Les Ansâr

Figures de l’islam · Les compagnons du Prophète ﷺ

Les Ansâr

Sa’d ibn Mu’âdh, Sa’d ibn ’Ubâda, Ubayy ibn Ka’b, Mu’âdh ibn Jabal, Zayd ibn Thâbit et les Auxiliaires de Médine.

Sommaire

PARTIE I — CADRE GÉNÉRAL

  1. 1. Avant-propos
  2. 2. Qui sont les Ansar ? (Aws et Khazraj, les deux Aqaba, Mus’ab, l’Hégire, la fraternisation)
  3. 3. Chronologie
  4. 4. Niveaux de preuve

PARTIE II — LES DIX-NEUF ANSAR

  1. 46. Sa’d ibn Mu’adh — le chef dont la mort fit trembler le Trône
  2. 47. Sa’d ibn ’Ubada — le généreux chef des Khazraj
  3. 48. Ubayy ibn Ka’b — le maître des récitants
  4. 49. Mu’adh ibn Jabal — le plus savant du licite et de l’illicite
  5. 50. Zayd ibn Thabit — le secrétaire qui rassembla le Coran
  6. 51. Abu Ayyub al-Ansari — l’hôte du Prophète ﷺ, mort devant Constantinople
  7. 52. As’ad ibn Zurara — le premier hôte de l’islam à Médine
  8. 53. Anas ibn Malik — dix ans au service du Prophète ﷺ
  9. 54. Abu Talha al-Ansari — l’archer qui servait de bouclier
  10. 55. Hassan ibn Thabit — le poète du Prophète ﷺ
  11. 56. Usayd ibn Hudayr — l’homme à la voix qui attirait les anges
  12. 57. Abu Dujana — l’homme qui prit l’épée du Prophète ﷺ avec son droit
  13. 58. Hanzala — le laveur par les anges
  14. 59. Al-Bara’ ibn Malik — le guerrier dont la prière était exaucée
  15. 60. ’Abdullah ibn Rawaha — le poète qui tomba à Mu’ta
  16. 61. Khubayb ibn ’Adi — celui qui pria deux unités avant de mourir
  17. 62. Hudhayfa ibn al-Yaman — le gardien des secrets des temps de trouble
  18. 63. Jabir ibn ’Abdillah — le fils du martyr qui retint le pèlerinage d’adieu
  19. 64. Abu Sa’id al-Khudri — le jeune jurisconsulte de Médine

PARTIE III — DÉBATS ET ANNEXES

  1. 1. Ce que ces vies enseignent
  2. 2. Questions et objections fréquentes
  3. 3. Tableau récapitulatif
  4. 4. Glossaire
  5. 5. Bibliographie classique

PARTIE I — CADRE GÉNÉRAL

1. Avant-propos

Il y a, dans l’histoire de l’islam, un moment où tout aurait pu s’arrêter. Pendant treize ans, à La Mecque, le Prophète ﷺ a prêché, souffert, vu ses compagnons torturés, boycottés, contraints à l’exil jusqu’en Abyssinie. Les grandes tribus ont fermé leurs portes les unes après les autres : Taïf l’a chassé à coups de pierres, les tribus venues en pèlerinage ont poliment décliné. Puis, une nuit de pèlerinage, à Mina, quelques hommes d’une oasis du nord, Yathrib, l’ont écouté, et ils ont dit oui. Ces hommes et leurs fils sont les Ansar, « les Auxiliaires », un nom que le Coran lui-même a consacré.

Ce dossier réunit dix-neuf d’entre eux, numérotés de 46 à 64 dans la série « 100 compagnons du Prophète ﷺ ». On y croise un chef de tribu dont la mort, dit le Prophète ﷺ, a fait trembler le Trône du Miséricordieux (Sa’d ibn Mu’adh), un homme si généreux que le Prophète ﷺ priait pour sa maison (Sa’d ibn ‘Ubada), le meilleur récitant du Coran (Ubayy ibn Ka’b), le plus savant en licite et en illicite (Mu’adh ibn Jabal), le secrétaire qui a rassemblé le Coran en un volume (Zayd ibn Thabit), l’hôte du Prophète ﷺ à Médine (Abu Ayyub), le tout premier hôte de l’islam (As’ad ibn Zurara), le petit serviteur devenu centenaire (Anas ibn Malik), l’archer qui servait de bouclier vivant (Abu Talha), le poète qui répondait aux insultes en vers (Hassan ibn Thabit), le récitant dont la voix attirait les anges (Usayd ibn Hudayr), l’homme à l’épée du Prophète ﷺ (Abu Dujana), le marié que les anges ont lavé (Hanzala), le guerrier dont la prière était exaucée (al-Bara’ ibn Malik), le poète-commandant de Mu’ta (’Abdullah ibn Rawaha), le prisonnier qui pria deux unités de prière avant d’être mis à mort (Khubayb ibn ’Adi), le gardien des secrets des temps de trouble (Hudhayfa ibn al-Yaman), le fils de martyr dont les dettes furent soldées par un miracle de dattes (Jabir ibn ’Abdillah) et le jurisconsulte dont la récitation guérit un homme piqué par un scorpion (Abu Sa’id al-Khudri).

Chaque fiche suit le même parcours : identité et famille, entrée en islam, paroles du Prophète ﷺ, rôle historique, anecdotes, fin de vie, enseignements et tableau des sources. Les dates sont données en calendrier de l’Hégire (H), avec l’équivalent approximatif en ère chrétienne quand il est utile. Les noms arabes sont translittérés de façon simple : l’apostrophe note la hamza et la lettre ’ayn, sans signes diacritiques.

Une précision sur le numéro 62 : Hudhayfa ibn al-Yaman appartient à la tribu de ’Abs (de la confédération de Ghatafan). Son père, al-Yaman, avait tué un homme et s’était réfugié à Médine, où il devint l’allié (halif) du clan ansarite des Banu ’Abd al-Ashhal. Hudhayfa est donc rattaché aux Ansar par alliance, et le Prophète ﷺ lui a laissé, selon le récit d’Ibn Sa’d, le choix entre le statut de muhajir et celui d’ansari. Il a choisi les Ansar. Sa place dans ce dossier découle de ce choix.

2. Qui sont les Ansar ? (Aws et Khazraj, les deux Aqaba, Mus’ab, l’Hégire, la fraternisation)

Yathrib avant l’islam

Yathrib (Médine) est une oasis volcanique, fertile, plantée de palmeraies et de vergers, à environ 450 km au nord de La Mecque. Les tribus juives des Banu Qaynuqa’, des Banu al-Nadir et des Banu Qurayza y vivaient depuis longtemps. Les Arabes y étaient arrivés plus tard, venus du Yémen selon la tradition généalogique : ce sont les Aws et les Khazraj, deux frères d’ascendance commune (les « Banu Qayla », du nom de leur ancêtre féminine). Le nom « Ansar » désignera plus tard l’ensemble de leurs clans.

Les deux tribus étaient en guerre depuis des générations. La dernière grande bataille, Bu’ath, eut lieu quelques années avant l’Hégire et laissa les deux camps épuisés, sans chef commun. ’A’isha dit que Bu’ath fut « un jour qu’Allah avait préparé pour Son Messager ﷺ » : les chefs avaient été tués, les esprits étaient las de la guerre, et les gens étaient prêts à entendre un message de réconciliation (Bukhari, Kitab Manaqib al-Ansar — établi).

La rencontre de Mina et la première ’Aqaba

Lors du pèlerinage de l’an 11 avant l’Hégire (vers 620), le Prophète ﷺ rencontra à Mina un petit groupe de Khazrajites (six hommes d’après Ibn Ishaq : As’ad ibn Zurara, ‘Awf ibn al-Harith, Rafi’ ibn Malik, Qutba ibn ’Amir, ’Uqba ibn ’Amir et Jabir ibn ’Abdillah ibn Ri’ab). Il leur récita le Coran. Ils se dirent entre eux : « Par Allah, c’est le prophète dont les Juifs nous menacent ; qu’ils ne nous devancent pas auprès de lui. » Ils crurent, et promirent de revenir l’année suivante (Ibn Ishaq — rapporté, récit largement admis par les historiens classiques).

Au pèlerinage suivant (an 12 avant l’Hégire), douze hommes vinrent. Ils prêtèrent serment dans le défilé d’Aqaba, près de Mina : ne rien associer à Allah, ne pas voler, ne pas commettre l’adultère, ne pas tuer leurs enfants, ne pas calomnier, ne pas désobéir dans le bien. Ce serment, dit « des femmes » parce qu’il ne comporte pas d’engagement de combat, est celui que rapporte ’Ubada ibn al-Samit (Bukhari, Kitab al-Iman — établi). Le Prophète ﷺ leur envoya Mus’ab ibn ’Umayr pour leur enseigner le Coran.

Mus’ab ibn ’Umayr à Médine

Mus’ab, jeune Mecquois élégant devenu un exemple de renoncement, logea chez As’ad ibn Zurara. Les deux hommes allaient de clan en clan. C’est à leur contact que Sa’d ibn Mu’adh et Usayd ibn Hudayr, chefs du clan des ‘Abd al-Ashhal, embrassèrent l’islam, entraînant presque tout leur clan en une seule journée (Ibn Ishaq — rapporté). Al-Bara’ ibn ’Azib précise qu’avant l’arrivée du Prophète ﷺ, les premiers à venir à Médine furent Mus’ab ibn ’Umayr et Ibn Umm Maktum, qui enseignaient le Coran aux gens (Bukhari, Kitab Manaqib al-Ansar — établi). As’ad ibn Zurara dirigea la première prière du vendredi à Médine, dans le quartier de Hazm al-Nabit (Abu Dawud, Kitab al-Salat ; Ibn Majah — rapporté, jugé bon par plusieurs savants).

La seconde ’Aqaba

L’année suivante (an 13 avant l’Hégire, vers 622), soixante-treize hommes et deux femmes de Médine, Nusayba bint Ka’b (Umm ‘Umara) et Asma’ bint ‘Amr, rejoignirent le Prophète ﷺ de nuit, en cachette de leurs compatriotes encore polythéistes. Le rendez-vous se tint au même défilé. Son oncle al-’Abbas ibn ’Abd al-Muttalib, alors encore non musulman mais protecteur de son neveu, ouvrit la séance en avertissant les Médinois du poids de l’engagement. Al-Bara’ ibn Ma’rur fut le premier à tendre la main. Les Ansar promirent de protéger le Prophète ﷺ comme ils protégeaient leurs femmes et leurs enfants. Quelqu’un fit remarquer que ce serment romprait leurs alliances avec les Juifs de Médine. Le Prophète ﷺ sourit et dit en substance : « Le sang est le sang, la destruction est la destruction : je suis de vous et vous êtes de moi » (Ibn Ishaq — rapporté).

Douze chefs (naqibs) furent désignés : neuf Khazrajites (As’ad ibn Zurara, Sa’d ibn al-Rabi’, ‘Abdullah ibn Rawaha, Rafi’ ibn Malik, al-Bara’ ibn Ma’rur, ’Abdullah ibn ’Amr ibn Haram, ’Ubada ibn al-Samit, Sa’d ibn ’Ubada, al-Mundhir ibn ’Amr) et trois Awsites (Usayd ibn Hudayr, Sa’d ibn Khaythama et Rifa’a ibn ’Abd al-Mundhir, ce dernier remplacé par Abu al-Haytham ibn al-Tayyihan dans certaines listes) — liste d’Ibn Ishaq ; des variantes mineures existent.

L’Hégire et l’accueil

Les musulmans de La Mecque partirent à Médine par petits groupes. Quand le Prophète ﷺ arriva, vers le 12 Rabi’ al-Awwal de l’an 1 H (septembre 622), les Ansar sortaient chaque matin aux abords de la ville, à la lisière des coulées de lave, et attendaient jusqu’à ce que la chaleur les fasse rentrer. Un jour, un Juif, de la hauteur d’un fortin, aperçut les voyageurs et cria : « Banu Qayla, voici votre bonne fortune ! » (Bukhari, Kitab Manaqib al-Ansar — établi). Anas ibn Malik, alors enfant, dira plus tard : « Je n’ai jamais vu de jour plus lumineux ni meilleur que celui où le Messager d’Allah ﷺ entra chez nous » (Tirmidhi ; Ahmad — rapporté, de bonne chaîne).

Sa chamelle, Qaswa’, s’agenouilla devant la maison d’Abu Ayyub, qui devint son hôte pendant plusieurs mois. Le Prophète ﷺ construisit ensuite sa mosquée sur un terrain acheté à deux orphelins des Banu al-Najjar. Chaque clan avait voulu le recevoir. Il dit : « Laissez-la, elle est guidée » (Ibn Ishaq — rapporté).

La fraternisation (mu’akhat)

Le Prophète ﷺ associa des Mecquois sans ressources à des Médinois : environ quatre-vingt-dix à cent hommes selon les récits d’Ibn Ishaq et d’Ibn Sa’d. Anas ibn Malik dit que cet acte eut lieu chez lui (Bukhari, Kitab al-Kafala — établi). Le cas le plus célèbre est celui de Sa’d ibn al-Rabi’ et de ’Abd al-Rahman ibn ’Awf. Sa’d lui offrit la moitié de sa fortune et de ses épouses ; ’Abd al-Rahman répondit : « Qu’Allah te bénisse dans ta famille et tes biens. Montre-moi plutôt le chemin du marché » (Bukhari, Kitab Manaqib al-Ansar — établi). Les Ansar proposèrent aussi de partager leurs palmeraies avec leurs frères. Le Prophète ﷺ refusa ; les Mecquois travailleraient les vergers et partageraient les fruits (Bukhari, Kitab al-Muzara’a — établi).

Ce que le Coran dit des Ansar

  • « Les premiers, les tout premiers, parmi les Émigrés et les Auxiliaires (Ansar), et ceux qui les ont suivis dans le bien : Allah est satisfait d’eux et ils sont satisfaits de Lui » (Coran 9:100 — sens du verset).
  • « Et ceux qui, avant eux, étaient établis dans la Demeure et dans la foi, aiment ceux qui émigrent vers eux, ne ressentent dans leurs poitrines aucun besoin de ce qui leur a été donné, et les préfèrent à eux-mêmes, même s’ils sont dans le dénuement » (Coran 59:9 — sens du verset).
  • Anas à qui l’on demandait s’ils s’étaient donné le nom d’Ansar avant ou après l’islam : « Non, c’est Allah qui nous a ainsi nommés » (Bukhari, Kitab Manaqib al-Ansar — établi).

Le Prophète ﷺ dit : « L’amour des Ansar est un signe de la foi, et leur haine un signe d’hypocrisie » (Bukhari 17 ; Muslim 74 — établi).

3. Chronologie

Date (H / apr. J.-C.) Événement Ansar concernés
Vers 5 av. H. (617) Bataille de Bu’ath entre Aws et Khazraj Sa’d ibn Mu’adh, Usayd ibn Hudayr (son père Hudayr y périt)
11 av. H. (620) Rencontre de Mina : six Khazrajites croient As’ad ibn Zurara, Jabir ibn ’Abdillah ibn Ri’ab
12 av. H. (621) Première ’Aqaba : douze hommes ; envoi de Mus’ab As’ad ibn Zurara, ’Ubada ibn al-Samit
13 av. H. (622) Seconde ’Aqaba : 73 hommes et 2 femmes ; douze naqibs Sa’d ibn ’Ubada, Ibn Rawaha, Usayd, Jabir, As’ad
Rabi’ I, 1 H (622) Hégire ; accueil à Médine ; Abu Ayyub héberge le Prophète ﷺ Abu Ayyub, As’ad ibn Zurara, Zayd ibn Thabit (enfant)
1 H Mort d’As’ad ibn Zurara ; mosquée ; fraternisation As’ad, Anas
2 H (624) Badr (Ramadan) Sa’d ibn Mu’adh, Ibn Rawaha, Abu Dujana, Abu Ayyub, Abu Talha, Ubayy
3 H (625) Uhud (Shawwal) Abu Dujana, Abu Talha, Hanzala (martyr), Hudhayfa et son père, Malik père d’Abu Sa’id
4 H (625) Raji’ et Bi’r Ma’una ; exil des Banu al-Nadir Khubayb ibn ’Adi (martyr)
5 H (627) Tranchée (Khandaq) ; Banu Qurayza ; mort de Sa’d ibn Mu’adh Sa’d ibn Mu’adh, Hudhayfa, Jabir, Abu Sa’id
6 H (628) Hudaybiyya Jabir ibn ’Abdillah (présent parmi les 1 400)
7 H (629) Khaybar ; ’Umra de substitution Ibn Rawaha, Abu Talha
8 H (629-630) Mu’ta (Jumada I) ; conquête de La Mecque ; Hunayn Ibn Rawaha (martyr), Abu Dujana, Usayd
9 H (630) Tabuk Zayd ibn Thabit (étendard des Banu al-Najjar)
10 H (632) Mu’adh envoyé au Yémen ; pèlerinage d’adieu Mu’adh, Jabir (qui décrit le pèlerinage)
11 H (632) Mort du Prophète ﷺ ; Saqifa des Banu Sa’ida Sa’d ibn ’Ubada, Zayd ibn Thabit, Anas
12 H (633) Bataille de Yamama Abu Dujana (martyr), al-Bara’ ibn Malik, Zayd ibn Thabit
18 H (639) Peste d’Amwas Mu’adh ibn Jabal (mort)
20 H (641) Siège de Tustar al-Bara’ ibn Malik (mort), Usayd (mort à Médine)
34-36 H (655-657) Troubles (fitna) ; recension de ’Uthman Zayd ibn Thabit, Hudhayfa (mort 36 H), Abu Talha (mort 34 H)
45 H (665) Mort de Zayd ibn Thabit Zayd
49-52 H (669-672) Expédition contre Constantinople Abu Ayyub (mort devant la ville)
54 H (674) Mort de Hassan ibn Thabit (date discutée) Hassan
74 H (693) Mort de Jabir et d’Abu Sa’id (dates discutées) Jabir, Abu Sa’id
91-93 H (710-712) Mort d’Anas ibn Malik à Basra Anas

4. Niveaux de preuve

Chaque récit important est suivi, entre parenthèses, de sa source et de son degré. Six catégories sont utilisées.

  • Coranique : le fait ou la parole est attesté par le Coran lui-même.
  • Établi : rapporté dans le Sahih d’al-Bukhari ou de Muslim, ou jugé authentique (sahih) sans controverse sérieuse par les savants du hadith.
  • Rapporté : transmis par les Sunan (Abu Dawud, Tirmidhi, Nasa’i, Ibn Majah), le Musnad d’Ahmad, Ibn Ishaq/Ibn Hisham, Ibn Sa’d, al-Tabari, avec une chaîne bonne (hasan) ou admise par les historiens classiques, sans atteindre le degré du Sahih. Les récits d’al-Waqidi, souvent riches mais critiqués en hadith, sont signalés comme tels et utilisés avec réserve.
  • Isra’iliyyat–Discuté : récit de chaîne faible, d’origine incertaine, ou objet d’une divergence réelle entre savants ; il est donné pour son intérêt historique mais sans valeur de preuve.
  • Populaire : récit répandu dans la culture musulmane (prêches, livres de piété, récits de pèlerins), sans base solide dans les sources primaires, ou dont la base est tardive.
  • Rejeté : récit que les savants du hadith ont écarté comme inventé ou dont le contenu contredit l’établi.

Exemple de notation : « (Bukhari 3804 — établi) », « (Ibn Sa’d, Tabaqat — rapporté) », « (Waqidi — discuté) ».

Quand le numéro exact d’un hadith n’est pas assuré, nous citons le recueil et le chapitre (par exemple « Bukhari, Kitab al-Maghazi ») au lieu d’avancer un numéro douteux. La numérotation des recueils varie d’ailleurs d’une édition à l’autre ; les numéros cités suivent l’usage courant de l’édition de Fath al-Bari pour al-Bukhari et celle de Fu’ad ’Abd al-Baqi pour Muslim.

PARTIE II — LES DIX-NEUF ANSAR

46. Sa’d ibn Mu’adh — le chef dont la mort fit trembler le Trône

Fiche d’identité Nom
Nom complet Sa’d ibn Mu’adh ibn al-Nu’man al-Ashhali
Kunya Abu ’Amr
Tribu Aws, clan des Banu ’Abd al-Ashhal (Médine)
Naissance/Mort Né vers 590 apr. J.-C. ; mort en 5 H (627) d’une blessure reçue à la Tranchée, à environ 37 ans (Ibn Sa’d)
Entrée en islam Grâce à Mus’ab ibn ’Umayr et As’ad ibn Zurara, avant l’Hégire
Batailles Badr, Uhud, Tranchée (blessé à mort) ; arbitre des Banu Qurayza
Sépulture Baqi’ al-Gharqad, Médine

En une phrase : Chef des Aws, il fit entrer son clan entier dans l’islam en une journée, soutint le Prophète ﷺ sans réserve à Badr et à Uhud, et reçut à sa mort un hommage que presque aucun autre compagnon n’a reçu.

A. Identité et famille

Sa’d est le chef (sayyid) des Banu ‘Abd al-Ashhal, un clan des Aws, l’une des deux grandes tribus arabes de Yathrib avec les Khazraj. Son père, Mu’adh ibn al-Nu’man, était mort avant l’islam. Sa mère, Kabcha bint Rafi’, fut elle-même musulmane et compte parmi les femmes ansarites qui prêtèrent serment au Prophète ﷺ (Ibn Sa’d — rapporté). Il était le cousin maternel d’As’ad ibn Zurara (n° 52) et du même clan qu’Usayd ibn Hudayr (n° 56), avec qui son nom reste lié dans les récits de conversion. Au moment de l’Hégire, il était l’un des hommes les plus puissants d’une oasis déchirée par des décennies de guerre entre Aws et Khazraj, et sa parole engageait tout le clan.

Les biographes le décrivent grand, corpulent, beau, le teint clair. Anas rapporte qu’on fit remarquer, à ses funérailles, combien sa dépouille était légère pour un homme de sa corpulence (voir la rubrique E).

