La famille du Prophète ﷺ

Figures de l’islam · Les compagnons · Série 2A

La famille du Prophète ﷺ

Les 100 compagnons du Prophète ﷺ — Série 2A (Ahl al-Bayt)

Sommaire

Partie I — Cadre général 1. Avant-propos · 2. Que signifie « Ahl al-Bayt » ? · 3. L’arbre familial du Prophète ﷺ · 4. Ce que l’islam enseigne sur l’amour de la famille du Prophète ﷺ · 5. Parenté et foi : ceux qui n’ont pas cru · 6. Sources et niveaux de preuve

Partie II — Les biographies Les oncles : 11. Hamza · 12. Al-’Abbas — La tante : Safiyya bint ’Abd al-Muttalib — Les cousins et fils adoptifs : 13. Ja’far · 16. Zayd ibn Haritha · 17. Usama ibn Zayd — Les enfants : al-Qasim, ’Abdullah, Zaynab, Ruqayya, Umm Kulthum, Ibrahim · 28. Fatima al-Zahra — Les petits-enfants : 14. Al-Hasan · 15. Al-Husayn · Umama

Chaque biographie suit le même plan : fiche d’identité · A. Identité et liens familiaux · B. Entrée en islam · C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui · D. Rôle dans l’histoire · E. Anecdotes et détails marquants · F. Fin de vie · G. Ce que l’on retient · H. Sources et degré d’authenticité.

Partie III — Débats et annexes 1. Ahl al-Bayt entre sunnites et chiites : qui aime la famille du Prophète ﷺ ? · 2. Questions et objections fréquentes · 3. Tableau récapitulatif · 4. Glossaire · 5. Bibliographie · 6. Note de vérification

PARTIE I — CADRE GÉNÉRAL

1. Avant-propos

La première série de ce dossier présentait les dix compagnons auxquels le Prophète ﷺ annonça le Paradis. Cette deuxième série entre dans sa maison : ses oncles, sa tante, ses cousins, le fils qu’il avait adopté et le petit-fils de ce fils, ses propres enfants — presque tous morts avant lui —, sa fille Fatima et ses deux petits-fils, al-Hasan et al-Husayn.

Ce choix répond à une nécessité. On ne comprend pas la vie du Prophète ﷺ sans sa famille : c’est dans le ravin d’Abu Talib qu’il subit trois ans de boycott, c’est son oncle Hamza qu’il pleure à Uhud, c’est sa fille Zaynab qu’il fait libérer contre un collier, c’est son fils Ibrahim qu’il tient dans ses bras en mourant. Et l’on ne comprend pas non plus les débats qui divisent encore les musulmans — sur la succession, sur Fadak, sur Karbala — sans connaître précisément qui étaient ces personnes et ce que les textes disent d’elles.

Comme la série 1, ce dossier s’adresse à deux publics : le lecteur non musulman, qui découvre une famille arabe du VIIe siècle prise dans un bouleversement religieux, et le lecteur musulman, qui trouvera ici les récits sourcés et les distinctions que la tradition savante a toujours faites entre ce qui est établi, ce qui est rapporté et ce qui est discuté. Un chapitre final répond aux objections les plus fréquentes, et un autre aborde de front une question que l’on pose souvent : les chiites aiment-ils la famille du Prophète ﷺ plus que les sunnites ?

Une remarque sur la numérotation. Les numéros qui précèdent certains noms (11, 12, 13, 16, 17, 28, 14, 15) sont ceux de la liste générale des cent compagnons, fixée au début de la série 1, et non un ordre propre à ce dossier : ils permettent de retrouver chaque personne dans l’ensemble du projet. Les personnes sans numéro — Safiyya, Zaynab, Ruqayya, Umm Kulthum, Umama, les fils morts en bas âge — ne figurent pas dans la liste des cent ; elles sont traitées ici parce qu’on ne peut présenter une famille en laissant des chaises vides. La liste des cent est rappelée en annexe.

2. Que signifie « Ahl al-Bayt » ?

L’expression arabe Ahl al-Bayt signifie littéralement « les gens de la maison ». Elle n’a pas toujours exactement le même périmètre dans les textes, et c’est précisément cette variation qui explique une partie des débats. Les savants distinguent trois usages.

Premier usage : le contexte coranique

Le verset le plus cité est celui de la sourate al-Ahzab : « Allah veut seulement écarter de vous la souillure, ô gens de la Maison, et vous purifier pleinement » (33:33). Ce verset se trouve au milieu d’un passage entièrement adressé aux épouses du Prophète ﷺ : « Ô épouses du Prophète, vous n’êtes pas comme les autres femmes… Restez dans vos maisons… » (33:32-34). Le contexte grammatical et thématique inclut donc les épouses dans les « gens de la Maison » — la « maison » étant celle où elles vivent. C’est la lecture d’Ibn ’Abbas, d’Ibn Kathir, d’al-Qurtubi et de la majorité des exégètes sunnites.

Deuxième usage : les gens du manteau

Un hadith authentique rapporte que le Prophète ﷺ, après la révélation de ce verset, fit venir ’Ali, Fatima, al-Hasan et al-Husayn, les couvrit d’un manteau et dit : « Ô Allah, ceux-ci sont les gens de ma Maison ; écarte d’eux la souillure et purifie-les pleinement » (Muslim 2424, rapporté par ’Aisha elle-même). Umm Salama, présente, demanda : « Suis-je des vôtres ? » ; il répondit : « Tu es dans le bien » — ou « tu es à ta place, et tu es dans le bien » (Tirmidhi 3205, 3787). Les savants sunnites concilient les deux usages : le verset vise d’abord les épouses, et le Prophète ﷺ y a ajouté par sa parole les quatre de sa chair.

Troisième usage : le sens juridique

Zayd ibn Arqam, interrogé sur les « gens de la Maison » du hadith de Ghadir Khumm, répondit : « Ses épouses sont de sa Maison, mais les gens de sa Maison sont ceux à qui l’aumône (sadaqa) est interdite après lui : la famille de ’Ali, la famille de ’Aqil, la famille de Ja’far et la famille de al-’Abbas » (Muslim 2408). Dans le droit musulman, les descendants de Hashim ne peuvent recevoir la zakat, par respect pour leur rang, et reçoivent en échange une part des revenus de l’État (khums). C’est le sens le plus large : tous les Hachémites.

Ce qu’il faut retenir

Selon le contexte, « Ahl al-Bayt » désigne donc : les épouses du Prophète ﷺ ; ou ’Ali, Fatima, al-Hasan et al-Husayn ; ou l’ensemble des Banu Hashim. La position sunnite classique retient les trois ensemble et refuse d’en exclure les épouses, que le Coran nomme « Mères des croyants » (33:6). Ce dossier traite des proches par le sang et l’adoption ; les épouses ont fait l’objet d’un dossier séparé (série 2B).

3. L’arbre familial du Prophète ﷺ

Le Prophète ﷺ est le fils de ’Abdullah, mort avant sa naissance, et d’Amina bint Wahb, morte quand il avait six ans. Son grand-père ’Abd al-Muttalib, chef de La Mecque, le recueillit, puis son oncle Abu Talib.

Les oncles paternels — ’Abd al-Muttalib eut, selon Ibn Sa’d, dix ou douze fils. Quatre comptent dans l’histoire du Prophète ﷺ :

Oncle Attitude envers l’islam Sort
Abu Talib Protecteur pendant dix ans, non converti Mort en 619, avant l’Hégire
Abu Lahab Ennemi acharné, maudit dans le Coran (sourate 111) Mort en 624, après Badr
Hamza Musulman en 616, « le Lion d’Allah » Martyr à Uhud, 625
Al-’Abbas Musulman secrètement, puis publiquement en 630 Mort en 653, ancêtre des Abbassides

Les tantes paternelles — Six filles de ‘Abd al-Muttalib : Safiyya, ’Atika, Arwa, Umayma, Barra, Umm Hakim al-Bayda’. Seule la conversion de Safiyya fait l’unanimité ; celles d’Arwa et de ‘Atika sont discutées. Umayma est la mère de Zaynab bint Jahsh, épouse du Prophète ﷺ ; al-Bayda’ est la grand-mère de ’Uthman ibn ’Affan.

Les cousins — Fils d’Abu Talib : Talib (mort polythéiste), ’Aqil (converti tardivement), Ja’far et ’Ali. Fils d’al-’Abbas : al-Fadl, ’Abdullah (le grand savant), Qutham, ’Ubaydullah. Fils de Hamza : ’Umara, Ya’la.

Les enfants — Sept, six de Khadija : al-Qasim, Zaynab, Ruqayya, Umm Kulthum, Fatima, ’Abdullah ; et Ibrahim, de Mariya la Copte. Les trois garçons moururent en bas âge ; les quatre filles atteignirent l’âge adulte, et trois moururent avant leur père. Seule Fatima lui survécut, six mois.

Les petits-enfants — De Zaynab : ’Ali (mort enfant) et Umama. De Ruqayya : ’Abdullah (mort à six ans). De Fatima : al-Hasan, al-Husayn, Zaynab, Umm Kulthum et, selon certains, Muhsin, mort en bas âge. Toute la descendance du Prophète ﷺ jusqu’à nos jours passe par al-Hasan et al-Husayn.

Les fils adoptifs et de lait — Zayd ibn Haritha, esclave affranchi, adopté puis rendu à sa filiation par le Coran ; son fils Usama, élevé dans la maison du Prophète ﷺ. Les nourrices : Thuwayba, servante d’Abu Lahab, qui allaita aussi Hamza (frère de lait du Prophète ﷺ), et Halima al-Sa’diyya, chez qui il vécut quatre ans dans le désert.

4. Ce que l’islam enseigne sur l’amour de la famille du Prophète ﷺ

Aimer la famille du Prophète ﷺ n’est pas une option affective : c’est une obligation religieuse reconnue par toutes les écoles sunnites. Les textes sont nombreux et clairs.

Dans le Coran. « Dis : je ne vous demande pour cela aucun salaire, si ce n’est l’affection pour les proches » (42:23). Les exégètes sunnites divergent sur le sens exact de « les proches » (al-qurba) — la parenté du Prophète ﷺ avec Quraysh, ou sa famille —, mais Ibn ’Abbas, dans Bukhari (4818), l’explique par la parenté qui liait le Prophète ﷺ à tous les clans de Quraysh. Dans les deux cas, l’affection pour la famille est incluse.

Dans la prière quotidienne. Chaque musulman, dans chacune de ses cinq prières, prononce la prière abrahamique : « Ô Allah, prie sur Muhammad et sur la famille de Muhammad, comme Tu as prié sur Ibrahim et sur la famille d’Ibrahim… » (Bukhari 3370). Aucune autre famille n’est mentionnée dans le rituel de l’islam.

Dans le hadith des « deux choses pesantes ». À Ghadir Khumm, au retour du pèlerinage d’adieu, le Prophète ﷺ dit : « Je vous laisse deux choses pesantes : le Livre d’Allah… et les gens de ma Maison. Je vous rappelle Allah au sujet des gens de ma Maison, je vous rappelle Allah au sujet des gens de ma Maison » (Muslim 2408).

Dans les paroles du Prophète ﷺ. « Aimez Allah pour les bienfaits dont Il vous nourrit, aimez-moi pour l’amour d’Allah, et aimez les gens de ma Maison pour mon amour » (Tirmidhi 3789 ; chaîne discutée, mais le sens est confirmé par les hadiths précédents).

Dans la doctrine. Al-Tahawi (m. 321 H) écrit dans sa profession de foi : « Nous aimons les compagnons du Messager d’Allah, sans exagérer dans l’amour d’aucun d’eux ni désavouer aucun d’eux. » Ibn Taymiyya, dans al-’Aqida al-Wasitiyya, ajoute : « Les gens de la Sunna aiment les gens de la Maison du Messager d’Allah, les prennent pour alliés et préservent à leur sujet la recommandation du Messager d’Allah. » L’imam al-Shafi’i, accusé de chiisme pour son amour des Hachémites, répondit en vers : « Si l’amour de la famille de Muhammad est du chiisme, que les deux mondes témoignent que je suis chiite ! » — et cela n’en fit jamais un chiite.

Dans le droit. Les descendants de Hashim ne reçoivent pas la zakat ; ils ont droit à une part du khums ; l’insulte à leur égard est un péché grave ; et les sociétés sunnites ont institué un « syndic des nobles » (naqib al-ashraf) chargé de vérifier les généalogies et de protéger les descendants du Prophète ﷺ.

5. Parenté et foi : ceux qui n’ont pas cru

La famille du Prophète ﷺ enseigne aussi une chose par l’exemple contraire : la parenté ne sauve pas.

Abu Talib. L’oncle qui recueillit l’orphelin, le fit voyager avec lui en Syrie, refusa de le livrer à Quraysh malgré les offres et les menaces, et endura le boycott à ses côtés, mourut en 619 sans avoir prononcé la profession de foi. Le récit de ses derniers instants est dans Bukhari (3884) : le Prophète ﷺ le pressait de dire « la ilaha illa Allah » ; Abu Jahl et ’Abdullah ibn Abi Umayya, présents, lui répétaient : « Renonceras-tu à la religion de ’Abd al-Muttalib ? » ; et sa dernière parole fut qu’il restait sur cette religion. Le Prophète ﷺ dit : « Je demanderai pardon pour toi tant qu’on ne me l’interdira pas », et fut révélé : « Il n’appartient pas au Prophète et aux croyants de demander pardon pour les polythéistes, fussent-ils leurs proches » (9:113), puis : « Tu ne guides pas qui tu aimes, mais Allah guide qui Il veut » (28:56). Al-’Abbas demanda un jour : « Qu’as-tu fait pour ton oncle ? Il te protégeait et se mettait en colère pour toi. » Le Prophète ﷺ répondit : « Il est dans une partie peu profonde du Feu ; sans moi, il serait dans ses profondeurs » (Bukhari 3883, Muslim 209). Telle est la position sunnite, fondée sur ces textes explicites ; la tradition chiite, elle, considère Abu Talib comme croyant, et le chapitre final y revient.

Abu Lahab. ’Abd al-’Uzza ibn ’Abd al-Muttalib, surnommé « le père de la flamme » pour la beauté de son visage, fut le seul ennemi du Prophète ﷺ nommé dans le Coran par son surnom : « Que périssent les deux mains d’Abu Lahab, et qu’il périsse ! » (111:1). Il avait répondu à la première prédication publique par : « Que tu périsses ! Est-ce pour cela que tu nous as réunis ? » (Bukhari 4770). Il fit répudier par ses deux fils les filles du Prophète ﷺ, Ruqayya et Umm Kulthum. Il ne vint pas à Badr et mourut une semaine après la défaite, d’une maladie purulente ; ses fils, par peur de la contagion, poussèrent son corps dans une fosse avec un bâton (Ibn Hisham, Ibn Sa’d). Sa femme, Umm Jamil, « la porteuse de bois », est maudite dans la même sourate. Deux de leurs fils, ’Utba et Mu’attib, se convertirent à la conquête de La Mecque ; le Prophète ﷺ les accueillit.

Ce que cela enseigne. Le Coran donne les femmes de Noé et de Lot, épouses de prophètes et damnées, et Asiya, épouse de Pharaon et sauvée (66:10-11), pour établir ce principe. Dans la famille du Prophète ﷺ, un oncle est au Feu, un autre est « le seigneur des martyrs » ; un fils d’Abu Lahab renie sa foi, un fils d’Abu Talib reçoit deux ailes au Paradis. Le sang ne décide de rien.

6. Sources et niveaux de preuve

Ce dossier utilise les mêmes sources que la série 1 : Sahih al-Bukhari, Sahih Muslim, Jami’ al-Tirmidhi, Sunan Abi Dawud, Sunan Ibn Majah, Musnad Ahmad, al-Mustadrak d’al-Hakim ; la Sira d’Ibn Hisham, les Tabaqat d’Ibn Sa’d, l’Isti’ab d’Ibn ‘Abd al-Barr, Usd al-Ghaba d’Ibn al-Athir, l’Isaba d’Ibn Hajar, les Siyar d’al-Dhahabi, le Tarikh d’al-Tabari.

Chaque biographie se termine par une rubrique « Sources et degré d’authenticité » qui classe les principaux récits en quatre niveaux :

  1. Établi — Coran, ou hadith de Bukhari, Muslim, ou jugé authentique (sahih) ou bon (hasan) par les spécialistes.

  2. Rapporté — récit des ouvrages de sira et de tabaqat (Ibn Ishaq, Ibn Sa’d, al-Waqidi), accepté par les historiens musulmans pour la reconstitution des faits, sans la rigueur du hadith.

  3. Discuté — récit dont la chaîne est faible, ou dont les versions divergent ; célèbre, mais à ne pas présenter comme certain.

  4. Populaire — tradition tardive sans chaîne connue ; signalée pour information.

Un principe gouverne le tout : l’absence d’un récit dans Bukhari et Muslim ne prouve pas qu’il est faux — les deux Sahih ne sont pas des biographies — mais un récit qui n’y figure pas ne peut être présenté avec la même assurance. Les numéros de hadiths sont indicatifs et à vérifier avant publication.

PARTIE II — LES BIOGRAPHIES

LES ONCLES

11. Hamza ibn ’Abd al-Muttalib — le Lion d’Allah, seigneur des martyrs

Fiche d’identité Hamza ibn ’Abd al-Muttalib
Nom complet Hamza ibn ’Abd al-Muttalib ibn Hashim al-Qurashi
Kunya Abu ’Umara, Abu Ya’la
Titres Asad Allah (le Lion d’Allah), Sayyid al-Shuhada’ (le seigneur des martyrs)
Lien Oncle paternel et frère de lait du Prophète ﷺ
Naissance La Mecque, vers 568, deux à quatre ans avant le Prophète ﷺ
Entrée en islam Vers 616, sixième année de la mission
Émigration Médine, 622
Batailles Badr, Uhud
Mort Tué à Uhud, 15 Shawwal 3 H / mars 625, vers 57 ans
Sépulture Uhud, près de Médine

En une phrase : l’oncle qui entra en islam par colère et y resta par conviction, le premier porte-étendard de l’islam, dont le corps mutilé fit pleurer le Prophète ﷺ comme il n’avait jamais pleuré.

A. Identité et liens familiaux

Hamza est le fils de ’Abd al-Muttalib et de Hala bint Wuhayb, cousine d’Amina, la mère du Prophète ﷺ. Les deux hommes sont donc doublement apparentés — oncle et neveu par le père, cousins par les mères — et, chose plus rare, frères de lait : Thuwayba, servante d’Abu Lahab, les allaita tous deux à quelques années d’intervalle (Bukhari 5100, pour l’allaitement par Thuwayba). Ils ont presque le même âge et grandissent ensemble.

Chasseur, archer, lutteur, Hamza est le plus fort des jeunes Qurayshites et l’un des plus respectés ; il part chaque matin chasser dans les montagnes et revient par la Ka’ba pour en faire le tour. Sa sœur utérine est Safiyya, la mère d’al-Zubayr. Il épousera Salma bint ’Umays, sœur d’Asma, et aura une fille, Umama (ou ’Umara), que se disputeront ’Ali, Ja’far et Zayd après sa mort, et deux fils, Ya’la et ’Umara.

