XII. Pourquoi cette vallée ? Zamzam

LES CINQ PILIERS DE L’ISLAM · DOSSIER 5 · LE PÈLERINAGE · VOLET 2 · LA TERRE SACRÉEXII. Pourquoi cette vallée ? ZamzamL’eau née d’un ordre — de l’ange à ‘Abd al-MuttalibCHAPITRE 12 SUR 19

Volet 2 · La Terre sacrée · chapitre 12 sur 19

Le miracle d’une vallée : Zamzam, le chantier et l’appel

Pourquoi cette vallée ?

« Seigneur ! J’ai établi une partie de mes descendants dans une vallée aride auprès de Ton sanctuaire afin, Seigneur, qu’ils accomplissent assidûment la prière. Dispose en leur faveur les cœurs d’une partie des hommes et dispense-leur toutes sortes de fruits, en espérant qu’ils Te seront reconnaissants »

Coran 14:37

Le premier volet a raconté Hâjar ; ici, regardons la vallée. Une vallée aride — bi-wâdin ghayri dhî zar’ : sans culture, sans eau, sans ombre, entre des montagnes de pierre noire, à l’écart de toute route. Si un homme avait cherché sur toute la terre l’endroit le moins propice à fonder une ville, il aurait choisi celui-là. Et c’est là qu’Allah conduit Ibrâhîm — près de Ton sanctuaire : le lieu n’a pas été élu pour ses ressources, il a été élu pour sa Maison ; et la Maison n’a pas été mise là parce que la vallée était fertile, la vallée est devenue fertile parce que la Maison y était. Méditez l’ordre des choses : partout ailleurs, les hommes bâtissent le temple là où ils vivent déjà ; ici, les hommes sont venus vivre là où le temple était. La Mecque est la seule ville du monde qui existe à cause d’un lieu de prière.

Et la prière d’Ibrâhîm demande deux choses qui semblent impossibles : que les cœurs des hommes penchent vers ce désert, et que les fruits y viennent. Quatre mille ans plus tard, le lecteur de ces lignes sent lui-même son cœur pencher — c’est la première demande exaucée, en lui, à l’instant ; et les marchés de La Mecque regorgent de fruits que la vallée n’a jamais produits — c’est la seconde. Le pèlerin marche à l’intérieur d’une invocation.

Zamzam : l’eau née d’un ordre

« Lorsque l’eau de l’outre fut épuisée, elle eut soif, et son fils eut soif ; elle le regardait se tordre — ou se débattre — et s’éloigna pour ne pas le voir ainsi. […] Elle entendit alors une voix et se dit : tais-toi ! Puis elle écouta encore, entendit, et dit : je t’ai entendu — si tu peux secourir. Et voici l’ange à l’emplacement de Zamzam : il frappa du talon — ou de l’aile — jusqu’à ce que l’eau jaillît. Elle se mit à faire un bassin de ses mains, ainsi, à puiser dans son outre, et l’eau bouillonnait après chaque puisée. — Le Prophète ﷺ dit : qu’Allah fasse miséricorde à la mère d’Ismâ’îl ! Si elle avait laissé Zamzam — ou : si elle n’avait pas puisé l’eau — Zamzam serait une source qui coule. »

Rapporté par Al-Bukhârî (n° 3364), d’après Ibn ‘Abbâs — authentique (suite du long récit)

Une voix, un ange, un talon, et l’eau. Le Prophète ﷺ y ajoute une remarque que l’on relit cent fois sans l’épuiser : si Hâjar n’avait pas, dans sa hâte de mère, endigué l’eau de ses mains, Zamzam serait aujourd’hui une rivière à ciel ouvert. La source fut donc plus grande que ce que la main humaine put en contenir — et c’est le sort de tout ce qu’Allah donne : Il ouvre plus large que nous ne savons recueillir. Le récit authentique continue et raconte ce que le dossier 5 n’avait pas la place de dire : les Jurhum, une tribu passant par le bas de la vallée, virent un oiseau tourner au-dessus d’un lieu qui n’avait jamais eu d’eau — car un oiseau ne tourne pas au-dessus du sec ; ils envoyèrent des éclaireurs, trouvèrent l’eau, demandèrent à Hâjar la permission de s’installer ; elle l’accorda, à condition qu’ils n’aient aucun droit sur l’eau ; ils acceptèrent — et le Prophète ﷺ dit qu’elle aimait la compagnie. Ainsi La Mecque fut peuplée : une mère, un puits, un oiseau, et des nomades qui voulaient boire. C’est parmi eux qu’Ismâ’îl grandit, apprit l’arabe et prit femme.

