Figures de l’islam · Les femmes de l’islam
Les Mères des croyants
Les 100 compagnons du Prophète ﷺ — Série 2B (Ummahât al-mu’minîn)
Les épouses du Prophète ﷺ, Māriya la Copte et Rayḥāna — histoire, transmission, spiritualité, enseignements, et réponses aux objections.
Édition complète. Ce dossier reprend l’intégralité du matériau des versions précédentes, l’organise, l’explicite, distingue les récits solidement attestés des traditions discutées, et se termine par un chapitre substantiel de questions fréquentes et d’objections contemporaines. Il est conçu pour être lu d’un bout à l’autre comme pour être consulté fiche par fiche.
Sources fondamentales : Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ Muslim, Jāmi’ al-Tirmidhī, Sunan Abī Dāwūd, Sunan al-Nasā’ī, Musnad Aḥmad, Sīra d’Ibn Hishām (d’après Ibn Isḥāq), al-Ṭabaqāt al-Kubrā d’Ibn Sa’d (vol. 8, consacré aux femmes), al-Isti’āb d’Ibn ’Abd al-Barr, al-Iṣāba d’Ibn Ḥajar, Siyar A’lām al-Nubalā’ d’al-Dhahabī, al-Mustadrak d’al-Ḥākim, et les grands commentaires coraniques (al-Ṭabarī, al-Qurṭubī, Ibn Kathīr).
Note sur les références : les numéros de ḥadīths suivent la numérotation courante (édition Fu’ād ’Abd al-Bāqī pour Bukhārī et Muslim). Ils sont donnés pour faciliter la vérification et doivent être contrôlés sur l’édition retenue avant publication.
Avertissement méthodologique : comment sont hiérarchisées les sources
Tout ce qui est rapporté sur les Mères des croyants n’a pas le même degré de certitude. Un lecteur sérieux doit savoir distinguer quatre niveaux :
- Le Coran, qui fixe leur statut, tranche l’affaire de la calomnie, ordonne le mariage de Zaynab bint Jaḥsh, révèle le verset du voile et encadre la vie du foyer prophétique (sourate al-Aḥzāb, 33 ; sourate al-Nūr, 24 ; sourate al-Taḥrīm, 66).
- Les ḥadīths authentiques (ṣaḥīḥ), en premier lieu ceux de Bukhārī et Muslim, dont une part importante est rapportée par les Mères des croyants elles-mêmes. Ce sont les récits les plus sûrs.
- Les ouvrages de sīra et de ṭabaqāt (Ibn Isḥāq, Ibn Sa’d, al-Wāqidī), riches en détails mais dont les chaînes de transmission sont souvent moins rigoureuses. Les savants du ḥadīth les acceptent pour l’histoire, avec prudence, et non pour établir des règles.
- Les traditions isolées ou faibles, que les biographes classiques rapportent parfois en signalant leur fragilité.
Dans ce dossier, les formules « selon Ibn Sa’d », « dans une version », « les sources divergent » ne sont pas des précautions de style : elles indiquent réellement le niveau de la source. Les anecdotes très détaillées de la vie domestique viennent le plus souvent du niveau 3. Lorsqu’elles contredisent le niveau 2, c’est le niveau 2 qui l’emporte.
Cette méthode est celle des savants anciens eux-mêmes. Ibn Ḥajar, dans al-Iṣāba, cite fréquemment une tradition puis la qualifie ; al-Dhahabī, dans les Siyar, écarte des récits populaires qu’il juge sans fondement. Suivre leur exemple, c’est refuser à la fois la crédulité et le scepticisme systématique.
Comment lire ce dossier
Ce dossier poursuit quatre objectifs :
- Connaître les personnes, et non seulement retenir des dates ou des anecdotes.
- Comprendre le contexte : La Mecque païenne, l’émigration, Médine, les alliances tribales, les guerres, la coexistence avec les communautés juives et chrétiennes.
- Mesurer leur apport à la communauté : transmission du savoir, charité, conseil, patience, éducation, courage.
- Tirer des enseignements sans anachronisme : les sociétés du VIIe siècle avaient leurs propres structures familiales, sociales et juridiques ; les récits doivent d’abord être compris dans leur contexte avant d’être proposés comme modèles.
Pour chaque biographie, le lecteur peut se poser quatre questions : que vivait cette femme ? quelle épreuve ou quelle responsabilité a marqué sa vie ? qu’a-t-elle transmis ? quel enseignement peut-on raisonnablement en tirer aujourd’hui ?
Le cadre coranique : que signifie « Mère des croyants » ?
Le titre
« Le Prophète a plus de droit sur les croyants qu’ils n’en ont sur eux-mêmes, et ses épouses sont leurs mères. » (Coran 33:6)
L’expression Ummahāt al-Mu’minīn n’est pas un simple titre honorifique. Les exégètes (al-Ṭabarī, al-Qurṭubī, Ibn Kathīr) précisent en quoi cette maternité consiste et en quoi elle ne consiste pas :
- Elle consiste en un devoir de respect, de vénération et d’obéissance dans le bien, comparable à celui dû à une mère, et en l’interdiction définitive de les épouser après le Prophète ﷺ : « Vous ne devez pas offenser le Messager d’Allah, ni jamais épouser ses femmes après lui ; ce serait, auprès d’Allah, un énorme péché. » (Coran 33:53).
- Elle ne consiste pas en une parenté de sang. Il reste obligatoire pour elles de se voiler devant les hommes étrangers, et leurs frères et sœurs ne deviennent pas les oncles et tantes des croyants au sens juridique. Certains ont appelé Mu’āwiya « oncle maternel des croyants » (khāl al-mu’minīn) par extension honorifique ; la majorité des juristes n’en font pas une règle.
Elles sont ainsi les mères des croyants par la sacralité et le respect, comme le Prophète ﷺ est leur père par la sollicitude (« Je suis pour vous comme un père », Abū Dāwūd 8).
Les exigences
Le Coran ne se contente pas d’honorer les épouses du Prophète ﷺ : il les tient à un niveau plus élevé que les autres femmes.
« Ô femmes du Prophète, vous n’êtes semblables à aucune autre femme. Si vous êtes pieuses, ne soyez pas trop complaisantes dans votre langage, afin que celui dont le cœur est malade ne vous convoite pas ; et tenez un langage décent. Restez dans vos foyers, ne vous exhibez pas à la manière des femmes d’avant l’islam… » (Coran 33:32-33)
« Ô femmes du Prophète, celle d’entre vous qui commettra une turpitude évidente, son châtiment sera doublé ; et celle qui obéit à Allah et à Son Messager et fait le bien, Nous lui donnerons deux fois sa récompense. » (Coran 33:30-31)
Ce principe — plus grand rang, plus grande responsabilité — est constant en islam. Il explique pourquoi les Mères des croyants sont présentées dans les sources non comme des personnages décoratifs, mais comme des femmes tenues d’être exemplaires, et interpellées directement par la révélation.
Le verset du choix (āyat al-takhyīr)
En l’an 9 H, les épouses du Prophète ﷺ demandèrent une amélioration de leurs conditions de vie. Le Prophète ﷺ se retira d’elles un mois durant, puis reçut la révélation :
« Ô Prophète, dis à tes épouses : si vous désirez la vie présente et sa parure, venez ! Je vous donnerai de quoi jouir et vous libérerai d’une belle manière. Mais si c’est Allah que vous voulez, et Son Messager, et la Demeure dernière, Allah a préparé pour celles d’entre vous qui font le bien une immense récompense. » (Coran 33:28-29)
Il commença par ’Ā’isha, en lui recommandant de consulter ses parents avant de répondre. Elle répondit : « Est-ce à ton sujet que je consulterais mes parents ? Je choisis Allah, Son Messager et la Demeure dernière. » Toutes firent le même choix (Bukhārī 4785 ; Muslim 1475). Ce moment est capital : chaque Mère des croyants a librement confirmé, alors qu’une sortie honorable lui était offerte, sa volonté de rester l’épouse d’un homme qui vivait dans le dénuement.
Repères historiques essentiels
Une longue monogamie, puis treize ans de polygamie
Le Prophète ﷺ épousa Khadīja à 25 ans et vécut avec elle seule pendant vingt-cinq ans, jusqu’à sa mort en 619, alors qu’il en avait 50. Il n’épousa aucune autre femme de son vivant. L’ensemble de ses autres mariages se concentre sur les treize dernières années de sa vie (620-632), c’est-à-dire la période où il fut chef de communauté, chef d’État et législateur.
Le profil des épouses
À l’exception de ’Ā’isha, toutes ses épouses étaient veuves ou divorcées, souvent mères, parfois âgées. Plusieurs avaient perdu leur mari dans les persécutions ou les batailles ; deux étaient captives de guerre ; une était la fille de son principal ennemi ; une descendait de la lignée sacerdotale juive.
Onze épouses
La tradition sunnite compte onze femmes ayant vécu en union conjugale avec le Prophète ﷺ. Deux moururent de son vivant (Khadīja et Zaynab bint Khuzayma) ; neuf lui survécurent. Māriya la Copte, mère de son fils Ibrāhīm, n’était pas une épouse au sens du contrat de mariage mais une concubine légitime (surriyya) ; le cas de Rayḥāna est discuté. Ces deux femmes sont traitées à part, à la fin des notices.
Chronologie des mariages
| # | Épouse | Date du mariage | Situation avant le mariage |
|---|---|---|---|
| 18 | Khadīja bint Khuwaylid | 595 (La Mecque) | deux fois veuve, commerçante |
| 19 | Sawda bint Zam’a | Shawwāl 620 (La Mecque) | veuve d’un émigré d’Abyssinie |
| 20 | ’Ā’isha bint Abī Bakr | contrat 620 ; vie conjugale Shawwāl 1 H (623) | fille d’Abū Bakr |
| 21 | Ḥafṣa bint ’Umar | Sha’bān 3 H (625) | veuve d’un blessé de Badr |
| 22 | Zaynab bint Khuzayma | Ramaḍān 3 H (625) | veuve d’un martyr |
| 23 | Umm Salama (Hind bint Abī Umayya) | Shawwāl 4 H (626) | veuve d’un blessé d’Uḥud, quatre enfants |
| 24 | Zaynab bint Jaḥsh | Dhū l-Qa’da 5 H (627) | divorcée de Zayd ibn Ḥāritha |
| 25 | Juwayriya bint al-Ḥārith | 5 H (627) | captive, fille du chef des Banū l-Muṣṭaliq |
| 26 | Umm Ḥabība (Ramla bint Abī Sufyān) | 7 H (628), par procuration | veuve d’un apostat, exilée en Abyssinie |
| 27 | Ṣafiyya bint Ḥuyayy | 7 H (628), Khaybar | captive, veuve, fille du chef des Banū l-Naḍīr |
| 28 | Maymūna bint al-Ḥārith | Dhū l-Qa’da 7 H (629), Sarif | deux fois veuve |
Attention aux dates : les chronologies des ouvrages anciens diffèrent parfois d’une année ; pour Juwayriya, certains placent l’expédition des Banū l-Muṣṭaliq en 6 H. Le tableau sert de repère, non de calendrier absolu.
Pourquoi ces mariages ? Les dimensions que font apparaître les sources
Il faut éviter de réduire ces mariages à une seule explication. Les sources font apparaître plusieurs dimensions, souvent cumulées :
- L’affection conjugale, que les récits ne cachent jamais (Khadīja, ’Ā’isha, Umm Salama).
- La protection de veuves privées de soutien, parfois menacées par leur propre famille païenne (Sawda, Zaynab bint Khuzayma, Umm Salama, Umm Ḥabība).
- Le rapprochement de groupes et la pacification de tribus (Juwayriya avec les Banū l-Muṣṭaliq, Ṣafiyya avec les juifs de Khaybar, Maymūna avec les Banū Hilāl et, à travers elle, Quraysh).
- Le lien avec ses plus proches compagnons : les filles d’Abū Bakr et de ’Umar entrèrent dans sa maison, comme ses propres filles entrèrent dans celles de ’Uthmān et de ’Alī.
- L’établissement d’une règle par un événement vécu (Zaynab bint Jaḥsh et l’adoption).
- La formation d’enseignantes : le foyer prophétique devint la source de tout ce que la communauté sait de la vie intime, de la purification, de la prière de nuit et des relations conjugales du Prophète ﷺ.
Une clé de lecture : onze femmes, onze formes de contribution
Il serait trompeur de chercher chez toutes les Mères des croyants le même modèle. Leur grandeur apparaît dans la diversité de leurs parcours.
- Khadīja incarne la confiance, la fidélité et le soutien au moment où tout commence.
- Sawda rappelle la valeur de la simplicité, de l’humour, du don de soi et du soin du foyer.
- ’Ā’isha représente la science, la mémoire, l’analyse juridique et la transmission.
- Ḥafṣa illustre la rigueur, l’alphabétisation et la conservation du texte coranique.
- Zaynab bint Khuzayma symbolise la compassion envers les pauvres.
- Umm Salama montre la profondeur du conseil et la capacité à voir une issue lorsqu’un groupe est paralysé.
- Zaynab bint Jaḥsh est liée à une transformation majeure du droit familial et à une générosité totale.
- Juwayriya montre comment une personne peut devenir une cause de bien pour tout son peuple.
- Umm Ḥabība illustre la primauté de la foi sur les solidarités familiales lorsqu’elles entrent en contradiction.
- Ṣafiyya rappelle que l’islam ne gomme ni les histoires familiales ni les blessures ; il demande justice, dignité et maîtrise de soi.
- Maymūna apparaît comme une figure de piété, de liens de parenté et de transmission.
La vertu n’a pas une seule personnalité. Certaines étaient savantes, d’autres généreuses, d’autres conseillères, d’autres attachées avant tout au culte ; plusieurs cumulaient ces qualités.