B. Entrée en islam

Le récit de sa conversion est rapporté par Ibn Ishaq et Ibn Sa’d ; le fait est certain, les détails sont du niveau « rapporté ». Vers 616, Abu Jahl croise le Prophète ﷺ près de la colline de Safa, l’insulte et le brutalise ; le Prophète ﷺ ne répond pas. Une affranchie de ’Abdullah ibn Jud’an assiste à la scène. Quand Hamza revient de la chasse, l’arc à l’épaule, elle lui rapporte tout. Il entre dans l’enceinte sacrée, trouve Abu Jahl assis parmi les siens, le frappe à la tête de son arc jusqu’au sang et lui dit : « Tu l’insultes, alors que je suis sur sa religion et que je dis ce qu’il dit ? Rends-moi le coup, si tu peux ! » Les Makhzumites se lèvent ; Abu Jahl les retient : « Laissez Abu ’Umara ; par Allah, j’ai gravement insulté son neveu. »

Ibn Ishaq ajoute qu’au matin, Hamza se demanda ce qu’il avait fait — lui, un chef de Quraysh, qui venait de quitter la religion de ses pères sous le coup de la colère — et qu’il pria : « Ô Allah, si cela est juste, mets-en la certitude dans mon cœur ; sinon, donne-moi une issue. » Il alla voir le Prophète ﷺ, qui lui exposa l’islam, et la certitude entra en lui. Il fut dès lors l’un des hommes qui protégeaient la communauté ; Ibn Ishaq écrit : « Quraysh sut que le Messager d’Allah avait un protecteur, et cessa une partie de ce qu’elle lui faisait subir. » ’Umar se convertit trois jours plus tard.

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • « Le seigneur des martyrs est Hamza ibn ’Abd al-Muttalib » (al-Hakim, Mustadrak ; al-Tabarani ; jugé bon par plusieurs savants, discuté par d’autres).

  • « Hamza est mon frère de lait » — parole prononcée quand on lui proposa d’épouser la fille de Hamza : « Elle ne m’est pas permise, elle est la fille de mon frère de lait » (Bukhari 2645, Muslim 1447).

  • Après la bataille de Badr, il l’appela « le lion d’Allah et le lion de Son Messager » (Ibn Sa’d ; niveau rapporté).

  • Le Prophète ﷺ lui confia le tout premier étendard de l’islam, en Ramadan 1 H, pour l’expédition de Sif al-Bahr (Ibn Hisham, Ibn Sa’d ; les historiens divergent sur le premier étendard : Hamza ou ’Ubayda ibn al-Harith).

D. Rôle dans l’histoire

Badr (2 H). Hamza combat en première ligne, une plume d’autruche fichée sur la poitrine pour être reconnu de loin. Lors du triple duel qui ouvre la bataille, il affronte Shayba ibn Rabi’a et le tue, puis aide ’Ubayda ibn al-Harith, blessé, à achever ’Utba (Ibn Hisham ; Abu Dawud 2665). Un prisonnier mecquois, Umayya ibn Khalaf, demandera à ’Abd al-Rahman ibn ’Awf : « Qui était celui qui portait une plume d’autruche ? — Hamza. — C’est lui qui nous a fait tout ce mal » (Ibn Hisham).

Uhud (3 H). Le jour de la bataille, Hamza combat à deux épées, criant « Je suis le lion d’Allah ! », et tue plusieurs hommes dont Siba’ ibn ’Abd al-’Uzza. L’esclave abyssin Wahshi, à qui Jubayr ibn Mut’im a promis la liberté s’il tue Hamza — qui a tué son oncle à Badr —, l’attend derrière un rocher, spécialiste du javelot à la manière des Abyssins. Wahshi racontera lui-même à Ja’far ibn ’Amr et ’Ubaydullah ibn ’Adi, des années plus tard : « Quand il passa près de moi, je balançai mon javelot et le lançai ; il le reçut au bas-ventre et le javelot ressortit entre ses jambes. Il fit quelques pas vers moi, et tomba. Je le laissai jusqu’à ce qu’il meure, puis je vins prendre mon javelot. Je n’avais rien d’autre à faire dans cette bataille ; je ne l’ai combattu que pour être libre » (Bukhari 4072 — récit de niveau établi, l’un des plus longs du Sahih).

E. Anecdotes et détails marquants

La mutilation et le foie. Hind bint ’Utba, dont Hamza avait tué le père à Badr, et dont le frère et l’oncle étaient aussi tombés, avait juré de se venger. Après la bataille, elle fit ouvrir le corps de Hamza, en arracha le foie, le mâcha et ne put l’avaler ; elle lui coupa le nez et les oreilles pour s’en faire un collier (Ibn Hisham, Ibn Sa’d ; niveau rapporté, mais la mutilation elle-même est confirmée par le hadith de Wahshi dans Bukhari 4072, où Hind est nommée). Quand le Prophète ﷺ trouva le corps de son oncle, il dit : « S’il n’y avait la douleur de Safiyya, et que cela ne devienne une pratique après moi, je le laisserais ainsi pour que les bêtes et les oiseaux le mangent. Et si Allah me donne la victoire sur Quraysh, je mutilerai trente d’entre eux. » Le verset descendit : « Si vous punissez, punissez comme on vous a punis ; mais si vous patientez, c’est meilleur pour ceux qui patientent » (16:126). Le Prophète ﷺ dit : « Nous patientons », expia son serment, et interdit la mutilation à jamais (Ibn Hisham ; al-Hakim ; le hadith d’interdiction de la mutilation est établi, Bukhari 2474).

Le linceul trop court. On ne trouva pour l’ensevelir qu’un seul manteau, trop court : quand on lui couvrait la tête, ses pieds dépassaient. On couvrit sa tête, et ses pieds furent recouverts d’herbe d’idhkhir (Bukhari 4047, où le même détail est rapporté pour Mus’ab ibn ’Umayr ; pour Hamza, Ibn Sa’d). Le Prophète ﷺ le fit enterrer avec son neveu ’Abdullah ibn Jahsh — le fils de sa sœur Umayma — dans une même tombe, et fit prier sur lui à part, puis avec chacun des autres martyrs (Ibn Hisham ; niveau rapporté, les savants divergent sur la prière funéraire des martyrs d’Uhud).

Les pleureuses. Rentré à Médine, le Prophète ﷺ entendit les femmes des Ansar pleurer leurs morts. Il dit : « Mais Hamza n’a pas de pleureuses ! » Sa’d ibn Mu’adh et Usayd ibn Hudayr envoyèrent leurs femmes pleurer Hamza devant sa porte. Le Prophète ﷺ, les entendant, pria pour elles et leur dit de rentrer, et qu’on ne pleure plus ainsi désormais (Ibn Hisham, Ibn Majah 1591 ; jugé bon).

Le visage de Wahshi. Des années plus tard, Wahshi, converti après la conquête de Ta’if, se présenta devant le Prophète ﷺ, qui lui demanda : « Es-tu Wahshi ? — Oui. — C’est toi qui as tué Hamza ? — C’est comme on te l’a dit. — Peux-tu m’épargner ton visage ? » Wahshi vécut désormais en évitant le Prophète ﷺ, et tua plus tard Musaylima le faux prophète avec ce même javelot : « J’ai tué avec lui le meilleur des hommes et le pire des hommes » (Bukhari 4072).

F. Fin de vie

Hamza meurt à Uhud le samedi 15 Shawwal 3 H (mars 625), à environ 57 ans, sans avoir vécu neuf ans dans l’islam. Sa tombe, avec celles des soixante-dix martyrs d’Uhud, se trouve au pied de la montagne, à cinq kilomètres de Médine ; le site est identifié et visité depuis les premiers siècles, et un mausolée y a été édifié puis détruit à l’époque moderne ; la localisation précise des corps relève de la tradition locale, non d’un texte prophétique.

G. Ce que l’on retient

  • Une colère peut ouvrir une porte. Hamza entra en islam en défendant son neveu, et Allah confirma ce qu’il avait dit par fierté.

  • La douleur n’est pas un manque de foi. Le Prophète ﷺ pleura Hamza à haute voix ; c’est l’excès dans la vengeance qui fut interdit, non les larmes.

  • La retenue face à l’injustice. Devant un corps mutilé, la loi qui descendit fut : « si vous patientez, c’est meilleur ».

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
Hamza frère de lait du Prophète ﷺ Bukhari 2645, Muslim 1447 Établi
Récit de Wahshi sur la mort de Hamza et la mutilation Bukhari 4072 Établi
Interdiction de la mutilation Bukhari 2474 Établi
Circonstances de sa conversion (Abu Jahl frappé de l’arc) Ibn Ishaq, Ibn Sa’d Rapporté
Duels de Badr Ibn Hisham, Abu Dawud 2665 Rapporté / bon
« Seigneur des martyrs » Al-Hakim, al-Tabarani Discuté (jugé bon par certains)
« Hamza n’a pas de pleureuses » Ibn Majah 1591, Ibn Hisham Bon
Hind mâchant le foie Ibn Hisham, Ibn Sa’d Rapporté
Détails du linceul Ibn Sa’d (par analogie avec Bukhari 4047) Rapporté

12. Al-’Abbas ibn ’Abd al-Muttalib — l’oncle qui valait un père

Fiche d’identité Al-’Abbas ibn ’Abd al-Muttalib
Nom complet Al-’Abbas ibn ’Abd al-Muttalib ibn Hashim al-Qurashi
Kunya Abu al-Fadl
Lien Oncle paternel du Prophète ﷺ, de deux ou trois ans son aîné
Naissance La Mecque, vers 566
Entrée en islam Secrètement avant Badr selon la majorité ; publiquement en 8 H / 630
Émigration Médine, 8 H, juste avant la conquête de La Mecque
Batailles Hunayn, Ta’if (côté musulman) ; Badr (prisonnier côté mecquois)
Fonctions Chargé de l’eau des pèlerins (siqaya) ; conseiller
Mort Rajab 32 H / février 653, à environ 88 ans
Sépulture Al-Baqi’, Médine

En une phrase : l’oncle riche et diplomate, prisonnier à Badr et informateur secret du Prophète ﷺ, qui tint la bride de sa mule à Hunayn et par qui ’Umar demanda la pluie.

A. Identité et liens familiaux

Al-’Abbas est l’un des plus jeunes fils de ’Abd al-Muttalib, né vers 566 de Nutayla bint Janab. Il hérite de deux fonctions sacrées de La Mecque : l’approvisionnement en eau des pèlerins (siqaya) et l’entretien de la Mosquée sacrée (’imara) — fonctions que le Coran mentionne : « Faites-vous de l’approvisionnement des pèlerins et de l’entretien de la Mosquée sacrée l’égal de celui qui croit en Allah ? » (9:19), verset que les exégètes rapportent à une discussion entre al-’Abbas et ’Ali. Il est l’un des hommes les plus riches de Quraysh : marchand, prêteur, propriétaire de mines d’or ; Ibn Sa’d rapporte que sa voix, exceptionnellement forte, portait au loin.

Il épouse Lubaba bint al-Harith, dite Umm al-Fadl, sœur de Maymuna (épouse du Prophète ﷺ), qui sera, selon Ibn Sa’d, la deuxième femme à se convertir après Khadija. Leurs fils sont célèbres : al-Fadl, qui accompagna le Prophète ﷺ au pèlerinage d’adieu ; ’Abdullah, « l’interprète du Coran » ; Qutham, mort en conquérant à Samarcande ; ’Ubaydullah. Al-’Abbas est l’ancêtre de la dynastie abbasside, qui régna sur le monde musulman de 750 à 1258.

B. Entrée en islam

Le cas d’al-’Abbas est celui d’une conversion à plusieurs temps, et les sources l’indiquent avec prudence.

Avant l’Hégire. Il assiste, seul non musulman, au second serment d’al-’Aqaba (622), où les Médinois s’engagent à protéger son neveu ; il prend la parole le premier : « Muhammad est parmi nous dans l’honneur et la protection. S’il émigre chez vous, vous devrez le protéger de tout ce dont vous protégez vos femmes et vos enfants. Sinon, laissez-le dès maintenant » (Ibn Hisham). Il parle en chef de famille, non en croyant.

Badr. Contraint par Quraysh de marcher sur Badr, il est capturé. Le Prophète ﷺ avait dit : « Je sais que des hommes des Banu Hashim sont sortis contraints ; qui rencontre al-’Abbas, qu’il ne le tue pas » (Ibn Hisham). La nuit, le Prophète ﷺ ne dort pas ; on lui demande pourquoi : « J’entends al-’Abbas gémir dans ses liens. » On les desserre — et on desserre ceux de tous les prisonniers (Ibn Hisham). Le lendemain, al-’Abbas dit qu’il était musulman et qu’on l’avait forcé ; le Prophète ﷺ répond : « Allah sait ce qu’il en est de ton islam ; mais en apparence, tu étais contre nous. Paie ta rançon, la tienne, celle de tes deux neveux (’Aqil et Nawfal) et de ton allié. » Al-’Abbas plaide qu’il n’a rien. « Et l’or que tu as laissé à Umm al-Fadl, à La Mecque, en lui disant : “Si je suis tué, ceci ira à al-Fadl, ’Abdullah et Qutham” ? » Al-’Abbas répond : « Par Allah, personne n’en savait rien, sauf elle et moi ; je sais maintenant que tu es le Messager d’Allah » (Ibn Hisham, Ibn Sa’d ; niveau rapporté ; Bukhari 4018 confirme que le Prophète ﷺ exigea la rançon d’al-’Abbas sans lui faire grâce). Le verset descendit : « Ô Prophète, dis aux captifs entre vos mains : si Allah connaît quelque bien dans vos cœurs, Il vous donnera mieux que ce qui vous a été pris » (8:70). Al-’Abbas dira plus tard : « Il m’a donné à la place vingt esclaves, dont chacun commerce avec un capital, et j’attends encore le pardon » (Ibn Hisham).

Entre Badr et la conquête. La majorité des biographes — Ibn ’Abd al-Barr, Ibn al-Athir, Ibn Hajar — considèrent que sa conversion resta secrète et qu’il servit à La Mecque d’informateur du Prophète ﷺ, qui lui écrivait ; c’est lui qui prévient de la marche de Quraysh vers Uhud. Le Prophète ﷺ lui dit : « Ton séjour à La Mecque est un bien » (Ibn Sa’d ; niveau rapporté). Il émigre enfin en 8 H, rencontre l’armée en marche vers La Mecque et entre dans la ville avec elle.

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • « L’oncle d’un homme est le pareil de son père » (Tirmidhi 3761 ; chaîne discutée). Et à ceux qui avaient blessé al-’Abbas par une parole : « Qui fait souffrir al-’Abbas me fait souffrir, car l’oncle d’un homme est comme son père » (Tirmidhi 3758 ; discuté).

  • Al-’Abbas rapporte lui-même du Prophète ﷺ le hadith : « Aura goûté la saveur de la foi celui qui agrée Allah comme Seigneur, l’islam comme religion et Muhammad comme Messager » (Muslim 34).

  • Le Prophète ﷺ dit à Abu Sufyan, la nuit de la conquête, quand al-’Abbas le lui amena sous sa protection : « Malheur à toi, Abu Sufyan ! N’est-il pas temps que tu saches qu’il n’y a de divinité qu’Allah ? » — et il accorda, à la demande d’al-’Abbas qui voulait qu’Abu Sufyan ait « quelque chose dont il puisse se glorifier », que quiconque entrerait dans la maison d’Abu Sufyan serait en sécurité (Ibn Hisham ; Abu Dawud 3021 ; jugé bon).

D. Rôle dans l’histoire

Hunayn (8 H). Quand l’armée musulmane, surprise dans le défilé, s’enfuit, le Prophète ﷺ reste sur sa mule blanche avec une poignée d’hommes. Al-’Abbas raconte : « Je tenais la bride de la mule et je la retenais pour qu’elle n’aille pas trop vite ; Abu Sufyan ibn al-Harith tenait l’étrier. Le Prophète dit : “Ô ’Abbas, appelle les gens de l’Arbre !” J’avais une voix forte ; je criai de toutes mes forces : “Où sont les gens de l’Arbre ?” Par Allah, ils revinrent en entendant ma voix comme la vache revient vers son veau : “Nous voici ! Nous voici !” » (Muslim 1775 — niveau établi ; c’est ce hadith qui atteste la puissance de sa voix). Le Prophète ﷺ prit une poignée de terre et la lança : « Ils sont vaincus, par le Seigneur de la Ka’ba ! »

Sous les califes. Abu Bakr et ’Umar le traitent comme le père du Prophète ﷺ. ’Umar, pendant la sécheresse de 18 H, sort demander la pluie et dit : « Ô Allah, nous nous adressions à Toi par Ton Prophète et Tu nous donnais la pluie ; nous nous adressons maintenant à Toi par l’oncle de Ton Prophète, donne-nous la pluie » — et il plut (Bukhari 1010). Les savants sunnites en tirent que l’intercession se fait par la prière d’un vivant, non par la tombe d’un mort : ’Umar ne s’adressa pas au Prophète ﷺ enterré à côté, mais à son oncle vivant.

La mosquée. Quand ’Umar veut agrandir la mosquée, la maison d’al-’Abbas est sur le passage ; il refuse de vendre, propose l’arbitrage d’Ubayy ibn Ka’b, gagne, puis offre sa maison gratuitement (Ibn Sa’d ; niveau rapporté).

E. Anecdotes et détails marquants

La descente de monture. ’Umar et ’Uthman, califes, descendaient de leur monture quand ils croisaient al-’Abbas à pied, par respect pour l’oncle du Prophète ﷺ (Ibn Sa’d ; rapporté).

L’ange de Badr. Un Ansar se vanta d’avoir capturé al-’Abbas. Celui-ci répondit : « Non, par Allah, c’est un homme chauve, au visage lumineux, monté sur un cheval pie, qui m’a fait prisonnier. » L’Ansar insista ; le Prophète ﷺ dit : « Tais-toi, Allah t’a aidé par un ange noble » (Musnad Ahmad ; chaîne discutée).

La cécité. À la fin de sa vie, il perdit la vue. Ibn Sa’d rapporte qu’il disait : « Je préférerais être aveugle plutôt que de voir ce que verra la communauté après moi » (rapporté).

La visite à Abu Talib mourant. C’est al-’Abbas qui, entendant son frère mourant murmurer, dit au Prophète ﷺ : « Il a dit la parole que tu lui demandais. » Le Prophète ﷺ répondit : « Je ne l’ai pas entendue » (Ibn Hisham ; les savants ne retiennent pas ce témoignage contre le hadith explicite de Bukhari).

F. Fin de vie

Il meurt en Rajab 32 H (février 653), à 88 ans, sous ‘Uthman, qui dirige la prière funéraire. Enterré à al-Baqi’. Trois de ses fils gouverneront de grandes provinces sous ’Ali, et son arrière-petit-fils fondera le califat abbasside en invoquant précisément ce lien : « la maison du Prophète ».

