Les vendeurs de rêve : Investir licitement — Que faire

L’argent en islam · Les vendeurs de rêve · Chapitre 5 sur 7

Investir licitement

L’investissement licite tient en une règle : on partage le profit réel en pourcentage, la perte retombe sur le capital, et nul ne garantit ni un rendement fixe ni la mise. Devant chaque placement, quatre questions : combien il coûte, ce qu’on peut perdre, quand on peut sortir, qui certifie quoi. La bourse, le fonctionnement des SCPI et leur filtrage sont traités dans le dossier « Investir : ce que l’islam permet, ce qu’il interdit ».

La règle des juristes classiques : partager le gain et la perte

Dans le Muwaṭṭaʾ, Mālik rapporte qu’Abū Mūsā al-Ashʿarī avait prêté aux deux fils de ʿUmar un bien du Trésor pour commercer, le profit devant leur revenir. ʿUmar exigea le capital et le profit. Un homme de son entourage proposa d’en faire un qirāḍ, ou muḍāraba : l’un apporte l’argent, l’autre le travail. ʿUmar prit alors le capital et la moitié du profit, ses fils l’autre moitié (kitāb al-qirāḍ, n° 1, 2/687-688). Pour Mālik, le travailleur fait fructifier l’argent d’autrui « sans garantie à sa charge » (n° 3).

وأجمعوا على أن للعامل أن يشترط على رب المال ثلث الربح أو نصفه أو ما يجتمعان عليه بعد أن يكون ذلك معلوما جزءا من أجزاء. وأجمعوا على إبطال القراض الذي يشترط أحدهما أو كلاهما لنفسه دراهم معلومة.

« Ils sont unanimes : le travailleur peut stipuler avec le propriétaire du capital un tiers du profit, ou la moitié, ou ce dont ils conviennent, pourvu que ce soit une fraction connue. Ils sont unanimes à déclarer nul le qirāḍ dans lequel l’un des deux, ou les deux, se réservent une somme fixe de dirhams. » (Ibn al-Mundhir, al-Ijmāʿ, n° 528-529, p. 111)

Ibn Qudāma en tire les conséquences. Dans la muḍāraba, la perte « porte uniquement sur le capital ; le travailleur n’en supporte rien ». La clause qui impose au gérant de garantir le capital, ou une part de la perte, est nulle : « nous n’y connaissons pas de divergence », écrit-il (al-Mughnī, 5/28 et 5/49). Ce contrat répond à un besoin : « ceux qui possèdent [l’argent] ne savent pas tous commercer, et ceux qui savent commercer n’ont pas tous de capital » (5/20). Ibn Taymiyya résume : « s’il y a un gain, ils le partagent ; s’il n’y en a pas, ils partagent la privation » (Majmūʿ al-fatāwā, 25/61). Qui promet « 2 % par mois garantis » ne propose donc pas une association, mais un prêt à intérêt déguisé (voir « Le jugement »).

Le droit français converge : l’article 1844-1 du Code civil répute « non écrites » les clauses qui attribuent à un associé la totalité du profit ou l’exonèrent « de la totalité des pertes » (texte cité d’après la revue Actu-Juridique, 2024). Il va moins loin que les juristes musulmans : il ne vise que l’exonération totale.

Lina Finance : un intermédiaire, pas un gérant

Lina Finance n’est ni une banque, ni un assureur, ni une société de gestion : c’est un intermédiaire, qui conseille et distribue les produits de partenaires. Selon ses mentions légales, le site est édité par CB Patrinvest, SAS au capital de 1 000 €, qui se déclare inscrite à l’ORIAS comme conseiller en investissements financiers (CIF) et courtier en assurance, et membre de l’association CNCEF Patrimoine. Un CIF n’a pas d’agrément de l’AMF : il adhère à une association agréée par elle, et son numéro se vérifie au registre de l’ORIAS.

L’offre couvre l’assurance-vie, le PER, le PEA, le compte-titres, des SCPI et l’or. Selon sa page d’accueil, Lina « ne prélève pas de frais de souscription, ni de frais de versement », les SCPI faisant exception (voir plus bas). Les frais annuels sont de « 1 % par an, dont seuls 0,55 % reviennent à Lina Finance », plus les frais propres des supports, non détaillés. La page de l’assurance-vie ne mentionne aucun fonds en euros et prévient que « la valeur de votre investissement peut fluctuer en fonction des marchés » : le capital n’est pas garanti. Elle ne nomme ni l’assureur ni les supports : il faut demander le document d’informations clés (DIC) de chacun. Durée recommandée : huit ans.

