imran, de la tribu de Lawi ; frère de Harun et de Maryam ; époux de la fille du vieillard de Madyan (Safura selon la tradition)
Mort Dans le désert, à un jet de pierre de la Terre sainte ; « près de la dune rouge » (Bukhari 1339) ; 120 ans selon la tradition

En une phrase : l’enfant que sa mère jeta au fleuve pour le sauver et que Pharaon éleva dans son palais ; le fugitif qu’Allah appela au buisson ; l’homme qui fit fendre la mer, reçut la Torah sur la montagne, demanda à voir Dieu, et frappa l’ange de la mort venu le chercher.

A. Ce que dit le Coran

Le Coran revient à Musa dans plus de trente sourates ; on peut ordonner l’ensemble en douze scènes.

1. La naissance et le fleuve. « Pharaon s’était élevé sur la terre et avait divisé ses habitants en clans, opprimant l’un d’eux : il égorgeait leurs fils et laissait vivre leurs filles » (28:4). « Nous révélâmes à la mère de Musa : allaite-le ; quand tu craindras pour lui, jette-le dans le fleuve, sans crainte ni tristesse ; Nous te le rendrons et ferons de lui un messager » (28:7). La famille de Pharaon le recueille ; sa femme dit : « Une joie pour mes yeux et les tiens ; ne le tuez pas, peut-être nous sera-t-il utile, ou le prendrons-nous pour fils » (28:9). La mère envoie sa sœur le suivre ; « Nous lui avions interdit les nourrices » ; la sœur propose une famille qui l’allaitera ; « Nous le rendîmes à sa mère, pour que son œil se console » (28:12-13). « J’ai jeté sur toi un amour venant de Moi, pour que tu sois élevé sous Mon œil » (20:39).

2. Le meurtre et la fuite. Adulte, Musa entre dans la ville à l’heure de la sieste, voit deux hommes se battre — l’un de son peuple, l’autre de ses ennemis —, frappe l’Égyptien du poing, et le tue. « Ceci est l’œuvre de Satan… Seigneur, je me suis fait tort ; pardonne-moi » (28:15-16). Le lendemain, le même Israélite se bat encore ; on avertit Musa que les notables délibèrent de le tuer ; il fuit « craintif, aux aguets » (28:21).

3. Madyan. Au puits, il abreuve le troupeau de deux jeunes filles que les bergers écartent, puis se retire à l’ombre : « Seigneur, je suis dans le besoin du bien que Tu feras descendre sur moi » (28:24). L’une des deux revient « marchant avec pudeur » ; le père l’engage — « le meilleur que tu puisses engager est celui qui est fort et digne de confiance » (28:26) — et lui donne une fille contre huit ans de service, « et si tu en fais dix, ce sera de ton gré » (28:27).

4. Le feu et la mission. Voyageant avec sa famille, il voit un feu du côté du mont : « Ô Musa, Je suis ton Seigneur ; ôte tes sandales, tu es dans la vallée sacrée de Tuwa » (20:12). « Qu’as-tu dans ta main droite ? — Mon bâton ; je m’appuie dessus, j’en fais tomber le feuillage pour mon troupeau… — Jette-le ! » Il devient un serpent ; « prends-le, ne crains rien » ; « et serre ta main sous ton aisselle, elle sortira blanche, sans mal » (20:17-22). « Va vers Pharaon, il a dépassé les bornes » (20:24). Musa demande : « Seigneur, ouvre-moi ma poitrine, facilite-moi ma tâche, dénoue un nœud de ma langue pour qu’ils comprennent ma parole, et donne-moi un assistant de ma famille : Harun, mon frère » (20:25-30). « Ta demande est accordée, Musa » (20:36). Il craint pour le meurtre : « Nous serons avec vous, Nous écoutons » (26:15).

5. Pharaon. « Qui est votre Seigneur, Musa ? — Celui qui a donné à chaque chose sa forme, puis l’a guidée » (20:49-50). Pharaon : « Ne t’avons-nous pas élevé parmi nous enfant, et n’es-tu pas resté des années chez nous ? Et tu as fait ce que tu as fait ! — Je l’ai fait alors que j’étais des égarés » (26:18-20). « Si tu prends une autre divinité que moi, je te jette en prison » (26:29). Musa jette le bâton, montre la main ; les notables : « Un magicien savant ! » (26:34). On convoque les magiciens pour le jour de la fête. « Jetez ! » Cordes et bâtons paraissent ramper ; « Musa ressentit une crainte » ; « ne crains pas, tu l’emporteras ; jette ce qui est dans ta main » — et le bâton engloutit leurs artifices. Les magiciens tombent prosternés : « Nous croyons au Seigneur de Harun et de Musa. » Pharaon : « Je vous couperai les mains et les pieds opposés et vous crucifierai sur les troncs des palmiers. — Décide ce que tu veux ; tu ne décides que de cette vie » (20:60-73).

6. Les plaies. « Nous frappâmes la famille de Pharaon d’années de disette et de pénurie de fruits » ; puis « le déluge, les sauterelles, les poux, les grenouilles et le sang, signes distincts ; ils s’enflèrent d’orgueil » (7:130-133). À chaque plaie, ils promettent de croire ; à chaque levée, ils se dédisent.

7. La mer. « Nous révélâmes à Musa : pars de nuit avec Mes serviteurs, vous serez poursuivis » (26:52). Pharaon rassemble ses armées : « Ce n’est qu’une petite bande » (26:54). Au lever du soleil, les deux groupes sont en vue ; les Israélites : « Nous sommes rattrapés ! » Musa : « Non ! Mon Seigneur est avec moi, Il me guidera » (26:61-62). « Frappe la mer de ton bâton » ; « elle se fendit, et chaque partie fut comme une immense montagne » ; les Israélites passent ; Pharaon suit ; la mer se referme. Au moment de se noyer : « Je crois qu’il n’y a de dieu que Celui en qui croient les Banu Isra’il ! — Maintenant ? Alors que tu as désobéi avant ? Aujourd’hui, Nous sauverons ton corps, pour que tu sois un signe pour ceux qui viendront après toi » (10:90-92).

8. Le désert et le Livre. Musa se rend au rendez-vous de quarante nuits ; les Israélites, pendant son absence, adorent le veau que le Samiri a fondu de leurs bijoux, « un corps qui mugissait » (20:88). Sur la montagne, Musa demande : « Seigneur, montre-Toi, que je Te voie ! — Tu ne Me verras pas ; mais regarde la montagne : si elle reste en place, tu Me verras. » La montagne se pulvérise ; Musa tombe foudroyé ; revenu à lui : « Gloire à Toi, je me repens, et je suis le premier des croyants » (7:143). Il reçoit les Tables, « où tout était écrit » (7:145). Il redescend, jette les Tables de colère, saisit son frère par la tête et la barbe ; Harun : « Fils de ma mère, ne me saisis pas par la barbe ni par la tête ; j’ai craint que tu ne dises : tu as divisé les Banu Isra’il » (20:94). Le Samiri est banni : « Ta vie sera de dire : ne me touchez pas » (20:97). Musa choisit soixante-dix hommes pour le rendez-vous ; ils demandent à voir Allah, sont foudroyés, ressuscités (2:55-56 ; 7:155).

9. La manne et les cailles. Le peuple réclame ; « frappe le rocher de ton bâton » ; douze sources jaillissent (2:60) ; les nuages les ombragent ; la manne et les cailles descendent (2:57) ; ils demandent des légumes, des concombres, de l’ail, des lentilles et des oignons : « Échangez-vous ce qui est inférieur contre ce qui est meilleur ? » (2:61).

10. La Terre sainte refusée. « Ô mon peuple, entrez dans la Terre sainte qu’Allah vous a destinée » ; « Musa, il y a là un peuple de géants ; nous n’y entrerons pas tant qu’ils y seront… Va, toi et ton Seigneur, et combattez ; nous, nous restons ici » (5:21-24). Musa : « Seigneur, je n’ai de pouvoir que sur moi-même et sur mon frère » — « Elle leur sera interdite quarante ans, pendant lesquels ils erreront sur la terre » (5:25-26).

11. La vache et Qarun. Les Israélites pinaillent sur la vache à égorger pour révéler un meurtre — sa couleur, son âge — jusqu’à ce qu’elle soit presque introuvable (2:67-73). Qarun, de leur peuple, s’enfle de ses trésors « dont les clés pesaient à une troupe d’hommes forts » ; la terre l’engloutit avec sa demeure (28:76-81).

12. Al-Khidr. Musa dit à son serviteur : « Je ne cesserai pas avant d’atteindre le confluent des deux mers » ; ils y trouvent « un de Nos serviteurs à qui Nous avons donné une miséricorde et enseigné une science venant de Nous » ; Musa demande à le suivre ; le serviteur perce un bateau, tue un jeune garçon, redresse un mur ; Musa proteste trois fois ; à la troisième, ils se séparent, et le serviteur explique (18:60-82). Ce récit est développé à la notice d’al-Khidr (série 4).

B. Ce que disent les hadiths

Musa est le prophète dont les hadiths parlent le plus, après Muhammad ﷺ lui-même.

  • Son apparence. « J’ai vu Musa : un homme brun, grand, aux cheveux bouclés, comme un homme de Shanu’a » (Bukhari 3239, 3396 ; Muslim 165 — établi). « Comme si je voyais Musa descendre dans la vallée, disant la talbiya, les doigts dans les oreilles » (Muslim 166 — établi).
  • La pudeur et la pierre. « Musa était un homme pudique et couvert ; on ne voyait rien de sa peau. Les Banu Isra’il dirent : il ne se cache que parce qu’il a un défaut — une hernie, ou une lèpre. Un jour, seul, il posa ses vêtements sur une pierre pour se laver ; la pierre s’enfuit avec ses vêtements ; Musa courut après elle en criant “Mon vêtement, pierre ! Mon vêtement, pierre !”, jusqu’à ce que les Banu Isra’il le voient, le plus beau des hommes ; et il frappa la pierre, qui en garde six ou sept marques » (Bukhari 278, 3404 ; Muslim 339 — établi ; c’est le sens de « Allah l’innocenta de ce qu’ils disaient », 33:69).
  • L’ange de la mort. « L’ange de la mort fut envoyé à Musa ; quand il vint, Musa le frappa et lui creva l’œil. L’ange retourna vers son Seigneur : “Tu m’as envoyé à un serviteur qui ne veut pas mourir.” Allah lui rendit son œil : “Retourne, et dis-lui de poser sa main sur le dos d’un taureau ; il aura une année de vie par poil que sa main couvrira. — Seigneur, et ensuite ? — La mort. — Alors maintenant.” Il demanda à Allah de le rapprocher de la Terre sainte d’un jet de pierre. » Le Prophète ﷺ ajouta : « Si j’étais là-bas, je vous montrerais sa tombe, au bord de la route, près de la dune rouge » (Bukhari 1339, 3407 ; Muslim 2372 — établi ; le sens en est traité dans les questions fréquentes).
  • Le Voyage nocturne. Le Prophète ﷺ le rencontre au sixième ciel ; Musa pleure : « Je pleure parce qu’un jeune homme envoyé après moi fera entrer au Paradis plus de gens de sa communauté que moi de la mienne » (Bukhari 3887, Muslim 162 — établi). Au retour, c’est Musa qui renvoie neuf fois le Prophète ﷺ demander l’allègement des cinquante prières jusqu’à cinq : « J’ai éprouvé les Banu Isra’il avant toi ; ta communauté ne le supportera pas » (Bukhari 349, Muslim 162 — établi).
  • Ne me préférez pas à Musa. Un musulman gifla un juif qui avait juré « par Celui qui a préféré Musa aux hommes ». Le Prophète ﷺ : « Ne me préférez pas à Musa : les gens seront foudroyés au Jour de la Résurrection, et je serai le premier à me relever, et voici Musa tenant un pied du Trône ; je ne sais s’il s’est relevé avant moi, ou s’il fut de ceux qu’Allah excepta » (Bukhari 2411, 3408 ; Muslim 2373 — établi).
  • ’Ashura. À Médine, les juifs jeûnaient le 10 Muharram : « C’est le jour où Allah sauva Musa et son peuple et noya Pharaon ; Musa le jeûna par reconnaissance. — Nous avons plus de droit sur Musa que vous. » Et il le jeûna et ordonna de le jeûner (Bukhari 2004, Muslim 1130 — établi).
  • Al-Khidr. Le récit détaillé de Bukhari (122, 3401, 4725) : Musa, interrogé « qui est le plus savant ? », répond « moi » ; Allah lui reproche de ne pas Lui avoir attribué la science, et l’envoie vers un serviteur plus savant, avec un poisson salé pour signe (établi).
  • La demande de voir. Les hadiths confirment la foudre de la montagne ; et « Musa fut foudroyé » est lu avec 7:143.
  • Sa colère. « Musa jeta les Tables ; il en cassa des morceaux » ; Ibn ’Abbas : « Une nouvelle n’est pas comme ce qu’on voit de ses yeux » (Musnad Ahmad 1842, al-Hakim — jugé authentique).
  • La coiffeuse de la fille de Pharaon. Pendant le Voyage nocturne, une odeur exquise : « C’est la coiffeuse de la fille de Pharaon. » Son peigne tomba ; elle dit « au nom d’Allah » ; la fille de Pharaon : « Mon père ? — Non, mon Seigneur, ton Seigneur et le seigneur de ton père. » Pharaon fit chauffer une statue de bronze et y jeter ses enfants un à un ; le nourrisson parla : « Mère, saute, le châtiment de ce monde est plus léger que celui de l’autre » (Musnad Ahmad 2821, al-Hakim — jugé authentique par al-Hakim et al-Albani ; établi pour la majorité).

C. Origine, famille, généalogie

Musa ibn ’Imran ibn Qahith (Kehath) ibn Lawi ibn Ya’qub, de la tribu de Lévi (Ibn Ishaq, d’après la Torah — rapporté) ; le Coran nomme son père : « Ô Musa, fils de ’Imran » n’y figure pas, mais ’Imran est le nom de son père dans toute la tradition (à ne pas confondre avec ’Imran père de Maryam, 3:35). Sa mère est Yukabid (Jochebed) selon la tradition (isra’iliyyat) ; le Coran l’appelle « la mère de Musa » (28:7). Sa sœur — celle qui suivit la corbeille — est Maryam ; son frère Harun est son aîné de trois ans (rapporté). Son beau-père est le « vieillard » de Madyan, Shu’ayb ou un descendant de Shu’ayb (discuté — voir la notice de Shu’ayb) ; sa femme Safura (Séphora) selon la tradition (isra’iliyyat) ; ses fils Jirshun et Ali’azar (isra’iliyyat). Qarun est son cousin, fils de l’oncle paternel (rapporté). Le nom de Pharaon n’est donné par aucune source musulmane ; les exégètes citent al-Walid ibn Mus’ab (rapporté, sans valeur historique) ; l’égyptologie propose Ramsès II ou son fils Merneptah, sans preuve.