G. Ce que l’on retient

  • Une foi qui mûrit. Al-’Abbas ne fut ni un des premiers ni un héros de Badr ; sa conversion fut lente, prudente, et finit par être totale.

  • La parenté ne dispense pas. Le Prophète ﷺ exigea sa rançon comme de tout autre prisonnier.

  • Le service selon ses moyens. Il servit par sa voix, son argent, ses réseaux, sa parenté avec Abu Sufyan — non par l’épée.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
Al-’Abbas tenant la bride à Hunayn ; sa voix Muslim 1775 Établi
’Umar demandant la pluie par lui Bukhari 1010 Établi
Rançon exigée sans grâce Bukhari 4018 Établi
Présence à al-’Aqaba ; captivité et or caché Ibn Hisham, Ibn Sa’d Rapporté
Protection d’Abu Sufyan à la conquête Abu Dawud 3021, Ibn Hisham Bon / rapporté
« L’oncle est comme le père » Tirmidhi 3758, 3761 Discuté
L’ange de Badr Musnad Ahmad Discuté
Descente de monture des califes ; cécité Ibn Sa’d Rapporté

LA TANTE

Safiyya bint ’Abd al-Muttalib — la tante guerrière

Fiche d’identité Safiyya bint ’Abd al-Muttalib
Nom complet Safiyya bint ’Abd al-Muttalib ibn Hashim
Lien Tante paternelle du Prophète ﷺ ; sœur utérine de Hamza ; mère d’al-Zubayr
Naissance La Mecque, vers 569
Époux Al-Harith ibn Harb (frère d’Abu Sufyan), puis al-’Awwam ibn Khuwaylid (frère de Khadija)
Entrée en islam À La Mecque, parmi les premières femmes
Émigration Médine
Mort 20 H / 641, sous ’Umar, vers 73 ans
Sépulture Al-Baqi’, Médine

En une phrase : la sœur de Hamza, la mère de Zubayr, la première femme musulmane à avoir tué un ennemi — et celle qui, devant le corps de son frère, dit : « C’est peu pour la cause d’Allah. »

A. Identité et liens familiaux

Safiyya est la fille de ’Abd al-Muttalib et de Hala bint Wuhayb, comme Hamza. Mariée d’abord à al-Harith ibn Harb, frère aîné d’Abu Sufyan, puis à al-’Awwam ibn Khuwaylid, frère de Khadija, elle est la mère d’al-Zubayr, qu’elle élève seule après la mort de son mari, avec une dureté que les Mecquois lui reprochent — et qu’elle assume en vers. Tante du Prophète ﷺ, belle-sœur de Khadija, mère de l’un des dix promis au Paradis, grand-mère de ’Abdullah ibn al-Zubayr : peu de femmes ont été aussi liées aux premiers temps de l’islam.

B. Entrée en islam

Elle se convertit à La Mecque, avec son fils, et émigre à Médine. Ibn Hajar la compte parmi les compagnons certains, avec le mérite de l’émigration.

C. Ce que les sources disent d’elle

Aucun hadith prophétique explicite ne la concerne dans les deux Sahih ; son portrait vient des ouvrages de sira. Deux épisodes la rendent célèbre.

D. Rôle dans l’histoire

Le Fossé (5 H). Les femmes et les enfants sont enfermés dans le fortin de Hassan ibn Thabit, le poète. Un Juif des Banu Qurayza, alliés des assiégeants, rôde autour du fort pour en tester la garde. Safiyya dit à Hassan : « Il va révéler notre faiblesse aux siens ; descends et tue-le. » Hassan répond : « Qu’Allah te pardonne, fille de ’Abd al-Muttalib, tu sais que je ne suis pas homme à cela. » Elle prend un pieu de la tente, descend, et fracasse la tête de l’homme. Puis elle remonte : « Descends le dépouiller ; moi, je n’ai pas pu, c’est un homme. » Hassan refuse encore. Elle jette alors la tête par-dessus le mur, pour faire croire aux Juifs que le fort est bien gardé, et ils s’éloignent (Ibn Hisham, Ibn Sa’d, Ibn ’Abd al-Barr — niveau rapporté ; Ibn Hisham fait précéder le récit de « on rapporte », et l’épisode a été discuté à cause de l’image qu’il donne de Hassan ; il est néanmoins repris par tous les biographes classiques).

Uhud (3 H). Apprenant que son frère Hamza a été tué et mutilé, elle se rend sur le champ de bataille. Le Prophète ﷺ dit à al-Zubayr : « Va vers ta mère et fais-la revenir, qu’elle ne voie pas ce qui est arrivé à son frère. » Al-Zubayr lui transmet l’ordre. Elle répond : « Pourquoi ? On m’a dit qu’on a mutilé mon frère, et c’est pour Allah ; ce qui est arrivé nous convient. Je serai patiente et je compterai sur la récompense, si Allah le veut. » Al-Zubayr rapporte cette réponse au Prophète ﷺ, qui dit : « Laisse-la passer. » Elle vient près du corps, prie, demande pardon pour lui, et s’en retourne (Ibn Hisham ; niveau rapporté ; Ibn Hajar mentionne qu’elle apporta deux linceuls, l’un pour Hamza, l’autre pour un Ansar sans linceul, qu’on tira au sort).

E. Anecdotes et détails marquants

L’élégie. Elle composa sur la mort du Prophète ﷺ une élégie que rapporte Ibn Sa’d : « Ô œil, pleure, ne te lasse pas… » Et sur Hamza, des vers dans lesquels elle demande à Allah de le loger au Paradis.

La mère de Zubayr. Ibn Sa’d rapporte qu’on la vit frapper son fils enfant, et qu’à un oncle qui s’en indignait, elle répondit : « Je le frappe pour qu’il ait de l’esprit, qu’il écrase les armées et rapporte le butin. » Al-Zubayr devint ce qu’elle avait voulu.

F. Fin de vie

Elle meurt à Médine en 20 H (641), sous ‘Umar, à environ 73 ans ; enterrée à al-Baqi’. Elle est l’une des rares femmes de la famille du Prophète ﷺ à lui avoir survécu de plusieurs années.

G. Ce que l’on retient

  • La patience n’est pas l’insensibilité. Safiyya voulut voir son frère, pria sur lui, pleura ; et dit que c’était peu pour Allah.

  • Le courage n’a pas de sexe. Quand le poète ne descendit pas, la tante du Prophète ﷺ descendit.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
Sa conversion et son émigration Ibn Sa’d, Ibn Hajar Rapporté (consensus des biographes)
Le Juif tué au Fossé Ibn Hisham (« on rapporte »), Ibn Sa’d Rapporté / discuté
Sa venue à Uhud et sa réponse Ibn Hisham Rapporté
Élégies Ibn Sa’d Rapporté

LES COUSINS ET LES FILS ADOPTIFS

13. Ja’far ibn Abi Talib — Ja’far al-Tayyar, celui qui vole

Fiche d’identité Ja’far ibn Abi Talib
Nom complet Ja’far ibn Abi Talib ibn ’Abd al-Muttalib al-Hashimi
Kunya Abu ’Abdillah ; Abu al-Masakin (le père des pauvres)
Titres Al-Tayyar (celui qui vole), Dhu al-Janahayn (l’homme aux deux ailes)
Lien Cousin germain du Prophète ﷺ ; frère aîné de ’Ali
Naissance La Mecque, vers 590
Entrée en islam Parmi les premiers, avec son épouse Asma bint ’Umays
Émigration Abyssinie (615-628), puis Médine (7 H)
Batailles Mu’ta (8 H)
Mort Tué à Mu’ta, Jumada I 8 H / septembre 629, vers 40 ans
Sépulture Al-Mazar, Jordanie

En une phrase : le cousin qui ressemblait au Prophète ﷺ de corps et de caractère, qui exposa l’islam au roi d’Abyssinie, nourrit les pauvres, et perdit ses deux mains en tenant l’étendard.

A. Identité et liens familiaux

Ja’far est le troisième fils d’Abu Talib et de Fatima bint Asad, de dix ans l’aîné de ’Ali. Lors de la sécheresse où le Prophète ﷺ prit ’Ali chez lui, al-’Abbas prit Ja’far. Il épouse Asma bint ’Umays, sœur utérine de Maymuna, qui lui donnera trois fils en Abyssinie — ’Abdullah, Muhammad, ’Awn — et qui épousera après lui Abu Bakr, puis ’Ali. Son fils ’Abdullah ibn Ja’far sera célèbre pour sa générosité.

Abu Hurayra dit de lui : « Personne n’a porté de sandales, ni monté de chameau, ni foulé la poussière après le Messager d’Allah, qui fût meilleur que Ja’far ibn Abi Talib » (Tirmidhi 3764 ; jugé authentique). Et il expliquait pourquoi il le suivait : « J’avais faim, et je posais des questions sur un verset que je connaissais, pour qu’on m’invite à manger ; le meilleur des gens pour les pauvres était Ja’far : il nous emmenait chez lui et nous donnait ce qu’il avait, même une outre de beurre vide, qu’il fendait pour que nous en léchions les parois » (Bukhari 3708).

B. Entrée en islam

Il se convertit très tôt, avec son épouse, avant que le Prophète ﷺ n’entre dans la maison d’al-Arqam — le vingt-cinquième ou trente-deuxième musulman selon Ibn Ishaq. Abu Talib, voyant ’Ali prier à la droite du Prophète ﷺ, dit à Ja’far : « Rejoins-les, et prie à la gauche de ton cousin » (Ibn Sa’d ; rapporté).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • « Tu me ressembles par le corps et le caractère » (Bukhari 2699, Muslim 1783), dit-il en concluant l’affaire de la garde de la fille de Hamza : Ja’far l’avait réclamée parce que sa tante maternelle était son épouse ; le Prophète ﷺ trancha en sa faveur (« la tante maternelle tient lieu de mère »), et consola chacun : à ’Ali « tu es de moi et je suis de toi », à Ja’far « tu me ressembles », à Zayd « tu es notre frère et notre allié ».

  • À son retour d’Abyssinie, le jour même de la prise de Khaybar (7 H), le Prophète ﷺ l’embrassa entre les yeux et dit : « Je ne sais ce qui me réjouit le plus : la conquête de Khaybar ou l’arrivée de Ja’far ? » (al-Hakim, al-Bayhaqi, Abu Dawud 5220 pour l’embrassade ; chaîne discutée, mais le retour à Khaybar est établi par Bukhari 4230).

  • Il annonça sa mort à Médine avant que la nouvelle n’arrive : « Zayd a pris l’étendard et il a été touché ; puis Ja’far l’a pris et il a été touché ; puis Ibn Rawaha l’a pris et il a été touché — et ses yeux coulaient — puis l’étendard a été pris par un sabre d’Allah, Khalid, jusqu’à ce qu’Allah leur donne la victoire » (Bukhari 4262).

D. Rôle dans l’histoire

L’Abyssinie (615-628). Le Prophète ﷺ lui confie la direction du second groupe d’émigrés, environ quatre-vingts personnes. Quraysh envoie ’Amr ibn al-’As et ’Abdullah ibn Abi Rabi’a réclamer leur extradition au Négus, avec des cadeaux pour ses évêques. Le Négus convoque les musulmans. Ja’far prend la parole ; Umm Salama, présente, rapporte son discours, l’une des plus anciennes expositions de l’islam :

« Ô roi, nous étions un peuple d’ignorance : nous adorions les idoles, mangions les bêtes mortes, commettions les turpitudes, rompions les liens de parenté, maltraitions le voisin, et le fort dévorait le faible. Nous étions ainsi jusqu’à ce qu’Allah nous envoie un messager pris parmi nous, dont nous connaissons la lignée, la véracité, la loyauté et la chasteté. Il nous a appelés à Allah, à L’adorer seul et à rejeter ce que nous et nos pères adorions de pierres et d’idoles. Il nous a ordonné la vérité dans la parole, la loyauté dans le dépôt, le lien de parenté, le bon voisinage, et de nous abstenir des interdits et du sang. Il nous a interdit la turpitude, le faux témoignage, la consommation du bien de l’orphelin, la calomnie contre les femmes chastes. Il nous a ordonné d’adorer Allah seul, la prière, l’aumône et le jeûne… Notre peuple nous a persécutés, torturés, pour nous ramener au culte des idoles. Quand ils nous ont opprimés et privés de notre religion, nous sommes venus dans ton pays, nous t’avons choisi entre tous, nous avons espéré ta protection, et nous avons espéré ne pas être opprimés chez toi, ô roi. »

Le Négus demande s’il a quelque chose de ce que son prophète a reçu d’Allah. Ja’far récite le début de la sourate Maryam. Le Négus pleure jusqu’à mouiller sa barbe, ses évêques pleurent sur leurs livres, et il dit : « Ceci et ce qu’a apporté Jésus sortent d’une même lampe. Allez, vous êtes en sécurité dans mon pays » (Musnad Ahmad 1740, Ibn Hisham ; chaîne jugée bonne). ’Amr revient le lendemain avec une question piège sur Jésus ; Ja’far répond : « Nous disons de lui ce que notre Prophète nous a apporté : il est le serviteur d’Allah, Son messager, Son esprit et Sa parole qu’Il a jetée en Marie la vierge. » Le Négus prend une brindille : « Jésus ne dépasse pas ce que tu as dit de la valeur de cette brindille. » Ja’far restera en Abyssinie treize ans, y verra naître ses trois fils, et le Négus deviendra musulman.

Mu’ta (8 H). Le Prophète ﷺ envoie trois mille hommes vers la Syrie byzantine, sous Zayd ibn Haritha ; si Zayd tombe, Ja’far ; si Ja’far tombe, ’Abdullah ibn Rawaha. Ils rencontrent une armée byzantine et arabe chrétienne bien plus nombreuse — cent mille selon Ibn Ishaq, chiffre que les historiens jugent gonflé, mais l’écrasante infériorité est certaine. Zayd tombe. Ja’far prend l’étendard, saute de son cheval fauve, lui coupe les jarrets pour s’interdire la fuite — Ibn Ishaq précise qu’il fut le premier musulman à faire cela — et combat à pied. Sa main droite est coupée ; il prend l’étendard de la gauche ; elle est coupée ; il le serre entre ses bras jusqu’à ce qu’on le tue.

E. Anecdotes et détails marquants

Aucune blessure dans le dos. Ibn ‘Umar, qui était à Mu’ta, raconte : « Nous avons cherché Ja’far parmi les morts et nous avons compté sur son corps quatre-vingt-dix et quelques blessures, de lance et de flèche. » Une autre version de Nafi’ précise : « cinquante, toutes de face, aucune dans le dos » (Bukhari 4260-4261 — niveau établi).

Les deux ailes. Ibn ’Umar, quand il saluait ’Abdullah ibn Ja’far, disait : « La paix sur toi, fils de l’homme aux deux ailes » (Bukhari 3709). Le Prophète ﷺ avait dit : « J’ai vu Ja’far voler au Paradis avec les anges » (Tirmidhi 3763 ; discuté), et : « Allah lui a donné deux ailes à la place de ses deux mains » (al-Hakim, al-Tabarani ; chaîne discutée, mais le surnom est attesté par Ibn ’Umar dans Bukhari).

Le repas des endeuillés. Quand la nouvelle arrive, le Prophète ﷺ dit : « Préparez à manger pour la famille de Ja’far, car il leur est arrivé ce qui les occupe » (Abu Dawud 3132, Tirmidhi 998 ; jugé bon). C’est l’origine de la coutume de nourrir la famille d’un défunt. Il se rend chez Asma, appelle les enfants de Ja’far, les embrasse en pleurant ; Asma comprend : « Est-ce Ja’far ? » — « Oui, il a été tué aujourd’hui. » Il ordonne de raser la tête des trois garçons, et dit à ’Abdullah : « Quant à toi, tu me ressembles de corps et de caractère », et invoque : « Ô Allah, remplace Ja’far dans sa famille, et bénis ’Abdullah dans le commerce de sa main » (Abu Dawud 4192, Musnad Ahmad ; jugé bon).

Le fils sur la monture. Quand les fils de Ja’far vinrent au-devant de l’armée revenant de Mu’ta, le Prophète ﷺ prit ’Abdullah ibn Ja’far derrière lui sur sa monture, et Qutham ou ’Abdullah ibn ’Abbas devant (Muslim 2428).

F. Fin de vie

Il meurt à Mu’ta en Jumada I 8 H (septembre 629), à environ 40 ans (33 selon d’autres), après avoir tenu l’étendard. Enterré sur place, dans le village d’al-Mazar, en Jordanie actuelle, où sa tombe est honorée depuis les premiers siècles avec celles de Zayd et d’Ibn Rawaha.

G. Ce que l’on retient

  • Parler peut valoir combattre. Le discours de Ja’far devant le Négus sauva quatre-vingts personnes sans un coup d’épée, et gagna un roi.

  • Les pauvres comme famille. Abu Hurayra, qui avait connu tous les compagnons, plaçait Ja’far au-dessus de tous pour sa bonté envers les pauvres.

  • Ne pas fuir. Il coupa les jarrets de son cheval : il avait décidé avant le combat comment il finirait.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
« Tu me ressembles par le corps et le caractère » Bukhari 2699, Muslim 1783 Établi
Ja’far et les pauvres (outre de beurre) Bukhari 3708 Établi
Annonce de sa mort par le Prophète ﷺ Bukhari 4262 Établi
Blessures comptées par Ibn ’Umar, aucune au dos Bukhari 4260-4261 Établi
Surnom « l’homme aux deux ailes » Bukhari 3709 Établi
Discours devant le Négus Musnad Ahmad 1740, Ibn Hisham Bon
Repas pour la famille de Ja’far Abu Dawud 3132, Tirmidhi 998 Bon
« Khaybar ou Ja’far ? » Al-Hakim, al-Bayhaqi Discuté
Mains coupées, étendard serré, jarrets coupés Ibn Ishaq Rapporté

16. Zayd ibn Haritha — le bien-aimé du Messager d’Allah

Fiche d’identité Zayd ibn Haritha
Nom complet Zayd ibn Haritha ibn Sharahil al-Kalbi
Kunya Abu Usama
Titre Hibb Rasul Allah (le bien-aimé du Messager d’Allah)
Lien Esclave affranchi, fils adoptif jusqu’à l’abolition de l’adoption
Naissance Tribu de Kalb, nord de l’Arabie, vers 581
Entrée en islam 610, premier homme après Abu Bakr selon la majorité, ou avant lui
Émigration Médine, 622
Batailles Toutes, de Badr à Mu’ta ; commandant de sept expéditions
Mort Tué à Mu’ta, Jumada I 8 H / septembre 629, vers 55 ans
Sépulture Al-Mazar, Jordanie

En une phrase : l’enfant enlevé et vendu, qui préféra son maître à son père, devint « Zayd fils de Muhammad », puis le seul compagnon nommé dans le Coran, et mourut l’étendard à la main.

