Figures de l’islam · Les compagnons du Prophète ﷺ
Les figures singulières
Ibn Umm Maktûm, Julaybîb, ’Abdullâh ibn Salâm, Ka’b ibn Mâlik et les compagnons au destin hors du commun.
Sommaire
PARTIE I — CADRE GÉNÉRAL
PARTIE II — LES SEIZE COMPAGNONS
- 85. ’Abdullah ibn Umm Maktum — l’aveugle qui appelait à la prière
- 86. Julaybib — celui dont personne ne connaissait le père
- 87. ’Ukkasha ibn Mihsan — celui qui a pris de vitesse la promesse
- 88. ’Umayr ibn Wahb — l’assassin devenu missionnaire
- 89. Salama ibn al-Akwa’ — le coureur qui valait une armée
- 90. ’Amr ibn al-Jamuh — le boiteux qui voulait fouler le Paradis
- 91. ’Abdullah ibn Hudhafa al-Sahmi — le messager qui a vu le roi des rois déchirer la lettre
- 92. Dihya al-Kalbi — l’envoyé auprès de l’empereur et le visage de Jibril
- 93. Hatib ibn Abi Balta’a — la faute d’un homme de Badr
- 94. ’Amir ibn Fuhayra — le berger de la Hijra
- 95. ’Abdullah ibn Salam — le rabbin qui a reconnu le Prophète ﷺ
- 96. Ka’b ibn Malik — le poète qui n’a pas menti
- 97. Sa’id ibn ’Amir al-Jumahi — le gouverneur sans feu dans sa maison
- 98. Zayd ibn al-Khattab — le frère aîné de ’Umar
- 99. ’Abdullah ibn Jahsh — le chef de l’expédition de Nakhla
- 100. al-Nu’man ibn Muqarrin — le général de la victoire des victoires
PARTIE III — DÉBATS ET ANNEXES
PARTIE I — CADRE GÉNÉRAL
1. Avant-propos
Parmi les Compagnons du Prophète ﷺ, on connaît les grands noms : Abu Bakr, ’Umar, ’Uthman, ’Ali, Khadija, ’A’isha, Bilal. Mais la communauté de Médine ne s’est pas faite avec quelques figures de premier plan seulement. Elle s’est faite avec des centaines de vies ordinaires, ou très inattendues, qui ont chacune apporté leur pierre. Ce dossier, qui clôt la série des cent compagnons, rassemble seize destins que l’on a rangés ensemble parce qu’ils ne ressemblent à aucun autre.
Il y a ici un homme aveugle chargé d’appeler à la prière et de gouverner Médine en l’absence du Prophète ﷺ. Un homme dont personne ne connaissait le père, que le Prophète ﷺ a pourtant marié par ses soins et qu’il a porté dans la tombe sur ses avant-bras. Un homme qui s’est levé pour demander une place parmi les soixante-dix mille qui entreront au Paradis sans jugement. Un ennemi venu à Médine, l’épée empoisonnée sous le manteau, pour tuer le Prophète ﷺ, et reparti croyant. Un coureur capable de distancer les cavaliers. Un boiteux qui a exigé de marcher vers le martyre « avec cette jambe ». Un messager qui a vu le roi de Perse déchirer la lettre de l’islam. Un envoyé auprès de l’empereur de Byzance. Un homme du Badr qui a commis une faute grave et que le Coran a pourtant appelé « ô vous qui croyez ». Un berger affranchi qui effaçait les traces de la Hijra. Un rabbin de Médine qui a reconnu un prophète et perdu les siens. Un poète resté en arrière à Tabuk et pardonné par le ciel après cinquante nuits d’isolement. Un gouverneur qui distribuait aux pauvres l’argent du calife. Un frère aîné de ’Umar tombé avant lui. Un cousin du Prophète ﷺ qui a prié pour mourir mutilé. Un général tué au moment de la plus grande victoire sur les Perses.
Le but est de rendre à chacun sa vraie dimension, en distinguant à chaque fois ce que les recueils authentiques établissent, ce que les biographes rapportent, et ce que la mémoire populaire a ajouté. Certains sont très bien documentés, comme Ka’b ibn Malik ou ’Abdullah ibn Salam. D’autres n’ont laissé qu’une seule scène, comme Julaybib. Une seule phrase du Prophète ﷺ suffit à faire d’un inconnu un modèle pour toujours.
2. Un fil rouge : ce que ces vies montrent
Sept thèmes traversent ces seize biographies.
- Le handicap n’est pas une exclusion. ’Abdullah ibn Umm Maktum est aveugle et muezzin, imam intérimaire de Médine, porteur du Coran. ’Amr ibn al-Jamuh est boiteux et meurt au premier rang. Le Coran lui-même établit l’allègement pour l’aveugle et le boiteux (48:17), sans jamais leur retirer le droit de s’engager.
- L’humble condition est une noblesse. Julaybib n’a ni lignage ni fortune, ’Amir ibn Fuhayra est un affranchi, Sa’id ibn ’Amir vit dans un dénuement volontaire. Le Prophète ﷺ dit de Julaybib : « Il est de moi et je suis de lui » (Muslim 2472 — établi).
- L’ancien ennemi peut devenir un pilier. ’Umayr ibn Wahb arrive pour assassiner et repart pour prêcher. Sa’id ibn ’Amir, qui avait assisté à la mort de Khubayb dans le camp de Quraysh, devient un gouverneur exemplaire.
- L’ancien rabbin et le fidèle de la Bible. ’Abdullah ibn Salam montre que l’islam se présente comme l’héritier d’une lignée prophétique, non comme sa rupture. Son cas pose aussi la question délicate de l’usage des traditions des Gens du Livre.
- La faute et le repentir. Hatib ibn Abi Balta’a trahit un secret militaire et n’est pas exclu de la communauté. Ka’b ibn Malik manque l’appel de Tabuk et traverse cinquante jours d’épreuve avant le pardon (Coran 9:118). Ces deux récits nourrissent la réflexion des juristes sur le croyant qui tombe sans cesser d’être croyant.
- Messagers et diplomates. ’Abdullah ibn Hudhafa, Dihya et Hatib portent les lettres du Prophète ﷺ aux souverains perse, byzantin et égyptien. Ces missions inaugurent la diplomatie de la jeune communauté.
- Mourir au combat, et ce que cela signifie. ’Ukkasha, ’Amr ibn al-Jamuh, ’Abdullah ibn Jahsh, ’Amir ibn Fuhayra, Zayd ibn al-Khattab, al-Nu’man ibn Muqarrin et peut-être Ibn Umm Maktum meurent les armes à la main. Leurs récits montrent un martyre cherché sans exaltation, avec des prières qui disent surtout l’humilité devant Dieu.
3. Chronologie
Les dates de naissance sont presque toutes inconnues. Les repères ci-dessous suivent les biographes classiques ; H. désigne l’année de l’Hégire (622 de l’ère chrétienne pour la première).
| Date | Événement | Compagnon(s) |
|---|---|---|
| Début de la prédication mecquoise | Révélation de ’Abasa (80:1-10) à propos de l’aveugle venu demander la guidance | 85 Ibn Umm Maktum |
| Environ 5 avant H. (615) | Émigration vers l’Abyssinie | 99 Ibn Jahsh, 91 Ibn Hudhafa |
| 1 H. (622) | Hijra ; le berger efface les traces derrière le Prophète ﷺ ; le rabbin de Médine se convertit | 94 ’Amir ibn Fuhayra, 95 Ibn Salam |
| 2 H., Rajab | Expédition de Nakhla ; révélation de 2:217 | 99 Ibn Jahsh |
| 2 H., Ramadan | Bataille de Badr ; ’Umayr combat dans le camp de Quraysh ; Mu’adh, fils de ’Amr ibn al-Jamuh, abat Abu Jahl | 87 ’Ukkasha, 93 Hatib, 98 Zayd, 88 ’Umayr, 90 ’Amr ibn al-Jamuh |
| 2 H., peu après Badr | Complot contre le Prophète ﷺ et conversion de ’Umayr | 88 ’Umayr ibn Wahb |
| 3 H. | Uhud : martyre de ’Amr ibn al-Jamuh et de Ibn Jahsh | 90, 99 |
| 4 H. | Bi’r Ma’una : mort de ’Amir ibn Fuhayra | 94 |
| 4-5 H. | Délégation de Muzayna à Médine | 100 al-Nu’man ibn Muqarrin |
| 6 H. | Hudaybiyya et serment sous l’arbre ; Dhu Qarad (6 ou 7 H. selon les sources) | 89 Salama ibn al-Akwa’ |
| 6-7 H. | Lettres aux souverains | 91 Ibn Hudhafa, 92 Dihya, 93 Hatib |
| 7 H. | Khaybar : Dihya et Safiyya ; conversion de Sa’id ibn ’Amir avant Khaybar | 92, 97 |
| 8 H. | Conquête de La Mecque : lettre de Hatib interceptée (Coran 60:1) | 93 Hatib |
| 9 H. | Tabuk et les trois restés en arrière | 96 Ka’b ibn Malik |
| 11 H. | Mort du Prophète ﷺ | — |
| 11-12 H. | Guerres de l’apostasie : Buzakha, puis Yamama | 87 ’Ukkasha, 98 Zayd |
| Vers 15 H. | Qadisiyya | 85 Ibn Umm Maktum |
| Vers 17-20 H. | Gouvernorat de Hims ; captivité de Ibn Hudhafa chez les Byzantins | 97 Sa’id, 91 Ibn Hudhafa |
| 21 H. | Nahawand, « victoire des victoires » | 100 al-Nu’man |
| 30 H. | Mort de Hatib à Médine | 93 |
| 35 H. | Siège de la maison de ’Uthman | 95 Ibn Salam |
| 43 H. | Mort de ’Abdullah ibn Salam | 95 |
| Vers 50 H. | Mort de Ka’b ibn Malik | 96 |
| 74 H. | Mort de Salama ibn al-Akwa’ | 89 |
| Date non précisée | Mort de Julaybib, au cours d’une expédition | 86 |
4. Niveaux de preuve
Chaque récit important est suivi d’une étiquette entre parenthèses, avec la source et le degré. Six niveaux sont employés.
| Niveau | Sens | Exemple dans ce dossier |
|---|---|---|
| Coranique | Le fait est mentionné par le Coran. | Les trois restés en arrière (9:118) |
| Établi | Rapporté par al-Bukhari ou Muslim, ou authentifié par les spécialistes. | Le hadith de Julaybib (Muslim 2472) |
| Rapporté | Transmis par Ibn Ishaq, Ibn Sa’d, al-Tabari ou les Sunan avec une chaîne acceptable ou non évaluée ; vraisemblable, sans valeur de preuve en droit. | La tentative de ’Umayr ibn Wahb |
| Isra’iliyyat–Discuté | Récit venu des Gens du Livre, ou point sur lequel les savants divergent. | Les « prédictions bibliques » invoquées par Ibn Salam |
| Populaire | Très répandu, sans chaîne solide. | La demande de talion de ’Ukkasha au Prophète ﷺ |
| Rejeté | Fabriqué ou contredit par des sources plus sûres. | L’idée que le second solliciteur de ’Ukkasha était un hypocrite |
Les traditions de Ibn Ishaq (transmises par Ibn Hisham), de Ibn Sa’d et d’al-Tabari sont des mines d’informations ; leurs chaînes ne sont pas toujours complètes. Al-Waqidi, quand il est cité, l’est avec réserve : les critiques le jugent peu fiable pour la transmission du hadith, même si ses données historiques sont consultées. Lorsqu’un numéro précis de hadith ne peut pas être garanti, le recueil et le chapitre sont indiqués à sa place.
PARTIE II — LES SEIZE COMPAGNONS
85. ’Abdullah ibn Umm Maktum — l’aveugle qui appelait à la prière
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | ’Abdullah (ou ’Amr, les sources hésitent) ibn Qays ibn Za’ida al-Qurashi al-’Amiri |
| Kunya | Abu ’Amr (la plus citée ; d’autres avis existent) |
| Tribu | Quraysh, Banu ’Amir ibn Lu’ayy ; mère issue des Banu Makhzum |
| Naissance/Mort | Naissance inconnue (La Mecque) ; mort après Qadisiyya (vers 15 H.), à Médine selon beaucoup, au combat selon d’autres |
| Entrée en islam | Très tôt à La Mecque |
| Batailles | Pas de combat attesté avec certitude avant Qadisiyya ; régent de Médine pendant plusieurs expéditions |
| Sépulture | Médine selon la version la plus répandue ; discuté |
En une phrase : un aveugle de Quraysh que le Coran a défendu dès la première heure, que le Prophète ﷺ a laissé gouverner Médine, et qui aurait voulu mourir une bannière à la main.
A. Identité et famille
Son père, Qays ibn Za’ida, appartenait aux Banu ’Amir ibn Lu’ayy, un clan de Quraysh. Sa mère, ’Atika bint ’Abdullah, était une Makhzumite que l’on appelait Umm Maktum ; la tradition explique ce nom par la cécité de son fils (maktum, « caché »), mais l’explication reste une glose de biographes. Les généalogistes le rattachent à Khadija par un lien de cousinage. Les Médinois l’appellent plutôt ’Abdullah, les Irakiens plutôt ’Amr. Dans les deux cas, on le désigne toujours par la mère : « le fils d’Umm Maktum ».