La conformité relève d’un comité de trois membres (« Shariah Board ») qui, selon la page d’accueil, « certifie que nos propositions d’investissement sont licites, selon les normes AAOIFI ». La certification des produits est confiée à Shariah 360, et « un audit Shariah est mené périodiquement ». Ni les avis, ni la fréquence des audits, ni la méthode de purification ne figurent sur ces pages : ce sont les trois pièces à demander. Pour les SCPI, Lina affiche 2,8 % de frais de souscription « après Cashback de 7,2 % reversé par Lina » : les frais sont donc de 10 % avant ce reversement (2,8 + 7,2 ; calcul fait ici). Les conditions du reversement sont à obtenir par écrit. Durée recommandée : dix ans ; la page prévient que « la revente des parts n’est pas garantie ».

NCap Éducation Santé, et la question de sa certification

Une SCPI souvent présentée comme « halal » est NCap Éducation Santé (ex-Fair Invest), gérée par Norma Capital, société de gestion agréée par l’AMF. Son rapport annuel 2025 indique :

  • aucun recours à l’endettement, 114,5 millions d’euros de capitalisation, des immeubles de santé, d’éducation et de bien-être ;
  • un taux de distribution brut de 4,72 % en 2023, 4,85 % en 2024 et 4,52 % en 2025 ;
  • une part à 202 €, cinq parts au minimum, et des revenus qui ne courent qu’à partir du sixième mois suivant le paiement.

Les frais d’entrée sont de 12 % TTC, et la gestion prend 10 % HT des loyers encaissés (note d’information citée par les distributeurs Ramify et France SCPI). Avec 4,5 % de distribution par an, il faut près de trois ans de revenus pour compenser ces 12 % : 12 ÷ 4,5 ≈ 2,7 ans, sans compter les six mois sans revenus (calcul fait ici, avant impôt). Le scénario de tensions de son DIC chiffre à 17,70 % la perte d’une sortie au bout d’un an (selon Ramify).

Qui certifie sa conformité ? Ni le rapport annuel 2025, ni le document d’information de 2020 (DICI), ni le bulletin du deuxième trimestre 2019 ne parlent de charia, de finance islamique ou de certification religieuse. Le document de 2020 évoque des critères « éthiques et responsables » et des référentiels ESG et ISR ; la note d’information et les statuts n’ont pas été consultés. Dans les documents lus, l’étiquette « halal » ne vient donc pas de la société de gestion : elle vient des distributeurs, sous leur propre responsabilité. Lina Finance, par exemple, fait valider les SCPI qu’elle propose par son comité. « SCPI certifiée charia » n’est pas une mention réglementaire : il faut savoir qui a rendu l’avis, sur quels critères, à quelle date.

Un nom ne prouve rien : la SCPI « Linaclub » est gérée par Aestiam et commercialisée par Linavest, sans rapport documenté avec Lina Finance. Elle facture 9 % HT à l’entrée, ne détenait fin 2024 qu’un immeuble, n’a rien distribué cette année-là et ne mentionne pas la charia (rapport annuel 2024).

Les SCPI : un rendement moyen, une sortie incertaine

En 2025, les SCPI ont distribué en moyenne 4,91 %, mais le prix moyen de leurs parts, pondéré par la capitalisation, a reculé de 3,45 % (ASPIM) ; celui de LF Europimmo a chuté de 23,28 % (France Transactions). Fin 2025, 2,8 milliards d’euros de parts attendaient un acheteur, et encore 1,9 milliard au 30 juin 2026 (ASPIM). Le médiateur de l’AMF le rappelle : un retrait n’est exécuté que si une souscription lui correspond, et peut connaître « des délais de sortie d’une durée indéterminée ». L’argent dont on peut avoir besoin n’a pas sa place dans une SCPI.

Les ETF islamiques : peu chers, filtrés, pas purs

Un ETF islamique réplique un indice d’actions filtré ; les trois relevés ici coûtent de 0,30 à 0,40 % par an. L’iShares MSCI World Islamic (0,30 %) verse ses dividendes et n’est pas coté à Paris. Le HSBC MSCI World Islamic Screened (0,30 %) est coté à Paris en euros et réinvestit ses dividendes ; selon sa fiche, son comité de charia surveille le fonds périodiquement et délivre un certificat charia annuel (an annual Shariah certificate). L’Invesco Dow Jones Islamic Global Developed Markets (0,40 %) est coté à Londres et à Zurich.