D. Apparence physique

Le prophète le mieux décrit après Muhammad ﷺ : brun (adam), grand, les cheveux bouclés (ja’d), le corps épais, comme les hommes de la tribu yéménite de Shanu’a (Bukhari 3239, 3396). Le Prophète ﷺ le vit en prière dans sa tombe (Muslim 2375) et en pèlerin dans la vallée (Muslim 166). Sa pudeur est attestée par Bukhari (278) ; le hadith de la pierre le dit « le plus beau des hommes de création ». Le « nœud de sa langue » (20:27) : un défaut d’élocution, expliqué par un récit selon lequel, enfant, il porta à sa bouche une braise au lieu d’un rubis devant Pharaon (isra’iliyyat — discuté).

E. Miracles et signes

Le Coran en compte neuf : « Nous avons donné à Musa neuf signes évidents » (17:101) — le bâton, la main blanche, les années de disette, la pénurie de fruits, le déluge, les sauterelles, les poux, les grenouilles, le sang (Ibn ’Abbas ; d’autres listes incluent la mer et la montagne). S’y ajoutent : la mer fendue (26:63), le rocher aux douze sources (2:60), la manne et les cailles (2:57), le nuage qui ombrage (2:57), la montagne suspendue au-dessus des Israélites (2:63 ; 7:171), la résurrection des soixante-dix (2:56), le mort ressuscité par la vache (2:73), et la parole d’Allah elle-même (4:164), qui fait de lui Kalim Allah.

F. Sagesse, caractère, paroles

La force et la loyauté. « Le meilleur que tu puisses engager est celui qui est fort et digne de confiance » (28:26) — la fille de Madyan le dit de lui, et le Coran en fait la définition du bon serviteur.

La reconnaissance de sa faute. Il a tué un homme ; il ne s’en cache pas : « Seigneur, je me suis fait tort ; pardonne-moi » ; et devant Pharaon : « Je l’ai fait alors que j’étais des égarés. »

La prière du besoin. « Seigneur, je suis dans le besoin du bien que Tu feras descendre sur moi » (28:24) — une invocation que les savants recommandent à qui n’a rien.

Le courage et la certitude. « Non ! Mon Seigneur est avec moi » (26:62), devant la mer et l’armée.

La colère pour Allah. Il jette les Tables, saisit son frère : le Coran ne le lui reproche pas ; c’est la colère de celui qui a vu son peuple adorer un veau ; et il se reprend : « Seigneur, pardonne-moi et à mon frère » (7:151).

L’humilité apprise. « Qui est le plus savant ? — Moi. » Allah l’envoie à al-Khidr, et Musa marche jusqu’au bout du monde pour apprendre — le hadith dit que le Prophète ﷺ aurait souhaité qu’il patiente davantage pour qu’on nous raconte la suite (Bukhari 122).

L’intercession pour son peuple. À chaque faute des Israélites — le veau, les soixante-dix, la Terre sainte — Musa demande pardon pour eux : « Ce n’est qu’une épreuve de Ta part… Tu es notre protecteur, pardonne-nous » (7:155).

Ses recommandations. Un hadith lui fait demander, dans un dialogue avec Allah : « Seigneur, lequel de Tes serviteurs T’est le plus cher ? — Celui qui Me mentionne et ne M’oublie pas » (al-Tabari — rapporté). Un autre rapporte le conseil qu’Allah lui donne au Sinaï : « Musa, Je suis Allah, adore-Moi, accomplis la prière pour te souvenir de Moi » (20:14) — la première des obligations.

Regards des exégètes

« Ôte tes sandales » (20:12). Trois lectures : parce qu’elles étaient en peau d’âne mort (rapporté, faible) ; par respect pour la vallée sacrée ; pour que ses pieds touchent la terre bénie. Ibn Kathir retient les deux dernières ; al-Razi y ajoute le sens spirituel : se dépouiller de ce qui sépare d’Allah. La majorité des juristes n’en tire pas l’obligation de se déchausser en prière, le Prophète ﷺ ayant prié chaussé (Bukhari 386).

« Je suis Allah » (20:14). Le verset où Allah Se nomme à Musa : « Je suis Allah, il n’y a de divinité que Moi ; adore-Moi, et accomplis la prière pour te souvenir de Moi. » Al-Razi y voit le résumé de la révélation en trois ordres : l’unicité, l’adoration, le rappel ; et note que Musa apprit le message avant la mission — « Va vers Pharaon » vient après.

La prière de Musa (20:25-35). « Ouvre-moi ma poitrine, facilite ma tâche, dénoue un nœud de ma langue, donne-moi un assistant… afin que nous Te glorifiions beaucoup et que nous nous souvenions beaucoup de Toi. » Al-Qurtubi : le modèle de toute prière avant une tâche — la capacité intérieure, la facilité extérieure, l’expression, l’aide ; et le but : la glorification, non le succès. Le « nœud » : un défaut d’élocution que les exégètes expliquent par l’épisode du charbon (Musa enfant, ayant tiré la barbe de Pharaon, dut choisir entre un rubis et une braise, et mit la braise à sa bouche — isra’iliyyat, discuté) ; al-Razi note que Musa demande à dénouer « un nœud », non tous, ce qui suffit à se faire comprendre. La réponse — « ta demande est accordée » (20:36) — vaut pour tout ce qu’il a demandé.

« Ceci est l’œuvre de Satan » (28:15). Le coup de poing mortel. Ibn Kathir : Musa ne voulait pas tuer, et le Coran appelle la mort qui s’ensuivit « œuvre de Satan » parce qu’elle vint de la colère ; Musa demanda pardon pour l’excès, et Allah pardonna — « Il est le Pardonneur, le Miséricordieux ». Al-Razi discute longuement si un prophète peut commettre un homicide : avant la mission, involontaire, aussitôt regretté — c’est le cas limite de l’infaillibilité, et le Coran l’a raconté pour que l’on sache ce qu’elle couvre et ce qu’elle ne couvre pas.

« Tu ne Me verras pas » (7:143). Lan tarani : la négation lan signifie-t-elle « jamais » ? Les mu’tazilites l’ont soutenu pour nier la vision d’Allah dans l’au-delà ; les sunnites — al-Razi en tête — répondent que lan nie en ce monde, non pour l’éternité, comme « ils ne le souhaiteront jamais » (2:95) nie une durée ; que le Coran dit « des visages ce jour-là rayonnants, regardant leur Seigneur » (75:22-23) ; et que Musa n’aurait pas demandé l’impossible. La montagne « pulvérisée » — dakka — par la manifestation : Ibn Kathir rapporte le hadith d’Anas où le Prophète ﷺ montra du pouce sur le petit doigt la part de la montagne qui fut découverte (Tirmidhi 3074 — jugé authentique).

« Cela ne fait aucun mal, nous retournons à notre Seigneur » (26:50). Les magiciens, le matin sorciers, le soir martyrs. Al-Qurtubi : le plus rapide passage de la mécréance au martyre de l’histoire, et la preuve que la conversion sincère efface tout ; Ibn ’Abbas : « le matin sorciers, le soir martyrs ». Le Prophète ﷺ cita leur réponse à Pharaon comme modèle devant la torture.

« Maintenant ? » (10:91). Pharaon croyant au moment de se noyer, et refusé. Al-Razi : la foi à l’instant de la mort n’est pas acceptée (4:18), et Pharaon ne dit pas « je crois en Allah » mais « en Celui en qui croient les Banu Isra’il » — une foi d’imitation et de désespoir. Le corps sauvé (10:92) : Ibn ’Abbas rapporte que les Israélites doutèrent de sa mort, et que la mer le rejeta pour qu’ils le voient (rapporté). L’identification aux momies de Ramsès II ou de Mérenptah est une lecture moderne, non un dogme.

La vache (2:67-73). Pourquoi la sourate porte-t-elle son nom ? Al-Razi : parce que l’histoire montre le mal de l’excès de questions — « si vous n’aviez pas demandé, n’importe quelle vache aurait suffi », dit Ibn ’Abbas — et le hadith « laissez-moi tant que je vous laisse ; ceux d’avant vous ont péri par l’excès de questions » (Bukhari 7288). Le mort ressuscité par un morceau de la vache (2:73) est un signe de la résurrection ; le meurtrier était l’héritier, disent les exégètes (rapporté).

« On a fait plus de mal à Musa, et il a patienté » (Bukhari 3150). Le Prophète ﷺ, quand un homme contesta un partage, dit : « Qu’Allah fasse miséricorde à Musa, on lui a fait plus de mal, et il a patienté » (Bukhari 3150). Al-Qurtubi : la patience de Musa devant son peuple — qui demanda un dieu (7:138), refusa d’entrer (5:24), l’accusa d’un défaut physique (33:69) — est la leçon que le Prophète ﷺ retenait de lui.

G. Détails marquants

Le rendez-vous avec al-Khidr est détaillé dans sa notice.

Le Samiri et le veau. Le Samiri, un homme de Bajarma ou de la tribu de Samira, prit « une poignée de la trace du messager » — la poussière foulée par le cheval de Jibril, selon Ibn ’Abbas — et la jeta dans le veau, qui mugit (20:96 — rapporté pour l’explication). Ce récit, coranique dans sa trame, innocente Harun, que la Bible accuse d’avoir fondu le veau.

Pharaon noyé et conservé. « Aujourd’hui Nous sauverons ton corps » (10:92) : les Israélites doutaient de sa mort ; la mer rejeta son corps sur le rivage (Ibn ’Abbas — rapporté). Jibril, dans un hadith, dit avoir bourré la bouche de Pharaon de boue de peur que la miséricorde ne l’atteigne s’il disait « je crois » (Tirmidhi 3107 — jugé bon).

Les Tables. De la pierre, de l’émeraude, du bois de jujubier, selon les récits ; écrites de la main d’Allah ou par la plume ; brisées puis remplacées (isra’iliyyat — rapporté). Le Coran dit seulement « Nous lui écrivîmes sur les Tables un enseignement sur toute chose » (7:145).

Qarun. Sa fortune : des clés portées par soixante mulets (populaire) ; il embaucha une prostituée pour accuser Musa ; elle avoua devant le peuple ; Musa pria, et la terre l’engloutit lentement, lui qui l’appelait à l’aide (Ibn ’Abbas, al-Suddi — rapporté).

Les quarante ans du Tih. Une génération entière mourut dans le désert ; Harun d’abord, puis Musa ; Yusha’ conduisit les enfants de ceux qui avaient refusé (rapporté). Le Prophète ﷺ dit que « le soleil ne fut jamais arrêté pour un homme, sauf pour Yusha’ » lors de la conquête (Musnad Ahmad 8298 — jugé authentique).

La tombe. Le hadith de la dune rouge situe sa tombe hors de la Terre sainte, « à un jet de pierre » ; le Coran ne dit rien ; les Israélites eux-mêmes ne la connaissaient pas (Deutéronome 34:6). Le sanctuaire de Nabi Musa, près de Jéricho, est une fondation mamelouke du XIIIe siècle — populaire.

Le bâton. Neuf ou dix coudées, en bois de myrte du Paradis, apporté par Adam, transmis à Shu’ayb (populaire) ; le Coran dit seulement qu’il s’appuyait dessus et en faisait tomber les feuilles (20:18).

H. Ce que l’on retient

  • Allah élève qui Il veut où Il veut. Le sauveur des Israélites grandit dans le palais qui les tuait.
  • La force n’est pas la violence. Musa tua un homme d’un coup de poing et en demanda pardon toute sa vie.
  • L’homme le plus proche de Dieu ne L’a pas vu. « Tu ne Me verras pas » — et la montagne s’effondra.
  • La science se cherche. Le plus grand prophète de son temps marcha jusqu’au confluent des mers pour apprendre de plus savant que lui.

I. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
Naissance, fleuve, meurtre, Madyan, buisson, Pharaon, magiciens, plaies, mer, veau, montagne, manne, Terre sainte, Qarun, al-Khidr Coran (voir fiche) Coranique
Description physique Bukhari 3239, 3396, Muslim 165 Établi
La pierre qui s’enfuit Bukhari 278, 3404 Établi
L’ange de la mort et la dune rouge Bukhari 1339, Muslim 2372 Établi
Musa au sixième ciel ; l’allègement des prières Bukhari 349, 3887 Établi
« Ne me préférez pas à Musa » Bukhari 2411 Établi
’Ashura Bukhari 2004 Établi
Récit d’al-Khidr Bukhari 122, 3401 Établi
La coiffeuse de la fille de Pharaon Ahmad 2821, al-Hakim Établi (jugé authentique)
Jibril et la bouche de Pharaon Tirmidhi 3107 Établi (jugé bon)
Les Tables jetées, parole d’Ibn ’Abbas Ahmad 1842 Établi
Le soleil arrêté pour Yusha’ Ahmad 8298 Établi
Généalogie par Lawi ; Harun aîné de trois ans ; Qarun cousin Ibn Ishaq, exégètes Rapporté
Noms de la mère, de l’épouse, des fils, de Pharaon Tradition juive, exégètes Isra’iliyyat
La braise et le nœud de la langue al-Tabari Isra’iliyyat / discuté
Matière des Tables ; le bâton venu d’Adam Récits tardifs Isra’iliyyat / populaire
Sanctuaire de Nabi Musa Fondation mamelouke Populaire

15. Harun — le frère et le vizir

Fiche d’identité Harun
Nom Harun (هارون) — Aaron
Statut Prophète, associé à Musa dans sa mission (20:32) ; « un prophète par Notre miséricorde » (19:53)
Mentions dans le Coran 20 fois ; 7:142-150 ; 19:53 ; 20:29-36, 90-94 ; 25:35 ; 26:13, 48 ; 28:34-35 ; 37:114-122
Peuple et lieu Banu Isra’il ; Égypte et désert
Famille Fils de ’Imran ; frère aîné de Musa ; deux fils selon un hadith : Shabbar et Shubayr (discuté)
Sépulture Dans le désert du Tih, avant Musa (rapporté) ; le Jabal Harun près de Pétra (Jordanie) — populaire

En une phrase : l’aîné donné en assistant au cadet, l’orateur qui tint le peuple devant le veau sans pouvoir l’en empêcher, et que son frère saisit par la barbe avant de demander pardon pour lui.