B. Entrée en islam
Il fait partie des premiers musulmans de La Mecque, et c’est précisément à son sujet que s’ouvre la sourate ’Abasa (80:1-10). Selon le récit de ’A’isha (Tirmidhi 3331 — rapporté, jugé gharib, avec des variantes mursal), il vint trouver le Prophète ﷺ en lui demandant : « Ô Messager de Dieu, guide-moi. » Le Prophète ﷺ était alors en conversation avec l’un des grands de Quraysh, dont il espérait la conversion. Il se détourna un instant de l’aveugle, et la révélation arriva : « Il s’est renfrogné et a tourné le dos, parce que l’aveugle est venu à lui » (80:1-2). Le détail le plus important tient à la grammaire : le Coran emploie la troisième personne, « il s’est renfrogné », et non « tu t’es renfrogné ». La réprimande est enveloppée de délicatesse.
Il émigre à Médine et, selon al-Bara’ ibn ’Azib, compte parmi les tout premiers arrivés avec Mus’ab ibn ’Umayr : ils y enseignent le Coran (Bukhari 3925 — établi). Certains biographes le font arriver un peu plus tard, peu après Badr ; les sources divergent sur ce point.
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Le Prophète ﷺ le confie à l’appel à la prière, avec Bilal : « Bilal appelle de nuit ; mangez et buvez donc jusqu’à ce qu’Ibn Umm Maktum appelle » (Bukhari 617 ; Muslim 1092 — établi). On ajoute qu’Ibn Umm Maktum n’appelait pas avant qu’on lui dise : « Le matin est venu » (Bukhari 617). Après la révélation de ’Abasa, le Prophète ﷺ l’aurait accueilli en disant : « Bienvenue à celui au sujet duquel mon Seigneur m’a repris » et lui aurait demandé s’il avait besoin de quelque chose (rapporté par des auteurs d’exégèse, dont Ibn Kathir, sans chaîne solide — discuté). Le Coran, lui, a tranché : en 4:95, l’exception « sauf ceux qui sont atteints d’un mal » (ghayru uli-d-darar) fut révélée à cause de lui, pendant que Zayd ibn Thabit écrivait (Bukhari 4592 — établi).
D. Rôle dans l’histoire
Son rôle est triple. Il est muezzin, d’abord : à Médine, l’appel de Bilal annonçait la fin de la nuit et celui d’Ibn Umm Maktum la naissance de l’aube. Il est ensuite régent : Ibn Sa’d et Ibn ’Abd al-Barr rapportent que le Prophète ﷺ le chargea de Médine, notamment pour la prière, lors de plusieurs expéditions, jusqu’à treize fois selon certains décomptes (rapporté) ; Abu Dawud 2931 confirme qu’il fut ainsi désigné (établi). Il est enfin récitant : il enseigne le Coran, ce qui fait de lui un des premiers maîtres de la communauté médinoise.
E. Anecdotes et détails marquants
La question du voile. Un hadith raconte qu’Umm Salama et Maymuna étaient auprès du Prophète ﷺ lorsqu’Ibn Umm Maktum entra. Le Prophète ﷺ leur demanda de se voiler. Elles dirent : « Mais il est aveugle, il ne nous voit pas. » Il répondit : « Êtes-vous aveugles, vous deux ? Ne le voyez-vous pas ? » (Abu Dawud 4112 ; Tirmidhi 2778 — discuté : Tirmidhi le déclare hasan sahih, mais plusieurs spécialistes le jugent faible à cause d’un rapporteur peu connu). Il est donc prudent de ne pas bâtir une règle sur ce seul récit.
Le trajet jusqu’à la mosquée. Un aveugle vint dire au Prophète ﷺ qu’il n’avait personne pour le conduire à la mosquée et demanda à prier chez lui. Le Prophète ﷺ le lui permit, puis le rappela : « Entends-tu l’appel à la prière ? — Oui. — Alors réponds-y » (Muslim 653 — établi pour le fond ; Abu Dawud 552 donne la version où le nom d’Ibn Umm Maktum est mentionné — rapporté, hasan selon plusieurs critiques). Les juristes en tirent des conclusions nuancées : l’idéal est la mosquée, la dispense existe en cas de difficulté réelle.
Qadisiyya. Ibn Sa’d et Ibn Kathir rapportent qu’à la bataille contre les Perses (vers 15 H.), il demanda à ’Umar de le placer dans les rangs en disant : « Donnez-moi la bannière, je suis aveugle, je ne peux pas fuir. Tenez-moi entre deux lignes. » Il aurait revêtu une cotte de mailles (rapporté). Les sources divergent sur sa fin : tué sur place ou rentré à Médine pour y mourir peu après (discuté).
F. Fin de vie
Sa mort n’est pas datée avec précision. Les uns disent qu’il tomba à Qadisiyya, les autres qu’il rentra à Médine et y mourut peu après. Dans les deux versions, les biographes le décrivent comme fidèle jusqu’au bout au poste qu’on lui avait confié.
G. Ce que l’on retient
- Le Coran reprend le Prophète ﷺ lui-même au nom de la dignité d’un aveugle : l’attention due au faible passe avant les calculs de stratégie.
- Un homme sans la vue peut porter l’appel de toute une ville, diriger la prière et gouverner la cité en l’absence du chef.
- La dispense est une miséricorde, pas une démission : Ibn Umm Maktum demande le droit de rester, mais il demande aussi le droit de se battre.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Révélation de ’Abasa à son sujet | Tirmidhi 3331 | Rapporté (gharib, variantes mursal) |
| Premier arrivé à Médine avec Mus’ab | Bukhari 3925 | Établi |
| Appel de Bilal et d’Ibn Umm Maktum | Bukhari 617 ; Muslim 1092 | Établi |
| 4:95 et l’exception pour les infirmes | Bukhari 4592 | Établi |
| Régent de Médine | Ibn Sa’d ; Ibn ’Abd al-Barr | Rapporté |
| « Êtes-vous aveugles ? » | Abu Dawud 4112 ; Tirmidhi 2778 | Discuté |
| Qadisiyya | Ibn Sa’d ; Ibn Kathir | Rapporté, discuté |
86. Julaybib — celui dont personne ne connaissait le père
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | Julaybib (« petit manteau », diminutif) ; le nom de son père n’est pas connu |
| Kunya | Aucune connue |
| Tribu | Origine incertaine ; les sources le disent allié des Ansar |
| Naissance/Mort | Inconnues ; mort au combat lors d’une expédition non précisée |
| Entrée en islam | Non précisée ; musulman à Médine |
| Batailles | Une expédition dont le nom n’est pas donné dans Muslim |
| Sépulture | Sur le lieu de sa mort, mis en terre par le Prophète ﷺ lui-même |
En une phrase : un homme sans lignage, sans fortune, sans beauté, que le Prophète ﷺ a marié, pleuré et porté jusqu’à sa tombe en disant : « Il est de moi et je suis de lui ».
A. Identité et famille
On ne sait presque rien de ses origines, et c’est précisément ce que disent les sources : aucun récit ne donne le nom de son père, les généalogistes hésitent, et la plupart des commentateurs répètent qu’il n’avait pas de nasab connu, c’est-à-dire pas de grand nom, pas de clan pour le protéger. Son nom, diminutif de jilbab (vêtement ample), évoque quelqu’un de petit et d’humble. Rien n’est établi sur son âge, sa profession ni sa famille. Tout ce que l’on peut dire d’établi tient en une scène de Muslim ; tout le reste est rapporté.
B. Entrée en islam
Aucun hadith ne raconte sa conversion. Il apparaît à Médine comme un musulman parmi d’autres, vivant auprès des Ansar. On peut seulement constater que le Prophète ﷺ le connaissait personnellement et qu’il l’a cherché dans la mêlée.
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Le texte central est celui de Muslim (2472), d’après Abu Barza al-Aslami. Lors d’une expédition, Dieu accorda un butin. Le Prophète ﷺ demanda à ses compagnons s’il leur manquait quelqu’un. On cita quelques noms. Il redemanda, puis dit : « Mais moi, je perds Julaybib. Cherchez-le. » On le trouva parmi les morts, à côté de sept ennemis qu’il avait tués avant d’être tué à son tour. Le Prophète ﷺ s’arrêta près de lui et dit : « Il en a tué sept, puis ils l’ont tué. Celui-ci est de moi et je suis de lui » (il le répéta). Puis il le prit sur ses avant-bras et on creusa sa tombe : « Il n’avait d’autre lit que les avant-bras du Prophète ﷺ » (Muslim 2472 — établi). Le récit ne mentionne pas de toilette funéraire, conformément à la règle du martyr tombé sur le champ de bataille.
D. Rôle dans l’histoire
Son rôle est un enseignement. Dans une société où l’on mesure les hommes par le sang et la richesse, le Prophète ﷺ a placé, au centre du récit médinois, un homme que l’on aurait pu oublier. Dans le texte de Muslim, c’est le Prophète ﷺ qui constate son absence, alors que les compagnons n’avaient cité que d’autres noms. Cette scène est devenue, dans la tradition, l’image de la solidarité avec le plus petit.
E. Anecdotes et détails marquants
Le mariage. Le Musnad d’Ahmad (hadith d’Anas et d’Abu Barza) donne la suite, avec des variantes de détail. Le Prophète ﷺ dit à Julaybib : « Ne te marieras-tu pas ? » L’homme répondit : « Qui voudra de moi, Messager de Dieu ? » L’échange se répéta, puis le Prophète ﷺ alla chez un Ansari et lui demanda sa fille en mariage. L’homme répondit avec joie : « Quel honneur ! » Le Prophète ﷺ précisa : « Ce n’est pas pour moi. — Pour qui alors ? — Pour Julaybib. » L’homme dit qu’il devait consulter la mère. La mère refusa d’abord avec violence. Mais la jeune fille, apprenant la demande du Prophète ﷺ, dit : « Vous opposeriez-vous à l’ordre du Messager de Dieu ? Envoyez-moi à lui : il ne me perdra pas. » Le mariage eut lieu. Après la mort de Julaybib, le Prophète ﷺ invoqua Dieu pour la jeune femme : « Mon Dieu, déverse sur elle le bien en abondance, et ne fais pas de sa vie un labeur pénible. » Anas ajoute qu’elle devint l’une des femmes de Médine qui dépensaient le plus en aumônes (Musnad d’Ahmad — rapporté ; la chaîne est jugée authentique par plusieurs spécialistes, sans que l’on puisse en garantir ici le numéro).
Un lien avec le Coran ? Certains exégètes rattachent à ce mariage le verset 33:36 (« Il n’appartient pas à un croyant ni à une croyante… ») ; ce lien est discuté.
Le sens de la phrase. « Il est de moi et je suis de lui » est une formule de proximité totale. Elle a été dite aussi, dans d’autres circonstances, des Ash’ariyyin (Bukhari 2486, Muslim 2500). Elle ne signifie pas un lien de sang, mais un lien de foi et de confiance.
F. Fin de vie
Il meurt au combat, sans que l’on sache dans quelle expédition. Le Prophète ﷺ le met en terre de ses mains. Peu de compagnons ont reçu un tel honneur, et celui-ci échoit à l’un des moins connus.
G. Ce que l’on retient
- La valeur d’un homme ne se mesure ni à son nom ni à son visage : le Prophète ﷺ a cherché Julaybib quand tous les autres étaient comptés.
- L’islam ouvre le mariage au pauvre et à l’inconnu, et il protège la femme qui accepte ce choix avec confiance.
- La plus belle oraison funèbre tient en une phrase : « Il est de moi et je suis de lui ».
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Recherche parmi les morts, sept ennemis tués, « Il est de moi » | Muslim 2472 | Établi |
| Mise en terre sur les avant-bras du Prophète ﷺ | Muslim 2472 | Établi |
| Demande en mariage auprès de l’Ansari | Musnad d’Ahmad (Anas, Abu Barza) | Rapporté (chaîne jugée authentique par plusieurs critiques) |
| Invocation pour son épouse | Musnad d’Ahmad | Rapporté |
| Lien avec le verset 33:36 | Certains commentaires d’exégèse | Discuté |
87. ’Ukkasha ibn Mihsan — celui qui a pris de vitesse la promesse
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | ’Ukkasha ibn Mihsan ibn Harthan al-Asadi |
| Kunya | Abu Mihsan |
| Tribu | Banu Asad ibn Khuzayma, alliés des Banu ’Abd Shams (Quraysh) |
| Naissance/Mort | Environ 33 av. H. ; tué vers 12 H. (11 H. selon al-Tabari), à environ 44 ans |
| Entrée en islam | Précoce, émigre à Médine |
| Batailles | Badr, Uhud, la Tranchée, Hudaybiyya et les suivantes ; Buzakha (mort) |
| Sépulture | Buzakha, dans le Najd, lieu de sa mort |
En une phrase : l’homme qui s’est levé au bon moment pour demander au Prophète ﷺ de prier qu’il soit parmi les soixante-dix mille sans compte, et qui est mort en martyr, l’épée à la main, à Buzakha.
A. Identité et famille
’Ukkasha appartient aux Banu Asad ibn Khuzayma, tribu confédérée aux Banu ’Abd Shams. Ibn Sa’d le range parmi les plus beaux hommes de son temps, ce qui reste un jugement de biographe, non une donnée de hadith.
B. Entrée en islam
Les sources ne détaillent pas sa conversion. On sait qu’il fait partie des premiers émigrés mecquois : il rejoint Médine très tôt, avec d’autres membres de sa tribu. Ibn Ishaq le range parmi les combattants de Badr, ce qui suppose une adhésion bien antérieure.