B. Entrée en islam

Voici le récit d’Ibn Ishaq (rapporté). Mus’ab ibn ’Umayr, hébergé par As’ad ibn Zurara, prêchait aux Awsites. Sa’d dit à Usayd ibn Hudayr : « Va voir ces deux hommes qui sont venus dans nos quartiers pour tromper nos faibles, et chasse-les. Sans le lien de parenté qui m’unit à As’ad, je m’en serais chargé moi-même. » Usayd y alla, la lance à la main. Mus’ab lui dit : « Veux-tu t’asseoir et écouter ? Si tu aimes ce que tu entends, accepte ; sinon nous cesserons. » Usayd dit : « Tu es juste », planta sa lance et s’assit. Il crut.

Usayd revint auprès de Sa’d. Celui-ci vit à son visage que quelque chose avait changé, se leva et alla lui-même vers Mus’ab. Il l’écouta, crut à son tour, puis retourna à son clan et dit : « Ô Banu ’Abd al-Ashhal, comment me considérez-vous ? — Notre chef, le meilleur d’entre nous par l’avis et le plus bénéfique par le conseil. — Alors vos hommes et vos femmes me sont interdits tant que vous n’aurez pas cru en Allah et en Son Messager. » Ibn Ishaq conclut qu’avant la fin du jour, il ne restait dans le clan que de rares personnes non musulmanes (Ibn Ishaq — rapporté ; les détails varient selon les versions).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • « Le Trône du Miséricordieux a tremblé pour la mort de Sa’d ibn Mu’adh. » (Bukhari 3803 ; Muslim 2466 — établi, d’après Jabir ibn ’Abdillah.) Les commentateurs voient dans ce tremblement la joie des cieux à l’accueil de son âme (Ibn Hajar, Fath al-Bari).
  • On offrit au Prophète ﷺ des habits de soie que les compagnons touchaient avec émerveillement. Il dit : « Vous admirez cela ? Les mouchoirs de Sa’d ibn Mu’adh dans le Paradis sont meilleurs et plus doux que cela. » (Bukhari 3802 — établi, d’après al-Bara’ ibn ’Azib.)
  • À l’arrivée de Sa’d devant les Banu Qurayza, le Prophète ﷺ dit aux Ansar : « Levez-vous pour votre chef (sayyid). » (Bukhari, Kitab al-Jihad ; Muslim, Kitab al-Jihad — établi, d’après Abu Sa’id al-Khudri.)
  • Après le verdict : « Tu as jugé selon le jugement d’Allah. » La version d’Ibn Ishaq ajoute « au-dessus de sept cieux ». (Bukhari, Kitab al-Maghazi ; Muslim — établi.)
  • Soixante-dix mille anges qui n’étaient jamais descendus auparavant auraient assisté à ses funérailles. (Nasa’i, Kitab al-Jana’iz ; Ibn Sa’d — rapporté, jugé authentique par plusieurs savants.)

D. Rôle dans l’histoire

Badr (2 H). Avant la bataille, le Prophète ﷺ voulait savoir si les Ansar le suivraient hors de Médine, car leur serment d’Aqaba les engageait à le protéger chez eux. Dans le récit d’Ibn Ishaq, Sa’d ibn Mu’adh prend la parole : « Nous avons cru en toi, nous avons attesté que ce que tu apportes est la vérité, nous t’avons donné nos pactes. Va où tu veux : par Celui qui t’a envoyé avec la vérité, si tu nous menais à cette mer et que tu t’y jetais, nous nous y jetterions avec toi, et pas un seul d’entre nous ne resterait en arrière. » (Ibn Ishaq — rapporté.) Muslim rapporte une scène voisine avec Sa’d ibn ’Ubada comme orateur (Muslim, Kitab al-Jihad wa-l-Siyar — établi, d’après Anas). Les deux hommes ont pu parler l’un et l’autre (Ibn Hajar).

Uhud (3 H). Sa’d resta ferme autour du Prophète ﷺ quand beaucoup se dispersèrent (Ibn Ishaq — rapporté).

La Tranchée (5 H). Une flèche de Hibban ibn al-’Ariqa, un Qurayshite, le toucha au bras, dans la veine akhal. Il supplia : « Ô Allah, Tu sais qu’il n’y a pas de peuple que j’aime davantage combattre pour Toi que ceux qui ont traité Ton Messager de menteur et l’ont chassé. Ô Allah, si Tu as laissé subsister une guerre entre nous et eux, garde-moi pour elle ; et si Tu l’as achevée, fais de cette blessure ma mort, mais ne me fais pas mourir avant d’avoir apaisé mon cœur à propos des Banu Qurayza » (Bukhari 4122 ; Muslim 1769 — établi). Le Prophète ﷺ cautérisa lui-même la plaie (Muslim, Kitab al-Salam — établi, d’après Jabir). On dressa une tente pour Sa’d dans la mosquée afin que le Prophète ﷺ puisse lui rendre visite, et Rufayda al-Aslamiyya, soignante des blessés, le prit en charge (Ibn Ishaq — rapporté).

L’arbitrage sur les Banu Qurayza. Les Qurayza, tribu juive de Médine alliée des Aws, avaient rompu leur pacte avec le Prophète ﷺ pendant le siège de la Tranchée, au moment le plus périlleux. Après environ vingt-cinq jours de siège, ils acceptèrent de se soumettre au jugement de Sa’d, leur ancien allié. Ses coreligionnaires awsites le supplièrent d’être clément, comme l’avait été le Prophète ﷺ envers les Banu Qaynuqa’ à la demande d’Ibn Ubayy. Sa’d, blessé et conduit sur un âne, rendit son verdict : « Je juge que les combattants soient tués, que les biens soient partagés, et que les femmes et les enfants soient faits captifs » (Bukhari 3043, 4121 ; Muslim 1768 — établi). Les questions de la Partie III reviennent sur ce jugement.

E. Anecdotes et détails marquants

  • La mère sur le champ de bataille. ’A’isha raconte avoir vu Sa’d, le jour de la Tranchée, passer en courant, la cotte de mailles trop courte pour son corps, et réciter des vers de bravoure. Sa mère, Kabcha, lui lança : « Hâte-toi, mon fils, tu es en retard » (Ibn Ishaq ; Ahmad — rapporté).
  • Le cercueil léger. Des hypocrites ironisèrent : « Qu’il est léger, son cercueil, alors qu’il était corpulent ! » ; ils faisaient allusion à son jugement sur les Qurayza. Le Prophète ﷺ répondit : « Les anges le portaient » (Tirmidhi, Kitab al-Manaqib — rapporté, jugé bon par Tirmidhi).
  • La pression de la tombe. Selon un hadith, le Prophète ﷺ dit de Sa’d que la tombe l’avait pressé un instant avant de le relâcher (Nasa’i, Kitab al-Jana’iz — rapporté, de chaîne jugée bonne par plusieurs savants). Les savants le rappellent pour montrer que cette épreuve concerne tout le monde, y compris les plus nobles.
  • Le deuil. Quand sa mère pleura, le Prophète ﷺ aurait dit : « Toute pleureuse est menteuse, sauf Umm Sa’d. » (Ibn Hisham ; Ibn Sa’d — discuté, l’attribution est incertaine.)

F. Fin de vie

Après le verdict, la plaie se rouvrit. Selon ‘A’isha, la veine éclata et le sang coula jusque dans la tente des Banu Ghifar qui se trouvait dans la mosquée ; les gens s’écrièrent : « Gens de la tente, que vois-je venir de chez vous ? » (Bukhari 4122 — établi). Sa’d mourut peu après, environ un mois après la fin du siège de la Tranchée. Il avait environ trente-sept ans (Ibn Sa’d). Le Prophète ﷺ assista à la prière funéraire. Il fut enterré à Baqi’ al-Gharqad. Sa mort, à un âge si jeune et au moment où les Aws devenaient un pilier de l’État naissant, fut ressentie comme un deuil immense.

G. Ce que l’on retient

  • Un chef qui convertit sans contraindre par la force, mais par son exemple : en un jour, un clan entier, parce qu’il avait la confiance de tous.
  • Une loyauté sans arrière-pensée envers le Prophète ﷺ : de Badr à la Tranchée, jamais de porte de sortie, jamais de calcul de tribu.
  • Le Ciel reconnaît les siens : le Trône tremble, les anges portent le cercueil, le Prophète ﷺ ordonne de se lever. L’honneur véritable tient à la fidélité, non au rang.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
Le Trône a tremblé pour sa mort Bukhari 3803 ; Muslim 2466 Établi
Les mouchoirs de Sa’d au Paradis Bukhari 3802 Établi
Sa supplication à la Tranchée Bukhari 4122 ; Muslim 1769 Établi
Verdict sur les Qurayza, « selon le jugement d’Allah » Bukhari 3043, 4121 ; Muslim 1768 Établi
Cautérisation de la veine par le Prophète ﷺ Muslim, Kitab al-Salam Établi
Conversion du clan par Mus’ab Ibn Ishaq / Ibn Hisham Rapporté
Discours avant Badr Ibn Ishaq (variante avec Sa’d ibn ’Ubada : Muslim) Rapporté / Établi
Soixante-dix mille anges Nasa’i, Kitab al-Jana’iz Rapporté
Cercueil léger, porté par les anges Tirmidhi, Kitab al-Manaqib Rapporté
Mère en cotte courte : « Hâte-toi, mon fils » Ibn Ishaq ; Ahmad Rapporté
« Toute pleureuse est menteuse sauf Umm Sa’d » Ibn Hisham ; Ibn Sa’d Discuté

47. Sa’d ibn ’Ubada — le généreux chef des Khazraj

Fiche d’identité Nom
Nom complet Sa’d ibn ’Ubada ibn Dulaym al-Khazraji al-Sa’idi
Kunya Abu Thabit (parfois Abu Qays)
Tribu Khazraj, clan des Banu Sa’ida (Médine)
Naissance/Mort Naissance inconnue ; mort en Syrie (Hawran), le plus souvent donnée en 14 ou 15 H (vers 635-636), certains disent 11 H
Entrée en islam Lors de la seconde ’Aqaba (13 av. H.), l’un des douze chefs (naqibs)
Batailles Participation discutée à Badr ; Uhud, Tranchée, Khaybar, conquête de La Mecque, Hunayn, Tabuk
Sépulture Hawran, en Syrie (tradition rapportée)

En une phrase : Chef de la tribu des Khazraj, aussi célèbre pour sa générosité que pour sa jalousie d’honneur, il fut au centre de la réunion de la Saqifa où se décida la succession du Prophète ﷺ.

A. Identité et famille

Sa’d est le chef (sayyid) des Khazraj, issu du clan des Banu Sa’ida. Les biographes le décrivent comme un homme de grande taille, très robuste, à la chevelure abondante. Il avait la réputation d’un chef généreux, dont la table restait ouverte aux visiteurs. Son fils Qays fut lui aussi un compagnon de haut rang. On rapporte que Sa’d priait : « Ô Allah, accorde-moi biens et générosité, car il n’y a pas de générosité sans biens » (Ibn Sa’d — discuté, car la formule est connue sans chaîne solide).

Sa mère, ’Amra bint Mas’ud, mourut pendant qu’il était absent. À son retour, il demanda au Prophète ﷺ : « Ma mère est morte en mon absence ; si je fais l’aumône à sa place, cela lui profitera-t-il ? — Oui. — Je te prends à témoin que mon verger du Mikhraf est une aumône pour elle » (Bukhari 2756 — établi, Kitab al-Wasaya). Un autre récit dit qu’il demanda quelle aumône était la meilleure et que le Prophète ﷺ répondit : « L’eau » ; il fit creuser un puits qu’il dédia à « Umm Sa’d » (Abu Dawud, Kitab al-Zakat ; Nasa’i — rapporté, de bonne chaîne).

B. Entrée en islam

Sa’d ibn ’Ubada fait partie des soixante-treize hommes qui prêtèrent serment à la seconde ’Aqaba, et des douze chefs désignés par le Prophète ﷺ pour représenter leurs clans (Ibn Ishaq — rapporté). Il était de la génération de ceux qui, déjà chefs avant l’islam, mirent leur prestige au service du Prophète ﷺ sans en attendre de statut en retour. Il figure parmi les premiers Médinois à avoir su lire et écrire, ce qui lui valait le surnom de « al-Kamil » (« l’accompli »), précise Ibn Hajar d’après les biographes (rapporté).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • « Les meilleures des demeures des Ansar sont celles des Banu al-Najjar, puis des Banu ’Abd al-Ashhal, puis des Banu al-Harith ibn al-Khazraj, puis des Banu Sa’ida ; et dans toutes les demeures des Ansar il y a du bien. » Sa’d, appartenant au clan cité en dernier, dit à Abu Usayd : « Vois-tu que le Prophète ﷺ nous a mis les derniers ? » Le Prophète ﷺ répondit à sa remarque : « Il suffit que vous soyez parmi les meilleurs » (Bukhari, Kitab Manaqib al-Ansar ; Muslim 2511 — établi).
  • Le Prophète ﷺ visita Sa’d et, devant la porte, salua trois fois sans entendre de réponse audible. Sa’d répondait à voix basse, pour obtenir davantage de salutations ; il courut derrière le Prophète ﷺ pour le lui expliquer. Le Prophète ﷺ dit : « Ô Allah, répands Tes bénédictions et Ta miséricorde sur la famille de Sa’d ibn ’Ubada. » (Abu Dawud, Kitab al-Adab — rapporté, de bonne chaîne.)
  • Chez lui, le Prophète ﷺ mangea du pain et de l’huile et dit : « Les jeûneurs ont rompu chez vous, les justes ont mangé votre nourriture et les anges ont prié pour vous » (Abu Dawud, Kitab al-At’ima ; Ibn Majah — rapporté, de bonne chaîne, d’après Anas).
  • Sur la jalousie de Sa’d : « Vous vous étonnez de la jalousie de Sa’d ? Je suis plus jaloux que lui, et Allah est plus jaloux que moi » (Bukhari 6846 ; Muslim 1499 — établi).

D. Rôle dans l’histoire

Sa’d porta l’étendard des Khazraj, et souvent celui de tous les Ansar, dans les expéditions du Prophète ﷺ (Ibn Sa’d — rapporté). À Badr, sa présence est discutée : les uns le comptent parmi les participants, les autres disent qu’il fut empêché au dernier moment par une maladie (Ibn Hajar). Le récit de Muslim le met pourtant en scène à la conférence qui précéda la bataille : il déclara au Prophète ﷺ que s’il leur ordonnait de plonger leurs montures dans la mer, ou de les mener jusqu’à Birk al-Ghimad, aux confins du Yémen, ils le feraient (Muslim, Kitab al-Jihad wa-l-Siyar — établi, d’après Anas).

Lors de la conquête de La Mecque (8 H), Sa’d portait l’étendard des Ansar. En passant devant Abu Sufyan, il lança : « Aujourd’hui est le jour de la grande bataille ; aujourd’hui, le sacré sera permis ! » Le Prophète ﷺ le reprit : « Plutôt, aujourd’hui est le jour où la Ka’ba sera exaltée » et ordonna que l’étendard lui soit retiré (Bukhari, Kitab al-Maghazi — établi). Selon Ibn Ishaq, il fut remis à son fils Qays, afin que Sa’d ne se sente pas déshonoré (rapporté).

Après Hunayn, les Ansar s’émurent de voir le butin donné aux Mecquois récemment convertis. Sa’d transmit leur peine au Prophète ﷺ : « Je ne suis que l’un des miens. » Le Prophète ﷺ les réunit et leur dit : « Ô Ansar, n’êtes-vous pas contents que les gens s’en aillent avec les moutons et les chameaux, et que vous reveniez avec le Messager d’Allah ﷺ dans vos demeures ? » Ils pleurèrent jusqu’à ce que leurs barbes soient mouillées (Bukhari 4330 ; Muslim 1059 — établi ; l’intervention précise de Sa’d : Ibn Ishaq — rapporté).

E. Anecdotes et détails marquants

  • Le serment de Li’an. Quand le verset sur le serment d’accusation entre époux fut révélé, Sa’d s’écria : « Si je trouvais un homme avec mon épouse, je le frapperais du tranchant de mon épée, et non du plat. » Le Prophète ﷺ dit aux compagnons : « Vous vous étonnez de la jalousie de Sa’d ? Par Allah, je suis plus jaloux que lui » (Muslim, Kitab al-Li’an 1498 — établi ; Bukhari, Kitab al-Hudud).
  • Le dialogue avec Ibn Ubayy. Le Prophète ﷺ, en route pour visiter Sa’d malade, traversa une assemblée où ’Abdullah ibn Ubayy se couvrit le nez de son manteau. Le Prophète ﷺ récita le Coran. Ibn Ubayy dit : « Si ce que tu dis est vrai, ne nous dérange pas ; retourne chez toi. » Sa’d intervint : « Ô Messager d’Allah, pardonne-lui. Par Allah, Allah t’a donné ce qu’Il t’a donné au moment même où les gens de cette oasis allaient lui poser la couronne ». Le Prophète ﷺ pardonna (Bukhari, Kitab al-Tafsir ; Muslim 1798 — établi).
  • L’épisode de l’Ifk. Lors de l’affaire de la calomnie contre ’A’isha, Sa’d ibn ’Ubada s’emporta contre Sa’d ibn Mu’adh. Le texte de Bukhari le décrit comme un homme jusque-là juste, mais que l’esprit de tribu avait pris (Bukhari 4750 ; Muslim 2770 — établi ; voir Partie III pour la chronologie).

F. Fin de vie

À la mort du Prophète ﷺ, les Ansar se rassemblèrent à la Saqifa des Banu Sa’ida, où Sa’d, malade, était enveloppé dans un manteau. Il voulait que les Ansar choisissent un chef parmi eux. Abu Bakr et ’Umar, informés, s’y rendirent avec Abu ’Ubayda. Abu Bakr rappela le mérite des Ansar, puis dit que les Arabes ne reconnaîtraient l’autorité que de Quraysh. ’Umar prit la main d’Abu Bakr et lui prêta serment, suivi par Bashir ibn Sa’d (un Khazrajite) et les Ansar (Bukhari 3667-3668, 6830 — établi). Dans le tumulte, ’Umar dit, selon son propre récit : « Allah a tué Sa’d ! » (Bukhari 6830), une formule de langage courant qui exprime l’agacement, et non une volonté.

Les biographes disent que Sa’d ne prêta pas serment à Abu Bakr et qu’il partit en Syrie, où il mourut dans le Hawran (Ibn Sa’d ; Tabari — rapporté, avec des variantes sur son attitude). Selon une autre tradition, il aurait fini par se rallier. La position sunnite classique est claire : le désaccord de la Saqifa portait sur une question de gouvernance que le Prophète ﷺ n’avait pas tranchée en détail, et on respecte tous les compagnons qui y participèrent, sans rien reprocher à Sa’d comme à Abu Bakr. Un récit, très répandu, dit que Sa’d fut retrouvé mort dans un lieu isolé, tué par les djinns qui auraient récité des vers de vengeance (Ibn Sa’d — discuté, chaîne faible ; Rejeté par de nombreux savants comme légende).

G. Ce que l’on retient

  • Générosité et honneur : un homme qui donne sans compter et qui attribue ses aumônes à sa mère défunte, preuve que le bien se prolonge après la mort.
  • La force du caractère peut devenir un piège : la jalousie de Sa’d, louée par le Prophète ﷺ, a pu l’entraîner à des mots excessifs lors de l’Ifk.
  • Respecter tous les compagnons malgré leurs désaccords : la Saqifa n’efface ni le mérite de Sa’d, ni celui d’Abu Bakr et de ’Umar ; on retient les vertus de chacun et on s’abstient de trancher les différends.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
Aumône pour sa mère (verger du Mikhraf) Bukhari 2756 Établi
Puits pour Umm Sa’d Abu Dawud, Nasa’i Rapporté
« Meilleures demeures des Ansar » Bukhari, Kitab Manaqib al-Ansar ; Muslim 2511 Établi
Jalousie de Sa’d Bukhari 6846 ; Muslim 1499 Établi
Prière sur la famille de Sa’d Abu Dawud, Kitab al-Adab Rapporté
Étendard retiré lors de la conquête Bukhari, Kitab al-Maghazi Établi
Remis à son fils Qays Ibn Ishaq Rapporté
Discussion avec Ibn Ubayy Bukhari ; Muslim 1798 Établi
Saqifa et serment à Abu Bakr Bukhari 3667-3668, 6830 Établi
Refus de serment et départ en Syrie Ibn Sa’d ; Tabari Rapporté
Mort causée par les djinns Ibn Sa’d Discuté / Rejeté

48. Ubayy ibn Ka’b — le maître des récitants

Fiche d’identité Nom
Nom complet Ubayy ibn Ka’b ibn Qays al-Khazraji al-Najjari
Kunya Abu al-Mundhir (donnée par le Prophète ﷺ) ; Abu al-Tufayl (donnée par ’Umar)
Tribu Khazraj, Banu al-Najjar (Médine)
Naissance/Mort Naissance inconnue ; mort à Médine, en 19 ou 22 H sous ’Umar selon la plupart, en 30 H selon d’autres
Entrée en islam À la seconde ’Aqaba (13 av. H.), selon Ibn Sa’d
Batailles Badr, Uhud, Tranchée (blessé), et toutes les expéditions suivantes
Sépulture Baqi’ al-Gharqad, Médine (tradition rapportée)

En une phrase : Le Prophète ﷺ lui rendit un honneur unique, qui lui valut de pleurer : Allah lui avait ordonné de lui réciter le Coran, et l’avait nommé.

A. Identité et famille

Ubayy ibn Ka’b appartient aux Banu al-Najjar, le clan khazrajite que le Prophète ﷺ qualifiait de « meilleure des demeures ansarites ». Avant l’islam, il faisait partie de la petite minorité médinoise qui savait lire et écrire (Ibn Sa’d — rapporté). On rapporte qu’il fut le premier à écrire pour le Prophète ﷺ à Médine, avant Zayd ibn Thabit (Ibn Hajar, Isaba — rapporté). Il avait la réputation d’un homme au caractère vif et d’une grande piété. Il laissa un fils, al-Tufayl, d’où la kunya Abu al-Tufayl que lui donna ’Umar.

