Les meilleures femmes de la création

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Les meilleures femmes de la création

Maryam, Âsiya, Khadîja et Fâtima — le hadith qui les réunit

Le hadith qui les réunit

Le Prophète ﷺ a désigné, dans plusieurs paroles rapportées par les recueils les plus sûrs, quatre femmes comme les meilleures de la création ou les meilleures des femmes du Paradis. Ces paroles sont brèves ; elles ont pourtant fixé, pour toute la tradition, un modèle de la perfection féminine qui traverse les époques et les peuples : deux femmes des temps anciens, Maryam et Âsiya, et deux femmes du temps du Prophète ﷺ, Khadîja et Fâtima.

« Bien des hommes ont atteint la perfection, mais parmi les femmes seules Maryam fille de ’Imrân et Âsiya épouse de Pharaon l’ont atteinte ; et le mérite de ’Â’isha sur les autres femmes est comme celui du tharîd sur les autres plats. » (Bukhârî 3411 ; Muslim 2431)

« La meilleure de ses femmes fut Maryam fille de ’Imrân, et la meilleure de ses femmes fut Khadîja. » (Bukhârî 3432 ; Muslim 2430) — le Prophète ﷺ montrait le ciel et la terre en disant ces mots, selon le rapport de ’Alî.

« Il te suffit, parmi les femmes de l’univers, de Maryam fille de ’Imrân, Khadîja fille de Khuwaylid, Fâtima fille de Muhammad et Âsiya épouse de Pharaon. » (Tirmidhî 3878, d’après Anas ; jugé authentique)

« Les meilleures femmes du Paradis sont Khadîja fille de Khuwaylid, Fâtima fille de Muhammad, Maryam fille de ’Imrân et Âsiya fille de Muzâhim, épouse de Pharaon. » (Ahmad, Musnad, d’après Ibn ’Abbâs ; chaîne jugée authentique par al-Hâkim et d’autres)

Niveau de preuve. Les deux premiers textes sont dans les deux Sahîh : ils font autorité sans discussion. Les deux suivants sont rapportés hors des deux Sahîh, avec des chaînes que les spécialistes du hadith ont tenues pour authentiques ou bonnes ; c’est sur eux que repose l’expression consacrée des « quatre meilleures femmes ». Les numéros de hadith indiqués correspondent aux éditions courantes et doivent être vérifiés sur sunnah.com avant toute citation publique.

Ce que ces quatre vies ont en commun

À première vue, tout les sépare : une vierge consacrée au Temple de Jérusalem, une reine d’Égypte, une riche commerçante de La Mecque, une jeune femme pauvre de Médine. Les savants ont pourtant relevé ce qui les unit, et qui explique le choix prophétique.

La foi contre le milieu. Âsiya croit au cœur du palais de celui qui se proclame dieu ; Maryam porte, seule, un enfant que sa communauté ne comprend pas ; Khadîja croit la première, quand La Mecque entière se moque ; Fâtima grandit dans la persécution et voit son père insulté. Aucune des quatre n’a hérité sa foi d’un environnement favorable : chacune l’a choisie contre lui.

La patience dans l’épreuve. Âsiya subit la torture jusqu’à la mort ; Maryam affronte l’accusation la plus infamante pour une femme ; Khadîja traverse trois années de boycott et perd sa fortune ; Fâtima enterre sa mère, ses sœurs, puis son père, et meurt six mois après lui. La perfection dont parle le hadith n’est pas une perfection d’abri, mais une perfection d’endurance.

Le service de la prophétie. Deux d’entre elles ont élevé un prophète ou l’ont porté : Âsiya adopte Mûsâ, Maryam donne naissance à ’Îsâ. Les deux autres ont soutenu le dernier Prophète ﷺ : Khadîja comme épouse et premier appui, Fâtima comme fille et « mère de son père », selon le surnom que lui donnait la tradition. Chacune se tient à l’endroit exact où la révélation avait besoin d’une femme.