Les notices biographiques
18. Khadīja bint Khuwaylid — la première croyante (al-Ṭāhira)
Naissance et origine
Née à La Mecque vers 556, quinze ans avant le Prophète ﷺ, dans le clan d’Asad ibn ’Abd al-’Uzzā, l’une des grandes maisons de Quraysh. Son père Khuwaylid ibn Asad, chef respecté, mourut lors de la guerre du Fijār. Deux fois veuve — de ’Atīq ibn ’Ā’idh al-Makhzūmī, puis d’Abū Hāla al-Tamīmī, dont elle eut des enfants —, elle dirigeait seule l’une des plus grandes fortunes commerciales de La Mecque et y employait des hommes pour conduire ses caravanes. Sa lignée rejoint celle du Prophète ﷺ en Quṣayy, l’ancêtre commun de Quraysh. Avant même l’islam, on l’appelait al-Ṭāhira, la Pure, pour son intégrité et sa réputation sans tache.
Le mariage
Elle engagea le jeune Muḥammad, alors âgé de 25 ans et déjà surnommé al-Amīn (le Digne de confiance), pour conduire une caravane en Syrie. Son serviteur Maysara lui rapporta la loyauté du jeune homme, des bénéfices exceptionnels, et deux faits étranges : un moine de Buṣrā (Nasṭūr) assurant que « nul autre qu’un prophète ne s’est jamais assis sous cet arbre », et deux anges qui semblaient l’ombrager dans la chaleur.
Khadīja, âgée de quarante ans selon la version majoritaire (Ibn Sa’d) ou de vingt-huit selon une autre transmission rapportée par al-Ḥākim et al-Bayhaqī, prit l’initiative : elle envoya son amie Nafīsa bint Munya sonder le jeune homme, puis lui proposa le mariage. Il accepta ; ses oncles Ḥamza et Abū Ṭālib firent la demande. La dot fut de vingt jeunes chamelles.
Elle lui donna six enfants : al-Qāsim et ’Abdullāh (surnommé al-Ṭayyib et al-Ṭāhir), morts en bas âge, et quatre filles, Zaynab, Ruqayya, Umm Kulthūm et Fāṭima. Tous les enfants du Prophète ﷺ, sauf Ibrāhīm, sont d’elle.
Conversion et soutien
Elle fut la première de toute l’humanité à croire au message, avant tout homme et toute femme — un point sur lequel les savants sont unanimes. Lorsque le Prophète ﷺ redescendit de la grotte de Ḥirā’, tremblant, en disant « Couvrez-moi ! Couvrez-moi ! », puis « J’ai craint pour moi-même », elle répondit :
« Non, par Allah ! Jamais Allah ne te couvrira d’opprobre : tu maintiens les liens de parenté, tu portes le fardeau des faibles, tu donnes à qui n’a rien, tu honores l’hôte et tu aides dans les malheurs de la vie. » (Bukhārī 3 ; Muslim 160)
Ces mots méritent d’être relus : Khadīja ne raisonne pas à partir d’une preuve miraculeuse, mais à partir du caractère de son mari. Elle tient pour impossible qu’Allah abandonne un homme d’une telle vertu. C’est la première réponse théologique de l’histoire de l’islam, et elle vient d’une femme.
Elle le conduisit ensuite chez son cousin Waraqa ibn Nawfal, vieillard chrétien lettré qui connaissait l’Évangile, et qui reconnut « le Nāmūs [Jibrīl] descendu sur Moïse ». Elle sut aussi, par une expérience simple, vérifier la nature de celui qui venait au Prophète ﷺ : lorsque Jibrīl apparut alors qu’elle ôtait son voile, il disparut ; elle en conclut : « Ce n’est pas un démon, c’est un ange » (Ibn Hishām).
Pendant les trois années de boycott dans le ravin d’Abū Ṭālib (Shi’b Abī Ṭālib), alors qu’elle avait plus de soixante ans, elle partagea la faim des musulmans assiégés et épuisa sa fortune pour les nourrir. Le Prophète ﷺ dira plus tard : « Elle a cru en moi quand les gens me traitaient de menteur, et m’a soutenu de ses biens quand ils m’en privaient » (Musnad Aḥmad 24864).
Mérites et distinctions
- Jibrīl vint au Prophète ﷺ et dit : « Voici Khadīja qui vient avec un plat. Lorsqu’elle sera près de toi, transmets-lui le salut de son Seigneur et le mien, et annonce-lui une demeure au Paradis faite de perle creusée, où il n’y aura ni bruit ni fatigue » (Bukhārī 3820 ; Muslim 2432). Elle est la seule personne dont on rapporte qu’Allah lui ait envoyé Son salut par l’intermédiaire de Jibrīl.
- « Les meilleures femmes de leur temps furent Maryam, fille de ’Imrān, et Khadīja bint Khuwaylid » (Bukhārī 3432).
- « Il te suffit, parmi les femmes de l’univers, de Maryam, Khadīja, Fāṭima et Āsiya » (Tirmidhī 3878).
L’amour qui ne s’éteint pas
Le témoignage le plus vif de l’attachement du Prophète ﷺ est, paradoxalement, la jalousie de ’Ā’isha envers une femme morte avant son propre mariage :
« Je n’ai jamais été jalouse d’une femme comme de Khadīja, et je ne l’ai pourtant jamais vue. Il ne cessait de la mentionner. Parfois il égorgeait une brebis, la découpait, et en envoyait des morceaux aux amies de Khadīja. Je lui dis un jour : “On dirait qu’il n’y a eu d’autre femme au monde que Khadīja !” Il répondit : “Elle était ainsi et ainsi, et j’ai eu d’elle des enfants.” » (Bukhārī 3818 ; Muslim 2435)
Dans une autre version, il répondit : « Allah m’a accordé son amour. » Des années après sa mort, il entendit la voix de la sœur de Khadīja, Hāla bint Khuwaylid, demander la permission d’entrer — la même voix — et il tressaillit : « Ô Allah, Hāla ! » (Bukhārī 3821). Une vieille femme vint le voir un jour et il l’accueillit avec une chaleur particulière ; interrogé, il dit : « Elle venait nous voir du temps de Khadīja, et la fidélité aux liens anciens fait partie de la foi » (al-Ḥākim).
Mort
Elle mourut au mois de Ramaḍān de l’an 10 de la mission (619), à 65 ans, quelques jours avant (ou après, selon les versions) Abū Ṭālib. Cette année fut appelée « l’Année de la tristesse » (’Ām al-Ḥuzn). La prière funéraire n’avait pas encore été instituée ; le Prophète ﷺ descendit lui-même dans sa tombe, au cimetière d’al-Ma’lā (al-Ḥajūn) à La Mecque.
À retenir
Khadīja n’est pas seulement « la première croyante » : elle est celle qui accueille, rassure et soutient au moment où la mission prophétique vient de commencer et où le Prophète ﷺ lui-même est ébranlé. Son histoire invite à prendre au sérieux les formes de soutien qui ne sont ni publiques ni spectaculaires : écouter, croire, protéger, financer, conseiller, rester présent dans l’épreuve. Elle montre aussi qu’une femme d’affaires indépendante, riche et respectée, a été le premier pilier de l’islam.
19. Sawda bint Zam’a — celle qui offrit sa nuit
Naissance et origine
Née à La Mecque vers 590 (les dates varient fortement), dans le clan de ’Āmir ibn Lu’ayy de Quraysh. Grande, corpulente, d’un caractère enjoué. Mariée à son cousin al-Sakrān ibn ’Amr, elle se convertit avec lui parmi les tout premiers musulmans et émigra avec lui en Abyssinie. Là-bas, rapporte Ibn Sa’d, elle rêva que le Prophète ﷺ s’approchait et posait le pied sur sa nuque, puis qu’une lune tombait sur elle. Son mari interpréta : « Je vais mourir, et tu épouseras le Messager d’Allah. » Il mourut peu après leur retour à La Mecque, la laissant sans protection face à une famille encore polythéiste.
Le mariage
Après la mort de Khadīja, Khawla bint Ḥakīm, épouse de ’Uthmān ibn Maẓ’ūn, s’inquiéta de voir le Prophète ﷺ seul avec ses filles et lui proposa deux noms : une veuve, Sawda, et une jeune fille, ’Ā’isha. Il épousa Sawda en Shawwāl de l’an 10 de la mission (620), à cinquante ans. Elle avait la trentaine passée. Son frère ’Abd ibn Zam’a, encore polythéiste, se jeta de la poussière sur la tête en l’apprenant — et regretta ce geste plus tard, une fois musulman.
Elle fut pendant près de trois ans sa seule épouse, et éleva ses filles Umm Kulthūm et Fāṭima jusqu’à l’émigration à Médine.
Mérites et faits notables
- Le verset du voile fut révélé à la suite d’une remarque de ’Umar : une nuit, il reconnut Sawda, à cause de sa taille, sortant pour ses besoins, et lui dit : « Nous t’avons reconnue, Sawda ! » Elle rentra le rapporter au Prophète ﷺ, qui reçut la révélation alors qu’il tenait un os à la main (Bukhārī 146, 4795). Après l’institution du voile, ’Umar renouvela sa remarque ; le Prophète ﷺ répondit : « Il vous est permis de sortir pour vos besoins » (Bukhārī 5237).
- Le don de sa nuit. Vieillissante, et craignant d’être séparée du Prophète ﷺ, elle lui dit : « Ô Messager d’Allah, garde-moi, et je donne ma nuit à ’Ā’isha. Je ne cherche pas ce que cherchent les femmes ; je veux seulement être ressuscitée parmi tes épouses. » Le Prophète ﷺ accepta. Le verset descendit : « Si une femme craint de son mari abandon ou indifférence, nul péché à ce qu’ils se réconcilient… » (Coran 4:128 ; Bukhārī 2593, 5212 ; Muslim 1463). ’Ā’isha commenta : « Je n’ai jamais vu une femme dont j’aurais voulu être à la place, plus que Sawda, si ce n’était sa vivacité. »
- Humour. Elle faisait rire le Prophète ﷺ. Après une prière nocturne, elle lui dit : « J’ai prié derrière toi hier soir, et tu t’es incliné si longtemps que j’ai tenu mon nez de peur qu’il ne saigne ! » — et il rit (Ibn Sa’d).
- Générosité. Elle tannait des cuirs de Ṭā’if et en donnait le produit en aumône. Sous le califat de ’Umar, celui-ci lui envoya une bourse de dirhams ; elle demanda : « Qu’est-ce que c’est ? Des dattes dans un sac ? » et distribua tout sur-le-champ.
- Au pèlerinage d’adieu, elle demanda la permission de quitter Muzdalifa avant la foule, « car j’étais une femme lourde et lente » ; le Prophète ﷺ l’accorda. ’Ā’isha regretta toute sa vie de n’avoir pas demandé la même chose (Bukhārī 1680 ; Muslim 1290). Ce détail fonde une règle de jurisprudence : la permission, pour les faibles, de quitter Muzdalifa avant l’aube.
Après le Prophète ﷺ
Elle ne quitta plus sa chambre : « J’ai fait mon pèlerinage et ma ’umra ; désormais je resterai dans ma maison, comme Allah me l’a ordonné » (Coran 33:33). Elle rapporta cinq ḥadīths.
Mort
Elle mourut à Médine en 54 H (674), version retenue par al-Bukhārī et Ibn Ḥajar, ou vers 22 H, à la fin du califat de ‘Umar, selon al-Wāqidī. Elle fut enterrée à al-Baqī’.
À retenir
Une place centrale dans une famille ne dépend pas d’un rôle spectaculaire. Sawda a accompagné la période de transition la plus douloureuse de la vie du Prophète ﷺ, a élevé ses filles, et a fait preuve d’une générosité qui allait jusqu’à renoncer à ce que la plupart des femmes considèrent comme leur droit le plus intime. Son humour rappelle que la vie spirituelle n’exclut ni la joie ni la légèreté licite.
20. ’Ā’isha bint Abī Bakr — al-Ṣiddīqa, la savante de la communauté
Naissance et origine
Née à La Mecque vers 614, quatre ou cinq ans après le début de la mission, dans le clan de Taym, fille d’Abū Bakr al-Ṣiddīq et d’Umm Rūmān bint ‘Āmir. « Je n’ai connu mes parents que musulmans », disait-elle (Bukhārī 476). Petite, au teint clair et rosé — d’où le surnom affectueux al-Ḥumayrā’ que lui donnait le Prophète ﷺ. Sa sœur aînée Asmā’ et son frère ’Abd al-Raḥmān sont deux figures importantes de la première génération.
Le mariage
Le Prophète ﷺ vit en rêve, à deux reprises, un ange lui apporter une image enveloppée d’un morceau de soie : « C’est ton épouse. » Il la découvrit : c’était ’Ā’isha. Il dit : « Si cela vient d’Allah, Il l’accomplira » (Bukhārī 3895 ; Muslim 2438). Le contrat fut conclu à La Mecque en Shawwāl 620, alors qu’elle avait six ans, et le mariage consommé à Médine en Shawwāl 1 H (623), alors qu’elle en avait neuf, comme elle le rapporte elle-même (Bukhārī 3894, 5133 ; Muslim 1422). Elle fut sa seule épouse vierge, et, comme il le lui dit lui-même, la seule sous la couverture de laquelle il reçut la révélation (Bukhārī 3775). La question de son âge, fréquemment soulevée aujourd’hui, est traitée en détail dans le chapitre final.
Elle n’aimait pas la superstition arabe qui déconseillait de se marier en Shawwāl et disait : « Le Messager d’Allah m’a épousée en Shawwāl et a consommé le mariage en Shawwāl ; laquelle de ses épouses eut plus de faveur que moi ? » (Muslim 1423).
Mérites
- « La supériorité de ’Ā’isha sur les femmes est comme celle du tharīd sur les autres plats » (Bukhārī 3770).
- Le Prophète ﷺ lui dit : « Voici Jibrīl qui te salue » (Bukhārī 3768 ; Muslim 2447).
- ’Amr ibn al-’Āṣ lui demanda qui il aimait le plus. « ’Ā’isha. — Et parmi les hommes ? — Son père » (Bukhārī 3662 ; Muslim 2384).
- Les compagnons choisissaient le jour de ’Ā’isha pour lui offrir leurs présents, sachant que cela lui plaisait (Bukhārī 2574).
- Le Prophète ﷺ mourut dans sa chambre, le jour de son tour, la tête sur sa poitrine, après avoir mâché le bâtonnet de siwāk qu’elle avait ramolli pour lui. « Ma salive et la sienne se sont mêlées le dernier jour de sa vie » (Bukhārī 4438). Il fut enterré dans sa chambre, où reposent aussi Abū Bakr et ’Umar.