A. Ce que dit le Coran

Donné à Musa. Musa demande « un assistant de ma famille, Harun mon frère : accrois par lui ma force, associe-le à ma mission, pour que nous Te glorifiions beaucoup » (20:29-34) ; « Nous lui donnâmes, par Notre miséricorde, son frère Harun comme prophète » (19:53). Musa précise : « Mon frère Harun est plus éloquent que moi ; envoie-le avec moi comme soutien, pour qu’il me confirme » (28:34). « Nous fortifierons ton bras par ton frère » (28:35). Tous deux vont vers Pharaon : « Allez vers Pharaon, il a dépassé les bornes ; parlez-lui avec douceur » (20:43-44).

Le successeur. Partant pour le rendez-vous, Musa lui dit : « Remplace-moi auprès de mon peuple, fais le bien, et ne suis pas le chemin des corrupteurs » (7:142).

Le veau. « Harun leur avait dit auparavant : ô mon peuple, vous n’êtes que mis à l’épreuve par ce veau ; votre Seigneur est le Tout-Miséricordieux ; suivez-moi, obéissez à mon ordre. — Nous ne cesserons de l’adorer jusqu’à ce que Musa revienne » (20:90-91). Musa revient : « Harun, qu’est-ce qui t’a empêché, quand tu les as vus s’égarer, de me suivre ? As-tu désobéi à mon ordre ? — Fils de ma mère, ne me saisis pas par la barbe ni par la tête ; j’ai craint que tu ne dises : tu as divisé les Banu Isra’il et tu n’as pas observé ma parole » (20:92-94). Version de 7:150 : « Fils de ma mère, le peuple m’a affaibli et a failli me tuer ; ne réjouis pas les ennemis à mon sujet. » Musa : « Seigneur, pardonne-moi et à mon frère, fais-nous entrer dans Ta miséricorde » (7:151).

Les éloges. « Nous fîmes faveur à Musa et Harun, Nous les sauvâmes avec leur peuple de l’angoisse immense, Nous les secourûmes, Nous leur donnâmes le Livre explicite, Nous les guidâmes sur le droit chemin, et Nous laissâmes pour eux dans la postérité : paix sur Musa et Harun » (37:114-120).

Le lien avec Maryam. Les gens dirent à Maryam, mère de ’Isa : « Ô sœur de Harun » (19:28) — un Harun homonyme, ou une manière de la rattacher à la lignée sacerdotale ; voir la notice de Maryam (série 4).

B. Ce que disent les hadiths

  • Le Voyage nocturne. Le Prophète ﷺ rencontre Harun au cinquième ciel : « Il me dit : bienvenue au frère vertueux et au prophète vertueux » (Bukhari 3887, Muslim 162 — établi).
  • « Comme Harun pour Musa. » Le Prophète ﷺ à ’Ali, partant pour Tabuk : « N’es-tu pas satisfait d’être pour moi ce que Harun était pour Musa, sauf qu’il n’y aura pas de prophète après moi ? » (Bukhari 4416, Muslim 2404 — établi). Le rapport de Harun à Musa — aide, confident, remplaçant en son absence, sans succession à la prophétie — est devenu le modèle du rapport de ’Ali au Prophète ﷺ.
  • « Ô sœur de Harun. » Al-Mughira, envoyé à Najran, fut interpellé par les chrétiens : « Vous dites “sœur de Harun”, et Musa vécut des siècles avant ’Isa ! » Le Prophète ﷺ répondit : « Ils nommaient d’après leurs prophètes et les vertueux d’avant eux » (Muslim 2135 — établi).
  • Shabbar et Shubayr. ’Ali rapporte avoir nommé ses fils Harb ; le Prophète ﷺ les renomma al-Hasan et al-Husayn, « les noms des fils de Harun, Shabbar et Shubayr » (Musnad Ahmad 769, 953 — chaîne discutée).
  • Le veau. Aucun hadith authentique n’en ajoute au Coran ; le Coran innocente Harun, contre la Bible qui le rend responsable du veau.

C. Origine, famille, généalogie

Harun ibn ‘Imran ibn Qahith ibn Lawi ibn Ya’qub ; aîné de Musa de trois ans (rapporté ; certains disent un an). Il est l’ancêtre de la lignée sacerdotale des Banu Isra’il ; Ilyas descend de lui par Finhas (Phinées) selon Ibn Ishaq ; Zakariyya et Yahya sont de sa descendance ; Maryam est « sœur de Harun » au sens de sa lignée selon une lecture. Ses fils, Shabbar et Shubayr en arabe — Nadab, Abihu, Éléazar et Ithamar dans la Bible (isra’iliyyat). Sa femme : Alisaba’ (Élisabeth) fille de ’Amminadab (isra’iliyyat).

D. Apparence physique

Aucune description authentique. Musa le dit « plus éloquent que moi » (28:34). La tradition le dit de haute taille, la barbe longue — la scène de 20:94 suppose une barbe qu’on peut saisir (rapporté).

E. Miracles et signes

Les signes de Musa sont aussi les siens : « Allez tous deux avec Nos signes » (28:35) ; « le Seigneur de Harun et de Musa », disent les magiciens. Le Coran ne lui attribue pas de miracle propre. La Bible lui prête un bâton fleuri et changé en serpent ; les exégètes l’ignorent ou le rapportent en passant (isra’iliyyat).

F. Sagesse, caractère, paroles

L’éloquence au service d’un autre. Le plus éloquent des deux frères accepta d’être le second ; le Coran ne lui donne pas de plainte.

La retenue devant la division. Face au veau, il prêche, il avertit, il se fait menacer de mort — et refuse d’en venir aux armes : « J’ai craint que tu ne dises : tu as divisé les Banu Isra’il. » Les savants ont longuement discuté ce choix : Musa lui reproche de ne pas l’avoir suivi ; Harun répond qu’il a préservé l’unité ; le Coran rapporte les deux et Musa demande pardon pour tous deux. Ibn Kathir conclut que Harun a fait ce qu’il pouvait — l’exhortation — et que l’obéissance à l’ordre de Musa (« remplace-moi ») ne lui commandait pas de faire tuer la moitié du peuple.

« Fils de ma mère. » Il n’appelle pas son frère « fils de mon père » mais « fils de ma mère » — pour apaiser, disent les exégètes, en invoquant la tendresse maternelle.

G. Détails marquants

La mort de Harun. Un récit rapporté par Ibn ’Abbas et les exégètes : Allah révéla à Musa que Harun allait mourir ; ils montèrent une montagne, trouvèrent une couche préparée ; Harun s’y étendit et mourut ; les Banu Isra’il accusèrent Musa de l’avoir tué par jalousie, car ils aimaient Harun davantage ; les anges descendirent le corps pour qu’ils le voient (Ibn Kathir — isra’iliyyat / rapporté ; certains y voient l’origine de 33:69).

Le Jabal Harun. La montagne au-dessus de Pétra porte un sanctuaire mamelouk (1320) sur la tombe supposée de Harun ; la Bible le fait mourir au mont Hor ; la tradition locale identifie les deux — populaire.

L’ordre de la prière. Dans les hadiths de l’Isra’, Harun est au cinquième ciel, au-dessus de Yusuf (troisième) et d’Idris (quatrième), au-dessous de Musa (sixième) et d’Ibrahim (septième).

H. Ce que l’on retient

  • Le second peut être prophète. Harun n’a pas de sourate, pas de mer fendue, pas de Tables ; il est « un prophète par Notre miséricorde ».
  • L’unité vaut un reproche. Il a préféré être saisi par la barbe plutôt que de diviser son peuple.
  • Le Coran corrige la Bible. Là où la Bible fait de lui le fondeur du veau, le Coran le montre le combattant.

I. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
Assistant de Musa ; Pharaon ; le veau ; l’éloge Coran 7, 19, 20, 26, 28, 37 Coranique
Cinquième ciel Bukhari 3887 Établi
« Comme Harun pour Musa » Bukhari 4416 Établi
« Sœur de Harun » expliqué Muslim 2135 Établi
Shabbar et Shubayr Ahmad 769 Discuté
Aîné de trois ans ; ancêtre des prêtres Ibn Ishaq Rapporté
Noms de l’épouse et des fils Bible Isra’iliyyat
Sa mort sur la montagne ; l’accusation contre Musa Ibn ’Abbas, exégètes Isra’iliyyat / rapporté
Jabal Harun Sanctuaire mamelouk Populaire

16. Dhul-Kifl — l’homme de l’engagement

Fiche d’identité Dhul-Kifl
Nom Dhul-Kifl (ذو الكفل) — « celui de l’engagement », « celui de la part », « celui du garant » ; identité discutée
Statut Prophète selon la majorité ; homme vertueux non prophète selon d’autres
Mentions dans le Coran 2 fois : 21:85-86 (avec Isma’il et Idris, « parmi les patients ») ; 38:48 (avec Isma’il et al-Yasa’, « parmi les meilleurs »)
Peuple et lieu Inconnus ; Banu Isra’il selon la tradition ; Iraq selon la tradition locale
Famille Fils d’Ayyub selon certains (Bishr) ; Ézéchiel selon d’autres ; inconnu selon Ibn Kathir
Sépulture Al-Kifl, entre Najaf et Hilla (Irak), sanctuaire commun aux musulmans et aux juifs, qui y voient la tombe d’Ézéchiel — populaire

En une phrase : un nom et une vertu — la patience, l’engagement tenu — sans presque rien d’autre ; le prophète le plus discret du Coran.

A. Ce que dit le Coran

Deux mentions, dans deux listes. « Et Isma’il, et Idris, et Dhul-Kifl : tous étaient parmi les patients ; Nous les fîmes entrer dans Notre miséricorde ; ils étaient parmi les vertueux » (21:85-86). « Et rappelle Isma’il, al-Yasa’ et Dhul-Kifl : tous parmi les meilleurs » (38:48). Rien de plus : ni peuple, ni récit, ni parole.

B. Ce que disent les hadiths

Aucun hadith authentique. Un hadith de Tirmidhi (2496) raconte l’histoire d’un homme des Banu Isra’il, « al-Kifl », qui ne s’abstenait d’aucun péché, acheta une femme dans le besoin pour soixante dinars, la vit trembler de peur devant Allah au moment de la faute, la laissa et lui abandonna l’argent, jura de ne plus désobéir, et mourut la nuit même, avec sur sa porte l’inscription : « Allah a pardonné à al-Kifl. » Tirmidhi lui-même note que la chaîne n’est pas authentique, et Ibn Kathir précise qu’il s’agit d’« al-Kifl », non de « Dhul-Kifl », c’est-à-dire d’un autre homme — discuté, et sans rapport avec le prophète.

C. Origine, famille, généalogie

Tout est discuté. Les exégètes proposent :

  • Un prophète des Banu Isra’il, cité entre Idris et Isma’il, et entre Isma’il et al-Yasa’, dans des listes de prophètes : c’est l’argument principal en faveur de sa prophétie, retenu par Ibn Kathir et la majorité — « le contexte indique qu’il fut prophète ».
  • Bishr, fils d’Ayyub, prophète après son père, envoyé en Syrie, selon Ibn ’Asakir et des récits tardifs (rapporté).
  • Hizqil (Ézéchiel), prophète de l’exil à Babylone, selon des identifications juives reprises par certains commentateurs et par la tradition locale d’al-Kifl (isra’iliyyat / discuté).
  • Ilyas ou Zakariyya, selon des avis isolés (discuté).
  • Un homme vertueux non prophète, selon Mujahid et un rapport d’al-Tabari.

D. Apparence physique

Rien.

E. Miracles et signes

Rien de coranique ni d’authentique. Un récit rapporté par Mujahid et Ibn Abi Hatim : un prophète des Banu Isra’il, vieilli, demanda qui prendrait sa charge à condition de jeûner le jour, prier la nuit et ne jamais se mettre en colère ; un jeune homme s’engagea (takaffala) ; Satan tenta de le mettre en colère en le harcelant pendant son heure de sieste ; il ne se mit pas en colère ; d’où son nom. Ibn Kathir le rapporte comme une explication possible du nom, sans le tenir pour certain (rapporté / isra’iliyyat).

F. Sagesse, caractère, paroles

Ce que le Coran dit : la patience (21:85), et le rang des « meilleurs » (38:48). Ce que le récit de Mujahid ajoute : le refus de la colère, le jeûne et la veille, la parole donnée et tenue — le « garant » (kafil) qui répond de ce qu’il a promis. Les savants retiennent que le nom même enseigne l’engagement : qui prend une charge la porte jusqu’au bout.

G. Détails marquants

Le sanctuaire d’al-Kifl. Sur l’Euphrate, entre Najaf et Hilla, une mosquée et un minaret du XIVe siècle abritent une tombe que les juifs d’Irak vénéraient comme celle du prophète Ézéchiel, et les musulmans comme celle de Dhul-Kifl ; le lieu fut pendant des siècles un pèlerinage partagé — populaire quant à l’identification, historique quant au partage.

Un nom qui est un programme. Kifl signifie en arabe la part, la portion, et la garantie : « Il lui donna une double part (kiflayn) de Sa miséricorde » (57:28). Dhul-Kifl, « celui de la part », serait celui qui a reçu double récompense pour double effort (rapporté).

H. Ce que l’on retient

  • Le Coran ne raconte pas tout. Deux versets suffisent pour inscrire un homme parmi les meilleurs.
  • L’engagement. Son nom seul enseigne à tenir ce qu’on a promis.
  • La prudence. Sur son identité, les savants ont dit « nous ne savons pas » ; c’est aussi une leçon.

I. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
Parmi les patients, parmi les meilleurs Coran 21:85, 38:48 Coranique
Prophète (contexte des listes) Ibn Kathir, majorité Rapporté (argument contextuel)
Le jeune homme qui s’engagea à ne pas se mettre en colère Mujahid, Ibn Abi Hatim Rapporté / isra’iliyyat
« Al-Kifl » et la femme aux soixante dinars Tirmidhi 2496 Discuté (autre personnage)
Bishr fils d’Ayyub ; Ézéchiel Ibn ’Asakir, tradition juive Isra’iliyyat / discuté
Sanctuaire d’al-Kifl Tradition locale Populaire

17. Dawud — le roi qui mangeait du travail de ses mains

Fiche d’identité Dawud
Nom Dawud (داود) — David ; « lieutenant sur la terre » (38:26)
Statut Prophète et roi ; a reçu le Zabur (les Psaumes)
Mentions dans le Coran 16 fois ; récits dans 2:251, 4:163, 5:78, 6:84, 17:55, 21:78-80, 27:15-16, 34:10-11, 38:17-26
Peuple et lieu Banu Isra’il ; Jérusalem
Généalogie De la tribu de Yahudha (Juda) ; fils de Yishay (Jessé), de Bethléem (rapporté)
Époque vers 1000-960 av. J.-C.
Fils Sulayman, et d’autres non nommés
Mort et sépulture Cent ans selon le hadith d’Adam ; Jérusalem ; le « tombeau de David » sur le mont Sion est une tradition tardive

En une phrase : le jeune berger qui tua Jalut d’une pierre, le roi à la voix la plus belle, qui jeûnait un jour sur deux, dormait la moitié de la nuit et forgeait lui-même les cottes de mailles dont il vivait — et qui tomba prosterné quand deux plaideurs lui montrèrent sa faute.

A. Ce que dit le Coran

Jalut (2:246-251). Les Banu Isra’il demandent un roi ; leur prophète — Shamwil, non nommé — désigne Talut ; ils objectent qu’il est pauvre ; « Allah l’a choisi et l’a accru en science et en corps ». L’armée traverse une rivière ; la plupart boivent, contre l’ordre ; les rares restés fidèles disent : « Combien de fois une petite troupe a vaincu une grande, par la permission d’Allah ! » « Et Dawud tua Jalut ; Allah lui donna la royauté et la sagesse, et lui enseigna ce qu’Il voulut » (2:251). Le Coran ne dit ni la fronde, ni l’âge de Dawud ; la tradition les fournit.

Les dons (21:78-80 ; 34:10-11 ; 38:17-20). « Rappelle Notre serviteur Dawud, doué de force ; il revenait sans cesse à Allah. Nous soumîmes les montagnes à glorifier avec lui, soir et matin, et les oiseaux rassemblés ; tous revenaient à Lui. Nous affermîmes son royaume et lui donnâmes la sagesse et l’art de trancher les litiges » (38:17-20). « Nous lui avons amolli le fer : fais des cottes de mailles complètes, mesure bien les mailles » (34:10-11). « Nous lui apprîmes la fabrication des cuirasses, pour vous protéger dans vos combats » (21:80).

Les deux plaideurs (38:21-25). Deux hommes escaladent le mur de son oratoire ; il s’effraie ; « n’aie pas peur, nous sommes deux plaideurs ». « Celui-ci est mon frère ; il a quatre-vingt-dix-neuf brebis, et j’en ai une seule ; il m’a dit : confie-la-moi, et il m’a vaincu en paroles. — Il a été injuste envers toi en demandant ta brebis ; beaucoup d’associés se lèsent les uns les autres, sauf ceux qui croient et font le bien, et ils sont peu. » Et Dawud comprit que Nous l’avions éprouvé ; il demanda pardon à son Seigneur, tomba prosterné et revint à Lui. « Nous lui pardonnâmes cela ; il a auprès de Nous une place proche et un beau retour. »

Le lieutenant (38:26). « Ô Dawud, Nous avons fait de toi un lieutenant sur la terre ; juge donc entre les gens avec vérité, et ne suis pas la passion. »

Le jugement partagé (21:78-79). « Dawud et Sulayman, quand ils jugèrent au sujet d’un champ où avaient pâturé de nuit les moutons de certaines gens ; Nous fîmes comprendre l’affaire à Sulayman » — Dawud avait attribué les moutons au propriétaire du champ ; Sulayman proposa que le propriétaire jouisse des moutons jusqu’à ce que le champ soit rétabli ; « et à chacun Nous donnâmes sagesse et science ».

Le Zabur (4:163 ; 17:55). « Et Nous donnâmes à Dawud le Zabur. » Et la malédiction de « ceux des Banu Isra’il qui ont mécru, par la bouche de Dawud et de ’Isa fils de Maryam » (5:78).

B. Ce que disent les hadiths

  • Le meilleur jeûne, la meilleure prière. « Le jeûne le plus aimé d’Allah est le jeûne de Dawud : il jeûnait un jour, et mangeait le jour suivant. La prière la plus aimée d’Allah est la prière de Dawud : il dormait la moitié de la nuit, priait le tiers, et dormait le sixième » (Bukhari 1131, 3420 ; Muslim 1159 — établi). Le Prophète ﷺ le dit à ’Abdullah ibn ’Amr, qui voulait jeûner davantage : « Il n’y a pas mieux que cela. »
  • Le travail de ses mains. « Nul ne mange de meilleure nourriture que celle du travail de ses mains ; et le prophète d’Allah Dawud mangeait du travail de ses mains » (Bukhari 2073 — établi). Il ne prenait rien du trésor : les cottes de mailles le nourrissaient.
  • La lecture rapide. « La lecture fut rendue légère à Dawud : il ordonnait de seller ses montures, et il avait lu [le Zabur] avant qu’elles ne soient sellées » (Bukhari 3417 — établi).
  • La voix. Le Prophète ﷺ, entendant Abu Musa al-Ash’ari réciter : « On lui a donné une flûte (mizmar) de la famille de Dawud » (Bukhari 5048, Muslim 793 — établi) — la beauté de la voix de Dawud est la référence.
  • Les quarante ans d’Adam. Adam donna quarante ans de sa vie à Dawud, dont la lumière l’avait ébloui parmi ses descendants ; Dawud vécut cent ans (Tirmidhi 3076 — jugé authentique).
  • La prosternation. « Dawud s’est prosterné par repentir ; nous nous prosternons par reconnaissance » (al-Nasa’i 957 — jugé authentique) : la prosternation de 38:24 est l’une des quinze de la récitation, et Ibn ’Abbas la lisait avec le Prophète ﷺ (Bukhari 1069).
  • Il ne fuyait pas. Un compagnon rapporte : « Dawud était le plus adorateur des hommes » — et le Prophète ﷺ, quand il rencontrait l’ennemi, disait : « Ô Allah, je Te demande la fermeté que Tu donnas à Dawud » (rapports divers, chaînes discutées).
  • La mort de Dawud. « Dawud était jaloux ; quand il sortait, il fermait les portes ; un jour, il trouva un homme dans la maison : “Qui es-tu ? — Celui qui ne craint pas les rois et que les portes n’arrêtent pas. — Alors tu es l’ange de la mort ; bienvenue à l’ordre d’Allah.” Et son âme fut prise. Le soleil brûlait ; Sulayman dit aux oiseaux de l’ombrager, et ils le firent, au point que la terre s’obscurcit ; il leur dit de replier une aile — c’est ce jour-là que le Prophète ﷺ dit avoir compris la grandeur des oiseaux » (Musnad Ahmad 9432 — chaîne jugée bonne par certains, discutée par d’autres ; niveau discuté).

C. Origine, famille, généalogie

De la tribu de Yahudha, huitième fils de Yishay, berger de Bethléem, selon la Bible (rapporté). Talut, roi, le prit à son service après la mort de Jalut, lui donna sa fille, puis le jalousa ; Dawud devint roi à trente ans, régna quarante ans, d’abord à Hébron puis à Jérusalem, qu’il prit aux Jébuséens et fit capitale (Ibn Kathir d’après la Bible — rapporté). Il eut plusieurs épouses et fils ; le Coran ne nomme que Sulayman, « quel excellent serviteur ». Le hadith lui donne cent ans de vie (Tirmidhi 3076).

D. Apparence physique

Rien d’établi. La Bible le dit roux, aux beaux yeux (1 Samuel 16:12 — isra’iliyyat) ; les récits arabes ajoutent une petite taille et une voix telle que les bêtes et les oiseaux s’arrêtaient — la voix seule est établie par le hadith du mizmar.

E. Miracles et signes

Les montagnes et les oiseaux glorifiant avec lui — « Ô montagnes, répétez avec lui » (34:10) ; le fer amolli entre ses mains sans feu ni marteau, disent les exégètes (rapporté) ; la victoire sur Jalut ; le Zabur ; la sagesse du jugement ; les oiseaux ombrageant son corps.

F. Sagesse, caractère, paroles

Le retour (awwab). Le mot revient trois fois dans son récit : il revenait sans cesse à Allah. La prosternation devant les plaideurs en est l’illustration : un roi qui se repent d’un jugement hâtif.

La mesure. Jeûne un jour sur deux ; sommeil, prière, sommeil ; « mesure bien les mailles ». Le Prophète ﷺ en a fait la règle des dévots : « il n’y a pas mieux que cela ».

L’indépendance. Un roi qui vit de ses mains : la tradition y voit la garantie de son impartialité.

La justice qui écoute. Le Coran l’installe comme juge, puis montre qu’il jugea trop vite — « il a été injuste envers toi » avant d’entendre l’autre partie — et qu’il l’apprit : les juristes tirent de 38:21-24 l’obligation d’entendre les deux parties.

La vitesse de la lecture. Le Zabur lu le temps de seller un cheval : les exégètes y voient un don, non une négligence.

Regards des exégètes

Les deux plaideurs (38:21-25). Le passage le plus délicat de la notice. Deux hommes franchissent le mur du sanctuaire ; l’un dit : « Mon frère a quatre-vingt-dix-neuf brebis, et j’en ai une ; il m’a dit : confie-la-moi, et il a eu le dessus dans la discussion. » Dawud répond : « Il t’a fait tort en demandant ta brebis » — puis « comprit que Nous l’avions éprouvé, demanda pardon, tomba prosterné et se repentit ». De quoi ? Al-Tabari rapporte le récit biblique et ses variantes — les quatre-vingt-dix-neuf femmes de Dawud, Urie envoyé à la mort — et Ibn Kathir écrit : « Les exégètes ont rapporté ici des récits dont la plupart sont isra’iliyyat, et il n’y a dans le Coran aucun texte qui les confirme ; le mieux est de s’en tenir à la lettre et de laisser la science de ce qui est arrivé à Allah. » Al-Razi énumère les lectures compatibles avec la dignité prophétique : Dawud jugea avant d’entendre l’autre partie — la faute d’un juge, non d’un homme ; ou il désira une femme fiancée à un autre et la demanda, ce qui était permis mais indélicat pour un roi ; ou l’épreuve fut de croire qu’il n’avait pas besoin de protection, d’où les plaideurs entrés. ’Ali : « Qui raconte l’histoire de Dawud comme les conteurs, je lui donne cent soixante coups de fouet » (al-Qurtubi — rapporté). Le Prophète ﷺ se prosternait en récitant ce verset : « Dawud s’y est prosterné par repentir, nous nous y prosternons par reconnaissance » (al-Nasa’i 957 — jugé authentique).

« Fasl al-khitab » (38:20). « La parole décisive » : la formule qui tranche — « à toi de prouver, à toi de jurer », disent Ibn ’Abbas et la majorité ; ou l’éloquence ; ou « ceci dit » (amma ba’d), que Dawud aurait été le premier à dire. Al-Qurtubi en tire les fondements de la procédure : la preuve incombe au demandeur, le serment au défendeur (hadith Bukhari 4552).

Les montagnes et les oiseaux (34:10 ; 21:79). « Ô montagnes, répétez avec lui, et vous, oiseaux. » Ibn Kathir : elles glorifiaient réellement avec lui ; le Coran dit ailleurs que toute chose glorifie (17:44), mais ici de façon audible. Le Prophète ﷺ dit à Abu Musa : « On t’a donné une flûte des flûtes de la famille de Dawud » (Bukhari 5048) — la voix de Dawud, disent les exégètes, arrêtait les oiseaux.

Le fer amolli (34:10-11). « Nous lui amollîmes le fer : fais des cottes de mailles, et mesure bien les mailles » : al-Qurtubi note l’ordre technique — des mailles ni trop larges ni trop serrées — et en fait la preuve que le métier manuel est honoré : le hadith « nul ne mange de meilleure nourriture que celle du travail de ses mains, et le prophète Dawud mangeait du travail de ses mains » (Bukhari 2072).

G. Détails marquants

Le récit biblique de Bethsabée. La Bible (2 Samuel 11-12) raconte que David désira la femme d’Urie, l’envoya mourir à la guerre et l’épousa, et que le prophète Nathan le confondit par la parabole de la brebis. Certains exégètes anciens ont rapporté ce récit pour expliquer les deux plaideurs ; les savants sunnites l’ont rejeté avec vigueur : ’Ali aurait dit qu’il flagellerait deux fois quiconque le raconte, comme calomniateur d’un prophète (rapporté) ; Ibn Kathir écrit que les récits sur ce point « proviennent presque tous des isra’iliyyat et qu’aucun hadith authentique ne les confirme », et refuse de les transcrire. La faute de Dawud fut, selon la lecture retenue, de juger avant d’entendre, ou de désirer épouser une femme dont le mari vivait encore en la lui faisant demander — « quatre-vingt-dix-neuf » désignant ses épouses —, sans rien de plus ; et le Coran ne dit que « il demanda pardon ».

Jalut. La tradition (rapporté) : Dawud, jeune berger, le tua d’une pierre lancée à la fronde, alors que l’armée tremblait devant lui ; Talut lui avait promis sa fille et le partage du royaume.

Le Zabur. Recueil de louanges et de prières, sans loi, selon les exégètes ; le Coran y renvoie une fois : « Nous avons écrit dans le Zabur, après le Rappel, que la terre serait l’héritage de Mes serviteurs vertueux » (21:105).

Les cottes de mailles. Avant Dawud, dit Qatada, les armures étaient des plaques ; il inventa la maille (rapporté). Les Arabes appelaient les cottes « dawudiennes ».

Le mont Sion. Le « tombeau de David », à Jérusalem, est une tradition croisée qui ne remonte pas au-delà du Moyen Âge ; les musulmans y ont prié, sans certitude.

H. Ce que l’on retient

  • Roi et prophète, et libre. Il vivait de ses mains pour ne dépendre de personne.
  • Entendre avant de juger. Un roi s’est prosterné pour avoir tranché trop vite.
  • La voix et le jeûne. Deux modèles que le Prophète ﷺ a donnés en son nom.

I. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
Jalut, les dons, le fer, les plaideurs, le lieutenant, le Zabur Coran (voir fiche) Coranique
Le jeûne et la prière de Dawud Bukhari 1131, Muslim 1159 Établi
Le travail de ses mains Bukhari 2073 Établi
La lecture avant que les montures soient sellées Bukhari 3417 Établi
Le mizmar de la famille de Dawud Bukhari 5048 Établi
Les quarante ans d’Adam ; cent ans de vie Tirmidhi 3076 Établi (jugé authentique)
La prosternation de repentir al-Nasa’i 957 Établi (jugé authentique)
L’ange de la mort et les oiseaux Ahmad 9432 Discuté
Tribu de Yahudha ; Yishay ; règne à Hébron puis Jérusalem Bible via Ibn Kathir Rapporté
Le récit de Bethsabée 2 Samuel 11 Rejeté
La fronde ; la fille de Talut Exégètes Rapporté
Tombeau du mont Sion Tradition médiévale Populaire

18. Sulayman — le roi des hommes, des djinns et du vent

Fiche d’identité Sulayman
Nom Sulayman (سليمان) — Salomon ; « quel excellent serviteur, plein de retour » (38:30)
Statut Prophète et roi ; a demandé « un royaume que nul après moi ne possédera » (38:35)
Mentions dans le Coran 17 fois ; récits dans 2:102, 4:163, 6:84, 21:78-82, 27:15-44, 34:12-14, 38:30-40
Peuple et lieu Banu Isra’il ; Jérusalem, où il bâtit le Temple
Parents Dawud ; sa mère non nommée (Bethsabée dans la Bible)
Époque vers 970-930 av. J.-C.
Épouses Nombreuses ; Bilqis, reine de Saba, selon la tradition
Mort Debout, appuyé sur son bâton, sans que les djinns s’en aperçoivent (34:14) ; environ 53 ans selon la Genèse
Sépulture Jérusalem — populaire

En une phrase : l’homme qui entendit une fourmi, envoya une huppe à une reine, fit venir un trône en un clin d’œil, commandait au vent, aux djinns et aux oiseaux — et dont la mort ne fut connue que lorsqu’une termite eut rongé son bâton.

A. Ce que dit le Coran

L’héritage (27:15-16). « Nous donnâmes à Dawud et à Sulayman une science, et ils dirent : Louange à Allah qui nous a préférés à beaucoup de Ses serviteurs croyants. Sulayman hérita de Dawud et dit : Ô gens, on nous a appris le langage des oiseaux, et on nous a donné de toute chose ; c’est là une grâce évidente. »

La fourmi (27:17-19). Ses armées de djinns, d’hommes et d’oiseaux marchent en rangs ; à la vallée des fourmis, une fourmi dit : « Ô fourmis, entrez dans vos demeures, que Sulayman et ses armées ne vous écrasent sans s’en apercevoir ! » Il sourit de sa parole : « Seigneur, fais que je sois reconnaissant du bienfait dont Tu m’as comblé, ainsi que mes parents, que je fasse le bien que Tu agrées, et fais-moi entrer, par Ta miséricorde, parmi Tes serviteurs vertueux. »

La huppe et la reine (27:20-44). Il passe en revue les oiseaux : « Pourquoi ne vois-je pas la huppe ? Je la châtierai sévèrement, ou je l’égorgerai, à moins qu’elle n’apporte une excuse claire. » Elle revient : « J’ai appris ce que tu ne sais pas ; je viens de Saba avec une nouvelle sûre : une femme y règne, elle a de toute chose, et un trône immense ; je l’ai trouvée, elle et son peuple, se prosternant devant le soleil. » Il envoie une lettre : « Elle est de Sulayman ; au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux : ne vous élevez pas contre moi, et venez à moi soumis. » La reine consulte ses notables — « nous sommes forts et vaillants, mais c’est à toi de décider » — et envoie un présent : « Voulez-vous m’aider par des biens ? Ce qu’Allah m’a donné vaut mieux que ce qu’Il vous a donné. » Il demande à son assemblée : « Qui m’apportera son trône avant qu’ils ne viennent soumis ? » Un djinn robuste : « Avant que tu ne te lèves de ta place. » « Celui qui avait une science du Livre » : « Avant que ton regard ne revienne à toi » — et le trône est là. Il le fait modifier : « Est-ce ainsi qu’est ton trône ? — On dirait que c’est lui. » Il la fait entrer dans un palais au sol de cristal ; elle le croit d’eau, découvre ses jambes ; « c’est un palais pavé de cristal » ; elle dit : « Seigneur, je me suis fait du tort ; je me soumets, avec Sulayman, à Allah, Seigneur des mondes. »

Le vent, les djinns, le cuivre (21:81-82 ; 34:12-13 ; 38:36-38). « Nous lui soumîmes le vent impétueux, qui soufflait par son ordre vers la terre bénie » ; « son matin valait un mois, son soir valait un mois » ; « Nous fîmes couler pour lui la source de cuivre » ; les djinns « travaillaient devant lui par la permission de son Seigneur : sanctuaires, statues, plateaux comme des bassins, marmites fixes » ; « des démons, tous bâtisseurs et plongeurs, et d’autres enchaînés ». « Ô famille de Dawud, œuvrez par reconnaissance ; peu de Mes serviteurs sont reconnaissants » (34:13).

Les chevaux (38:31-33). On lui présente le soir des chevaux de race ; « j’ai préféré l’amour du bien au rappel de mon Seigneur, jusqu’à ce qu’ils disparaissent derrière le voile ; ramenez-les-moi », et il se mit à leur passer la main sur les jarrets et les cous — soit pour les caresser, soit pour les égorger, selon les exégètes ; Ibn Kathir retient l’égorgement en sacrifice, en réparation d’une prière manquée.

L’épreuve et la demande (38:34-35). « Nous éprouvâmes Sulayman, et jetâmes sur son siège un corps ; puis il revint : Seigneur, pardonne-moi et donne-moi un royaume que nul après moi ne possédera ; Tu es le Donateur. »

La mort (34:14). « Quand Nous décrétâmes sa mort, seule la bête de la terre — la termite qui rongeait son bâton — leur indiqua sa mort ; quand il tomba, les djinns comprirent que, s’ils avaient connu l’invisible, ils ne seraient pas restés dans le châtiment humiliant. »

Contre l’accusation de magie (2:102). « Ils suivirent ce que les démons racontaient sur le règne de Sulayman ; Sulayman n’a pas mécru, mais les démons ont mécru : ils enseignaient aux gens la magie. » Le Coran l’innocente des livres de magie mis sous son nom.

B. Ce que disent les hadiths

  • Les épouses et le demi-enfant. « Sulayman fils de Dawud dit : Je passerai cette nuit chez soixante-dix [ou quatre-vingt-dix, cent] femmes, et chacune enfantera un cavalier qui combattra dans la voie d’Allah. Son compagnon [l’ange] lui dit : dis “s’il plaît à Allah”. Il ne le dit pas. Aucune n’enfanta, sauf une, qui mit au monde un demi-homme. Par Celui qui tient mon âme, s’il avait dit “s’il plaît à Allah”, ils auraient combattu, cavaliers, dans la voie d’Allah » (Bukhari 2819, 3424, 5242 ; Muslim 1654 — établi). La leçon : l’istithna’ — « s’il plaît à Allah » — dans tout projet.
  • Le djinn dans la mosquée. « Un démon a bondi sur moi cette nuit pour interrompre ma prière ; Allah m’en a donné pouvoir ; j’ai voulu l’attacher à un pilier de la mosquée pour que vous le voyiez tous au matin ; puis je me suis souvenu de la parole de mon frère Sulayman : “Seigneur, donne-moi un royaume que nul après moi ne possédera”, et je l’ai renvoyé humilié » (Bukhari 461, 3423 ; Muslim 541 — établi).
  • Les trois demandes à Jérusalem. « Quand Sulayman fils de Dawud eut achevé la construction de Bayt al-Maqdis, il demanda à Allah trois choses : un jugement conforme au Sien, un royaume que nul après lui n’aurait, et que quiconque viendrait à cette mosquée sans autre intention que d’y prier en sorte comme au jour où sa mère l’a enfanté. Les deux premières lui furent accordées ; j’espère que la troisième l’a été » (al-Nasa’i 693, Ibn Majah 1408, Musnad Ahmad — jugé authentique ; niveau établi).
  • Le jugement des deux femmes. « Deux femmes avaient chacune un enfant ; le loup emporta l’un ; chacune dit à l’autre : c’est ton fils qu’il a pris. Elles allèrent devant Dawud, qui l’attribua à l’aînée. Elles passèrent devant Sulayman fils de Dawud : “Apportez un couteau, je le partage entre vous.” La plus jeune dit : “Ne fais pas cela, qu’Allah te fasse miséricorde, c’est son fils.” Et il l’attribua à la plus jeune » (Bukhari 3427, Muslim 1720 — établi). Le Prophète ﷺ ajoute : « Par Allah, je n’avais jamais entendu le mot “couteau” (sikkin) avant ce jour ; nous ne disions que mudya. »
  • Les Dawudiens et les Sulaymaniens. Sur ’Abdullah ibn Salam, le Prophète ﷺ dit qu’il était comme Sulayman parmi les gens du Livre, en science (Musnad Ahmad — discuté).

C. Origine, famille, généalogie

Fils de Dawud, de la tribu de Yahudha, né à Jérusalem ; sa mère, selon la Bible, est Bethsabée ; le Coran ne la nomme pas. Il succéda à son père vers l’âge de douze ans, selon les exégètes (rapporté), et régna quarante ans (Bible). Ses épouses furent nombreuses — le hadith en dit soixante-dix ou plus ; la Bible sept cents et trois cents concubines, chiffre que les savants reçoivent sans le vérifier. Bilqis, reine de Saba, l’aurait épousé selon la majorité des exégètes, ou aurait été mariée par lui à un roi de Hamdan (rapporté — divergent) ; son nom même n’est pas dans le Coran. Son fils Rahub’am (Roboam) lui succéda et perdit dix tribus (Bible — rapporté).

D. Apparence physique

Rien d’établi. Les récits (populaire) le disent blanc, grand, beau, aux cheveux abondants, vêtu de blanc ; Ibn Kathir ne rapporte rien.

E. Miracles et signes

Le langage des oiseaux et des fourmis ; le vent obéissant, un mois de route en une matinée ; les djinns asservis, bâtisseurs et plongeurs ; le cuivre liquéfié ; le trône de Saba transporté avant le retour du regard ; le palais de cristal ; la mort inaperçue. Le Coran insiste : « par la permission de son Seigneur » — rien de cela n’est magie.

F. Sagesse, caractère, paroles

La reconnaissance. « Fais que je sois reconnaissant » (27:19) est sa réponse au sourire de la fourmi ; « Ceci est de la grâce de mon Seigneur, pour m’éprouver : suis-je reconnaissant ou ingrat ? » (27:40) est sa réponse au trône apporté. Les exégètes disent que le royaume le plus grand de l’histoire n’a produit chez lui qu’une inquiétude : être ingrat.

La justice envers les petits. Il sourit à la fourmi, menace la huppe mais l’entend, ne tue pas sans excuse. « À moins qu’elle n’apporte une excuse claire » (27:21) est devenu la règle du juge.

La force de l’écrit. Sa lettre : quatre lignes, la basmala en tête, un ordre et une invitation ; les savants y voient le modèle de la correspondance des rois.

La vérification. Il déguise le trône pour éprouver l’intelligence de la reine, et le sol de cristal pour lui montrer ce qu’elle ne savait pas voir : une pédagogie par l’épreuve.

L’humilité du pouvoir. « Voulez-vous m’aider par des biens ? » : le roi ne se laisse pas acheter.

« S’il plaît à Allah. » Un oubli, et soixante-dix cavaliers ne naquirent pas.

Regards des exégètes

« Nous jetâmes sur son trône un corps » (38:34). Le second verset difficile du volume. Les isra’iliyyat racontent un anneau volé par un démon qui régna quarante jours à la place de Sulayman ; Ibn Kathir les rejette entièrement : « Ce sont des récits des gens du Livre, dont certains sont des zindiqs. » La lecture qu’il retient, avec al-Bukhari : le hadith où Sulayman dit « je passerai cette nuit chez soixante-dix femmes, chacune enfantera un cavalier pour Allah » sans dire « s’il plaît à Allah », et une seule accoucha d’un demi-enfant, « qu’on posa sur son trône » — « s’il avait dit s’il plaît à Allah, ils auraient tous combattu » (Bukhari 3424, Muslim 1654 — établi) : le « corps » est cet enfant, et l’épreuve est l’oubli de la réserve. Al-Razi expose les deux lectures et donne la préférence à celle du hadith.

« Celui qui avait une science du Livre » (27:40). Asif ibn Barkhiya, scribe de Sulayman, selon la majorité (rapporté) ; Sulayman lui-même selon d’autres ; un ange selon d’autres ; Jibril selon d’autres. Al-Qurtubi discute ce que fut sa « science » : le plus grand nom d’Allah, ou la connaissance du Livre révélé ; et note la leçon : un homme de science fit en un clin d’œil ce qu’un djinn puissant offrait de faire en une séance — le savoir dépasse la force.

Les chevaux (38:31-33). « Il se mit à leur passer la main sur les jambes et les encolures » — ou « à leur trancher » ? Deux lectures. La première (al-Qurtubi, Ibn Kathir) : après avoir été distrait de la prière par ses chevaux jusqu’au coucher du soleil, il les caressa par affection, ou les marqua pour la cause d’Allah. La seconde (al-Tabari, d’après des rapports) : il les égorgea en expiation. Ibn Kathir penche pour la première : un prophète ne tue pas des bêtes par regret.

« Aucune bête ne les avertit de sa mort, sauf la bête de la terre » (34:14). Le termite qui rongea le bâton sur lequel Sulayman mort resta appuyé ; les djinns continuèrent à travailler « jusqu’à ce qu’il tombe » ; « et les djinns surent alors que, s’ils avaient connu l’invisible, ils ne seraient pas restés dans un châtiment humiliant ». Al-Sa’di : le verset a été révélé pour démentir la croyance que les djinns savent l’invisible ; Ibn Kathir rapporte qu’il resta un an debout (rapporté).

Le pèlerin et la prière (al-Nasa’i 693). « Sulayman demanda trois choses à Allah, quand il eut achevé la Maison sainte : un jugement conforme au Sien, un royaume qu’aucun après lui n’aurait, et que quiconque vient à cette mosquée pour y prier en sorte de ses péchés comme au jour où sa mère l’enfanta. » Le Prophète ﷺ ajouta : « Les deux premières lui ont été accordées, et j’espère que la troisième l’a été aussi » (al-Nasa’i 693, Ibn Majah 1408 — jugé authentique).