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Le Prophète ﷺ annonça : « Soixante-dix mille de ma communauté entreront au Paradis, leurs visages brillants comme la lune de la quatorzième nuit. » ’Ukkasha ibn Mihsan se leva, relevant sa pièce de drap rayée, et dit : « Ô Messager de Dieu, invoque Dieu pour que je sois parmi eux. » Le Prophète ﷺ répondit : « Mon Dieu, fais-le l’un d’eux. » Un autre homme se leva et formula la même demande. Le Prophète ﷺ dit : « ’Ukkasha t’a devancé » (Bukhari 5811 ; Muslim 216 — établi). Dans la version d’Ibn ’Abbas, les soixante-dix mille sont décrits comme ceux qui ne demandent pas la ruqya, n’ont pas recours à la cautérisation, ne tirent pas de présage des oiseaux et s’en remettent à leur Seigneur (Bukhari 5705 ; Muslim 220 — établi).
D. Rôle dans l’histoire
C’est un combattant de la première heure. Ibn Sa’d lui attribue le commandement d’une petite expédition vers le point d’eau de al-Ghamr, avec quarante hommes, vers 6 H. (rapporté). Le reste de sa carrière est celui d’un fantassin d’avant-garde, qui meurt en éclaireur durant les guerres de l’apostasie.
E. Anecdotes et détails marquants
L’épée de Badr. Ibn Ishaq raconte que son épée se brisa à Badr. Le Prophète ﷺ lui tendit une branche sèche, un bâton de palmier, et celle-ci devint une lame solide et brillante. ’Ukkasha l’appela al-’Awn, « le Secours », et la garda jusqu’à sa mort (rapporté, sans chaîne solide ; histoire attachée aussi à d’autres compagnons selon les versions).
La réponse du Prophète ﷺ. La phrase « ’Ukkasha t’a devancé » est devenue proverbiale. Ibn Hajar rapporte plusieurs explications : le Prophète ﷺ aurait refermé la porte avec tact, pour éviter une série de demandes sans fin ; ou bien ’Ukkasha avait simplement été le plus prompt. L’explication selon laquelle le second homme aurait été un hypocrite est rejetée par la majorité (discuté).
La légende du talion. Une histoire très répandue raconte que, durant la dernière maladie du Prophète ﷺ, ’Ukkasha aurait réclamé de frapper en retour un coup reçu autrefois, et que le Prophète ﷺ lui aurait tendu son dos. Cette histoire n’a pas de chaîne solide : elle est classée populaire et rejetée par les critiques du hadith.
F. Fin de vie
Lors des guerres de l’apostasie (11-12 H.), Khalid ibn al-Walid affronte à Buzakha le prétendant Tulayha al-Asadi. Il envoie en éclaireurs ’Ukkasha ibn Mihsan et Thabit ibn Aqram. Tulayha et son frère Hibal les tuent (al-Tabari — rapporté). ’Ukkasha avait environ quarante-quatre ans. Tulayha reviendra plus tard à l’islam et combattra dans les armées musulmanes.
G. Ce que l’on retient
- Une seule demande, faite au bon moment, peut valoir un rang : ’Ukkasha n’a pas hésité là où d’autres se sont attardés.
- Le tawakkul ne consiste pas à renier tout moyen, mais à ne jamais placer sa confiance dans les moyens plutôt que dans Dieu.
- L’honneur se prouve sur le terrain : le même homme qui demande le Paradis est le premier éclaireur à mourir pour le défendre.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Les soixante-dix mille sans compte, demande de ’Ukkasha | Bukhari 5811 ; Muslim 216 | Établi |
| Qualités des soixante-dix mille (ruqya, cautérisation, présage) | Bukhari 5705 ; Muslim 220 | Établi |
| Épée brisée à Badr et al-’Awn | Ibn Ishaq (par Ibn Hisham) | Rapporté |
| Expédition de al-Ghamr | Ibn Sa’d | Rapporté |
| Mort lors de la guerre de Buzakha | al-Tabari | Rapporté |
| Demande de talion au Prophète ﷺ mourant | Récit populaire | Populaire |
88. ’Umayr ibn Wahb — l’assassin devenu missionnaire
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | ’Umayr ibn Wahb ibn Khalaf al-Jumahi |
| Kunya | Abu Umayya (selon les biographes) |
| Tribu | Quraysh, Banu Jumah |
| Naissance/Mort | Dates inconnues ; mort dans les premières décennies de l’Hégire |
| Entrée en islam | Après Badr (2 H.) |
| Batailles | Badr (dans le camp de Quraysh) ; ensuite musulman, sans participation détaillée par les sources |
| Sépulture | Non précisée |
En une phrase : l’homme venu à Médine l’épée empoisonnée pour tuer le Prophète ﷺ, que celui-ci a convaincu en lui répétant mot pour mot une conversation tenue à La Mecque en secret.
A. Identité et famille
’Umayr appartient aux Banu Jumah, un clan de Quraysh dont le chef, Umayya ibn Khalaf, était l’un des persécuteurs de Bilal. Il est le cousin de Safwan ibn Umayya, avec lequel il partage un lien étroit. Il a un fils, Wahb, fait prisonnier à Badr.
B. Entrée en islam
Avant Badr, ’Umayr, brillant cavalier, est envoyé en reconnaissance autour du camp musulman. Il revient avec un rapport précis : environ trois cents hommes, peut-être quelques-uns de plus ou de moins, sans embuscade derrière eux (Ibn Ishaq — rapporté). Après la défaite de Quraysh, il s’assoit un jour près de la Ka’ba avec Safwan ibn Umayya. Celui-ci dit que la vie ne vaut plus rien après la mort des chefs. ’Umayr répond que, s’il n’avait ni dettes ni famille à charge, il irait tuer Muhammad ﷺ. Safwan promet de payer ses dettes et de veiller sur ses enfants. ’Umayr fait aiguiser et empoisonner son épée, puis part pour Médine.
À Médine, ’Umar le voit à la porte de la mosquée, saisit son baudrier et le conduit auprès du Prophète ﷺ. ’Umayr dit qu’il vient pour son fils prisonnier. Le Prophète ﷺ demande : « Et cette épée à ton cou ? » — « Que Dieu maudisse les épées, ont-elles servi à quelque chose ? » — « Dis la vérité : pourquoi es-tu venu ? » — « Seulement pour le prisonnier. » — « Au contraire : tu t’es assis avec Safwan ibn Umayya dans le Hijr, et tu as parlé de ton plan. » ’Umayr, bouleversé, répond : « Je témoigne que tu es le Messager de Dieu. Personne ne le savait, sauf Safwan et moi. » (Ibn Ishaq ; rapporté aussi chez al-Tabarani, avec une chaîne que certains jugent acceptable — rapporté). Le Prophète ﷺ dit à ses compagnons : « Instruisez votre frère dans la religion, apprenez-lui le Coran et libérez son prisonnier. »
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Les sources transmettent peu de paroles du Prophète ﷺ à son sujet. On retient la formule de pardon d’abord : le Prophète ﷺ accepte sa conversion sans condition, sans lui demander de réparation. ’Umar aurait dit : « Il m’était plus odieux qu’un porc le jour où il est venu ; aujourd’hui, il m’est plus cher que certains de mes fils » (Ibn Ishaq — rapporté).
D. Rôle dans l’histoire
Revenu à La Mecque, il prêche ouvertement et plusieurs de ses proches embrassent l’islam (Ibn Ishaq — rapporté). Safwan jure de ne plus lui adresser la parole. Lors de la conquête de la ville, ‘Umayr obtient du Prophète ﷺ une sauvegarde pour Safwan, symbolisée par le turban du Prophète ﷺ ; Safwan, d’abord fuyant, accepte de revenir (Ibn Ishaq ; Muwatta’ de Malik, chapitre du Nikah, pour la conversion de Safwan — rapporté). Safwan participe ensuite à Hunayn, avant même sa conversion, et il prête des armes au Prophète ﷺ.
E. Anecdotes et détails marquants
L’épée. Le Prophète ﷺ ne l’accuse pas d’emblée : il l’interroge sur l’épée, puis lui donne l’occasion de dire la vérité. C’est seulement devant son silence qu’il révèle le secret du Hijr.
Le pacte du Hijr. Dans la mosquée de La Mecque, à l’ombre de la Ka’ba, deux hommes bavardent dans un coin et croient parler seuls. Quand le Prophète ﷺ cite leur conversation à Médine, ’Umayr comprend qu’une information venue de Dieu, et non d’un espion, l’a atteint.
Le fils. Wahb est libéré, et ’Umayr repart avec son fils et avec la foi.
F. Fin de vie
Les sources ne fournissent ni date ni lieu certains de sa mort. Après son retour à La Mecque, les biographes ne disent presque plus rien de sa vie. Un seul épisode a suffi à fixer son nom dans la mémoire de la communauté.
G. Ce que l’on retient
- Aucune hostilité n’est définitive : un homme venu pour tuer a changé de camp en une conversation.
- La réponse du Prophète ﷺ à la tentative de meurtre est l’enseignement, la preuve et le pardon, jamais la vengeance.
- Un converti tardif peut devenir missionnaire : ’Umayr a ramené une partie de La Mecque.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Reconnaissance avant Badr | Ibn Ishaq | Rapporté |
| Complot avec Safwan, venue à Médine, conversion | Ibn Ishaq ; al-Tabarani | Rapporté |
| Parole de ’Umar sur le porc | Ibn Ishaq | Rapporté |
| Prédication à La Mecque | Ibn Ishaq | Rapporté |
| Amnistie de Safwan et turban | Ibn Ishaq ; Malik, Muwatta’ | Rapporté |
89. Salama ibn al-Akwa’ — le coureur qui valait une armée
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | Salama ibn ‘Amr ibn al-Akwa’ (Sinan) al-Aslami |
| Kunya | Abu Muslim (d’autres : Abu Iyas) |
| Tribu | Aslam |
| Naissance/Mort | Environ 6 av. H. ; mort à Médine en 74 H. |
| Entrée en islam | Avant Hudaybiyya (6 H.) |
| Batailles | Hudaybiyya, Dhu Qarad, Khaybar, Hunayn et d’autres |
| Sépulture | Médine |
En une phrase : un archer et coureur de la tribu d’Aslam qui, à pied et seul, a poursuivi et dispersé les pillards qui avaient volé les chamelles du Prophète ﷺ.
A. Identité et famille
Salama est fils de al-Akwa’, de la tribu d’Aslam. Les biographes lui donnent la kunya Abu Muslim, parfois Abu Iyas. Son fils Iyas, transmetteur de hadiths, est lui aussi cité dans les chaînes. Il vit surtout en bédouin, l’arc à la main, avec une aptitude naturelle à la course.
B. Entrée en islam
Il rejoint le Prophète ﷺ avant Hudaybiyya. Il fait partie des mille quatre cents qui jurent fidélité sous l’arbre (serment de al-Ridwan). Il raconte avoir prêté serment à trois reprises : « Au début, puis je me suis écarté. Le Prophète ﷺ dit : “Ô Salama, ne prêtes-tu pas serment ?” Je dis : “Je l’ai déjà prêté.” Il dit : “Encore.” » Quand on lui demande sur quoi il jurait, il répond : « Sur la mort » (Bukhari 4169 — établi ; Muslim 1807 pour la version longue).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Après Dhu Qarad, le Prophète ﷺ dit : « Notre meilleur cavalier aujourd’hui est Abu Qatada, et notre meilleur fantassin est Salama. » Il lui accorda deux parts du butin, celle du cavalier et celle du fantassin, et le fit monter derrière lui sur sa chamelle al-‘Adba’ pour le retour à Médine (Muslim 1807 — établi).
D. Rôle dans l’histoire
Salama est le héros de l’expédition de Dhu Qarad, juste avant Khaybar (Bukhari 4194 ; Muslim 1807). ‘Abd al-Rahman al-Fazari, à la tête d’un détachement de Ghatafan, vole les chamelles du Prophète ﷺ à la sortie de Médine et tue leur gardien. Salama, qui revenait à pied du côté de la montagne, monte sur une hauteur et crie par trois fois : « Ya sabahah ! », l’appel d’alarme. Puis il se lance à la poursuite des voleurs. Il tire des flèches en lançant : « Prends ça, je suis le fils d’al-Akwa’, et aujourd’hui est le jour des vils ! » Il se met à l’abri des rochers, tire, et les pillards laissent leur butin pour alléger leurs montures. Il récupère les chamelles, trente manteaux et trente lances. Quand les renforts arrivent, il demande au Prophète ﷺ de lui laisser cent hommes pour exterminer le groupe ; le Prophète ﷺ répond : « Ils sont maintenant en train d’être reçus dans le pays de Ghatafan » (Muslim 1807 — établi).
E. Anecdotes et détails marquants
La course. Sur le chemin du retour, un Ansari qui n’avait jamais été battu à la course lança un défi. Salama, qui courait derrière la chamelle du Prophète ﷺ, accepta. Il le devança et arriva à Médine avant lui (Muslim 1807 — établi). Cette course en a fait la figure du compagnon-athlète.
Le désert après la discorde. Après le meurtre de ’Uthman, Salama quitte Médine pour al-Rabadha, hameau du désert. Quand al-Hajjaj lui reproche d’être « retourné sur ses talons » en redevenant bédouin, il répond que le Prophète ﷺ lui avait permis de vivre au désert (Bukhari 7087 — établi). Le même récit précise qu’il s’y est marié et y a eu des enfants. Sa conduite montre la voie d’un compagnon qui se tient à l’écart des troubles civils.