L’affaire de la calomnie (ḥādithat al-ifk, 5 H)
Au retour de l’expédition contre les Banū l-Muṣṭaliq, ’Ā’isha s’éloigna du camp pour chercher un collier perdu. Les porteurs, la croyant dans son palanquin (elle était très légère), repartirent sans elle. Ṣafwān ibn al-Mu’aṭṭal, chargé de ramasser ce que l’armée oubliait, la retrouva et la ramena sur sa monture, marchant devant. Les hypocrites, menés par ’Abdullāh ibn Ubayy, répandirent une rumeur infamante. Pendant un mois, ’Ā’isha, malade, ne sut rien et ne s’étonna que de la froideur inhabituelle du Prophète ﷺ. Lorsqu’elle apprit la rumeur, elle pleura deux nuits et un jour sans dormir, « au point que je crus que mes larmes fendraient mon foie ». Elle refusa de se justifier autrement que par les mots du père de Yūsuf : « Belle patience ; c’est Allah qu’il faut appeler à l’aide. »
Allah révéla alors dix-huit versets de la sourate al-Nūr (Coran 24:11-26) proclamant son innocence et instaurant la peine du qadhf (fausse accusation d’adultère). Sa mère lui dit : « Lève-toi et remercie-le ! » Elle répondit : « Non, par Allah, je ne me lèverai pas vers lui, et je ne louerai qu’Allah » (Bukhārī 4141 ; Muslim 2770). Cette fierté d’innocente est restée célèbre. Les savants sunnites sont unanimes : celui qui accuse ’Ā’isha de ce dont le Coran l’a innocentée est un mécréant, car il dément le Coran (al-Qurṭubī, Ibn Kathīr).
La science : sa spécialité
Elle transmit 2 210 ḥadīths (selon le décompte d’Ibn Ḥazm et d’Ibn al-Jawzī), ce qui la place au quatrième rang des rapporteurs. Elle était jurisconsulte, médecin, poétesse et généalogiste.
- Abū Mūsā al-Ash’arī : « Nous n’avons jamais rencontré de difficulté, nous les compagnons, sans trouver chez ’Ā’isha une science à ce sujet » (Tirmidhī 3883).
- ’Urwa ibn al-Zubayr, son neveu et élève : « Je n’ai vu personne de plus savant en droit, en médecine et en poésie que ’Ā’isha. »
- Al-Zuhrī : « Si l’on réunissait la science de ’Ā’isha et celle de toutes les épouses du Prophète et de toutes les femmes, la science de ’Ā’isha serait la plus grande. »
- Elle corrigeait les compagnons, y compris Ibn ’Umar, Abū Hurayra et Ibn ’Abbās. Al-Zarkashī lui a consacré un ouvrage entier, al-Ijāba, qui recense ses rectifications.
Une part immense du droit familial, de la purification, du jeûne, du pèlerinage et de la prière de nuit est connue par elle seule. Sans ’Ā’isha, la communauté ignorerait presque tout de la vie intime du Prophète ﷺ.
Le détail qu’on oublie
À Médine, elle avait des poupées et un cheval ailé en tissu ; le Prophète ﷺ riait en le voyant et laissait ses amies venir jouer (Bukhārī 6130 ; Abū Dāwūd 4932). Il fit la course avec elle deux fois : elle gagna la première ; il gagna la seconde, des années plus tard, quand elle eut pris du poids : « Celle-ci pour celle-là ! » (Abū Dāwūd 2578). Elle regarda les Abyssiniens jouer de la lance dans la mosquée, la joue contre la sienne, « jusqu’à ce que je m’en lasse » (Bukhārī 454 ; Muslim 892). Un jour, jalouse, elle brisa le plat que Ṣafiyya avait envoyé ; le Prophète ﷺ ramassa la nourriture en disant : « Votre mère a été jalouse », et fit envoyer un plat de ’Ā’isha à Ṣafiyya en remplacement (Bukhārī 5225). Elle donna un jour cent mille dirhams en aumône alors qu’elle jeûnait ; sa servante lui fit remarquer qu’elle n’avait pas gardé un dirham pour acheter de la viande pour la rupture du jeûne : « Si tu me l’avais dit, je l’aurais fait » (al-Ḥākim).
La bataille du Chameau (36 H / 656)
Après l’assassinat de ’Uthmān, elle sortit vers Baṣra avec Ṭalḥa et al-Zubayr pour réclamer que les meurtriers soient châtiés. La confrontation avec ’Alī, que ni l’un ni l’autre ne souhaitait, dégénéra en bataille par l’action des séditieux. ’Alī la traita avec les plus grands égards, la fit escorter par son frère Muḥammad ibn Abī Bakr et par quarante femmes de Baṣra, et la renvoya honorablement à Médine. Elle regretta cette sortie jusqu’à sa mort, et pleurait en récitant « Restez dans vos maisons » (Coran 33:33) jusqu’à mouiller son voile. La position sunnite est claire : il s’agit d’un effort d’interprétation (ijtihād) erroné, sans intention mauvaise, de la part d’une Mère des croyants dont le rang reste intact.
Mort
Elle mourut la nuit du mardi 17 Ramaḍān 58 H (juin 678), à 66 ans, sous Mu’āwiya. Abū Hurayra, qui remplaçait alors le gouverneur Marwān, dirigea la prière ; elle demanda à être enterrée de nuit, à al-Baqī’, avec ses co-épouses, et non dans sa chambre auprès du Prophète ﷺ, « car j’ai innové après lui » — allusion à la bataille du Chameau (al-Ḥākim). Ibn ’Abbās, venu la voir sur son lit de mort, lui dit : « Tu étais la plus aimée des épouses du Messager d’Allah, et il n’aimait que ce qui est bon. »
À retenir
L’héritage de ’Ā’isha dépasse le nombre de ḥadīths qui lui sont attribués. Elle a constitué un foyer de savoir : compréhension du Coran, droit, pratiques prophétiques, poésie, médecine, critique des transmissions. Son parcours montre aussi qu’une très grande figure peut connaître des tensions, prendre part à un événement controversé, puis porter sur ses propres choix un regard d’une honnêteté rare.
21. Ḥafṣa bint ’Umar — la gardienne du Coran
Naissance et origine
Née à La Mecque vers 605, cinq ans avant la mission, fille de ‘Umar ibn al-Khaṭṭāb et de Zaynab bint Maẓ’ūn (sœur de ’Uthmān ibn Maẓ’ūn). Elle savait lire et écrire, ce qui était rare ; le Prophète ﷺ demanda à al-Shifā’ bint ’Abdillāh, qui lui avait enseigné l’écriture, de lui enseigner aussi la formule de guérison contre les piqûres (Abū Dāwūd 3887). Elle avait le caractère de son père : ferme, direct, entier.
Le mariage
Veuve de Khunays ibn Ḥudhāfa al-Sahmī, émigré d’Abyssinie mort des suites de ses blessures de Badr, elle avait dix-huit ans. ’Umar la proposa à ’Uthmān, qui venait de perdre Ruqayya — il déclina ; puis à Abū Bakr, qui garda le silence. ’Umar, blessé, s’en plaignit au Prophète ﷺ, qui répondit : « Ḥafṣa épousera meilleur que ’Uthmān, et ’Uthmān épousera meilleure que Ḥafṣa. » Il l’épousa en Sha’bān 3 H, puis maria sa fille Umm Kulthūm à ’Uthmān. Abū Bakr s’expliqua ensuite : « Je savais que le Prophète l’avait mentionnée, et je ne pouvais révéler son secret ; s’il l’avait laissée, je l’aurais épousée » (Bukhārī 5122).
Mérites
- Le Prophète ﷺ la répudia une fois, puis la reprit. Selon une tradition rapportée par Abū Dāwūd (2283), al-Nasā’ī et al-Ḥākim, Jibrīl lui dit : « Reprends Ḥafṣa, car elle jeûne beaucoup, prie beaucoup la nuit, et elle est ton épouse au Paradis. »
- La gardienne du Muṣḥaf. Après la bataille de Yamāma (12 H), où de nombreux mémorisateurs périrent, Abū Bakr, sur le conseil de ’Umar, chargea Zayd ibn Thābit de réunir le Coran en feuillets. Ces feuillets restèrent chez Abū Bakr, puis chez ’Umar, puis chez Ḥafṣa. C’est à partir de son exemplaire que ’Uthmān fit établir les copies officielles envoyées aux métropoles, avant de le lui rendre (Bukhārī 4986-4987). Après sa mort, Marwān, gouverneur de Médine, le réclama à son frère Ibn ’Umar et le détruisit, par crainte que subsistent des variantes de lecture par rapport aux copies officielles (Ibn Abī Dāwūd, Kitāb al-Maṣāḥif).
- Elle transmit une soixantaine de ḥadīths, notamment sur le jeûne et la prière du Prophète ﷺ.
Le détail qu’on oublie
Elle est au cœur de deux épisodes qui ont donné lieu à la révélation de la sourate al-Taḥrīm (66). Le Prophète ﷺ s’attardait chez Zaynab bint Jaḥsh pour y boire du miel ; ’Ā’isha et Ḥafṣa se concertèrent pour lui dire, chacune, qu’il sentait le maghāfīr (une résine à l’odeur désagréable) ; il jura de ne plus en boire, et Allah révéla : « Ô Prophète, pourquoi t’interdis-tu ce qu’Allah t’a rendu licite, cherchant à plaire à tes épouses ? » (Coran 66:1 ; Bukhārī 4912 ; Muslim 1474). Une autre transmission lie ce verset à un serment concernant Māriya (voir plus loin).
Lorsque le Prophète ﷺ se retira un mois de ses épouses, ’Umar accourut chez Ḥafṣa en pleurs : « Toi qui le contredis jusqu’au soir ! Ne te fie pas au fait que ta voisine [’Ā’isha] est plus belle et plus aimée du Messager d’Allah que toi ! » (Bukhārī 4913). Ibn ’Abbās, des années plus tard, demanda à ’Umar quelles étaient les deux épouses qui s’étaient liguées (Coran 66:4) ; il répondit sans hésiter : « Ḥafṣa et ’Ā’isha. »
Ces récits, rapportés par les recueils les plus sûrs, montrent que les Mères des croyants elles-mêmes ne sont pas présentées comme infaillibles : elles sont reprises par le Coran, s’amendent, et sont ensuite chargées de transmettre ce qu’elles ont appris.
Mort
Elle mourut à Médine en Sha’bān 45 H (665), sous Mu’āwiya (41 H selon d’autres), à environ 60 ans. Marwān, gouverneur, dirigea la prière ; Abū Hurayra et Ibn ‘Umar portèrent le brancard. Enterrée à al-Baqī’.
À retenir
Ḥafṣa rappelle que la transmission du Coran ne dépendait pas seulement de la récitation publique : la conservation d’un support écrit, la confiance accordée à une personne capable de le garder, et la rigueur documentaire ont compté. Que ce dépôt ait été confié à une femme dit beaucoup de la place de l’alphabétisation féminine dans la première communauté.
22. Zaynab bint Khuzayma — Umm al-Masākīn, la mère des pauvres
Naissance et origine
Née vers 595 dans la tribu de Hilāl ibn ’Āmir (branche de Hawāzin), sœur utérine de Maymūna bint al-Ḥārith par leur mère Hind bint ’Awf. Avant même l’islam, elle nourrissait les indigents au point qu’on l’appelait déjà Umm al-Masākīn, la Mère des pauvres. Ce surnom, attesté par tous les biographes, est l’un des rares cas où une réputation de charité préislamique a traversé l’histoire.
Le mariage
Elle était veuve de ’Ubayda ibn al-Ḥārith ibn al-Muṭṭalib, cousin du Prophète ﷺ, mort en héros à Badr après le premier duel de la bataille (selon la version majoritaire), ou de ’Abdullāh ibn Jaḥsh, tué à Uḥud (selon Ibn Isḥāq). Certains mentionnent un premier mariage avec Ṭufayl ibn al-Ḥārith, frère de ’Ubayda. Le Prophète ﷺ l’épousa en Ramaḍān 3 H, pour la protéger, et lui donna une dot de quatre cents dirhams (Ibn Sa’d).
Mort
Elle ne vécut avec lui que deux à huit mois selon les historiens, et mourut vers trente ans, en Rabī’ II 4 H, première épouse à mourir après Khadīja — et la seule, avec elle, à mourir du vivant du Prophète ﷺ. Il dirigea lui-même sa prière funéraire et l’enterra à al-Baqī’ : elle fut la première Mère des croyants à y reposer. Aucun ḥadīth n’est rapporté d’elle, tant son passage fut bref.
À retenir
La brièveté de sa vie conjugale ne diminue pas son héritage. Son surnom résume une forme de piété concrète : la foi se mesure aussi à la manière dont on regarde celui qui manque de nourriture, de ressources ou de protection. Le Prophète ﷺ, en l’épousant, a honoré une femme dont la vertu principale était de donner.
23. Umm Salama — Hind bint Abī Umayya, la conseillère
Naissance et origine
Née à La Mecque vers 596, dans le clan de Makhzūm, l’un des plus puissants de Quraysh. Fille d’Abū Umayya Ḥudhayfa (ou Suhayl) ibn al-Mughīra, surnommé Zād al-Rākib (« le Pourvoyeur du voyageur ») tant il nourrissait ses compagnons de caravane, et de ’Ātika bint ’Āmir. Cousine germaine de Khālid ibn al-Walīd et d’Abū Jahl. Réputée pour sa beauté, son intelligence et la fermeté de son jugement.
Premier mariage et drame de l’émigration
Épouse d’Abū Salama ’Abdullāh ibn ’Abd al-Asad, cousin et frère de lait du Prophète ﷺ, parmi les dix premiers convertis. Ils émigrèrent une première fois en Abyssinie, puis furent le premier couple à partir pour Médine. Au moment du départ, le clan d’Umm Salama la retint : « Tu ne l’emmèneras pas ! » ; le clan d’Abū Salama arracha alors l’enfant Salama : « C’est notre fils ! » — et lui disloquèrent le bras en le tirant. Abū Salama partit seul.
