إِنَّا لِلَّهِ وَإِنَّا إِلَيْهِ رَاجِعُونَ
Innâ li-Llâhi wa innâ ilayhi râji’ûn
Prononciation : in-nâ lil-lâ-hi wa in-nâ i-lay-hi râ-ji-’oûn
« Nous sommes à Allah, et c’est vers Lui que nous retournons »
La parole de l’épreuve. Elle tient en deux affirmations : ce que j’ai perdu ne m’appartenait pas, et moi-même je retourne à Celui à qui tout appartient. Le Coran promet à qui la dit la bénédiction, la miséricorde et la guidée.
La langue : deux propriétés, un retour
La formule est faite de deux phrases parallèles, chacune introduite par inna, la particule d’insistance. La première établit une appartenance : nous sommes à Allah — nous et tout ce que nous appelons « à nous », la santé, l’enfant, l’argent, le temps. La seconde établit un retour : tout revient à Lui.
Les savants nomment cette parole l’istirjâ’, de la racine r-j-’ qui dit le retour. Elle n’est donc pas une formule de résignation triste : c’est une remise des comptes. On ne peut pas perdre ce qu’on ne possédait pas ; on peut seulement rendre un dépôt.
Dans le Coran
وَبَشِّرِ الصَّابِرِينَ
الَّذِينَ إِذَا أَصَابَتْهُم مُّصِيبَةٌ قَالُوا إِنَّا لِلَّهِ وَإِنَّا إِلَيْهِ رَاجِعُونَ
أُولَئِكَ عَلَيْهِمْ صَلَوَاتٌ مِّن رَّبِّهِمْ وَرَحْمَةٌ ۖ وَأُولَئِكَ هُمُ الْمُهْتَدُونَ
Wa bashshiri-s-sâbirîn. Alladhîna idhâ asâbat-hum musîbatun qâlû innâ li-Llâhi wa innâ ilayhi râji’ûn. Ulâ’ika ’alayhim salawâtun min rabbihim wa rahma, wa ulâ’ika humu-l-muhtadûn.
« Et fais la bonne annonce aux endurants, ceux qui disent, quand un malheur les atteint : nous sommes à Allah, et c’est vers Lui que nous retournons. Ceux-là reçoivent les bénédictions de leur Seigneur, ainsi que Sa miséricorde ; et ceux-là sont les biens guidés » (2, 155-157).
Le contexte est celui de l’épreuve annoncée : « Nous vous éprouverons certes par un peu de peur, de faim, et par une diminution des biens, des personnes et des fruits » (2, 155). Trois récompenses sont promises, que ’Umar commentait ainsi : « Quel excellent équivalent ! » — les prières d’Allah sur le serviteur, Sa miséricorde, et la guidée.
Dans la Sunna : une invocation complète
Umm Salama rapporte : « J’ai entendu le Messager d’Allah ﷺ dire : il n’est pas un musulman frappé d’un malheur qui dise ce qu’Allah lui a ordonné — innâ li-Llâhi wa innâ ilayhi râji’ûn ; Allâhumma’jurnî fî musîbatî wa akhlif lî khayran minhâ (ô Allah, récompense-moi dans mon malheur et donne-moi en échange meilleur que cela) — sans qu’Allah ne lui donne mieux en échange. »
Elle ajoute : quand Abû Salama, son mari, mourut, elle se dit : « Qui serait meilleur qu’Abû Salama ? » Puis elle le dit quand même. Allah lui donna en échange le Messager d’Allah ﷺ pour époux (Muslim).
- La formule ne se limite pas au deuil : on la dit pour toute perte, même petite — une lampe qui s’éteint, une chose égarée —, car « toute chose qui contrarie le croyant est un malheur ».
- « La patience est au premier choc » (al-Bukhârî et Muslim) : c’est l’instant où la parole a le plus de valeur, quand elle coûte encore.
- Elle ne contredit pas les larmes : le Prophète ﷺ pleura à la mort de son fils Ibrâhîm et dit : « L’œil pleure, le cœur s’attriste, et nous ne disons que ce qui satisfait notre Seigneur » (al-Bukhârî).
Ce qu’en disent les savants
Les commentateurs relèvent que la formule contient en germe toute la théologie de l’épreuve : si nous appartenons à Allah, Il dispose de nous comme le propriétaire dispose de son bien, sans injustice ; et si nous retournons à Lui, aucun compte ne restera en suspens — ce qui a été perdu ici sera rendu là-bas.
Ils précisent aussi ce qu’elle exclut : la plainte contre le décret, les cris, les gifles, les vêtements déchirés. « N’est pas des nôtres celui qui se frappe les joues, déchire ses habits et invoque les invocations de l’époque antéislamique » (al-Bukhârî et Muslim). Dire son chagrin à Allah est permis — Jacob disait : « Je ne me plains qu’à Allah de mon déchirement et de ma tristesse » (12, 86).
Sources
Coran : 2, 155-157 ; 12, 86. Hadith : Muslim (Umm Salama et Abû Salama) ; al-Bukhârî et Muslim (la patience au premier choc ; « n’est pas des nôtres ») ; al-Bukhârî (la mort d’Ibrâhîm). Exégèse : al-Tabarî et al-Qurtubî, sur 2, 155-157 ; al-Nawawî, al-Adhkâr, chapitre des invocations dans l’épreuve.