B. Entrée en islam

Ibn Sa’d le place parmi les soixante-dix Médinois de la seconde ’Aqaba. Il rejoignit le Prophète ﷺ à Médine dès la première heure et devint l’un des tout premiers Ansar à étudier le Coran de manière systématique. Peu après l’Hégire, le Prophète ﷺ le chargea d’écrire pour lui et d’enseigner (Ibn Sa’d — rapporté).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • Le Prophète ﷺ dit à Ubayy : « Allah m’a ordonné de te réciter la sourate qui commence par : Ceux qui ont mécru parmi les gens du Livre et les polythéistes… » (sourate 98). Ubayy demanda : « Allah m’a nommé ? — Oui. » Ubayy pleura (Bukhari 4959, 3809 ; Muslim 799 — établi).
  • « Abu al-Mundhir, sais-tu quel est le verset du Livre d’Allah le plus grand ? — Allah et Son Messager savent mieux. — Abu al-Mundhir, sais-tu quel est le verset le plus grand ? — « Allah ! Il n’y a de divinité que Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même… » (le verset du Trône). Alors, dit Ubayy, il me frappa la poitrine et dit : « Que la science te soit facile, Abu al-Mundhir ! » (Muslim 810 — établi).
  • « Le plus miséricordieux de ma communauté envers elle est Abu Bakr ; le plus ferme pour la religion d’Allah est ’Umar ; le plus pudique est ’Uthman ; le meilleur juge est ’Ali ; le meilleur récitant est Ubayy ; le plus savant du licite et de l’illicite est Mu’adh ; le meilleur en héritage est Zayd. » (Tirmidhi 3790 ; Ibn Majah — rapporté, jugé hasan sahih par Tirmidhi.)
  • À la question sur la sourate al-Fatiha : « Veux-tu que je t’apprenne une sourate dont le pareil n’a été révélé ni dans la Torah, ni dans l’Évangile, ni dans les Psaumes, ni dans le Coran ? » Il s’agissait de la Fatiha : « les sept répétées et le Coran immense » (Tirmidhi, Kitab Fada’il al-Qur’an ; Nasa’i — rapporté, de bonne chaîne).
  • Anas rapporte : « Quatre ont rassemblé le Coran du vivant du Prophète ﷺ : Ubayy ibn Ka’b, Mu’adh ibn Jabal, Zayd ibn Thabit et Abu Zayd » (Bukhari 3810, 5003 — établi). D’autres hadiths indiquent que d’autres compagnons le connaissaient aussi (voir Partie III).

D. Rôle dans l’histoire

Récitant et scribe. Ubayy fut avec Zayd l’un des principaux secrétaires de la révélation à Médine (Ibn Hajar — rapporté). Plus tard, quand Abu Bakr chargea Zayd de rassembler le Coran, Ibn Abi Dawud rapporte qu’Ubayy dictait à Zayd (Kitab al-Masahif — rapporté).

La parole de ’Umar sur ses variantes. ’Umar dit : « ’Ali est notre meilleur juge, Ubayy est notre meilleur récitant, et nous laissons certaines de ses leçons, car Ubayy dit : “Je ne laisse rien de ce que j’ai entendu du Messager d’Allah ﷺ”, alors qu’Allah a dit : “Nous n’abrogeons aucun verset et ne le faisons oublier sans en apporter un meilleur ou un semblable” » (Bukhari 4481 — établi). Ce hadith montre que l’abrogation de certaines récitations était connue des compagnons.

La prière des nuits de Ramadan. ‘Umar réunit les gens derrière Ubayy ibn Ka’b pour la prière du Ramadan, et il en dit : « Quelle belle innovation que celle-ci ! » (Bukhari 2010 — établi). Dans la version de Malik (Muwatta’), ’Umar demanda à Ubayy et à Tamim al-Dari de diriger la prière chacun d’un côté de la mosquée.

La cautérisation. À la Tranchée, Ubayy fut touché à la veine du bras. Le Prophète ﷺ envoya un médecin qui incisa la veine et la cautérisa (Muslim 2207 — établi).

E. Anecdotes et détails marquants

  • Le doute dissipé. Ubayy entra dans la mosquée et entendit un homme réciter un verset autrement qu’il ne l’avait appris. Puis un autre, d’une autre manière encore. Il les emmena tous deux au Prophète ﷺ, qui les écouta et dit à chacun : « Tu as bien fait. » Ubayy raconte : « Il me vint alors un doute plus fort que tous ceux que j’avais connus, même à l’ère d’ignorance. Le Prophète ﷺ me frappa la poitrine, je transpirai, comme si je regardais Allah avec effroi. » Le Prophète ﷺ dit : « Ubayy, on m’a envoyé (l’ange) dire : récite le Coran sur un seul mode. J’ai demandé de faciliter pour ma communauté. On m’a répondu : sur deux modes. Puis jusqu’à sept modes » (Muslim 820 — établi). C’est l’un des hadiths fondamentaux sur les sept ahruf.
  • L’enseignement de Moïse et Khidr. Ibn ’Abbas et al-Hurr ibn Qays se disputaient au sujet du compagnon de Moïse, qu’Ibn ’Abbas identifiait comme Khidr. Ubayy passa, fut interrogé et rapporta le long récit du Prophète ﷺ sur Moïse et Khidr, dont la sourate de la Caverne donne la trame (Bukhari, Kitab al-’Ilm — établi).
  • La question à ’Umar sur la piété. ’Umar demanda un jour à Ubayy ce qu’était la taqwa. Ubayy dit : « N’as-tu jamais marché sur un chemin plein d’épines ? — Si. — Comment as-tu fait ? — J’ai relevé mes vêtements et fait très attention. — Voilà la taqwa » (Ibn Abi al-Dunya ; Ibn Kathir dans son tafsir — rapporté, chaîne discutée).
  • Un cortège gênant. On rapporte que des gens suivirent Ubayy dans la rue. ’Umar le frappa de son fouet. Ubayy protesta. ’Umar dit : « C’est une humiliation pour qui suit et une épreuve pour qui est suivi » (Ibn Sa’d — discuté, la chaîne est coupée).

F. Fin de vie

Ubayy mourut à Médine, sous le califat de ’Umar selon la majorité (19 ou 22 H), certains disant au début du califat de ’Uthman (30 H). Une tradition dit que ’Umar déclara à sa mort : « Le chef des musulmans est mort » (Ibn Sa’d — rapporté). Il laissa une réputation de savant dont les compagnons venaient prendre l’avis, y compris en l’absence du Prophète ﷺ.

G. Ce que l’on retient

  • Le Coran se reçoit avec le cœur avant la voix : Ubayy pleure parce qu’Allah l’a nommé.
  • Les compagnons se savent différents : l’épisode des ahruf montre que la divergence de récitation était une facilité voulue, non un désordre.
  • La science s’accompagne de crainte : la définition de la taqwa par Ubayy en fait un chemin d’épines, qu’on traverse en veillant à chaque pas.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
« Allah m’a ordonné de te réciter » Bukhari 4959 ; Muslim 799 Établi
Verset le plus grand (Ayat al-Kursi) Muslim 810 Établi
« Le meilleur récitant est Ubayy » Tirmidhi 3790 Rapporté
Quatre qui ont rassemblé le Coran Bukhari 3810, 5003 Établi
Parole de ’Umar sur les leçons d’Ubayy Bukhari 4481 Établi
’Umar réunit les gens derrière Ubayy Bukhari 2010 Établi
Sept ahruf Muslim 820 Établi
Cautérisation par le médecin du Prophète ﷺ Muslim 2207 Établi
Dictée à Zayd pour la collecte Ibn Abi Dawud, Kitab al-Masahif Rapporté
La taqwa, chemin d’épines Ibn Abi al-Dunya ; Ibn Kathir Discuté
Cortège et fouet de ’Umar Ibn Sa’d Discuté

49. Mu’adh ibn Jabal — le plus savant du licite et de l’illicite

Fiche d’identité Nom
Nom complet Mu’adh ibn Jabal ibn ’Amr al-Khazraji al-Salami
Kunya Abu ’Abd al-Rahman
Tribu Khazraj, Banu Salima (Médine)
Naissance/Mort Né vers 15-20 av. H. (vers 603-607) ; mort en 18 H (639), de la peste d’Amwas, à 33 ou 38 ans selon les récits
Entrée en islam À la seconde ’Aqaba (13 av. H.), vers 18 ans
Batailles Badr, Uhud, Tranchée et toutes les expéditions suivantes
Sépulture Région d’Amwas / vallée du Jourdain (tradition rapportée)

En une phrase : Jeune compagnon d’une intelligence exceptionnelle, envoyé par le Prophète ﷺ comme juge et enseignant au Yémen, il fut cité par lui comme le plus savant de sa communauté en matière de licite et d’illicite.

A. Identité et famille

Mu’adh appartenait aux Banu Salima, un clan khazrajite. Les biographes le décrivent grand, d’une grande beauté, le teint clair, les dents éclatantes, les cheveux bouclés (Ibn Sa’d — rapporté). Il était généreux au point de s’endetter. Il perdit plusieurs de ses enfants dans la peste qui l’emporta lui-même. Mu’adh aurait eu environ 18 ans à la seconde ’Aqaba, 19 ans à l’Hégire et un peu plus de 35 ans à sa mort selon ce calcul (Ibn Sa’d donne 33 ans, d’autres 38).

B. Entrée en islam

Il crut à la seconde ’Aqaba, avec d’autres jeunes des Banu Salima. Ibn Ishaq raconte l’épisode des idoles de la maison de ’Amr ibn al-Jamuh, chef du clan resté polythéiste. Mu’adh ibn Jabal et Mu’adh ibn ’Amr ibn al-Jamuh, devenus musulmans, entraient chaque nuit chez ’Amr, prenaient son idole en bois, Manat, et la jetaient dans une fosse à immondices. ’Amr la retrouvait, la lavait, la parfumait, puis la remettait à sa place. À la fin, il lui suspendit une épée : « Si tu as un bien, défends-toi. » Les jeunes la prirent encore, l’attachèrent à un chien mort et la jetèrent dans un puits. ’Amr comprit, dit la tradition, que son idole ne valait rien, et il embrassa l’islam (Ibn Ishaq — rapporté). ’Amr mourut en martyr à Uhud.

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • « Le plus savant de ma communauté du licite et de l’illicite est Mu’adh ibn Jabal. » (Tirmidhi 3790 ; Ibn Majah — rapporté, jugé hasan sahih ; dans le même hadith : Abu Bakr, ’Umar, ’Uthman, ’Ali, Ubayy, Zayd.)
  • « Ô Mu’adh, par Allah, je t’aime. Ne manque jamais de dire à la fin de chaque prière : “Ô Allah, aide-moi à T’évoquer, à Te remercier et à bien T’adorer.” » (Abu Dawud 1522 ; Nasa’i — établi.)
  • À propos du droit d’Allah sur les serviteurs, alors que Mu’adh montait derrière lui sur un âne : « Sais-tu quel est le droit d’Allah sur Ses serviteurs ? Qu’ils L’adorent sans rien Lui associer. Et le droit des serviteurs sur Allah ? Qu’Il ne châtie pas celui qui ne Lui associe rien. » Mu’adh dit : « Dois-je l’annoncer aux gens ? — Non, ils s’en remettraient à cela » (Bukhari 2856 ; Muslim 30 — établi). Mu’adh le révéla à sa mort, craignant le péché de celui qui cache la science (Bukhari, Kitab al-’Ilm 128 — établi).
  • « Crains Allah où que tu sois, fais suivre la mauvaise action d’une bonne qui l’effacera, et traite les gens avec un bon caractère. » (Tirmidhi, Kitab al-Birr — rapporté, hasan.)
  • « Facilitez et ne compliquez pas, annoncez de bonnes nouvelles et ne rebutez pas », ordre donné à Mu’adh et à Abu Musa envoyés au Yémen (Bukhari 3038 ; Muslim 1733 — établi).

D. Rôle dans l’histoire

La mission au Yémen (vers 9-10 H). Le Prophète ﷺ envoya Mu’adh au Yémen comme juge et enseignant, avec ces consignes : « Tu vas chez des gens du Livre. Que la première chose à laquelle tu les appelles soit l’attestation qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que je suis Son Messager. S’ils t’obéissent, informe-les qu’Allah leur a prescrit cinq prières par jour et par nuit. S’ils t’obéissent, informe-les qu’Allah leur a prescrit une aumône prélevée sur leurs riches et rendue à leurs pauvres. Garde-toi de prendre le meilleur de leurs biens, et crains l’invocation de l’opprimé, car il n’y a pas de voile entre elle et Allah » (Bukhari 1458, 1496 ; Muslim 19 — établi). Le Prophète ﷺ l’accompagna à pied pendant que Mu’adh montait. À l’adieu, il lui dit : « Mu’adh, peut-être ne me reverras-tu pas après cette année. Peut-être passeras-tu devant ma mosquée et ma tombe. » Mu’adh pleura (Ahmad, Musnad — rapporté, jugé hasan par plusieurs savants).

Le dialogue sur l’ijtihad. La tradition rapporte que le Prophète ﷺ lui demanda : « Comment jugeras-tu ? — Par le Livre d’Allah. — Et si tu n’y trouves rien ? — Par la sunna du Messager d’Allah. — Et si tu n’y trouves rien ? — J’exercerai mon effort personnel (ajtahidu ra’yi) sans négligence. » Le Prophète ﷺ lui tapota la poitrine et dit : « Louange à Allah qui a guidé l’envoyé du Messager d’Allah vers ce qui plaît au Messager d’Allah » (Abu Dawud 3592 ; Tirmidhi 1327 — discuté : la chaîne contient des transmetteurs inconnus, mais les juristes l’ont accueilli pour son sens ; voir Partie III).

La grande prière. Mu’adh priait la prière du soir (Isha’) derrière le Prophète ﷺ puis revenait la diriger pour son clan. Un soir il récita la sourate al-Baqara ; un homme quitta la prière et la termina seul. Mu’adh le traita d’hypocrite. L’homme se plaignit au Prophète ﷺ, qui dit trois fois : « Veux-tu semer la discorde (fattan), Mu’adh ? Récite plutôt : Glorifie le nom de ton Seigneur, le Très-Haut ; Par le soleil et sa clarté ; Par la nuit quand elle couvre » (sourates 87, 91 et 92) (Bukhari, Kitab al-Adhan ; Muslim 465 — établi).

Après le Prophète ﷺ. Après la mort du Prophète ﷺ, il rejoignit les armées de Syrie et y enseigna. ’Umar dit : « Sans Mu’adh ibn Jabal, ’Umar aurait péri » (Ibn ’Abd al-Barr — rapporté), parole qu’on explique par la sagesse de Mu’adh dans les jugements.

E. Anecdotes et détails marquants

  • Les dettes. Mu’adh était généreux et criblé de dettes. Ses créanciers vinrent trouver le Prophète ﷺ ; selon un récit, il vendit ses biens, mais Mu’adh, resté sans rien, se vit confier la tâche du Yémen pour se redresser (Daraqutni ; Hakim — discuté, car la chaîne est mursal).
  • Dormir et prier. Au Yémen, Abu Musa al-Ash’ari et Mu’adh se demandèrent comment chacun lisait le Coran. Abu Musa dit : « Je le récite peu à peu, debout, assis, sur ma monture. » Mu’adh répondit : « Moi, je dors d’abord, puis je me lève ; j’espère la récompense de mon sommeil comme celle de ma veille » (Bukhari, Kitab al-Maghazi — établi).
  • Devant les savants. Le Prophète ﷺ aurait dit qu’au Jour de la Résurrection Mu’adh se présentera devant les savants, d’un jet de pierre (Tabarani ; Ibn Sa’d — discuté, de chaîne mursal).
  • Contre l’erreur du savant. Dans un discours sur les troubles à venir, Mu’adh mit en garde contre le faux pas du sage et conseilla d’accueillir la vérité de qui la porte, même d’un adversaire (Abu Dawud, Kitab al-Sunna — rapporté).

F. Fin de vie

En 18 H, la peste d’Amwas ravagea la Syrie. Elle emporta Abu ’Ubayda, qui avait désigné Mu’adh pour lui succéder. Mu’adh perdit ses fils dans l’épidémie. Quand il fut lui-même atteint à la main, il dit, selon la tradition : « C’est la vérité de ton Seigneur ; ne sois pas de ceux qui doutent » (Coran 2:147 ; Ibn Sa’d — rapporté). À ses derniers instants, il dit : « Bienvenue à la mort, visiteur qui arrive en un besoin ! » (Abu Nu’aym, Hilya — rapporté). Il mourut en 18 H, âgé de 33 ou 38 ans selon les récits.

G. Ce que l’on retient

  • La science est un dépôt à transmettre : Mu’adh révèle sa connaissance à sa mort pour ne pas cacher ce qu’il sait.
  • Faciliter, c’est enseigner : l’ordre du Prophète ﷺ à Mu’adh, « facilitez et ne rebutez pas », reste le programme de tout enseignant.
  • L’effort personnel encadré : le dialogue sur l’ijtihad, même discuté dans sa chaîne, résume la méthode des juristes : Coran, sunna, puis raisonnement.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
« Le plus savant du licite et de l’illicite » Tirmidhi 3790 Rapporté
« Je t’aime, ne manque pas de dire… » Abu Dawud 1522 ; Nasa’i Établi
Droit d’Allah sur les serviteurs Bukhari 2856 ; Muslim 30 Établi
Consignes pour le Yémen Bukhari 1458, 1496 ; Muslim 19 Établi
« Facilitez et ne compliquez pas » Bukhari 3038 ; Muslim 1733 Établi
Adieu : « tu passeras devant ma tombe » Ahmad Rapporté
Dialogue sur l’ijtihad Abu Dawud 3592 ; Tirmidhi 1327 Discuté
Prière longue et « Veux-tu semer la discorde ? » Bukhari, Kitab al-Adhan ; Muslim 465 Établi
Idoles de ’Amr ibn al-Jamuh Ibn Ishaq Rapporté
Mort de la peste d’Amwas Ibn Sa’d ; Abu Nu’aym Rapporté
Dormir et prier, dialogue avec Abu Musa Bukhari, Kitab al-Maghazi Établi
Mise en garde contre l’erreur du savant Abu Dawud, Kitab al-Sunna Rapporté
Dettes vendues par le Prophète ﷺ Daraqutni ; Hakim Discuté
Mu’adh devant les savants Tabarani ; Ibn Sa’d Discuté

50. Zayd ibn Thabit — le secrétaire qui rassembla le Coran

Fiche d’identité Nom
Nom complet Zayd ibn Thabit ibn al-Dahhak al-Khazraji al-Najjari
Kunya Abu Kharija (aussi Abu Sa’id)
Tribu Khazraj, Banu al-Najjar (Médine)
Naissance/Mort Né vers 11 av. H. (611) ; mort à Médine en 45 H (665-666) à environ 56 ans (autres dates rapportées : 42, 51, 55 H)
Entrée en islam Enfant, à l’arrivée du Prophète ﷺ à Médine (1 H)
Batailles Refusé à Badr et à Uhud pour son jeune âge ; Tranchée et expéditions suivantes ; Yamama (12 H)
Sépulture Médine (Baqi’ selon la tradition)

En une phrase : Orphelin de père dès l’enfance, entré au service du Prophète ﷺ à onze ans, il écrivit la révélation, apprit l’écriture des Juifs, puis rassembla le Coran sous Abu Bakr et le copia en volume sous ’Uthman.

A. Identité et famille

Zayd est le fils de Thabit ibn al-Dahhak, tué lors de la bataille de Bu’ath, alors que Zayd avait environ six ans. Sa mère, al-Nawar bint Malik, appartenait aux Banu al-Najjar, comme son mari (Ibn Sa’d — rapporté). Orphelin, il fut élevé dans son clan. À l’âge de onze ans, selon Ibn Sa’d, il vit arriver le Prophète ﷺ à Médine. On le présenta alors : « Voici un garçon des Banu al-Najjar qui a appris dix-sept sourates. » Il les récita devant le Prophète ﷺ, qui en fut heureux (Ahmad ; Ibn Sa’d — rapporté).

B. Entrée en islam

Il grandit musulman dès l’enfance, dans le quartier même où le Prophète ﷺ s’installa à son arrivée. À Badr, il se présenta avec d’autres jeunes (Ibn ‘Umar, al-Bara’ ibn ‘Azib, Rafi’ ibn Khadij et d’autres) mais fut renvoyé comme trop jeune ; il en fut de même pour Uhud, et il combattit pour la première fois à la Tranchée vers l’âge de quinze ans, avec les autres musulmans qui creusaient et défendaient la tranchée (Ibn Sa’d ; Ibn Hajar — rapporté).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • « Le meilleur connaisseur des parts d’héritage est Zayd ibn Thabit » (Tirmidhi 3790 ; Ibn Majah — rapporté, jugé hasan sahih ; c’est le même hadith que celui sur Ubayy et Mu’adh).
  • « Qu’Allah illumine l’homme qui a entendu de nous une parole, l’a retenue, puis l’a transmise telle qu’il l’a entendue. Bien des porteurs de science ne sont pas des savants, et bien des porteurs de science la portent à plus savant qu’eux » (Tirmidhi, Kitab al-’Ilm ; Abu Dawud ; Ibn Majah — rapporté, hasan, hadith de Zayd).
  • Au moment de la révélation du verset sur ceux qui restent assis : Zayd raconte que la cuisse du Prophète ﷺ était sur la sienne, et que le poids fut tel qu’il craignit qu’elle ne se brise (Bukhari 4592, 2832 — établi).
  • Le Prophète ﷺ lui ordonna d’apprendre l’écriture des Juifs : « Je ne fais pas confiance aux Juifs pour mes lettres. » Zayd l’apprit en une quinzaine de jours et écrivit au nom du Prophète ﷺ à ses correspondants, et lut leurs réponses (Abu Dawud, Kitab al-’Ilm ; Tirmidhi, Kitab al-Isti’dhan — rapporté, hasan sahih).

D. Rôle dans l’histoire

Scribe de la révélation. Il était l’un des principaux secrétaires du Prophète ﷺ à Médine. Il écrivait les révélations sur des omoplates, des morceaux de cuir, des tessons, des tiges de palmier, mais aussi les lettres adressées aux rois et aux tribus (Ibn Hajar — rapporté).