Pendant près d’un an, elle sortit chaque matin s’asseoir à al-Abṭaḥ et pleurer jusqu’au soir, jusqu’à ce qu’un cousin s’apitoie et obtienne qu’on la laisse partir. Elle s’en alla alors seule avec son fils sur un chameau. À Tan’īm, ‘Uthmān ibn Ṭalḥa, encore polythéiste, la vit et l’escorta jusqu’à Qubā’, marchant devant sans jamais la regarder, s’éloignant à chaque halte pour qu’elle descende sans être vue. Elle dira : « Par Allah, je n’ai jamais connu de compagnon de route plus noble que ’Uthmān ibn Ṭalḥa » (Ibn Hishām). Elle fut ainsi la première femme à émigrer à Médine.
Le mariage avec le Prophète ﷺ
Abū Salama mourut en Jumādā II 4 H, de sa blessure d’Uḥud, laissant quatre enfants. Il lui avait rapporté ce ḥadīth : « Il n’y a pas de musulman frappé d’un malheur qui dise : “Nous sommes à Allah et à Lui nous retournons ; ô Allah, récompense-moi dans mon malheur et donne-moi mieux en échange”, sans qu’Allah ne lui donne mieux. » Elle le dit, tout en pensant : « Qui pourrait être mieux qu’Abū Salama ? » (Muslim 918).
Abū Bakr puis ’Umar la demandèrent ; elle refusa. Le Prophète ﷺ la demanda ; elle objecta trois choses : « Je suis très jalouse, je suis âgée, et j’ai des enfants. » Il répondit : « Quant à la jalousie, je prierai Allah qu’Il te l’ôte ; quant à l’âge, je suis plus âgé que toi ; quant aux enfants, ils sont à Allah et à Son Messager » (Musnad Aḥmad 26597 ; Nasā’ī 3254). Elle l’épousa en Shawwāl 4 H.
Mérites
- À Ḥudaybiyya (6 H), après la signature d’un traité que les compagnons jugeaient humiliant, le Prophète ﷺ leur ordonna trois fois de sacrifier leurs bêtes et de se raser ; aucun ne bougea. Il entra chez elle, désemparé. Elle dit : « Ô Prophète d’Allah, sors, ne dis un mot à personne, égorge ta bête et fais-toi raser. » Il le fit ; en le voyant, tous se levèrent, sacrifièrent et se rasèrent, « au point qu’ils faillirent se tuer les uns les autres de chagrin » (Bukhārī 2731). Le conseil d’une femme dénoua ce qui fut peut-être le moment le plus critique de la mission.
- Elle demanda : « Pourquoi Allah mentionne-t-Il les hommes et non les femmes dans le Coran ? » Le verset descendit : « Les musulmans et les musulmanes, les croyants et les croyantes, les obéissants et les obéissantes… » (Coran 33:35 ; Tirmidhī 3211 ; Aḥmad 26575).
- C’est chez elle que fut révélé le verset de la purification (Coran 33:33, fin) ; le Prophète ﷺ couvrit ’Alī, Fāṭima, al-Ḥasan et al-Ḥusayn d’un manteau et dit : « Ô Allah, ceux-ci sont les gens de ma maison ». Umm Salama demanda : « Et moi, suis-je avec eux ? » Il répondit : « Tu es à ta place, et tu es dans le bien » (Tirmidhī 3205, 3787).
- ’Ā’isha avoua : « Quand le Prophète a épousé Umm Salama, j’ai été très triste à cause de ce qu’on disait de sa beauté ; quand je l’ai vue, elle était bien plus belle encore. »
- Elle transmit 378 ḥadīths, ce qui fait d’elle la deuxième rapporteuse parmi les Mères des croyants.
Le détail qu’on oublie
La nuit de noces, le Prophète ﷺ lui dit : « Tu n’es pas amoindrie auprès de ton mari : si tu veux, je reste sept nuits avec toi et je ferai de même pour les autres ; si tu veux, trois, et ensuite je tournerai. » Elle choisit trois (Muslim 1460) — ce ḥadīth fonde la règle des trois nuits dues à la nouvelle épouse non vierge. Elle se coiffait un jour quand elle entendit le Prophète ﷺ appeler « Ô gens ! » à la mosquée ; elle dit à sa coiffeuse : « Laisse-moi ! — Il appelle les hommes ! — Je fais partie des gens », et elle sortit écouter (Muslim 2905). Elle fut la première à voyager en litière couverte (hawdaj) après le verset du voile.
Selon une tradition rapportée par al-Ṭabarānī et Ibn Sa’d, le Prophète ﷺ lui avait confié de la terre en lui disant que, lorsqu’elle se changerait en sang, al-Ḥusayn serait tué ; elle la trouva changée le jour de Karbalā’. Cette tradition est discutée par les spécialistes du ḥadīth.
Mort
Elle fut la dernière des Mères des croyants à mourir. Les sources hésitent : 59 H, 61 H ou 62 H (679-682), à 84 ans. Ibn Sa’d rapporte qu’Abū Hurayra dirigea sa prière, ce qui plaide pour une mort avant 59 H, année du décès d’Abū Hurayra ; d’autres la font mourir peu après Karbalā’ (61 H), al-Walīd ibn ‘Utba, gouverneur de Médine, dirigeant alors la prière. Elle fut enterrée à al-Baqī’. Son fils ’Umar ibn Abī Salama, élevé dans la maison du Prophète ﷺ, transmit de lui la règle de bienséance : « Dis le nom d’Allah, mange de ta main droite et de ce qui est devant toi » (Bukhārī 5376).
À retenir
L’épisode de Ḥudaybiyya est le plus instructif sur le rôle du conseil. Umm Salama ne donne pas une opinion : elle identifie le blocage du groupe et propose une action simple, immédiatement réalisable, qui le dénoue. Le Prophète ﷺ, chef d’État et prophète, a écouté et appliqué le conseil de son épouse. Le discernement n’est pas toujours celui qui parle devant la foule ; il peut être celui qui sait formuler, au bon moment, le mot qui débloque une situation.
24. Zaynab bint Jaḥsh — celle qu’Allah maria du haut des cieux
Naissance et origine
Née à La Mecque vers 590, dans la tribu d’Asad ibn Khuzayma, alliée des Banū Umayya. Fille d’Umayma bint ’Abd al-Muṭṭalib, tante paternelle du Prophète ﷺ ; elle est donc sa cousine germaine. Ses frères ’Abdullāh (martyr d’Uḥud, enterré avec Ḥamza), ’Ubaydullāh (apostat mort en Abyssinie) et Abū Aḥmad, et sa sœur Ḥamna (épouse de Muṣ’ab ibn ’Umayr) sont tous liés à l’histoire du Prophète ﷺ. Elle se convertit très tôt et émigra avec sa famille. Son nom était Barra ; le Prophète ﷺ le changea en Zaynab, pour ne pas qu’on dise « elle sort de chez Barra [la Pieuse] », par crainte de l’auto-glorification (Muslim 2142).
Le premier mariage : Zayd ibn Ḥāritha
Le Prophète ﷺ la demanda pour Zayd ibn Ḥāritha, son affranchi et fils adoptif, que l’on appelait encore « Zayd ibn Muḥammad ». Elle et son frère refusèrent d’abord — une Qurayshite de sang hāshimite ne pouvait épouser un ancien esclave — jusqu’à ce que descende : « Il n’appartient pas à un croyant ni à une croyante, une fois qu’Allah et Son Messager ont décidé d’une chose, d’avoir encore le choix » (Coran 33:36). Elle accepta.
Le mariage fut malheureux. Zayd vint se plaindre à plusieurs reprises et demander à divorcer. Le Prophète ﷺ, à qui Allah avait déjà fait savoir que Zaynab deviendrait son épouse, lui répétait : « Garde ton épouse et crains Allah. » Zayd finit par divorcer.
Le mariage ordonné par Allah
Allah révéla alors :
« Tu cachais en toi-même ce qu’Allah allait rendre public, et tu craignais les gens, alors qu’Allah est plus digne d’être craint. Puis, quand Zayd eut cessé toute relation avec elle, Nous te la fîmes épouser, afin qu’il n’y ait aucun blâme pour les croyants d’épouser les femmes de leurs fils adoptifs quand ceux-ci ont cessé toute relation avec elles. » (Coran 33:37)
Le mariage eut lieu en Dhū l-Qa’da 5 H. ’Ā’isha commenta : « Si le Messager d’Allah avait dû cacher un verset du Coran, c’est celui-ci qu’il aurait caché » (Bukhārī 4787 ; Muslim 1428) — car il révèle une hésitation intime du Prophète ﷺ. Zaynab disait aux autres épouses, avec fierté : « Vos familles vous ont mariées ; moi, c’est Allah qui m’a mariée du haut des sept cieux » (Bukhārī 7420). Anas rapporte que le Prophète ﷺ entra chez elle sans demander la permission, le mariage ayant été conclu par Allah Lui-même.
Ce mariage a une portée législative capitale : il abroge publiquement l’adoption comme lien de sang (al-tabannī), déjà interdite par le Coran (33:4-5), en démontrant qu’un fils adoptif n’est pas un fils et que son ex-épouse n’est pas interdite à son père adoptif. Les objections modernes à ce mariage sont traitées dans le chapitre final.
Mérites
- Le repas de noces fut le plus grand que le Prophète ﷺ ait jamais offert : Anas rapporte que trois cents invités mangèrent d’un plat de viande et de pain béni. Trois convives s’attardèrent à bavarder ; c’est alors que fut révélé le verset du voile : « Quand vous demandez quelque chose à ses épouses, demandez-le derrière un rideau » (Coran 33:53 ; Bukhārī 4793 ; Muslim 1428).
- Le Prophète ﷺ dit à ses épouses : « La plus prompte à me rejoindre sera celle qui a le bras le plus long. » Elles se mesuraient les bras ; « le bras le plus long » désignait la charité, et c’était Zaynab : elle tannait les peaux, cousait, et donnait tout aux pauvres (Bukhārī 1420 ; Muslim 2452).
- Pendant la calomnie, interrogée sur ’Ā’isha, sa rivale, elle répondit : « Je protège mon ouïe et ma vue ; par Allah, je ne sais d’elle que du bien. » ’Ā’isha dit : « C’est elle qui rivalisait avec moi parmi les épouses du Prophète, et Allah l’a préservée par sa piété » (Bukhārī 4141).
- Le Prophète ﷺ dit d’elle : « Zaynab est awwāha* [celle qui implore Allah avec humilité] »* (Ibn Sa’d).
Le détail qu’on oublie
’Ā’isha, qui n’était pas tendre avec ses rivales, témoigna : « Je n’ai jamais vu une femme meilleure en religion que Zaynab, plus craignant Allah, plus véridique, plus fidèle aux liens de parenté, plus généreuse en aumône, plus dévouée à l’œuvre par laquelle on se rapproche d’Allah — à part une vivacité de caractère qui lui passait vite » (Muslim 2442).
Sous ’Umar, elle reçut sa pension annuelle de douze mille dirhams — la première à la recevoir. Elle se couvrit le visage d’un voile, disant : « Qu’Allah pardonne à ’Umar ! Mes sœurs auraient mieux supporté cela que moi », fit distribuer le tout par sa servante à ses proches et aux orphelins, jusqu’à ce qu’il ne reste que quatre-vingt-cinq dirhams, puis leva les mains : « Ô Allah, que je ne voie pas revenir cet argent l’an prochain ! » Elle mourut avant l’année suivante, ne laissant ni dinar ni dirham. Elle avait préparé son propre linceul ; ’Umar en fit apporter un autre, et l’un des deux fut donné en aumône (Ibn Sa’d).
Mort
Elle mourut en 20 H (641), à 53 ans, première épouse à mourir après le Prophète ﷺ, comme il l’avait annoncé. ‘Umar dirigea la prière ; Usāma ibn Zayd — le fils de son premier mari — descendit dans sa tombe avec ses frères et neveux. Son brancard fut couvert d’un dais, le premier en islam selon Ibn Sa’d, pour dissimuler la forme de son corps. Enterrée à al-Baqī’.
À retenir
Son histoire demande de distinguer la personne, l’événement et la règle juridique qui en découle. Le récit n’est pas une histoire sentimentale : il est le moyen choisi par Allah pour abolir une institution préislamique qui falsifiait la filiation. Zaynab elle-même est restée dans la mémoire de la communauté non pour ce mariage, mais pour sa dévotion et pour la longueur de son « bras ».
25. Juwayriya bint al-Ḥārith — la plus bénie pour son peuple
Naissance et origine
Née vers 608, fille d’al-Ḥārith ibn Abī Ḍirār, chef des Banū l-Muṣṭaliq (branche de Khuzā’a). Son nom était Barra ; le Prophète ﷺ le changea en Juwayriya. Elle avait été mariée à Musāfi’ ibn Ṣafwān, tué lors de la bataille.
Le mariage
En 5 H (ou 6 H), son père rassembla des tribus contre Médine ; le Prophète ﷺ le devança et le défit à la source d’al-Muraysī’. Les Banū l-Muṣṭaliq furent battus et leurs familles capturées. Juwayriya échut à Thābit ibn Qays ibn Shammās, avec qui elle conclut un contrat d’affranchissement (mukātaba) contre neuf onces d’or. Elle vint demander l’aide du Prophète ﷺ pour payer sa rançon.
’Ā’isha raconte, avec sa franchise habituelle : « C’était une femme douce et d’une beauté telle que nul ne la voyait sans en être saisi. Dès que je la vis à ma porte, je la détestai, sachant qu’il verrait d’elle ce que j’en voyais. » Juwayriya se présenta : « Je suis la fille du chef de mon peuple, et il m’est arrivé ce que tu sais. » Le Prophète ﷺ lui dit : « Veux-tu mieux que cela ? Je paie ta rançon et je t’épouse. » Elle accepta.
Dès que la nouvelle se répandit dans le camp, les musulmans dirent : « Les beaux-parents du Messager d’Allah ! » et libérèrent tous leurs captifs — cent familles. ’Ā’isha conclut : « Je ne connais pas de femme qui ait été plus bénie pour son peuple que Juwayriya » (Abū Dāwūd 3931 ; Aḥmad 26365). Sa tribu entière entra en islam.