Le filtre de MSCI exclut les sociétés qui tirent plus de 5 % de leur chiffre d’affaires d’activités interdites. Il écarte aussi celles dont la dette, les placements à intérêt, ou les créances et liquidités dépassent un tiers de l’actif ; les savants de son comité ne sont pas nommés. Une part de revenus illicites, jusqu’à 5 %, peut donc demeurer : la fiche de l’iShares ne traite pas la purification des dividendes, qui reste à la charge de l’épargnant. Le risque est celui des actions, et il est concentré : 43,55 % de technologies de l’information dans l’ETF iShares (20 octobre 2026). Le PEA n’admet que des fonds investis à plus de 75 % en actions de sociétés de l’Union européenne ou de l’EEE (service-public.gouv.fr) ; pour ces fonds mondiaux, l’éligibilité est à vérifier auprès du courtier, le compte-titres restant la voie ordinaire.

L’or et l’association dans un commerce réel

L’or ne verse aucun revenu ; son prix fluctue, et celui des pièces porte une « prime » au-dessus du métal (La finance pour tous). À la revente, l’État prélève une taxe de 11 % du prix, plus 0,5 % de CRDS (economie.gouv.fr). Si l’on peut justifier la date et le prix d’achat, on peut opter pour une imposition de 36,2 % sur la plus-value, avec un abattement de 5 % par année de détention qui mène à l’exonération après 22 ans (La finance pour tous).

Le plus proche du qirāḍ reste l’association dans une affaire qu’on connaît. Dans la société en participation, les associés conviennent qu’elle ne sera pas immatriculée (art. 1871 du Code civil, selon le BOFiP). Dans la société en commandite simple, les commanditaires apportent les capitaux, ne risquent que leur apport et « ne peuvent s’immiscer dans la gestion » ; les commandités gèrent et répondent des dettes sur tous leurs biens (Bpifrance Création). Le rapprochement avec la muḍāraba, fait ici, a une limite : dans la muḍāraba, le gérant ne répond pas de la perte sur ses biens. Dans tous les cas : des statuts écrits, des comptes ouverts aux associés, un apport en capital et non un « prêt » rémunéré.

Que faire

Contre le vendeur de rêve, les bons réflexes sont simples et gratuits : vérifier avant de payer, s’arrêter au lieu de vouloir se refaire, signaler au lieu de se taire, parler aux enfants avant que la publicité ne le fasse. Aucun ne demande de formation payante.

Devant une publicité ou un « mentor »

Avant tout versement, appliquez la grille présentée dans « Personne ne donne son secret : qui gagne vraiment ». Qui est payé, par qui, et quand ? Si celui qui vous sollicite touche son argent avant votre premier gain, son intérêt n’est pas le vôtre. Vérifiez ensuite l’acteur lui-même, sur les sites officiels et non par les liens qu’il vous envoie :

Ce qu’on vous propose Où vérifier, et ce que prouve la réponse
Plateforme de crypto-actifs liste blanche des prestataires autorisés, sur le site de l’AMF : absent de la liste, on s’abstient (voir « Ce que dit la loi française »)
Courtier, site de trading, « gestionnaire », robot listes noires de l’AMF et de l’ACPR : s’il y figure, on fuit ; s’il n’y figure pas, rien n’est prouvé, car elles ne sont pas exhaustives
Placement en vin, en or, « placement vert » l’offre doit être enregistrée par l’AMF pour pouvoir vous être proposée (voir « Personne ne donne son secret : qui gagne vraiment »)
Conseiller en investissements financiers, courtier en assurance registre de l’ORIAS : l’inscription donne un statut, non une garantie (voir « Investir licitement »)
SCPI ou fonds agrément de la société de gestion par l’AMF, indiqué dans ses documents réglementaires (voir « Investir licitement »)

Ne payez jamais pour un « signal », un robot ou un abonnement de pronostics. Celui qui vend une méthode gagnante avoue qu’elle lui rapporte davantage vendue qu’appliquée. Les rendements promis pour les robots se jugent par un simple calcul (voir « Personne ne donne son secret : qui gagne vraiment »). Des vendeurs de pronostics ont déjà fait l’objet de procès-verbaux pénaux (voir « Les paris sportifs »). L’AMF résume la règle : « Méfiez-vous des promesses irréalistes de sites de trading garantissant des gains rapides » (communiqué du 2 mars 2023). Enfin, ne rappelez jamais un numéro fourni par votre interlocuteur : cherchez vous-même celui de l’organisme dont il se réclame, puisque l’escroc emprunte volontiers le nom d’une banque ou de l’AMF.