A. Identité et liens familiaux

Zayd est né dans la tribu de Kalb, au nord de l’Arabie, fils de Haritha et de Su’da bint Tha’laba, des Banu Ma’n. Enfant, en voyage avec sa mère chez sa famille maternelle, il est enlevé par des cavaliers des Banu al-Qayn et vendu au marché de ’Ukaz pour quatre cents dirhams à Hakim ibn Hizam, qui l’achète pour sa tante Khadija. Khadija l’offre à son époux Muhammad ﷺ après leur mariage. Il a alors huit ans environ.

Il épouse Umm Ayman (Baraka), la nourrice abyssinienne du Prophète ﷺ, qui lui donne Usama ; puis Zaynab bint Jahsh, cousine du Prophète ﷺ, dont il divorce ; puis Umm Kulthum bint ’Uqba, et d’autres. Petit, très brun, le nez épaté, il ne ressemble en rien à son fils Usama, de peau plus claire ; mais un physiognomoniste, voyant leurs pieds dépasser d’une couverture, dit : « Ces pieds sont les uns des autres », et le Prophète ﷺ en fut illuminé de joie (Bukhari 3555).

B. Le choix de Zayd, et l’adoption

Le récit est rapporté par Ibn Sa’d et Ibn Hisham (niveau rapporté, mais universellement accepté). Le père de Zayd, Haritha, le pleure en vers depuis des années. Des pèlerins de Kalb reconnaissent l’enfant à La Mecque ; Haritha et son frère Ka’b viennent avec une rançon. Le Prophète ﷺ leur dit : « Faites mieux que cela : je le laisse choisir ; s’il vous choisit, il est à vous sans rançon ; s’il me choisit, je ne suis pas homme à préférer quelqu’un à celui qui m’a choisi. » Zayd, devant son père et son oncle, répond : « Je ne te préférerai jamais personne ; tu es pour moi le père et l’oncle. » Haritha s’indigne : « Tu préfères l’esclavage à la liberté, à ton père, à ta famille ? — J’ai vu de cet homme des choses telles que je ne lui préférerai jamais personne. » Le Prophète ﷺ le conduit alors au Hijr de la Ka’ba et proclame : « Témoignez que Zayd est mon fils, il hérite de moi et j’hérite de lui. » Le père repart consolé. On l’appela « Zayd ibn Muhammad » jusqu’à ce que le Coran interdise l’adoption comme lien de filiation : « Appelez-les du nom de leurs pères, c’est plus juste devant Allah » (33:5). Ibn ’Umar témoigne : « Nous n’appelions Zayd ibn Haritha que Zayd ibn Muhammad, jusqu’à ce que descende ce verset » (Bukhari 4782, Muslim 2425 — niveau établi).

Ce que la réforme signifie. L’abolition de l’adoption ne supprima ni l’affection ni la protection : le Prophète ﷺ continua d’aimer Zayd comme un fils, de l’appeler « notre frère et notre affranchi » (Bukhari 2699), et de traiter Usama comme un petit-fils. Elle distingua la filiation biologique — qui a des conséquences juridiques en matière d’héritage et de mariage — de la responsabilité éducative, qui reste un devoir et un mérite. Le Coran dit ailleurs : « Ils sont vos frères en religion et vos alliés » (33:5).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • Le seul compagnon nommé dans le Coran : « Quand Zayd eut cessé toute relation avec elle, Nous te la fîmes épouser, afin qu’il n’y ait aucun blâme pour les croyants d’épouser les femmes de leurs fils adoptifs » (33:37).

  • « Tu es notre frère et notre affranchi » (Bukhari 2699).

  • Nommé chef de toutes les expéditions où il fut envoyé ; ’Aisha dit : « Le Messager d’Allah ne l’envoya jamais dans une armée sans le mettre à sa tête, et s’il lui avait survécu, il l’aurait désigné pour lui succéder » (Musnad Ahmad 25878 ; chaîne jugée bonne).

  • Sur les murmures contre le commandement d’Usama : « Par Allah, il en était digne, et son père avant lui en était digne, et il était l’un des hommes que j’aimais le plus » (Bukhari 3730, 4469).

  • ’Aisha rapporte qu’après la mort de Zayd, le Prophète ﷺ le pleura et dit à Sa’d ibn ’Ubada qui s’en étonnait : « Ce sont les larmes de celui qui aime, pour celui qu’il aime » (Ibn Sa’d, Musnad Ahmad ; discuté).

D. Rôle dans l’histoire

Ta’if (619). Quand le Prophète ﷺ, après la mort d’Abu Talib, va chercher la protection de Ta’if, Zayd est le seul à l’accompagner. Lapidé par les enfants et les esclaves de la ville, le Prophète ﷺ est protégé par Zayd, qui fait rempart de son corps et est blessé à la tête (Ibn Hisham ; rapporté).

Médine. À Badr, c’est Zayd qui, sur la chamelle du Prophète ﷺ, galope jusqu’à Médine annoncer la victoire (Ibn Hisham). Il dirige au moins sept expéditions — al-Qarada, Banu Sulaym, al-’Is, al-Taraf, Hisma, Wadi al-Qura, Umm Qirfa — avec succès, sauf une embuscade à Wadi al-Qura où il perd des hommes et revient prendre sa revanche. Il est plusieurs fois laissé à la tête de Médine pendant les absences du Prophète ﷺ.

Zaynab. Le Prophète ﷺ le marie à sa cousine Zaynab bint Jahsh, contre l’avis de la famille de celle-ci qui juge un affranchi indigne d’une Hachémite ; le verset 33:36 tranche. Le mariage ne fonctionne pas ; Zayd se plaint, le Prophète ﷺ lui dit : « Garde ton épouse et crains Allah » ; Zayd divorce ; et le Coran ordonne au Prophète ﷺ d’épouser Zaynab pour abolir dans les faits le tabou de l’adoption (33:37). ’Aisha dira : « S’il avait dû cacher un verset, c’est celui-ci » (Bukhari 4787). Les savants sunnites, à la suite d’Ibn Kathir, précisent que ce que le Prophète ﷺ « cachait » était ce qu’Allah lui avait fait savoir de l’issue, non un sentiment.

Mu’ta. Premier commandant de l’armée envoyée en 8 H vers la Syrie, il combat l’étendard à la main jusqu’à tomber transpercé de lances (Bukhari 4262).

E. Anecdotes et détails marquants

Le tissu partagé. Le Prophète ﷺ reçut des tissus rayés du Yémen et les distribua ; il en donna un à Zayd, un à Usama, et fit porter à Usama l’un des deux le jour de sa mort. Petit détail des Tabaqat qui montre l’affection.

Les marchés de la Mecque. Le jeune Zayd accompagnait le Prophète ﷺ partout ; Ibn Ishaq le compte parmi les tout premiers à croire, le lendemain de la première révélation, avant Abu Bakr selon certains — après lui selon la majorité.

F. Fin de vie

Il meurt à Mu’ta, à environ 55 ans, premier des trois commandants à tomber. Enterré à al-Mazar. À Médine, sa fille, en apprenant la nouvelle, se jette sur le Prophète ﷺ en sanglotant ; il pleure avec elle (Ibn Sa’d ; rapporté).

G. Ce que l’on retient

  • La liberté d’un esclave. Zayd, esclave, refusa la liberté que lui offrait son père pour rester avec un homme qu’il avait jugé sur ses actes.

  • La loi contre le sentiment. L’adoption fut abolie sur la personne de celui que le Prophète ﷺ aimait le plus : la loi d’Allah passe avant les attachements du cœur.

  • L’ascension par la foi. Un ancien esclave commandait Abu Bakr et ’Umar en expédition ; son fils fit de même.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
Nommé dans le Coran 33:37 Coran
« Zayd ibn Muhammad » jusqu’au verset 33:5 Bukhari 4782, Muslim 2425 Établi
Physiognomoniste et joie du Prophète ﷺ Bukhari 3555 Établi
« Digne du commandement, l’un de ceux que j’aimais le plus » Bukhari 3730, 4469 Établi
Mort à Mu’ta l’étendard à la main Bukhari 4262 Établi
Choix de Zayd entre son père et le Prophète ﷺ Ibn Sa’d, Ibn Hisham Rapporté
Ta’if Ibn Hisham Rapporté
« Il l’aurait désigné pour lui succéder » (’Aisha) Musnad Ahmad Bon
« Les larmes de celui qui aime » Ibn Sa’d, Musnad Ahmad Discuté

17. Usama ibn Zayd — le bien-aimé, fils du bien-aimé

Fiche d’identité Usama ibn Zayd
Nom complet Usama ibn Zayd ibn Haritha al-Kalbi
Kunya Abu Muhammad, Abu Zayd
Titre Al-Hibb ibn al-Hibb (le bien-aimé, fils du bien-aimé)
Lien Fils de Zayd et d’Umm Ayman, la nourrice du Prophète ﷺ ; élevé dans sa maison
Naissance La Mecque, vers 614
Entrée en islam Né musulman
Batailles Uhud à Hunayn ; commandant de l’armée de Syrie à 17-18 ans
Mort 54 H / 674, vers 60 ans
Sépulture Al-Jurf, près de Médine

En une phrase : l’enfant noir que le Prophète ﷺ prenait sur ses genoux avec al-Hasan, le jeune homme qu’il mit à la tête d’Abu Bakr et de ’Umar, et celui qu’il réprimanda pour avoir tué un homme qui venait de dire « il n’y a de dieu qu’Allah ».

A. Identité et liens familiaux

Usama naît à La Mecque, vers la quatrième année de la mission, de Zayd et de Baraka, dite Umm Ayman, l’esclave abyssinienne héritée par le Prophète ﷺ de son père, qui l’avait élevé orphelin, et qu’il appelait « ma mère après ma mère ». Il grandit dans la maison du Prophète ﷺ, noir de peau comme sa mère, le nez épaté ; il est, avec al-Hasan, l’enfant que l’on voit le plus souvent dans les bras du Prophète ﷺ.

B. Entrée en islam

Né musulman, il est trop jeune pour Badr et Uhud — le Prophète ﷺ le renvoie d’Uhud avec les autres enfants — et combat à partir du Fossé.

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • Il le prenait sur un genou et al-Hasan sur l’autre, et disait : « Ô Allah, je les aime tous deux ; aime-les » (Bukhari 3735, 6003).

  • Il dit à ’Aisha : « Aime-le, car je l’aime » (Tirmidhi 3818 ; jugé bon).

  • Sur son commandement : « Si vous critiquez son commandement, vous critiquiez celui de son père avant lui. Par Allah, il en était digne, et il était l’un des hommes que j’aimais le plus ; et celui-ci [Usama] est l’un des hommes que j’aime le plus après lui » (Bukhari 3730, Muslim 2426).

  • Une femme des Makhzum ayant volé, Quraysh chercha qui pourrait intercéder : « Qui, sinon Usama, le bien-aimé du Messager d’Allah ? » Usama parla ; le Prophète ﷺ dit : « Tu intercèdes contre une peine fixée par Allah ? » Puis il se leva et prêcha : « Ceux qui vous ont précédés ont péri parce que, quand un noble volait, ils le laissaient, et quand un faible volait, ils lui appliquaient la peine. Par Allah, si Fatima, fille de Muhammad, avait volé, je lui aurais coupé la main » (Bukhari 3475, Muslim 1688).

D. Rôle dans l’histoire

L’homme qui dit « la ilaha illa Allah ». Lors de l’expédition contre les Juhayna à al-Huraqa, Usama et un Ansar poursuivent un homme qui, rattrapé, prononce l’attestation de foi. L’Ansar s’arrête ; Usama le transperce. De retour, il le raconte au Prophète ﷺ, qui demande : « Il a dit “la ilaha illa Allah” et tu l’as tué ? — Ô Messager d’Allah, il ne l’a dit que par peur des armes. — As-tu fendu son cœur pour savoir s’il le disait ou non ? » Et il répète : « Que feras-tu de “la ilaha illa Allah” quand elle viendra le Jour de la Résurrection ? » tant de fois qu’Usama dit : « J’ai souhaité n’être entré en islam que ce jour-là » (Bukhari 4269, Muslim 96 — niveau établi). Ce hadith fonde une règle : on juge les hommes sur ce qu’ils déclarent, et nul n’a accès aux intentions. Usama en tira une leçon pour sa vie : il ne combattit plus jamais un musulman.

L’armée d’Usama. En Safar 11 H, le Prophète ﷺ, déjà malade, confie à Usama — dix-sept ou dix-huit ans — le commandement d’une armée pour venger Mu’ta, où son père est tombé ; y servent Abu Bakr, ’Umar, Sa’d ibn Abi Waqqas. Des voix s’élèvent sur son âge ; le Prophète ﷺ monte en chaire, la tête bandée, pour les faire taire (Bukhari 4469). Il meurt avant le départ. Abu Bakr, calife, contre tous les avis, fait partir l’armée : « Je ne dénouerai pas un étendard noué par le Messager d’Allah. » Il l’accompagne à pied, Usama à cheval ; Usama veut descendre : « Par Allah, tu ne descendras pas et je ne monterai pas. » Il lui demande de laisser ’Umar à Médine : Usama accepte — le calife demandant la permission au commandant de dix-huit ans (Ibn Sa’d, al-Tabari ; rapporté). L’expédition rentre victorieuse au bout de quarante jours.

Le retrait. Usama refuse de prendre part aux guerres civiles. À ’Ali qui lui demande son aide, il écrit : « Si tu étais dans la gueule d’un lion, j’y entrerais avec toi ; mais ceci, je ne le vois pas » (Ibn Sa’d ; rapporté). Il rappelait le hadith du cœur qu’on ne fend pas.

E. Anecdotes et détails marquants

Le sang essuyé. Enfant, il trébucha sur le seuil et se blessa au front. ’Aisha, dégoûtée par le sang, hésita ; le Prophète ﷺ dit : « Ôte-lui cela », puis l’essuya lui-même et l’embrassa, en disant : « Si Usama était une fille, je l’aurais parée et habillée pour la marier » (Ibn Majah 1976 ; jugé bon).

La pension de ’Umar. ’Umar fixa à Usama une pension de trois mille cinq cents dirhams, et à son propre fils ’Abdullah trois mille. ’Abdullah protesta : « Il n’a pas devancé mes pas ni assisté à ce que j’ai vu. » ’Umar répondit : « Son père était plus cher au Messager d’Allah que ton père, et lui plus cher que toi » (Tirmidhi 3813 ; rapporté aussi par Ibn Sa’d).

Le tissu du Yémen. Le Prophète ﷺ lui donna un manteau copte épais ; Usama en vêtit son épouse ; le Prophète ﷺ lui dit de lui faire porter un sous-vêtement dessous, « car je crains qu’il ne dessine la forme de ses os » (Musnad Ahmad ; jugé bon) — origine d’une règle sur la transparence des vêtements.

F. Fin de vie

Il meurt en 54 H (674), à environ 60 ans, à al-Jurf près de Médine (ou à Wadi al-Qura selon d’autres), et est enterré à Médine.

G. Ce que l’on retient

  • La couleur n’est rien. Le fils d’une esclave abyssinienne commandait les plus grands de Quraysh.

  • Nul n’ouvre les cœurs. Le hadith d’al-Huraqa reste l’un des textes fondateurs contre l’excommunication des musulmans.

  • L’amour ne dispense pas de la correction. Le Prophète ﷺ aimait Usama plus que tous et le reprit devant tous.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
Sur les genoux avec al-Hasan Bukhari 3735, 6003 Établi
Défense de son commandement Bukhari 3730, 4469, Muslim 2426 Établi
Intercession pour la voleuse ; « si Fatima volait » Bukhari 3475, Muslim 1688 Établi
L’homme qui dit « la ilaha illa Allah » Bukhari 4269, Muslim 96 Établi
« Aime-le, car je l’aime » Tirmidhi 3818 Bon
Le sang essuyé ; « si Usama était une fille » Ibn Majah 1976 Bon
Pension de ’Umar Tirmidhi 3813, Ibn Sa’d Bon / rapporté
Abu Bakr à pied près d’Usama à cheval Ibn Sa’d, al-Tabari Rapporté
Lettre à ’Ali (« la gueule d’un lion ») Ibn Sa’d Rapporté

LES ENFANTS DU PROPHÈTE ﷺ

Tous les enfants du Prophète ﷺ naquirent de Khadija, sauf Ibrahim, né de Mariya la Copte. Trois garçons, tous morts en bas âge ; quatre filles, dont trois moururent de son vivant. Anas ibn Malik dit : « Je n’ai vu personne de plus miséricordieux envers les enfants que le Messager d’Allah » (Muslim 2316). Cet homme qui aimait les enfants les enterra presque tous.

Al-Qasim

Premier-né, à La Mecque, avant la mission. C’est de lui que le Prophète ﷺ tient sa kunya, Abu al-Qasim, sous laquelle les compagnons l’appellent souvent dans les hadiths. Il mourut à environ deux ans — « à l’âge où il commençait à marcher », selon Ibn Sa’d —, avant la Révélation. Sa mort est à l’origine du mot abtar (« sans postérité ») dont les Mecquois qualifièrent le Prophète ﷺ (Ibn Sa’d ; rapporté).

’Abdullah, dit al-Tayyib et al-Tahir

Né après le début de la mission — d’où ses surnoms, « le bon » et « le pur », qu’il reçut selon Ibn Sa’d parce qu’il était né dans l’islam —, il mourut nourrisson. Les biographes divergent sur le nombre de garçons : deux ou trois, al-Tayyib et al-Tahir étant pour la plupart un seul enfant, ’Abdullah. À sa mort, al-’As ibn Wa’il dit : « Muhammad est un abtar ; quand il mourra, son souvenir s’effacera. » Allah révéla la sourate al-Kawthar : « Nous t’avons donné l’abondance… C’est ton ennemi qui est sans postérité » (108:1-3 ; cause de révélation rapportée par Ibn ’Abbas, al-Tabari ; niveau rapporté ; le sens est confirmé par l’histoire : la descendance du Prophète ﷺ compte aujourd’hui des millions de personnes, celle d’al-’As s’est éteinte).

Zaynab bint Muhammad — l’aînée

Fiche d’identité Zaynab bint Muhammad
Naissance La Mecque, vers 600, dix ans avant la mission
Époux Abu al-‘As ibn al-Rabi’, fils de Hala, sœur de Khadija
Enfants ’Ali (mort enfant), Umama
Mort 8 H / 629-630, à Médine

Mariée avant l’islam à son cousin Abu al-‘As ibn al-Rabi’, marchand estimé de La Mecque, elle se convertit avec sa mère ; son mari reste polythéiste. Quraysh le presse de la répudier en lui promettant n’importe quelle femme ; il refuse : « Je ne me séparerai pas d’elle, et je ne veux d’aucune autre femme de Quraysh. » Le Prophète ﷺ dira de lui : « Il m’a parlé et a dit vrai, il m’a promis et a tenu » (Bukhari 3110, 3729). Séparée de son père par l’Hégire, Zaynab reste à La Mecque.

Le collier. Abu al-’As est fait prisonnier à Badr. Pour sa rançon, Zaynab envoie ce qu’elle a : un collier d’onyx que Khadija lui avait offert le jour de son mariage. Quand le Prophète ﷺ le voit, il est saisi d’émotion et dit aux compagnons : « Si vous jugez bon de libérer son prisonnier et de lui rendre ce qui est à elle, faites-le. » Ils acceptent (Abu Dawud 2692, Musnad Ahmad ; jugé bon). Abu al-’As, libéré, promet de laisser Zaynab rejoindre son père.