Une relation directe avec le ciel. Le Coran rapporte les paroles de Maryam et d’Âsiya ; Jibrîl transmet à Khadîja le salut d’Allah et l’annonce d’une maison au Paradis (Bukhârî 3820 ; Muslim 2432) ; le Prophète ﷺ apprend à Fâtima qu’elle sera la première de sa famille à le rejoindre et la dame des femmes du Paradis (Bukhârî 6285-6286 ; Muslim 2450).

Les quatre notices

Maryam fille de ’Imrân — la seule femme nommée dans le Coran

Maryam est la seule femme que le Coran désigne par son nom ; une sourate entière porte ce nom, et le chapitre 3 raconte sa naissance, sa consécration au service du Temple, l’éducation que lui donne Zakariyyâ, et l’annonce faite par les anges : « Ô Maryam, Allah t’a élue, t’a purifiée et t’a élue au-dessus des femmes de l’univers » (Coran 3:42). Le Coran lui donne le titre de siddîqa, « véridique » (5:75), et la cite comme modèle pour tous les croyants (66:12).

Sa notice complète — sa naissance, le vœu de sa mère, la naissance de ’Îsâ, l’accusation et la réponse de l’enfant au berceau, et la position des savants sur la question de sa prophétie — se trouve dans le dossier des prophètes : De Zakariyyâ à ’Îsâ.

Âsiya fille de Muzâhim — la croyante dans le palais de Pharaon

Ce que dit le Coran. Âsiya n’est pas nommée dans le Coran, mais elle y est deux fois présente. C’est elle qui, devant le coffre tiré du Nil, arrache l’enfant Mûsâ à la mort : « La femme de Pharaon dit : “Il sera une joie pour mes yeux et pour les tiens ; ne le tuez pas ; peut-être nous sera-t-il utile, ou le prendrons-nous pour fils.” » (Coran 28:9). Et c’est elle qu’Allah propose en exemple à tous les croyants, hommes et femmes, à la fin de la sourate 66 : « Allah a proposé en exemple à ceux qui croient la femme de Pharaon, quand elle dit : “Seigneur, construis-moi auprès de Toi une maison dans le Paradis, sauve-moi de Pharaon et de son œuvre, et sauve-moi des gens injustes.” » (Coran 66:11).

Ce que disent les hadiths. Les hadiths cités plus haut la placent parmi les quatre meilleures femmes, et avec Maryam parmi les deux seules femmes « parfaites » — c’est-à-dire, selon l’explication d’Ibn Hajar dans son commentaire du Sahîh, ayant atteint le plus haut degré de foi, de vertu et de piété accessible à un être humain.

Ce que rapportent les exégètes. Les commentateurs classiques — al-Tabarî, al-Qurtubî, Ibn Kathîr — rapportent, à propos du verset 66:11, qu’Âsiya crut en Mûsâ après avoir vu le sort des magiciens de Pharaon, que Pharaon la fit torturer pour l’arracher à sa foi, et qu’elle prononça son invocation sous le supplice ; certains récits ajoutent qu’elle vit alors sa demeure du Paradis et mourut en souriant. Ces détails proviennent de traditions rapportées d’Ibn ’Abbâs et d’autres, sans chaîne remontant au Prophète ﷺ : ils relèvent des isrâ’îliyyât et des récits d’exégèse, à lire comme un commentaire plausible, non comme un texte révélé. Son nom et sa généalogie (« fille de Muzâhim ») viennent du hadith d’Ibn ’Abbâs et des généalogistes, non du Coran.

Ce que l’on retient. Âsiya montre que ni le pouvoir, ni la richesse, ni le mari ne décident de la foi d’une femme : dans la maison même du tyran, une croyante demande à Allah une maison « auprès de Toi » — avant de demander le Paradis, comme le remarquent les exégètes, elle demande la proximité. Les savants y ont vu la définition même de la sincérité.

