La hawla wa la quwwata illa billah : sens, racine, mérites et enseignements

Vocabulaire des musulmans·En profondeur

لَا حَوْلَ وَلَا قُوَّةَ إِلَّا بِاللَّهِ

Lâ hawla wa lâ quwwata illâ bi-Llâh

Prononciation : lâ haw-la wa lâ qouw-wa-ta il-lâ bil-lâh

« Il n’y a de changement ni de force qu’en Allah »

Racineح و ل (h-w-l)changer d’état, se déplacer, se transformer ; de là tahawwul, la transformation
Racineق و ي (q-w-y)la force, la puissance ; de là al-Qawiyy, le Fort
En bref

La parole de celui qui se sent dépassé. Elle dit : je ne peux ni changer ma situation ni en avoir la force par moi-même ; tout cela n’appartient qu’à Allah. Le Prophète ﷺ l’appelait un trésor du Paradis.

La langue : le mouvement et la force

Hawl, de la racine h-w-l, désigne le fait de passer d’un état à un autre, de se détourner, de changer. Quwwa est la force, la capacité d’agir. La formule nie donc deux choses à la fois : le pouvoir de changer une situation, et la force de l’affronter — sauf par Allah.

Les savants la traduisent souvent ainsi : « Nul ne peut se détourner d’une désobéissance sinon par la préservation d’Allah, et nul n’a la force d’accomplir une obéissance sinon par Son aide. » Elle est, en une phrase, la reconnaissance que la créature ne tient debout que par son Créateur.

Dans le Coran

La formule elle-même apparaît dans le récit du jardin, en complément de mâ shâ’a-Llâh : « Que n’as-tu dit, en entrant dans ton jardin : ce qu’Allah a voulu ! Il n’y a de force qu’en Allah ! » (18, 39). Elle rejoint tout ce que le Coran dit de l’impuissance humaine : « Allah est le Créateur de toute chose » (39, 62) ; « Vous ne voulez que si Allah veut » (81, 29) ; « Et il n’y a de secours que d’Allah » (3, 126).

Dans la Sunna : un trésor du Paradis

Abû Mûsâ al-Ash’arî raconte : les Compagnons, en voyage, élevaient la voix en disant Allâhu akbar. Le Prophète ﷺ leur dit : « Ménagez-vous, vous n’invoquez ni un sourd ni un absent ; vous invoquez Celui qui entend, qui est proche. » Puis il dit : « Ô ’Abd Allâh ibn Qays, ne t’indiquerai-je pas un trésor parmi les trésors du Paradis ? Lâ hawla wa lâ quwwata illâ bi-Llâh » (al-Bukhârî et Muslim).

  • Elle fait partie de la réponse à l’appel à la prière : quand le muezzin dit « Venez à la prière », « Venez à la réussite », on répond lâ hawla wa lâ quwwata illâ bi-Llâh (Muslim, d’après ’Umar) — car nul n’y vient par sa propre force.
  • Elle accompagne la sortie de chez soi : « Au nom d’Allah, je place ma confiance en Allah ; il n’y a de force ni de puissance qu’en Allah » (Abû Dâwûd, al-Tirmidhî, d’après Anas).
  • On la dit devant une difficulté, une mauvaise nouvelle, une injustice, un effort qui dépasse ses moyens.
  • Un hadith très répandu — « elle est un remède à quatre-vingt-dix-neuf maux, dont le moindre est le souci » — est faible ; le sens en est bon, mais on ne l’attribue pas au Prophète ﷺ.

Ce qu’en disent les savants

Les commentateurs y voient l’expression la plus concentrée du tawakkul, la confiance en Allah : elle ne dispense pas d’agir, elle replace l’action à sa juste place. Celui qui la dit travaille, soigne, cherche, se défend — mais il sait de qui vient le résultat. C’est pourquoi elle est dite un trésor : elle n’est pas un pansement sur l’impuissance, elle est une richesse déposée pour le Jour où les autres richesses ne serviront plus.

À ne pas confondre avec innâ li-Llâh, qu’on dit dans le malheur accompli, ni avec mâ shâ’a-Llâh, qu’on dit devant ce qui plaît. Celle-ci se dit devant l’effort, l’obstacle et l’épreuve qu’on affronte.

Sources

Coran : 3, 126 ; 18, 39 ; 39, 62 ; 81, 29. Hadith : al-Bukhârî et Muslim (le trésor du Paradis, d’après Abû Mûsâ) ; Muslim (la réponse à l’appel à la prière) ; Abû Dâwûd et al-Tirmidhî (en sortant de chez soi). Langue : Ibn Manzûr, Lisân al-’Arab, racines h-w-l et q-w-y. Commentaires : al-Nawawî, Sharh Sahîh Muslim et al-Adhkâr ; Ibn Hajar, Fath al-bârî, commentaire du hadith d’Abû Mûsâ.