XXII. Le VIIIᵉ siècle : le grand débat — Faut-il suivre une école juridique ?

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Quatrième partie — Les livres des savants · Chapitre XXII sur XXVIII

XXII. Le VIIIᵉ siècle : le grand débat

Termes et graphies : madhhab (aussi écrit madhab ou mazhab : école juridique) · madhāhib (madhahib) · taqlīd (taqlid) · ijtihād (ijtihad) · mujtahid (moujtahid) · uṣūl al-fiqh (usul al-fiqh) · fatwa.

Le VIIIᵉ siècle de l’hégire est celui où la question est traitée le plus à fond, et par des savants de tous bords. Six ouvrages en forment le cœur. Deux hanbalites, Ibn Taymiyya et Ibn al-Qayyim, refusent l’obligation d’une école sans rejeter le suivi des savants. Un shafiʿite, al-Subkī, la défend. Un malikite, al-Shāṭibī, fonde la place de la fatwa dans la vie du croyant. Un shafiʿite encyclopédiste, al-Zarkashī, recense tous les avis. Et un hanbalite, Ibn Rajab, écrit l’épître la plus ferme en faveur des quatre écoles.

1. Ibn Taymiyya (m. 728), Rafʿ al-malām ʿan al-aʾimma al-aʿlām

رفع الملام عن الأئمة الأعلام — « Lever le blâme des grands imams », édité dans Majmūʿ al-fatāwā, vol. 20, p. 231-251 (éd. Ibn Qāsim, Complexe du roi Fahd, 1425/2004).

Thèse. Aucun imam reconnu par la communauté ne contredit sciemment la Sunna. Lorsque l’avis d’un imam semble contredire un hadith authentique, il a forcément une excuse. Ibn Taymiyya les ramène à trois genres : l’imam ne croit pas que le Prophète ﷺ l’ait dit, il ne croit pas que le hadith vise la question, ou il croit la règle abrogée (20/232). Il les détaille ensuite en dix causes.

Cause Ce qu’elle signifie Réf.
1 Le hadith ne lui est pas parvenu (la cause la plus fréquente) 20/233
2 Il lui est parvenu, mais ne s’est pas établi à ses yeux 20/239
3 Il le juge faible, par un ijtihād que d’autres ne partagent pas 20/240
4 Il impose au hadith rapporté par un seul des conditions que d’autres n’imposent pas 20/242
5 Il l’a reçu et tenu pour établi, mais l’a oublié 20/243
6 Il ignore ce que le hadith indique dans la langue 20/244
7 Il croit que le hadith n’indique rien sur la question 20/245
8 Il croit cette indication contredite par une autre qui montre qu’elle n’est pas voulue 20/246
9 Il croit le hadith contredit par ce qui indique sa faiblesse 20/247
10 Il lui oppose ce qui, selon lui, indique sa faiblesse, son abrogation ou son interprétation, alors que d’autres ne l’admettent pas 20/248

Il ajoute une phrase décisive pour le non-savant : « Pour beaucoup de hadiths, il se peut que le savant ait, pour ne pas les appliquer, une preuve dont nous n’avons pas connaissance » (وَفِي كَثِيرٍ مِنْ الْأَحَادِيثِ يَجُوزُ أَنْ يَكُونَ لِلْعَالِمِ حُجَّةٌ فِي تَرْكِ الْعَمَلِ بِالْحَدِيثِ لَمْ نَطَّلِعْ نَحْنُ عَلَيْهَا, 20/250). Et il précise que l’ignorant n’est pas excusé quand il se trompe dans ce qu’il croit être un ijtihād (20/251).

Arguments. L’obligation coranique d’aimer les croyants après Allah et Son Messager (20/231) ; le fait que les compagnons eux-mêmes ne connaissaient pas tous les hadiths ; le fait que les recueils de Sunna ne contiennent pas tous les hadiths.