L’agression. Sur la route de Médine, escortée par Kinana, le frère de son mari, Zaynab est rattrapée par des Mecquois ; Habbar ibn al-Aswad frappe sa monture de sa lance ; elle tombe sur un rocher, enceinte, et perd son enfant. Kinana bande son arc et les tient à distance jusqu’à ce qu’Abu Sufyan négocie un départ discret de nuit (Ibn Hisham, al-Tabarani ; niveau rapporté). Ibn Hajar rapporte que le Prophète ﷺ dit : « Elle est la meilleure de mes filles, elle a souffert à cause de moi » (al-Hakim, al-Tabarani ; chaîne discutée, certains la jugent faible). Elle ne se remit jamais de l’hémorragie.

Les retrouvailles. En 6 H, Abu al-‘As, capturé une seconde fois avec une caravane, se réfugie chez Zaynab à Médine ; elle proclame à la prière de l’aube : « J’accorde ma protection à Abu al-’As ibn al-Rabi’ ! » Le Prophète ﷺ dit : « Le plus humble des musulmans peut accorder sa protection », mais interdit à Zaynab de vivre avec lui tant qu’il est polythéiste (Abu Dawud 2732 ; Ibn Hisham). Abu al-’As rentre à La Mecque, rend tous les dépôts de la caravane à leurs propriétaires, puis se convertit et revient : le Prophète ﷺ lui rend Zaynab « sur leur premier mariage » selon la majorité (Abu Dawud 2240, Tirmidhi 1143 ; jugé bon).

Sa mort. Elle meurt en 8 H. Umm ’Atiyya rapporte que le Prophète ﷺ entra pendant qu’on la lavait : « Lavez-la trois fois, ou cinq, ou plus si vous le jugez bon, avec de l’eau et du jujubier, et mettez du camphre à la fin ; quand vous aurez fini, avertissez-moi. » Il leur donna son propre pagne : « Enveloppez-la dedans » (Bukhari 1253, Muslim 939 — niveau établi ; les commentateurs identifient la fille comme Zaynab). Il descendit dans sa tombe, le visage bouleversé, puis en sortit apaisé : « J’ai pensé à sa faiblesse et j’ai demandé à Allah de lui alléger la pression de la tombe » (Ibn Sa’d ; discuté). Son mari Abu al-’As mourut en 12 H.

Ruqayya

Fiche d’identité Ruqayya bint Muhammad
Naissance La Mecque, vers 601
Époux ’Utba ibn Abi Lahab (non consommé), puis ’Uthman ibn ’Affan
Enfant ’Abdullah, mort à six ans
Mort Ramadan 2 H / 624, pendant Badr

Fiancée enfant à ’Utba, fils d’Abu Lahab ; quand descend la sourate al-Masad, Abu Lahab dit à ses fils : « Ma tête ne sera pas licite à la vôtre tant que vous n’aurez pas répudié les filles de Muhammad » (Ibn Sa’d ; rapporté). Elle épouse ’Uthman, l’un des plus beaux hommes de La Mecque ; on dit : « Le plus beau couple qu’aient vu des yeux humains ». Ils partent ensemble en Abyssinie ; le Prophète ﷺ dit : « Ils sont les premiers à émigrer avec leur famille pour Allah depuis Lot » (Ibn Sa’d, al-Bayhaqi ; discuté). Rentrés, ils émigrent à Médine ; leur fils ’Abdullah, né en Abyssinie, y meurt à six ans, blessé à l’œil par un coq (Ibn Sa’d).

Elle tombe malade — de la rougeole selon Ibn Sa’d — au moment où l’armée part pour Badr ; le Prophète ﷺ ordonne à ’Uthman de rester la soigner, et lui attribue sa part et sa récompense (Bukhari 3130). Elle meurt le jour même où Zayd ibn Haritha entre à Médine annoncer la victoire : on venait de combler sa tombe (Ibn Sa’d ; rapporté). ’Uthman est donc absent de Badr pour elle, et c’est de Ruqayya et de sa sœur qu’il tient le titre « l’homme aux deux lumières ».

Umm Kulthum

Fiche d’identité Umm Kulthum bint Muhammad
Naissance La Mecque, vers 603
Époux ’Utayba ibn Abi Lahab (non consommé), puis ’Uthman ibn ’Affan (3 H)
Enfants Aucun
Mort Sha’ban 9 H / 630

Fiancée à ‘Utayba, autre fils d’Abu Lahab, répudiée sur ordre de son père. Ibn Ishaq rapporte que ’Utayba vint ensuite insulter le Prophète ﷺ et cracher vers lui, et que le Prophète ﷺ dit : « Ô Allah, envoie contre lui un de Tes chiens » ; en Syrie, un lion le tira du milieu de la caravane et le dévora (Ibn Hisham, al-Hakim ; niveau discuté, célèbre mais de chaîne faible). Après la mort de Ruqayya, ’Uthman l’épouse en Rabi’ I 3 H ; Ibn Sa’d rapporte que le Prophète ﷺ dit à ’Uthman que Jibril lui avait ordonné de la lui donner « avec la même dot et la même compagnie que sa sœur » (discuté).

Elle meurt sans enfant en 9 H. À ses funérailles, Anas rapporte : « Nous assistions à l’enterrement d’une fille du Messager d’Allah ; il était assis au bord de la tombe, et je voyais ses yeux couler. Il dit : “Y a-t-il parmi vous un homme qui n’ait pas eu de rapports cette nuit ?” Abu Talha dit : “Moi.” — “Descends dans sa tombe.” Et il descendit » (Bukhari 1285 — niveau établi ; les commentateurs, dont Ibn Hajar, identifient cette fille comme Umm Kulthum). ’Uthman, qui pleura sa deuxième épouse en six ans, entendit le Prophète ﷺ dire : « Si j’en avais une troisième, je te la donnerais » (Ibn ’Abd al-Barr ; discuté).

Ibrahim

Fiche d’identité Ibrahim ibn Muhammad
Naissance Médine, Dhul-Hijja 8 H / mars 630
Mère Mariya la Copte
Mort 10 H / 631, à seize ou dix-huit mois
Sépulture Al-Baqi’, Médine

Le dernier enfant du Prophète ﷺ naît quand il a soixante ans, de Mariya, la Copte envoyée par le gouverneur d’Égypte. Abu Rafi’, l’affranchi, apporte la nouvelle et reçoit un esclave en cadeau. Le Prophète ﷺ le nomme d’après son ancêtre Ibrahim, fait l’’aqiqa le septième jour, rase sa tête et donne en aumône le poids des cheveux en argent (Ibn Sa’d ; rapporté). L’enfant est confié à une nourrice, Umm Sayf, épouse d’un forgeron nommé Abu Sayf, dans le quartier des ’Awali. Anas raconte : « Le Messager d’Allah nous emmenait chez Abu Sayf ; il prenait Ibrahim, l’embrassait et le sentait » — dans la fumée et le bruit de la forge (Muslim 2316).

Sa mort. Anas encore : « Nous entrâmes chez Abu Sayf ; Ibrahim rendait l’âme. Les yeux du Messager d’Allah se mirent à couler. ’Abd al-Rahman ibn ’Awf lui dit : “Toi aussi, ô Messager d’Allah ?” Il répondit : “Ô Ibn ’Awf, c’est une miséricorde.” Puis il pleura encore et dit : “L’œil pleure, le cœur s’attriste, et nous ne disons que ce qui satisfait notre Seigneur ; et nous sommes attristés par ta séparation, ô Ibrahim” » (Bukhari 1303, Muslim 2315 — niveau établi). Il ajouta : « Il aura une nourrice au Paradis pour achever son allaitement » (Bukhari 1382).

L’éclipse. Le jour de sa mort, le soleil s’éclipsa. Les gens dirent : « Le soleil s’est éclipsé pour la mort d’Ibrahim ! » Le Prophète ﷺ pria la prière de l’éclipse, longue, puis dit : « Le soleil et la lune sont deux signes parmi les signes d’Allah ; ils ne s’éclipsent ni pour la mort ni pour la vie de personne. Quand vous voyez cela, priez et invoquez Allah » (Bukhari 1043, Muslim 915 — niveau établi). Le lecteur non musulman notera l’importance de ce geste : un chef religieux, en deuil, à qui l’on offre un miracle sur un plateau, et qui le refuse par honnêteté.

28. Fatima al-Zahra — la dame des femmes du Paradis

Fiche d’identité Fatima bint Muhammad
Nom complet Fatima bint Muhammad ibn ’Abdillah al-Hashimiyya
Kunya Umm Abiha (la mère de son père), Umm al-Hasan
Titres Al-Zahra (la resplendissante), al-Batul (la retirée du monde), Sayyidat nisa’ ahl al-Janna (la dame des femmes du Paradis)
Lien Fille cadette du Prophète ﷺ et de Khadija ; épouse de ’Ali
Naissance La Mecque, vers 605, cinq ans avant la mission (dates discutées : de 605 à 612)
Mariage Avec ’Ali, en Dhul-Hijja 2 H ; mariage consommé après Badr
Enfants Al-Hasan, al-Husayn, Zaynab, Umm Kulthum ; Muhsin (mort en bas âge, selon certains)
Mort Ramadan 11 H / 632, six mois après son père, vers 28 ans
Sépulture Al-Baqi’, Médine, de nuit

En une phrase : la fille qui ressemblait le plus à son père, qui prit soin de lui après la mort de Khadija, tourna la meule jusqu’à s’en user les mains, et fut la première de sa famille à le rejoindre.

A. Identité et liens familiaux

Fatima est la plus jeune des enfants de Khadija — ou la troisième fille selon certains. La date de sa naissance est l’une des plus discutées de la Sira : cinq ans avant la mission selon la majorité sunnite (Ibn ’Abd al-Barr, Ibn Hajar), soit vers 605 ; cinq ans après la mission selon la tradition chiite. Elle ressemble à son père plus que quiconque : ’Aisha dit : « Je n’ai vu personne qui lui ressemble davantage, dans sa façon de parler et de se tenir, que Fatima. Quand elle entrait chez lui, il se levait vers elle, l’embrassait et la faisait asseoir à sa place ; et quand il entrait chez elle, elle se levait vers lui, l’embrassait et le faisait asseoir à sa place » (Abu Dawud 5217, Tirmidhi 3872 ; jugé authentique).

Elle épouse ’Ali, qui n’épousera aucune autre femme de son vivant, et lui donne al-Hasan (3 H), al-Husayn (4 H), Zaynab et Umm Kulthum. C’est par ses deux fils que passe toute la descendance du Prophète ﷺ : les sharifs (par al-Hasan) et les sayyids (par al-Husayn).

B. Enfance et épreuves

Elle grandit sous la persécution. Ibn Mas’ud raconte : le Prophète ﷺ priait à la Ka’ba ; Abu Jahl proposa d’aller chercher les entrailles d’une chamelle qu’on venait d’égorger ; ’Uqba ibn Abi Mu’ayt les jeta sur son dos pendant qu’il était prosterné ; les polythéistes riaient à se renverser les uns sur les autres. « Quelqu’un alla prévenir Fatima, qui était encore une petite fille ; elle vint, les enleva de son dos, puis se tourna vers eux et les insulta » (Bukhari 240, Muslim 1794 — niveau établi). Après la mort de Khadija, en 619, elle prend soin de son père, panse ses blessures de Ta’if et d’Uhud — elle brûla un morceau de natte pour en appliquer la cendre sur sa joue blessée à Uhud (Bukhari 243) —, au point d’être surnommée « la mère de son père ».

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit d’elle

  • « Fatima est une partie de moi ; qui la met en colère me met en colère » (Bukhari 3714, 3767, Muslim 2449). Contexte : ’Ali avait demandé en mariage la fille d’Abu Jahl ; le Prophète ﷺ dit en chaire : « Je n’autorise pas, je n’autorise pas, je n’autorise pas — sauf si le fils d’Abu Talib veut divorcer de ma fille et épouser leur fille. Fatima est une partie de moi ; ce qui la trouble me trouble. » ’Ali renonça.

  • Pendant sa dernière maladie, il l’appela, lui murmura quelque chose, elle pleura ; puis il lui murmura autre chose, elle rit. ’Aisha demanda ; Fatima refusa de révéler le secret du Prophète ﷺ. Après sa mort, elle dit : « Il m’a dit que Jibril révisait le Coran avec lui une fois par an, et deux fois cette année, et qu’il n’y voyait que l’approche de sa mort — j’ai pleuré. Puis il m’a dit : “Ne te réjouis-tu pas d’être la dame des femmes des croyants, ou la dame des femmes de cette communauté ?” — et j’ai ri » (Bukhari 3623-3624, 6285-6286, Muslim 2450 — niveau établi). Une version ajoute : « Tu seras la première de ma famille à me rejoindre. »

  • « Les meilleures femmes du Paradis : Khadija bint Khuwaylid, Fatima bint Muhammad, Maryam bint ’Imran et Asiya, femme de Pharaon » (Musnad Ahmad 2903 ; jugé authentique).

  • Le hadith du manteau (Muslim 2424) et le verset de la purification (33:33).

D. Le mariage et la vie quotidienne

’Ali n’a rien. Le Prophète ﷺ lui demande : « As-tu quelque chose ? — Non. — Et ta cotte de mailles ? » Il la vend (quatre cent quatre-vingts dirhams selon Ibn Sa’d) — celle-là même que ’Uthman lui rachète puis lui rend en cadeau, selon un récit rapporté. Le trousseau, selon Ibn Sa’d : un lit tressé de fibres, un coussin de cuir bourré de feuilles de palmier, une outre, deux jarres, une meule. Le Prophète ﷺ demanda de l’eau, s’en aspergea, puis en aspergea ’Ali et Fatima, et dit : « Ô Allah, bénis-les et bénis leur descendance » (Ibn Sa’d, al-Tabarani ; rapporté).

Fatima tourne la meule jusqu’à avoir les mains calleuses, porte l’outre jusqu’à en avoir le cou marqué, balaie jusqu’à ce que ses vêtements soient couverts de poussière. ’Ali raconte : « Apprenant que le Prophète recevait des captifs, elle alla lui demander une servante ; elle ne le trouva pas et le dit à ’Aisha. Le soir, il vint chez nous ; nous étions déjà couchés ; nous voulûmes nous lever, il dit : “Restez.” Il s’assit entre nous, si près que je sentis la fraîcheur de ses pieds sur mon ventre, et dit : “Ne vous indiquerai-je pas quelque chose de meilleur qu’une servante ? Quand vous allez au lit, dites trente-trois fois subhan Allah, trente-trois fois al-hamdu lillah, trente-quatre fois Allahu akbar : c’est meilleur pour vous qu’une servante.” » ’Ali ajoute : « Je ne l’ai plus jamais abandonné depuis » — et quand on lui demande : « Même la nuit de Siffin ? » — « Même la nuit de Siffin » (Bukhari 3113, 5361, Muslim 2727 — niveau établi). C’est le « tasbih de Fatima », que des millions de musulmans récitent chaque soir.

E. Anecdotes et détails marquants

L’amour de la fille. Quand le Prophète ﷺ revenait de voyage, il commençait par la mosquée, puis allait chez Fatima avant d’aller chez ses épouses (Abu Dawud 4213, jugé bon).

Le voile par pudeur. Interrogée sur ce qui est le meilleur pour une femme, elle répondit : « Qu’elle ne voie pas les hommes et qu’ils ne la voient pas » ; le Prophète ﷺ dit : « Fatima est une partie de moi » (al-Bazzar ; faible).

Fadak. Après la mort du Prophète ﷺ, Fatima demanda à Abu Bakr sa part d’héritage dans ce qu’Allah avait donné au Prophète ﷺ à Médine, à Fadak et à Khaybar. Abu Bakr répondit : « Le Messager d’Allah a dit : “Nous ne laissons pas d’héritage ; ce que nous laissons est aumône.” La famille de Muhammad se nourrit sur ces biens. Par Allah, je ne changerai rien à ce que le Messager d’Allah en faisait. » Le texte de Bukhari ajoute que Fatima « se fâcha contre Abu Bakr, s’éloigna de lui et ne lui parla plus jusqu’à sa mort », six mois plus tard, et que ’Ali l’enterra de nuit (Bukhari 3093, 4240, Muslim 1759 — niveau établi). Deux compléments sont nécessaires. D’une part, Abu Bakr ne garda rien pour lui : il continua d’employer ces revenus à l’entretien de la famille du Prophète ﷺ, comme celui-ci le faisait, et affirma : « Par Allah, la parenté du Messager d’Allah m’est plus chère que ma propre parenté » (Bukhari 3712). D’autre part, al-Bayhaqi rapporte, par une chaîne jugée acceptable par Ibn Kathir, qu’Abu Bakr vint visiter Fatima pendant sa maladie, lui parla jusqu’à ce qu’elle soit satisfaite, et qu’elle lui pardonna. Le chapitre des objections y revient.

F. Fin de vie

Elle meurt en Ramadan 11 H, six mois après son père (certains disent trois ou huit), à vingt-huit ou vingt-neuf ans, comme il le lui avait annoncé. Asma bint ‘Umays, qui la soignait, rapporte qu’elle demanda un brancard couvert, à la manière abyssinienne, pour que la forme de son corps ne soit pas vue — première femme de l’islam à être portée ainsi. Elle demanda que ’Ali et Asma la lavent, et que l’on ne fasse pas de cérémonie ; ’Ali l’enterra de nuit à al-Baqi’, avec al-’Abbas et ses fils (Ibn Sa’d, Bukhari 4240 pour l’enterrement de nuit).

G. Ce que l’on retient

  • La ressemblance. Fatima est la personne qui ressemblait le plus au Prophète ﷺ ; les descriptions de son père sont, en partie, des descriptions d’elle.

  • La pauvreté choisie. La fille du chef de Médine tournait la meule et refusa une servante pour un rappel.