Celui qui parie déjà, ou qui a perdu

Le premier geste est de fermer la porte, non de chercher à se refaire. Revenir pour « se refaire » est l’un des critères médicaux du trouble du jeu (voir « Les paris sportifs ») et l’obstination que décrivait ar-Rāzī (voir « La sagesse derrière l’interdit »). L’outil le plus solide est l’interdiction volontaire de jeux, dont le champ est présenté dans « Ce que dit la loi française » :

  1. faire la demande sur le service en ligne interdictiondejeux.anj.fr ;
  2. l’ANJ vérifie l’identité du demandeur, puis lui confirme son interdiction ; en 2025, elle indiquait un délai de trois jours ouvrés pour l’inscription (rapport annuel 2025) ;
  3. l’interdiction est « valable pour une durée minimale de 3 ans » (ANJ) ; elle est ensuite « renouvelable tacitement » : sans démarche de l’intéressé, elle reste en vigueur (service-public.gouv.fr) ;
  4. fermer soi-même le reste : supprimer les applications, se désabonner des comptes de pronostics, renoncer aux tickets achetés au comptoir sans compte ; pour la FDJ et le PMU, l’interdiction ne vise que les jeux « réalisés avec un compte joueur » (ANJ).

Pour parler à quelqu’un, Joueurs Info Service répond au 09 74 75 13 13, sept jours sur sept, de 8 h à 2 h du matin ; l’appel est anonyme et non surtaxé. Le chat du site est ouvert du lundi au vendredi de 14 h à minuit, le samedi et le dimanche de 14 h à 20 h (Joueurs Info Service, octobre 2025). Quand le découragement devient trop lourd, il faut en parler sans attendre à un médecin ou à un proche. En cas de pensées suicidaires, pour soi ou pour un proche en souffrance, on peut appeler le 3114, numéro national de prévention du suicide. Il « est accessible 24h/24 et 7j/7, gratuitement, en France entière » (3114.fr, consulté le 23 octobre 2026).

Ce qu’il faut faire des gains déjà encaissés est exposé dans le dossier « Tontine, jeux vidéo, paris : l’argent, le jeu et le hasard ». Le verset du maysir s’achève sur une question : « Allez-vous donc cesser ? » (5:91, cité dans « Le jugement »). Le premier pas du repentir est d’y répondre en cessant, puis d’assainir ce qu’on gagne, car, a dit le Prophète ﷺ, « Allah est bon et n’accepte que ce qui est bon » (Muslim, n° 1015, d’après Abū Hurayra). Le même hadith évoque l’homme qui implore « Seigneur ! Seigneur ! » alors qu’il « a été nourri d’illicite » : « comment lui serait-il répondu ? » Une dette de jeu se rembourse sur un gain honnête, jamais sur un nouveau pari.

La victime d’une arnaque

La honte sert l’escroc : la plupart des victimes d’escroquerie ne portent pas plainte (voir « Les chiffres du trading des particuliers »). Les recours, de la banque à la plainte et à la CIVI, sont détaillés dans « Ce que dit la loi française » ; mieux vaut les engager sans attendre (conseil de bon sens). L’AMF conseille aussi de rassembler les preuves : courriels, ordres de virement, captures d’écran. Le site frauduleux peut lui être signalé, mais aussi à Signal Spam ou sur internet-signalement.gouv.fr, le portail officiel de signalement des contenus illicites. Pour une escroquerie en ligne, la plainte peut être déposée à distance sur la plateforme THESEE. En 2023, 14,5 % des victimes d’escroqueries et de fraudes aux moyens de paiement enregistrées par la police et la gendarmerie y étaient passées (SSMSI, 2024).

Besoin Service Contact
Question sur un placement ou un intermédiaire, arnaque à signaler AMF Épargne Info Service +33 (0)1 53 45 62 00, du lundi au vendredi de 9 h à 12 h 30 (prix d’un appel local) ; formulaire « Arnaque / Anomalie » du site de l’AMF
Escroquerie Info Escroqueries 0 805 805 817 (numéro vert), du lundi au vendredi de 9 h à 18 h 30
Écoute et orientation des victimes d’infractions, hors atteintes aux biens sur internet Aide aux victimes 116 006 (appel gratuit), tous les jours de 9 h à 20 h
Vente pyramidale, pratique commerciale trompeuse DGCCRF (RéponseConso) 0 809 540 550 (numéro non surtaxé) ; signalement en ligne sur SignalConso

Celui qui propose ensuite de « récupérer » l’argent contre paiement est un second escroc : l’AMF n’appelle jamais pour cela (voir « Personne ne donne son secret : qui gagne vraiment »).

