En une phrase : au premier souffle, tout ce qui est dans les cieux et sur la terre est foudroyé, sauf ceux qu’Allah veut ; après « quarante » dont l’unité n’est pas donnée, une pluie fait repousser les corps à partir d’un os, puis le second souffle les met debout.
Ce que nous savons / ce que nous ne savons pas
Nous savons
- Deux souffles selon la lecture majoritaire (39:68) : le foudroiement, puis la résurrection.
- Entre les deux, « quarante » (al-Bukhârî 4814).
- Une pluie, et les corps repoussent comme la verdure, à partir du coccyx (al-Bukhârî 4814, Muslim 2955).
- Le porteur de la Trompe l’a déjà à la bouche et attend l’ordre (at-Tirmidhî 2431, sahîh).
Nous ne savons pas
- Quarante quoi : Abû Hurayra a refusé de le préciser, et nous aussi.
- L’identité des exceptés de 39:68 : le Prophète ﷺ lui-même dit ne pas savoir si Moïse en est (étape 7).
- Si le souffle de l’effroi (27:87) est un troisième souffle ou une face du premier : al-Qurtubî retient un seul et même souffle.
- Le nom du porteur de la Trompe dans les hadiths authentiques : ils disent « le porteur de la Trompe » (sâhib al-qarn, sâhib as-sûr).
Le porteur de la Trompe et le nom d’Isrâfîl
Les hadiths authentiques ne nomment pas l’ange ; ils disent « le porteur de la Trompe ». Le nom d’Isrâfîl est attesté comme nom d’un ange dans l’invocation d’ouverture de la prière de nuit (Muslim 770 : « Ô Allah, Seigneur de Jibrâ’îl, de Mîkâ’îl et d’Isrâfîl »), et son identification au porteur de la Trompe est unanime chez les savants (al-Qurtubî, at-Tadhkira, chapitre sur le Souffle ; Ibn Kathîr, an-Nihâya et Tafsîr 39:68 ; Ibn Hajar, Fath al-Bârî), qui s’appuient sur le long « hadith de la Trompe » rapporté d’Abû Hurayra (at-Tabarî, al-Bayhaqî, Ibn Abî ad-Dunyâ), dont la chaîne est discutée (Ismâ‘îl ibn Râfi‘). À l’antenne : dire « le porteur de la Trompe », ou « Isrâfîl, selon les savants » ; ne pas dire « le hadith d’Isrâfîl ».
Les textes
وَنُفِخَ فِي الصُّورِ فَصَعِقَ مَن فِي السَّمَٰوَٰتِ وَمَن فِي الْأَرْضِ إِلَّا مَن شَآءَ اللَّهُۖ ثُمَّ نُفِخَ فِيهِ أُخْرَىٰ فَإِذَا هُمْ قِيَامٞ يَنظُرُونَ ﴿68﴾
On soufflera dans la Trompe, et ceux qui sont dans les cieux et sur la terre seront foudroyés, sauf ceux qu’Allah voudra. Puis on y soufflera une autre fois, et voilà qu’ils seront debout, regardant.
Coran 39:68
مَا يَنظُرُونَ إِلَّا صَيْحَةٗ وَٰحِدَةٗ تَأْخُذُهُمْ وَهُمْ يَخِصِّمُونَ ﴿49﴾ فَلَا يَسْتَطِيعُونَ تَوْصِيَةٗ وَلَآ إِلَىٰٓ أَهْلِهِمْ يَرْجِعُونَ ﴿50﴾ وَنُفِخَ فِي الصُّورِ فَإِذَا هُم مِّنَ الْأَجْدَاثِ إِلَىٰ رَبِّهِمْ يَنسِلُونَ ﴿51﴾ قَالُواْ يَٰوَيْلَنَا مَنۢ بَعَثَنَا مِن مَّرْقَدِنَاۜۗ هَٰذَا مَا وَعَدَ الرَّحْمَٰنُ وَصَدَقَ الْمُرْسَلُونَ ﴿52﴾
Ils n’attendent qu’un seul Cri, qui les saisira tandis qu’ils se disputent. Ils ne pourront alors ni faire de testament, ni retourner à leur famille. On soufflera dans la Trompe, et voilà que, des tombes, ils se hâteront vers leur Seigneur. Ils diront : « Malheur à nous ! Qui nous a réveillés de notre lieu de repos ? » Voici ce qu’avait promis le Miséricordieux ; les messagers disaient vrai.