Le hadith à trois maillons. Salama transmet le célèbre hadith : « Qui met sur ma langue ce que je n’ai pas dit prendra sa place en Enfer » (Bukhari 109). Cette tradition fait partie des « thulathiyyat » de Bukhari, ses hadiths à seulement trois intermédiaires entre lui et le Prophète ﷺ.
F. Fin de vie
Il retourne à Médine peu avant sa mort, qui survient en 74 H., alors qu’il avait environ quatre-vingts ans (Ibn Hajar). Il est enterré à Médine.
G. Ce que l’on retient
- Un seul homme qui agit vite peut sauver la situation : Salama n’a pas attendu des ordres pour défendre les biens de la communauté.
- Le Prophète ﷺ récompense la compétence : il a donné à un fantassin la part d’un cavalier.
- Salama s’est tenu à l’écart des troubles avec la permission du Prophète ﷺ de vivre au désert : le recul est parfois une forme de loyauté.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Serment répété sous l’arbre | Bukhari 4169 | Établi |
| Dhu Qarad, poursuite des pillards, « meilleur fantassin » | Muslim 1807 ; Bukhari 4194 | Établi |
| Course contre l’Ansari | Muslim 1807 | Établi |
| Départ à al-Rabadha | Bukhari 7087 | Établi |
| Hadith sur le mensonge attribué au Prophète ﷺ | Bukhari 109 | Établi |
| Date de mort et âge | Ibn Hajar | Rapporté |
90. ’Amr ibn al-Jamuh — le boiteux qui voulait fouler le Paradis
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | ’Amr ibn al-Jamuh ibn Zayd al-Salami al-Khazraji |
| Kunya | Abu Mu’adh (par son fils Mu’adh) |
| Tribu | Khazraj, Banu Salima |
| Naissance/Mort | Naissance inconnue ; tué à Uhud en 3 H. |
| Entrée en islam | À Médine, après ’Aqaba, par l’intermédiaire de son fils et de Mu’adh ibn Jabal |
| Batailles | Uhud (il y meurt) |
| Sépulture | Uhud, dans la tombe commune avec ’Abdullah ibn ’Amr ibn Haram |
En une phrase : un chef de Médine, boiteux et âgé, qui supplie ses fils de le laisser marcher au combat « avec cette jambe » et qui tombe à Uhud en martyr.
A. Identité et famille
’Amr est l’un des chefs des Banu Salima, de la tribu de Khazraj. Il est homme de richesse et de générosité. Son fils Mu’adh participe au serment d’al-’Aqaba et, à Badr, il est l’un des deux jeunes garçons qui abattent Abu Jahl (Bukhari 3141 ; Muslim 1752 — établi). Un autre fils, Khallad, et un affranchi se battront aux côtés de leur père à Uhud. Il boite fortement d’une jambe, et c’est ce que l’on retient de lui.
B. Entrée en islam
Son fils Mu’adh et Mu’adh ibn Jabal, déjà musulmans, jetaient la nuit l’idole domestique de ’Amr, nommée Manat, dans une fosse à ordures. ’Amr la retrouvait, la lavait, la parfumait. Un soir, il suspendit son épée à l’idole et lui dit : « Si tu es capable de quelque bien, défends-toi. » Au matin, l’idole était liée à un chien mort. Il comprit, composa quelques vers pour dire sa honte, et se convertit (Ibn Ishaq — rapporté).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Le Prophète ﷺ demanda un jour aux Banu Salima qui était leur chef. Ils répondirent : « Al-Jadd ibn Qays, mais il est avare. » Il dit : « Y a-t-il maladie pire que l’avarice ? Votre chef est ‘Amr ibn al-Jamuh » (al-Hakim — discuté : l’Adab al-Mufrad de Bukhari donne la même scène avec un autre nom, Bishr ibn al-Bara’ ibn Ma’rur). Avant Uhud, devant l’insistance de ’Amr, il dit à ses fils : « Laissez-le : peut-être Dieu lui accordera-t-il le martyre » (Ibn Ishaq ; une version brève dans le Musnad d’Ahmad — rapporté).
D. Rôle dans l’histoire
Son rôle est exemplaire plus que militaire. Il montre que les Médinois ne combattaient pas par contrainte : un homme exempté de jihad, dont le Coran dit « Nul blâme sur le boiteux » (48:17), revendique pourtant sa place dans la bataille.
E. Anecdotes et détails marquants
La dispense refusée. Ses fils lui disent que Dieu l’a excusé. Il va se plaindre au Prophète ﷺ : « Mes fils veulent m’empêcher d’aller avec toi. Par Dieu, j’espère fouler le Paradis avec cette jambe ! » Le Prophète ﷺ lui répond : « Toi, Dieu t’a excusé, tu n’as pas de jihad à faire. » Il insiste ; le Prophète ﷺ cède. ’Amr prend ses armes et lève les mains : « Mon Dieu, accorde-moi le martyre et ne me renvoie pas à ma famille. » Il est tué à Uhud ainsi que son fils Khallad (Ibn Ishaq — rapporté).
Deux amis dans la même tombe. Après Uhud, le Prophète ﷺ ordonne d’enterrer ’Amr et ’Abdullah ibn ’Amr ibn Haram, le père de Jabir, dans la même tombe, parce qu’ils s’aimaient en ce monde (Ibn Sa’d ; Ibn Ishaq — rapporté). Le Prophète ﷺ avait pour règle de réunir deux ou trois martyrs dans un même linceul et de mettre en avant celui qui connaissait le plus de Coran (Bukhari 1343 — établi).
L’inondation. Quarante-six ans plus tard, sous Mu’awiya, un canal creusé près de Uhud déchira la tombe. Les corps, dit-on, furent retrouvés intacts, comme s’ils étaient morts la veille, et l’un d’eux avait la main sur sa blessure ; quand on la déplaça, elle y retourna. Le récit figure dans le Muwatta’ de Malik, sous forme de mursal (rapporté). Ces détails sont à lire comme une tradition de mémoire, non comme une règle de doctrine.
F. Fin de vie
Il tombe à Uhud en 3 H., avec son fils Khallad. Sur les martyrs de la bataille, le Prophète ﷺ dit : « Je suis témoin pour ceux-ci » (Bukhari 1343 — établi pour la formule générale).
G. Ce que l’on retient
- Une dispense accordée par Dieu n’interdit pas d’espérer davantage : ’Amr a voulu marcher vers le Paradis avec sa jambe blessée.
- Un chef peut se convertir par la honte de son idole : le changement d’un cœur commence souvent par une question simple.
- Le Prophète ﷺ honore les amitiés : il réunit dans la même tombe deux hommes qui s’aimaient.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Fils Mu’adh et mort d’Abu Jahl | Bukhari 3141 ; Muslim 1752 | Établi |
| Histoire de l’idole Manat | Ibn Ishaq | Rapporté |
| « Votre chef est ’Amr ibn al-Jamuh » | al-Hakim ; variante dans l’Adab al-Mufrad | Discuté (le nom varie) |
| Refus de la dispense et martyre | Ibn Ishaq ; Musnad d’Ahmad | Rapporté |
| Tombe commune avec ’Abdullah ibn ’Amr | Ibn Sa’d ; Ibn Ishaq | Rapporté |
| Corps retrouvés intacts | Malik, Muwatta’ (mursal) | Rapporté, discuté |
91. ’Abdullah ibn Hudhafa al-Sahmi — le messager qui a vu le roi des rois déchirer la lettre
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | ’Abdullah ibn Hudhafa ibn Qays ibn ’Adi al-Sahmi al-Qurashi |
| Kunya | Non retenue par les sources |
| Tribu | Quraysh, Banu Sahm |
| Naissance/Mort | Naissance inconnue ; mort en Égypte sous ’Uthman |
| Entrée en islam | Précoce, à La Mecque |
| Batailles | Émigré en Abyssinie ; participation aux batailles non détaillée |
| Sépulture | Égypte |
En une phrase : le Qurayshite chargé de porter à Chosroès la lettre du Prophète ﷺ, et qui ne s’est jamais laissé acheter, ni par un empereur ni par un pot d’eau bouillante.
A. Identité et famille
Il est issu des Banu Sahm, le clan d’al-’As ibn Wa’il, et l’un des premiers convertis de sa tribu. Il fait partie des émigrés qui partent en Abyssinie, puis rejoignent Médine. Les biographes le rattachent à Khunays ibn Hudhafa, premier mari de Hafsa bint ’Umar, ce qui lie sa famille à celle de ’Umar (le degré exact de parenté est discuté).
B. Entrée en islam
Les sources se contentent de le placer parmi les musulmans de la première période mecquoise. Aucun récit de sa conversion n’est transmis. Il ne devient célèbre que par sa mission.
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Le Prophète ﷺ le choisit comme messager auprès de Chosroès Parwiz, empereur de Perse. Le fait est donné par Bukhari (64, 4424) d’après Ibn ’Abbas : le Prophète ﷺ envoya sa lettre avec ’Abdullah ibn Hudhafa al-Sahmi, avec ordre de la remettre au gouverneur de Bahreïn, qui la remit à Chosroès ; quand celui-ci la lut, il la déchira. Ibn al-Musayyib dit : « Le Prophète ﷺ invoqua contre eux pour qu’ils soient mis en pièces » (Bukhari 64 — établi). Le Prophète ﷺ annonça aussi : « Chosroès périra et il n’y aura plus de Chosroès après lui » (Bukhari 3618 ; Muslim 2918 — établi).
D. Rôle dans l’histoire
La mission date de la fin de 6 H. ou du début de 7 H., après Hudaybiyya. Le texte de la lettre, tel que le rapportent Ibn Sa’d et al-Tabari, s’ouvre par : « De Muhammad, Messager de Dieu, à Chosroès, grand des Perses » (rapporté). Chosroès, furieux, aurait écrit à son gouverneur du Yémen, Badhan, d’envoyer deux hommes pour arrêter le Prophète ﷺ. Ceux-ci arrivèrent à Médine, et le Prophète ﷺ leur annonça que Chosroès avait été tué cette nuit-là par son fils Shiruya (Ibn Ishaq ; al-Tabari — rapporté). Badhan, constatant l’exactitude de la nouvelle, se convertit.
E. Anecdotes et détails marquants
La captivité chez les Byzantins. Sous ’Umar, il est fait prisonnier par les Romains. Le souverain lui propose de partager son royaume s’il abandonne l’islam. Il refuse. On le menace d’une marmite d’eau bouillante, où l’on jette un prisonnier devant lui. Il pleure, et le souverain croit à un fléchissement. Il répond qu’il pleure parce qu’il n’a qu’une seule vie à offrir pour Dieu. Le souverain lui propose alors de libérer lui et ses compagnons s’il embrasse sa tête. ’Abdullah accepte pour sauver les captifs musulmans. À son retour, ’Umar dit : « Il est du devoir de chaque musulman d’embrasser le front de ’Abdullah ibn Hudhafa, et je commence » (rapporté par Ibn Kathir et al-Dhahabi, avec des chaînes faibles — discuté). Les juristes rappellent la règle de la contrainte : celui qui est forcé peut prononcer une parole sans l’adhésion du cœur (Coran 16:106).
F. Fin de vie
Il meurt en Égypte, sous le califat de ’Uthman (Ibn Hajar). Sa tombe n’est pas localisée avec certitude.
G. Ce que l’on retient
- Un messager n’a pas à convaincre : il transmet, et la réponse du roi ne diminue pas sa mission.
- La fidélité ne se vend pas : ni le trône promis ni la marmite d’eau bouillante n’ont arraché ’Abdullah à sa foi.
- La diplomatie en islam repose sur la lettre écrite, le messager protégé et le respect de l’envoyé.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Lettre à Chosroès portée par Ibn Hudhafa, déchirée | Bukhari 64, 4424 | Établi |
| Annonce de la fin de l’empire perse | Bukhari 3618 ; Muslim 2918 | Établi |
| Texte de la lettre, mission de Badhan | Ibn Sa’d ; al-Tabari | Rapporté |
| Mort de Chosroès annoncée aux envoyés | Ibn Ishaq ; al-Tabari | Rapporté |
| Captivité, marmite, baiser de ’Umar | Ibn Kathir ; al-Dhahabi | Discuté |
92. Dihya al-Kalbi — l’envoyé auprès de l’empereur et le visage de Jibril
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | Dihya ibn Khalifa ibn Farwa al-Kalbi |
| Kunya | Non retenue |
| Tribu | Banu Kalb (tribu arabe de Syrie et d’Arabie du Nord) |
| Naissance/Mort | Naissance inconnue ; mort sous Mu’awiya |
| Entrée en islam | Avant Khandaq ou Uhud ; la date est discutée |
| Batailles | Non Badr ; batailles postérieures, sans détail certain |
| Sépulture | Mizza, près de Damas |
En une phrase : l’un des plus beaux hommes de son temps, au point que l’ange Jibril apparaissait parfois sous ses traits, et le messager de la lettre du Prophète ﷺ à l’empereur Héraclius.
A. Identité et famille
Dihya est de la tribu de Kalb, dont de nombreux membres vivaient en Syrie. Il est célèbre pour sa beauté. Il s’établira à Mizza, près de Damas, et y vivra jusqu’au califat de Mu’awiya (Ibn Hajar).
B. Entrée en islam
Les sources ne disent presque rien de sa conversion. Les biographes divergent sur sa participation aux premières batailles ; la plupart retiennent qu’il combat à partir d’Uhud ou de la Tranchée. Son nom apparaît surtout à partir de 6-7 H., lorsque le Prophète ﷺ cherche un homme capable de traverser les terres arabes de la frontière byzantine.