G. Détails marquants

Le « corps » sur le siège (38:34). Les exégètes rapportent le récit de l’anneau : Sulayman aurait confié son anneau, source de son pouvoir, à une servante ; un démon prit sa forme, obtint l’anneau, régna quarante jours ; l’anneau fut jeté à la mer, avalé par un poisson, retrouvé par Sulayman devenu pêcheur. Ibn Kathir écrit que ce récit est isra’iliyyat, « dont une partie est fausse et une partie est manifestement un mensonge », parce qu’un démon ne peut prendre la place d’un prophète auprès de ses épouses ; il retient l’explication par le hadith du demi-enfant : le « corps » jeté sur son siège est cet enfant mort-né. Rejeté / discuté.

Bilqis. Son nom, sa mère djinn, ses jambes velues que les djinns auraient voulu cacher, l’invention du rasoir : tout cela est isra’iliyyat ou populaire ; Ibn Kathir le signale et n’en retient rien. Le Coran ne dit que : une reine, un trône, le culte du soleil, un peuple consulté, la soumission.

Celui qui avait une science du Livre. Asif ibn Barkhiya, son vizir, selon la majorité (rapporté) ; un ange, selon d’autres ; Sulayman lui-même, selon quelques-uns.

Le Temple. Le Coran dit « sanctuaires » (maharib, 34:13) ; la tradition — et le hadith des trois demandes — attribue à Sulayman la construction de Bayt al-Maqdis, sur l’emplacement où Dawud avait commencé. Les musulmans ont toujours appelé « mosquée de Sulayman » le Temple ; la mosquée al-Aqsa en occupe l’esplanade.

Les chevaux. Deux lectures de 38:33 : caresser ou égorger ; et deux lectures de la « prière manquée » : il oublia l’après-midi en les regardant. Les juristes lisent le passage comme un exemple de repentir.

Les djinns enchaînés. Ceux qui refusaient de travailler ; les exégètes rapportent qu’il les liait deux à deux.

La mort et la termite. Les exégètes rapportent qu’il mourut debout, appuyé sur son bâton, en prière, et que les djinns continuèrent leurs travaux un an, jusqu’à ce que le bâton, rongé, cède ; les hommes surent ainsi que les djinns ne connaissent pas l’invisible — le sens même du verset (rapporté).

H. Ce que l’on retient

  • Le plus grand royaume, la plus petite créature. Il sourit à la fourmi et rendit grâce ; c’est le Coran qui a choisi de garder cette scène.
  • La reconnaissance est l’épreuve. « Suis-je reconnaissant ou ingrat ? » — la seule question qu’il se pose devant le trône transporté.
  • S’il plaît à Allah. Rien ne se fait sans Lui, même pour celui à qui tout obéit.
  • Ni magicien ni idolâtre. Le Coran l’a lavé de ce que les hommes lui ont prêté.

I. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
La fourmi, la huppe, la reine, le vent, les djinns, les chevaux, l’épreuve, la mort, 2:102 Coran (voir fiche) Coranique
Les soixante-dix femmes et le demi-enfant Bukhari 3424, Muslim 1654 Établi
Le djinn dans la mosquée Bukhari 461, Muslim 541 Établi
Les trois demandes à Bayt al-Maqdis al-Nasa’i 693, Ibn Majah 1408 Établi (jugé authentique)
Le jugement des deux femmes Bukhari 3427, Muslim 1720 Établi
Asif ibn Barkhiya ; Bilqis épousée Exégètes Rapporté (divergent)
L’anneau et le démon Récits tardifs Isra’iliyyat — rejeté
Bilqis, mère djinn, jambes velues Récits tardifs Isra’iliyyat / populaire
Règne à douze ans ; quarante ans ; Roboam Exégètes, Bible Rapporté
Mort debout, un an de travaux des djinns Exégètes Rapporté
Apparence Récits tardifs Populaire

19. Ilyas — le prophète contre Baal

Fiche d’identité Ilyas
Nom Ilyas (إلياس) — Élie ; « Ilyasin » (37:130)
Statut Messager (37:123) ; prophète des Banu Isra’il
Mentions dans le Coran 3 fois : 6:85 ; 37:123-132
Peuple et lieu Les adorateurs de Baal ; Baalbek (Bekaa, Liban) selon les exégètes ; le royaume du Nord d’Israël
Généalogie Ilyas ibn Yasin ibn Finhas ibn al-’Azar ibn Harun (Ibn Kathir — rapporté)
Époque IXe siècle av. J.-C.
Particularité Élevé au ciel selon la tradition ; identifié à al-Khidr par des récits populaires — rejeté
Sépulture Aucune ; s’il fut élevé, il n’en a pas

En une phrase : le prophète qui demanda à un peuple pourquoi il invoquait Baal « et abandonnait le meilleur des créateurs », et que le Coran salue d’une paix qui a fait douter les lecteurs de son nom.

A. Ce que dit le Coran

« Ilyas était du nombre des messagers. Il dit à son peuple : Ne craignez-vous pas Allah ? Invoquerez-vous Baal, et abandonnerez-vous le meilleur des créateurs, Allah, votre Seigneur et le Seigneur de vos premiers ancêtres ? Ils le traitèrent de menteur ; ils seront donc amenés au châtiment — sauf les serviteurs élus d’Allah. Nous perpétuâmes son renom dans la postérité : paix sur Ilyasin. Ainsi récompensons-Nous les bienfaisants ; il était de Nos serviteurs croyants » (37:123-132). Et dans la liste d’al-An’am : « Zakariyya, Yahya, ’Isa et Ilyas : tous du nombre des vertueux » (6:85).

« Ilyasin. » La forme allongée du nom, pour la rime, selon la majorité des exégètes — comme « Sinin » pour le Sinaï (95:2) ; d’autres lisent « Al Yasin », « la famille de Yasin », et y voient le Prophète ﷺ et les siens ; Ibn Kathir retient la première lecture.

B. Ce que disent les hadiths

Aucun hadith authentique ne le concerne. Ibn Kathir signale un long hadith où Ilyas rencontrerait le Prophète ﷺ en voyage, mangerait avec lui d’une nourriture venue du ciel et lui donnerait des nouvelles — et le juge fabriqué (mawdu’). Les hadiths sur sa rencontre annuelle avec al-Khidr pendant le pèlerinage, ou sur le partage de la terre entre eux — l’un sur les mers, l’autre sur les déserts —, sont de même nature : sans fondement.

C. Origine, famille, généalogie

Un descendant de Harun, de la tribu de Lawi, selon Ibn Kathir — donc un prêtre, envoyé à un peuple d’Israël qui, sous un roi idolâtre, adorait Baal, la divinité phénicienne dont Baalbek tire son nom. La Bible le nomme Élie le Tishbite (1 Rois 17-19), le fait vivre sous le roi Achab et la reine Jézabel, annoncer une sécheresse de trois ans, confondre les prêtres de Baal au Carmel, et monter au ciel dans un char de feu, laissant son manteau à Élisée — al-Yasa’. Les exégètes musulmans rapportent ces éléments (rapporté / isra’iliyyat) ; Ibn Kathir retient sa mission contre Baal, sa sécheresse, sa fuite, la succession d’al-Yasa’, et rapporte son élévation en signalant qu’elle vient des gens du Livre.

D. Apparence physique

Rien. La Bible le dit velu, ceint d’une ceinture de cuir (2 Rois 1:8 — isra’iliyyat).

E. Miracles et signes

Le Coran ne lui en attribue aucun explicitement. Les récits (rapporté) : la sécheresse annoncée et levée par sa prière, le feu descendu sur son sacrifice, la nourriture apportée par des corbeaux, la farine et l’huile inépuisables d’une veuve, l’enfant ressuscité — tous bibliques. L’élévation au ciel, isra’iliyyat que la majorité des exégètes a reçue.

F. Sagesse, caractère, paroles

« Abandonnerez-vous le meilleur des créateurs ? » Le Coran retient de lui une seule phrase, qui suffit : Baal ne crée rien. La tradition en fait le prophète de la fermeté sous un roi hostile, et de la solitude — « je suis resté seul » (1 Rois 19:10 — rapporté).

G. Détails marquants

Ilyas est-il vivant ? Une croyance populaire tient qu’Ilyas et al-Khidr sont vivants, l’un maître des terres, l’autre des eaux, et qu’ils se rencontrent chaque année à ’Arafat. Ibn Kathir écrit qu’aucun hadith authentique ne l’établit, que les récits en ce sens sont faibles ou forgés, et que la règle coranique est : « Nous n’avons accordé l’immortalité à aucun homme avant toi » (21:34). Discuté ; la tradition biblique de l’élévation est reçue sans qu’on en tire l’immortalité.

Ilyas et al-Khidr. Certains ont identifié les deux ; Ibn Kathir l’exclut : al-Khidr vivait au temps de Musa, Ilyas des siècles après.

Ilyas et Idris. L’hypothèse, signalée dans la série 1, qu’Idris serait Ilyas, tient à la parole « frère » de l’Isra’ ; Ibn Kathir la rapporte sans la retenir.

Baalbek. La ville de la Bekaa doit son nom à Baal ; la tradition y situe la mission d’Ilyas ; les exégètes l’affirment sans texte (rapporté).

La fête d’Élie. Chez les chrétiens d’Orient et dans les campagnes du Levant, Mar Elias est fêté et invoqué pour la pluie ; des musulmans partagent le sanctuaire du mont Carmel — populaire.

H. Ce que l’on retient

  • Une seule question suffit. « Abandonnerez-vous le meilleur des créateurs ? »
  • La rime et le nom. « Paix sur Ilyasin » : le Coran plie un nom pour la beauté du verset, et les exégètes l’ont compris.
  • Ne pas inventer la vie d’un prophète. Les récits sur Ilyas vivant sont la contrepartie d’un texte qui se tait.

I. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
Mission contre Baal ; « paix sur Ilyasin » Coran 37:123-132 ; 6:85 Coranique
Descendant de Harun ; Baalbek Ibn Kathir, exégètes Rapporté
Achab, Jézabel, la sécheresse, le Carmel, le char de feu 1-2 Rois via Ibn Kathir Isra’iliyyat
Élévation au ciel Exégètes Isra’iliyyat / reçu
Rencontre avec le Prophète ﷺ Récit forgé Rejeté
Ilyas vivant, rencontres avec al-Khidr Récits populaires Rejeté / populaire
Identification à Idris ou à al-Khidr Discussion des exégètes Discuté (non retenu)
Apparence 2 Rois 1:8 Isra’iliyyat

20. Al-Yasa’ — le successeur

Fiche d’identité Al-Yasa’
Nom Al-Yasa’ (اليسع) — Élisée
Statut Prophète des Banu Isra’il
Mentions dans le Coran 2 fois : 6:86 ; 38:48
Lien Disciple et successeur d’Ilyas
Généalogie Al-Yasa’ ibn Akhtub (Ibn Kathir) ; ou ibn ’Adi ibn Shutlam (autres) — rapporté
Époque IXe siècle av. J.-C.
Sépulture Inconnue ; revendiquée à Samarie et à Awjila (Libye) — populaire

En une phrase : deux mentions, un nom, un maître — et rien de plus dans les sources sûres : le prophète dont le Coran ne dit que le rang.

A. Ce que dit le Coran

« Et Isma’il, al-Yasa’, Yunus et Lut : tous, Nous les avons préférés aux mondes » (6:86). « Et rappelle Isma’il, al-Yasa’ et Dhul-Kifl : tous sont parmi les meilleurs » (38:48). Le nom porte l’article — al-Yasa’ —, singularité que les grammairiens ont notée : un nom étranger arabisé avec l’article, comme al-Masih.

B. Ce que disent les hadiths

Aucun.

C. Origine, famille, généalogie

Ibn Kathir le donne pour fils d’Akhtub, des Banu Isra’il, disciple d’Ilyas qui le désigna pour lui succéder avant d’être élevé — c’est Élisée, fils de Shaphat, dans la Bible, qui reçut le manteau d’Élie (2 Rois 2). Il prophétisa dans le royaume du Nord, à Samarie, pendant une cinquantaine d’années (rapporté). Les récits qui en font le prophète qui choisit Dhul-Kifl pour successeur (voir notice 16) viennent des exégètes, d’après Mujahid.

D. Apparence physique

Rien. La Bible le dit chauve, moqué pour cela par des enfants (2 Rois 2:23 — isra’iliyyat).

E. Miracles et signes

Le Coran n’en mentionne aucun. La Bible lui attribue plus de miracles qu’à Élie : l’eau assainie, l’huile multipliée, l’enfant de la Sunamite ressuscité, la lèpre de Naaman guérie dans le Jourdain, le fer qui flotte, les armées aveuglées (2 Rois 2-13). Ibn Kathir les rapporte brièvement comme venant des gens du Livre, sans les affirmer ni les nier (isra’iliyyat).

F. Sagesse, caractère, paroles

Ce que le Coran dit : « préféré aux mondes », « parmi les meilleurs ». Ce que la tradition retient : la succession fidèle — un prophète qui hérite d’un autre et continue son combat contre Baal.

G. Détails marquants

Le nom. Yasa’ rapproché de l’hébreu Elisha, « Dieu sauve » ; certains lecteurs du Coran lisent al-Laysa’, avec deux l — l’une des variantes de lecture (qira’at) reconnues.

Le tombeau. Une tradition libyenne situe sa tombe à Awjila, dans le désert de Cyrénaïque ; une autre à Samarie ; aucune n’a de fondement.

H. Ce que l’on retient

  • Le rang sans le récit. Le Coran peut honorer sans raconter.
  • Continuer l’œuvre d’un autre. Al-Yasa’ est le prophète de la succession ; les savants y voient la valeur de la transmission fidèle.

I. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
« Préféré aux mondes », « parmi les meilleurs » Coran 6:86 ; 38:48 Coranique
Disciple et successeur d’Ilyas ; fils d’Akhtub Ibn Kathir Rapporté
Miracles bibliques 2 Rois Isra’iliyyat
Choix de Dhul-Kifl Mujahid Rapporté
Tombeaux Traditions locales Populaire

21. Yunus — l’homme du poisson

Fiche d’identité Yunus
Nom Yunus ibn Matta (يونس) — Jonas ; « Dhu al-Nun » (21:87), « Sahib al-Hut » (68:48), l’homme du poisson
Statut Messager (37:139)
Mentions dans le Coran 4 fois par son nom ; sourate 10 porte son nom ; récits dans 10:98, 21:87-88, 37:139-148, 68:48-50
Peuple et lieu Ninive, capitale de l’Assyrie, sur le Tigre, face à Mossoul ; « cent mille, ou davantage »
Généalogie Fils de Matta (Bukhari 3412) ; des Banu Isra’il selon la majorité, de la tribu de Binyamin ; sa mère nommée Matta selon un rapport isolé
Époque VIIIe siècle av. J.-C.
Particularité Le seul prophète dont tout le peuple crut et fut épargné
Sépulture Ninive, sur la colline de Nabi Yunus (Mossoul) — mosquée détruite en 2014 ; Halhul (Palestine) — populaire

En une phrase : l’homme parti sans permission, avalé par un poisson, qui pria dans les ténèbres « il n’y a de dieu que Toi, gloire à Toi, j’ai été du nombre des injustes » — et dont le Prophète ﷺ interdit qu’on dise « je vaux mieux que lui ».

A. Ce que dit le Coran

Le départ (21:87 ; 37:139-140). « Et Dhu al-Nun, quand il partit courroucé, pensant que Nous ne le contraindrions pas… » ; « Yunus était du nombre des messagers ; il s’enfuit vers le navire chargé. »

Le sort et le poisson (37:141-144). « Il tira au sort et fut du nombre des perdants ; le poisson l’avala, et il était blâmable. S’il n’avait pas été du nombre de ceux qui glorifient, il serait resté dans son ventre jusqu’au jour de la Résurrection. »

L’appel (21:87-88). « Il appela dans les ténèbres : Il n’y a de dieu que Toi, gloire à Toi, j’ai été du nombre des injustes. Nous l’exauçâmes et le sauvâmes de l’angoisse ; ainsi sauvons-Nous les croyants. »

Le rivage (37:145-148). « Nous le rejetâmes sur le rivage, malade ; Nous fîmes pousser sur lui une plante de courge ; et Nous l’envoyâmes à cent mille, ou davantage ; ils crurent, et Nous leur accordâmes jouissance pour un temps. »

Le peuple sauvé (10:98). « Si seulement il y avait eu une cité qui ait cru et à qui sa foi ait profité — sauf le peuple de Yunus : quand ils crurent, Nous écartâmes d’eux le châtiment de l’ignominie dans la vie d’ici-bas, et leur donnâmes jouissance pour un temps. »

L’avertissement au Prophète ﷺ (68:48-50). « Endure l’ordre de ton Seigneur, et ne sois pas comme l’homme du poisson, quand il appela, la gorge serrée. Si une grâce de son Seigneur ne l’avait atteint, il aurait été jeté sur la terre nue, blâmé ; mais son Seigneur le choisit et le mit parmi les vertueux. »

B. Ce que disent les hadiths

  • « Ne dites pas que je vaux mieux que lui. » « Il ne convient à aucun serviteur de dire : je suis meilleur que Yunus ibn Matta » (Bukhari 3412, 3416, 4603 ; Muslim 2376 — établi). Les versions disent : « Qui dit : je suis meilleur que Yunus ibn Matta, a menti » ; et le Prophète ﷺ le dit de lui-même. Les savants y voient une défense de Yunus contre ceux qui, lisant son récit, le tiendraient pour inférieur ; et une leçon d’humilité : le Prophète ﷺ, meilleur des créatures, refuse de se préférer à un prophète que le Coran a blâmé.
  • L’invocation du poisson. « L’invocation de Dhu al-Nun, quand il appela dans le ventre du poisson : “Il n’y a de dieu que Toi, gloire à Toi, j’ai été du nombre des injustes” — aucun musulman n’invoque Allah par elle pour quoi que ce soit sans qu’Allah ne l’exauce » (Tirmidhi 3505, Musnad Ahmad, al-Hakim — jugé authentique ; niveau établi).
  • Yunus en pèlerinage. « Comme si je voyais Yunus ibn Matta sur une chamelle rousse, vêtu d’une tunique de laine, le licol de sa chamelle en fibre de palmier, descendant la vallée en disant la talbiya » (Muslim 166 — établi). Dans le même hadith, Musa, « brun, robuste, les cheveux bouclés », et ’Isa. C’est la seule description visuelle authentique de Yunus : la tunique de laine, la chamelle rousse, le licol de fibre — la simplicité d’un pèlerin.
  • Ninive et ’Addas. À Ta’if, chassé et blessé, le Prophète ﷺ reçut d’un esclave chrétien, ’Addas, une grappe de raisin ; il dit « au nom d’Allah » ; ’Addas s’étonna ; « d’où es-tu ? — De Ninive. — La ville de l’homme vertueux Yunus ibn Matta ! — Que sais-tu de Yunus ? — C’est mon frère : il était prophète, et je suis prophète. » ’Addas baisa sa tête, ses mains et ses pieds (Ibn Ishaq — rapporté ; chaîne discutée, récit célèbre).

C. Origine, famille, généalogie

« Fils de Matta » : c’est tout ce que le hadith dit, et Matta est, selon la plupart, son père — Amittaï dans la Bible (Jonas 1:1) — ; un rapport d’Ibn Sa’d en fait sa mère, ce qui le rendrait le seul prophète avec ’Isa nommé par sa mère ; Ibn Kathir l’écarte. Un Israélite, de Galilée selon la Bible, envoyé hors d’Israël, à la capitale de l’empire qui allait détruire le royaume du Nord : le seul prophète de cette série envoyé à un peuple étranger. Ninive, « cent mille ou davantage » — cent vingt mille selon Ibn ’Abbas, cent trente mille selon d’autres (rapporté). Le Coran ne nomme ni épouse ni enfant.

D. Apparence physique

Le hadith de Muslim : sur une chamelle rousse, en tunique de laine, licol de fibre, disant la talbiya — une vision, non un portrait ; mais elle donne l’allure : un homme simple, en vêtement rude, en pèlerinage. Rien de plus.

E. Miracles et signes

Le poisson qui l’avale sans le blesser, le garde et le rejette vivant ; la courge qui pousse sur lui pour le couvrir et le nourrir — les exégètes disent qu’une gazelle vint l’allaiter (rapporté) ; et le signe le plus grand, unique dans le Coran : un peuple entier qui croit avant que le châtiment ne tombe, et qui est épargné.

F. Sagesse, caractère, paroles

L’invocation. La ilaha illa anta, subhanaka, inni kuntu min al-zalimin : reconnaissance d’Allah, glorification, aveu — trois éléments, aucune demande ; et Allah dit « Nous l’exauçâmes ». Les savants disent que c’est la formule du repentir accompli.

Le zèle et son excès. Il partit en colère contre un peuple qui ne croyait pas ; le Coran dit « courroucé », « blâmable », mais aussi « du nombre de ceux qui glorifient » : sa faute fut une hâte de zèle, non une désertion. Les exégètes précisent qu’il partit sans permission, et que c’est cela qui lui fut reproché.

La patience apprise. Le Coran dit au Prophète ﷺ : « ne sois pas comme l’homme du poisson » (68:48) — l’exemple de Yunus enseigne à tous les prophètes l’endurance dans la prédication.

L’humilité. « Je vaux mieux que Yunus ? Non » : c’est le Prophète ﷺ qui le dit, et il l’impose à sa communauté.

Regards des exégètes

« Il n’y a de divinité que Toi, gloire à Toi, j’ai été des injustes » (21:87). La structure de l’invocation, chez al-Razi : l’unicité, la transcendance, l’aveu — sans demande, comme Ayyub. Le Prophète ﷺ dit : « L’invocation de Dhu al-Nun dans le ventre du poisson… nul musulman ne l’invoque en quelque affaire sans être exaucé » (Tirmidhi 3505 — jugé authentique). Al-Qurtubi : elle est exaucée parce qu’elle commence par ce qui plaît le plus à Allah, Son unicité, et finit par ce qui plaît le plus à Sa miséricorde, l’aveu.

« S’il n’avait été de ceux qui glorifient » (37:143-144). « Il serait resté dans son ventre jusqu’au jour où l’on sera ressuscité. » Ibn ’Abbas : ses glorifications d’avant, dans les temps de paix, l’ont sauvé dans l’épreuve ; d’où le hadith : « Fais-toi connaître d’Allah dans l’aisance, Il te connaîtra dans la difficulté » (Ahmad — jugé bon). Al-Sa’di : le dhikr est une provision.

« Il partit courroucé, pensant que Nous ne le contraindrions pas » (21:87). Courroucé contre qui ? Contre son peuple, disent la plupart ; « pensant que Nous ne le contraindrions pas » — naqdira — a été lu « ne le presserions pas », « ne lui imposerions pas la détresse » ; nul exégète sunnite ne lit « pensant qu’Allah ne pouvait pas », qui serait une mécréance. Al-Razi : Yunus crut qu’il pouvait quitter son poste puisque le châtiment était annoncé ; l’erreur fut de devancer la permission.

« Sauf le peuple de Yunus » (10:98). Le seul peuple, dans tout le Coran, dont la foi a été acceptée après que le châtiment fut apparu : al-Tabari rapporte qu’ils sortirent avec leurs enfants et leurs bêtes, séparèrent les mères des petits, et pleurèrent tous — et le châtiment se retira. Al-Qurtubi : une exception, pour montrer que la porte reste ouverte tant que le châtiment n’a pas frappé — comme la foi de Pharaon, refusée parce qu’il était déjà dans l’eau.

La courge (37:146). Yaqtin : toute plante sans tige, rampante, dit Ibn ’Abbas — la courge ; Ibn Kathir : ses feuilles larges ombragent, les mouches la fuient, son fruit se mange cru ; les médecins en ont fait un remède, et le Prophète ﷺ l’aimait (Bukhari 5379).

G. Détails marquants

Combien de temps dans le poisson ? Trois jours, sept, quarante — les rapports divergent (rapporté). Le Coran dit seulement qu’il y pria.

Le sort. Le navire, surchargé, menaçait de couler ; on tira au sort qui serait jeté ; trois fois le sort tomba sur Yunus ; il se jeta à la mer (Ibn ’Abbas — rapporté).

La tasbih. « S’il n’avait pas été du nombre de ceux qui glorifient » : avant l’épreuve, disent Ibn ’Abbas et Qatada — sa glorification passée le sauva ; dans le ventre du poisson, disent d’autres.

Ninive convertie. Ibn ’Abbas rapporte (rapporté) que Yunus avait annoncé le châtiment à trois jours et quitté la ville ; que les gens, voyant le ciel s’obscurcir, sortirent avec leurs enfants et leurs bêtes, séparèrent les petits des mères, se couvrirent de cendres, et crièrent vers Allah jusqu’à ce que le nuage s’éloigne. Le Coran confirme le résultat, non le détail.

La courge. Yaqtin : une plante à larges feuilles, sans tronc — courge, calebasse — ; les exégètes rapportent que le Prophète ﷺ aimait la courge (Bukhari 5379), et que Yunus, la peau à vif, fut couvert par ses feuilles.

Nabi Yunus. Sur une colline de Ninive, face à Mossoul, une mosquée construite sur une église abrita pendant des siècles une tombe attribuée à Yunus, visitée par les musulmans et les chrétiens ; elle fut détruite en juillet 2014 ; les fouilles y ont révélé un palais assyrien. L’attribution est populaire ; le lieu, historique.

H. Ce que l’on retient

  • Le repentir dans les ténèbres. Trois ténèbres — la nuit, la mer, le ventre — et une prière qui monte : le Coran en a fait l’invocation exaucée pour tous.
  • Le zèle ne dispense pas de la patience. Yunus est le prophète du départ trop tôt.
  • Un peuple peut être sauvé. Ninive prouve que l’avertissement n’est pas une condamnation.
  • Nul ne vaut mieux qu’un prophète. Même blâmé par le Coran, Yunus reste au-dessus de tout homme : le Prophète ﷺ l’a dit de lui-même.

I. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
Le départ, le sort, le poisson, l’appel, la courge, Ninive sauvée Coran (voir fiche) Coranique
« Ne dites pas je vaux mieux que Yunus » Bukhari 3412, Muslim 2376 Établi
L’invocation exaucée Tirmidhi 3505 Établi (jugé authentique)
La chamelle rousse et la tunique de laine Muslim 166 Établi
’Addas à Ta’if Ibn Ishaq Rapporté (chaîne discutée)
Fils de Matta ; tribu ; Ninive ; nombre Bukhari 3412 ; exégètes Établi / rapporté
Durée dans le poisson ; le sort trois fois Exégètes Rapporté (divergent)
La conversion détaillée de Ninive Ibn ’Abbas Rapporté
La gazelle nourricière Exégètes Isra’iliyyat / discuté
Matta comme nom de la mère Ibn Sa’d Discuté (écarté)
Tombe de Nabi Yunus ; Halhul Tradition locale Populaire

PARTIE III — ANNEXES

1. Tableau récapitulatif

Prophète Peuple / lieu Signe ou miracle principal Épreuve Trait dominant
Yusuf Égypte L’interprétation des rêves Le puits, la calomnie, la prison Le pardon
Ayyub Hauran L’eau sous le pied ; la famille rendue La maladie et la ruine La patience
Shu’ayb Madyan Aucun propre ; le jour du Nuage Le mépris de son peuple La cohérence
Musa Égypte, Sinaï Le bâton, la main, la mer, les Tables Pharaon ; son propre peuple Le courage et la colère maîtrisée
Harun Égypte, Sinaï Associé à la mission de Musa Le veau d’or La douceur
Dhul-Kifl Banu Isra’il — — L’engagement tenu
Dawud Jérusalem Les montagnes, le fer, le Zabur Les deux plaideurs Le retour à Allah
Sulayman Jérusalem Le vent, les djinns, les oiseaux, le trône Le « corps » sur le siège La reconnaissance
Ilyas Baalbek — Un roi idolâtre La fermeté
Al-Yasa’ Samarie — — La succession fidèle
Yunus Ninive Le poisson ; un peuple sauvé Le ventre du poisson Le repentir

2. Questions fréquentes

1. Yusuf a-t-il désiré la femme de l’Aziz ? Le Coran dit : « Elle le désirait ; et il l’aurait désirée s’il n’avait vu la preuve de son Seigneur » (12:24). Deux lectures chez les savants : un mouvement de la nature aussitôt repoussé — ce que le Prophète ﷺ appelle « ce que l’âme suggère » et qui n’est pas compté —, ou une phrase conditionnelle où le désir n’a pas eu lieu. Dans les deux cas, il n’y eut ni acte ni intention arrêtée ; et le Coran fait attester son innocence par la femme elle-même, par le témoin de la famille, par les femmes de la ville et par le roi. Les récits qui détaillent ce qu’il « faillit faire » sont isra’iliyyat, et Ibn Kathir les tient pour indignes.