La collecte sous Abu Bakr (12 H). Après la bataille de Yamama où périrent de nombreux récitants, ’Umar craignit que le Coran ne se perde avec leur mort. Abu Bakr appela Zayd et lui dit : « Tu es un jeune homme sensé et nous ne te soupçonnons pas. Tu écrivais la révélation pour le Messager d’Allah ﷺ. Cherche le Coran et rassemble-le. » Zayd raconte : « Par Allah, s’ils m’avaient chargé de déplacer une montagne, cela ne m’aurait pas pesé davantage. » Il chercha dans les omoplates, les tiges de palmier, les pierres blanches et dans les poitrines des hommes, jusqu’à retrouver la fin de la sourate al-Tawba chez Abu Khuzayma al-Ansari. Les feuillets restèrent chez Abu Bakr, puis chez ’Umar, puis chez Hafsa bint ’Umar (Bukhari 4679, 4986 — établi).

La copie sous ’Uthman (vers 25-30 H). Hudhayfa ibn al-Yaman, revenu des campagnes d’Arménie et d’Azerbaïdjan, avertit ’Uthman des divergences de récitation. ’Uthman demanda à Hafsa ses feuillets, puis chargea Zayd ibn Thabit, ’Abdullah ibn al-Zubayr, Sa’id ibn al-’As et ’Abd al-Rahman ibn al-Harith ibn Hisham de les copier en volumes. Aux trois Qurayshites, il dit : « Si vous divergez avec Zayd sur une graphie, écrivez-la selon le parler de Quraysh, car c’est dans leur langue qu’il a été révélé. » Ils divergèrent sur le mot « al-tabut » (le coffre) : Zayd le voulait avec un ha final, les Qurayshites avec un ta ; ’Uthman trancha pour le ta (Bukhari 4987 — établi, Kitab Fada’il al-Qur’an).

Le verset retrouvé. Pendant la copie, Zayd ne retrouvait pas un verset de la sourate al-Ahzab (« Parmi les croyants, il est des hommes qui ont été sincères dans l’engagement pris envers Allah »), qu’il se souvenait avoir entendu réciter par le Prophète ﷺ. On le chercha et on le trouva chez Khuzayma ibn Thabit al-Ansari, et il l’inscrivit à sa place (Bukhari 4988 — établi).

E. Anecdotes et détails marquants

  • La bannière de Tabuk. Avant la marche sur Tabuk, le Prophète ﷺ reprit l’étendard des Banu Malik ibn al-Najjar à ’Umara ibn Hazm pour le confier à Zayd. ’Umara demanda : « Est-ce qu’une révélation à mon sujet est descendue ? — Non, mais le Coran passe avant, et Zayd en a davantage que toi » (Ibn Sa’d ; al-Waqidi, avec réserve — rapporté).
  • Le respect des savants. Zayd monta sur sa monture, et Ibn ’Abbas lui tint l’étrier. Zayd dit : « Laisse, cousin du Messager d’Allah ﷺ. » Ibn ’Abbas répondit : « C’est ainsi que nous traitons nos savants. » Zayd embrassa la main d’Ibn ’Abbas et dit : « C’est ainsi qu’on nous a ordonné de traiter la famille de notre Prophète ﷺ » (Ibn Sa’d ; Hakim — rapporté).
  • L’homme de confiance de Médine. ’Umar le laissa comme adjoint à Médine lors de ses voyages. Zayd fut aussi juge et mufti de la ville sous ’Umar et ’Uthman ; sa compétence en matière de partage des successions devint proverbiale (Ibn Sa’d — rapporté).
  • La dernière récitation. Des savants de la lecture du Coran, comme Abu ’Abd al-Rahman al-Sulami, disaient que la lecture de Zayd était celle de la dernière révision que le Prophète ﷺ fit avec Jibril (Baghawi ; Ibn Hajar — rapporté).

F. Fin de vie

Zayd mourut à Médine en 45 H (certains disent 42, 51 ou 55 H). Abu Hurayra dit à sa mort : « Aujourd’hui est mort le grand savant (habr) de cette communauté. Qu’Allah fasse d’Ibn ’Abbas son successeur » (Ibn Sa’d ; Hakim — rapporté). Marwan, alors gouverneur de Médine, dirigea la prière funéraire.

G. Ce que l’on retient

  • Les grandes tâches vont à ceux qui sont dignes de confiance : Abu Bakr choisit Zayd pour sa jeunesse, son intelligence et sa probité.
  • La transmission exige une double mémoire : Zayd cherche les pages écrites et les poitrines. La certitude du Coran repose sur les deux.
  • Le savoir inspire le respect réciproque : Ibn ’Abbas tenant l’étrier, Zayd embrassant la main, résument l’éthique des gens de science.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
Apprentissage de l’écriture des Juifs Abu Dawud ; Tirmidhi Rapporté
Cuisse du Prophète ﷺ pendant la révélation Bukhari 4592, 2832 Établi
Collecte sous Abu Bakr Bukhari 4679, 4986 Établi
Copie sous ’Uthman, graphie du tabut Bukhari 4987 Établi
Verset d’al-Ahzab retrouvé chez Khuzayma Bukhari 4988 Établi
« Le plus savant en héritage est Zayd » Tirmidhi 3790 Rapporté
« Qu’Allah illumine l’homme qui a entendu » Tirmidhi ; Abu Dawud ; Ibn Majah Rapporté
Étendard de Tabuk Ibn Sa’d ; al-Waqidi Discuté
Ibn ’Abbas tient l’étrier Ibn Sa’d ; Hakim Rapporté
Parole d’Abu Hurayra à sa mort Ibn Sa’d ; Hakim Rapporté
Lecture de Zayd = dernière révision Baghawi ; Ibn Hajar Discuté

51. Abu Ayyub al-Ansari — l’hôte du Prophète ﷺ, mort devant Constantinople

Fiche d’identité Nom
Nom complet Khalid ibn Zayd ibn Kulayb al-Khazraji al-Najjari
Kunya Abu Ayyub
Tribu Khazraj, Banu al-Najjar (Médine)
Naissance/Mort Naissance inconnue ; mort en 52 H (672) devant Constantinople, selon l’avis le plus répandu (autres dates : 50, 51, 55 H)
Entrée en islam À la seconde ’Aqaba (13 av. H.)
Batailles Badr, Uhud, Tranchée et toutes les expéditions du Prophète ﷺ ; campagnes de Syrie et de Constantinople
Sépulture Au pied des murailles de Constantinople (tradition rapportée)

En une phrase : Chez lui s’agenouilla la chamelle du Prophète ﷺ à son arrivée à Médine, et il consacra le reste de sa longue vie à combattre sur les frontières, jusqu’aux murailles de la capitale byzantine.

A. Identité et famille

Khalid ibn Zayd, dit Abu Ayyub, descend des Banu al-Najjar, le clan maternel de ’Abd al-Muttalib, aïeul du Prophète ﷺ (Salma bint ’Amr, mère de ’Abd al-Muttalib, en était issue) ; les Banu al-Najjar se présentaient donc comme les oncles maternels du Prophète ﷺ. Sa femme est connue sous le nom d’Umm Ayyub. Les sources le décrivent comme un homme pieux, ascète, constamment en voyage pour combattre ou apprendre (Ibn Sa’d — rapporté).

B. Entrée en islam

Ibn Ishaq le compte parmi les soixante-dix de la seconde ’Aqaba et parmi les combattants de Badr (rapporté). Il y rencontra le Prophète ﷺ avant même l’Hégire et il adhéra à l’engagement de le protéger comme on protège les siens.

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • Face à un plat contenant de l’ail, que le Prophète ﷺ renvoya sans y toucher, Abu Ayyub demanda : « Est-ce interdit ? — Non, mais je le trouve désagréable. — Alors je trouve désagréable ce que tu trouves désagréable » (Muslim 2053 — établi).
  • À un homme qui lui demandait une œuvre qui fasse entrer au Paradis : « Tu adores Allah sans rien Lui associer, tu accomplis la prière, tu verses l’aumône et tu maintiens les liens de parenté » (Bukhari 1396 ; Muslim 13 — établi, hadith d’Abu Ayyub).
  • « Celui qui jeûne le Ramadan puis le fait suivre de six jours de Shawwal est comme celui qui jeûne toute l’année » (Muslim 1164 — établi).
  • À propos de la première armée qui attaquera la cité de César : « Les premiers de ma communauté qui feront la guerre à la ville de César seront pardonnés » (Bukhari 2924 — établi, d’après Umm Haram).

D. Rôle dans l’histoire

L’hôte du Prophète ﷺ. À l’arrivée du Prophète ﷺ à Médine, chaque clan voulait l’héberger et lui barrait la route en tenant la bride de sa chamelle. Il répondit : « Laissez-la, elle est guidée. » La chamelle Qaswa’ s’agenouilla à l’emplacement qui devait accueillir la mosquée, se releva, avança un peu, puis revint s’agenouiller au même endroit, devant la maison d’Abu Ayyub. Celui-ci prit les bagages. Le Prophète ﷺ dit : « L’homme est avec ses bagages » (Ibn Ishaq — rapporté). Selon Ibn Ishaq, As’ad ibn Zurara emmena la chamelle chez lui (rapporté). Le Prophète ﷺ demeura chez lui environ sept mois, le temps de bâtir la mosquée et les appartements de ses épouses.

La campagne de Constantinople. En 49 H, sous Mu’awiya, une armée musulmane marcha par terre vers la capitale byzantine. Abu Ayyub, parvenu à un âge avancé, s’y joignit (Tabari — rapporté). Son explication d’un verset du Coran, rapportée ci-dessous, éclaire ce choix.

E. Anecdotes et détails marquants

  • La jarre brisée. Le Prophète ﷺ occupait le rez-de-chaussée, Abu Ayyub et sa femme l’étage. Abu Ayyub, gêné de marcher au-dessus du Prophète ﷺ, le pria d’échanger. Le Prophète ﷺ dit : « Le rez-de-chaussée est plus pratique pour moi et pour ceux qui viennent me voir. » Une nuit, une jarre d’eau se brisa et l’eau coula. Abu Ayyub et Umm Ayyub l’essuyèrent avec leur seul manteau de laine, de peur que l’eau ne goutte sur le Prophète ﷺ. Au matin, Abu Ayyub insista, et le Prophète ﷺ accepta de monter à l’étage (Ibn Ishaq ; Hakim — rapporté).
  • Les restes du repas. Le Prophète ﷺ envoyait à son hôte ce qui restait de son repas. Abu Ayyub et sa femme mangeaient en cherchant la trace des doigts du Prophète ﷺ (Muslim 2053 pour le principe ; la recherche des traces de doigts : Ibn Ishaq, Ibn Sa’d — rapporté).
  • Le verset de la perdition. À Constantinople, un homme chargea seul les rangs byzantins. Les musulmans s’écrièrent : « Il se jette à la destruction ! » Abu Ayyub dit : « Ô gens, vous interprétez ainsi ce verset (2:195, “Ne vous jetez pas par vos propres mains à la perdition”), mais il a été révélé à notre sujet, nous, les Ansar. Quand Allah a donné force à l’islam, nous avons dit entre nous en secret : nos biens se sont perdus, restons pour les remettre en état. Alors Allah a révélé : “Dépensez dans le sentier d’Allah et ne vous jetez pas à la perdition”. La perdition était de rester sur nos biens en abandonnant le jihad. » Abu Ayyub ne cessa de combattre jusqu’à sa mort à Constantinople (Abu Dawud 2512 ; Tirmidhi 2972 ; Nasa’i — rapporté, hasan sahih).
  • Le voyage en Égypte pour un hadith. Abu Ayyub fit le voyage de Médine en Égypte pour interroger ’Uqba ibn ’Amir sur une parole du Prophète ﷺ : « Celui qui couvre un croyant dans ce monde, Allah le couvrira le Jour de la Résurrection. » Il confirma le hadith, remonta sur sa monture et repartit, sans accepter l’hospitalité du gouverneur (Ahmad ; al-Khatib al-Baghdadi, al-Rihla — rapporté).

F. Fin de vie

Tombé malade devant Constantinople, il reçut la visite de Yazid ibn Mu’awiya, chef de l’armée. Il lui demanda de le faire porter aussi loin que possible en territoire ennemi et de l’enterrer sous les pas des cavaliers (Ibn Sa’d ; Ibn Ishaq — rapporté). On rapporte que les Byzantins respectèrent la tombe et y demandèrent la pluie en temps de sécheresse (Ibn ’Abd al-Barr — discuté). Selon la tradition ottomane, le tombeau fut localisé en 1453 par le maître soufi Aq Shams al-Din, à l’endroit devenu le quartier d’Eyüp (Populaire : cette identification est tardive et n’est pas attestée par les sources classiques).

G. Ce que l’on retient

  • Une hospitalité qui se mesure en gestes : essuyer l’eau avec son seul manteau, par peur d’incommoder celui qu’on aime.
  • Le courage commence par l’obéissance : « Je trouve désagréable ce que tu trouves désagréable » dit une affection qui ne discute pas.
  • Le zèle ne prend pas de retraite : devenu vieux, il partait encore pour la frontière, fidèle jusqu’au bout à l’engagement pris à ’Aqaba.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
L’ail et « Je trouve désagréable ce que tu trouves désagréable » Muslim 2053 Établi
La chamelle s’agenouille chez Abu Ayyub Ibn Ishaq Rapporté
La jarre brisée Ibn Ishaq ; Hakim Rapporté
Œuvre qui fait entrer au Paradis Bukhari 1396 ; Muslim 13 Établi
Six jours de Shawwal Muslim 1164 Établi
Pardon à la première armée contre Constantinople Bukhari 2924 Établi
Explication du verset 2:195 Abu Dawud 2512 ; Tirmidhi 2972 Rapporté
Voyage en Égypte pour un hadith Ahmad ; al-Khatib, al-Rihla Rapporté
Demande d’être enterré sous les pas des cavaliers Ibn Sa’d ; Ibn Ishaq Rapporté
Les Byzantins demandent la pluie à sa tombe Ibn ’Abd al-Barr Discuté
Localisation du tombeau à Eyüp en 1453 Tradition ottomane Populaire

52. As’ad ibn Zurara — le premier hôte de l’islam à Médine

Fiche d’identité Nom
Nom complet As’ad ibn Zurara ibn ’Udas al-Khazraji al-Najjari
Kunya Abu Umama
Tribu Khazraj, Banu al-Najjar (Médine)
Naissance/Mort Naissance inconnue ; mort en 1 H (622-623), quelques mois après l’Hégire, avant Badr
Entrée en islam À Mina, vers 11 av. H. (620), l’un des six premiers Médinois à croire
Batailles Aucune ; mort avant Badr
Sépulture Baqi’ al-Gharqad, Médine (parmi les premiers enterrés)

En une phrase : Premier à croire à Mina, hôte de Mus’ab, premier à diriger une prière du vendredi à Médine, il mourut quelques mois après l’Hégire, avant d’avoir vu l’aboutissement de ce qu’il avait préparé.

A. Identité et famille

As’ad est un notable des Banu al-Najjar, le clan maternel de ’Abd al-Muttalib. Il était le cousin maternel de Sa’d ibn Mu’adh, chef des Aws (n° 46), ce qui explique que sa maison ait servi d’intermédiaire entre les deux grandes tribus (Ibn Ishaq — rapporté). Il laissa des filles, que le Prophète ﷺ prit sous sa protection après sa mort (Ibn Sa’d — rapporté). Il était l’un des douze chefs (naqibs) désignés à la seconde ’Aqaba.

B. Entrée en islam

À Mina, en l’an 11 avant l’Hégire (vers 620), le Prophète ﷺ rencontra six hommes du Khazraj. As’ad était l’un d’eux. Ils crurent, rentrèrent à Médine et propagèrent l’islam dans leurs foyers. L’année suivante, il revint à La Mecque avec les douze de la première ’Aqaba. À la seconde ’Aqaba, avant que le serment ne soit prêté, As’ad prit la parole et, d’après le hadith de Jabir, saisit la main du Prophète ﷺ en disant : « Doucement, gens de Yathrib ! Nous ne sommes venus à lui qu’en sachant qu’il est le Messager d’Allah. L’emmener aujourd’hui, c’est rompre avec tous les Arabes, c’est que vos meilleurs seront tués et que les épées vous mordront. Si vous êtes des gens capables de patience, prenez-le. Sinon, laissez-le, et ce sera une excuse plus claire devant Allah » (Ahmad, hadith de Jabir ; Ibn Ishaq — rapporté).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • Le Prophète ﷺ cautérisa As’ad et dit à sa mort, selon un récit : « Quelle triste mort que celle d’As’ad ibn Zurara ! Les Juifs et les hypocrites arabes diront : si Muhammad était prophète, son compagnon ne serait pas mort. Je ne possède rien, ni pour moi ni pour mon compagnon, auprès d’Allah. » (Ahmad ; Ibn Sa’d ; Hakim — rapporté, de chaîne contestée.)
  • Le Prophète ﷺ, interrogé après sa mort par les Banu al-Najjar sur le choix d’un chef : « Je suis votre naqib. » Ils en furent comblés et vécurent dans l’idée que c’était leur plus grand honneur (Ibn Sa’d — rapporté).
  • Passant près de jeunes filles des Banu al-Najjar qui battaient le tambourin et chantaient : « Nous sommes des voisines des Banu al-Najjar, quel bonheur d’avoir Muhammad pour voisin ! », il dit : « Allah sait que je vous aime » (Ibn Majah, Kitab al-Nikah — rapporté, d’après Anas ; la parole vise l’ensemble du clan d’As’ad).

D. Rôle dans l’histoire

Hôte de Mus’ab. Quand Mus’ab ibn ’Umayr arriva à Médine, As’ad le logea dans sa maison et l’accompagna dans sa mission. Le duo parcourait les quartiers. C’est avec As’ad que Mus’ab rencontra Sa’d ibn Mu’adh et Usayd ibn Hudayr (voir n° 46 et 56). La maison d’As’ad fut le premier lieu d’enseignement de l’islam à Médine (Ibn Ishaq — rapporté).

Première prière du vendredi. Ka’b ibn Malik rapporte : « Mon père, devenu aveugle, quand il entendait l’appel du vendredi, demandait pardon pour As’ad ibn Zurara. Je lui demandai pourquoi. Il dit : parce qu’il fut le premier à nous réunir pour la prière du vendredi, à Hazm al-Nabit, dans le quartier des Banu Bayada. Nous étions quarante hommes » (Abu Dawud 1069 ; Ibn Majah 1082 — rapporté, jugé hasan).

Le terrain de la mosquée. Selon Ibn Ishaq et Ibn Sa’d, le terrain où fut construite la Mosquée du Prophète ﷺ appartenait à deux orphelins, Sahl et Suhayl, élevés par As’ad (rapporté). Bukhari rapporte que les Banu al-Najjar refusèrent tout prix pour ce terrain : « Nous n’en demandons le prix qu’à Allah » (Bukhari 428 — établi, d’après Anas).

E. Anecdotes et détails marquants

  • L’accueil de la chamelle. Quand le Prophète ﷺ arriva et que sa chamelle s’agenouilla, As’ad prit la chamelle chez lui, tandis qu’Abu Ayyub emportait les bagages (Ibn Ishaq — rapporté).
  • La maladie. Il souffrait d’une affection que les sources nomment shawka (une infection avec gonflement, que l’on soignait par la cautérisation). Le Prophète ﷺ le cautérisa, mais il mourut (Tirmidhi, Kitab al-Tibb ; Ibn Majah — rapporté, hasan).
  • Le premier enterré. On le compte parmi les premiers Ansar enterrés à Baqi’ (Ibn Sa’d — rapporté).

F. Fin de vie

As’ad mourut en 1 H, au cours du mois de Shawwal selon la tradition, alors que la mosquée était encore en construction. Il fut le premier Ansari mort après l’Hégire. Le Prophète ﷺ assista à sa prière et à son inhumation. Sa mort, sans combat et sans éclat, provoqua des ricanements chez les hypocrites, que le Prophète ﷺ réfuta par la parole citée plus haut.

G. Ce que l’on retient

  • Les fondateurs travaillent dans l’ombre : sans As’ad, Mus’ab n’aurait eu ni maison ni guide.
  • La mort d’un compagnon n’invalide pas le message : le Prophète ﷺ le dit à ses détracteurs sans détour.
  • Le premier vendredi : c’est As’ad qui réunit à Médine, pour la première fois, quarante fidèles pour la prière du vendredi.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
Rencontre de Mina (six Khazrajites) Ibn Ishaq Rapporté
Discours à la seconde ’Aqaba Ahmad (Jabir) ; Ibn Ishaq Rapporté
Première prière du vendredi à Hazm al-Nabit Abu Dawud 1069 ; Ibn Majah 1082 Rapporté
Refus de prix pour le terrain de la mosquée Bukhari 428 Établi
Orphelins Sahl et Suhayl sous la garde d’As’ad Ibn Ishaq ; Ibn Sa’d Rapporté
Cautérisation d’As’ad Tirmidhi, Kitab al-Tibb Rapporté
« Quelle triste mort… je ne possède rien pour mon compagnon » Ahmad ; Ibn Sa’d ; Hakim Rapporté
« Je suis votre naqib » Ibn Sa’d Rapporté
Chant des filles des Banu al-Najjar Ibn Majah, Kitab al-Nikah Rapporté

53. Anas ibn Malik — dix ans au service du Prophète ﷺ

Fiche d’identité Nom
Nom complet Anas ibn Malik ibn al-Nadr al-Khazraji al-Najjari
Kunya Abu Hamza
Tribu Khazraj, Banu ’Adi ibn al-Najjar (Médine)
Naissance/Mort Né vers 10 av. H. (612) ; mort à Basra en 91, 92 ou 93 H (710-712), à plus de cent ans selon la plupart des récits
Entrée en islam Enfant, grâce à sa mère Umm Sulaym, avant l’arrivée du Prophète ﷺ à Médine
Batailles Enfant, il accompagna le Prophète ﷺ comme serviteur dans plusieurs expéditions ; combattant adulte lors des conquêtes
Sépulture Basra (al-Taff)

En une phrase : Enfant confié par sa mère au Prophète ﷺ, il le servit dix ans, de ses dix à ses vingt ans, et devint, grâce à cette proximité, l’un des plus grands transmetteurs de hadiths.