Mérites
- Son père vint la racheter avec un troupeau de chameaux ; il en avait caché deux dans un ravin de la vallée d’al-’Aqīq. Le Prophète ﷺ lui dit : « Et les deux chameaux que tu as cachés à tel endroit ? » Il s’écria : « J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que tu es Son Messager ; nul ne le savait, sauf Allah », et se convertit avec ses deux fils (Ibn Sa’d).
- Un matin, le Prophète ﷺ sortit après le Fajr en la laissant en prière ; il revint à la mi-matinée et la trouva à la même place. « Tu es restée ainsi depuis que je t’ai quittée ? — Oui. » Il dit : « J’ai prononcé après toi quatre paroles, trois fois ; si on les pesait avec tout ce que tu as dit aujourd’hui, elles l’emporteraient : Subḥān Allāhi wa bi-ḥamdihi, ’adada khalqihi, wa riḍā nafsihi, wa zinata ’arshihi, wa midāda kalimātihi » (Muslim 2726). Cette invocation, enseignée à Juwayriya, est aujourd’hui récitée par des centaines de millions de musulmans.
- Le Prophète ﷺ la trouva jeûnant un vendredi et lui demanda si elle avait jeûné la veille ou jeûnerait le lendemain ; comme elle répondit non, il lui dit de rompre (Bukhārī 1986) — fondement de l’interdiction de singulariser le vendredi par le jeûne.
- Elle transmit sept ḥadīths.
Le détail qu’on oublie
Trois jours avant l’arrivée de l’armée, elle avait rêvé que la lune venait de Yathrib et tombait dans son giron ; elle n’osa le raconter à personne avant sa capture (Ibn Sa’d). Elle fut enterrée le jour même de sa mort, comme le Prophète ﷺ l’avait recommandé pour les morts.
Mort
En 50 H (670) selon la version la plus retenue (56 H selon d’autres), à 65 ans, à Médine, sous Mu’āwiya. Marwān, gouverneur, dirigea la prière ; enterrée à al-Baqī’.
À retenir
Le changement de statut d’une seule personne a entraîné un changement collectif : son mariage a libéré cent familles et amené une tribu entière à l’islam. Elle est aussi l’exemple de la captive qui, plutôt que d’être humiliée, devient Mère des croyants et dépositaire d’une des invocations les plus répandues de l’islam.
26. Umm Ḥabība — Ramla bint Abī Sufyān, la fille de l’ennemi
Naissance et origine
Née à La Mecque vers 594, fille d’Abū Sufyān ibn Ḥarb — le chef de la guerre mecquoise contre l’islam pendant près de vingt ans — et de Ṣafiyya bint Abī l-’Āṣ, tante paternelle de ’Uthmān. Elle se convertit à La Mecque avec son mari ’Ubaydullāh ibn Jaḥsh (frère de Zaynab), contre la volonté de son père, et émigra avec lui en Abyssinie, où naquit leur fille Ḥabība.
L’épreuve
En Abyssinie, elle rêva de son mari sous des traits hideux. Le lendemain, il lui annonça qu’il s’était fait chrétien : « J’ai réfléchi, et je n’ai trouvé meilleure religion. » Il tenta de la convaincre, sombra dans le vin et mourut apostat. Elle se retrouva veuve, seule, avec une petite fille, à des semaines de voyage de son pays, fille d’un père qui combattait sa religion. Elle resta pourtant ferme.
Le mariage par procuration
Le Prophète ﷺ envoya au Négus (al-Najāshī), roi chrétien d’Abyssinie qui s’était converti à l’islam, une lettre lui demandant de la lui marier. Le Négus dépêcha sa servante Abraha ; Umm Ḥabība, folle de joie, lui offrit deux bracelets d’argent, ses bagues et ses anneaux de cheville. Elle choisit son parent Khālid ibn Sa’īd ibn al-’Āṣ comme tuteur. Le Négus prononça lui-même le discours de mariage devant les musulmans d’Abyssinie, paya la dot pour le compte du Prophète ﷺ — quatre cents dinars d’or selon Ibn Sa’d, quatre mille dirhams selon Abū Dāwūd 2107 — et offrit le repas de noces : « Les prophètes ont pour tradition de nourrir les gens à leur mariage. » Elle arriva à Médine en 7 H, accompagnée de Shuraḥbīl ibn Ḥasana.
Quand on annonça à Abū Sufyān ce mariage, il dit : « C’est un étalon dont on ne repousse pas les naseaux » — un compliment d’ennemi, qui reconnaît que le rang de Muḥammad ﷺ rend cette union honorable.
Mérites
- La primauté de la foi sur le sang. Avant la conquête de La Mecque (8 H), Abū Sufyān vint à Médine tenter de sauver le traité de Ḥudaybiyya, rompu par les siens. Il entra chez sa fille et voulut s’asseoir sur la couche du Prophète ﷺ ; elle la plia. « Ma fille, ce lit est-il trop bon pour moi, ou moi pour lui ? — C’est le lit du Messager d’Allah, et tu es un polythéiste impur. Je ne veux pas que tu t’y asseyes. — Par Allah, tu as bien changé depuis que tu m’as quitté ! » (Ibn Hishām). Abū Sufyān se convertira quelques mois plus tard.
- Elle rapporta : « Qui prie douze rak’as surérogatoires par jour et par nuit, Allah lui bâtit une maison au Paradis » (Muslim 728) — le ḥadīth des sunan rawātib, l’un des plus enseignés de l’islam.
- Quand son père mourut, le troisième jour, elle demanda du parfum et s’en oignit : « Je n’en ai pas besoin, mais j’ai entendu le Messager d’Allah dire qu’il n’est pas permis à une femme qui croit en Allah et au Jour dernier de porter le deuil plus de trois jours, sauf pour son mari : quatre mois et dix jours » (Bukhārī 1280 ; Muslim 1486).
- Elle transmit 65 ḥadīths.
Le détail qu’on oublie
Elle demanda au Prophète ﷺ d’épouser sa sœur ’Azza : « Aimerais-tu cela ? — Oui, je ne suis pas ta seule épouse, et j’aimerais que ma sœur partage mon bien. — Elle ne m’est pas licite » — car deux sœurs ne peuvent être épousées ensemble. Elle ajouta qu’on disait qu’il voulait épouser Durra, la fille d’Umm Salama ; il répondit : « Même si elle n’était pas ma belle-fille, elle ne me serait pas licite : elle est la fille de mon frère de lait » (Bukhārī 5101 ; Muslim 1449). Ce ḥadīth est l’un des fondements du droit de l’allaitement.
Mort
À Médine, en 44 H (664), à 70 ans, sous le califat de son frère Mu’āwiya. Avant de mourir, elle fit venir ‘Ā’isha et Umm Salama pour leur demander pardon de ce qui avait pu se passer entre co-épouses ; ’Ā’isha dit : « Qu’Allah te pardonne tout cela et t’en rende quitte », et Umm Ḥabība répondit : « Tu m’as réjouie, qu’Allah te réjouisse ! » Enterrée à al-Baqī’.
À retenir
Umm Ḥabība offre un exemple puissant de fidélité à une conviction lorsque celle-ci entre en conflit avec la loyauté familiale et avec l’entourage immédiat — jusqu’à son propre mari. Mais son histoire ne se réduit pas à une opposition entre « bons » et « mauvais » : son père restait son père, elle porta son deuil, et la suite de l’histoire montre la complexité des relations familiales et politiques de Quraysh.
27. Ṣafiyya bint Ḥuyayy — la fille de Hārūn
Naissance et origine
Née vers 610 à Médine, dans la tribu juive des Banū l-Naḍīr, fille de Ḥuyayy ibn Akhṭab, chef de la tribu, qui faisait remonter sa lignée à Hārūn (Aaron), frère de Mūsā, par Lévi. Sa mère, Barra bint Samaw’al, était des Banū Qurayẓa. Son père fut l’un des artisans de la coalition du Fossé (5 H) et mourut avec les Banū Qurayẓa, dont il avait partagé la trahison. Enfant, elle était la préférée de son père et de son oncle Abū Yāsir ; elle se souvenait de leur retour, abattus, après avoir rencontré le Prophète ﷺ à Qubā’ et reconnu en lui le prophète attendu — tout en décidant de le combattre (Ibn Hishām).
Le mariage
Mariée d’abord à Sallām ibn Mishkam, puis à Kināna ibn Abī l-Ḥuqayq, chef de la citadelle de Khaybar. Elle rêva qu’une lune tombait dans son giron ; Kināna la gifla et lui laissa une marque sur l’œil : « Tu désires le roi de Yathrib ! » Le Prophète ﷺ vit cette marque et lui en demanda l’origine (Ibn Sa’d).
À la prise de Khaybar (Muḥarram 7 H), Kināna fut exécuté pour avoir dissimulé le trésor des Banū l-Naḍīr en violation des termes de la reddition. Ṣafiyya, captive, avait dix-sept ans. Elle fut d’abord attribuée à Diḥya al-Kalbī. On dit au Prophète ﷺ : « C’est la dame des Qurayẓa et des Naḍīr ; elle ne convient qu’à toi. » Il donna à Diḥya d’autres captives et la prit pour lui. Il lui offrit le choix : rester juive et retourner aux siens, ou entrer en islam et devenir son épouse. Elle répondit : « J’ai choisi Allah et Son Messager avant même que tu ne me le proposes. » Il l’affranchit et fit de son affranchissement sa dot (Bukhārī 371 ; Muslim 1365).
Il attendit qu’elle fût sortie de sa période de purification (istibrā’), et consomma le mariage sur le chemin du retour, à Sadd al-Ṣahbā’, à quelques milles de Khaybar (Bukhārī 4211). Le repas de noces fut de dattes, de beurre et de fromage sec (ḥays), servi sur une nappe de cuir. Abū Ayyūb al-Anṣārī veilla toute la nuit devant la tente, l’épée à la main, de peur qu’elle ne cherche à venger son père (Ibn Sa’d, al-Ḥākim). Au matin, le Prophète ﷺ le trouva et pria pour lui : « Ô Allah, protège Abū Ayyūb comme il a veillé sur moi cette nuit. » Il l’aida à monter sur son chameau en présentant son genou pour qu’elle y pose le pied.
Mérites
- Elle lui dit : « Mon père était l’homme le plus hostile envers toi… » Il l’apaisa et lui dit : « Ton père ne cessa de m’attaquer jusqu’à ce qu’Allah le fasse périr », puis, la voyant peinée, s’excusa de l’avoir blessée.
- Pendant sa retraite (i’tikāf) au Ramaḍān, elle vint lui rendre visite la nuit ; il la raccompagna. Deux Anṣār passèrent et pressèrent le pas ; il les rappela : « Doucement ! C’est Ṣafiyya bint Ḥuyayy. » Ils dirent : « Gloire à Allah, ô Messager d’Allah ! » Il répondit : « Satan circule dans l’homme comme le sang ; j’ai craint qu’il ne jette quelque chose dans vos cœurs » (Bukhārī 2035 ; Muslim 2175). Ce ḥadīth fonde la règle de prévenir les soupçons.
- Elle transmit dix ḥadīths.
Le détail qu’on oublie
Sa position entre deux mondes lui valut des paroles dures. Ḥafṣa la traita un jour de « fille de juif ». Le Prophète ﷺ la trouva en pleurs et lui dit : « Tu es fille d’un prophète, ton oncle est un prophète, et tu es l’épouse d’un prophète ; de quoi pourrait-elle se vanter sur toi ? » puis : « Crains Allah, Ḥafṣa ! » (Tirmidhī 3894).
Une servante vint dire à ’Umar : « Ṣafiyya aime le sabbat et garde des liens avec les juifs. » ’Umar l’interrogea ; elle répondit : « Le sabbat, je ne l’aime plus depuis qu’Allah m’a donné le vendredi ; quant aux juifs, ce sont mes proches, et je maintiens les liens de parenté. » Puis elle demanda à la servante pourquoi elle avait menti : « C’est Satan. — Va, tu es libre » (Ibn Sa’d).
Lors du siège de ’Uthmān (35 H), elle tenta de le rejoindre sur sa mule ; repoussée par les rebelles, elle fit passer de l’eau et de la nourriture entre sa maison et la sienne par une planche posée entre les toits (Ibn Sa’d). Elle légua un tiers de ses biens à un neveu resté juif ; certains s’en offusquèrent ; ’Ā’isha fit respecter le testament (Ibn Sa’d, al-Bayhaqī).
Mort
En Ramaḍān 50 H (670), à Médine, vers 60 ans (36 H selon une autre version). Enterrée à al-Baqī’.
À retenir
Ṣafiyya porte une histoire d’identité particulièrement délicate : fille d’un ennemi exécuté, captive, puis Mère des croyants. Son parcours oblige à réfléchir aux préjugés liés à l’origine, aux blessures de guerre et à la possibilité d’une nouvelle appartenance qui n’efface pas le passé. Le Prophète ﷺ ne lui demanda jamais de renier sa famille ; il lui demanda seulement de ne pas se laisser humilier, et il la défendit.
28. Maymūna bint al-Ḥārith — la dernière épouse
Naissance et origine
Née vers 594 dans la tribu de Hilāl ibn ‘Āmir (Hawāzin), fille d’al-Ḥārith ibn Ḥazn et de Hind bint ’Awf, qu’on appela « la belle-mère la plus noble de l’histoire » : ses filles épousèrent le Prophète ﷺ (Maymūna), al-’Abbās (Umm al-Faḍl Lubāba), Ḥamza (Salmā), et sa fille utérine Asmā’ bint ’Umays épousa successivement Ja’far ibn Abī Ṭālib, Abū Bakr puis ’Alī ; Zaynab bint Khuzayma, autre fille utérine, avait été l’épouse du Prophète ﷺ avant elle. Maymūna était la tante maternelle de Khālid ibn al-Walīd et de ’Abdullāh ibn ’Abbās. Elle s’appelait Barra ; le Prophète ﷺ la renomma Maymūna, « la Bénie », car il l’épousa à son retour victorieux à La Mecque.