Coran 36:49-52
إِذَا الشَّمْسُ كُوِّرَتْ ﴿1﴾ وَإِذَا النُّجُومُ انكَدَرَتْ ﴿2﴾ وَإِذَا الْجِبَالُ سُيِّرَتْ ﴿3﴾ وَإِذَا الْعِشَارُ عُطِّلَتْ ﴿4﴾ وَإِذَا الْوُحُوشُ حُشِرَتْ ﴿5﴾ وَإِذَا الْبِحَارُ سُجِّرَتْ ﴿6﴾ وَإِذَا النُّفُوسُ زُوِّجَتْ ﴿7﴾ وَإِذَا الْمَوْءُودَةُ سُئِلَتْ ﴿8﴾ بِأَيِّ ذَنۢبٖ قُتِلَتْ ﴿9﴾ وَإِذَا الصُّحُفُ نُشِرَتْ ﴿10﴾ وَإِذَا السَّمَآءُ كُشِطَتْ ﴿11﴾ وَإِذَا الْجَحِيمُ سُعِّرَتْ ﴿12﴾ وَإِذَا الْجَنَّةُ أُزْلِفَتْ ﴿13﴾ عَلِمَتْ نَفْسٞ مَّآ أَحْضَرَتْ ﴿14﴾
Lorsque le soleil sera enroulé, que les étoiles seront ternies, que les montagnes seront mises en marche, que les chamelles pleines seront délaissées, que les bêtes sauvages seront rassemblées, que les mers seront portées à ébullition, que les âmes seront réunies, que l’on demandera à la fillette enterrée vivante pour quel crime elle a été tuée, que les feuillets seront déployés, que le ciel sera écorché, que la Fournaise sera attisée, et que le Paradis sera rapproché : chaque âme saura ce qu’elle a préparé.
Coran 81:1-14
يَوْمَ نَطْوِي السَّمَآءَ كَطَيِّ السِّجِلِّ لِلْكُتُبِۚ كَمَا بَدَأْنَآ أَوَّلَ خَلْقٖ نُّعِيدُهُوۚ وَعْدًا عَلَيْنَآۚ إِنَّا كُنَّا فَٰعِلِينَ ﴿104﴾
Le Jour où Nous roulerons le ciel comme on roule un parchemin pour les écrits : comme Nous avons commencé la première création, Nous la recommencerons. C’est une promesse qui Nous incombe ; Nous la tiendrons.
Coran 21:104
يَوْمَ تُبَدَّلُ الْأَرْضُ غَيْرَ الْأَرْضِ وَالسَّمَٰوَٰتُۖ وَبَرَزُواْ لِلَّهِ الْوَٰحِدِ الْقَهَّارِ ﴿48﴾
Le Jour où la terre sera changée en une autre terre, et les cieux aussi ; et ils comparaîtront devant Allah, l’Unique, le Dominateur.
Coran 14:48
يَوْمَ تَكُونُ السَّمَآءُ كَالْمُهْلِ ﴿8﴾ وَتَكُونُ الْجِبَالُ كَالْعِهْنِ ﴿9﴾
Ce Jour-là, le ciel sera comme du métal fondu, et les montagnes comme de la laine cardée.