  • La douleur et la dignité. Elle fut blessée par la décision sur l’héritage, et ne fit ni scandale ni parti ; elle se tut, et pardonna.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
Les entrailles sur le dos du Prophète ﷺ Bukhari 240, Muslim 1794 Établi
« Fatima est une partie de moi » Bukhari 3714, Muslim 2449 Établi
Le secret, les larmes et le rire Bukhari 3623-3624, Muslim 2450 Établi
Le tasbih de Fatima Bukhari 3113, Muslim 2727 Établi
Fadak et la colère Bukhari 3093, 4240, Muslim 1759 Établi
Enterrement de nuit Bukhari 4240 Établi
Ressemblance et accueil mutuel Abu Dawud 5217, Tirmidhi 3872 Authentique
Meilleures femmes du Paradis Musnad Ahmad 2903 Authentique
Trousseau, cotte de mailles, aspersion Ibn Sa’d Rapporté
Réconciliation avec Abu Bakr Al-Bayhaqi Discuté (acceptable selon Ibn Kathir)
« Qu’elle ne voie pas les hommes » Al-Bazzar Faible
Date de naissance Divergence sunnite/chiite Discuté

LES PETITS-ENFANTS

14. Al-Hasan ibn ’Ali — celui par qui Allah réconcilia les musulmans

Fiche d’identité Al-Hasan ibn ’Ali
Nom complet Al-Hasan ibn ’Ali ibn Abi Talib al-Hashimi
Kunya Abu Muhammad
Titres Sayyid (seigneur), al-Mujtaba (l’élu), Sibt Rasul Allah (petit-fils du Messager d’Allah)
Lien Fils aîné de ’Ali et Fatima ; petit-fils du Prophète ﷺ
Naissance Médine, 15 Ramadan 3 H / mars 625
Fonction Cinquième calife, six mois (40-41 H) ; abdique en faveur de Mu’awiya
Mort 49 ou 50 H / 669-670, à 46 ans, à Médine
Sépulture Al-Baqi’, près de sa mère

En une phrase : l’enfant que le Prophète ﷺ portait en chaire en annonçant qu’il réconcilierait deux armées, et qui, quarante ans plus tard, renonça au califat pour épargner le sang musulman.

A. Identité et liens familiaux

Al-Hasan naît le 15 Ramadan de l’an 3, un an après le mariage de ses parents. Le Prophète ﷺ le nomme lui-même — « al-Hasan », nom que les Arabes n’utilisaient pas avant lui, selon Ibn ’Abd al-Barr —, lui met dans la bouche une datte mâchée (tahnik), fait l’appel à la prière dans son oreille, sacrifie un mouton pour son ’aqiqa et demande à Fatima de raser sa tête et de donner en aumône le poids des cheveux en argent (Tirmidhi 1519, Abu Dawud 5105 ; jugé bon). Il ressemble au Prophète ﷺ « du visage à la poitrine », tandis qu’al-Husayn lui ressemble « de la poitrine aux pieds » (Tirmidhi 3779). Anas dit : « Personne ne ressemblait davantage au Prophète qu’al-Hasan » (Bukhari 3752).

B. Enfance auprès du Prophète ﷺ

Il a sept ans à la mort de son grand-père, et sa mémoire en a gardé des scènes que rapportent les Sahih :

  • Il grimpe sur le dos du Prophète ﷺ en prosternation, et celui-ci prolonge la prosternation jusqu’à ce qu’il descende (al-Nasa’i 1141 ; jugé authentique).

  • Il monte en chaire avec lui, et le Prophète ﷺ regarde tantôt l’enfant, tantôt les fidèles (Bukhari 3746).

  • Il prend une datte du tas de l’aumône et la met dans sa bouche ; le Prophète ﷺ la retire de son doigt : « Kakh, kakh ! Jette-la ! Ne sais-tu pas que nous ne mangeons pas de l’aumône ? » (Bukhari 1491, Muslim 1069).

  • Le Prophète ﷺ le porte sur son épaule ; un homme dit : « Quelle belle monture ! » — « Et quel bon cavalier ! » (Tirmidhi 3784 ; jugé bon).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • « Ô Allah, je l’aime ; aime-le, et aime qui l’aime » (Bukhari 3749, Muslim 2421).

  • Portant al-Hasan en chaire : « Ce fils que voici est un seigneur (sayyid), et peut-être Allah réconciliera-t-Il par lui deux grands groupes de musulmans » (Bukhari 2704, 3746 — niveau établi ; c’est l’une des prophéties les plus précises de la Sunna, accomplie en 41 H).

  • « Al-Hasan et al-Husayn sont les deux seigneurs des jeunes du Paradis » (Tirmidhi 3768 ; jugé authentique par de nombreux savants).

  • « Ce sont mes deux basilics [mes deux fleurs parfumées] en ce monde » (Bukhari 3753).

  • Abu Bakr, sortant de la prière, le prit sur ses épaules : « Par mon père, il ressemble au Prophète, pas à ’Ali ! » — et ’Ali riait (Bukhari 3542).

D. Rôle dans l’histoire

Le calife de six mois. Après l’assassinat de ‘Ali en Ramadan 40 H, quarante mille hommes de Koufa prêtent serment à al-Hasan. Mu’awiya, gouverneur de Syrie, marche vers l’Irak. Les deux armées se font face. Al-Hasan, qui ne veut pas de sang, propose la paix : Mu’awiya sera calife à condition de gouverner selon le Coran et la Sunna, de ne poursuivre personne pour le passé, de verser une pension aux enfants des morts de Siffin et du Chameau, et de ne désigner aucun successeur. Mu’awiya accepte tout. Al-Hasan monte en chaire à Koufa et dit : « Ô gens, Allah vous a guidés par le premier d’entre nous, et Il a épargné votre sang par le dernier d’entre nous. J’ai fait la paix avec Mu’awiya, et je ne sais pas si ce n’est pas une épreuve pour vous et une jouissance jusqu’à un terme » (al-Tabari ; Bukhari 2704 pour la médiation). En Rabi’ I 41 H, la communauté lui prête serment d’une seule main : c’est « l’année de l’union » (’am al-jama’a). Les Koufiotes lui crient : « Ô honte des croyants ! » ; il répond : « La honte vaut mieux que le Feu. » Il dit encore : « Je n’ai pas voulu être tué pour un royaume. »

Le geste d’al-Hasan est interprété par toute la tradition sunnite — et d’abord par le Prophète ﷺ lui-même, quarante ans à l’avance — comme un acte de grandeur, non de faiblesse : renoncer au pouvoir pour préserver les vies. Il se retire à Médine et n’intervient plus jamais en politique, malgré les sollicitations des Koufiotes, à qui il répond : « Vous m’avez trahi, comme vous avez trahi mon père. »

L’homme de Médine. Il vit ensuite dans l’aumône et le pèlerinage : il fit vingt-cinq fois le pèlerinage à pied, ses montures marchant à ses côtés, et partagea deux fois toute sa fortune avec Allah, jusqu’à donner une sandale et garder l’autre (Ibn Sa’d, Abu Nu’aym ; rapporté). Il se maria et divorça très souvent — au point que ’Ali demandait aux Koufiotes de ne plus lui donner leurs filles — sans qu’aucune de ses épouses n’ait de grief contre lui (Ibn Sa’d ; rapporté).

E. Anecdotes et détails marquants

Le sujet de Damas. Un Syrien, éduqué à le haïr, l’insulta longuement à Médine. Al-Hasan attendit, puis dit : « Je crois que tu es étranger. Si tu as besoin d’une monture, nous t’en donnons ; de nourriture, nous te nourrissons ; d’un logement, nous t’hébergeons. » L’homme repartit en disant : « Il n’y a sur terre personne que je haïsse davantage en arrivant, et personne que j’aime davantage en partant » (Ibn ’Asakir ; rapporté).

L’empoisonnement. La majorité des historiens rapportent qu’il mourut empoisonné par l’une de ses épouses, Ja’da bint al-Ash’ath ; certains accusent Mu’awiya d’avoir commandité le geste, ce que d’autres historiens sunnites — dont Ibn Kathir et al-Dhahabi — jugent non établi. Al-Hasan lui-même refusa de nommer qui que ce soit à son frère : « Si c’est celui que je pense, Allah est plus terrible en vengeance ; sinon, je ne veux pas qu’un innocent soit tué à cause de moi » (Ibn Sa’d ; rapporté). Il rendit son âme après quarante jours de souffrances, vomissant, dit-on, des morceaux de foie.

La tombe refusée. Il demanda à être enterré près de son grand-père, « si personne ne s’y oppose ; si l’on s’y oppose, ne versez pas une goutte de sang, et enterrez-moi à al-Baqi’ ». Marwan ibn al-Hakam et les Omeyyades s’y opposèrent ; des Hachémites voulurent forcer le passage ; al-Husayn, fidèle au testament, l’enterra à al-Baqi’, près de sa mère (Ibn Sa’d, al-Tabari ; rapporté). La foule fut telle que Sa’id ibn al-‘As, gouverneur, dirigea la prière sur l’invitation d’al-Husayn — « c’est la Sunna » —, et qu’on dit qu’une aiguille jetée sur la foule d’al-Baqi’ n’aurait pas touché terre.

F. Fin de vie

Il meurt à Médine en 49 ou 50 H (669-670), à quarante-six ans. Sa descendance est nombreuse ; les sharifs du Maroc et du Hedjaz, entre autres, en sont issus.

G. Ce que l’on retient

  • Une prophétie et son accomplissement. L’enfant sur la chaire devint l’homme qui réconcilia deux armées : les paroles du Prophète ﷺ ne tombent pas à terre.

  • Renoncer peut être le courage. Al-Hasan choisit la « honte » du renoncement plutôt que la gloire d’une guerre.

  • Le refus de la vengeance. Empoisonné, il refusa de désigner un coupable pour ne pas risquer le sang d’un innocent.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
« Ce fils est un seigneur… réconciliera deux groupes » Bukhari 2704, 3746 Établi
« Ô Allah, je l’aime ; aime-le » Bukhari 3749, Muslim 2421 Établi
La datte de l’aumône Bukhari 1491, Muslim 1069 Établi
Ressemblance ; Abu Bakr le portant Bukhari 3542, 3752 Établi
« Deux seigneurs des jeunes du Paradis » Tirmidhi 3768 Authentique
’Aqiqa et poids des cheveux Tirmidhi 1519, Abu Dawud 5105 Bon
Conditions de la paix, discours de Koufa Al-Tabari, Ibn Sa’d Rapporté
Pèlerinages à pied, partage de la fortune Ibn Sa’d, Abu Nu’aym Rapporté
Empoisonnement ; refus de nommer Ibn Sa’d, al-Tabari Rapporté (commanditaire : discuté)
Le Syrien insulteur Ibn ’Asakir Rapporté

15. Al-Husayn ibn ’Ali — le martyr de Karbala

Fiche d’identité Al-Husayn ibn ’Ali
Nom complet Al-Husayn ibn ’Ali ibn Abi Talib al-Hashimi
Kunya Abu ’Abdillah
Titres Sayyid al-Shuhada’ (seigneur des martyrs, titre partagé avec Hamza), Sibt Rasul Allah
Lien Second fils de ’Ali et Fatima ; petit-fils du Prophète ﷺ
Naissance Médine, 5 Sha’ban 4 H / janvier 626
Mort Tué à Karbala, 10 Muharram 61 H / 10 octobre 680, à 56 ans
Sépulture Karbala, Irak

En une phrase : le petit-fils dont le Prophète ﷺ dit « Husayn est de moi et je suis de Husayn », et dont la mort, cinquante ans plus tard, est la blessure la plus profonde de l’histoire musulmane.

A. Identité et liens familiaux

Al-Husayn naît en Sha’ban 4 H, moins d’un an après son frère — « il n’y avait entre eux qu’une grossesse », dit-on. Même tahnik, même ’aqiqa, même choix du nom par le Prophète ﷺ ; ’Ali avait voulu l’appeler Harb, « guerre », et le Prophète ﷺ refusa : les noms d’al-Hasan et d’al-Husayn sont, selon un hadith d’Ibn Hanbal, ceux des deux fils d’Aaron, Shabbar et Shubayr, traduits en arabe (Musnad Ahmad 769 ; discuté). Il ressemble au Prophète ﷺ de la poitrine aux pieds. Ses épouses lui donnent, entre autres, ’Ali al-Akbar, tué avec lui, et ’Ali Zayn al-’Abidin, seul fils survivant de Karbala, dont descendent tous les sayyids husaynides. Sa fille Sakina et sa sœur Zaynab survivront aussi à Karbala.

B. Enfance auprès du Prophète ﷺ

Il a six ans à la mort de son grand-père. Les scènes le concernant sont souvent partagées avec al-Hasan : le dos du Prophète ﷺ en prosternation, les épaules, la chaire. Un jour, le Prophète ﷺ prêchait ; al-Hasan et al-Husayn entrèrent en trébuchant dans leurs tuniques rouges. Il descendit de chaire, les prit dans ses bras, les posa devant lui et dit : « Allah a dit vrai : “Vos biens et vos enfants sont une tentation” (64:15). J’ai vu ces deux-là marcher et trébucher, et je n’ai pas pu patienter » (Tirmidhi 3774, Abu Dawud 1109 ; jugé authentique).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • « Husayn est de moi et je suis de Husayn. Allah aime qui aime Husayn. Husayn est l’un de mes descendants » (Tirmidhi 3775, Ibn Majah 144 ; jugé bon).

  • « Ce sont mes deux basilics en ce monde » (Bukhari 3753) — Ibn ’Umar prononça cette parole devant un Irakien qui lui demandait s’il y avait péché à tuer un moustique en état de sacralisation : « Les gens d’Irak demandent pour un moustique, et ils ont tué le fils de la fille du Messager d’Allah ! » (Bukhari 3753, 5994 — niveau établi).

  • « Les deux seigneurs des jeunes du Paradis » (Tirmidhi 3768).

  • Le hadith du manteau, où il est l’un des quatre (Muslim 2424).

D. Rôle dans l’histoire

Sous ses aînés. Al-Husayn combat sous ’Uthman (expédition du Tabaristan), se tient devant la maison de ’Uthman assiégé sur ordre de son père, combat au Chameau et à Siffin, et accepte la paix de son frère avec Mu’awiya, à qui il rend visite à Damas et dont il reçoit des dons. Pendant vingt ans, il ne conteste rien.

Yazid. En 60 H, Mu’awiya meurt après avoir fait désigner son fils Yazid — contrairement à la promesse faite à al-Hasan. Al-Husayn refuse de prêter serment à un homme dont la conduite est notoirement indigne, et quitte Médine pour La Mecque. De Koufa, des milliers de lettres l’appellent : « Nous n’avons pas d’imam ; viens. » Il envoie son cousin Muslim ibn ’Aqil, qui reçoit dix-huit mille serments. Puis le nouveau gouverneur, ’Ubaydullah ibn Ziyad, terrorise la ville ; les Koufiotes abandonnent Muslim, qui est exécuté. Al-Husayn est déjà en route, contre l’avis de tous — Ibn ’Abbas, Ibn ’Umar, Abu Sa’id al-Khudri, Jabir, ’Abdullah ibn Ja’far l’ont supplié de ne pas se fier aux Koufiotes ; Ibn ’Umar lui dit en pleurant : « Je te confie à Allah, tu seras tué. » Il apprend la mort de Muslim en chemin, libère ses compagnons de leur engagement ; une petite troupe reste avec lui.

Karbala (10 Muharram 61 H). À Karbala, sur l’Euphrate, quatre mille hommes de ’Umar ibn Sa’d — le fils de Sa’d ibn Abi Waqqas — lui coupent l’accès à l’eau. Al-Husayn propose trois issues : rentrer à Médine, aller à une frontière combattre les infidèles, ou se rendre à Damas parler à Yazid. Ibn Ziyad exige une reddition sans condition ; al-Husayn refuse. Le 10 Muharram, ses soixante-douze compagnons sont tués un à un ; il combat le dernier, couvert de blessures, et est achevé par Sinan ibn Anas ; Shimr ibn Dhi al-Jawshan lui coupe la tête. Les corps sont piétinés par les chevaux ; les femmes et l’enfant malade, ’Ali Zayn al-’Abidin, sont emmenés à Koufa puis à Damas (al-Tabari, d’après Abu Mikhnaf ; niveau rapporté, avec de nombreuses variantes ; le fait du massacre est certain).

La tête. Anas ibn Malik raconte : « J’étais chez Ibn Ziyad quand on apporta la tête d’al-Husayn ; il se mit à la piquer de son bâton, en disant : “Je ne l’ai jamais vu aussi beau.” Je dis : “C’était celui qui ressemblait le plus au Messager d’Allah” » (Bukhari 3748 — niveau établi). Un vieux compagnon présent, Zayd ibn Arqam, s’écria : « Retire ton bâton ! J’ai vu la bouche du Messager d’Allah sur cette bouche ! » et sortit en pleurant (al-Tabari, Ibn Sa’d).

E. Anecdotes et détails marquants

La terre de Karbala. Umm Salama et d’autres rapportent que le Prophète ﷺ pleura un jour et dit que Jibril l’avait informé que sa communauté tuerait al-Husayn, à Karbala, et lui montra de la terre rougeâtre de ce lieu (Musnad Ahmad 648, 26524, al-Tabarani, al-Hakim ; chaînes discutées — plusieurs versions se renforcent selon Ibn Kathir et al-Haythami, qui jugent le sens établi). Ces hadiths, s’ils sont retenus, font de Karbala une épreuve annoncée, non une surprise.

Le refus de l’humiliation. Ses paroles à Karbala, rapportées par al-Tabari : « Par Allah, je ne vous donnerai pas ma main comme un homme humilié, et je ne fuirai pas comme un esclave. » Et : « Ne voyez-vous pas que la vérité n’est plus pratiquée et que le faux n’est plus interdit ? Que le croyant désire la rencontre d’Allah ! Je ne vois la mort que comme un bonheur, et la vie avec les injustes que comme un dégoût » (rapporté).

Ce qu’en dit la tradition sunnite. Les savants sunnites sont unanimes à condamner ce meurtre comme l’un des plus grands crimes de l’histoire de l’islam. Ibn Taymiyya écrit : « Le meurtre d’al-Husayn est un crime énorme, un péché majeur ; ceux qui l’ont commis ou approuvé méritent la colère d’Allah. » Ibn Kathir, al-Dhahabi, Ibn Hajar tiennent le même langage. Deux positions sont écartées : celle qui minimise Karbala en simple « affaire politique », et celle qui l’accompagne de rites d’affliction — automutilation, deuil ritualisé — que le Prophète ﷺ a interdits pour tout mort : « N’est pas des nôtres celui qui se frappe les joues, déchire ses vêtements et crie comme au temps de l’ignorance » (Bukhari 1294). Sur la responsabilité personnelle de Yazid, les savants divergent : certains, comme Ibn al-Jawzi, le maudissent ; la majorité, dont Ibn Taymiyya, s’abstient de le maudire nommément, tout en le tenant pour responsable d’avoir laissé faire et de n’avoir pas puni les meurtriers.

F. Fin de vie

Il meurt le vendredi 10 Muharram 61 H (10 octobre 680), à cinquante-six ans. Son corps est enterré à Karbala par les gens du village voisin ; sa tête, envoyée à Damas, est enterrée en un lieu que les sources ne s’accordent pas à situer (Damas, Médine ou Karbala). Sa sœur Zaynab et son fils ’Ali, ramenés à Médine, transmettent le récit.

G. Ce que l’on retient

  • Le refus de l’injustice a un prix. Al-Husayn n’a pas cherché la mort ; il a refusé de cautionner un pouvoir qu’il tenait pour illégitime, et l’a payé de sa vie et de celle des siens.

  • La trahison des foules. Ceux qui l’avaient appelé l’ont abandonné, puis l’ont tué. Le Prophète ﷺ avait dit de lui-même : « Je serai tué par ma propre communauté » — et son petit-fils le fut.