Portée. Ce livre est la réponse la plus forte au slogan « l’imam a contredit le hadith ». Il est d’autant plus convaincant qu’il vient d’un savant connu pour son attachement au hadith.

Fiabilité : vérifié dans le texte.

2. Ibn Taymiyya, Majmūʿ al-fatāwā, vol. 20 : les fatwas sur l’attachement à une école

Thèse. Allah n’a imposé l’obéissance inconditionnelle qu’au Messager ﷺ. Aucun musulman n’est donc tenu de suivre un savant déterminé en tout, ni de s’attacher au madhhab d’une personne précise. Mais pour celui qui ne peut connaître la Loi autrement, suivre une école est permis. Celui qui suit les savants parce qu’il en a besoin est louable et récompensé.

Passages clés :

  • 20/208-209. Répondant à quelqu’un qui disait que celui qui n’a pas d’école est un démon : « Aucun musulman n’est tenu de suivre un savant déterminé en tout ce qu’il dit, ni de s’attacher au madhhab d’une personne précise ; de chacun on prend et on laisse, sauf le Messager d’Allah ﷺ » (ولا يجب على أحد من المسلمين الْتِزَامُ مَذْهَبِ شَخْصٍ مُعَيَّنٍ). Puis, à propos de celui qui en est incapable : « cela lui est permis, ce n’est pas une obligation pour tous » (إنما هو مما يسوغ له ليس هو مما يجب على كل أحد).
  • 20/211. « Les quatre imams ont interdit qu’on les suive en tout ce qu’ils disent. »
  • 20/220-221. Passer d’un avis à un autre parce qu’un savant plus compétent l’a montré, ou parce que la preuve est apparue, « est permis, et même obligatoire ». Le faire par passion n’est pas permis, et Aḥmad l’a dit explicitement.
  • 20/222. Il rapporte qu’un avis interdit de quitter l’école qu’on s’est choisie tant qu’on y est attaché, mais que « la majorité des deux camps ne l’impose pas » (الْجُمْهُورُ مِنْ هَؤُلَاءِ وَهَؤُلَاءِ لَا يُوجِبُونَ ذَلِكَ). Changer d’école pour un gain mondain est blâmé.
  • 20/224. Le passage le plus utile pour notre dossier : « Les imams des musulmans qu’on a suivis sont des moyens, des voies et des indicateurs entre les gens et le Messager : ils leur transmettent ce qu’il a dit et leur font comprendre ce qu’il a voulu, selon leur ijtihād et leur capacité » (فَأَئِمَّةُ الْمُسْلِمِينَ الَّذِينَ اتَّبَعُوهُمْ وَسَائِلُ وَطُرُقٌ وَأَدِلَّةٌ بَيْنَ النَّاسِ وَبَيْنَ الرَّسُولِ). Il compare leur effort à celui de qui cherche la direction de la qibla.
  • 20/225. Celui qui délaisse le Livre et la Sunna pour la coutume de son père et de son peuple est blâmé. « Quant à celui qui est incapable de connaître le jugement d’Allah et de Son Messager, et qui suit les savants, il est louable, récompensé, ni blâmé ni puni » (فَهُوَ مَحْمُودٌ يُثَابُ لَا يُذَمُّ عَلَى ذَلِكَ وَلَا يُعَاقَبُ).
  • 22/252. Sur le fanatisme : celui qui prend parti pour un imam déterminé, Mālik, al-Shāfiʿī, Abū Ḥanīfa ou Aḥmad, ressemble aux sectes qui prenaient parti pour un compagnon contre les autres.

Arguments. Le verset 4:59, où l’obéissance aux détenteurs de l’autorité n’est due que dans l’obéissance à Allah et à Son Messager ; le consensus sur le fait que nul n’est infaillible après le Prophète ﷺ ; la parole d’Abū Bakr « obéissez-moi tant que j’obéis à Allah » ; les paroles des quatre imams ; le hadith des intentions.