Coran 70:8-9
عَنْ أَبِي سَعِيدٍ، قَالَ قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم » كَيْفَ أَنْعَمُ وَصَاحِبُ الْقَرْنِ قَدِ الْتَقَمَ الْقَرْنَ وَاسْتَمَعَ الإِذْنَ مَتَى يُؤْمَرُ بِالنَّفْخِ فَيَنْفُخُ » . فَكَأَنَّ ذَلِكَ ثَقُلَ عَلَى أَصْحَابِ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم فَقَالَ لَهُمْ » قُولُوا حَسْبُنَا اللَّهُ وَنِعْمَ الْوَكِيلُ عَلَى اللَّهِ تَوَكَّلْنَا «
« Comment pourrais-je jouir de la vie, alors que le porteur de la Trompe l’a déjà portée à sa bouche, qu’il a incliné le front et tendu l’oreille, attendant qu’on lui ordonne de souffler ? » Cela pesa sur les Compagnons ; il leur dit : « Dites : Allah nous suffit, quel excellent Garant ! C’est en Allah que nous plaçons notre confiance. »
At-Tirmidhî (2431, 3243), Ibn Hibbân (823), d’après Abû Sa‘îd — at-Tirmidhî : hasan ; al-Albânî : sahîh
سَمِعْتُ أَبَا صَالِحٍ، قَالَ سَمِعْتُ أَبَا هُرَيْرَةَ، عَنِ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم قَالَ » بَيْنَ النَّفْخَتَيْنِ أَرْبَعُونَ » . قَالُوا يَا أَبَا هُرَيْرَةَ أَرْبَعُونَ يَوْمًا قَالَ أَبَيْتُ. قَالَ أَرْبَعُونَ سَنَةً قَالَ أَبَيْتُ. قَالَ أَرْبَعُونَ شَهْرًا. قَالَ أَبَيْتُ، وَيَبْلَى كُلُّ شَىْءٍ مِنَ الإِنْسَانِ إِلاَّ عَجْبَ ذَنَبِهِ، فِيهِ يُرَكَّبُ الْخَلْقُ
« Entre les deux souffles, il y a quarante. » On demanda : « Quarante jours, Abû Hurayra ? » Il répondit : « Je refuse de le dire. — Quarante mois ? — Je refuse. — Quarante ans ? — Je refuse. » Puis : « Allah fait alors descendre du ciel une eau, et ils poussent comme pousse la verdure. Il n’est rien de l’homme qui ne se décompose, sauf un seul os : le coccyx (‘ajb adh-dhanab). C’est à partir de lui que la création sera recomposée au Jour de la Résurrection. »
Al-Bukhârî (4814, 4935) et Muslim (2955), d’après Abû Hurayra
La lecture des savants
Al-Qurtubî (at-Tadhkira, chapitre sur le Souffle dans la Trompe) discute le nombre des souffles : la majorité en retient deux, conformément au verset 39:68 ; certains en ont compté trois en ajoutant le souffle de l’effroi (27:87) ; il tranche que l’effroi et le foudroiement sont un seul et même souffle décrit sous deux angles. Ibn Kathîr (an-Nihâya, chapitre sur le Souffle) suit l’ordre du verset et du hadith d’Abû Hurayra : premier souffle, vide de quarante, pluie, repousse des corps à partir du coccyx, second souffle. Ibn Hajar (Fath al-Bârî, commentaire du hadith 4814) explique le refus d’Abû Hurayra : le Compagnon savait que le Prophète ﷺ avait dit « quarante » sans préciser, et il refusa d’ajouter ce qui n’avait pas été dit. C’est une leçon de méthode que l’on peut donner au passage.
Ce que les textes ne disent pas
- L’unité des quarante.
- Le nom de l’ange dans un hadith authentique.
- La durée du premier souffle et l’ordre exact des bouleversements cosmiques décrits dans les sourates 81, 82, 84 et 99, que le Coran énumère sans les dater les uns par rapport aux autres.
Transition — Le second souffle a retenti. Les tombes s’ouvrent, et ce qui suit n’est plus une fin, c’est un commencement. → étape suivante