A. Identité et famille

Anas est le fils de Malik ibn al-Nadr et d’Umm Sulaym bint Milhan. Son père, resté polythéiste, partit en Syrie, fâché de la conversion de sa femme, et y mourut. Abu Talha la demanda alors en mariage. Elle lui répondit : « Un homme comme toi ne se repousse pas, Abu Talha, mais tu es incroyant et je suis musulmane ; il ne m’est pas permis de t’épouser. Si tu embrasses l’islam, ce sera ma dot, et je ne te demanderai rien d’autre. » Il se convertit (Nasa’i, Kitab al-Nikah — rapporté, de bonne chaîne). Anas a donc eu pour beau-père Abu Talha (n° 54), pour frère al-Bara’ ibn Malik (n° 59), pour demi-frères ’Abdullah ibn Abi Talha et Abu ’Umayr, et pour tante Umm Haram bint Milhan.

B. Entrée en islam

Il naquit à une époque où le Prophète ﷺ prêchait à La Mecque. Sa mère embrassa l’islam avec les premiers Ansar et lui apprit à prononcer la shahada dès son plus jeune âge, malgré la colère de son père (Ibn Sa’d — rapporté). Quand le Prophète ﷺ arriva à Médine, Umm Sulaym prit son fils par la main et dit : « Ô Messager d’Allah, tous les Ansar t’ont apporté un présent, et moi je n’ai que cela. Voici mon fils Anas : qu’il te serve. » (Bukhari, Kitab al-Jihad ; Muslim 2309 — établi.)

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • Sur la demande d’Umm Sulaym : « Ô Allah, accrois ses biens et ses enfants, et bénis-le dans ce que Tu lui as accordé » (Bukhari, Kitab al-Da’awat ; Muslim, Fada’il al-Sahaba — établi). Certaines versions ajoutent « et prolonge sa vie » (Bukhari, al-Adab al-Mufrad ; Tirmidhi — rapporté).
  • Le Prophète ﷺ le taquinait parfois avec tendresse : « Ô toi aux deux oreilles ! » (Abu Dawud 5002, Tirmidhi 1992 — rapporté, hasan sahih).
  • Au petit frère d’Anas, Abu ’Umayr, qui avait un oiseau (nughayr) : « Abu ’Umayr, qu’a fait le petit oiseau ? » (Bukhari 6129 ; Muslim 2150 — établi).

D. Rôle dans l’histoire

Dix années de service. Anas dit : « J’ai servi le Prophète ﷺ dix ans. Il ne m’a jamais dit “Fi !” (pour marquer sa contrariété), ni “Pourquoi as-tu fait cela ?” pour ce que j’avais fait, ni “Pourquoi n’as-tu pas fait cela ?” pour ce que je n’avais pas fait » (Bukhari 6038 ; Muslim 2309 — établi). Cette proximité lui permit d’observer le Prophète ﷺ à la maison, au marché, à la prière, en voyage.

Le jour de l’arrivée. Il se souvenait : « Je n’ai jamais vu de jour meilleur ni plus lumineux que celui où le Messager d’Allah ﷺ est entré chez nous. Et je n’ai jamais vu de jour plus sombre que celui où il est mort » (Tirmidhi ; Ahmad — rapporté, de bonne chaîne).

Gouverneur de Bahreïn. Abu Bakr l’envoya à Bahreïn comme collecteur de l’aumône légale (zakat), muni d’une lettre qui fixait les taux (Bukhari 1454 — établi).

Le transmetteur. Il s’établit à Basra à l’époque de ’Umar et y enseigna. Parmi ses élèves : al-Hasan al-Basri, Ibn Sirin, Qatada, Thabit al-Bunani, al-Zuhri. Sirin, père d’Ibn Sirin, avait été affranchi par Anas (Ibn Sa’d — rapporté). La tradition lui attribue environ 2 286 hadiths, ce qui le place au troisième rang des grands transmetteurs après Abu Hurayra et Ibn ’Umar. Les deux Sahih en retiennent quelques centaines (Dhahabi, Siyar — rapporté ; chiffres indicatifs).

E. Anecdotes et détails marquants

  • Le petit oiseau d’Abu ’Umayr. Le Prophète ﷺ rendait visite à Umm Sulaym. Son fils Abu ’Umayr, encore petit, jouait avec un nughayr qui mourut. Il pleurait. Le Prophète ﷺ le trouvait triste, et lui demandait gentiment : « Abu ’Umayr, qu’a fait le petit oiseau ? » (Bukhari 6129 ; Muslim 2150 — établi). Les savants ont tiré de ce hadith de nombreuses leçons : l’enfant peut jouer avec un oiseau, on peut plaisanter avec lui sans mentir, on peut donner une kunya à un enfant.
  • Le jour de l’inhumation. À la mort du Prophète ﷺ, Fatima dit à Anas : « Ô Anas, comment vos cœurs ont-ils pu supporter de jeter de la terre sur le Messager d’Allah ﷺ ? » (Bukhari 4462 — établi).
  • Les pleurs d’Umm Ayman. Après la mort du Prophète ﷺ, Abu Bakr et ’Umar rendirent visite à Umm Ayman, qui pleura. Ils lui dirent : « Ce qu’il y a auprès d’Allah est meilleur pour Son Prophète. » Elle répondit : « Je sais cela. Je pleure car la révélation est interrompue. » Ils pleurèrent avec elle (Muslim, Kitab Fada’il al-Sahaba 2454 — établi, d’après Anas).
  • Les cheveux du Prophète ﷺ. À Mina, le Prophète ﷺ se fit raser, puis distribua ses cheveux à Abu Talha et aux gens (Muslim, Kitab al-Hajj — établi). Anas en conserva quelques-uns, et ordonna, dit-on, qu’on les mît sous sa langue dans la tombe (Ibn Sa’d ; Dhahabi — rapporté).
  • Le verger fécond. Il disait : « Mon verger produit deux fois par an » ; il laissa une descendance si nombreuse qu’il compta, dit-il, une centaine de ses enfants et petits-enfants (Tirmidhi, Kitab al-Manaqib — rapporté).
  • Hajjaj. Sous le gouverneur al-Hajjaj, Anas fut humilié : on rapporte qu’on lui marqua le cou d’un sceau pour signifier qu’il lui était soumis. Anas écrivit à ’Abd al-Malik pour s’en plaindre, et le calife réprimanda Hajjaj (Ibn Sa’d ; Dhahabi — rapporté). La tradition sunnite évite de s’attarder sur ce chapitre.

F. Fin de vie

Anas mourut à Basra, dans sa propriété d’al-Taff, en 91, 92 ou 93 H, à plus de cent ans selon la plupart des récits. Il fut l’un des derniers compagnons à mourir à Basra. À sa mort, Muwarriq al-’Ijli dit : « Aujourd’hui s’en est allée une partie de la science. Quand un homme s’éloignait de la tradition, nous lui disions : viens vers celui qui a entendu directement le Prophète ﷺ » (Ibn Sa’d — rapporté).

G. Ce que l’on retient

  • Le service est une école : dix ans à servir, c’est dix ans à apprendre la façon dont le Prophète ﷺ se comportait sans le montrer.
  • La douceur est une preuve : « Il ne m’a jamais dit Fi ! » est le plus beau certificat de caractère d’un maître.
  • Une mère qui offre son fils à Dieu : Umm Sulaym a changé la vie de toute sa famille en donnant à son fils ce qu’elle avait de plus précieux.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
Umm Sulaym offre Anas au Prophète ﷺ Bukhari, Kitab al-Jihad ; Muslim 2309 Établi
Dot d’Umm Sulaym : l’islam d’Abu Talha Nasa’i, Kitab al-Nikah Rapporté
« Il ne m’a jamais dit Fi ! » Bukhari 6038 ; Muslim 2309 Établi
Du’a pour ses biens et ses enfants Bukhari, Kitab al-Da’awat ; Muslim Établi
« Et prolonge sa vie » Adab al-Mufrad ; Tirmidhi Rapporté
« Ô toi aux deux oreilles » Abu Dawud ; Tirmidhi Rapporté
Le nughayr d’Abu ’Umayr Bukhari 6129 ; Muslim 2150 Établi
Lettre de zakat à Bahreïn Bukhari 1454 Établi
Parole de Fatima sur l’inhumation Bukhari 4462 Établi
Pleurs d’Umm Ayman Muslim 2454 Établi
Cheveux placés sous sa langue Ibn Sa’d ; Dhahabi Discuté
Sceau de Hajjaj sur son cou Ibn Sa’d ; Dhahabi Rapporté

54. Abu Talha al-Ansari — l’archer qui servait de bouclier

Fiche d’identité Nom
Nom complet Zayd ibn Sahl ibn al-Aswad al-Khazraji al-Najjari
Kunya Abu Talha
Tribu Khazraj, Banu al-Najjar (Médine)
Naissance/Mort Naissance inconnue ; mort à Médine en 34 H (655), à environ 70 ans selon Ibn Sa’d (autre date rapportée : 51 H, en mer)
Entrée en islam Avant l’Hégire ; présent à la seconde ’Aqaba selon Ibn Sa’d
Batailles Badr, Uhud, Tranchée, Khaybar, conquête de La Mecque, Hunayn
Sépulture Médine (version la plus répandue)

En une phrase : Archer d’exception, il s’est tenu devant le Prophète ﷺ à Uhud en lui disant « mon cou avant ton cou », et sa maison abrita l’une des plus belles scènes d’hospitalité de l’histoire de l’islam.

A. Identité et famille

Abu Talha est un notable des Banu al-Najjar, l’un des Ansar les plus riches de Médine par ses palmeraies. Il épousa Umm Sulaym, veuve de Malik ibn al-Nadr, après sa conversion à l’islam (voir n° 53). Ensemble, ils eurent Abu ’Umayr, mort enfant, et ’Abdullah ibn Abi Talha, dont la descendance compta neuf lecteurs du Coran (Bukhari 1301, 5470 ; Muslim 2144 — établi). Il fut aussi le beau-père d’Anas ibn Malik, qui grandit dans sa maison.

B. Entrée en islam

Sa conversion fut le fruit de la dot d’Umm Sulaym : elle lui répondit qu’elle ne pourrait épouser un polythéiste, et que son islam serait sa seule dot (Nasa’i — rapporté). Thabit al-Bunani, l’un des rapporteurs du récit, conclut qu’il n’avait jamais entendu parler d’une dot plus noble que celle d’Umm Sulaym (Nasa’i, Kitab al-Nikah — rapporté).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • À propos du verset « Vous n’atteindrez la vraie piété que si vous dépensez de ce que vous aimez » (Coran 3:92), Abu Talha offrit son verger de Bayruha’, situé face à la mosquée, le plus cher à son cœur. Le Prophète ﷺ dit : « Bravo ! C’est un bien profitable, un bien profitable. J’ai entendu ce que tu as dit et je pense que tu devrais le donner à tes proches » ; Abu Talha le partagea entre ses cousins, dont Hassan ibn Thabit et Ubayy ibn Ka’b (Bukhari 1461 ; Muslim 998 — établi).
  • Sur la nuit de l’invité : « Allah a ri (ou s’est émerveillé) de votre acte, cette nuit. » (Bukhari 3798, 4889 ; Muslim 2054 — établi ; voir Partie III pour la lecture de « dahika Allah »).
  • Sur la nuit qui suivit la mort du petit Abu ’Umayr : « Qu’Allah bénisse votre nuit » (Muslim 2144 — établi).
  • Sa voix au combat : « La voix d’Abu Talha dans l’armée vaut mieux que toute une troupe » (Ahmad ; Hakim — rapporté, de chaîne jugée bonne par plusieurs savants).

D. Rôle dans l’histoire

Badr. Il est présent à Badr. Après la bataille, le Prophète ﷺ ordonna de jeter vingt-quatre chefs de Quraysh dans un puits. Le Prophète ﷺ s’arrêta devant le puits et les interpella par leurs noms : « Avez-vous trouvé vrai ce que votre Seigneur vous avait promis ? » ’Umar demanda : « Tu parles à des corps sans âme ? — Vous n’entendez pas mieux qu’eux, mais ils ne peuvent répondre » (Bukhari 3976 ; Muslim 2875 — établi, d’après Abu Talha).

Uhud. Quand les rangs musulmans se disloquèrent, Abu Talha resta aux côtés du Prophète ﷺ et le couvrit de son bouclier. Il était un tireur d’élite, et Anas raconte qu’il brisa deux ou trois arcs ce jour-là. Quand le Prophète ﷺ levait la tête pour voir l’armée, Abu Talha lui disait : « Ô Prophète d’Allah, que mon père et ma mère te servent de rançon ! Ne lève pas la tête, une flèche pourrait te toucher. Mon cou avant ton cou ! » Ceux qui passaient avec des carquois recevaient l’ordre : « Étale-les devant Abu Talha » (Bukhari 3811, 4064 — établi).

Hunayn. Il tua vingt hommes et prit leurs dépouilles, d’après la règle annoncée par le Prophète ﷺ : « Celui qui tue un mécréant a sa dépouille » (Abu Dawud 2718 — rapporté, hasan).

E. Anecdotes et détails marquants

  • La nuit de l’invité. Un homme affamé vint voir le Prophète ﷺ. Les épouses du Prophète ﷺ n’avaient que de l’eau. Le Prophète ﷺ dit : « Qui accueillera cet homme ? Qu’Allah lui fasse miséricorde. » Un Ansari, Abu Talha, dit : « Moi. » À sa femme, il dit : « Honore l’hôte du Messager d’Allah. » Elle répondit : « Nous n’avons que le repas des enfants. — Prépare ton repas, allume la lampe et couche les enfants s’ils demandent à dîner. » Elle prépara le repas, alluma la lampe, coucha les enfants, puis s’approcha de la lampe comme pour la réparer, et l’éteignit. Tous deux feignirent de manger avec l’invité et passèrent la nuit le ventre vide. Au matin, le Prophète ﷺ dit : « Allah a ri de ce que vous avez fait cette nuit », et le verset 59:9 fut révélé : « …et ils les préfèrent à eux-mêmes, même s’ils sont dans le dénuement » (Bukhari 3798, 4889 ; Muslim 2054 — établi).
  • Le pain d’Umm Sulaym. Abu Talha entendit la voix du Prophète ﷺ affaiblie par la faim. Umm Sulaym prit quelques pains d’orge, les enveloppa dans un pan de son voile et envoya Anas les porter. Le Prophète ﷺ, entouré de gens, dit : « Levez-vous. » Abu Talha accourut, effrayé : « Umm Sulaym, le Prophète ﷺ arrive avec tout le monde, et nous n’avons pas de quoi les nourrir ! » Elle répondit : « Allah et Son Messager savent mieux. » Le Prophète ﷺ prononça le nom d’Allah sur le pain et fit entrer dix par dix : soixante-dix ou quatre-vingts hommes mangèrent à satiété (Bukhari 3578 ; Muslim 2040 — établi).
  • Le poignard de Hunayn. Abu Talha vit Umm Sulaym avec un poignard. Il demanda : « Qu’est-ce que c’est ? — Si un polythéiste s’approche de moi, je lui ouvrirai le ventre. » Abu Talha le rapporta au Prophète ﷺ, qui sourit (Muslim 1809 — établi).
  • La patience d’Umm Sulaym. Quand leur fils Abu ’Umayr mourut en l’absence d’Abu Talha, Umm Sulaym couvrit le petit corps, prépara le dîner, se para. Le soir, Abu Talha dormit près d’elle. À l’aube, elle lui dit : « Si des gens prêtent un bien à une famille, peuvent-ils lui refuser de le rendre ? — Non. — Alors patiente pour ton fils, qui était un prêt d’Allah. » Abu Talha, d’abord mécontent, alla trouver le Prophète ﷺ, qui bénit leur nuit. Umm Sulaym conçut ’Abdullah ibn Abi Talha (Bukhari 1301, 5470 ; Muslim 2144 — établi).

F. Fin de vie

Après la mort du Prophète ﷺ, Abu Talha jeûna presque sans interruption jusqu’à sa mort, sauf aux deux fêtes (Ahmad ; Ibn Majah — rapporté). Il mourut en 34 H à Médine, selon Ibn Sa’d, à l’âge de soixante-dix ans ; ’Uthman dirigea la prière. Une autre tradition dit qu’il mourut en 51 H au cours d’une expédition navale, et que ses compagnons ne trouvèrent d’île où l’enterrer qu’après sept jours, sans que son corps ait changé (Ibn ’Abd al-Barr — discuté).

G. Ce que l’on retient

  • Aimer le Prophète ﷺ, c’est s’exposer à sa place : « Mon cou avant ton cou » est la phrase la plus citée d’Uhud.
  • L’hospitalité se mesure à ce qu’on se prive : une famille qui passe la nuit affamée a mérité un verset du Coran.
  • Donner ce qu’on aime : Abu Talha offre Bayruha’, son verger le plus cher, dès qu’il comprend le verset.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
Dot d’Umm Sulaym : l’islam Nasa’i, Kitab al-Nikah Rapporté
Bayruha’ et le verset 3:92 Bukhari 1461 ; Muslim 998 Établi
La nuit de l’invité (verset 59:9) Bukhari 3798, 4889 ; Muslim 2054 Établi
Puits de Badr Bukhari 3976 ; Muslim 2875 Établi
« Mon cou avant ton cou » à Uhud Bukhari 3811, 4064 Établi
Vingt hommes tués à Hunayn Abu Dawud 2718 Rapporté
Le pain d’Umm Sulaym Bukhari 3578 ; Muslim 2040 Établi
Le poignard de Hunayn Muslim 1809 Établi
Patience d’Umm Sulaym et naissance de ’Abdullah Bukhari 1301, 5470 ; Muslim 2144 Établi
« Sa voix vaut mieux que toute une troupe » Ahmad ; Hakim Rapporté
Jeûne continu jusqu’à sa mort Ahmad ; Ibn Majah Rapporté
Mort en mer en 51 H Ibn ’Abd al-Barr Discuté

55. Hassan ibn Thabit — le poète du Prophète ﷺ

Fiche d’identité Nom
Nom complet Hassan ibn Thabit ibn al-Mundhir al-Khazraji al-Najjari
Kunya Abu al-Walid (aussi Abu ’Abd al-Rahman)
Tribu Khazraj, Banu al-Najjar (Médine)
Naissance/Mort Né vers 563 selon la tradition des « 60 ans avant l’Hégire et 60 ans après » ; mort à Médine en 54 H (674), à 120 ans selon Ibn Sa’d (autres dates rapportées : 40, 50, 58 H)
Entrée en islam À l’arrivée du Prophète ﷺ à Médine, déjà âgé
Batailles Aucune au combat ; poète du Prophète ﷺ dans les campagnes
Sépulture Baqi’ al-Gharqad, Médine (tradition rapportée)

En une phrase : Poète renommé avant l’islam, il mit son talent au service du Prophète ﷺ, qui lui assura que l’ange Jibril le soutenait.

A. Identité et famille

Hassan est de la famille du Prophète ﷺ par les femmes : les Banu al-Najjar sont les oncles maternels de ’Abd al-Muttalib. Avant l’islam, il avait déjà une réputation de grand poète : il chanta les rois ghassanides de Syrie et les rois de Hira, dont il recevait des cadeaux (Ibn Sa’d — rapporté). La tradition lui prête une vie de cent vingt ans, soixante dans l’ère d’ignorance, soixante en islam (Ibn Sa’d ; Ibn Hajar — rapporté, chiffre à prendre avec réserve). Son fils ’Abd al-Rahman naquit de Sirin, la sœur de Mariya la Copte, donnée par le Muqawqis d’Égypte (Ibn Sa’d — rapporté).

B. Entrée en islam

Il crut à l’arrivée du Prophète ﷺ à Médine. Les poètes de Quraysh attaquaient le Prophète ﷺ et les musulmans en vers. La poésie était, en Arabie, le grand moyen de renommée et de combat des tribus ; le Prophète ﷺ demanda à Hassan de répondre en son nom.

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • « Réponds pour moi (ou : réponds-leur par des vers). Jibril est avec toi. » (Bukhari 3213, 4123 ; Muslim 2486 — établi, d’après al-Bara’ ibn ’Azib.)
  • « Ô Allah, soutiens-le par l’Esprit saint (Ruh al-Qudus). » (Bukhari 453, 3212 ; Muslim 2485 — établi.)
  • Quand Hassan lui dit : « Et que fais-tu de mes liens de sang avec Quraysh ? », le Prophète ﷺ répondit : « Je te tirerai d’eux comme on tire un cheveu de la pâte » (Muslim 2489 — établi, d’après ’A’isha).
  • Selon ’A’isha, le Prophète ﷺ faisait placer pour Hassan une chaire dans la mosquée afin qu’il y récite des vers à sa gloire ou en défense de lui (Abu Dawud 5015 ; Tirmidhi 2846 — rapporté, hasan sahih).

D. Rôle dans l’histoire

Hassan ne combattit pas avec l’épée. Sa part fut la poésie de combat. Quand Quraysh insultait le Prophète ﷺ en vers, Hassan, avec Ka’b ibn Malik et ’Abdullah ibn Rawaha, répondait. Le Prophète ﷺ dit à ce sujet : « Les vers qui les frappent sont plus durs pour eux que les flèches » (Muslim 2490 — établi).

Dans la mosquée, ’Umar le reprit un jour d’avoir récité des vers. Hassan lui dit : « J’y récitais déjà quand s’y trouvait quelqu’un de meilleur que toi. » Il se tourna vers Abu Hurayra : « Je te demande par Allah : as-tu entendu le Messager d’Allah ﷺ dire : “Réponds pour moi. Ô Allah, soutiens-le par l’Esprit saint” ? » Abu Hurayra dit : « Par Allah, oui. » (Bukhari 3212 ; Muslim 2485 — établi.)