Le mariage
Deux fois veuve, elle « offrit sa personne au Prophète » selon Ibn ’Abbās, et plusieurs exégètes rapportent que le verset « … et toute croyante qui fait don de sa personne au Prophète, si le Prophète veut l’épouser » (Coran 33:50) fut révélé à son sujet — d’autres le rapportent pour d’autres femmes. Al-’Abbās, son beau-frère, arrangea l’union. Le Prophète ﷺ l’épousa en Dhū l-Qa’da 7 H, lors de la ’umra de compensation, à Sarif, à une dizaine de milles de La Mecque.
Un point de divergence célèbre : Ibn ‘Abbās affirme que le Prophète ﷺ l’épousa en état de sacralisation (iḥrām) (Bukhārī 1837), tandis que Maymūna elle-même et Abū Rāfi’, l’intermédiaire du mariage, affirment qu’il l’épousa hors de l’iḥrām (Muslim 1411 ; Tirmidhī 841). Les savants ont généralement donné la préférence au témoignage de l’intéressée et de l’entremetteur, qui savaient mieux qu’un enfant de dix ans ce qu’il en était ; c’est un exemple classique de la méthode critique du ḥadīth.
Le Prophète ﷺ voulut célébrer les noces à La Mecque même et y inviter Quraysh ; les Mecquois refusèrent de prolonger les trois jours accordés par le traité, et il partit. Maymūna fut la dernière femme qu’il épousa.
Mérites
- ’Ā’isha dit à sa mort : « Elle a été, par Allah, la plus craignant Allah d’entre nous, et celle qui maintenait le plus les liens de parenté » (al-Ḥākim).
- Elle affranchit une servante sans consulter le Prophète ﷺ ; il lui dit : « Si tu l’avais donnée à tes oncles maternels, ta récompense aurait été plus grande » (Bukhārī 2592 ; Muslim 999) — la charité envers les proches passe avant.
- Ibn ’Abbās, son neveu, passa une nuit chez elle pour observer la prière nocturne du Prophète ﷺ : le récit le plus détaillé de sa prière de nuit, ses ablutions, ses onze rak’as, sa main posée sur la tête du jeune garçon pour le faire passer à sa droite (Bukhārī 117, 183 ; Muslim 763). Elle rapporta aussi la description la plus précise de ses ablutions majeures (ghusl) (Bukhārī 265 ; Muslim 317).
- Elle transmit 76 ḥadīths, essentiellement sur la purification et la prière.
Le détail qu’on oublie
Sa sœur Umm al-Faḍl apporta un jour chez elle des lézards grillés (ḍabb) du désert. Le Prophète ﷺ tendit la main ; les femmes crièrent : « Dites-lui ce que c’est ! » Il retira sa main : « Ce n’est pas interdit, mais il n’y en avait pas dans le pays de mon peuple et je m’en sens de la répugnance. » Khālid ibn al-Walīd, présent, en mangea devant lui (Bukhārī 5391 ; Muslim 1946). Elle faisait ses ablutions avec lui dans le même récipient (Muslim 322). Elle demanda un jour à un homme de sa famille qui sentait le vin de ne plus s’approcher d’elle : elle ne supportait pas l’odeur d’un péché.
Mort
En 51 H (671), à 80 ans, à Sarif — à l’endroit même où elle s’était mariée quarante-quatre ans plus tôt, sur le chemin du retour de La Mecque. Ibn ’Abbās dirigea la prière et dit : « C’est l’épouse du Messager d’Allah ; ne secouez pas son brancard, portez-la avec douceur. » Elle y fut enterrée, sous l’arbre de ses noces.
À retenir
Maymūna clôt la série des mariages prophétiques. Sa biographie met en avant la parenté, la piété et la transmission : c’est par son foyer que la communauté connaît la prière de nuit du Prophète ﷺ. Elle rappelle que la proximité avec une grande figure se mesure souvent à ce que l’on transmet après elle.
Statut particulier — Māriya al-Qibṭiyya, la mère d’Ibrāhīm
Naissance et origine
Née en Haute-Égypte, à Ḥafn, près d’Anṣinā (Antinoé), chrétienne copte. En 7 H, le Muqawqis, gouverneur byzantin d’Alexandrie, reçut la lettre du Prophète ﷺ portée par Ḥāṭib ibn Abī Balta’a ; il ne se convertit pas mais répondit avec respect et envoya des présents : deux sœurs, Māriya et Sīrīn, un eunuque nommé Mābūr, une mule blanche (Duldul), un âne (’Ufayr), du miel de Benha et mille mithqāls d’or. Ḥāṭib leur exposa l’islam sur la route ; elles se convertirent avant d’arriver à Médine.
Statut
Le Prophète ﷺ donna Sīrīn à Ḥassān ibn Thābit (leur fils ’Abd al-Raḥmān fut un poète) et garda Māriya comme concubine (surriyya), statut reconnu par le Coran (23:5-6 ; 4:3). Elle lui donna Ibrāhīm en Dhū l-Ḥijja 8 H, ce qui fit d’elle une umm walad : inaliénable, ne pouvant être vendue ni donnée, et libre de plein droit à la mort de son maître. Le Prophète ﷺ dit à sa naissance : « Il m’est né cette nuit un fils, et je l’ai nommé du nom de mon père Ibrāhīm » (Muslim 2315). Il le confia à une nourrice, Umm Sayf, dans les hauts de Médine, et allait le voir régulièrement.
’Ā’isha avoua : « Je n’ai été jalouse d’aucune femme comme de Māriya, car elle était belle, bouclée, et le Prophète était charmé par elle. Il la logea d’abord chez Ḥāritha ibn al-Nu’mān, à côté de nous, et nous en fûmes affligées ; alors il la transféra dans les ’Awālī » (Ibn Sa’d).
Mérites et faits notables
- Le Prophète ﷺ dit des Coptes : « Vous conquerrez l’Égypte ; traitez bien ses habitants, car ils ont un droit de protection et de parenté » (Muslim 2543) — parenté par Hājar, mère d’Ismā’īl, et par Māriya, mère d’Ibrāhīm.
- Une calomnie courut au sujet du Copte Mābūr qui la servait. Le Prophète ﷺ envoya ’Alī ; celui-ci trouva l’homme grimpé dans un palmier, et l’homme, terrifié, dévoila qu’il était eunuque. ’Alī revint sans le toucher (Muslim 2771).
- Une transmission rapportée par al-Nasā’ī (al-Kubrā) et al-Ḥākim lie le verset 66:1 à un serment du Prophète ﷺ de s’abstenir de Māriya pour apaiser Ḥafṣa — version parallèle à celle du miel. Les savants concilient les deux en disant que les deux événements ont pu se produire, ou donnent la préférence à la version du miel, rapportée par Bukhārī et Muslim.
- La mort d’Ibrāhīm (10 H), à seize ou dix-huit mois, plongea le Prophète ﷺ dans le chagrin. Il le prit dans ses bras alors qu’il agonisait et pleura : « L’œil pleure, le cœur s’attriste, mais nous ne disons que ce qui satisfait notre Seigneur ; et nous sommes affligés de ta séparation, ô Ibrāhīm » (Bukhārī 1303 ; Muslim 2315). Une éclipse de soleil survint le jour de sa mort ; les gens dirent qu’elle était due à la mort d’Ibrāhīm. Le Prophète ﷺ le démentit publiquement : « Le soleil et la lune sont deux signes d’Allah ; ils ne s’éclipsent pour la mort ni pour la vie de personne » (Bukhārī 1043). Il refusa ainsi qu’un miracle soit fabriqué à partir de son propre deuil.
Mort
Après la mort du Prophète ﷺ, Abū Bakr puis ‘Umar pourvurent à ses besoins. Elle mourut en Muḥarram 16 H (637) ; ’Umar rassembla lui-même les gens pour sa prière funéraire, et la fit enterrer à al-Baqī’. Elle avait survécu six ans à son fils.
Note — Rayḥāna bint Zayd
Juive des Banū l-Naḍīr, mariée dans les Banū Qurayẓa, elle fut captive après la défaite de ceux-ci (5 H). Les sources classiques divergent : selon Ibn Isḥāq, elle refusa d’abord l’islam, puis se convertit, et resta concubine du Prophète ﷺ, ayant préféré ce statut au mariage ; selon Ibn Sa’d et al-Wāqidī, le Prophète ﷺ l’affranchit et l’épousa avec une dot de douze onces d’or, et elle vécut derrière le voile comme les autres épouses. Elle mourut avant lui, au retour du pèlerinage d’adieu (10 H), et fut enterrée à al-Baqī’. Ibn Ḥajar la mentionne dans al-Iṣāba sans trancher ; al-Dhahabī penche pour le statut de concubine. Elle n’est pas comptée parmi les onze Mères des croyants par la majorité des savants.
Comprendre les Mères des croyants : grands thèmes et enseignements
1. La maison prophétique comme lieu de transmission
La maison du Prophète ﷺ n’était pas seulement un espace privé : c’était le premier lieu d’apprentissage de l’islam. Une grande partie de la Sunna concernant la vie quotidienne — prière de nuit, purification, jeûne, comportement conjugal, paroles prononcées dans l’intimité — ne pouvait être connue que par ceux qui partageaient cette proximité.
Les Mères des croyants ont donc joué un rôle irremplaçable. À elles seules, ’Ā’isha, Umm Salama, Maymūna, Umm Ḥabība et Ḥafṣa ont transmis près de trois mille ḥadīths. Les tābi’īn — ’Urwa ibn al-Zubayr, al-Qāsim ibn Muḥammad, ’Amra bint ’Abd al-Raḥmān, Ibn ’Abbās lui-même — venaient apprendre auprès d’elles, et les grands recueils du IIIe siècle reposent en partie sur ce qu’elles ont enseigné.
Leçon générale : une transmission authentique ne dépend pas seulement de la position publique d’une personne. Celle qui est placée au cœur de la vie quotidienne détient un savoir qu’aucun observateur extérieur ne pourrait acquérir.
2. La science religieuse n’était pas un monopole masculin
’Ā’isha corrigeait des compagnons ; Umm Salama interrogeait la révélation sur la place des femmes ; Ḥafṣa gardait les feuillets du Coran ; Maymūna décrivait les ablutions et la prière de nuit. Ces faits sont établis par les sources les plus sûres.
Il faut donc éviter deux erreurs : projeter nos catégories contemporaines sur le VIIe siècle, ou nier la place réelle des femmes dans la production du savoir religieux. Le modèle qui ressort est précis : les femmes de la première communauté pouvaient être des autorités dans les domaines qu’elles maîtrisaient, et les générations suivantes, hommes compris, venaient apprendre auprès d’elles — dans le respect des règles de pudeur (le voile, le rideau, l’absence d’isolement) que ces mêmes femmes enseignaient.
3. Le mariage dans l’Arabie du VIIe siècle
Les mariages du Prophète ﷺ sont parfois présentés comme s’ils répondaient tous à une seule logique. Le dossier montre au contraire une pluralité de situations : long mariage monogame ; remariage de veuves ; intégration de femmes venues de milieux tribaux ou religieux différents ; unions ayant des conséquences sur les relations entre groupes ; événements conjugaux qui deviennent l’occasion d’une révélation juridique.
Il faut aussi distinguer description historique et prescription contemporaine. Comprendre qu’une pratique existait dans une société donnée ne signifie pas qu’elle constitue aujourd’hui une règle applicable sans médiation juridique et institutionnelle — un point que les juristes musulmans ont toujours reconnu à travers les notions de spécificité prophétique (khaṣā’iṣ), de coutume (’urf) et d’intérêt général (maṣlaḥa).
4. Jalousie, désaccords et humanité
Les biographies ne présentent pas un foyer débarrassé de toute émotion humaine. On y trouve de la jalousie (’Ā’isha envers Khadīja, Māriya, Juwayriya), des coalitions (l’affaire du miel), des paroles regrettées (Ḥafṣa envers Ṣafiyya), des moments de tristesse, et même une intervention de la révélation pour réprimander (sourate 66).
Ce point est pédagogiquement essentiel. La sainteté d’une personne ne signifie pas qu’elle cesse d’être humaine. La valeur morale apparaît dans la manière de réparer, de pardonner, de revenir à la justice et de ne pas transformer une émotion en oppression. L’épisode du plat brisé est emblématique : le Prophète ﷺ ne nie pas la jalousie (« votre mère a été jalouse »), mais il ne laisse pas la situation devenir une injustice : il fait remplacer le plat.
Et surtout, ces récits sont rapportés par les intéressées elles-mêmes. C’est ’Ā’isha qui raconte sa jalousie, Umm Salama qui avoue la sienne, Umm Ḥabība qui demande pardon. Une communauté qui aurait voulu fabriquer des saintes idéales aurait effacé ces témoignages ; leur conservation est une preuve de l’honnêteté de la transmission.
5. Le rapport aux autres religions et aux autres peuples
Ṣafiyya est juive de naissance, Māriya est copte, Umm Ḥabība a vécu à la cour d’un roi chrétien qui a célébré son mariage, Juwayriya vient d’une tribu vaincue. Le dossier montre des histoires complexes où guerre, alliance, captivité, conversion, mariage et liens de parenté se mêlent.
Une lecture sérieuse doit éviter deux excès : transformer ces récits en polémique interreligieuse, ou effacer les conflits historiques pour ne conserver qu’un récit idéalisé. Ṣafiyya maintint ses liens avec ses proches juifs et leur légua une part de ses biens ; le Prophète ﷺ ordonna de bien traiter les Coptes en raison de Māriya ; le Négus fut pleuré par le Prophète ﷺ, qui pria pour lui la prière de l’absent. L’histoire réelle est plus riche que ses caricatures.
6. La charité comme fil conducteur
Khadīja met sa fortune au service de la mission. Zaynab bint Khuzayma est « la Mère des pauvres ». Sawda et Zaynab bint Jaḥsh distribuent tout ce qu’elles reçoivent. ’Ā’isha donne cent mille dirhams et ne garde rien pour son repas. Maymūna affranchit une servante. La leçon n’est pas simplement « donner beaucoup » : la richesse est présentée comme une responsabilité, et le détachement comme une forme de liberté.
