XIII. Le chantier et l’appel

LES CINQ PILIERS DE L’ISLAM · DOSSIER 5 · LE PÈLERINAGE · VOLET 2 · LA TERRE SACRÉEXIII. Le chantier et l’appelMaqâm Ibrâhîm, l’empreinte dans la pierre, la talbiya des pierresCHAPITRE 13 SUR 19

Volet 2 · La Terre sacrée · chapitre 13 sur 19

Le chantier : Maqâm Ibrâhîm, l’empreinte dans la pierre

« Ibrâhîm dit : ô Ismâ’îl, Allah m’a donné un ordre. — Fais ce que ton Seigneur t’a ordonné. — M’aideras-tu ? — Je t’aiderai. — Allah m’a ordonné de bâtir ici une maison — et il désigna un tertre élevé au-dessus de ce qui l’entourait. Ils élevèrent alors les fondations de la Maison : Ismâ’îl apportait les pierres et Ibrâhîm bâtissait ; puis, lorsque le mur s’éleva, il vint avec cette pierre, la lui posa, et Ibrâhîm se tint dessus pour bâtir, tandis qu’Ismâ’îl lui tendait les pierres — et tous deux disaient : Seigneur, accepte de nous ; Tu es Celui qui entend, Celui qui sait. »

Rapporté par Al-Bukhârî (n° 3364), d’après Ibn ‘Abbâs — authentique (fin du long récit)

Voici la scène la plus modeste et la plus grande de l’histoire de l’architecture : un vieillard et son fils, sans ouvriers, sans plans, sans autre matériau que les pierres de la vallée, élevant une maison cubique dans un désert — et, lorsque le mur dépasse la taille d’un homme, un échafaudage d’une seule pierre. Cette pierre, le Coran l’appelle Maqâm Ibrâhîm, la station d’Ibrâhîm (2:125 ; 3:97). Et les exégètes rapportent des Anciens qu’elle se ramollit sous les pieds du bâtisseur comme de l’argile, et qu’elle garda l’empreinte de ses pieds — une empreinte que des Compagnons et des Successeurs disaient avoir encore vue à nu, les traces des orteils lisibles dans le roc, avant que la main des hommes ne la polisse à force de la toucher. Le pèlerin d’aujourd’hui passe devant un petit édicule de cristal et d’or près de la Ka’ba, et prie deux unités derrière lui : il prie derrière l’empreinte de pieds qui ont obéi. Allah n’a pas conservé le trône d’un roi ; Il a conservé la trace d’un ouvrier sur son chantier.

Et c’est ‘Umar qui, un jour, voulut que l’on priât là — et le Ciel lui répondit :

« ‘Umar dit : je me suis trouvé d’accord avec mon Seigneur en trois choses. Je dis : ô Messager d’Allah, si nous prenions la station d’Ibrâhîm comme lieu de prière ! — et descendit : Adoptez la station d’Abraham comme lieu de prière (2:125). »

Rapporté par Al-Bukhârî (n° 402), d’après Anas — authentique

Degré. le chantier, la pierre-échafaudage et la prière des bâtisseurs sont dans Al-Bukhârî et dans le Coran (2:127). Le ramollissement de la pierre et l’empreinte des pieds sont rapportés des Anciens par At-Tabarî, Ibn Kathîr et Al-Qurtubî sur 2:125 — récit exégétique. L’existence même de la pierre, sa fonction et l’ordre d’y prier sont établis.

L’appel lancé du haut de la montagne

« Nous lui avons ordonné d’appeler les hommes à venir y accomplir le pèlerinage à pied ou sur toute monture efflanquée, en provenance des contrées les plus éloignées »

Coran 22:27

Le premier volet a mesuré le miracle de la convocation ; voici comment les Anciens l’ont raconté. Ibn ‘Abbâs, Mujâhid et Sa’îd ibn Jubayr rapportent que lorsque l’ordre tomba, Ibrâhîm dit : Seigneur, comment ferais-je entendre ma voix aux hommes ? — Appelle ; à Moi de faire parvenir. Il monta alors — sur la station, disent les uns ; sur le mont Abû Qubays, disent les autres, cette montagne qui domine encore la Maison — et cria : ô hommes ! Votre Seigneur a pris une Maison : faites-en le pèlerinage ! Et les récits disent que les montagnes s’abaissèrent pour laisser passer la voix, et qu’elle atteignit les hommes jusque dans les reins de leurs pères et les matrices de leurs mères — et que tout ce qui devait un jour faire le pèlerinage répondit : labbayk, Allâhumma labbayk.

Degré. ce récit de l’appel est rapporté par At-Tabarî et Ibn Kathîr sur 22:27 d’après des Compagnons et des Successeurs — récit exégétique, non hadith prophétique. Le verset, lui, est certain, et l’histoire vérifie chaque année ce qu’il annonce.

Si le récit est vrai — et les Anciens l’ont tenu pour tel —, alors le pèlerin qui prononce la talbiya au miqât ne dit pas ses premiers labbayk : il dit les seconds. Il avait déjà répondu, avant d’être né, à un vieil homme sur une montagne ; et sa venue n’est que la tenue d’une promesse faite dans un lieu dont il n’a pas le souvenir. Voyez alors ce que dit le Prophète ﷺ de cette réponse :

« Il n’est pas un musulman qui prononce la talbiya sans que tout ce qui est à sa droite et à sa gauche — pierre, arbre, motte de terre — ne la prononce avec lui, jusqu’aux confins de la terre, d’ici et de là. »

Rapporté par At-Tirmidhî (n° 828) et Ibn Mâjah (n° 2921), d’après Sahl ibn Sa’d — jugé recevable (hasan sahîh selon At-Tirmidhî)

Pierre, arbre, motte de terre : la vallée entière répond avec celui qui répond. Quand des millions de voix montent des cols en direction de la Maison, ce que l’on entend n’est que la part audible d’un chœur dont la terre elle-même fait la basse. Le pèlerin croit chanter seul dans un car climatisé ; il chante avec les cailloux de Minâ et les rochers de ‘Arafât — qui, eux, n’ont jamais cessé.