E. Anecdotes et détails marquants

  • L’affaire de l’Ifk. Hassan fit partie de ceux qui parlèrent de la calomnie contre ’A’isha. Masruq demanda à ’A’isha pourquoi elle recevait Hassan chez elle alors qu’Allah a dit « celui qui a pris la plus grande part dans cela aura un châtiment immense » (Coran 24:11). Elle répondit : « Quel châtiment plus grand que la cécité ? », et ajouta : « Il défendait le Messager d’Allah ﷺ ». Elle récita un de ses vers de défense : « Une femme chaste et réservée, que nul soupçon n’effleure, qui passe la matinée le ventre vide plutôt que de médire des innocentes. » (Bukhari 4141, 4755 ; Muslim 2487 — établi.) On rapporte par ailleurs qu’il fut soumis à la peine de la calomnie (flagellation), mais ce récit d’Abu Dawud 4474 et de Tirmidhi 3181 est de chaîne discutée.
  • L’élégie du Prophète ﷺ. À la mort du Prophète ﷺ, Hassan composa : « Tu étais la pupille de mon œil, et ma vue s’est éteinte quand tu es parti. Qui voudra mourir après toi, qu’il meure : c’est toi seul que je craignais pour moi. » (Ibn Ishaq — rapporté.)
  • La beauté du Prophète ﷺ. Des vers célèbres lui sont attribués : « Mes yeux n’ont jamais vu plus beau que toi, et aucune femme n’a enfanté plus beau que toi. Tu as été créé exempt de tout défaut, comme si tu avais été créé selon ton désir » (Diwan de Hassan — discuté : l’attribution est ancienne mais ne figure pas dans les recueils de hadith).
  • La prétendue lâcheté. Ibn Ishaq rapporte qu’à la Tranchée, lorsque Safiyya bint ’Abd al-Muttalib demanda à Hassan de tuer un Juif qui rôdait près du fort, celui-ci s’y serait refusé, et qu’elle le tua elle-même (Ibn Ishaq — discuté : chaîne interrompue ; Hassan était très âgé et malade ; le récit n’est dans aucun recueil authentique).

F. Fin de vie

Hassan devint aveugle dans ses dernières années. Il mourut à Médine, en 54 H (certains disent 40, 50 ou 58 H), à un âge très avancé. Le Prophète ﷺ lui avait promis le soutien de l’Esprit saint ; il quitta ce monde en laissant un recueil de poèmes conservé jusqu’à nos jours (le Diwan, d’attributions parfois contestées).

G. Ce que l’on retient

  • La parole est une arme, donc une responsabilité : le Prophète ﷺ en a fait un moyen de défense légitime.
  • La poésie n’est pas blâmée en soi : le Prophète ﷺ lui a même fait installer une chaire.
  • Le pardon d’A’isha : malgré l’Ifk, elle défend Hassan, et ce geste fait taire les rancunes.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
« Réponds pour moi, Jibril est avec toi » Bukhari 3213, 4123 ; Muslim 2486 Établi
« Soutiens-le par l’Esprit saint » Bukhari 453, 3212 ; Muslim 2485 Établi
« Je te tirerai d’eux comme un cheveu de la pâte » Muslim 2489 Établi
Chaire installée pour Hassan dans la mosquée Abu Dawud 5015 ; Tirmidhi 2846 Rapporté
’A’isha et Hassan : « Quel châtiment plus grand que la cécité ? » Bukhari 4755 ; Muslim 2487 Établi
Hassan flagellé pour la calomnie Abu Dawud 4474 ; Tirmidhi 3181 Discuté
Élégie « Tu étais la pupille de mon œil » Ibn Ishaq Rapporté
Vers sur la beauté du Prophète ﷺ Diwan Discuté
Lâcheté de Hassan à la Tranchée Ibn Ishaq Discuté
Vie de 120 ans Ibn Sa’d Rapporté

56. Usayd ibn Hudayr — l’homme à la voix qui attirait les anges

Fiche d’identité Nom
Nom complet Usayd ibn Hudayr ibn Simak al-Awsi al-Ashhali
Kunya Abu Yahya (aussi Abu ’Atik)
Tribu Aws, Banu ’Abd al-Ashhal (Médine)
Naissance/Mort Naissance inconnue ; mort à Médine en 20 H (641), sous ’Umar (parfois 21 H)
Entrée en islam Grâce à Mus’ab ibn ’Umayr, avant l’Hégire
Batailles Uhud (blessé), Tranchée et expéditions suivantes ; absent de Badr selon Ibn Sa’d
Sépulture Baqi’ al-Gharqad, Médine

En une phrase : Venu pour chasser Mus’ab la lance à la main, il planta sa lance, écouta le Coran, crut, et devint l’un des chefs des Aws dont la récitation faisait descendre la tranquillité.

A. Identité et famille

Usayd est le fils de Hudayr ibn Simak, surnommé « Hudayr des bataillons » (Hudayr al-Kata’ib), chef des Aws à la bataille de Bu’ath, où il mourut (Ibn Ishaq — rapporté). Usayd hérita de sa position, et appartenait au même clan que Sa’d ibn Mu’adh (n° 46). Il savait lire et écrire avant l’islam, ce qui était rare à Médine, et avait la réputation d’un homme sage, courageux et bon cavalier. Son fils Yahya figure dans le hadith de la récitation de nuit.

B. Entrée en islam

La scène est célèbre (Ibn Ishaq — rapporté). Mus’ab ibn ’Umayr et As’ad ibn Zurara étaient assis près d’un puits des Banu Zafar. Sa’d ibn Mu’adh, qui ne voulait pas se heurter à son cousin As’ad, envoya Usayd chasser les deux étrangers. Usayd arriva, la lance à la main, et dit : « Pourquoi venez-vous chez nous tromper nos faibles ? Partez, si vous tenez à votre vie. » Mus’ab, sans se troubler, répondit : « Ne veux-tu pas t’asseoir et écouter ? Si tu aimes ce que tu entends, tu l’accepteras ; sinon nous nous retirerons. » Usayd dit : « Tu es juste », planta sa lance et s’assit. Mus’ab lui parla de l’islam et lui récita le Coran. Usayd dit : « Que cela est beau ! Comment fait-on quand on veut entrer dans cette religion ? » On lui dit : « Tu te laves, tu purifies tes vêtements, tu attestes la vérité, puis tu pries deux unités. » Il se leva, fit ce qu’on lui disait, puis dit : « Il y a derrière moi un homme qui, s’il vous suit, ne laissera pas un seul de son peuple en retrait : Sa’d ibn Mu’adh. Je vous l’envoie maintenant. »

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • « Récite, Ibn Hudayr ! Récite, Ibn Hudayr ! » puis : « C’étaient des anges qui écoutaient ta voix. Si tu avais continué, les gens les auraient vus au matin, sans qu’ils se cachent d’eux. » (Bukhari 5018 ; Muslim 796 — établi.)
  • Anas rapporte que deux hommes, Usayd ibn Hudayr et un Ansari, sortirent de chez le Prophète ﷺ par une nuit très sombre. Deux lumières, semblables à des lampes, les précédaient. Quand ils se séparèrent, chacune des lumières les accompagna jusqu’à sa maison (Bukhari 3805 — établi ; l’identité du second homme, ’Abbad ibn Bishr selon Ibn Hajar).
  • Usayd rapporte qu’un homme des Ansar demanda au Prophète ﷺ : « Ne m’emploieras-tu pas comme tu as employé un tel ? » Il répondit : « Vous verrez, après moi, qu’on préférera d’autres à vous. Patientez jusqu’à ce que vous me retrouviez au Bassin (Hawd). » (Bukhari 3792-3793 ; Muslim 1845 — établi ; voir Partie III.)
  • ’A’isha disait : « Trois hommes parmi les Ansar n’ont pas de rival en mérite : Sa’d ibn Mu’adh, Usayd ibn Hudayr et ’Abbad ibn Bishr. » (Hakim ; Ibn Sa’d — rapporté.)
  • Le Prophète ﷺ le désigna parmi les douze chefs de la seconde ’Aqaba (Ibn Ishaq — rapporté).

D. Rôle dans l’histoire

Usayd, chef des Aws, fit entrer son peuple dans l’islam, avec Sa’d ibn Mu’adh. Il fut blessé à Uhud de sept blessures (Ibn Ishaq ; Ibn Sa’d — rapporté), suivit le Prophète ﷺ dans la plupart des campagnes et fut l’un des compagnons que le Prophète ﷺ consultait. Pendant l’affaire de l’Ifk, il prit la défense du Prophète ﷺ dans la dispute qui opposa Aws et Khazraj dans la mosquée : « Tu mens, par Allah ! Nous le tuerons. Tu es un hypocrite qui argumente pour les hypocrites » dit-il à Sa’d ibn ’Ubada (Bukhari 4750 ; Muslim 2770 — établi).

Après la mort du Prophète ﷺ, selon Ibn Ishaq (récit de Tabari), il encouragea ses coreligionnaires awsites à prêter serment à Abu Bakr à la Saqifa, en craignant que les Khazraj ne règnent sur eux (rapporté). Les savants sunnites lisent cette position comme un ijtihad sincère et n’en tirent aucun reproche contre qui que ce soit.

E. Anecdotes et détails marquants

  • La nuit de la sourate al-Baqara. Usayd dit : « Une nuit, je récitais la sourate al-Baqara, et mon cheval était attaché près de moi. Mon fils Yahya était à côté. Soudain, le cheval s’agita. Je m’arrêtai, il se calma. Je repris, il s’agita de nouveau. Craignant qu’il piétine mon fils, j’écartai l’enfant, puis je levai la tête vers le ciel. Je vis comme une ombrelle, avec des lampes, qui montait vers le ciel jusqu’à disparaître. Au matin, je dis au Prophète ﷺ ce que j’avais vu. » Le Prophète ﷺ lui dit alors : « Récite, Ibn Hudayr ! » (Bukhari 5018 ; Muslim 796 — établi).
  • La question de la purification. Usayd demanda comment entrer dans la religion et reçut une réponse très simple : se laver, purifier ses vêtements, attester la vérité, prier deux unités. Le rite de l’entrée tient en quelques gestes (Ibn Ishaq — rapporté).
  • Le cheval et l’enfant. Dans la scène de la récitation, la crainte qui l’arrête n’est pas celle des anges mais celle de blesser son fils : le père passe avant le récitant.

F. Fin de vie

Usayd mourut à Médine, en 20 H, sous le califat de ‘Umar, qui porta lui-même son cercueil, dit-on (Ibn Sa’d — rapporté). Il laissait des dettes ; ’Umar acheta son verger pour les honorer et laissa la propriété à ses fils (Ibn Sa’d — discuté, car la somme varie selon les versions). Il fut enterré à Baqi’.

G. Ce que l’on retient

  • La droiture est contagieuse : « Tu es juste » a suffi à ouvrir un cœur.
  • La récitation du Coran attire les anges : quand Usayd lit la sourate al-Baqara de nuit, le ciel s’incline.
  • Un converti devient un messager : à peine musulman, Usayd envoie Sa’d à Mus’ab, et tout un clan suit.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
Récitation de nuit et anges Bukhari 5018 ; Muslim 796 Établi
Les deux lumières Bukhari 3805 Établi
« Patientez jusqu’au Bassin » Bukhari 3792-3793 ; Muslim 1845 Établi
Conversion de Usayd, lance plantée Ibn Ishaq Rapporté
Sept blessures à Uhud Ibn Ishaq ; Ibn Sa’d Rapporté
Dispute avec Sa’d ibn ’Ubada (Ifk) Bukhari 4750 ; Muslim 2770 Établi
Appel aux Aws à la Saqifa Tabari (d’après Ibn Ishaq) Rapporté
« Trois Ansar sans rival en mérite » Hakim ; Ibn Sa’d Rapporté
’Umar porte le cercueil et règle les dettes Ibn Sa’d Discuté

57. Abu Dujana — l’homme qui prit l’épée du Prophète ﷺ avec son droit

Fiche d’identité Nom
Nom complet Simak ibn Kharasha al-Khazraji al-Sa’idi (parfois Simak ibn Aws)
Kunya Abu Dujana
Tribu Khazraj, Banu Sa’ida (Médine)
Naissance/Mort Naissance inconnue ; mort en 12 H (633), martyr à Yamama
Entrée en islam Date non précisée ; Ansari de la première génération
Batailles Badr, Uhud et les expéditions suivantes ; Yamama
Sépulture Yamama (Arabie centrale)

En une phrase : À Uhud, le Prophète ﷺ lui remit une épée en lui demandant de la prendre « avec son droit » ; il s’en acquitta jusqu’à se tenir courbé sur le Prophète ﷺ pour recevoir les flèches dans son dos.

A. Identité et famille

Simak ibn Kharasha, dit Abu Dujana, appartenait aux Banu Sa’ida, le clan de Sa’d ibn ’Ubada (n° 47). Les sources ne donnent pas d’information détaillée sur sa famille ni sur sa date de naissance. Il est connu pour son courage et pour le bandeau rouge qu’il nouait sur la tête avant de se battre (Ibn Ishaq — rapporté).

B. Entrée en islam

Les sources ne détaillent pas les circonstances de sa conversion. Il fait partie des Ansar de la première heure à Médine, et Ibn Ishaq le compte parmi les combattants de Badr.

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • À Uhud, le Prophète ﷺ brandit une épée : « Qui prendra cette épée avec son droit ? » Plusieurs tendirent la main. « Qui la prendra avec son droit ? » Les gens se retirèrent. Abu Dujana dit : « Moi, je la prends avec son droit. Quel est son droit ? — Que tu frappes l’ennemi avec elle jusqu’à ce qu’elle plie. » Abu Dujana la prit (Muslim 2470 — établi, d’après Anas).
  • Le voyant avancer d’un pas fier entre les lignes, le Prophète ﷺ aurait dit : « C’est une démarche qu’Allah déteste, sauf en un tel lieu » (Ibn Ishaq — rapporté ; chaîne discutée).

D. Rôle dans l’histoire

Uhud (3 H). Abu Dujana noua son bandeau rouge, et les gens dirent : « Abu Dujana a sorti son bandeau de la mort. » C’était sa manière de dire qu’il était prêt à mourir. Il s’avança à travers les rangs de Quraysh, fendant les têtes des polythéistes (Ibn Ishaq — rapporté). Quand le Prophète ﷺ fut attaqué, il se pencha sur lui, lui faisant un bouclier de son dos ; les flèches s’y plantaient (Ibn Ishaq — rapporté).

Yamama (12 H). Après la mort du Prophète ﷺ, Abu Dujana participa aux guerres d’apostasie. À Yamama, les musulmans affrontèrent les troupes de Musaylima, qui s’étaient retranchées dans le jardin fortifié surnommé « le Jardin de la mort » (Hadiqat al-Mawt). Abu Dujana fut tué dans cette bataille (Ibn Ishaq ; Tabari — rapporté). Une tradition le compte parmi ceux qui s’en prirent à Musaylima (Ibn Hajar — discuté).

E. Anecdotes et détails marquants

  • Ceux à qui l’épée fut refusée. Al-Zubayr ibn al-’Awwam, fils de Safiyya, tante du Prophète ﷺ, raconte qu’il demanda l’épée en premier et qu’elle lui fut refusée ; ’Umar essuya le même refus. Zubayr en conçut du dépit : « Je suis le fils de sa tante et un Qurayshite. » Quand il vit l’épée passer à Abu Dujana, il se dit : « Par Allah, je vais voir ce qu’il en fera » et le suivit des yeux (Ibn Ishaq ; Ahmad — rapporté).
  • La femme épargnée. Zubayr rapporte qu’Abu Dujana se précipita vers une silhouette qui hurlait au milieu des combattants. Il leva l’épée, puis la baissa : c’était une femme, Hind bint ’Utba. Abu Dujana dit : « J’ai respecté l’épée du Messager d’Allah ﷺ en ne frappant pas une femme avec elle » (Ibn Ishaq ; Hakim — rapporté).
  • Le visage lumineux. Abu Dujana tomba malade et son visage resplendissait. On lui demanda pourquoi. Il répondit : « Je n’ai pas grand-chose à mettre en avant, mais deux actes : je ne parle pas de ce qui ne me concerne pas, et mon cœur est sain envers les musulmans » (Ibn Sa’d ; Ibn ’Abd al-Barr — discuté, chaîne faible).
  • Le Jardin de la mort. À Yamama, il se serait fait lancer par-dessus le mur du jardin sur un bouclier tenu par ses compagnons (récit également attribué à al-Bara’ ibn Malik) ; il se brisa la jambe mais continua à se battre (Tabari — discuté).

F. Fin de vie

Il mourut en martyr à Yamama en 12 H, sous le califat d’Abu Bakr. Yamama fut la plus meurtrière des guerres d’apostasie : de nombreux compagnons y périrent, dont beaucoup de récitants du Coran (le nombre varie selon les sources), ce qui motiva la collecte du Coran confiée à Zayd ibn Thabit (voir n° 50 ; Bukhari 4679, 4986 — établi).

G. Ce que l’on retient

  • Un honneur se porte avec son droit : l’épée du Prophète ﷺ n’est pas faite pour la fierté mais pour un devoir.
  • La retenue au combat : Abu Dujana baisse l’épée devant une femme, même ennemie.
  • L’acte caché pèse plus que l’éclat : selon un récit discuté, ses deux seuls titres, au lit de mort, étaient la parole retenue et le cœur sain.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
Épée remise « avec son droit » Muslim 2470 Établi
Bandeau rouge et démarche fière Ibn Ishaq Rapporté
Bouclier de son dos à Uhud Ibn Ishaq Rapporté
Épée refusée à Zubayr Ibn Ishaq ; Ahmad Rapporté
Hind épargnée Ibn Ishaq ; Hakim Rapporté
Mort à Yamama Ibn Ishaq ; Tabari Rapporté
Les deux actes sur son lit de mort Ibn Sa’d ; Ibn ’Abd al-Barr Discuté
Lancé par-dessus le mur du Jardin Tabari Discuté

58. Hanzala — le laveur par les anges

Fiche d’identité Nom
Nom complet Hanzala ibn Abi ’Amir ’Abd ’Amr ibn Sayfi al-Awsi
Kunya Non établie ; surnommé « Ghasil al-Mala’ika » (celui que les anges ont lavé)
Tribu Aws, Banu ’Amr ibn ’Awf (Médine)
Naissance/Mort Naissance inconnue ; mort en martyr à Uhud, en 3 H (625)
Entrée en islam À Médine, avant Uhud ; contre la volonté de son père, resté polythéiste
Batailles Uhud (martyr)
Sépulture Uhud, avec les martyrs (cimetière des martyrs d’Uhud)

En une phrase : Marié depuis la veille, il sauta du lit au premier appel au combat, mourut au champ d’honneur sans avoir eu le temps de se laver, et le Prophète ﷺ vit les anges le laver.

A. Identité et famille

Hanzala est le fils d’Abu ’Amir ’Abd ’Amr ibn Sayfi, surnommé « al-Rahib » (le moine) pour sa vie d’ascète avant l’islam, un homme de culture monothéiste qui avait refusé de reconnaître le Prophète ﷺ. Le Prophète ﷺ l’appela plus tard « al-Fasiq » (le pervers). Abu ’Amir quitta Médine pour La Mecque, s’allia à Quraysh contre son propre fils, puis rejoignit l’empereur byzantin et mourut en Syrie vers 9-10 H (Ibn Ishaq — rapporté). Hanzala épousa Jamila bint ’Abdullah ibn Ubayy, fille du chef des hypocrites (Ibn Ishaq — rapporté). Le mariage se fit à la veille d’Uhud.

B. Entrée en islam

Il se convertit à Médine, parmi les Aws, sans suivre son père. Le fils choisit l’islam, le père le refusa jusqu’à la fin : cette fracture marque toute la vie de Hanzala. Les biographes ne le comptent pas parmi les combattants de Badr, et Uhud fut sa première bataille (Ibn Hajar — rapporté).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • « Je vois que votre compagnon (Hanzala) est lavé par les anges. Demandez à sa femme. » Elle dit : « Il est sorti en état d’impureté majeure (janaba) quand il a entendu l’appel. » Le Prophète ﷺ dit : « C’est pour cela que les anges l’ont lavé. » (Ibn Ishaq ; Hakim ; Ibn Hibban — rapporté, jugé hasan par plusieurs savants.)
  • Dans une version : « J’ai vu les anges laver Hanzala ibn Abi ’Amir entre le ciel et la terre dans des vases d’argent avec de l’eau de nuage. » (Ibn Hibban ; Hakim — rapporté.)

D. Rôle dans l’histoire

Hanzala combattit à Uhud, en 3 H. Son père Abu ’Amir al-Rahib, resté dans le camp de Quraysh, avait fait creuser des fosses sur le terrain : le Prophète ﷺ tomba dans l’une d’elles et fut blessé au visage (Ibn Ishaq — rapporté). Pendant la bataille, Hanzala chargea le chef de Quraysh, Abu Sufyan. Il parvint à le désarçonner, mais Shaddad ibn al-Aswad (Ibn Shu’ub) le frappa et le tua. Plus tard, Abu Sufyan dit : « Hanzala pour Hanzala », en parlant de son propre fils Hanzala tué à Badr (Ibn Ishaq — rapporté).

E. Anecdotes et détails marquants

  • Le lit quitté. La nuit précédant la bataille, Hanzala consomma son mariage. À l’aube, le cri d’appel retentit. Il se leva sans prendre le temps de se purifier, saisit ses armes, courut dans la bataille. Jamila fit venir, dit Ibn Ishaq, quatre hommes des Aws pour témoigner que Hanzala avait passé la nuit avec elle, en prévision d’une éventuelle grossesse (Ibn Ishaq — rapporté).
  • L’enfant de cette nuit. Selon une tradition, ’Abdullah ibn Hanzala fut conçu cette nuit-là. Il devint un homme pieux, jeûneur et priant. Il fut tué à la Harra, en 63 H, en défendant Médine (Ibn Sa’d — rapporté ; la date de sa naissance est discutée).
  • Le père et le fils. Hanzala aurait demandé l’autorisation de tuer son père Abu ’Amir, mais le Prophète ﷺ le lui aurait interdit : « Laisse-le, un autre le fera » (al-Waqidi — discuté).
  • La reconnaissance. Après Uhud, les corps furent enterrés sans être lavés, suivant la règle des martyrs de bataille (Bukhari, Kitab al-Jana’iz — établi). Le cas de Hanzala est singulier : en état d’impureté majeure, il ne fut pas lavé par les hommes, mais le Prophète ﷺ vit les anges le laver (voir Partie III pour l’avis des écoles).