7. Des épreuves de formes différentes
Deuil, migration, séparation familiale, captivité, calomnie, apostasie d’un mari, pauvreté, tensions conjugales, responsabilité politique, perte d’un enfant, conflit entre appartenance familiale et appartenance religieuse : les Mères des croyants ont connu presque toutes les épreuves qu’une femme peut connaître. Cela permet une lecture plus riche de la patience (ṣabr). La patience n’est pas seulement « supporter en silence » : elle peut consister à agir, conseiller, demander justice, partir, pardonner, transmettre ou reconnaître une erreur.
8. Pourquoi raconter les « détails qu’on oublie » ?
Les anecdotes sur les courses, les jeux, la nourriture, la jalousie ou les conversations domestiques ne sont pas accessoires. Elles rendent visible une dimension fondamentale : la vie spirituelle se déploie aussi dans le quotidien. Un couple peut rire. Une épouse peut être jalouse. Un enfant peut apprendre les bonnes manières à table. Une femme peut discuter d’une question de droit. Ces détails empêchent de transformer les Mères des croyants en personnages abstraits, et rendent leur exemple imitable.
Questions fréquentes et réponses aux objections
Cette section traite de manière méthodique les questions posées par les lecteurs, musulmans et non-musulmans, et les objections fréquemment soulevées autour de la vie conjugale du Prophète ﷺ. Le principe suivi est celui de l’honnêteté intellectuelle : on ne cache pas les sources classiques, on ne fabrique pas de réponse commode, et l’on distingue ce qui est établi de ce qui est discuté.
Questions de définition
1. Pourquoi les appelle-t-on « Mères des croyants » ?
C’est une appellation coranique (33:6) qui exprime une dignité et une relation spécifique avec l’ensemble de la communauté. Elle implique des règles qui ne s’appliquent pas aux autres femmes, notamment l’interdiction de se remarier après le Prophète ﷺ (33:53) et une exigence morale accrue (33:30-32). Il s’agit d’un statut religieux et juridique, pas seulement d’un titre affectif. Voir le chapitre « Le cadre coranique » au début du dossier.
2. Combien étaient-elles exactement ?
Onze épouses, dont deux mortes de son vivant et neuf qui lui survécurent. Māriya était concubine et mère de son fils ; Rayḥāna est d’un statut discuté. Les biographes anciens mentionnent aussi quelques femmes avec lesquelles un contrat fut conclu sans que le mariage ait été consommé ou maintenu (la Kilābite, la Kindite, etc.) ; elles ne comptent pas parmi les Mères des croyants et les récits à leur sujet sont fragiles.
3. Pourquoi Māriya et Rayḥāna sont-elles parfois comptées avec les épouses ?
Parce que les ouvrages biographiques ne classent pas toujours les femmes de la maison prophétique de la même manière, et parce que le respect dû à Māriya, mère d’un fils du Prophète ﷺ, est très grand. Pour Rayḥāna, les sources divergent réellement sur son statut. Il vaut mieux signaler cette divergence que prétendre à une unanimité qui n’existe pas.
4. Qui était la plus aimée ?
Khadīja et ’Ā’isha, chacune à sa manière. Le Prophète ﷺ dit à ’Amr ibn al-’Āṣ que ’Ā’isha était la personne qu’il aimait le plus (Bukhārī 3662), et ’Ā’isha elle-même rapporte qu’il disait de Khadīja : « Allah m’a accordé son amour. » Les savants ont discuté laquelle des deux était la meilleure ; Ibn Taymiyya proposa que Khadīja l’emportait par le soutien aux débuts de la mission, et ’Ā’isha par la science transmise à la communauté. Les deux positions ont eu des défenseurs, et la question n’engage pas la foi.
5. Les Mères des croyants étaient-elles exemptes d’erreurs ?
Non, et les sources ne le prétendent pas. On trouve des épisodes de jalousie, de coalition, de paroles blessantes, de décision politique regrettée. L’infaillibilité (’iṣma) est réservée aux prophètes dans la transmission du message. Ce qui est établi, c’est leur probité (’adāla) comme compagnonnes et transmettrices, leur rang, et le devoir de les respecter. Une chose est de reconnaître une erreur humaine ; une autre est de dénigrer une Mère des croyants, ce que l’islam interdit absolument.
L’âge de ’Ā’isha
6. Quel âge avait ’Ā’isha à son mariage, et comment répondre à l’objection ?
Ce que disent les sources. Les récits les plus authentiques — rapportés par ’Ā’isha elle-même dans Bukhārī et Muslim, par plusieurs chaînes — indiquent un contrat à six ans et une vie conjugale à neuf ans. C’est la position des quatre écoles et de tous les grands commentateurs. Il n’est ni honnête ni utile de cacher ce fait.
Le contexte universel. Dans l’ensemble du monde antique et médiéval — Arabie, Byzance, Perse, monde juif, Europe chrétienne jusqu’aux temps modernes —, la maturité pour le mariage n’était pas définie par un âge légal abstrait mais par la puberté. Le droit romain fixait l’âge nubile des filles à douze ans ; le droit canonique de l’Église fit de même pendant un millénaire ; la tradition rabbinique admettait le mariage des filles dès douze ans, et le contrat bien avant ; la tradition chrétienne elle-même rapporte que Marie était très jeune à ses fiançailles avec Joseph. L’espérance de vie était courte, les femmes se mariaient dès qu’elles devenaient femmes, et ’Ā’isha était pubère lors de la consommation du mariage — ce qu’attestent l’usage, le fait que sa mère l’ait préparée, et les règles du droit islamique qui interdisent la consommation avant l’aptitude physique.
Le silence des ennemis. Les Qurayshites, les tribus juives de Médine et les hypocrites guettaient la moindre faille pour dénigrer le Prophète ﷺ ; ils ont inventé l’affaire de la calomnie, contesté le mariage de Zaynab, moqué ses mariages en général. Aucun n’a jamais critiqué l’âge de ’Ā’isha. S’il avait violé les normes de son époque, ses adversaires s’en seraient emparés ; leur silence prouve que cette union était parfaitement normale aux yeux de tous.
Les reconstructions alternatives. Des auteurs, anciens comme Ibn Isḥāq (qui cite ‘Ā’isha parmi les tout premiers convertis, « alors qu’elle était petite ») ou modernes, ont proposé une naissance plus précoce, fondée sur l’âge de sa sœur Asmā’ (dix ans de plus, morte à cent ans en 73 H, ce qui donnerait à ’Ā’isha 17 à 19 ans en 1 H), sur sa participation à Uḥud, ou sur la chronologie de la sourate al-Qamar. Ces arguments méritent d’être connus, mais il faut dire franchement leur limite : ils reposent sur des sources moins rigoureuses que les ḥadīths de Bukhārī et Muslim, et la majorité des spécialistes du ḥadīth, anciens et contemporains, les rejettent. On ne peut pas, dans un même souffle, s’appuyer sur Bukhārī pour tout le reste et l’écarter ici par commodité.
Le cœur de la réponse. Il ne consiste donc pas à nier le récit, mais à refuser l’anachronisme : juger un homme du VIIe siècle selon des normes d’âge légal apparues au XXe siècle, c’est condamner en même temps tous les peuples, toutes les religions et tous les grands hommes de l’histoire avant 1900. Le critère juste est celui de la justice, du consentement selon les normes du temps, et du bien de l’épouse. Or ’Ā’isha a témoigné toute sa vie de son bonheur conjugal, est devenue la plus grande savante de sa communauté, a été aimée, consultée et honorée, et est morte en pleurant encore le Prophète ﷺ quarante-six ans après lui. Aucun de ses contemporains, aucune de ses paroles, ne porte la trace d’une souffrance.
Et aujourd’hui ? Les lois qui fixent un âge minimal au mariage relèvent de la politique légale (siyāsa shar’iyya) et de l’intérêt général ; elles sont légitimes et appliquées dans les pays musulmans. Le fait qu’un acte ait été licite et normal au VIIe siècle n’oblige personne à le reproduire dans une société où les conditions de maturité, d’éducation et de protection ont changé. Les juristes classiques eux-mêmes conditionnaient la consommation du mariage à l’aptitude physique de l’épouse, quel que soit son âge.
La polygamie
7. Pourquoi le Prophète ﷺ a-t-il eu plus de quatre épouses alors que le Coran limite la polygamie à quatre ?
Une spécificité prophétique (khaṣā’iṣ al-Nabī). Les juristes sont unanimes : le Prophète ﷺ avait des règles particulières, en obligations comme en permissions, qui ne s’appliquent à personne d’autre. La prière de nuit lui était obligatoire ; l’aumône lui était interdite ; ses épouses ne pouvaient se remarier après lui ; ses biens ne pouvaient être hérités. Le verset 33:50 énonce explicitement, à propos de ses mariages, une permission « qui t’est réservée, à l’exclusion des croyants ». Le dépassement du nombre de quatre est donc une exception voulue par Allah, non une transgression de la règle.
Le gel de sa situation. Le verset 33:52 vint ensuite lui interdire d’épouser d’autres femmes ou de remplacer les siennes. Le Prophète ﷺ ne se maria plus après Maymūna (7 H), alors qu’il vécut encore quatre ans et qu’il régnait sur toute l’Arabie. Un homme guidé par le désir aurait fait l’inverse.
Une charge, non un privilège. Chaque épouse représentait une obligation d’équité absolue (’adl) dans le partage des nuits, des dépenses et de l’attention. Le Prophète ﷺ partageait strictement son temps, faisait le tour de ses épouses chaque après-midi, et priait : « Ô Allah, voici mon partage dans ce qui est en mon pouvoir ; ne me blâme pas pour ce qui est en Ton pouvoir et non dans le mien » (Abū Dāwūd 2134) — c’est-à-dire l’inclination du cœur. Ses épouses vivaient dans le dénuement : ’Ā’isha rapporte que deux mois passaient sans qu’un feu fût allumé dans la maison, où l’on vivait « des deux noirs, les dattes et l’eau » (Bukhārī 2567). Lorsqu’elles demandèrent une amélioration, la réponse fut le verset du choix : rester dans cette pauvreté ou être libérées avec honneur. Toutes restèrent.
Le profil des épouses. Un homme cherchant le plaisir n’épouse pas, à cinquante ans passés, une série de veuves, dont plusieurs ont dépassé la quarantaine et ont des enfants à charge, quand toute la jeunesse de l’Arabie lui aurait été offerte. Vingt-cinq ans de monogamie avec une femme de quinze ans son aînée, puis des mariages de protection, d’alliance et de législation : la chronologie elle-même réfute l’accusation.
8. La polygamie du Prophète ﷺ est-elle un modèle pour les musulmans ?
Le modèle prophétique, c’est la justice envers les épouses, la douceur, la participation aux tâches de la maison (« il était au service de sa famille », Bukhārī 676), la fidélité à la mémoire de Khadīja, l’écoute d’Umm Salama, le respect de la jalousie de ’Ā’isha. Le nombre, lui, est une spécificité. Le Coran limite la polygamie à quatre, la conditionne à l’équité, et avertit : « Si vous craignez de ne pas être justes, alors une seule » (4:3).
Zaynab bint Jaḥsh
9. Le Prophète ﷺ a-t-il épousé Zaynab par passion, après l’avoir vue chez Zayd ?
L’objection vient d’un récit rapporté par certains historiens et exégètes (al-Ṭabarī le cite), selon lequel le Prophète ﷺ, venu chez Zayd, aurait aperçu Zaynab, aurait été frappé par sa beauté, et aurait dit « Gloire à Celui qui retourne les cœurs ! », après quoi Zayd aurait proposé de divorcer.
La réponse des savants. Ce récit est rejeté par les spécialistes du ḥadīth et par les grands exégètes. Ibn Kathīr écrit : « Ibn Abī Ḥātim et Ibn Jarīr ont rapporté ici des récits venant de certains anciens ; nous avons préféré ne pas les mentionner, car ils ne sont pas authentiques. » Ibn al-’Arabī al-Mālikī, al-Qurṭubī, Ibn Ḥajar et al-Qāḍī ’Iyāḍ tiennent le même discours : il s’agit de transmissions sans chaîne fiable, contredites par le Coran.
Ce que dit le Coran. Le verset 33:37 reproche au Prophète ﷺ d’avoir caché quelque chose et d’avoir craint les gens. Selon ’Alī ibn al-Ḥusayn (Zayn al-’Ābidīn), al-Zuhrī, et la majorité des exégètes, ce qu’il cachait était la connaissance, reçue par révélation, qu’Allah lui ferait épouser Zaynab ; et ce qu’il craignait était que les Arabes disent : « Il a épousé la femme de son fils. » S’il avait caché un désir, Allah ne l’aurait pas exposé en ces termes ; Il lui reproche au contraire d’avoir tardé à annoncer ce qu’Il avait décidé. ’Ā’isha le comprit ainsi : « S’il avait dû cacher un verset, c’est celui-ci. »
Les invraisemblances du récit rejeté. Zaynab était la cousine germaine du Prophète ﷺ ; il l’avait vue grandir, à une époque où le voile n’existait pas encore ; s’il l’avait désirée, rien ne l’empêchait de l’épouser avant Zayd, et c’est lui qui insista pour que Zayd l’épouse, contre l’avis de Zaynab et de sa famille. On ne pousse pas une femme dans les bras d’un autre pour la lui reprendre ensuite.
La finalité. L’adoption préislamique (tabannī) effaçait la filiation réelle et créait de faux interdits de mariage. Le Coran l’avait déjà abolie (33:4-5 : « appelez-les du nom de leurs pères »). Mais une coutume enracinée depuis des siècles ne s’abolit que par un acte public exemplaire, accompli par celui-là même dont l’exemple fait loi. Allah a imposé ce mariage pour cette raison, et le verset le dit expressément : « afin qu’il n’y ait aucun blâme pour les croyants ».
Concubinage et captives
10. Le statut de Māriya et le concubinage sont-ils compatibles avec la dignité humaine ?
Le contexte. Dans tout le monde antique et médiéval, la captivité de guerre était le sort universel des vaincus, et l’esclavage une institution présente dans toutes les civilisations — Grèce, Rome, Perse, Byzance, Chine, Afrique, Amériques, Europe chrétienne. L’islam n’a pas créé l’esclavage ; il l’a trouvé, l’a strictement encadré et a mis en place un processus d’extinction progressive.