  • Condamner sans instrumentaliser. La tradition sunnite pleure Karbala, condamne ses auteurs, et refuse d’en faire un culte.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Niveau
« Mes deux basilics » ; le moustique et l’Irakien Bukhari 3753, 5994 Établi
La tête piquée du bâton, parole d’Anas Bukhari 3748 Établi
Les tuniques rouges Tirmidhi 3774, Abu Dawud 1109 Authentique
« Husayn est de moi et je suis de Husayn » Tirmidhi 3775, Ibn Majah 144 Bon
Terre de Karbala montrée au Prophète ﷺ Musnad Ahmad, al-Hakim Discuté (sens retenu par Ibn Kathir)
Déroulement de Karbala Al-Tabari (Abu Mikhnaf), Ibn Sa’d Rapporté, versions multiples
Paroles d’al-Husayn à Karbala Al-Tabari Rapporté
Noms Shabbar et Shubayr Musnad Ahmad 769 Discuté
Lieu de la tête Sources divergentes Discuté

Umama bint Abi al-’As — la petite-fille sur l’épaule

Fiche d’identité Umama bint Abi al-’As
Lien Fille de Zaynab, petite-fille aînée du Prophète ﷺ
Naissance La Mecque, quelques années avant l’Hégire
Époux ’Ali ibn Abi Talib (après la mort de Fatima), puis al-Mughira ibn Nawfal
Mort Sous Mu’awiya, sans postérité

Umama est la fille de Zaynab et d’Abu al-’As, et la seule petite-fille du Prophète ﷺ par ses filles à avoir atteint l’âge adulte en dehors des enfants de Fatima. Deux hadiths la rendent célèbre.

La prière. Abu Qatada raconte : « Le Messager d’Allah priait en portant Umama, fille de Zaynab ; quand il se prosternait, il la posait, et quand il se relevait, il la reprenait » (Bukhari 516, Muslim 543 — niveau établi). Ce hadith, l’un des plus commentés du droit rituel, fonde l’indulgence envers les enfants dans la mosquée et montre un prophète qui dirige la prière publique une petite fille dans les bras.

Le collier. Le Prophète ﷺ reçut en cadeau un collier d’onyx et dit à ses épouses : « Je le donnerai au membre de ma famille que j’aime le plus. » Elles pensèrent à ’Aisha. Il appela Umama et le lui passa au cou de sa main (Musnad Ahmad 26296, Ibn Majah 3644 ; jugé bon).

Son mariage. Fatima, mourante, recommanda à ’Ali de l’épouser après elle — sa nièce, pour élever ses enfants (Ibn Sa’d ; rapporté). ’Ali l’épousa ; après l’assassinat de ’Ali, elle épousa, sur le conseil de celui-ci, al-Mughira ibn Nawfal. Elle mourut sous Mu’awiya, sans enfant. Sa lignée s’éteignit avec elle, comme celle de Zaynab, Ruqayya et Umm Kulthum ; seule Fatima transmit la descendance.

PARTIE III — DÉBATS ET ANNEXES

1. Ahl al-Bayt entre sunnites et chiites : qui aime la famille du Prophète ﷺ ?

La question

Le lecteur qui aborde ce sujet rencontre vite un argument devenu banal : « Les chiites aiment la famille du Prophète ; les sunnites l’ont abandonnée. » Cet argument se nourrit d’une confusion entretenue depuis des siècles entre deux choses distinctes : aimer la famille du Prophète ﷺ, et fonder une doctrine sur elle. Ce chapitre expose la réponse sunnite classique, telle que la formulent al-Tahawi, Ibn Taymiyya dans Minhaj al-Sunna, Ibn Kathir, al-Dhahabi et Ibn Hajar, sans mépris pour la sincérité de ceux qui pensent autrement, mais sans concéder ce que les textes ne concèdent pas.

Premier point : l’amour de la famille est une obligation sunnite, pas une spécialité chiite

Tout ce qui a été dit au chapitre 4 de la première partie est doctrine sunnite : le verset de l’affection pour les proches (42:23), la prière abrahamique dans chaque prière, le hadith des « deux choses pesantes » (Muslim 2408), l’interdiction de la zakat aux Hachémites et leur part du khums, la profession de foi d’al-Tahawi, la Wasitiyya d’Ibn Taymiyya, les vers d’al-Shafi’i. Ce sont les recueils sunnites — Bukhari, Muslim, Tirmidhi, Ahmad — qui ont conservé et transmis les mérites de ’Ali, de Fatima, d’al-Hasan et d’al-Husayn cités tout au long de ce dossier ; l’imam Ahmad disait : « Nul parmi les compagnons n’a autant de mérites rapportés par des chaînes authentiques que ’Ali. » Ce sont les sociétés sunnites qui ont créé le naqib al-ashraf, protégé les descendants du Prophète ﷺ, donné les titres de sayyid et de sharif. Un sunnite qui n’aime pas la famille du Prophète ﷺ n’est pas un bon sunnite : la question ne se pose donc pas en termes d’amour.

Deuxième point : la vraie divergence porte sur la doctrine, non sur l’affection

Ce que les sunnites refusent, ce n’est pas la famille, c’est ce que le chiisme a construit autour d’elle :

  • l’imamat comme pilier de la foi, avec la croyance que ’Ali fut désigné par Allah pour succéder au Prophète ﷺ, et qu’après lui l’autorité religieuse se transmet dans une lignée précise de douze imams ;

  • l’infaillibilité (’isma) de ces imams, égale à celle des prophètes ;

  • l’idée que les compagnons, en désignant Abu Bakr, ont trahi cette désignation — ce qui revient à accuser d’infidélité ou de trahison la quasi-totalité de la génération que le Coran a agréée (9:100) ;

  • l’occultation du douzième imam, vivant caché depuis plus de mille ans.

Aucune de ces croyances ne se trouve dans les paroles de ’Ali, d’al-Hasan, d’al-Husayn, ni dans les textes authentiques. ’Ali lui-même, interrogé s’il détenait une révélation particulière, répondit : « Non, par Celui qui fend la graine — sauf une compréhension du Coran qu’Allah donne à un homme, et ce qu’il y a dans ce feuillet » — quelques règles sur le prix du sang et la libération des captifs (Bukhari 111, 3047). ’Aisha, interrogée si le Prophète ﷺ avait fait un testament en faveur de ’Ali, répondit : « Quand ? Il était appuyé sur ma poitrine, il demanda un bassin, s’affaissa et mourut ; quand aurait-il fait un testament ? » (Bukhari 2741, 4459). Aimer la famille du Prophète ﷺ ne consiste donc pas à lui attribuer ce qu’elle n’a pas revendiqué.

Troisième point : qui aime toute la famille ?

La position chiite exclut de « Ahl al-Bayt » les épouses du Prophète ﷺ, que le Coran nomme « Mères des croyants », et une partie de la tradition chiite insulte ’Aisha et Hafsa — c’est-à-dire les épouses préférées du Prophète ﷺ, filles de ses deux plus proches compagnons. Elle écarte aussi les lignées d’al-’Abbas, de Ja’far, de ’Aqil, et les descendants de ’Ali par d’autres épouses que Fatima — Muhammad ibn al-Hanafiyya, al-’Abbas ibn ’Ali — ainsi que les fils d’al-Hasan ; et, dans le chiisme duodécimain, elle écarte Zayd ibn ’Ali, petit-fils d’al-Husayn, parce qu’il refusa de désavouer Abu Bakr et ’Umar. La position sunnite, elle, inclut tout le monde : les épouses, les quatre du manteau, tous les Hachémites. Sur la seule question du périmètre, les sunnites aiment plus de membres de la famille que les chiites.

Quatrième point : l’excès est une forme de mépris

Le Prophète ﷺ a dit : « N’exagérez pas à mon sujet comme les chrétiens ont exagéré au sujet du fils de Marie ; je ne suis qu’un serviteur : dites le serviteur d’Allah et Son messager » (Bukhari 3445). ’Ali a dit, selon un hadith rapporté par Ibn Hanbal et jugé bon : « Deux catégories périront à mon sujet : celui qui m’aime à l’excès, jusqu’à me louer de ce qui n’est pas en moi, et celui qui me hait, jusqu’à me calomnier. » Il fit brûler des hommes qui le divinisaient (Bukhari 3017). Attribuer aux imams la connaissance de l’invisible, l’autorité sur les atomes de l’univers, la primauté sur les prophètes — comme le font certains textes chiites classiques — n’est pas de l’amour : c’est leur imposer une charge qu’ils ont refusée. La famille du Prophète ﷺ a prêché le tawhid, et aimer un prédicateur du tawhid, c’est le suivre là-dessus.

Cinquième point : ce que la famille elle-même a fait et dit

Le meilleur témoignage sur les rapports entre la famille du Prophète ﷺ et ses compagnons est celui de la famille :

  • ’Ali prêta serment à Abu Bakr, à ’Umar, à ’Uthman, pria derrière eux pendant vingt-quatre ans, combattit sous eux et conseilla ’Umar, qui disait : « Qu’Allah me préserve d’un problème sans Abu al-Hasan. » ’Umar épousa Umm Kulthum, la fille de ’Ali et de Fatima, petite-fille du Prophète ﷺ (Ibn Sa’d ; établi par les généalogistes).

  • ’Ali nomma trois de ses fils Abu Bakr, ’Umar et ’Uthman ; tous trois moururent avec al-Husayn à Karbala. Al-Hasan nomma de même deux fils Abu Bakr et ’Umar, tués aussi à Karbala. Nul ne donne à ses enfants le nom d’hommes qu’il tient pour des usurpateurs.

  • Al-Hasan fit la paix avec Mu’awiya, et le Prophète ﷺ l’en avait loué à l’avance.

  • ’Ali Zayn al-’Abidin, seul survivant de Karbala, disait selon Ibn Sa’d et al-Dhahabi : « La place d’Abu Bakr et de ’Umar auprès du Messager d’Allah est comme leur place aujourd’hui » — c’est-à-dire à ses côtés dans la tombe. À un Irakien qui les insultait, il dit : « Es-tu des premiers Émigrés ? — Non. — Des Ansar ? — Non. — Alors tu n’es ni des uns ni des autres, et je témoigne que tu n’es pas de ceux dont Allah a dit : “Ceux qui sont venus après eux disent : Seigneur, pardonne-nous et à nos frères qui nous ont précédés dans la foi” (59:10). »

  • Ja’far al-Sadiq, sixième imam des chiites, arrière-petit-fils d’al-Husayn par son père et d’Abu Bakr par sa mère, disait selon al-Dhahabi : « Abu Bakr m’a engendré deux fois », et : « J’espère qu’Allah me fera profiter d’Abu Bakr. »

  • Zayd ibn ’Ali, quand ses partisans de Koufa lui demandèrent de désavouer Abu Bakr et ’Umar pour prix de leur soutien, refusa : « Ce sont les deux vizirs de mon grand-père » ; ils l’abandonnèrent — d’où, selon les historiens, le nom de rafida, « ceux qui abandonnent » (al-Tabari, al-Dhahabi).

Sixième point : Karbala, et qui pleure qui

Les hommes qui écrivirent à al-Husayn pour l’appeler, qui prêtèrent serment à son cousin Muslim, puis qui l’abandonnèrent, puis qui formèrent l’armée qui le tua, étaient les gens de Koufa — les « partisans de ’Ali » (shi’at ’Ali) au sens politique du terme. Ceux qui le supplièrent de ne pas y aller — Ibn ’Abbas, Ibn ’Umar, Abu Sa’id, Jabir — étaient les compagnons de Médine. Zayn al-’Abidin, ramené à Koufa enchaîné, dit aux Koufiotes qui pleuraient : « Vous pleurez sur nous, et qui nous a tués ? » (al-Tabari ; rapporté). Le mouvement des « Repentants » (al-Tawwabun), quatre ans plus tard, est né précisément de ce remords. Pleurer al-Husayn est légitime ; les sunnites le pleurent ; mais nul ne peut faire de Karbala une preuve contre eux.

Septième point : ce que disent les sources chiites elles-mêmes

Un dossier « inattaquable » ne se contente pas des sources sunnites ; il montre que les sources chiites confirment les faits essentiels.

  • Le mariage d’Umm Kulthum avec ’Umar est reconnu par al-Kafi d’al-Kulayni, le recueil de hadiths le plus autorisé du chiisme duodécimain (livre du mariage, chapitre sur le remariage de la veuve ; livre des successions), qui le présente comme un fait acquis, même s’il l’explique à sa manière. Un fait admis par les deux traditions n’est plus discutable.

  • Les noms des fils de ’Ali — Abu Bakr, ’Umar, ’Uthman — figurent dans al-Irshad d’al-Shaykh al-Mufid (m. 413 H), la biographie de référence des imams dans le chiisme, qui les compte parmi les tués de Karbala.

  • Nahj al-Balagha, le recueil des discours attribués à ’Ali compilé par al-Sharif al-Radi (m. 406 H) et vénéré par les chiites, contient la lettre 6 adressée à Mu’awiya : « Ceux qui ont prêté serment à Abu Bakr, à ’Umar et à ’Uthman m’ont prêté serment sur la même base ; celui qui était présent n’a pas à choisir, celui qui était absent n’a pas à refuser ; la consultation appartient aux Émigrés et aux Ansar. » ’Ali y fonde sa propre légitimité sur celle de ses trois prédécesseurs. On y lit aussi la sentence 117 : « Deux hommes périront à mon sujet : l’amoureux excessif et le haineux calomniateur. »

  • L’imam Ja’far al-Sadiq, dont le chiisme duodécimain tire son nom d’école (ja’fari), était le petit-fils de Qasim ibn Muhammad ibn Abi Bakr par sa mère, et l’descendant d’Abu Bakr une seconde fois par sa grand-mère maternelle Asma bint ’Abd al-Rahman ibn Abi Bakr : « Abu Bakr m’a engendré deux fois » (al-Dhahabi, Siyar).

Huitième point : le hadith des « deux choses pesantes » et ses deux versions

Le hadith de Ghadir Khumm existe en deux formulations. Celle de Muslim (2408), la plus solide : « Je vous laisse deux choses pesantes : le Livre d’Allah, prenez-le et tenez-vous-y… et les gens de ma Maison ; je vous rappelle Allah au sujet des gens de ma Maison. » Celle de Tirmidhi (3786, 3788), de chaîne discutée mais retenue par beaucoup : « Le Livre d’Allah et ma descendance (’itrati), les gens de ma Maison ; ils ne se sépareront pas jusqu’à ce qu’ils me rejoignent au Bassin. » Les chiites lisent dans la seconde une désignation des imams comme autorité parallèle au Coran. Les sunnites répondent : dans la version la plus sûre, seul le Livre est ce à quoi l’on doit « se tenir » ; la famille est ce dont on doit « se souvenir devant Allah », c’est-à-dire qu’on doit respecter et protéger. Et la version de Tirmidhi promet que la famille ne se séparera pas du Livre : c’est une garantie qu’il se trouvera toujours parmi les descendants du Prophète ﷺ des savants fidèles au Coran — ce que l’histoire a vérifié, de Zayn al-’Abidin à Ja’far al-Sadiq, de Zayd ibn ’Ali aux innombrables sayyids savants sunnites —, non une nomination de douze personnes précises, dont le hadith ne dit pas un mot.

Neuvième point : le lieu où le hadith fut prononcé

Ghadir Khumm n’est pas un lieu quelconque : c’est le carrefour où les pèlerins venus de Médine se séparaient de ceux du Yémen, de l’Irak et de l’Égypte. Le Prophète ﷺ y prit la parole au retour du pèlerinage d’adieu, devant les seuls pèlerins repartant vers le nord — les Mecquois, déjà rentrés chez eux, n’y étaient pas. Si ce discours avait eu pour objet de désigner le successeur de la communauté, le Prophète ﷺ l’aurait tenu à ’Arafat, dix jours plus tôt, devant cent mille personnes, dans le sermon où il a précisément récapitulé ce que la communauté devait retenir. Il a parlé de ’Ali à Ghadir parce que c’est là que se trouvaient les hommes du Yémen qui s’étaient plaints de lui.

Dixième point : dix réponses courtes

Pour un débat oral ou une vidéo, voici l’argumentaire résumé :

  1. Aimer Ahl al-Bayt est une obligation sunnite : nous les nommons dans chaque prière.

  2. Les mérites de ’Ali, Fatima, al-Hasan et al-Husayn cités partout sont transmis par Bukhari et Muslim, des recueils sunnites.

  3. La divergence porte sur l’imamat et l’infaillibilité, non sur l’amour.

  4. Les sunnites incluent dans Ahl al-Bayt les épouses, tous les Hachémites et tous les descendants ; les chiites en excluent une partie.

  5. ’Ali a prêté serment à Abu Bakr, ’Umar et ’Uthman, prié derrière eux, nommé ses fils d’après eux et marié sa fille à ’Umar.

  6. Ces faits sont reconnus par les livres chiites eux-mêmes.

  7. Ja’far al-Sadiq descendait d’Abu Bakr et s’en réclamait.

  8. Al-Hasan a fait la paix avec Mu’awiya, et le Prophète ﷺ l’avait annoncé comme un bien.

  9. Ceux qui ont appelé al-Husayn puis l’ont abandonné étaient les Koufiotes, non les compagnons de Médine.

  10. L’excès est un mépris : la famille du Prophète ﷺ a prêché le tawhid et interdit qu’on la divinise.

Ce qu’il faut répondre, en une phrase

La question n’est pas de savoir qui aime la famille du Prophète ﷺ avec le plus de larmes, mais qui l’aime comme elle a demandé à être aimée : dans le tawhid qu’elle a prêché, dans la fidélité aux compagnons qu’elle a honorés, dans l’inclusion de tous ses membres, et sans excès. C’est la voie que la tradition sunnite a toujours revendiquée, avec les mots d’al-Tahawi : « Nous les aimons, sans exagérer dans l’amour d’aucun d’eux, ni désavouer aucun d’eux. »

Une remarque d’honnêteté

Ce chapitre expose la réponse sunnite. Le lecteur doit savoir que la tradition chiite a ses propres sources, ses propres lectures des mêmes textes — le hadith de Ghadir, le hadith des deux choses pesantes, le verset de la purification — et sa propre chaîne d’imams tenus pour transmetteurs privilégiés. L’honnêteté commande de la lire dans ses propres livres avant d’en juger, et de distinguer, comme le font Ibn Taymiyya et les grands savants, les doctrines qu’on rejette des personnes, dont la majorité sont des musulmans sincères, attachés à une famille que nous aimons aussi.

2. Questions et objections fréquentes

Abu Talib était-il musulman ? Non, selon les textes sunnites explicites (Bukhari 3883-3884, Muslim 209 ; Coran 9:113, 28:56). Il protégea le Prophète ﷺ dix ans, endura le boycott, et mourut sur la religion de ’Abd al-Muttalib ; le Prophète ﷺ dit qu’il est dans une partie peu profonde du Feu grâce à son intercession. La tradition chiite le tient pour croyant, en s’appuyant sur des vers qui lui sont attribués et sur le principe qu’un ancêtre d’imam ne peut être mécréant. Un dossier honnête expose la divergence : la position sunnite repose sur des hadiths de Bukhari et Muslim, la position chiite sur des sources propres.