Les parents

L’enfant rencontre la publicité des paris bien avant l’âge de jouer : les chiffres de l’enquête ESCAPAD 2022 de l’OFDT sur les jeunes de 17 ans figurent dans « Anguille sous roche ». La même enquête relève que 27,5 % d’entre eux avaient joué à un jeu d’argent dans l’année ; ces réponses sont déclaratives. Les jeux d’argent sont pourtant interdits aux mineurs. La loi range d’ailleurs leur protection parmi les objectifs de la politique des jeux (Code de la sécurité intérieure, art. L. 320-3). Pour les 18-25 ans, un plafond de pertes est annoncé avec la loi du 3 août 2026 ; sa rédaction définitive n’a pu être vérifiée et son montant reste à fixer (voir « Ce que dit la loi française »).

La porte d’entrée est souvent familiale. L’étude ENJEU-Mineurs 2025 (ARPEJ, avec le soutien de l’ANJ) a interrogé 5 000 jeunes de 15 à 17 ans. Selon Europe 1, 42,6 % disaient avoir joué au moins une fois à un jeu d’argent dans les douze mois précédents. Parmi les jeunes joueurs, 65 % disaient avoir accédé aux jeux en point de vente par l’intermédiaire de leurs parents. Selon Tirage-gagnant, « la part des mineurs jouant sur le compte de leurs parents avec leur accord est passée de 23,6 % en 2021 à 36,9 % en 2025 ». Ni la population de référence ni la méthode ne sont précisées dans ces comptes rendus. Ne prêtez donc ni votre compte ni votre carte, et n’achetez pas de ticket pour un mineur.

Le meilleur antidote est un calcul fait ensemble. Prenez les trois cotes d’un match affiché, divisez 1 par chacune et additionnez : le total dépasse 100 %, et l’excédent est la part de l’opérateur (méthode et exemple dans « Les paris sportifs »). Lisez aussi ensemble la petite ligne grise des publicités de trading (voir « Les chiffres du trading des particuliers »). C’est un conseil de bon sens, non une méthode éprouvée ; du moins l’adolescent saura-t-il qui paie la marge. Aux chiffres, on peut joindre la parole du Prophète ﷺ à Ḥakīm b. Ḥizām : « Ce bien est vert et doux : celui qui le prend avec une âme détachée y est béni ; celui qui le prend avec une âme avide n’y est pas béni, et il est comme celui qui mange sans se rassasier » (al-Bukhārī, n° 1472).

Celui qui veut gagner sa vie licitement

Les vrais chiffres des voies honnêtes figurent dans « L’argent honnête » (métiers qui recrutent, apprentissage, revenus des indépendants, restauration) et dans « Investir licitement » (association, SCPI, ETF), avec les précautions à prendre avant de s’associer. L’INSEE a suivi les entreprises créées au premier semestre 2018, hors micro-entreprises. Toutes choses égales par ailleurs, « une plus grande expérience dans le métier » et des moyens financiers plus élevés au lancement améliorent leur survie à cinq ans (Insee Première n° 2070, 2025). Apprendre le métier comme apprenti ou comme salarié avant de s’installer n’est donc pas un détour.

Le rêve de « vivre de ses placements » se calcule. Voici un calcul illustratif, fait ici, et non un conseil. Hypothèses : un revenu visé de 2 000 € par mois ; un placement qui distribue chaque année 4,5 % brut, sans variation, soit l’ordre de grandeur des SCPI (voir « Investir licitement »).

  • 2 000 € × 12 = 24 000 € par an ;
  • 24 000 ÷ 0,045 ≈ 533 000 € à placer ;
  • ce revenu reste brut : celui d’une SCPI est imposé comme revenu foncier, au taux marginal de l’impôt sur le revenu, plus 17,2 % de prélèvements sociaux (Lina Finance, page SCPI) ; ni son versement ni la revente des parts ne sont garantis.

Un demi-million d’euros ne s’attend pas d’un pari ; et, pour le croyant, la rente n’est pas le but. Al-Ghazālī en fait une règle du commerçant : « qu’il guette le moment où il a de quoi suffire : quand il l’a atteint, qu’il s’en aille et s’occupe du commerce de l’au-delà » (Iḥyāʾ ʿulūm ad-dīn, 2/86).

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