Position adverse traitée. La thèse selon laquelle « celui qui n’a pas d’école est un démon », et la formule d’Ibn Ḥamdān selon laquelle on reprend celui qui quitte son école sans preuve ni excuse.

Ce qu’il faut retenir. Ibn Taymiyya refuse l’obligation, mais pas l’école. Celui qui suit une école parce qu’il en a besoin est, selon lui, louable et récompensé. Sa critique vise le fanatisme et le changement par intérêt.

Fiabilité : vérifié dans le texte, sauf une phrase souvent citée de 20/203 (« l’ijtihād est permis à qui en est capable, le taqlīd à qui en est incapable »), vue seulement en source secondaire.

3. Ibn al-Qayyim (m. 751), Iʿlām al-muwaqqiʿīn ʿan rabb al-ʿālamīn

إعلام الموقعين عن رب العالمين (éd. Dār al-Kutub al-ʿIlmiyya, Beyrouth, 1411/1991, 4 vol.)

Thèse. Le taqlīd se divise en trois : interdit, obligatoire, et permis sans être obligatoire (2/129). Le taqlīd interdit prend trois formes :

  1. se détourner de la Révélation pour suivre les pères (الْإِعْرَاضُ عَمَّا أَنْزَلَ اللَّهُ) ;
  2. suivre quelqu’un dont on ne sait pas s’il est qualifié (تَقْلِيدُ مَنْ لَا يَعْلَمُ الْمُقَلِّدُ أَنَّهُ أَهْلٌ) ;
  3. continuer à suivre après que la preuve contraire a été établie (التَّقْلِيدُ بَعْدَ قِيَامِ الْحُجَّةِ).

En revanche, celui qui cherche à suivre la Révélation, à qui une partie échappe, et qui suit alors plus savant que lui, « est louable et non blâmable » (2/130). L’argument est le verset 16:43.

Le grand débat. Ibn al-Qayyim met en scène une discussion entre un partisan du taqlīd et un « tenant de la preuve » (2/140 et suivantes).

  • Le partisan du taqlīd invoque le verset « Demandez aux gens du Rappel », le hadith « le remède de l’ignorance est la question », et le fait que tout le monde, chaque jour, s’appuie sur l’avis d’autrui : le témoin, l’expert, le traducteur, le muezzin. Il ajoute qu’imposer l’ijtihād à tous ruinerait la vie des gens (2/142).
  • Le tenant de la preuve lui répond en quatre-vingt-un points (jusqu’au 81ᵉ point, 2/196). Il distingue le témoignage du taqlīd, la transmission d’un récit de l’imitation d’un avis, et le fidèle qui suit l’imam dans la prière du muqallid. Il réfute l’idée que les imams auraient permis le taqlīd, et celle selon laquelle le taqlīd serait plus sûr que la recherche de la preuve.
  • À l’argument « on ne peut imposer l’ijtihād à tous » (2/181), il répond qu’Allah, par miséricorde, ne nous a pas imposé le taqlīd d’un homme déterminé. Il entend par là qu’on n’est pas tenu à l’avis d’un seul : chacun suit la preuve selon sa capacité.

Les cinq fondements d’Aḥmad (1/24-26). Les textes ; les fatwas des compagnons ; le choix, en cas de divergence entre compagnons, de l’avis le plus proche du Livre et de la Sunna ; le hadith mursal ou faible plutôt que l’analogie ; l’analogie enfin, par nécessité. Ce passage montre que l’école d’Aḥmad est bâtie sur la Sunna et les avis des Salaf.

Ce qu’il faut retenir. Le livre est souvent cité comme une attaque contre les écoles. En réalité, Ibn al-Qayyim déclare louable le suivi d’un plus savant par celui qui ne sait pas. Sa cible est le taqlīd partisan, celui qui maintient l’avis de l’imam contre la preuve établie, et le suivi aveugle de n’importe qui.

Fiabilité : vérifié dans le texte. Le passage sur la question « le commun doit-il s’attacher à une école ? », situé dans le volume 4, n’a pas été localisé.