Pourquoi le Prophète ﷺ n’a-t-il pas eu de fils survivant ? Le Coran répond : « Muhammad n’est le père d’aucun homme parmi vous, mais le Messager d’Allah et le sceau des prophètes » (33:40). Un fils survivant aurait pu être tenu pour un héritier de la prophétie ; la mort de ses fils en bas âge ferma définitivement cette porte. Et la sourate al-Kawthar promet une « abondance » qui s’est réalisée : sa descendance par Fatima compte aujourd’hui des millions de personnes, tandis que le nom de ceux qui le disaient « sans postérité » a disparu.

Que s’est-il passé exactement à propos de Fadak ? Fadak est une oasis conquise sans combat en 7 H, dont les revenus étaient à la disposition personnelle du Prophète ﷺ. Après sa mort, Fatima en demanda l’héritage. Abu Bakr refusa en citant : « Nous, les prophètes, ne laissons pas d’héritage ; ce que nous laissons est aumône » (Bukhari 3093, Muslim 1759) — hadith que rapportent aussi ’Umar, ’Uthman, ’Ali, Talha, al-Zubayr, Sa’d et ’Abd al-Rahman devant ’Umar (Muslim 1757), et qui n’est donc pas une invention d’Abu Bakr. Il continua d’employer ces revenus pour la famille du Prophète ﷺ. Fatima en fut affectée et ne lui reparla pas jusqu’à sa mort. Que faut-il en conclure ? Qu’un désaccord réel eut lieu, entre une fille endeuillée et un calife appliquant un texte ; qu’aucun des deux n’agit par cupidité ; et que ’Ali lui-même, devenu calife vingt-quatre ans plus tard, ne changea rien au statut de Fadak. Al-Bayhaqi rapporte de plus qu’Abu Bakr lui rendit visite et qu’elle lui pardonna ; Ibn Kathir retient ce rapport.

’Ali a-t-il tardé à prêter serment à Abu Bakr ? Oui, six mois selon Bukhari (4240) : le temps de la vie de Fatima, pendant lequel il resta à l’écart. Après sa mort, il demanda à rencontrer Abu Bakr seul, lui dit : « Nous connaissons ton mérite et ce qu’Allah t’a donné ; mais nous pensions avoir une part dans cette affaire, en raison de notre parenté », et lui prêta serment publiquement à la mosquée. Les musulmans s’en réjouirent et « se rapprochèrent de ’Ali ». Il n’y a là ni contestation de la légitimité d’Abu Bakr, ni serment forcé ; il y a une blessure d’amour-propre familial, avouée et surmontée.

La maison de Fatima a-t-elle été attaquée ? Certains récits chiites, et un récit d’al-Tabari à chaîne faible, rapportent que ’Umar aurait menacé de brûler la maison où ’Ali et al-Zubayr s’étaient réunis, et certains ajoutent des violences contre Fatima et la perte d’un enfant, Muhsin. Aucun de ces récits ne figure dans les recueils authentiques ; les versions les plus violentes sont tardives ; et le comportement ultérieur de ’Ali — serment, prières en commun, mariage de sa fille avec ’Umar, noms de ses fils — les rend invraisemblables. La position sunnite est que rien de tel n’est établi.

Que signifie « celui dont je suis le mawla, ’Ali est son mawla » ? Le mot mawla a en arabe une vingtaine de sens : maître, allié, ami, proche, affranchi, protecteur. Le hadith de Ghadir Khumm (Tirmidhi 3713, jugé authentique) fut prononcé après que des soldats revenus du Yémen se furent plaints de ’Ali ; le Prophète ﷺ voulut faire cesser ces critiques en affirmant l’obligation de l’aimer et de le soutenir. Le mot « calife » n’y est pas ; le Prophète ﷺ ne dit pas « après moi » ; aucun compagnon présent — pas même ’Ali — n’invoqua ce hadith à la Saqifa, alors qu’il aurait suffi. Le Coran emploie mawla pour Allah, pour les anges, pour les croyants entre eux (66:4, 47:11).

Le hadith des « douze califes » désigne-t-il les douze imams ? Le Prophète ﷺ a dit : « Cette religion restera puissante sous douze califes, tous de Quraysh » (Muslim 1821). Les chiites y voient leurs douze imams. Mais le hadith parle de califes sous lesquels « la religion est puissante », c’est-à-dire d’hommes exerçant effectivement le pouvoir ; or onze des douze imams chiites n’ont jamais gouverné, et le douzième est caché. Les savants sunnites y voient les califes sous lesquels la communauté fut unie et puissante — les quatre premiers, puis certains Omeyyades et Abbassides —, sans s’accorder sur la liste exacte.

Pourquoi al-Hasan a-t-il fait la paix avec Mu’awiya, si celui-ci avait tort ? Parce que la paix vaut mieux que la guerre entre musulmans, et parce que le Prophète ﷺ l’en avait loué à l’avance (Bukhari 2704). Mu’awiya était un compagnon, converti à la conquête, secrétaire du Prophète ﷺ, gouverneur compétent ; son tort, selon la position sunnite, fut de ne pas prêter serment à ’Ali en réclamant d’abord le châtiment des meurtriers de ’Uthman — une erreur d’interprétation, non une apostasie. Al-Hasan ne se soumit pas à un tyran ; il transmit le pouvoir à un compagnon sous conditions.

Yazid a-t-il ordonné la mort d’al-Husayn ? Les historiens divergent. L’ordre direct de tuer émane de ’Ubaydullah ibn Ziyad, gouverneur de Koufa ; Yazid n’a ni puni les meurtriers ni désavoué publiquement l’acte, et la position sunnite le tient pour responsable à ce titre. Certains savants (Ibn al-Jawzi) le maudissent ; la majorité s’abstient de le maudire nommément, sans le défendre. Aucun savant sunnite ne l’a jamais compté parmi les gens de bien.

Pourquoi les sunnites ne commémorent-ils pas ’Ashura comme les chiites ? Le jour de ’Ashura, le 10 Muharram, est un jour de jeûne dans la tradition sunnite depuis le Prophète ﷺ, qui le jeûnait en mémoire du salut de Moïse (Bukhari 2004) — quarante-cinq ans avant Karbala. Les rites de deuil — pleurs collectifs, coups sur la poitrine, automutilations, reconstitutions théâtrales — n’existaient ni du temps de ’Ali Zayn al-’Abidin ni de Ja’far al-Sadiq ; ils apparaissent sous les Bouyides au Xe siècle. Le Prophète ﷺ a interdit ces manifestations pour tout mort (Bukhari 1294). Les sunnites pleurent al-Husayn dans leurs livres et leurs cœurs, et jeûnent le jour où il fut tué comme le Prophète ﷺ le jeûnait.

Aimer la famille du Prophète ﷺ est-il un signe de chiisme ? Non. L’imam al-Shafi’i répondit à cette accusation par les vers cités plus haut. L’imam Malik fut fouetté pour avoir refusé de reconnaître la validité d’un serment forcé, en défense d’un descendant de ’Ali ; l’imam Ahmad compilait les mérites de ’Ali. Le chiisme n’est pas l’amour de la famille, c’est une doctrine sur l’autorité.

Les descendants du Prophète ﷺ sont-ils supérieurs aux autres musulmans ? Ils ont un rang d’honneur — respect, interdiction de la zakat, part du khums — mais non de mérite automatique. Le Prophète ﷺ dit : « Ô Fatima, fille de Muhammad, sauve-toi du Feu ; je ne peux rien pour toi devant Allah » (Bukhari 2753, Muslim 204), et : « Celui que ses œuvres ont retardé, sa généalogie ne le fera pas avancer » (Muslim 2699). La descendance n’est ni infaillible ni garantie ; elle est honorée et responsable.

Les compagnons ont-ils négligé la famille du Prophète ﷺ ? Abu Bakr disait : « La parenté du Messager d’Allah m’est plus chère que ma propre parenté » (Bukhari 3712). ’Umar donna à al-Hasan et al-Husayn la même pension qu’aux combattants de Badr, plaça al-’Abbas avant lui-même et demanda la pluie par lui. ’Uthman envoya al-Hasan et al-Husayn en expédition. ’Abd al-Rahman ibn ’Awf soutint les Mères des croyants. Les biographies de ce dossier le montrent à chaque page.

Les chiites sont-ils musulmans ? La position majoritaire des savants sunnites, d’Ibn Taymiyya à al-Azhar, distingue les doctrines des personnes : les croyances chiites sur l’imamat, l’infaillibilité et les compagnons sont des innovations graves, et certaines de leurs formes extrêmes sortent de l’islam ; mais la masse des chiites, qui attestent l’unicité d’Allah et la prophétie de Muhammad ﷺ, prient et jeûnent, sont des musulmans, et l’on ne prononce pas l’excommunication d’un individu sans preuve et sans que les conditions en soient réunies. Ce dossier discute des doctrines ; il ne juge pas les cœurs.

Les épouses du Prophète ﷺ font-elles partie d’Ahl al-Bayt ? Oui, selon la lecture sunnite du Coran. Le verset de la purification (33:33) se trouve au milieu d’un passage qui s’adresse aux épouses depuis le verset 28 : « Ô épouses du Prophète… Restez dans vos maisons… Allah veut seulement écarter de vous la souillure, ô gens de la Maison. » En arabe, « gens de la Maison » désigne d’abord celles qui habitent la maison — les épouses —, et le Coran emploie la même expression pour l’épouse d’Abraham (11:73). Le Prophète ﷺ a ensuite étendu l’expression à ’Ali, Fatima, al-Hasan et al-Husayn par le hadith du manteau (Muslim 2424). La position sunnite retient les deux ; la position chiite retient le manteau et exclut les épouses. Exclure les Mères des croyants de la maison du Prophète ﷺ, alors qu’elles y vivaient, revient à retirer du texte son premier sens.

Pourquoi l’islam a-t-il aboli l’adoption, à travers Zayd ? Il n’a pas aboli la protection des orphelins, qu’il encourage : il a aboli la fiction juridique qui faisait d’un enfant le fils biologique d’un autre homme, avec les conséquences en matière d’héritage, de mariage et d’interdits. « Appelez-les du nom de leurs pères, c’est plus juste devant Allah » (33:5). Zayd resta le bien-aimé du Prophète ﷺ, son commandant, son intime ; il cessa seulement d’être « Zayd ibn Muhammad ». Le mariage du Prophète ﷺ avec Zaynab, l’ex-épouse de Zayd, eut précisément pour fonction de rendre cette abolition visible et irréversible : « afin qu’il n’y ait aucun blâme pour les croyants d’épouser les femmes de leurs fils adoptifs » (33:37). Ce mariage est traité dans la série 2B.

Le Prophète ﷺ a-t-il pleuré ses enfants ? Oui, et il l’a dit : « L’œil pleure, le cœur s’attriste, et nous ne disons que ce qui plaît à notre Seigneur » (Bukhari 1303), sur son fils Ibrahim. Il pleura aussi Zaynab et Ruqayya. L’islam n’interdit ni les larmes ni la tristesse ; il interdit les cris, les lamentations rituelles et la révolte contre le décret d’Allah. Et le jour de la mort d’Ibrahim, il refusa qu’une éclipse de soleil soit attribuée à son deuil : « Ils ne s’éclipsent ni pour la mort ni pour la vie de quiconque » (Bukhari 1043) — un prophète repoussant un miracle qu’on lui offrait.

Pourquoi confier une armée à Usama, à dix-huit ans ? Parce que le Prophète ﷺ jugeait à la compétence et non à l’âge, à l’ascendance ou à la couleur : Usama était noir, fils d’un affranchi et d’une esclave abyssinienne, et commandait Abu Bakr et ’Umar. La leçon fut si bien reçue qu’Abu Bakr, calife, fit partir l’armée sans y changer un homme, et demanda au jeune commandant la permission de garder ’Umar auprès de lui.

Pourquoi ’Ali n’a-t-il pas eu d’autre épouse du vivant de Fatima ? Parce que le Prophète ﷺ s’y opposa publiquement quand la question se posa : « Fatima est une partie de moi ; ce qui la trouble me trouble » (Bukhari 3729). Les savants précisent que ce n’était pas une interdiction générale de la polygamie, mais une protection due au rang de la fille du Prophète ﷺ et au contexte — la famille proposée était celle d’Abu Jahl. Après la mort de Fatima, ’Ali épousa plusieurs femmes.

Qui sont les « sayyids » et les « sharifs » aujourd’hui ? Les descendants du Prophète ﷺ par al-Hasan (souvent appelés sharifs) et par al-Husayn (souvent appelés sayyids), dont les lignées sont tenues par des registres généalogiques depuis le Moyen Âge. Ils se comptent par millions, dans tout le monde musulman, sunnites en très grande majorité. Les sociétés sunnites leur ont reconnu un honneur particulier (respect, priorité, fonction de naqib al-ashraf) sans leur reconnaître d’autorité religieuse héréditaire : leur mérite dépend de leur piété et de leur science, comme pour tout musulman.

Comment expliquer que des dynasties sunnites aient persécuté des descendants de ’Ali ? Il faut le reconnaître : des califes omeyyades et abbassides ont emprisonné, exilé ou tué des Alides qui contestaient leur pouvoir, et les savants sunnites l’ont écrit — al-Dhahabi et Ibn Kathir ne cachent rien de la mort de Zayd ibn ’Ali ou de l’emprisonnement de Musa al-Kazim. Mais ces persécutions relèvent de la politique des princes, non de la doctrine sunnite, qui les a condamnées ; les mêmes califes ont emprisonné Abu Hanifa, fouetté Malik et torturé Ahmad ibn Hanbal. Confondre ce que font des pouvoirs et ce qu’enseigne une école, c’est renoncer à comprendre l’histoire.

3. Tableau récapitulatif

Personne Lien Qualité dominante Épisode majeur Mort
Hamza Oncle, frère de lait Courage Uhud, mutilation, larmes du Prophète ﷺ 3 H, martyr
Al-’Abbas Oncle Diplomatie Badr, Hunayn, la pluie de ’Umar 32 H
Safiyya Tante Fermeté Le Fossé ; devant le corps de Hamza 20 H
Ja’far Cousin Éloquence, bonté Le Négus ; Mu’ta 8 H, martyr
Zayd Fils adoptif Loyauté Le choix du père ; le verset 33:37 8 H, martyr
Usama Petit-fils adoptif Responsabilité L’armée ; « as-tu fendu son cœur ? » 54 H
Zaynab Fille aînée Patience Le collier ; l’agression ; les retrouvailles 8 H
Ruqayya Fille Émigration Abyssinie ; morte pendant Badr 2 H
Umm Kulthum Fille Silence Épouse de ’Uthman 9 H
Ibrahim Fils Les larmes ; l’éclipse 10 H
Fatima Fille cadette Pudeur, endurance Le tasbih ; le secret ; Fadak 11 H
Al-Hasan Petit-fils Réconciliation La paix de 41 H 49-50 H
Al-Husayn Petit-fils Refus de l’injustice Karbala 61 H, martyr
Umama Petite-fille Portée dans la prière ; le collier Sous Mu’awiya

4. Glossaire

  • Ahl al-Bayt — « Les gens de la Maison » : la famille du Prophète ﷺ, selon trois périmètres (épouses ; ’Ali, Fatima, al-Hasan, al-Husayn ; tous les Hachémites).

  • ’Aqiqa — Sacrifice d’un mouton au septième jour de la naissance d’un enfant.

  • Hachémite (Hashimi) — Descendant de Hashim, arrière-grand-père du Prophète ﷺ ; membre de sa famille élargie.

  • Imamat — Doctrine chiite de la succession divine et infaillible dans la lignée de ’Ali.

  • Khums — Le cinquième du butin (et, selon les écoles, d’autres revenus), dont une part revient aux proches du Prophète ﷺ (8:41).

  • Mawla — Mot à sens multiples : maître, allié, ami, affranchi, protecteur.

  • Mu’ta — Bataille de 8 H en Jordanie, où tombèrent Zayd, Ja’far et Ibn Rawaha.

  • Rafida — « Ceux qui abandonnent » : nom donné par les historiens aux chiites qui abandonnèrent Zayd ibn ’Ali quand il refusa de désavouer Abu Bakr et ’Umar.

  • Sayyid / Sharif — Titres des descendants du Prophète ﷺ par al-Husayn / par al-Hasan (l’usage varie selon les régions).

  • Sibt — Petit-fils par la fille ; titre d’al-Hasan et d’al-Husayn.

  • Tahnik — Frotter le palais du nouveau-né avec une datte mâchée, sunna du Prophète ﷺ.

  • Tasbih — Glorification (subhan Allah) ; « tasbih de Fatima » : les 33-33-34 formules avant de dormir.

  • Tawhid — L’unicité d’Allah, fondement de l’islam.

  • ’Isma — Infaillibilité ; attribut des prophètes selon tous les musulmans, des imams selon les chiites.

5. Bibliographie classique

Recueils de hadiths — al-Bukhari, al-Sahih (chapitres « Manaqib al-Ansar », « Fada’il al-Sahaba », « al-Maghazi ») ; Muslim, al-Sahih (« Fada’il al-Sahaba ») ; al-Tirmidhi, al-Jami’ (« al-Manaqib ») ; Abu Dawud, al-Sunan ; Ibn Majah, al-Sunan (introduction, « Fada’il ») ; Ahmad ibn Hanbal, al-Musnad et Fada’il al-Sahaba ; al-Nasa’i, Khasa’is ’Ali ; al-Hakim, al-Mustadrak.

Biographies — Ibn Hisham, al-Sira al-Nabawiyya ; Ibn Sa’d, al-Tabaqat al-Kubra (tomes 3, 4 et 8) ; Ibn ’Abd al-Barr, al-Isti’ab ; Ibn al-Athir, Usd al-Ghaba ; Ibn Hajar, al-Isaba ; al-Dhahabi, Siyar A’lam al-Nubala’ (tomes 1 à 4) ; al-Tabari, Tarikh ; Ibn Kathir, al-Bidaya wal-Nihaya (tomes 3 à 8, notamment sur Karbala) ; Ibn ’Asakir, Tarikh Dimashq.

Doctrine et controverse — al-Tahawi, al-’Aqida al-Tahawiyya ; Ibn Taymiyya, al-’Aqida al-Wasitiyya et Minhaj al-Sunna al-Nabawiyya ; Ibn Hajar al-Haytami, al-Sawa’iq al-Muhriqa ; Ibn Kathir, Tafsir (sur 33:33, 33:37, 42:23).

6. Note de vérification avant publication

  1. Vérifier chaque numéro de hadith dans l’édition retenue ; les numéros sont indicatifs.

  2. Conserver les rubriques « Sources et degré d’authenticité » : elles sont la garantie du dossier.

  3. Sur Karbala et la première fitna, relire une fois le chapitre 1 de la partie III pour s’assurer que le ton reste ferme sur les doctrines et respectueux des personnes.

  4. Harmoniser les translittérations avec la série 1.

  5. Les dates antérieures à l’Hégire et la date de naissance de Fatima sont approximatives ; la mention « vers » doit être conservée.

Fin de la série 2A. La série 2B (les Mères des croyants) suit le même plan.

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