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Les paroles directes sont rares. En revanche, un hadith très connu le met en scène sans qu’il en sache rien : Umm Salama était auprès du Prophète ﷺ quand un homme vint lui parler, puis s’en alla. Le Prophète ﷺ lui demanda : « Qui était-ce ? » Elle répondit : « Dihya. » Plus tard, il prononça un discours sur Jibril, et Umm Salama dit : « Par Dieu, je croyais que c’était Dihya, jusqu’à ce que j’entende le Prophète ﷺ en parler dans son prêche » (Muslim 2451 — établi). Usama ibn Zayd rapporte aussi qu’il avait pris l’apparition pour Dihya (Muslim 2451).
D. Rôle dans l’histoire
Bukhari (7) précise que le Prophète ﷺ envoya sa lettre à Héraclius avec Dihya al-Kalbi, qui la remit au gouverneur de Busra, lequel la fit parvenir à l’empereur. Héraclius, alors à Jérusalem, convoqua Abu Sufyan, venu en commerce, et l’interrogea sur le Prophète ﷺ : lignage, bataille, fidélité, loyauté, dernière révélation (Bukhari 7 ; Muslim 1773 — établi). Héraclius reconnut l’authenticité de la mission mais ne se convertit pas, craignant pour son trône.
E. Anecdotes et détails marquants
Le pillage de retour. Selon Ibn Ishaq et Ibn Sa’d, à son retour de chez Héraclius, Dihya fut dépouillé par les gens de Judham dans la plaine de Hisma. Le Prophète ﷺ envoya Zayd ibn Haritha contre eux (rapporté).
Safiyya. À Khaybar, Dihya demanda une captive au Prophète ﷺ, qui lui dit de choisir. Il prit Safiyya bint Huyayy. Un homme remarqua qu’elle était de haut lignage et ne convenait qu’au Prophète ﷺ. Celui-ci fit rappeler Dihya, lui dit de prendre une autre captive et affranchit Safiyya avant de l’épouser (Bukhari 371 ; Muslim 1365 — établi).
Jibril sous les traits d’un homme. Le hadith sur sa ressemblance avec l’ange est devenu un classique. Il ne dit pas que Jibril « était » Dihya, mais que l’ange prenait une forme humaine, comme dans le hadith de l’étranger vêtu de blanc (Muslim 8 — établi).
F. Fin de vie
Il se retire en Syrie et meurt à Mizza sous Mu’awiya. Les biographes n’en disent pas davantage.
G. Ce que l’on retient
- La beauté n’est pas une faute : l’ange a emprunté un visage connu pour se montrer aux hommes.
- Une lettre portée avec courage suffit à placer un empereur devant sa conscience.
- La loyauté d’un envoyé se mesure à ce qu’il accepte de rapporter, y compris ce qui déplaît.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Lettre à Héraclius portée par Dihya | Bukhari 7 | Établi |
| Interrogatoire d’Abu Sufyan | Bukhari 7 ; Muslim 1773 | Établi |
| Jibril sous les traits de Dihya | Muslim 2451 | Établi |
| Safiyya choisie puis reprise | Bukhari 371 ; Muslim 1365 | Établi |
| Pillage à Hisma et expédition de Zayd | Ibn Ishaq ; Ibn Sa’d | Rapporté |
93. Hatib ibn Abi Balta’a — la faute d’un homme de Badr
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | Hatib ibn Abi Balta’a ’Amr ibn Rawwad al-Lakhmi |
| Kunya | Abu ’Abdullah |
| Tribu | Lakhm (Yémen), allié des Banu Asad ibn ’Abd al-’Uzza de Quraysh |
| Naissance/Mort | Environ 35 av. H. ; mort à Médine en 30 H. (65 ans environ) |
| Entrée en islam | Précoce, à La Mecque |
| Batailles | Badr, Uhud, la Tranchée, Hudaybiyya et les suivantes |
| Sépulture | Médine (Baqi’), prière dirigée par ’Uthman |
En une phrase : l’homme de Badr qui a prévenu Quraysh de la marche vers La Mecque, qui a avoué sans détour, et que Dieu a nommé dans le Coran avec les croyants avant de lui pardonner.
A. Identité et famille
Hatib est un Yéménite de la tribu de Lakhm, installé à La Mecque comme allié des Banu Asad. Il n’a donc pas de clan propre pour le protéger, et ses enfants et ses biens restent à La Mecque lorsqu’il émigre. C’est la clé de l’affaire qui le rend célèbre. Il est aussi commerçant et poète. Plus tard, il vend des vivres au marché de Médine, et son fils ’Abd al-Rahman figure parmi les transmetteurs.
B. Entrée en islam
Il est de ceux qui acceptent l’islam à La Mecque. Il émigre à Médine et participe à Badr. Cette présence à Badr est la raison pour laquelle son cas est devenu un précédent juridique et moral.
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Le récit de ’Ali est établi (Bukhari 3007, 3983, 4274, 4890 ; Muslim 2494). Avant la conquête de La Mecque, le Prophète ﷺ envoya ’Ali, al-Zubayr et al-Miqdad : « Allez jusqu’à Rawdat Khakh : il y a une femme avec une lettre, prenez-la. » Ils la trouvèrent. Elle nia, puis, menacée de fouille, sortit la lettre de ses tresses. Elle venait de Hatib, adressée à Quraysh, révélant une partie des intentions du Prophète ﷺ. Celui-ci demanda : « Qu’est-ce que cela, Hatib ? » Hatib répondit : « Ne te hâte pas contre moi, Messager de Dieu. J’étais un homme lié à Quraysh sans en être, alors que les émigrés qui t’accompagnent ont des parents qui protègent leur famille et leurs biens. Faute de lien de sang, j’ai voulu leur rendre un service pour qu’ils protègent les miens. Je ne l’ai fait ni par incroyance ni par apostasie, ni par goût du kufr après l’islam. » Le Prophète ﷺ dit : « Il vous a dit la vérité. » ’Umar demanda : « Laisse-moi lui trancher la nuque, il est devenu hypocrite. » Le Prophète ﷺ répondit : « Il a assisté à Badr. Qui sait si Dieu n’a pas regardé les gens de Badr pour dire : faites ce que vous voudrez, je vous ai pardonné. » ’Umar pleura. Alors fut révélée la sourate al-Mumtahana : « Ô vous qui avez cru, ne prenez pas pour alliés Mon ennemi et le vôtre » (60:1 — coranique).
D. Rôle dans l’histoire
Hatib a aussi été ambassadeur. Vers 6-7 H., le Prophète ﷺ le charge de porter une lettre à al-Muqawqis, gouverneur de l’Égypte byzantine, à Alexandrie. Selon Ibn Sa’d, Ibn Ishaq et al-Tabari, Hatib lui dit : « Avant toi, il y eut un homme qui se disait le plus haut des seigneurs ; Dieu l’a saisi par le châtiment de l’au-delà et d’ici-bas. Prends exemple sur lui, et que d’autres ne prennent pas exemple sur toi. » Al-Muqawqis, après lui avoir posé des questions précises sur la mission du Prophète ﷺ, ne se convertit pas, mais renvoie des présents : deux jeunes femmes, Maria et Sirin, une mule blanche (Duldul), un âne (Ya’fur), des vêtements, du miel (rapporté). Maria deviendra la mère d’Ibrahim, fils du Prophète ﷺ.
E. Anecdotes et détails marquants
Le témoignage de l’esclave. Un serviteur de Hatib vint se plaindre au Prophète ﷺ : « Hatib entrera en Enfer. » Le Prophète ﷺ répondit : « Tu mens. Il n’y entrera pas : il a assisté à Badr et à Hudaybiyya » (Muslim 2495 — établi).
**‘Umar juge son maître.** Sous ’Umar, des esclaves de Hatib volèrent une chamelle à un homme de Muzayna. ’Umar ne leur fit pas couper la main : il estima qu’ils étaient affamés par leur maître et condamna Hatib à payer double prix la chamelle (Malik, Muwatta’, livre d’al-Aqdiya — rapporté authentique de ’Umar).
Sens exact de la parole sur Badr. Elle ne donne pas un permis de pécher : elle exprime le pardon de Dieu pour des hommes dont la vie est un repentir. Les juristes (al-Shafi’i, et d’autres) y ont vu la preuve qu’un croyant qui livre une information sans vouloir nuire à l’islam ne sort pas de la religion, tandis qu’ils débattent de la peine à appliquer à un espion musulman (discuté).
F. Fin de vie
Il meurt à Médine en 30 H., à environ soixante-cinq ans. ’Uthman dirige la prière funéraire sur lui.
G. Ce que l’on retient
- Un grand croyant peut commettre une grande faute sans cesser d’être un croyant ; la sincérité de l’aveu pèse plus que l’erreur.
- L’islam ne confond pas l’erreur politique et l’apostasie : Dieu appelle Hatib « croyant » dans le verset même qui le reprend.
- Le vrai diplomate dit à son hôte ce qui peut fâcher, et le dit poliment.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Lettre à Quraysh, aveu, pardon, Badr | Bukhari 3007, 3983, 4274, 4890 ; Muslim 2494 | Établi |
| Révélation de la sourate al-Mumtahana | Coran 60:1 | Coranique |
| Parole de l’esclave sur l’Enfer | Muslim 2495 | Établi |
| Ambassade à al-Muqawqis, présents | Ibn Sa’d ; Ibn Ishaq ; al-Tabari | Rapporté |
| Jugement de ’Umar contre Hatib | Malik, Muwatta’ (Aqdiya) | Rapporté |
94. ’Amir ibn Fuhayra — le berger de la Hijra
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | ’Amir ibn Fuhayra al-Azdi, affranchi d’Abu Bakr |
| Kunya | Abu ’Amr |
| Tribu | Azd (par naissance), mawla d’Abu Bakr |
| Naissance/Mort | Environ 36 av. H. ; tué à Bi’r Ma’una en 4 H., vers 40 ans |
| Entrée en islam | Précoce, avant l’entrée du Prophète ﷺ à Dar al-Arqam |
| Batailles | Badr, Uhud, Bi’r Ma’una |
| Sépulture | Aucune connue : son corps ne fut pas retrouvé |
En une phrase : l’esclave devenu libre qui a gardé le troupeau d’Abu Bakr, effacé les traces de la Hijra, et dont le corps, dit-on, fut emporté par les anges.
A. Identité et famille
On sait peu de choses sur sa naissance : esclave de naissance, rattaché aux Azd par les généalogistes, il appartenait à al-Tufayl ibn ’Abdullah, avant qu’Abu Bakr ne l’achète pour le libérer, parce qu’on le faisait souffrir pour sa foi (Ibn Ishaq ; Ibn Sa’d — rapporté). Une exégèse répandue rattache à Abu Bakr les versets 92:17-21 à propos des affranchissements, mais cette identification précise de ’Amir est rapportée sans chaîne solide (discuté). Il reste sous la protection d’Abu Bakr comme berger.
B. Entrée en islam
Il se convertit très tôt. Les persécutions qu’il subit sont documentées par Ibn Ishaq : il fut torturé jusqu’à ne plus savoir ce qu’il disait.
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Les paroles du Prophète ﷺ à son sujet sont rares. La plus importante concerne son sort : à Bi’r Ma’una, le Prophète ﷺ annonça à ses compagnons que leurs frères avaient été tués et qu’ils avaient demandé à Dieu de faire savoir qu’ils L’avaient rencontré et qu’ils étaient satisfaits. Dans la version de ’Urwa, ’Amir ibn al-Tufayl, le chef ennemi, raconte avoir vu l’un des tués soulevé jusqu’à ce que le ciel apparaisse entre lui et la terre ; on lui répond qu’il s’agit de ’Amir ibn Fuhayra (Bukhari, Maghazi, chapitre de Bi’r Ma’una — établi quant à la transmission, le prodige étant le témoignage d’un adversaire).
D. Rôle dans l’histoire
Son rôle principal est la Hijra. Selon le long hadith de ’A’isha, ’Amir ibn Fuhayra faisait paître le troupeau d’Abu Bakr et, la nuit, apportait le lait à la grotte ; il suivait le Prophète ﷺ et Abu Bakr avec le guide ’Abdullah ibn Urayqit, et il repassait avec son troupeau sur les traces de ’Abdullah ibn Abi Bakr pour les effacer (Bukhari 3905 — établi). Lorsque Suraqa ibn Malik, qui les poursuivait, demanda un écrit de sécurité, le Prophète ﷺ ordonna à ’Amir ibn Fuhayra de l’écrire sur un morceau de cuir (Bukhari 3906 — établi).
E. Anecdotes et détails marquants
Le lait de la grotte. Pendant les trois nuits passées à Thawr, le berger conduisait son troupeau près de la grotte à la tombée de la nuit pour que le Prophète ﷺ et Abu Bakr aient du lait frais (Bukhari 3905 — établi). Rien ne ressemble moins à un exploit que cette tâche, et rien n’en fut plus utile.
Les anges l’enterrent. Selon Ibn Ishaq, ’Amir ibn al-Tufayl dit avoir vu le corps monter vers le ciel jusqu’à ce qu’il le perde de vue ; le Prophète ﷺ aurait dit que les anges l’avaient mis en terre et qu’il était en ’Illiyyin. ’Urwa ibn al-Zubayr ajoute que son corps ne fut jamais retrouvé (rapporté).