4. Tāj al-Dīn al-Subkī (m. 771), Jamʿ al-jawāmiʿ

جمع الجوامع, avec le commentaire d’al-Maḥallī (m. 864) et celui d’al-Zarkashī, Tashnīf al-masāmiʿ.

Thèse. Selon l’avis le plus correct, le non-mujtahid doit s’attacher à une école déterminée qu’il croit plus forte que les autres ou égale à elles, puis s’efforcer de la croire plus forte : « وأنه يجب التزام مذهب معين يعتقده أرجح أو مساويا ثم ينبغي السعي في اعتقاده أرجح » (Tashnīf 4/619-620). Sur la sortie de cette école, il rapporte trois avis, le troisième l’interdisant dans certaines questions. Enfin : « Selon l’avis le plus correct, la recherche des facilités est interdite » (والأصح أنه يمتنع تتبع الرخص), contre l’avis isolé d’Abū Isḥāq al-Marwazī.

Le commentaire d’al-Maḥallī. Il précise que l’obligation vaut pour « le commun et tout autre qui n’a pas atteint le rang de l’ijtihād » (Sharḥ al-Maḥallī 2/441, Dār al-Kutub al-ʿIlmiyya).

Le commentaire critique d’al-Zarkashī. Al-Zarkashī rapporte, d’après Ibn Burhān, deux avis : l’absence d’obligation (al-Nawawī : le commun consulte qui il veut, à condition de ne pas collectionner les facilités) et l’obligation (al-Kiyā al-Harrāsī). Il relève une incohérence chez al-Subkī, qui avait admis la permission dans la question précédente avant de poser l’obligation ici. Sur la sortie de l’école, il indique que la permission est l’avis le plus correct chez al-Rāfiʿī, à condition de ne pas chercher les facilités.

Arguments. Fermer la porte à la recherche des facilités (sadd al-dharīʿa) ; suivre ce qu’on croit le plus fort.

Objection. Les compagnons n’imposaient pas au commun un mufti unique ; al-Nawawī juge que la preuve ne l’exige pas.

Portée. Jamʿ al-jawāmiʿ est l’un des textes de fondements les plus enseignés dans les écoles shafiʿite et malikite. Sa position est devenue celle de la plupart des juristes postérieurs.

Fiabilité : texte vérifié dans le commentaire d’al-Zarkashī ; formule d’al-Maḥallī vue en source secondaire (Dār al-Iftāʾ d’Égypte).

5. Al-Shāṭibī (m. 790), al-Muwāfaqāt, livre de l’ijtihād

الموافقات (éd. Dār Ibn ʿAffān, 1417/1997, éd. Mashhūr Āl Salmān).

Thèse. Pour le commun, la fatwa du mujtahid tient lieu de preuve légale. Il doit s’y conformer comme le mujtahid se conforme au Coran et à la Sunna. Il est donc interdit de faire de la simple existence d’une divergence une preuve que la chose est permise, interdit au mufti de dire « choisis selon ton désir », et interdit de suivre les facilités des écoles.

Passages clés :

  • 5/336. « Les fatwas des mujtahids sont, pour les gens du commun, comme les preuves légales pour les mujtahids » (فَتَاوَى الْمُجْتَهِدِينَ بِالنِّسْبَةِ إِلَى الْعَوَامِّ كالأدلة الشرعية بالنسبة إلى المجتهدين). La note de l’éditeur développe le raisonnement : le non-mujtahid a trois options ; ne rien faire est contraire au consensus, examiner les preuves lui est impossible, il ne lui reste donc que le suivi des savants.
  • 5/93. On fait de la divergence une preuve de licéité « pour la seule raison que la question est discutée, et non pour une preuve qui établirait la validité de l’avis permissif ; c’est l’erreur même envers la Loi ». Il cite al-Khaṭṭābī : « la divergence n’est pas une preuve ; c’est l’explication de la Sunna qui est une preuve ».
  • 5/97. Le mufti ne peut dire au questionneur : « Il y a deux avis dans ta question, choisis selon ton désir », car « cela reviendrait à faire arbitrer la passion et non la Loi » (فَإِنَّ مَعْنَى هَذَا تَحْكِيمُ الْهَوَى دُونَ الشَّرْعِ).
  • 5/102. Parmi les méfaits de la recherche des facilités : « se dépouiller de la religion, en délaissant la preuve pour suivre la divergence », et « faire peu de cas de la religion, qui devient alors un liquide qui ne se laisse pas contenir ».