Puis le puits eut son histoire, et elle est celle d’une ville qui oublie. Les livres de Sîra racontent que les Jurhum, devenus maîtres de la vallée, s’y corrompirent, profanèrent le Sanctuaire, et qu’au moment d’en être chassés, leur chef combla Zamzam et y enfouit des trésors — deux gazelles d’or et des sabres — avant de fuir ; que pendant des siècles la source disparut, jusqu’à ce que Quraysh ne sût plus où elle était ; et qu’un homme, ‘Abd al-Muttalib, le grand-père du Prophète ﷺ, vit en songe, plusieurs nuits de suite, une voix lui ordonner de creuser — creuse Tayba… creuse Barra… creuse Zamzam, qui ne tarit ni ne se laisse épuiser — et lui décrire l’emplacement, entre deux idoles où les Quraysh sacrifiaient ; qu’il creusa avec son fils unique, sous les moqueries, et retrouva l’eau, puis les gazelles et les sabres, dont il fit une porte à la Ka’ba. Ainsi Zamzam fut rendue à La Mecque quelques années avant la naissance de l’enfant qui allait rendre La Mecque à son Seigneur.

Degré. le jaillissement, les Jurhum, l’oiseau et la parole du Prophète ﷺ sur la source sont dans Al-Bukhârî — établis. L’enfouissement du puits et sa redécouverte par ‘Abd al-Muttalib sont rapportés par Ibn Ishâq (Sîra d’Ibn Hishâm) et Al-Azraqî — récit historique, non établi par hadith authentique, mais reçu par tous les historiens de la Sîra.

Et cette eau, qu’est-elle ? Écoutez le Prophète ﷺ à propos d’un homme qui n’avait vécu que d’elle :

« Abû Dharr dit : je restai là trente jours et trente nuits, sans autre nourriture que l’eau de Zamzam ; j’engraissai au point que les plis de mon ventre se marquèrent, et je ne ressentis sur mon foie aucune faiblesse de faim. — Le Prophète ﷺ dit : elle est bénie ; elle est une nourriture qui nourrit. »

Rapporté par Muslim (n° 2473), d’après Abû Dharr — authentique ; l’ajout « et une guérison de la maladie » est rapporté hors de Muslim (At-Tayâlisî, Al-Bazzâr) et jugé recevable par plusieurs

« L’eau de Zamzam sert à ce pour quoi on la boit. »

Rapporté par Ibn Mâjah (n° 3062) et Ahmad, d’après Jâbir — degré discuté ; jugé recevable par Ibn al-Qayyim et d’autres, contesté par certains

Trente jours de Zamzam et l’homme engraisse : ce n’est pas une source, c’est une table. Et le second hadith, que les savants ont pesé et repesé, dit quelque chose d’inouï si on le prend au sérieux : cette eau est une invocation liquide — on la boit avec une intention, et elle porte l’intention. Ibn al-Qayyim n’a pas seulement rapporté le hadith : il a témoigné, dans Zâd al-ma’âd, l’avoir éprouvé lui-même, ainsi que d’autres, pour des maladies dont il fut guéri par la permission d’Allah — et l’on sait que les savants venaient la boire pour la science, les malades pour la guérison, les pauvres pour la subsistance. Le Prophète ﷺ en buvait debout, à longs traits (Al-Bukhârî n° 1637 ; Muslim n° 2027) ; et une parole rapportée de lui dit que le signe qui distingue le croyant de l’hypocrite est que l’hypocrite ne se rassasie pas de Zamzam (Ibn Mâjah n° 3061 — degré discuté) : comme si l’eau d’Allah ne descendait à satiété que dans une gorge qui croit.

Mais le plus vertigineux, dans l’histoire de cette eau, est ce que nous verrons au chapitre du Prophète ﷺ dans sa vallée : c’est elle qui fut versée dans la poitrine ouverte du Prophète ﷺ, enfant chez les Banû Sa’d, puis homme dans le Hijr, la nuit du Voyage. L’eau qui avait sauvé le premier enfant de la vallée a lavé le cœur du dernier Prophète. Le pèlerin qui en boit trois gorgées face à la Maison boit dans le puits d’Ismâ’îl et dans le bassin de Jibrîl.