F. Fin de vie

Hanzala mourut le jour d’Uhud, parmi les soixante-dix martyrs environ, dont soixante-cinq Ansar d’après Ibn Ishaq (rapporté), au lendemain de ses noces. Il fut enterré à Uhud avec les autres martyrs. Son père Abu ’Amir, lui, mourut isolé, en Syrie, sans jamais revenir à l’islam (Ibn Ishaq — rapporté). Le Coran évoque le sort de ceux qui bâtirent une mosquée de malveillance, à l’instigation, selon la tradition, d’Abu ’Amir (Coran 9:107, la mosquée dite al-Dirar).

G. Ce que l’on retient

  • Répondre à l’appel d’Allah avant tout confort : Hanzala quitte la plus douce des heures pour l’heure la plus grave.
  • La pureté intérieure vaut la pureté extérieure : l’absence de ghusl devient, par miséricorde, un honneur.
  • La foi traverse les liens du sang : le fils d’un opposant résolu se tient du côté de la vérité.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
Anges lavant Hanzala Ibn Ishaq ; Hakim ; Ibn Hibban Rapporté
Il avait quitté le lit en janaba Ibn Ishaq ; Ibn Hibban Rapporté
Mort de la main de Shaddad ibn al-Aswad Ibn Ishaq Rapporté
« Hanzala pour Hanzala » (Abu Sufyan) Ibn Ishaq Rapporté
Fosses creusées par Abu ’Amir à Uhud Ibn Ishaq Rapporté
Mosquée « al-Dirar » Coran 9:107 Coranique
Interdiction de tuer son père Waqidi Discuté
’Abdullah ibn Hanzala conçu la nuit de Uhud Ibn Sa’d Discuté

59. Al-Bara’ ibn Malik — le guerrier dont la prière était exaucée

Fiche d’identité Nom
Nom complet Al-Bara’ ibn Malik ibn al-Nadr al-Khazraji al-Najjari
Kunya Non établie de manière sûre dans les sources
Tribu Khazraj, Banu ’Adi ibn al-Najjar (Médine)
Naissance/Mort Naissance inconnue ; mort au siège de Tustar (Perse), en 20 H (641) selon al-Tabari (autres dates : 19-23 H)
Entrée en islam Dans l’enfance ou la jeunesse, avec sa mère Umm Sulaym
Batailles Uhud et toutes les expéditions suivantes ; Yamama, Tustar
Sépulture Tustar (Khuzestan, Iran actuel)

En une phrase : Frère d’Anas, il fut l’un des plus redoutables guerriers de l’islam naissant, et le Prophète ﷺ dit que s’il jurait sur Allah, Allah l’exaucerait.

A. Identité et famille

Al-Bara’ est le fils de Malik ibn al-Nadr et d’Umm Sulaym. Il est le frère d’Anas ibn Malik (n° 53) et le demi-frère de ’Abdullah ibn Abi Talha, fils d’Abu Talha (n° 54), second mari de leur mère. Sa famille fut l’une des plus engagées auprès du Prophète ﷺ. On lui prête une voix puissante, qui servit à rallier les troupes (Ibn Sa’d — rapporté).

B. Entrée en islam

Il suivit sa mère dans l’islam. Après la conversion d’Umm Sulaym, qui refusa de rester avec Malik ibn al-Nadr tant qu’il ne croirait pas, la famille fut divisée : le père partit en Syrie où il mourut dans l’incroyance ; les enfants restèrent avec leur mère à Médine (Ibn Sa’d — rapporté). Il était trop jeune ou absent pour Badr, et combattit à partir d’Uhud (Ibn Hajar).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • « Bien des gens aux cheveux ébouriffés, repoussés de toutes les portes, si l’un d’eux jurait sur Allah, Allah le ferait réussir. Al-Bara’ ibn Malik est de ceux-là. » (Tirmidhi 3854 ; Hakim — rapporté, jugé hasan.)

D. Rôle dans l’histoire

Les campagnes. Il participa à toutes les batailles du Prophète ﷺ après Badr. Sous Abu Bakr et ’Umar, il combattit en Irak et en Perse.

Yamama (12 H). Les armées de Khalid ibn al-Walid affrontaient les Banu Hanifa de Musaylima. Un moment, les Ansar fléchirent. Khalid demanda à al-Bara’, doté d’une voix puissante, de ranimer les troupes. Il cria aux Ansar : « Ô gens de Médine, il n’y a plus de Médine pour vous aujourd’hui : il n’y a qu’Allah, puis le Paradis. » Les Banu Hanifa se retranchèrent dans le Jardin de la mort. Al-Bara’ demanda qu’on le hisse sur un bouclier porté au bout des lances pour le jeter par-dessus le mur ; il tomba au milieu des ennemis, combattit seul, et ouvrit la porte aux musulmans. Il en sortit couvert de blessures (Tabari ; Ibn Sa’d — rapporté ; détails de la scène discutés). Khalid resta un mois, dit-on, pour le soigner (Dhahabi, Siyar — rapporté).

Tustar (20 H). Au siège de Tustar, les assiégés laissaient tomber du haut des murailles des chaînes à crochets rougis au feu. L’un des crochets saisit Anas. Al-Bara’ grimpa, saisit la chaîne à mains nues et la dégagea, se brûlant les mains jusqu’à l’os (Ibn Sa’d ; Dhahabi — rapporté).

E. Anecdotes et détails marquants

  • La prière exaucée. À Tustar, les musulmans fléchissaient. Ils dirent : « Al-Bara’, jure sur ton Seigneur. » Il dit : « Ô Allah, je jure sur Toi de leur faire tourner le dos, et de me faire rejoindre Ton Prophète ﷺ. » Les Perses cédèrent, et al-Bara’ tomba en martyr (Ibn Sa’d ; Dhahabi — rapporté).
  • **La lettre de ‘Umar.** ’Umar écrivit aux gouverneurs de ne pas confier de commandement à al-Bara’ ibn Malik, de peur que son courage ne perde l’armée : « Il se précipite si loin que ses hommes ne le suivraient pas » (Ibn Sa’d — rapporté ; formule d’attribution variable).

F. Fin de vie

Al-Bara’ mourut à Tustar, en 20 H, tué dans l’assaut contre les Perses. Il avait demandé à Allah la défaite des ennemis et le martyre pour lui-même, et Allah l’exauça selon le récit de Tustar (Ibn Sa’d — rapporté). Il fut enterré sur place.

G. Ce que l’on retient

  • La bravoure sans arrogance : le Prophète ﷺ le décrit comme un homme repoussé de toutes les portes, mais exaucé par Allah.
  • Un courage qui inquiète les chefs : ’Umar craignait de perdre une armée à cause de sa témérité, et il écrivit pour l’écarter du commandement.
  • Un frère pour un frère : sur la muraille de Tustar, il sauve Anas au prix de ses mains.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
« Si l’un d’eux jurait sur Allah… Al-Bara’ » Tirmidhi 3854 ; Hakim Rapporté
Appel aux Ansar à Yamama Tabari Rapporté
Jeté par-dessus le mur du Jardin de la mort Ibn Sa’d ; Tabari Discuté
Chaîne rougie au feu à Tustar Ibn Sa’d ; Dhahabi Rapporté
Serment sur Allah avant l’assaut Ibn Sa’d ; Dhahabi Rapporté
Lettre de ’Umar Ibn Sa’d Rapporté

60. ’Abdullah ibn Rawaha — le poète qui tomba à Mu’ta

Fiche d’identité Nom
Nom complet ’Abdullah ibn Rawaha ibn Tha’laba al-Khazraji
Kunya Abu Muhammad (aussi Abu Rawaha)
Tribu Khazraj, Banu al-Harith ibn al-Khazraj (Médine)
Naissance/Mort Naissance inconnue ; mort en martyr à Mu’ta, en Jumada I de 8 H (septembre 629)
Entrée en islam À la seconde ’Aqaba (13 av. H.), l’un des douze chefs (naqibs)
Batailles Badr, Uhud, Tranchée, Hudaybiyya, Khaybar, ’Umra de substitution, Mu’ta
Sépulture Mu’ta (Jordanie actuelle)

En une phrase : Poète et chef des Banu al-Harith, il jeûnait sous la chaleur avec le Prophète ﷺ, répondait aux poètes de Quraysh et prit à Mu’ta le commandement de l’armée après la chute de Zayd ibn Haritha et de Ja’far.

A. Identité et famille

’Abdullah ibn Rawaha est issu des Banu al-Harith ibn al-Khazraj, clan voisin des Banu Sa’ida. Il savait écrire à une époque où l’écriture était rare à Médine, et sa poésie avait la réputation d’être à la fois élégante et rapide (Ibn Sa’d — rapporté). Il n’est pas le seul poète des Ansar, mais son nom est lié à celui de Hassan ibn Thabit (n° 55) et de Ka’b ibn Malik, que le Prophète ﷺ invitait à répondre aux satires de Quraysh.

B. Entrée en islam

Il fut l’un des douze naqibs désignés à la seconde ’Aqaba, chef de son clan (Ibn Ishaq — rapporté). Après l’Hégire, le Prophète ﷺ l’associa dans la fraternité à Miqdad ibn al-Aswad (Ibn Sa’d — rapporté).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • Abu al-Darda’ rapporte : « Nous étions en voyage avec le Prophète ﷺ par un jour de chaleur intense, au point que l’on posait la main sur sa tête à cause de la chaleur. Il n’y avait parmi nous aucun jeûneur, sauf le Messager d’Allah ﷺ et ’Abdullah ibn Rawaha » (Bukhari 1945 ; Muslim 1122 — établi).
  • Lors de la ’Umra de substitution, ’Abdullah ibn Rawaha marchait devant le Prophète ﷺ en récitant des vers. ’Umar l’interpella : « Ibn Rawaha, des vers devant le Messager d’Allah ﷺ et dans le sanctuaire d’Allah ? » Le Prophète ﷺ dit : « Laisse-le, ’Umar : ils sont plus prompts sur eux que les flèches » (Tirmidhi 2847 ; Nasa’i — rapporté, hasan sahih).
  • Le Prophète ﷺ annonça la mort des trois chefs de Mu’ta alors que ses yeux ruisselaient de larmes : « Zayd a pris l’étendard et a été tué. Puis Ja’far l’a pris et a été tué. Puis Ibn Rawaha l’a pris et a été tué… jusqu’à ce que l’étendard soit pris par une épée d’entre les épées d’Allah (Khalid), et Allah donna la victoire » (Bukhari 1246, 3757, 4262 — établi).
  • Ibn Rawaha lui ayant adressé un vers de bénédiction (« Qu’Allah affermisse en toi le bien qu’Il t’a donné, comme Il affermit Moïse »), le Prophète ﷺ répondit : « Et toi, qu’Allah t’affermisse, Ibn Rawaha » (Ibn Ishaq — rapporté).

D. Rôle dans l’histoire

Poète du Prophète ﷺ. Avec Hassan ibn Thabit et Ka’b ibn Malik, il répondit aux poètes de Quraysh. Ses vers lors de la ’Umra de substitution, en 7 H, résonnent encore : « Écartez-vous de sa route, fils des incroyants ! Aujourd’hui nous vous frappons pour son enseignement, d’un coup qui sépare la tête de son siège et qui fait oublier l’ami à son ami » (Ibn Ishaq ; Tirmidhi — rapporté).

Mu’ta (Jumada I de 8 H). Le Prophète ﷺ envoya trois mille hommes vers la Syrie byzantine et désigna trois chefs : Zayd ibn Haritha, puis Ja’far ibn Abi Talib, puis ’Abdullah ibn Rawaha (Bukhari 4261 — établi). Face à une armée très supérieure en nombre, les musulmans hésitèrent. ’Abdullah ibn Rawaha leur dit : « Par Allah, ce que vous détestez, vous êtes sortis pour le chercher : le martyre. Nous ne combattons pas par le nombre, mais par cette religion qu’Allah nous a donnée. Allez : l’une des deux plus belles choses nous attend, la victoire ou le martyre. » Ils avancèrent (Ibn Ishaq — rapporté). Après la chute de Zayd et de Ja’far, il prit l’étendard et se battit jusqu’à sa mort (Bukhari 4262 — établi).

E. Anecdotes et détails marquants

  • Les pleurs avant le départ. À l’heure du départ pour Mu’ta, ’Abdullah ibn Rawaha pleurait. On lui demanda pourquoi. Il répondit : « Par Allah, ce n’est ni l’amour de ce monde ni la tristesse de vous quitter. Mais j’ai entendu le Messager d’Allah ﷺ réciter le verset : “Il n’est personne parmi vous qui n’y arrive (à l’Enfer)” (Coran 19:71). Je ne sais pas comment je ressortirai après y être arrivé » (Ibn Abi Hatim ; Ahmad — rapporté, de chaîne discutée).
  • Les vers avant la bataille. Il répétait : « Je demande au Miséricordieux le pardon, et un coup de lance qui perce les entrailles et fait couler l’écume du sang. » (Ibn Ishaq — rapporté.)
  • Le jour de Khaybar. Le Prophète ﷺ l’envoya estimer la récolte de dattes des Juifs. Ceux-ci tentèrent de le soudoyer pour qu’il sous-évalue : il répondit qu’il venait de chez l’homme qui lui était le plus cher et qu’ils étaient les êtres qu’il aimait le moins, mais que cela ne le pousserait ni à les favoriser ni à les léser. Les Juifs dirent : « C’est sur cela que se tiennent les cieux et la terre » (Muwatta’ Malik, Kitab al-Musaqat ; Ahmad — rapporté).
  • Une heure pour croire. Il disait à l’un de ses compagnons : « Viens, asseyons-nous une heure pour croire. » Le Prophète ﷺ, informé, aurait dit : « Qu’Allah fasse miséricorde à Ibn Rawaha : il aime les assemblées dont les anges se glorifient » (Ahmad — discuté, chaîne contestée ; al-Bukhari cite la même phrase sans chaîne comme parole de Mu’adh).
  • La vision des trônes. Selon une narration, le Prophète ﷺ dit après Mu’ta avoir vu les trois martyrs sur des trônes d’or au Paradis, avec chez Ibn Rawaha une certaine hésitation avant de monter (al-Waqidi ; Ibn Sa’d — discuté).

F. Fin de vie

Tombé à Mu’ta, il fut enterré avec Zayd et Ja’far, sur place. Le Prophète ﷺ pleura la mort des trois chefs (Bukhari 1246 — établi). ’Abdullah ibn Rawaha laissait derrière lui une œuvre poétique, conservée de manière partielle par Ibn Hisham et les anthologies (rapporté).

G. Ce que l’on retient

  • La peur d’Allah chez un guerrier : celui qui s’élance vers le martyre pleure en pensant à l’Enfer.
  • L’intégrité dans l’estimation des dattes : il rend justice même à ceux qu’il n’aime pas.
  • La parole en vers peut servir la foi : le Prophète ﷺ en a fait une arme et une fierté.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
Jeûneur sous la chaleur Bukhari 1945 ; Muslim 1122 Établi
Vers à la ’Umra de substitution, « Laisse-le, ’Umar » Tirmidhi 2847 ; Nasa’i Rapporté
Annonce de la mort des trois chefs Bukhari 1246, 3757, 4262 Établi
Ordre des trois chefs à Mu’ta Bukhari 4261 Établi
Discours avant la bataille Ibn Ishaq Rapporté
Pleurs devant le verset sur l’Enfer Ahmad ; Ibn Abi Hatim Rapporté
Estimation des dattes à Khaybar Muwatta’ Malik ; Ahmad Rapporté
« Asseyons-nous une heure pour croire » Ahmad ; Bukhari (mu’allaq, à propos de Mu’adh) Discuté
Vision des trônes d’or Waqidi ; Ibn Sa’d Discuté

61. Khubayb ibn ’Adi — celui qui pria deux unités avant de mourir

Fiche d’identité Nom
Nom complet Khubayb ibn ’Adi ibn Malik al-Awsi
Kunya Non établie
Tribu Aws, Banu Jahjaba (clan des Banu ’Amr ibn ’Awf, Médine)
Naissance/Mort Naissance inconnue ; exécuté à La Mecque, au Tan’im, en 4 H (625)
Entrée en islam À Médine, avant Badr
Batailles Badr (selon Ibn Ishaq) ; mission de Raji’ (4 H)
Sépulture Inconnue (le corps fut, selon la tradition, enlevé du lieu de crucifixion)

En une phrase : Prisonnier de Quraysh après le piège de Raji’, il refusa de renier sa foi, pria deux unités de prière avant d’être mis à mort et devint ainsi celui qui instaura cette prière pour les condamnés.

A. Identité et famille

Khubayb est un Awsite des Banu Jahjaba, un petit clan de Quba’. On connaît peu de choses sur sa famille. Ibn Ishaq précise qu’il avait tué, à Badr, al-Harith ibn ’Amir ibn Nawfal, un notable de Quraysh, ce qui explique la vengeance dont il fit l’objet (Ibn Ishaq — rapporté ; Bukhari 3989 — établi).

B. Entrée en islam

Il rejoignit l’islam à Médine dans les premières années. Il n’est connu que par ses faits d’armes et par son martyre, relaté dans le détail dans le Sahih.

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • Le Prophète ﷺ informa les compagnons de la mort des hommes de Raji’ le jour même où ils furent tués (Bukhari 3989 — établi, d’après Abu Hurayra).
  • Selon Ibn Ishaq, le Prophète ﷺ, assis avec ses compagnons, répondit à une salutation qu’ils n’entendaient pas : « Et sur toi la paix. C’est Khubayb que Quraysh vient de tuer. » (Ibn Ishaq — discuté : le récit est rapporté sans chaîne complète.)

D. Rôle dans l’histoire

Raji’ (Safar 4 H). Des hommes de ’Adal et de Qara demandèrent au Prophète ﷺ des enseignants pour leur tribu. Il envoya dix hommes (six selon Ibn Ishaq), sous le commandement de ’Asim ibn Thabit. Les hommes de Hudhayl (clan des Banu Lihyan) les poursuivirent à la trace des noyaux de dattes. ’Asim et ses compagnons montèrent sur une hauteur. On leur promit la vie sauve s’ils se rendaient. ’Asim dit : « Moi, je ne descendrai pas sous la protection d’un incroyant », et il fut tué avec la plupart des siens. Khubayb, Zayd ibn al-Dathina et un troisième se rendirent. Le troisième, ’Abdullah ibn Tariq, refusa de suivre ses ravisseurs et fut tué en chemin. Khubayb et Zayd furent vendus à La Mecque (Bukhari 3989, 4086 — établi).

La captivité. Khubayb fut acheté par les fils d’al-Harith ibn ’Amir, qu’il avait tué à Badr. Il resta chez eux, enchaîné, jusqu’au moment où ils décidèrent de le tuer (Bukhari 3989 — établi).

E. Anecdotes et détails marquants

  • Le rasoir. Il demanda un rasoir à la fille d’al-Harith pour se raser avant sa mort. Elle le lui confia. Un petit garçon de la maison alla vers lui à son insu. Quand elle les vit, l’enfant assis sur sa cuisse, le rasoir à la main, elle poussa un cri d’effroi. Khubayb dit : « Crains-tu que je le tue ? Je ne ferais jamais cela. » Elle dit plus tard : « Je n’ai jamais vu de prisonnier meilleur que Khubayb. Je l’ai vu manger une grappe de raisin qu’il tenait en main, alors qu’il était enchaîné dans le fer et qu’il n’y avait pas de fruit à La Mecque à ce moment. C’était une nourriture qu’Allah lui avait donnée » (Bukhari 3989 — établi).
  • Les deux unités. Quand on le sortit du Haram pour le tuer, il dit : « Laissez-moi prier deux unités. » Il les accomplit, puis dit : « Si vous n’aviez pas pensé que c’était de la peur devant la mort, j’en aurais fait davantage. » Abu Hurayra ajoute : « Il fut le premier à instaurer la sunna des deux unités pour celui qu’on exécute » (Bukhari 3989 — établi).
  • Les vers. Il dit : « Je ne me soucie pas, tant que je suis tué musulman, de quel côté je tomberai pour Allah. Cela est pour la cause d’Allah : s’Il le veut, Il bénira les membres déchirés » (Bukhari 3989 — établi). Il invoqua aussi Allah contre ses bourreaux : « Ô Allah, compte-les un à un » (Ibn Ishaq — rapporté).
  • L’exécuteur. Abu Sirwa’a ’Uqba ibn al-Harith se leva et le tua (Bukhari 3989 — établi). Ibn Ishaq précise qu’il fut crucifié (rapporté).
  • Zayd ibn al-Dathina et Abu Sufyan. Avant d’être tué, Zayd, son compagnon de captivité, reçut cette question d’Abu Sufyan : « Ne voudrais-tu pas que Muhammad soit à ta place, et que tu sois chez toi ? » Zayd répondit : « Par Allah, je ne voudrais même pas qu’il soit en ce moment dans un lieu où une épine le piquerait, et moi assis chez moi. » Abu Sufyan dit : « Je n’ai jamais vu d’hommes aimer un homme comme les compagnons de Muhammad aiment Muhammad » (Ibn Ishaq — rapporté).
  • Le corps disparu. Ibn Ishaq rapporte que ’Amr ibn Umayya al-Damri et un compagnon allèrent détacher le corps du poteau, mais que la terre l’engloutit (Ibn Ishaq — discuté ; le détail de l’engloutissement relève de la tradition populaire).
  • Les abeilles de ’Asim. Quraysh voulut une partie du corps de ’Asim ibn Thabit pour l’identifier : un essaim d’abeilles le protégea (Bukhari 3989 — établi).

F. Fin de vie

Il fut exécuté à Tan’im, hors du territoire sacré, en 4 H, aux mains de Quraysh. Sa mort, dont le Prophète ﷺ fut informé le jour même, resta dans la mémoire des musulmans comme l’exemple du martyr qui meurt en fidèle, calme, la prière sur les lèvres.