Objection traitée. Certains auteurs tardifs ont objecté le hadith « Allah aime qu’on use de Ses dispenses » et le principe de facilité. Al-Shāṭibī répond que la dispense légale est celle que la Loi accorde, alors que la recherche des facilités entre les écoles ne fait pas partie de ses fondements (5/97-99, vu en source secondaire).

Portée. Al-Shāṭibī explique pourquoi l’école protège : elle soustrait le choix au désir. C’est le principe à citer face à quelqu’un qui oppose « les sources » à l’avis d’une école.

Fiabilité : vérifié dans le texte pour 5/93, 5/97, 5/102 et 5/336 ; passages complémentaires (5/93-94 sur le désir, 5/280) vus en source secondaire.

6. Al-Zarkashī (m. 794), al-Baḥr al-muḥīṭ fī uṣūl al-fiqh

البحر المحيط في أصول الفقه (Dār al-Kutubī, 8 vol.)

Thèse. Al-Zarkashī ne tranche pas : il recense tous les avis, ce qui fait de son livre la meilleure carte du débat.

Faut-il s’attacher à une école ? (8/374)

  • Oui, selon al-Kiyā al-Harrāsī.
  • Non, selon Ibn Burhān, avis qu’al-Nawawī a jugé correct au début du livre de la judicature de la Rawḍa.
  • Arguments de l’absence d’obligation : les compagnons ne reprochaient pas au commun de consulter l’un ou l’autre ; Mālik refusa que le calife impose son école, en disant qu’Allah avait dispersé la science dans les pays ; Aḥmad dit à un élève : « Ne contrains pas les gens à ton école, ils seraient dans la gêne ; laisse-les profiter des dispenses des écoles des gens. »
  • Un avis médian, celui d’Ibn al-Munayyir : « la preuve impose de s’attacher à une école déterminée après les quatre imams, pas avant » (الدَّلِيلُ يَقْتَضِي الْتِزَامَ مَذْهَبٍ مُعَيَّنٍ بَعْدَ الْأَئِمَّةِ الْأَرْبَعَةِ، لَا قَبْلَهُمْ). Cet avis concilie la pratique des Salaf et celle des juristes postérieurs.

Peut-on quitter l’école qu’on a adoptée ? (8/375-376) Quatre avis : l’interdiction ; la permission, qui est le plus correct chez al-Rāfiʿī ; l’interdiction seulement dans les questions où l’on a déjà agi selon son imam ; et l’avis d’al-Juwaynī, selon lequel celui qui a suivi un imam dans une affaire doit le suivre dans les affaires semblables. Le motif de l’interdiction est toujours le même : « la recherche des facilités et le jeu avec la religion ».

Celui qui suit les facilités est-il pervers ? (8/381) Abū Isḥāq al-Marwazī dit oui, Ibn Abī Hurayra dit non.

Fiabilité : vérifié dans le texte.

7. Ibn Rajab al-Ḥanbalī (m. 795), al-Radd ʿalā man ittabaʿa ghayr al-madhāhib al-arbaʿa

الرد على من اتبع غير المذاهب الأربعة, dans Majmūʿ rasāʾil Ibn Rajab (éd. Ṭalʿat al-Ḥulwānī, al-Fārūq al-Ḥadītha, 1424/2003), p. 617-627.