F. Fin de vie
Il tombe à Bi’r Ma’una en Safar 4 H., avec les soixante-dix récitants envoyés par le Prophète ﷺ et trahis par des tribus du Najd (Bukhari 4092-4094 — établi). Il avait environ quarante ans.
G. Ce que l’on retient
- Le plus humble service peut être la pièce maîtresse de l’histoire : un berger a sauvé le Prophète ﷺ en effaçant des traces.
- L’affranchissement n’est pas un acte de charité abstraite : c’est le début d’une vie nouvelle, à la mesure du libéré.
- Les honneurs vont à ceux qui n’en cherchent pas : le Prophète ﷺ a prié un mois entier pour les tués de Bi’r Ma’una.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Berger, lait, traces effacées pendant la Hijra | Bukhari 3905 | Établi |
| Écrit pour Suraqa | Bukhari 3906 | Établi |
| Martyre à Bi’r Ma’una | Bukhari 4092-4094 | Établi |
| Corps soulevé, enterrement par les anges | Ibn Ishaq ; ’Urwa | Rapporté |
| Achat et libération par Abu Bakr | Ibn Ishaq ; Ibn Sa’d | Rapporté |
95. ’Abdullah ibn Salam — le rabbin qui a reconnu le Prophète ﷺ
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | ’Abdullah ibn Salam ibn al-Harith al-Isra’ili al-Ansari (nommé al-Husayn avant l’islam) |
| Kunya | Abu Yusuf |
| Tribu | Banu Qaynuqa’, israélite de Médine, descendant de Yusuf (Joseph) selon la tradition |
| Naissance/Mort | Naissance inconnue ; mort à Médine en 43 H. |
| Entrée en islam | Dès l’arrivée du Prophète ﷺ à Médine, 1 H. |
| Batailles | Il est surtout connu pour ses fonctions de savant ; participation militaire non détaillée |
| Sépulture | Médine |
En une phrase : le plus savant des rabbins de Médine, qui a posé trois questions au Prophète ﷺ, a reçu trois réponses exactes, et s’est entendu annoncer le Paradis de son vivant.
A. Identité et famille
Il s’appelait al-Husayn et le Prophète ﷺ le renomma ‘Abdullah (Ibn Sa’d ; al-Hakim — rapporté). Il appartenait aux Banu Qaynuqa’ et passait pour le chef de sa communauté, savant en Torah. Son fils Yusuf est connu : le Prophète ﷺ lui donna son nom et le fit asseoir sur ses genoux (Musnad d’Ahmad — rapporté).
B. Entrée en islam
Dès que le Prophète ﷺ arrive à Médine, ’Abdullah va le voir. Anas rapporte : « Il lui dit : “Je vais t’interroger sur trois choses que seul un prophète connaît. Quel est le premier signe de l’Heure ? Quelle est la première nourriture des gens du Paradis ? Pourquoi l’enfant ressemble-t-il parfois à son père, parfois à sa mère ?” Le Prophète ﷺ répondit : “Jibril vient de m’en informer.” — “C’est l’ennemi des juifs parmi les anges !” — Le premier signe de l’Heure est un feu qui rassemblera les hommes de l’est vers l’ouest ; la première nourriture sera le lobe en excès du foie du poisson ; et l’enfant ressemble à celui dont l’eau précède. » ’Abdullah dit : « Je témoigne que tu es le Messager de Dieu. Les juifs sont un peuple de calomniateurs. Interroge-les sur moi avant qu’ils sachent que j’ai embrassé l’islam. » Les juifs répondirent : « Il est notre maître et fils de notre maître, notre meilleur et fils de notre meilleur. » Quand il sortit et se déclara musulman, ils dirent : « Il est le plus méchant d’entre nous et fils du plus méchant ! » (Bukhari 3329, 3911, 3938 — établi).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Sa’d ibn Abi Waqqas dit : « Je n’ai pas entendu le Prophète ﷺ dire, d’un homme qui marche sur terre, qu’il est des gens du Paradis, sauf de ’Abdullah ibn Salam » (Bukhari 3812 ; Muslim 2483 — établi). Il rêva d’une colonne et d’une anse solide ; le Prophète ﷺ interpréta ce rêve : « Tu resteras attaché à l’islam jusqu’à ta mort » (Bukhari 3813 ; Muslim 2484 — établi).
D. Rôle dans l’histoire
Il est le témoin interne du judaïsme de Médine. Lors de l’affaire des deux adultères juifs, les rabbins prétendirent que la Torah ne prescrivait que de noircir le visage et flageller. ’Abdullah ibn Salam dit : « Vous mentez : la lapidation y est. » On apporta le rouleau, un homme couvrit de sa main le verset de la lapidation. ’Abdullah dit : « Lève ta main. » Le verset apparut, et le Prophète ﷺ ordonna la peine (Bukhari 3635 ; Muslim 1699 — établi).
E. Anecdotes et détails marquants
Le verset 46:10. « Dis : Que vous en semble ? Si cela vient de Dieu et que vous n’y croyez pas, alors qu’un témoin des fils d’Israël en a témoigné de semblable et a cru… » Une partie de la tradition l’applique à ’Abdullah ibn Salam. D’autres (Masruq) objectent que la sourate est mecquoise et que lui s’est converti à Médine. Ibn Kathir expose les deux avis (Coran 46:10 — coranique ; l’identification est discutée).
Les prédictions bibliques. Le Coran dit que les gens du Livre trouvent le Prophète ﷺ « mentionné chez eux dans la Torah et l’Évangile » (7:157). Les savants musulmans citent souvent le texte du Deutéronome (18:18) et les promesses du Paraclet de l’évangile de Jean. Ces rapprochements sont discutés entre exégètes ; ils ne prouvent rien à un lecteur qui ne les reçoit pas. La valeur de ’Abdullah ibn Salam tient surtout à son témoignage personnel : il savait que les rabbins connaissaient la mission du Prophète ﷺ (Isra’iliyyat — discuté).
L’heure de l’exaucement du vendredi. Il affirma à Abu Hurayra que l’heure d’exaucement du vendredi se situe en fin de journée, après la prière de l’après-midi. Abu Hurayra objecta qu’on ne prie pas à ce moment-là ; Ibn Salam répondit par la parole du Prophète ﷺ : « Celui qui reste assis à attendre la prière est en prière » (Abu Dawud 1046 ; Ibn Majah 1139 — authentique selon les critiques).
Le fagot. Marchant avec une charge de bois sur le dos, il répondit à ceux qui s’en étonnaient qu’il voulait ainsi écarter l’orgueil, car « nul n’entrera au Paradis avec un grain d’orgueil » (rapporté).
F. Fin de vie
Pendant le siège de la maison de ’Uthman en 35 H., il tenta de dissuader les assiégeants : « Ne le tuez pas : l’épée n’a pas été tirée pour cela, et les anges sont ses voisins » (rapporté ; chaînes discutées, notamment Ibn Majah et Tirmidhi). Il meurt à Médine en 43 H.
G. Ce que l’on retient
- Il a reconnu le Prophète ﷺ comme on reconnaît son propre fils : la connaissance de l’Écriture est un chemin, pas un obstacle.
- Il a prévenu qu’on le calomnierait, et il avait raison : la vérité n’attend pas l’approbation de sa communauté d’origine.
- Son humilité (le fagot sur le dos) montre que le savoir n’excuse pas l’orgueil.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Trois questions, conversion, calomnie des juifs | Bukhari 3329, 3911, 3938 | Établi |
| Promesse du Paradis | Bukhari 3812 ; Muslim 2483 | Établi |
| Rêve de la colonne | Bukhari 3813 ; Muslim 2484 | Établi |
| Lapidation dans la Torah | Bukhari 3635 ; Muslim 1699 | Établi |
| Heure du vendredi | Abu Dawud 1046 ; Ibn Majah 1139 | Établi |
| Verset 46:10 | Ibn Kathir (tafsir) | Discuté |
| Changement de nom, fagot, siège de ’Uthman | Ibn Sa’d ; al-Hakim ; Tirmidhi | Rapporté |
96. Ka’b ibn Malik — le poète qui n’a pas menti
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | Ka’b ibn Malik ibn Abi Ka’b ’Amr al-Salami al-Ansari al-Khazraji |
| Kunya | Abu ’Abdullah (aussi Abu ’Abd al-Rahman) |
| Tribu | Khazraj, Banu Salima |
| Naissance/Mort | Naissance inconnue ; mort à Médine vers 50 H. (entre 50 et 53 selon les sources) |
| Entrée en islam | Serment d’al-’Aqaba (13e année de la prédication) |
| Batailles | Toutes les expéditions du Prophète ﷺ sauf Badr et Tabuk |
| Sépulture | Médine |
En une phrase : poète du Prophète ﷺ, resté en arrière à Tabuk, qui a dit la vérité devant le Messager de Dieu, a traversé cinquante nuits de solitude et a vu son pardon descendre du ciel.
A. Identité et famille
Ka’b est un poète de Médine, de la tribu des Khazraj, comme Hassan ibn Thabit et ’Abdullah ibn Rawaha. Son fils ’Abdullah le guide quand il devient aveugle sur la fin de sa vie, et c’est lui qui transmet le long récit de Tabuk (Bukhari 4418).
B. Entrée en islam
Il prend part au second serment d’al-’Aqaba. Dans le récit de Bukhari, il dit avoir manqué Badr sans que l’on reproche rien à ceux qui l’ont manqué, puisque le Prophète ﷺ était sorti pour la caravane. Il précise avoir été présent la nuit d’al-’Aqaba et ne pas la troquer contre Badr, bien que Badr soit plus célèbre parmi les hommes (Bukhari 4418 — établi).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Au terme des cinquante nuits, le Prophète ﷺ dit à Ka’b : « Réjouis-toi du meilleur jour que tu aies vécu depuis que ta mère t’a mis au monde. » Ka’b demanda : « Cela vient-il de toi, ô Messager de Dieu, ou de Dieu ? » — « De Dieu » (Bukhari 4418 ; Muslim 2769 — établi). Il lui est aussi attribué une parole sur la poésie : « Le croyant combat avec son épée et sa langue ; par Celui qui tient mon âme, c’est comme si vous les cribliez de flèches » (Musnad d’Ahmad — rapporté). Un autre hadith transmis par lui dit que l’âme du croyant est un oiseau suspendu aux arbres du Paradis jusqu’à ce que Dieu la rende à son corps le jour de la résurrection (Malik, Muwatta’ ; Nasa’i — établi).
D. Rôle dans l’histoire
Ka’b combat à Uhud, où il reçoit onze blessures et est le premier à reconnaître le Prophète ﷺ vivant, appelant : « Musulmans, réjouissez-vous ! » ; le Prophète ﷺ lui fait signe de se taire (Ibn Ishaq — rapporté). Mais son nom reste attaché à Tabuk.
E. Anecdotes et détails marquants
Le récit de Tabuk. Quand le Prophète ﷺ appelle à marcher contre les Byzantins, en pleine chaleur, Ka’b est prêt et aisé, mais il remet à plus tard, de jour en jour, puis la colonne part sans lui. Au retour, les hypocrites s’excusent, jurent, et le Prophète ﷺ accepte leurs excuses extérieures. Ka’b, lui, choisit de dire la vérité : « Par Dieu, je n’avais aucune excuse. » Le Prophète ﷺ dit : « Celui-ci a dit la vérité. Lève-toi, jusqu’à ce que Dieu décide pour toi » (Bukhari 4418 ; Muslim 2769 — établi).
Le boycott. Le Prophète ﷺ interdit aux gens de parler à Ka’b, à Murara ibn al-Rabi’ et à Hilal ibn Umayya. Ka’b va au marché, nul ne lui répond. Il salue son cousin Abu Qatada, qui ne répond pas : « Sais-tu que j’aime Dieu et Son Messager ? » — « Dieu et Son Messager savent mieux. » Au bout de quarante nuits, il reçoit l’ordre de se séparer de sa femme. Un roi de Ghassan lui écrit : « Nous avons appris que ton maître t’a rejeté. Rejoins-nous. » Ka’b dit : « C’est une autre épreuve » et jette la lettre dans le four (Bukhari 4418 — établi).
La nouvelle. À l’aube de la cinquantième nuit, sur son toit, il entend un cri depuis le mont Sal’ : « Ô Ka’b ibn Malik, réjouis-toi ! » Il tombe en prosternation. Il donne ses vêtements au porteur de la bonne nouvelle, puis emprunte deux vêtements. Talha ibn ’Ubaydullah se lève, lui serre la main et le félicite. Le Prophète ﷺ avait le visage brillant comme un morceau de lune. Le Coran dit : « Et aux trois qui étaient restés en arrière… Dieu a accueilli leur repentir pour qu’ils reviennent » (Coran 9:118-119 — coranique). Ka’b se propose de donner tout ce qu’il a ; le Prophète ﷺ dit de garder une part.
F. Fin de vie
Il meurt à Médine vers 50 H. Il dit qu’après l’islam, Dieu ne lui a pas accordé de grâce plus grande que d’avoir dit la vérité au Prophète ﷺ (Bukhari 4418 — établi).
G. Ce que l’on retient
- La vérité dite à ses dépens est un trésor : Ka’b a dit « je n’ai aucune excuse », et Dieu l’en a récompensé.
- La communauté peut punir sans haïr : le boycott est une discipline temporaire, qui s’achève par le pardon.