Khadîja fille de Khuwaylid — la première croyante

Première épouse du Prophète ﷺ, première personne à croire en lui, première à prier avec lui, elle a soutenu la mission naissante de sa fortune, de sa maison et de sa parole. Le Prophète ﷺ ne s’est remarié qu’après sa mort, et il a dit d’elle : « Elle a cru en moi quand les gens me démentaient, elle m’a cru quand ils me traitaient de menteur, elle m’a fait part de ses biens quand ils m’en privaient » (Ahmad, d’après ’Â’isha). Jibrîl lui-même l’a saluée par l’intermédiaire du Prophète ﷺ et lui a annoncé une maison au Paradis « faite de roseau creux, sans bruit ni fatigue » (Bukhârî 3820 ; Muslim 2432).

Sa notice complète se trouve dans le dossier des Mères des croyants : Khadîja bint Khuwaylid.

Fâtima fille de Muhammad ﷺ — la dame des femmes du Paradis

La plus jeune des filles du Prophète ﷺ, née peu avant la mission, elle a connu la persécution de La Mecque, le boycott, l’émigration, puis la vie pauvre de Médine aux côtés de ’Alî. Le Prophète ﷺ a dit d’elle : « Fâtima est une part de moi ; qui la met en colère me met en colère » (Bukhârî 3714 ; Muslim 2449), et, lors de sa dernière maladie, lui a confié en secret qu’elle serait la première de sa famille à le rejoindre et qu’elle serait « la dame des femmes des croyants » ou « des femmes de cette communauté » (Bukhârî 6285-6286 ; Muslim 2450). Elle mourut six mois après lui, à environ vingt-neuf ans. Al-Hasan et al-Husayn, ses fils, sont « les deux seigneurs des jeunes gens du Paradis ».

Sa notice complète se trouve dans le dossier de la famille du Prophète ﷺ : Fâtima al-Zahrâ’.

Questions fréquentes

Existe-t-il un classement entre ces quatre femmes ? Les savants en ont longuement débattu, sans conclusion unanime. Certains, à la suite d’Ibn Hajar, penchent pour Maryam en premier, à cause du verset 3:42 et de la parole sur la « perfection » ; d’autres placent Fâtima ou Khadîja en tête, en s’appuyant sur le titre de « dame des femmes du Paradis ». Al-Suyûtî a consacré un opuscule à la question. La position la plus prudente, celle d’Ibn Taymiyya à propos de Khadîja et ’Â’isha, consiste à dire que chacune l’emporte sous un aspect : le hadith désigne un groupe de modèles, non un podium.

Pourquoi ’Â’isha n’est-elle pas parmi les quatre ? Le hadith de Bukhârî et Muslim la mentionne juste après Maryam et Âsiya, en comparant son mérite au tharîd, le plat préféré des Arabes : elle est donc explicitement placée au sommet, mais dans un registre différent — celui du savoir et de la transmission, où elle n’a pas d’égale parmi les femmes. Les savants ont vu là une complémentarité plutôt qu’une exclusion.

Maryam et Âsiya étaient-elles musulmanes ? Au sens coranique, oui : l’islam est la religion de tous les prophètes, et le Coran présente Maryam et Âsiya comme des croyantes soumises à Allah, avant la révélation du Coran. C’est précisément ce que le Prophète ﷺ enseigne en les citant comme modèles : la perfection de la foi ne date pas de sa mission, elle traverse toute l’histoire de la révélation.

Pourquoi seulement quatre femmes, et pourquoi « seules deux ont atteint la perfection » ? Le hadith ne dit pas que les femmes seraient moins capables ; il constate, dans l’histoire connue du Prophète ﷺ, un nombre plus réduit de femmes ayant atteint ce degré, ce qui s’explique par les conditions de leur temps, non par leur nature. Ibn Hajar rappelle que le terme « perfection » désigne ici le plus haut degré parmi les créatures humaines, celui qui, chez les hommes, correspond aux prophètes et aux véridiques.

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