2. Ayyub a-t-il été puni ? Non : le Coran dit « quel excellent serviteur » avant, pendant et après. Ses amis crurent à un péché ; le hadith d’Anas montre Ayyub expliquant qu’il n’a rien à se reprocher, sinon d’avoir expié les serments des autres. L’épreuve du croyant n’est pas une sanction : « Les plus éprouvés sont les prophètes, puis les meilleurs, puis les meilleurs » (Tirmidhi 2398).

3. Le beau-père de Musa était-il Shu’ayb ? Le Coran ne le nomme pas ; la majorité des exégètes dit oui, Ibn Kathir en doute pour des raisons de chronologie — le peuple de Shu’ayb fut châtié « peu après » celui de Lut. Le dossier présente les deux ; rien n’en dépend, sinon la beauté du rapprochement entre le prophète de l’honnêteté commerciale et le contrat de travail le plus célèbre du Coran.

4. Musa a-t-il tué un homme ? Oui, d’un coup de poing, sans intention de tuer, en défendant un opprimé ; le Coran rapporte sa réaction : « Ceci est l’œuvre de Satan… Seigneur, je me suis fait tort ; pardonne-moi. — Et Il lui pardonna » (28:15-16). Musa lui-même, devant Pharaon, dira « je l’ai fait alors que j’étais des égarés » (26:20) — « égaré » au sens d’ignorant, précisent les exégètes. Un homicide involontaire, pardonné avant la mission, et raconté par le Coran comme leçon.

5. Musa a-t-il frappé l’ange de la mort ? Oui, selon Bukhari (1339) et Muslim (2372) : l’ange vint sous forme humaine, sans se faire connaître, et Musa, qui ne savait pas qui il était, le frappa et lui creva l’œil ; l’ange revint, guéri, avec l’ordre de le laisser choisir ; Musa demanda à être rapproché de la Terre sainte « d’un jet de pierre ». Les savants expliquent : Musa a repoussé un inconnu entré chez lui pour lui prendre son âme, ce qui était son droit ; il n’a pas désobéi à un ange reconnu. Ceux qui ont rejeté ce hadith au nom de la raison ont été réfutés par les traditionnistes, qui y voient au contraire la preuve que Musa fut ensuite conduit à accepter la mort en connaissance.

6. Musa a-t-il demandé à voir Allah ? Oui (7:143), et il fut foudroyé par la manifestation de la montagne ; il se repentit « d’avoir demandé ce qui n’est pas accordé en ce monde ». La demande n’était pas une faute de foi mais un désir ardent ; les savants sunnites en tirent que voir Allah n’est pas impossible en soi — puisqu’un prophète l’a demandé — mais réservé à l’au-delà.

7. Quel Pharaon ? Le Coran dit « Pharaon » comme titre, sans nom ; la tradition le nomme al-Walid ibn Mus’ab (rapporté) ; les historiens hésitent entre Ramsès II et Merneptah (XIIIe siècle av. J.-C.). Le Coran promet que « son corps » sera sauvé « comme signe » (10:92) ; les momies royales du Caire sont, pour beaucoup de musulmans, l’accomplissement de cette promesse — une lecture, non un dogme.

8. Harun a-t-il participé au veau d’or ? Non : le Coran le montre s’opposant — « Ô mon peuple, vous êtes éprouvés par cela ; votre Seigneur est le Tout Miséricordieux ; suivez-moi » (20:90) —, et se justifiant devant Musa : il craignit de diviser le peuple. Le récit biblique qui fait fondre le veau par Aaron (Exode 32) est contredit par le Coran, qui attribue l’acte au Samiri ; il est rejeté.

9. Dawud a-t-il commis l’adultère ? Non. Le Coran dit « il demanda pardon » sans dire de quoi ; le récit d’Urie et de Bethsabée est biblique et rejeté par les savants sunnites comme contraire à la pureté des prophètes — ’Ali menaçait de flageller qui le raconte. La faute retenue est un jugement hâtif, ou le désir d’épouser une femme dont le mari vivait ; rien de plus.

10. Sulayman était-il magicien ? Le Coran le lave expressément : « Sulayman n’a pas mécru, mais les démons ont mécru » (2:102). Les « grimoires de Salomon » sont des faux mis sous son nom par ceux qui voulaient couvrir la magie de son autorité ; son pouvoir sur les djinns était « par la permission de son Seigneur », et cessa à sa mort.

11. Dhul-Kifl était-il prophète ? Le Coran le nomme deux fois parmi des prophètes, sans dire qu’il l’est ; la majorité des savants le tient pour prophète sur la foi de ce voisinage, quelques-uns pour un homme vertueux ; son identité — Bishr fils d’Ayyub, Ézéchiel, un jeune homme qui « s’engagea » — n’est pas établie. Le hadith de Tirmidhi sur « al-Kifl » concerne un autre personnage.

12. Ilyas est-il vivant ? Aucun hadith authentique ne le dit ; les récits sur ses rencontres avec al-Khidr ou avec le Prophète ﷺ sont faibles ou forgés. Son élévation au ciel est reçue des gens du Livre, sans qu’on en tire l’immortalité : « Nous n’avons accordé l’immortalité à aucun homme avant toi » (21:34).

13. Pourquoi le Coran blâme-t-il Yunus, et le Prophète ﷺ interdit-il de se préférer à lui ? Le Coran le dit « courroucé », « blâmable » — parce qu’il partit sans permission, par excès de zèle. Le hadith interdit de dire « je vaux mieux que Yunus », pour deux raisons : un prophète, même repris par Allah, reste au-dessus de tout homme ; et le repentir de Yunus l’a rétabli — « son Seigneur le choisit et le mit parmi les vertueux ». Le Prophète ﷺ l’a dit de lui-même, ce qui ferme la discussion.

14. Pourquoi les Banu Isra’il ont-ils eu tant de prophètes ? « Chaque fois qu’un prophète mourait, un autre lui succédait » (Bukhari 3455). Parce que la Torah était une loi complète qu’il fallait rappeler et faire appliquer, et parce que ce peuple, élu et rebelle, avait besoin d’être redressé sans cesse : le Coran rappelle leurs bienfaits et leurs fautes en proportion. Les prophètes de cette série sont pour la plupart les leurs ; ils sont aussi les nôtres : « nous ne faisons de différence entre aucun de Ses messagers » (2:285).

15. Ayyub a-t-il perdu tout son corps, rongé par les vers ? Non : le Coran dit « le mal m’a touché » et « nous lui ôtâmes ce qu’il avait de mal » (21:83-84), sans rien de plus ; le hadith de Bukhari le montre se baignant, guéri. Les récits qui décrivent une décomposition extrême, des vers, une puanteur qui chasse tout le monde, sont isra’iliyyat, et les savants les rejettent pour une raison de doctrine : Allah ne donne pas à un prophète ce qui repousse les gens et les empêche d’entendre son message. La maladie fut longue et grave ; sa description reste inconnue.

16. Pourquoi Yusuf ne sort-il pas de prison quand le roi l’appelle ? « Retourne vers ton maître et demande-lui ce qu’il en est des femmes qui se coupèrent les mains » (12:50) : il refuse une libération qui laisserait son innocence dans le doute. Al-Qurtubi : la réputation d’un homme de bien vaut plus que sa liberté ; le Prophète ﷺ le loua pour cette patience (Bukhari 3372). Et il n’accuse pas la femme : il parle des « femmes », au pluriel, par pudeur.

17. Pourquoi Yunus est-il repris, alors qu’il est prophète ? Parce qu’un prophète peut être repris pour une décision ou une impatience sans que sa mission soit en cause ; le Coran le dit « courroucé », lui fait dire « j’ai été des injustes », et conclut : « son Seigneur le choisit et le mit parmi les vertueux » (68:50). Le repentir de Yunus est devenu l’école de tous : l’invocation du ventre du poisson est celle que le Prophète ﷺ a recommandée à quiconque est en détresse.

18. Comment le Coran peut-il dire que Musa parla à Allah, alors qu’Allah « ne parle aux hommes que par révélation ou derrière un voile » (42:51) ? « Derrière un voile » est précisément le cas de Musa : il entendit sans voir, et demanda à voir, et fut refusé. Le titre Kalim Allah, « celui à qui Allah a parlé », est coranique (4:164 : « Allah a parlé à Musa réellement »). Les sunnites tiennent que la parole d’Allah est réelle, sans lui donner de ressemblance ; les mu’tazilites y voyaient une parole créée dans le buisson ; le dossier suit la lettre : Allah a parlé, Musa a entendu, nul ne sait comment.

19. Les Banu Isra’il ont-ils vraiment traversé la mer ? Où ? Le Coran l’affirme, et les Juifs de Médine le fêtaient le jour de ’Ashura, ce que le Prophète ﷺ confirma en jeûnant (Bukhari 2004). Le lieu — golfe de Suez, mer Rouge, un des lacs du delta — est une reconstruction ; le Coran dit « la mer », et les exégètes disent la mer Rouge (bahr al-Qulzum), sans preuve textuelle. Le récit ne dépend pas de la localisation.

20. Sulayman a-t-il vraiment parlé aux fourmis et aux oiseaux ? Oui, selon le Coran : « nous avons appris le langage des oiseaux » (27:16), et la fourmi qui parle (27:18), et la huppe qui rapporte (27:22). Ce sont des miracles propres à Sulayman, « une grâce manifeste » (27:16) ; les exégètes notent qu’il n’est pas dit que Sulayman comprenait toutes les bêtes en tout temps, mais qu’Allah lui fit entendre ce qu’Il voulut. Al-Razi ajoute : la fourmi qui dit « pour que Sulayman ne vous écrase pas sans s’en apercevoir » sait que Sulayman est juste et qu’il n’écraserait pas sciemment — une fourmi qui excuse un roi.

21. Pourquoi Musa est-il si présent dans le Coran ? Parce que son histoire contient tout ce que le Prophète ﷺ et sa communauté allaient vivre — la persécution, l’émigration, la victoire, la loi, la rébellion du peuple —, et parce que les Juifs de Médine, ses héritiers, étaient les premiers interlocuteurs du Coran. Ibn Kathir : Musa est le plus proche du Prophète ﷺ par la loi, ’Isa par le temps, Ibrahim par le visage. Chaque répétition sélectionne un angle ; elles ne se répètent pas, elles se complètent.

22. La momie de Pharaon au musée du Caire est-elle « le signe » de 10:92 ? Le verset promet que « le corps » de Pharaon sera sauvé « pour être un signe pour ceux qui viendront après ». Les exégètes classiques l’ont compris : rejeté par la mer et vu des Israélites, qui doutaient de sa mort. L’identification aux momies royales est une lecture du XXe siècle, popularisée par un médecin français ; elle est plausible, elle n’est pas établie, et le Coran ne nomme pas le Pharaon. Un dossier honnête dit : le verset est vrai ; l’identification est une hypothèse.

3. Glossaire

  • Zabur — Le livre donné à Dawud ; les Psaumes.
  • Tawrat — La Torah, donnée à Musa.
  • Al-Tih — Le désert de l’errance, quarante ans.
  • Tuwa — La vallée sacrée du Sinaï, où Musa fut appelé.
  • Al-Samiri — Le fondeur du veau d’or.
  • Qarun — Le riche englouti, du peuple de Musa (Coré).
  • Talut / Jalut — Saül / Goliath.
  • Bayt al-Maqdis — Jérusalem, et le Temple bâti par Sulayman.
  • Saba — Le royaume de la reine du Yémen.
  • Baal — La divinité phénicienne combattue par Ilyas.
  • Dhu al-Nun — « L’homme du poisson » : Yunus.
  • Al-Ayka — « Le Fourré » : le peuple de Shu’ayb.
  • Al-’Aziz — Le titre du maître de Yusuf, puis de Yusuf lui-même.
  • Istithna’ — Dire « s’il plaît à Allah » (in sha’ Allah).
  • Awwab — « Qui revient sans cesse » : titre de Dawud, Sulayman, Ayyub.

4. Bibliographie classique

Les mêmes ouvrages que la série 1 : les tafsirs d’al-Tabari, al-Baghawi, al-Qurtubi, al-Razi, Ibn Kathir, al-Sa’di ; Ibn Kathir, Qisas al-anbiya’ et al-Bidaya wal-Nihaya, tomes 1-2 ; al-Tha’labi, ‘Ara’is al-majalis* ; les Sahih de Bukhari (« Ahadith al-anbiya’ », « al-Tafsir ») et Muslim (« al-Iman », « al-Fada’il ») ; al-Tirmidhi, Abu Dawud, al-Nasa’i, Ibn Majah, Ahmad, Ibn Hibban, al-Hakim pour les hadiths cités ; al-Tabari, Tarikh*, tome 1. Pour la comparaison biblique : Genèse 37-50, Exode, Nombres, 1-2 Samuel, 1-2 Rois, Job, Jonas.

7. Inventaire des récits à écarter — série 2

  • Ya’qub apparaissant à Yusuf et se mordant le doigt (12:24) : isra’iliyyat.
  • Zulaykha, son remariage avec Yusuf : nom et récit tardifs, sans source.
  • Les vers et la puanteur d’Ayyub : rejeté (dignité prophétique).
  • Le charbon dans la bouche de Musa : discuté.
  • Le nom du Pharaon (al-Walid ibn Mus’ab) : rapporté, sans valeur.
  • Le veau fabriqué par Harun (Exode 32) : rejeté.
  • Urie et Bethsabée (2 Samuel 11) : rejeté.
  • L’anneau volé et le démon sur le trône de Sulayman : rejeté par Ibn Kathir.
  • La mère djinn de Bilqis : rejeté.
  • Ilyas vivant, rencontrant al-Khidr : populaire.
  • Le poisson de Yunus à Jonas, le lieu du rivage : rapporté sans source.
  • Les tombeaux de Yusuf (Naplouse), Ayyub (Shaykh Sa’d, Urfa), Shu’ayb (Wadi Shu’ayb, Hittin), Musa (Nabi Musa), Harun (Jabal Harun), Dawud et Sulayman (Jérusalem), Yunus (Mossoul) : traditions locales.

Note sur les références : les numéros de hadith sont donnés à titre indicatif d’après les grands recueils et peuvent différer selon les éditions ; chacun se vérifie dans le recueil cité ou sur sunnah.com.

Et Allah est le plus savant.