- On ne vend pas sa fidélité, même à un roi qui l’offre : la lettre de Ghassan finit au four.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Tabuk, boycott, lettre de Ghassan, pardon | Bukhari 4418 ; Muslim 2769 | Établi |
| Pardon des trois | Coran 9:118 | Coranique |
| Âme du croyant, oiseau dans le Paradis | Malik, Muwatta’ ; Nasa’i | Établi |
| Poésie comme flèches | Musnad d’Ahmad | Rapporté |
| Uhud, onze blessures, cri « Réjouissez-vous » | Ibn Ishaq | Rapporté |
97. Sa’id ibn ’Amir al-Jumahi — le gouverneur sans feu dans sa maison
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | Sa’id ibn ’Amir ibn Hidhyam al-Jumahi al-Qurashi |
| Kunya | Non retenue |
| Tribu | Quraysh, Banu Jumah |
| Naissance/Mort | Naissance inconnue ; mort vers 20 H., en Syrie (lieu discuté) |
| Entrée en islam | Avant Khaybar (7 H.) |
| Batailles | Khaybar et les suivantes |
| Sépulture | Syrie, lieu exact discuté |
En une phrase : le gouverneur de Hims à qui ’Umar envoya mille dinars et qui les distribua aux pauvres, parce qu’il craignait que Dieu ne lui pardonne pas d’avoir assisté à la mort de Khubayb.
A. Identité et famille
Sa’id est un Qurayshite du clan de Jumah. Avant l’islam, il fait partie de la foule qui assiste à l’exécution de Khubayb ibn ‘Adi, capturé lors de l’affaire d’al-Raji’ (Bukhari 3989 pour la mort de Khubayb — établi ; la présence de Sa’id est rapportée par Ibn Sa’d et al-Dhahabi).
B. Entrée en islam
Il se convertit avant Khaybar, d’après les biographes, et émigre à Médine. Il combat dès lors aux côtés des musulmans.
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Aucune parole du Prophète ﷺ à son sujet n’est transmise de façon fiable. Ce que l’on sait de lui vient surtout du choix de ’Umar, qui le nomma gouverneur de Hims malgré les plaintes de ses habitants (Ibn Sa’d ; Abu Nu’aym — rapporté).
D. Rôle dans l’histoire
Sous ’Umar, il est nommé gouverneur de Hims, en Syrie. Les gens de la ville se plaignent de lui à ’Umar pour quatre choses : il ne sort qu’à la fin de la matinée, il ne répond pas la nuit, un jour par mois il ne sort pas, et il lui arrive de s’évanouir. ’Umar le convoque et prie : « Mon Dieu, ne fais pas mentir mon jugement sur lui. » Sa’id explique : il n’a pas de serviteur, il pétrit lui-même sa pâte, d’où son retard ; la nuit est à Dieu, le jour est à eux ; il n’a qu’un vêtement qu’il lave et attend de voir sécher ; et il s’évanouit parce qu’il se souvient de Khubayb. Quand Khubayb fut crucifié, les Qurayshites lui avaient demandé s’il aimerait que le Prophète ﷺ soit à sa place. Khubayb avait répondu qu’il ne voudrait pas être sauf avec sa famille si le Prophète ﷺ était piqué d’une épine. Sa’id, présent, n’avait pas porté secours. « Quand je m’en souviens, je tremble que Dieu ne me pardonne pas. » ’Umar dit : « Louange à Dieu qui n’a pas démenti mon jugement » (Ibn Sa’d ; Abu Nu’aym ; al-Dhahabi, Siyar — rapporté ; chaînes discutées).
E. Anecdotes et détails marquants
Les mille dinars. ’Umar lui envoie mille dinars. Sa’id les distribue aux pauvres. À sa femme qui s’étonne, il répond qu’il a eu des compagnons qui l’ont devancé et qu’il ne les trahira pas pour le monde, ajoutant que si une houri du Paradis apparaissait sur terre, elle l’illuminerait entière (rapporté).
Khubayb. Avant d’être exécuté, Khubayb avait prié deux rak’at, geste qui est resté dans la tradition (Bukhari 3989 — établi).
F. Fin de vie
Il meurt vers 20 H., d’après Ibn Hajar. Les sources divergent sur le lieu précis de son décès et de sa sépulture.
G. Ce que l’on retient
- Le pouvoir peut s’exercer avec un manteau en moins et un peuple en plus : la gouvernance est un service.
- La culpabilité devant le tort passé, bien comprise, devient une force de conscience, non un poids mort.
- Le dénuement choisi se justifie par la foi, jamais par la mise en scène.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Mort de Khubayb | Bukhari 3989 | Établi |
| Présence de Sa’id à cette mort | Ibn Sa’d ; al-Dhahabi | Rapporté |
| Plaintes de Hims et réponses | Ibn Sa’d ; Abu Nu’aym ; al-Dhahabi | Rapporté, chaînes discutées |
| Distribution des mille dinars | Abu Nu’aym | Rapporté |
98. Zayd ibn al-Khattab — le frère aîné de ’Umar
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | Zayd ibn al-Khattab ibn Nufayl al-’Adawi al-Qurashi |
| Kunya | Abu ’Abd al-Rahman |
| Tribu | Quraysh, Banu ’Adi |
| Naissance/Mort | Né avant ’Umar (date inconnue) ; tué à Yamama en 12 H. |
| Entrée en islam | Avant ’Umar, à La Mecque |
| Batailles | Badr, Uhud, la Tranchée, Hudaybiyya et les suivantes ; Yamama |
| Sépulture | Yamama |
En une phrase : le frère aîné de ’Umar, plus tôt musulman et plus tôt martyr, dont ’Umar disait que le vent de Yamama lui apportait encore le parfum.
A. Identité et famille
Zayd est le fils d’al-Khattab, des Banu ’Adi, et le frère aîné de ’Umar ; ils sont fils de mères différentes.
B. Entrée en islam
Il se convertit avant son frère et émigre à Médine avant lui. Le Prophète ﷺ l’unit par la fraternité à Ma’n ibn ’Adi al-’Ajlani (Ibn Ishaq — rapporté). Aucune histoire fiable ne raconte sa conversion ; celle de ’Umar a éclipsé la sienne.
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Les recueils authentiques ne transmettent pas de parole du Prophète ﷺ sur Zayd. Ibn Hajar le cite parmi ceux qui ont assisté à Badr et aux batailles qui suivirent.
D. Rôle dans l’histoire
Il participe à toutes les grandes batailles. Il combat au premier rang à Yamama, bataille décisive contre Musaylima, le faux prophète de la tribu de Hanifa, durant la guerre de l’apostasie.
E. Anecdotes et détails marquants
L’armure d’Uhud. À Uhud, ’Umar offre à Zayd sa cotte de mailles. Zayd la porte, puis la retire : « Je désire le martyre autant que toi » (Ibn Sa’d — rapporté).
Yamama. À Yamama, devant une armée musulmane qui plie, Zayd monte sur une hauteur et crie : « Mon Dieu, je m’excuse devant Toi de la fuite de mes compagnons et je me désolidarise de ce que Musaylima et Muhkam ont apporté ! » Il se bat jusqu’à tomber. Il aurait tué al-Rajjal ibn ’Unfuwa, un ancien auditeur du Prophète ﷺ passé au côté de Musaylima (al-Tabari ; Ibn Kathir — rapporté).
Le vent. À l’annonce de sa mort, ’Umar dit : « Il m’a devancé vers le meilleur. » Il ajouta que, chaque fois que soufflait le vent d’est, il croyait sentir l’odeur de Zayd (Ibn Sa’d — rapporté).
F. Fin de vie
Il est tué à Yamama en 12 H., sous Abu Bakr. ’Umar le pleura longtemps.
G. Ce que l’on retient
- Le deuil d’un frère peut durer : ’Umar, devenu calife, sentait encore le parfum de Zayd dans le vent.
- Le martyre se désire : Zayd retire l’armure comme on abandonne une protection superflue.
- Un compagnon peu cité n’est pas un compagnon moindre : Zayd a précédé le calife dans la foi comme dans le martyre.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Fraternité avec Ma’n ibn ’Adi | Ibn Ishaq | Rapporté |
| Armure d’Uhud | Ibn Sa’d | Rapporté |
| Yamama, prière et mort | al-Tabari ; Ibn Kathir | Rapporté |
| Parole de ’Umar, vent de l’est | Ibn Sa’d | Rapporté |
99. ’Abdullah ibn Jahsh — le chef de l’expédition de Nakhla
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | ’Abdullah ibn Jahsh ibn Ri’ab al-Asadi |
| Kunya | Abu Muhammad |
| Tribu | Banu Asad ibn Khuzayma, alliés de Banu ’Abd Shams ; mère Umayma bint ’Abd al-Muttalib |
| Naissance/Mort | Environ 37 av. H. ; tué à Uhud en 3 H., vers 40 ans |
| Entrée en islam | Très tôt à La Mecque |
| Batailles | Nakhla (comme chef), Badr, Uhud |
| Sépulture | Uhud, dans la tombe de Hamza |
En une phrase : cousin du Prophète ﷺ et premier chef d’une expédition militaire, qui a prié pour mourir mutilé à Uhud et fut enterré avec son oncle Hamza.
A. Identité et famille
Sa mère est Umayma bint ’Abd al-Muttalib, tante du Prophète ﷺ : ’Abdullah est donc son cousin. Sa sœur Zaynab bint Jahsh sera l’épouse du Prophète ﷺ ; ses frères sont Abu Ahmad ’Abd et ’Ubaydullah, ce dernier mort chrétien en Abyssinie. Avec sa famille, il émigre à Médine : selon Ibn Ishaq, la maison des Banu Jahsh à La Mecque fut laissée porte fermée (rapporté).
B. Entrée en islam
Il fait partie des tout premiers convertis et prend part aux deux émigrations, en Abyssinie puis à Médine.
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Le Prophète ﷺ le chargea de la première expédition de Nakhla, en Rajab 2 H., avec une lettre cachetée à n’ouvrir qu’après deux jours de marche. Après l’incident de Nakhla, le Prophète ﷺ leur dit qu’il ne leur avait pas ordonné de combattre pendant le mois sacré (Ibn Ishaq ; al-Tabari — rapporté).
D. Rôle dans l’histoire
La lettre ordonne de se rendre à Nakhla, entre La Mecque et Ta’if, pour observer Quraysh. Les huit ou douze hommes du détachement croisent une caravane. C’est le dernier jour de Rajab, et les hommes hésitent sur la date ; ils tuent ’Amr ibn al-Hadrami, capturent deux hommes et ramènent le butin. Le Prophète ﷺ réprouve l’acte et suspend la répartition. Quraysh crie à la violation du mois sacré. Puis vient la révélation : « Ils t’interrogent sur le combat pendant le mois sacré. Dis : Y combattre est un grand péché, mais détourner de la voie de Dieu, être infidèle à Lui, empêcher l’accès à la Mosquée sacrée et en chasser les habitants est plus grave auprès de Dieu. La fitna est plus grave que le meurtre » (Coran 2:217 — coranique ; détails de l’épisode : Ibn Ishaq, al-Tabari — rapporté). Le Prophète ﷺ prend alors le quint du butin : c’est le premier quint de l’islam, et ce sont ses premiers prisonniers.
E. Anecdotes et détails marquants
La prière d’Uhud. Sa’d ibn Abi Waqqas rapporte que ’Abdullah ibn Jahsh invoqua ainsi avant Uhud : « Mon Dieu, fais que je rencontre demain un ennemi redoutable qui me tue, me coupe le nez et les oreilles. Quand je Te rencontrerai et que Tu me demanderas pourquoi, je dirai : Pour Toi et Ton Messager. » Sa’d dit : « Dieu a mieux exaucé son vœu que le mien : je l’ai vu à la fin du jour, le nez et les oreilles pendus à un fil » (al-Hakim ; Ibn Sa’d — rapporté, chaîne discutée).
L’épée et la branche. Son épée se rompit à Uhud et le Prophète ﷺ lui donna une branche de palmier qui devint un sabre (Ibn Sa’d — rapporté, chaîne faible).
Un titre. Certains biographes disent qu’il fut le premier appelé « émir des croyants », à Nakhla (Ibn Hajar — rapporté, discuté).
F. Fin de vie
Il est tué à Uhud, vers quarante ans, et enterré avec son oncle Hamza, dans la même tombe (Ibn Ishaq — rapporté).
G. Ce que l’on retient
- Une initiative contestée n’efface pas un homme : le verset 2:217 a tranché l’affaire de Nakhla en rappelant ce qui est plus grave encore.
- Il a demandé le martyre avec précision et humilité, sans orgueil : « pour Toi et Ton Messager ».
- Être le cousin du Prophète ﷺ n’a pas protégé ’Abdullah : il a émigré deux fois et il est tombé à Uhud.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Expédition de Nakhla | Ibn Ishaq ; al-Tabari | Rapporté |
| Verset sur le mois sacré | Coran 2:217 | Coranique |
| Prière d’Uhud | al-Hakim ; Ibn Sa’d | Rapporté, discuté |
| Épée et branche de palmier | Ibn Sa’d | Rapporté, faible |
| Tombe commune avec Hamza | Ibn Ishaq | Rapporté |
100. al-Nu’man ibn Muqarrin — le général de la victoire des victoires
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | al-Nu’man ibn Muqarrin ibn ’A’idh al-Muzani |
| Kunya | Abu ’Amr |
| Tribu | Muzayna |
| Naissance/Mort | Naissance inconnue ; tué à Nahawand en 21 H. |
| Entrée en islam | Délégation de Muzayna à Médine (4-5 H.) |
| Batailles | La Tranchée et les suivantes ; Qadisiyya ; Nahawand (commandant) |
| Sépulture | Nahawand (Iran) |
En une phrase : le chef de la tribu de Muzayna, devenu général de ’Umar, qui a attendu l’heure où le vent se lève avant de lancer l’assaut qui brisa la Perse, et que ’Umar pleura devant tout le peuple.