Thèse. Sous ʿUthmān, les compagnons ont réuni la communauté sur une seule lecture du Coran et brûlé les autres exemplaires pour éviter la division (p. 620). De la même manière, la sagesse d’Allah a préservé la religion en fixant des imams dont la science fait l’unanimité : les quatre. Seul le mujtahid réellement qualifié peut sortir de leurs écoles ; les autres doivent suivre ces imams.

Passages clés :

  • p. 623. Si l’on avait laissé chacun donner son avis comme aux premiers temps, « l’ordre de la religion en aurait été inévitablement ébranlé, le licite serait devenu illicite et l’illicite licite… et notre religion serait devenue comme celle des deux peuples du Livre avant nous ».
  • p. 624. « La sagesse d’Allah a voulu fixer et préserver la religion en établissant pour les gens des imams dont la science et la compréhension font l’unanimité » (فاقتضت حكمةُ الله سبحانه أن ضبط الدين وحفظه بأن نصب للناس أئمة مجتمعًا عَلَى علمهم ودرايتهم). « Quant au reste des gens, qui n’ont pas atteint ce degré, il ne leur reste que de suivre ces imams. »
  • p. 625. Sans cette limitation à des imams connus, la religion se serait corrompue ; l’intérêt ne commande rien d’autre que de réunir les gens sur les écoles de ces imams.

Les objections qu’il affronte :

  1. « Comment restreindre les gens à des savants nommés ? » Il répond par l’analogie avec la lecture unique du Coran.
  2. « Les sept lectures sont toutes vraies, alors que les quatre imams peuvent s’accorder sur une chose fausse. » Il répond que plusieurs savants l’ont nié, car Allah ne réunit pas cette communauté sur un égarement.
  3. « Cela conduit à suivre les imams dans l’erreur. » Il répond que la communauté ne s’est pas accordée sur l’erreur, et que le suivi de ces imams est « permis sans aucun doute ».
  4. « Pourquoi pas un autre imam ? » Parce que les écoles des autres ne se sont ni répandues ni fixées : on risquerait de leur attribuer ce qu’ils n’ont pas dit.
  5. « Et si l’école d’un autre imam avait été écrite et préservée ? » On n’en connaît pas aujourd’hui ; si elle existait, il faudrait s’y affilier ouvertement.

Contre l’affiliation cachée (p. 627). Afficher une école et en suivre une autre en secret « n’est permis en aucun cas ; c’est une sorte d’hypocrisie et de dissimulation, une tromperie envers la communauté et un mensonge sur ses savants ».

Arguments. Le consensus des compagnons sur le muṣḥaf de ʿUthmān ; le hadith « Ma communauté ne s’accordera pas sur un égarement » ; l’intérêt de la communauté et la nécessité de fermer la porte au désordre ; l’analogie avec la critique des hadiths, réservée aux spécialistes reconnus (p. 622).

Fiabilité : vérifié dans le texte.

Les positions du VIIIᵉ siècle en un coup d’œil

Auteur École Obligation d’une école déterminée Changer d’école Rechercher les facilités
Ibn Taymiyya hanbalite Non, mais permis et louable pour qui en a besoin Louable s’il suit une preuve, blâmable par intérêt Blâmable
Ibn al-Qayyim hanbalite Non ; suivre un plus savant est louable pour qui ne sait pas Obligatoire quand la preuve est établie Condamné avec le taqlīd partisan
Al-Subkī shafiʿite Oui, selon l’avis le plus correct Trois avis Interdit
Al-Shāṭibī malikite La fatwa du savant est la preuve du commun — Interdit, comme le fait de prendre la divergence pour preuve
Al-Zarkashī shafiʿite Recense les avis ; Ibn al-Munayyir : oui, après les quatre Permis selon l’avis le plus correct, sans chercher les facilités Divergence sur le fait que son auteur soit pervers
Ibn Rajab hanbalite Oui, s’en tenir aux quatre écoles — —

Et Allah est le plus savant.