L’encadrement islamique. Les seules sources licites de l’esclavage furent réduites à la captivité de guerre légitime ; l’affranchissement fut érigé en acte de piété majeur, en expiation obligatoire de nombreux péchés (4:92 ; 5:89 ; 58:3), en emploi obligatoire d’une part de la zakāt (9:60) ; le contrat d’affranchissement (mukātaba) fut institué (24:33) ; la maltraitance fut interdite, et le Prophète ﷺ ordonna : « Ce sont vos frères ; nourrissez-les de ce que vous mangez, habillez-les de ce que vous portez » (Bukhārī 30). Il affranchit lui-même tous ses esclaves.
Le concubinage (milk al-yamīn). Le Coran le reconnaît (23:5-6 ; 4:3, 24-25 ; 33:50) comme une relation licite, encadrée, entre un homme et une captive lui appartenant : elle ne peut être partagée, ni prêtée, ni prostituée (24:33) ; elle doit être entretenue et respectée. Si elle donne naissance à un enfant, elle devient umm walad : elle ne peut plus être vendue ni donnée, l’enfant est libre et légitime au même titre que ceux d’une épouse, et elle-même est libre à la mort de son maître. Ce fut le cas de Māriya : Ibrāhīm est le fils du Prophète ﷺ à part entière, et Māriya fut honorée par ’Umar de funérailles publiques.
Ne pas mentir. Il ne sert à rien de prétendre que Māriya était une épouse, ou que l’islam a « aboli » l’esclavage d’un trait : les textes disent autre chose, et le lecteur s’en apercevra. Ce que l’on peut affirmer avec force, c’est que l’islam a été, au VIIe siècle, la législation la plus favorable à l’affranchissement, qu’il a transformé la captive en mère d’enfants libres, et que la disparition de l’esclavage dans le monde musulman est conforme à l’orientation de ses textes.
11. Ṣafiyya et Juwayriya : épouser une captive dont on vient de vaincre le peuple, est-ce une contrainte ?
Le choix. Dans les deux cas, les sources rapportent explicitement un choix : Ṣafiyya se vit proposer de retourner chez les siens en restant juive ; Juwayriya vint elle-même solliciter le Prophète ﷺ, et il lui proposa une alternative à sa rançon. Toutes deux dirent plus tard leur joie et leur fierté.
L’affranchissement comme dot. Le Prophète ﷺ fit un geste sans précédent : au lieu de garder ces femmes comme captives, ce que le droit de la guerre lui permettait, il les affranchit et fit de leur liberté leur dot, les élevant au rang de Mères des croyants. Les compagnons en tirèrent immédiatement une conséquence pour Juwayriya : on ne pouvait garder captive la belle-famille du Prophète ﷺ, et cent familles furent libérées.
Le cas de Kināna. Le mari de Ṣafiyya n’a pas été tué « pour prendre sa femme », mais parce qu’il avait violé les termes de la reddition de Khaybar en dissimulant le trésor des Naḍīr et en ayant tué un compagnon, alors que la vie des juifs de Khaybar avait été garantie contre la remise des biens. Ṣafiyya, dont le père et le mari avaient combattu et trahi, aurait pu haïr le Prophète ﷺ ; elle témoigna au contraire de sa bonté, et Abū Ayyūb, qui craignait une vengeance, fut rassuré.
La période de purification. Le mariage avec une captive n’est consommé qu’après l’istibrā’ (le constat qu’elle n’est pas enceinte, par le retour d’un cycle). Les récits de Bukhārī précisent que le Prophète ﷺ attendit que Ṣafiyya fût purifiée avant la consommation à Sadd al-Ṣahbā’.
La vie du foyer
12. Le Prophète ﷺ a-t-il divorcé ou menacé de divorcer ses épouses ?
Il répudia Ḥafṣa une fois puis la reprit, sur ordre de Jibrīl selon une tradition rapportée par Abū Dāwūd. Il s’éloigna de ses épouses un mois durant (īlā’) après leurs revendications et la coalition de deux d’entre elles, puis reçut le verset du choix, qui laissait à chacune la possibilité de partir avec honneur. Ces événements ne sont pas cachés : ils sont dans les recueils les plus sûrs, rapportés par les épouses elles-mêmes et par ’Umar. Ils montrent un foyer réel, où un chef d’État accablé de responsabilités répond à des tensions domestiques non par la violence — il n’a jamais frappé une femme, ni un serviteur (Muslim 2328) — mais par la distance, puis par le dialogue et le choix.
13. Sawda a-t-elle été contrainte de céder sa nuit sous menace de divorce ?
Les sources rapportent que Sawda, prenant de l’âge, craignit d’être séparée du Prophète ﷺ — certaines versions parlent d’une intention de divorce, d’autres non — et proposa elle-même de céder son tour à ’Ā’isha pour rester Mère des croyants. Le Prophète ﷺ accepta. Le Coran valida cette forme d’arrangement comme une réconciliation licite (4:128). Ce qui est établi, c’est que l’initiative vint de Sawda, qu’elle obtint ce qu’elle voulait, et qu’elle en fut heureuse. Un mari décidé à se séparer d’une épouse n’aurait pas accepté de la garder pour lui faire plaisir.
14. Que signifie « Restez dans vos foyers » (33:33), et comment ’Ā’isha a-t-elle pu sortir à la bataille du Chameau ?
Le verset s’adresse aux épouses du Prophète ﷺ et leur ordonne la réserve, sans leur interdire de sortir pour leurs besoins, le pèlerinage, l’enseignement ou les visites : elles accomplirent toutes le pèlerinage après lui, sous escorte de ’Umar ou de ’Uthmān, et enseignèrent pendant des décennies. ’Ā’isha sortit vers Baṣra dans l’intention de réconcilier les musulmans et de faire châtier les meurtriers de ’Uthmān ; elle considéra elle-même, ensuite, que cette sortie avait été une erreur d’appréciation, et le regretta. L’islam sunnite honore cette lucidité : il voit en elle une Mère des croyants qui s’est trompée en toute sincérité, et non une rebelle.
15. Pourquoi ’Ā’isha fut-elle « jalouse » de Khadīja, et cela ne contredit-il pas son rang ?
La jalousie entre co-épouses (ghayra) est une émotion naturelle, que l’islam ne condamne pas tant qu’elle ne conduit pas à l’injustice ; le Prophète ﷺ lui-même en parle avec humour. Le fait que ’Ā’isha rapporte sa propre jalousie envers une femme qu’elle n’a jamais connue est au contraire une preuve de son honnêteté de transmettrice, et de l’ampleur de l’amour du Prophète ﷺ pour Khadīja.
Questions de méthode
16. Faut-il prendre chaque anecdote de ce dossier comme un fait certain ?
Non. C’est pour cela que le dossier signale les niveaux de sources. Un ḥadīth de Bukhārī et une notice d’Ibn Sa’d ne pèsent pas le même poids. Une anecdote spectaculaire mérite plus de prudence, pas moins. Avant publication, enseignement ou citation publique, les références doivent être vérifiées dans l’édition utilisée.
17. Pourquoi conserver les divergences au lieu de choisir une seule version ?
Parce qu’une divergence documentée fait partie de l’histoire de la transmission, et parce que les savants anciens l’ont fait : Ibn Ḥajar conserve plusieurs dates pour la mort de Sawda ; al-Dhahabī discute l’âge de Khadīja ; les recueils opposent Ibn ‘Abbās et Maymūna sur l’iḥrām. Dire « les sources divergent » est parfois plus scientifique que forcer une certitude. Cela apprend au lecteur à distinguer la foi, la tradition transmise et la méthode historique.
18. Peut-on raconter ces biographies aux enfants ?
Oui, en adaptant le niveau de détail. Pour les plus jeunes : Khadīja et la confiance, Sawda et la bonté, ’Ā’isha et le savoir, Ḥafṣa et la responsabilité, Umm Salama et le conseil, Zaynab et la charité. Pour les adolescents, on peut introduire progressivement les questions historiques et juridiques, notamment celles qui demandent du contexte.
19. Quelle est la principale erreur à éviter en lisant ces biographies ?
Transformer chaque récit en slogan. Une biographie historique est plus riche qu’une liste de « leçons ». Il faut connaître les faits, leurs contextes, leurs sources et leurs limites avant d’en tirer une morale — et se souvenir que ces femmes ont été aimées, consultées, corrigées et honorées par le meilleur des hommes, qui ne les a jamais réduites à des symboles.
Méthode proposée pour une étude ou un enseignement
Pour chaque figure, on peut utiliser une fiche en six étapes :
- Identité : nom, tribu ou famille, liens de parenté, situation avant le mariage.
- Épreuve : quel événement a bouleversé sa vie ?
- Relation avec le Prophète ﷺ : affection, conseil, transmission, protection, tension ponctuelle, enseignement ?
- Contribution : qu’a-t-elle apporté à la communauté ?
- Source : le récit vient-il d’un ḥadīth authentique, d’une sīra, d’une notice biographique, ou d’une tradition dont l’attestation est discutée ?
- Enseignement : quel principe général peut-on retenir sans extrapoler abusivement ?
Cette méthode permet de passer d’une lecture purement narrative à une lecture critique, spirituelle et pédagogique.
Conclusion — Des femmes, des histoires, un héritage
Les Mères des croyants ne constituent pas une galerie de portraits figés. Elles forment un ensemble de trajectoires humaines traversées par la foi, le deuil, la migration, la science, la jalousie, la générosité, le conseil, les conflits, les responsabilités et les choix difficiles.
Khadīja rappelle que les grandes transformations ont besoin d’une personne qui croit avant que les autres ne comprennent. ’Ā’isha montre qu’une femme peut devenir l’une des plus grandes autorités intellectuelles d’une civilisation. Umm Salama rappelle que le discernement peut apparaître dans une conversation privée et changer le cours d’une situation publique. Ḥafṣa rappelle que conserver le savoir est une forme de service. Zaynab bint Khuzayma et Zaynab bint Jaḥsh montrent deux dimensions de la générosité : secourir ceux qui manquent, et se détacher de ce que l’on possède. Juwayriya illustre les effets collectifs du destin d’une seule personne. Umm Ḥabība et Ṣafiyya montrent combien la foi peut être vécue au milieu de filiations, de peuples et d’histoires complexes. Maymūna clôt cette période en laissant une chaîne de transmission qui continue bien après elle.
Le foyer du Prophète ﷺ fut le premier centre de formation spirituelle et juridique de l’islam. Le plus beau moyen d’honorer ces femmes n’est pas de les transformer en personnages irréels, ni de les défendre par des arguments qui ne tiennent pas. C’est de les connaître avec précision, de respecter les sources, de reconnaître les incertitudes lorsqu’elles existent, de répondre aux objections sans détour, et de laisser leur diversité élargir notre compréhension de la foi et de la condition humaine.
Qu’Allah soit satisfait d’elles toutes.
Bibliographie de travail
Sources primaires – Al-Bukhārī, al-Jāmi’ al-Ṣaḥīḥ — en particulier Kitāb Manāqib al-Anṣār (chapitres sur Khadīja et le mariage de ’Ā’isha), Kitāb al-Nikāḥ, Kitāb al-Tafsīr (sourates 24, 33, 66), Kitāb Faḍā’il al-Ṣaḥāba. – Muslim, al-Ṣaḥīḥ — Kitāb Faḍā’il al-Ṣaḥāba (chapitres sur Khadīja, ’Ā’isha, Zaynab), Kitāb al-Nikāḥ, Kitāb al-Ṭalāq. – Al-Tirmidhī, al-Jāmi’ — Kitāb al-Manāqib. – Abū Dāwūd, al-Sunan — Kitāb al-Nikāḥ, Kitāb al-’Itq. – Ibn Hishām, al-Sīra al-Nabawiyya (d’après Ibn Isḥāq). – Ibn Sa’d, al-Ṭabaqāt al-Kubrā, vol. 8 (al-Nisā’). – Ibn ’Abd al-Barr, al-Isti’āb fī Ma’rifat al-Aṣḥāb. – Ibn Ḥajar al-’Asqalānī, al-Iṣāba fī Tamyīz al-Ṣaḥāba (section des femmes) ; Fatḥ al-Bārī (commentaire des ḥadīths cités). – Al-Dhahabī, Siyar A’lām al-Nubalā’, vol. 2 (notices des Mères des croyants). – Ibn Kathīr, al-Bidāya wa l-Nihāya ; Tafsīr al-Qur’ān al-’Aẓīm (sourate 33). – Al-Qurṭubī, al-Jāmi’ li-Aḥkām al-Qur’ān (sourates 24, 33, 66). – Al-Ṭabarī, Jāmi’ al-Bayān ; Tārīkh al-Rusul wa l-Mulūk. – Al-Zarkashī, al-Ijāba li-Īrād mā istadrakathu ’Ā’isha ’alā l-Ṣaḥāba. – Al-Suyūṭī, al-Khaṣā’iṣ al-Kubrā (sur les spécificités prophétiques).
Études classiques et de référence – Ibn al-Qayyim, Zād al-Ma’ād, vol. 1 (chapitre sur les épouses du Prophète ﷺ). – Al-Qāḍī ’Iyāḍ, al-Shifā bi-Ta’rīf Ḥuqūq al-Muṣṭafā (sur l’infaillibilité prophétique et le récit de Zaynab). – Ibn Taymiyya, Minhāj al-Sunna al-Nabawiyya (sur ’Ā’isha, la bataille du Chameau, et la comparaison Khadīja / ’Ā’isha).
Note éditoriale finale
Ce dossier est conçu comme une édition pédagogique complète, non comme une édition critique définitive des sources. Avant une publication ou une utilisation dans un cours, il est recommandé de vérifier chaque référence dans l’édition utilisée, de contrôler les numéros de ḥadīths, et de conserver les variantes lorsqu’elles ont une incidence sur le sens. Cette prudence ne diminue pas la beauté du récit : elle en augmente la solidité.
Série 3 à suivre : les grandes figures féminines — Asmā’ bint Abī Bakr, Sumayya, Nusayba bint Ka’b (Umm ’Umāra), Umm Sulaym, Umm Ayman.