A. Identité et famille
Al-Nu’man est issu de Muzayna, tribu proche de Médine. Il a sept frères, tous émigrés, parmi lesquels Suwayd, ’Abd al-Rahman et Ma’qil. Ils n’avaient à eux sept qu’un esclave, que l’un d’eux gifla. Le Prophète ﷺ leur ordonna de l’affranchir (Muslim 1658 — établi). Le Prophète ﷺ cite la tribu de Muzayna parmi les meilleures (Bukhari 3516 ; Muslim 2520 — établi).
B. Entrée en islam
Il arrive à Médine avec quatre cents hommes de Muzayna : c’est la première délégation de tribu arabe extérieure. Le Prophète ﷺ leur donne des provisions (Ibn Sa’d — rapporté ; la date varie entre 4 et 5 H.).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Les recueils retiennent surtout ce qu’al-Nu’man rapporte du Prophète ﷺ, la sunna de l’attente : « J’ai assisté au combat avec le Prophète ﷺ : quand il ne combattait pas au début du jour, il attendait que le soleil décline, que le vent se lève et que le secours descende » (Abu Dawud, Jihad, 2655 ; Tirmidhi ; version de Bukhari dans le chapitre de la jizya — établi).
D. Rôle dans l’histoire
Sous ’Umar, al-Nu’man commande l’armée de Kufa à Nahawand en 21 H. Face à lui, une armée perse très supérieure en nombre (les chiffres varient de 60 000 à 150 000) se retranche. Il consulte ses officiers, applique la sunna de l’attente, prie : « Mon Dieu, accorde le martyre à al-Nu’man, la victoire aux musulmans. » Au moment de l’assaut, son cheval glisse sur le sang et il tombe, frappé d’un trait. Son frère Nu’aym le couvre d’un manteau, prend le drapeau et cache sa mort jusqu’à la victoire. Hudhayfa ibn al-Yaman prend le commandement, conformément aux instructions de ’Umar. C’est la « victoire des victoires » (al-Tabari — rapporté).
E. Anecdotes et détails marquants
Les pleurs de ’Umar. Le messager apporte à Médine la nouvelle. ’Umar demande : « Que devient al-Nu’man ? » — « Martyr. » ’Umar pleure et demande : « Et qui d’autre ? » Le messager cite quelques noms, puis ajoute : « Et d’autres que tu ne connais pas, ô émir des croyants. » ’Umar répond : « Qu’importe que ’Umar ne les connaisse pas : Dieu les connaît » (al-Tabari — rapporté).
F. Fin de vie
Il est enterré à Nahawand, là où il est tombé.
G. Ce que l’on retient
- Un général sait attendre l’heure : al-Nu’man a suivi la sunna du Prophète ﷺ jusque dans les plaines de Perse.
- Sept frères, un seul esclave, et l’ordre de l’affranchir après une gifle : la dignité de l’esclave pèse plus que la propriété.
- La gloire d’une victoire appartient à des inconnus que seul Dieu connaît.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Sept frères et l’esclave affranchi | Muslim 1658 | Établi |
| Sunna de l’attente avant l’assaut | Abu Dawud 2655 ; Bukhari, Jizya | Établi |
| Délégation de Muzayna | Ibn Sa’d | Rapporté |
| Nahawand, mort, victoire | al-Tabari | Rapporté |
| Pleurs de ’Umar | al-Tabari | Rapporté |
PARTIE III — DÉBATS ET ANNEXES
1. Ce que ces vies enseignent
Prises ensemble, ces seize vies dessinent une communauté où nul n’est écarté d’avance. L’aveugle, le boiteux, l’inconnu, l’affranchi, l’ancien ennemi et l’ancien rabbin y trouvent leur place par la seule sincérité. Elles montrent aussi que la foi se vit dans le temps : on y tombe (Hatib, Ka’b), on s’y relève, et le pardon vient de Dieu après la vérité dite. Enfin, elles rappellent la méthode de ce dossier : un récit pèse selon sa source, et un grand compagnon n’a pas besoin de légende pour être grand.
2. Questions et objections fréquentes
Dans la sourate ’Abasa, le Prophète ﷺ a-t-il « froncé les sourcils » devant un aveugle ? Selon le récit de ’A’isha (Tirmidhi 3331, gharib), le Prophète ﷺ s’était tourné vers un notable de Quraysh dont il espérait la conversion, et la révélation lui rappela que l’aveugle sincère passait avant. Le Coran emploie la troisième personne, sans nommer le Prophète ﷺ. Loin de cacher l’épisode, la communauté l’a conservé dans le livre : c’est un argument en faveur de l’authenticité du texte.
Un aveugle pouvait-il vraiment exercer des responsabilités ? Oui : Ibn Umm Maktum fut muezzin et régent de Médine pour la prière. Le Coran allège les obligations de l’infirme (4:95 ; 48:17) mais ne l’écarte de rien.
Pourquoi le Prophète ﷺ a-t-il marié Julaybib, et que dit cet épisode de la place des humbles ? La demande, rapportée dans le Musnad d’Ahmad, a servi d’enseignement : le mérite d’un homme ne dépend ni de son nom ni de son visage. Le père et la mère hésitent, la jeune fille accepte par foi, et le Prophète ﷺ prie pour elle. Muslim 2472 établit en tout cas la dignité que lui accorda le Prophète ﷺ.
’Ukkasha a-t-il « volé » la place des autres parmi les soixante-dix mille ? Non. La réponse « ’Ukkasha t’a devancé » (Bukhari 5811) est comprise par Ibn Hajar comme un moyen de clore la série de demandes avec tact. Quant aux traits des soixante-dix mille (ni ruqya, ni cautérisation, ni présage), les savants rappellent que les soins sont permis, mais que la confiance du cœur doit rester placée en Dieu seul.
Hatib a-t-il trahi ? Il a commis une faute grave, il l’a avouée, et le Prophète ﷺ a reconnu sa sincérité (Bukhari 3007). Le Coran l’appelle « croyant » au moment même du blâme. Il n’est donc pas apostat. Les juristes débattent de la peine applicable à un espion musulman, mais tous partent de ce précédent. La parole « faites ce que vous voudrez » ne légalise aucun péché : elle dit le pardon de Dieu à des hommes dont Badr était une preuve de loyauté.
Pourquoi le Prophète ﷺ a-t-il pardonné à ’Umayr, venu pour l’assassiner ? Parce que ’Umayr, confronté au secret du Hijr, a reconnu la vérité et s’est converti (Ibn Ishaq — rapporté). Le pardon n’est pas une faiblesse : il suit un aveu et un repentir, et il a pour fruit la conversion d’un ennemi.
’Abdullah ibn Salam et les « prédictions bibliques » : que faut-il en penser ? Le Coran affirme que les gens du Livre connaissent la mission du Prophète ﷺ (7:157 ; 2:146). Les passages précis, comme Deutéronome 18:18 ou le Paraclet de Jean, sont débattus et ne convainquent que ceux qui y reconnaissent déjà un sens. Le témoignage historique le mieux établi reste celui d’Ibn Salam (Bukhari 3938). Pour les traditions israélites, la règle est celle d’Ibn Kathir : accepter ce qui s’accorde avec le Coran et la Sunna, refuser ce qui les contredit, suspendre le reste.
Le boycott des trois de Tabuk était-il cruel ? Il fut limité à cinquante jours, ordonné par l’autorité légitime, après un manquement grave en temps de mobilisation, et il s’acheva par un pardon coranique (9:118). Ka’b ibn Malik dit que Dieu ne lui accorda pas, après l’islam, de grâce plus grande que de dire la vérité (Bukhari 4418).
Dihya a-t-il été « l’ange Jibril » ? Non. Le hadith dit seulement que Jibril apparaissait sous une forme humaine connue, celle de Dihya, et que l’on y prenait l’ange pour lui (Muslim 2451). Dihya reste un homme et un compagnon.
Les lettres du Prophète ﷺ aux rois sont-elles authentiques ? Le noyau est solidement établi : lettre à Héraclius (Bukhari 7), lettre à Chosroès (Bukhari 64). Les formulations exactes diffèrent selon les sources, et le texte attribué à al-Muqawqis, retrouvé en 1858, est jugé authentique par certains savants contemporains et mis en doute par d’autres (discuté).
Nakhla a-t-elle violé le mois sacré ? L’incertitude sur la date de l’attaque et le contexte de l’expulsion des musulmans de La Mecque ont conduit à 2:217 : le verset reconnaît la gravité du combat en mois sacré, mais juge plus grave encore la persécution (Ibn Ishaq — rapporté).
Faut-il croire aux corps intacts d’Uhud ? La tradition est dans le Muwatta’ de Malik (mursal) et ne fonde aucune règle. On peut la recevoir comme un récit édifiant, sans en faire une preuve doctrinale.
’Abdullah ibn Hudhafa a-t-il mal agi en embrassant la tête de l’empereur ? Le récit lui-même est faible (Ibn Kathir). S’il est exact, les juristes rappellent la règle de la contrainte (16:106) et le but de libérer des prisonniers.
3. Tableau récapitulatif
| N° | Compagnon | Particularité | Mort | Source clé |
|---|---|---|---|---|
| 85 | Ibn Umm Maktum | Aveugle, muezzin, régent | Après Qadisiyya (discuté) | Bukhari 617 |
| 86 | Julaybib | Humble marié par le Prophète ﷺ | Au combat | Muslim 2472 |
| 87 | ’Ukkasha | Les soixante-dix mille | Buzakha, 12 H. | Bukhari 5811 |
| 88 | ’Umayr ibn Wahb | Assassin devenu croyant | Inconnue | Ibn Ishaq |
| 89 | Salama ibn al-Akwa’ | Coureur de Dhu Qarad | Médine, 74 H. | Muslim 1807 |
| 90 | ’Amr ibn al-Jamuh | Boiteux martyr | Uhud, 3 H. | Ibn Ishaq |
| 91 | Ibn Hudhafa | Messager à Chosroès | Égypte | Bukhari 64 |
| 92 | Dihya | Messager à Héraclius | Mizza | Bukhari 7 |
| 93 | Hatib | Lettre à Quraysh | Médine, 30 H. | Bukhari 3007 |
| 94 | ’Amir ibn Fuhayra | Berger de la Hijra | Bi’r Ma’una, 4 H. | Bukhari 3905 |
| 95 | Ibn Salam | Rabbin converti | Médine, 43 H. | Bukhari 3938 |
| 96 | Ka’b ibn Malik | Tabuk | Médine, vers 50 H. | Bukhari 4418 |
| 97 | Sa’id ibn ’Amir | Gouverneur de Hims | Vers 20 H. | Ibn Sa’d |
| 98 | Zayd ibn al-Khattab | Frère de ’Umar | Yamama, 12 H. | al-Tabari |
| 99 | Ibn Jahsh | Chef de Nakhla | Uhud, 3 H. | Coran 2:217 |
| 100 | al-Nu’man ibn Muqarrin | Chef à Nahawand | Nahawand, 21 H. | al-Tabari |
4. Glossaire
- Ansar : « auxiliaires », habitants de Médine qui accueillirent le Prophète ﷺ.
- Hijra : émigration de La Mecque vers Médine en 622.
- Isra’iliyyat : traditions venues des Gens du Livre, à recevoir avec critique.
- Khums : cinquième du butin, réservé au Prophète ﷺ et aux ayants droit.
- Kunya : surnom en « père de » ou « mère de ».
- Mawla : affranchi ou client lié à une tribu.
- Mursal : hadith rapporté d’un successeur directement au Prophète ﷺ, sans le compagnon.
- Muqawqis : titre du gouverneur byzantin d’Égypte.
- Ruqya : récitation de protection ou de guérison.
- Sahabi : compagnon du Prophète ﷺ.
- Tawakkul : confiance en Dieu.
- Thulathiyyat : hadiths de Bukhari à trois intermédiaires seulement.
5. Bibliographie classique
- Le Coran.
- Al-Bukhari, al-Jami’ al-Sahih ; Muslim, al-Sahih.
- Abu Dawud, al-Tirmidhi, al-Nasa’i, Ibn Majah, Sunan.
- Malik ibn Anas, al-Muwatta’.
- Ahmad ibn Hanbal, al-Musnad ; al-Hakim, al-Mustadrak.
- Ibn Ishaq (transmis par Ibn Hisham), al-Sira al-nabawiyya.
- Ibn Sa’d, al-Tabaqat al-kubra.
- Al-Waqidi, al-Maghazi (avec réserve).
- Al-Tabari, Tarikh al-rusul wa-l-muluk et Jami’ al-bayan.
- Ibn ’Abd al-Barr, al-Isti’ab.
- Abu Nu’aym, Hilyat al-awliya’.
- Ibn Kathir, al-Bidaya wa-l-nihaya et Tafsir al-Qur’an al-’azim.
- Ibn Hajar al-’Asqalani, al-Isaba fi tamyiz al-Sahaba et Fath al-Bari.
- Al-Dhahabi, Siyar a’lam al-nubala’.
Note sur les références : les numéros de hadith sont donnés à titre indicatif d’après les grands recueils et peuvent différer selon les éditions ; chacun se vérifie dans le recueil cité ou sur sunnah.com.
Et Allah est le plus savant.