G. Ce que l’on retient

  • Prier avant de mourir : la dernière chose que Khubayb donne à Allah est la prière.
  • La droiture envers l’ennemi : il rassure la femme qui a peur pour son enfant, alors qu’il tient un rasoir.
  • La nourriture qu’Allah envoie : le raisin hors saison est une grâce rapportée par une adversaire.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
Expédition de Raji’, ’Asim protégé par les abeilles Bukhari 3989, 4086 Établi
Rasoir et grappe de raisin Bukhari 3989 Établi
Deux unités de prière avant l’exécution Bukhari 3989 Établi
Vers de Khubayb Bukhari 3989 Établi
Le Prophète ﷺ informe ses compagnons de leur mort Bukhari 3989 Établi
Crucifixion Ibn Ishaq Rapporté
Dialogue entre Zayd ibn al-Dathina et Abu Sufyan Ibn Ishaq Rapporté
« Et sur toi la paix, Khubayb » Ibn Ishaq Discuté
Le corps englouti par la terre Ibn Ishaq Discuté / Populaire

62. Hudhayfa ibn al-Yaman — le gardien des secrets des temps de trouble

Fiche d’identité Nom
Nom complet Hudhayfa ibn Husayl (ou Hisl) ibn Jabir al-’Absi, dit Ibn al-Yaman
Kunya Abu ’Abdullah
Tribu ’Abs (Ghatafan), allié (halif) des Banu ’Abd al-Ashhal, donc rattaché aux Ansar
Naissance/Mort Naissance inconnue ; mort à Mada’in (Ctésiphon) en 36 H (656-657), quarante jours après le meurtre de ’Uthman selon la tradition
Entrée en islam Très tôt, avec son père, avant Badr
Batailles Uhud, Tranchée et expéditions suivantes ; Nahawand, campagnes d’Arménie et d’Azerbaïdjan
Sépulture Mada’in (Irak) ; l’emplacement exact du tombeau est discuté

En une phrase : Fils d’un homme de ’Abs devenu l’allié des Ansar, il fut l’éclaireur nocturne de la Tranchée, le confident du Prophète ﷺ sur les temps de trouble et celui qui alerta ’Uthman sur les divergences de lecture du Coran.

A. Identité et famille

Hudhayfa est le fils d’al-Yaman (Husayl ibn Jabir), de la tribu de ’Abs. Al-Yaman avait tué un homme dans sa tribu, s’était réfugié à Yathrib et s’était mis sous la protection (hilf) des Banu ’Abd al-Ashhal, d’où son surnom « al-Yaman » (« le Yéménite », celui qui a été rattaché aux Yéménites de Médine). Hudhayfa est donc rattaché aux Ansar par cette alliance. Le Prophète ﷺ lui laissa le choix entre le statut de muhajir (émigré) et celui d’ansari ; il choisit les Ansar (Ibn Sa’d — rapporté). Sa mère, al-Rabab, était de la même tribu.

B. Entrée en islam

Il crut très tôt, avec son père. Tous deux auraient voulu combattre à Badr, mais ils furent interceptés en route par des Qurayshites. Hudhayfa raconte : « Quraysh nous prit et dit : “Vous voulez rejoindre Muhammad ?” Nous dîmes : “Nous voulons seulement Médine.” Ils nous firent jurer de ne pas combattre à ses côtés. Nous allâmes voir le Prophète ﷺ. Il dit : “Allez. Nous tiendrons leur pacte, et nous demanderons l’aide d’Allah contre eux” » (Muslim 1787 — établi).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • Pendant la nuit glaciale de la Tranchée : « Qui ira voir ce que font les gens, et me rapportera des nouvelles ? » Personne ne se leva. Il dit : « Hudhayfa, lève-toi et apporte-moi des nouvelles des gens. Ne les alerte pas. » (Muslim 1788 — établi.)
  • Le Prophète ﷺ lui a confié les noms des hypocrites : « Parmi mes compagnons, il y a douze hypocrites… » (Muslim 2779 — établi, hadith de Hudhayfa).
  • Le Prophète ﷺ lui a décrit tout ce qui se passerait jusqu’à l’Heure : « Le Messager d’Allah ﷺ se leva parmi nous et ne laissa rien de ce qui arriverait jusqu’à l’Heure sans nous le raconter. Celui qui l’a retenu l’a retenu, celui qui l’a oublié l’a oublié » (Muslim 2891 — établi).
  • Aux questions de Hudhayfa sur le mal : voir la rubrique D.

D. Rôle dans l’histoire

La nuit du Khandaq (5 H). Hudhayfa raconte : « Nous étions assis avec le Prophète ﷺ la nuit de la Tranchée, dans un vent violent et un froid glacial. Il m’envoya espionner les polythéistes. Je marchai comme dans un bain chaud. J’arrivai et je vis Abu Sufyan qui se chauffait le dos au feu. Je plaçai une flèche sur mon arc, voulant la tirer. Je me souvins des paroles du Prophète ﷺ : “Ne les alerte pas.” Je la remis dans mon carquois. Je revins en grelottant. Le Prophète ﷺ m’enveloppa dans un pan de son manteau. Je dormis jusqu’au matin. Il me dit : “Lève-toi, grand dormeur.” » (Muslim 1788 — établi.) Dans le récit complet, Abu Sufyan ordonna à chacun de s’assurer de l’identité de son voisin ; Hudhayfa prit les devants en saisissant la main de l’homme à ses côtés pour lui demander qui il était.

Les questions sur le mal. Hudhayfa dit : « Les gens interrogeaient le Messager d’Allah ﷺ sur le bien, et moi je l’interrogeais sur le mal, de peur qu’il ne m’atteigne. Je dis : “Ô Messager d’Allah, nous étions dans l’ignorance et le mal ; Allah nous a apporté ce bien. Y a-t-il un mal après ce bien ?” — Oui. — “Y a-t-il un bien après ce mal ?” — Oui, mais avec de la fumée… » Et le Prophète ﷺ de lui recommander, en temps de division, de s’attacher à la communauté des musulmans et à leur imam (Bukhari 3606, 7084 ; Muslim 1847 — établi).

La recension du Coran. Hudhayfa participait aux campagnes d’Arménie et d’Azerbaïdjan sous ’Uthman. Il constata que les gens de Syrie et d’Irak récitaient différemment et se contredisaient. Il alla trouver ’Uthman : « Ô commandant des croyants, sauve cette communauté avant qu’elle ne diverge sur le Livre comme les Juifs et les Chrétiens. » ’Uthman organisa la copie des mushafs (Bukhari 4987 — établi).

Gouverneur et général. ’Umar le nomma gouverneur de Mada’in. Il prit le commandement de l’armée à la bataille de Nahawand après la mort de son chef al-Nu’man ibn Muqarrin (Tabari — rapporté).

E. Anecdotes et détails marquants

  • Uhud : le père tué par erreur. Au cours de la mêlée, Hudhayfa vit les musulmans prendre son père al-Yaman pour un ennemi. Il cria : « Serviteurs d’Allah, c’est mon père ! » En vain : ils le tuèrent. Hudhayfa dit : « Qu’Allah vous pardonne, Il est le plus miséricordieux des miséricordieux. » Le Prophète ﷺ voulut payer le prix du sang ; Hudhayfa le donna en aumône. ’Urwa dit : « Hudhayfa en garda un bien jusqu’à sa rencontre avec Allah » (Bukhari 3290, 4065 — établi).
  • ’Umar et la question. ’Umar lui demanda : « Au nom d’Allah, suis-je parmi les hypocrites ? » Hudhayfa répondit que non, et qu’il n’innocenterait personne après lui (Ibn Sa’d ; Hakim — rapporté).
  • Le refus de ’Umar. On rapporte que ’Umar s’abstenait de prier sur un défunt si Hudhayfa n’y assistait pas, craignant que le mort ne fût de ceux dont Hudhayfa connaissait l’hypocrisie (Ibn Abi Shayba — discuté).
  • Un siwak la nuit. Hudhayfa rapporte que le Prophète ﷺ, quand il se levait la nuit, se frottait la bouche avec le siwak (Bukhari 245 — établi).

F. Fin de vie

Hudhayfa mourut à Mada’in en 36 H, quarante jours après l’assassinat de ’Uthman, selon la tradition (Ibn Hajar — rapporté). Il mourut au début des troubles qu’il avait lui-même évoqués dans ses hadiths. L’emplacement de son tombeau, à Mada’in, a donné lieu à des traditions populaires sans fondement dans les sources primaires.

G. Ce que l’on retient

  • Savoir interroger le mal pour l’éviter : Hudhayfa pose les questions que d’autres n’osent pas.
  • Garder le secret : on lui confie des noms et des événements, et il ne les révèle pas.
  • Le pardon dans la douleur : son père est tué par erreur, et il répond par une prière de pardon.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
Serment arraché par Quraysh, absence à Badr Muslim 1787 Établi
Mission d’espionnage à la Tranchée Muslim 1788 Établi
Les douze hypocrites Muslim 2779 Établi
Prophéties jusqu’à l’Heure Muslim 2891 Établi
Questions sur le mal et le bien Bukhari 3606, 7084 ; Muslim 1847 Établi
Père tué à Uhud, pardon de Hudhayfa Bukhari 3290, 4065 Établi
Alerte à ’Uthman sur les lectures Bukhari 4987 Établi
Choix entre muhajir et ansari Ibn Sa’d Rapporté
’Umar : « Suis-je parmi les hypocrites ? » Ibn Sa’d ; Hakim Rapporté
’Umar ne priait pas sans Hudhayfa Ibn Abi Shayba Discuté
Commandement à Nahawand Tabari Rapporté

63. Jabir ibn ’Abdillah — le fils du martyr qui retint le pèlerinage d’adieu

Fiche d’identité Nom
Nom complet Jabir ibn ’Abdillah ibn ’Amr ibn Haram al-Khazraji al-Salami
Kunya Abu ’Abdillah (aussi Abu ’Abd al-Rahman)
Tribu Khazraj, Banu Salima (Médine)
Naissance/Mort Naissance incertaine ; mort à Médine vers 74 H (693), à 94 ans selon Ibn Sa’d (autres dates : 73, 77, 78 H)
Entrée en islam Enfant ou adolescent, avec son père, avant l’Hégire ; présence à la seconde ’Aqaba rapportée par lui-même
Batailles Absent à Badr et à Uhud (retenu par son père) ; présent dans les expéditions suivantes (dix-huit au total d’après son propre récit)
Sépulture Baqi’ al-Gharqad, Médine

En une phrase : Fils du martyr ’Abdullah ibn ’Amr tué à Uhud, il hérita de ses dettes et d’un miracle de dattes, puis devint l’un des plus grands transmetteurs de hadiths, auteur de la description la plus détaillée du pèlerinage d’adieu.

A. Identité et famille

Jabir est le fils de ’Abdullah ibn ’Amr ibn Haram, chef des Banu Salima et l’un des douze naqibs de la seconde ’Aqaba, tombé à Uhud. Il avait plusieurs sœurs à sa charge. Il fut l’un des Ansar les plus assidus à la mosquée du Prophète ﷺ, où l’on dit qu’il tenait un cercle d’enseignement (Ibn Sa’d — rapporté). On lui attribue 1 540 hadiths, ce qui le place au sixième rang des grands transmetteurs, après Abu Hurayra, Ibn ’Umar, Anas, ’A’isha et Ibn ’Abbas (Dhahabi, Siyar — rapporté ; chiffres traditionnels).

B. Entrée en islam

Jabir grandit dans l’islam à la suite de son père. Il affirme avoir assisté avec lui à la seconde ’Aqaba (Ahmad, Musnad — rapporté ; les biographes soulignent qu’il était alors très jeune). Une confusion fréquente existe entre lui et un homonyme, Jabir ibn ’Abdillah ibn Ri’ab, l’un des six premiers Khazrajites qui crurent à Mina (Ibn Ishaq).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • À propos de son père tué à Uhud : « Pourquoi pleurer ? Les anges n’ont cessé de l’ombrager de leurs ailes jusqu’à ce que vous le leviez » (Bukhari 1244, 2816 ; Muslim 2471 — établi).
  • Le Prophète ﷺ lui dit : « Veux-tu que je t’annonce ce qu’Allah a dit à ton père ? Allah n’a jamais parlé à personne que derrière un voile, mais Il a parlé à ton père face à face : “Mon serviteur, demande-Moi ce que tu veux et Je te le donnerai.” Il dit : “Mon Seigneur, rends-moi à la vie pour être tué en Ton nom une seconde fois.” » (Tirmidhi 3010 ; Ibn Majah 190 — rapporté, hasan gharib.)
  • La nuit de la vente du chameau, le Prophète ﷺ demanda pardon à Allah pour Jabir vingt-cinq fois (Bukhari 2309 — établi).
  • Jabir malade, le Prophète ﷺ le visita à pied avec Abu Bakr. Il s’évanouit. Le Prophète ﷺ fit ses ablutions et aspergea Jabir de l’eau, qui revint à lui (Bukhari 194 — établi).

D. Rôle dans l’histoire

Le martyre de son père et ses dettes. Jabir raconte : « La nuit précédant Uhud, mon père m’appela et me dit : “Je pense que je serai le premier tué parmi les compagnons du Prophète ﷺ. Je ne laisse personne qui me soit plus cher que toi après l’âme du Messager d’Allah ﷺ. J’ai une dette : acquitte-la. Et traite bien tes sœurs.” Au matin, il fut le premier tué » (Bukhari 1351, 2781 — établi). Jabir l’enterra d’abord dans la même tombe qu’un autre martyr, mais son cœur n’était pas en paix. Six mois plus tard, il l’exhuma : le corps était comme au jour de l’inhumation, à l’exception d’une oreille (Bukhari 1351 — établi).

Le miracle des dattes. Le créancier de son père, un Juif, refusait de patienter. Jabir alla chercher le Prophète ﷺ. Le Prophète ﷺ fit le tour du plus gros tas de dattes, pria, s’assit dessus et dit : « Mesure pour lui. » Jabir paya tous les créanciers, et il resta autant de dattes que ce qu’il avait remis (selon d’autres versions, le tas n’avait pas diminué) (Bukhari 2127, 2781 — établi).

Le pèlerinage d’adieu. La description la plus détaillée du hajj du Prophète ﷺ, depuis le départ de Médine jusqu’aux sacrifices de Mina, vient de Jabir (Muslim 1218 — établi).

Les expéditions. Jabir dit : « J’ai fait dix-huit expéditions avec le Prophète ﷺ. Je n’étais ni à Badr ni à Uhud : mon père m’en empêcha. Quand il fut tué, je ne manquai aucune expédition » (Muslim 1813 — établi).

E. Anecdotes et détails marquants

  • La Tranchée et la marmite. Lors du creusement de la Tranchée, Jabir vit le Prophète ﷺ une pierre attachée au ventre, signe de faim. Il rentra, fit égorger un petit chevreau, moudre un peu d’orge, puis revint inviter discrètement le Prophète ﷺ. Celui-ci appela tous les creuseurs, un millier d’hommes. Il dit à Jabir : « Ne retire pas la marmite et ne cuis pas le pain avant que je vienne. » Il cracha dans la pâte et dans la marmite, pria, et tous mangèrent à leur faim. La marmite bouillonnait encore, et la pâte cuisait toujours (Bukhari 4101, 4102 ; Muslim 2039 — établi).
  • Le chameau lent. En voyage, le chameau de Jabir était fatigué. Le Prophète ﷺ le frappa et pria pour lui : il se mit à avancer en tête. Puis il demanda à l’acheter pour une uqiyya, en laissant Jabir l’utiliser jusqu’à Médine. Le Prophète ﷺ lui demanda : « Tu t’es marié ? — Oui, avec une femme déjà mariée. — Pourquoi pas une vierge, avec qui tu jouerais ? — Mon père est mort à Uhud en laissant des sœurs, et j’ai voulu une femme qui puisse les entourer. — Tu as bien fait. » À Médine, le Prophète ﷺ fit peser le prix et en ajouta un surplus, puis lui rendit son chameau (Bukhari 2097, 2309 ; Muslim 715 — établi). Selon un complément rapporté, Jabir garda le surplus (un qirat) dans son sac jusqu’à ce qu’on le lui prît lors de la Harra (rapporté).
  • Un mois de voyage pour un hadith. Jabir apprit qu’un compagnon, ’Abdullah ibn Unays, détenait un hadith qu’il n’avait pas entendu. Il acheta un chameau et voyagea un mois jusqu’en Syrie pour l’entendre (Bukhari, Kitab al-’Ilm, mu’allaq ; Ahmad — rapporté, bonne chaîne).
  • La question sur l’héritage. Un verset sur les parts d’héritage fut révélé à la suite de la question de Jabir (« Comment disposer de mon bien ? »), selon les versions pour les versets 4:11 ou 4:176 (Bukhari 194, 4577 ; Muslim 1616 — établi).

F. Fin de vie

Jabir devint aveugle sur ses vieux jours. Il mourut à Médine, vers 74 H, à l’âge de 94 ans selon Ibn Sa’d. Aban ibn ’Uthman, gouverneur de la ville, dirigea la prière funéraire (Ibn Sa’d — rapporté). Il fut, d’après certaines sources, l’un des derniers participants de la seconde ’Aqaba à mourir.

G. Ce que l’on retient

  • Un fils fidèle au testament de son père : dettes payées, sœurs entourées, tombe soignée.
  • La science demande la route : un mois de voyage pour un seul hadith.
  • La pauvreté bénie : la pierre sur le ventre du Prophète ﷺ et la marmite qui ne s’épuise pas rappellent la même vérité.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
Les anges ombrageaient son père Bukhari 1244, 2816 ; Muslim 2471 Établi
Allah parle sans voile au père Tirmidhi 3010 ; Ibn Majah 190 Rapporté
Testament du père et exhumation Bukhari 1351, 2781 Établi
Miracle des dattes Bukhari 2127, 2781 Établi
Marmite de la Tranchée Bukhari 4101, 4102 ; Muslim 2039 Établi
Vente du chameau Bukhari 2097, 2309 ; Muslim 715 Établi
Qirat gardé jusqu’à la Harra Complément rapporté Rapporté
Pèlerinage d’adieu Muslim 1218 Établi
Dix-huit expéditions Muslim 1813 Établi
Voyage d’un mois jusqu’à ’Abdullah ibn Unays Bukhari (mu’allaq) ; Ahmad Rapporté
Présence à la seconde ’Aqaba Ahmad Discuté

64. Abu Sa’id al-Khudri — le jeune jurisconsulte de Médine

Fiche d’identité Nom
Nom complet Sa’d ibn Malik ibn Sinan al-Khazraji al-Khudri
Kunya Abu Sa’id
Tribu Khazraj, Banu Khudra (Médine)
Naissance/Mort Né vers 10 av. H. (612) ; mort à Médine vers 74 H (693), à 84 ans selon Ibn Hajar (autres dates : 63, 64, 65 H)
Entrée en islam Enfant, à la suite de son père Malik ibn Sinan
Batailles Refusé à Uhud pour son jeune âge ; Tranchée (vers 15 ans) et, d’après lui, douze expéditions en tout
Sépulture Baqi’ al-Gharqad, Médine

En une phrase : Orphelin d’un martyr d’Uhud, adolescent à l’époque du Prophète ﷺ, il devint l’un des grands jurisconsultes de Médine, transmit 1 170 hadiths et osa tirer le gouverneur par le vêtement pour défendre la Sunna.

A. Identité et famille

Abu Sa’id est le fils de Malik ibn Sinan, tombé à Uhud, et appartient aux Banu Khudra, clan des Khazraj. Il perdit son père à treize ans environ et grandit à Médine dans l’entourage du Prophète ﷺ. Il était réputé pour sa mémoire et sa science du droit ; al-Dhahabi le range parmi les compagnons les plus savants de sa génération (Siyar — rapporté). On lui attribue 1 170 hadiths, ce qui le place au septième rang des grands transmetteurs parmi les compagnons (Ibn Hajar — rapporté ; chiffre traditionnel).

B. Entrée en islam

Il grandit dans l’islam avec son père, qui le conduisit à Uhud pour le présenter au Prophète ﷺ. Celui-ci le regarda de haut en bas, puis ordonna de le renvoyer à cause de son jeune âge (Ibn Sa’d ; Ibn Hajar — rapporté). Il participa aux expéditions à partir de la Tranchée, et dit plus tard avoir pris part à douze d’entre elles avec le Prophète ﷺ (Muslim — établi).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

  • Après la ruqya par la Fatiha, le Prophète ﷺ lui dit en riant : « Comment as-tu su que c’était une ruqya ? Partagez, et donnez-moi une part avec vous » (Bukhari 2276, 5736 ; Muslim 2201 — établi).
  • Au sujet des Ansar, dont il était : « L’amour des Ansar est un signe de la foi, et leur haine un signe d’hypocrisie » (Bukhari 17 ; Muslim 74 — établi).
  • Abu Sa’id rapporte la ruqya de Jibril : l’ange vint trouver le Prophète ﷺ et lui dit : « Muhammad, es-tu malade ? — Oui. — Au nom d’Allah, je te protège de tout ce qui te fait souffrir… » (Muslim 2186 — établi).
  • Il rapporte aussi la parole du Prophète ﷺ aux Ansar à propos de Sa’d ibn Mu’adh : « Levez-vous pour votre chef » (Bukhari, Kitab al-Jihad ; Muslim, Kitab al-Jihad — établi).

D. Rôle dans l’histoire

Transmission. Abu Sa’id compte parmi les rapporteurs les plus actifs de Médine après le Prophète ﷺ. Il enseigna dans la mosquée du Prophète ﷺ et donna des fatwas, notamment sur les rites du pèlerinage, la zakat al-fitr et la prière. Les deux Sahih contiennent un grand nombre de ses hadiths.

Après le Prophète ﷺ. Lors des troubles de la Harra en 63 H, Médine fut pillée par l’armée syrienne. Les récits évoquent le pillage de ses biens (Ibn Sa’d — discuté). La position sunnite classique est de s’abstenir de revenir sur les responsabilités de cette période, en respectant tous les compagnons.

E. Anecdotes et détails marquants

  • La Fatiha sur le scorpion. Au cours d’un voyage, un groupe de compagnons s’arrêta chez une tribu arabe qui refusa de les accueillir. Le chef de la tribu fut piqué par un scorpion. Les villageois vinrent trouver les compagnons : « Y a-t-il parmi vous quelqu’un qui sait faire une ruqya ? » Abu Sa’id répondit : « Oui, mais je ne le ferai que contre un salaire. » On convint d’un troupeau de moutons. Il récita la Fatiha sur le chef en crachant légèrement ; l’homme se leva comme libéré d’une entrave. Les compagnons hésitèrent à accepter le troupeau jusqu’à interroger le Prophète ﷺ, qui rit et prononça les mots cités plus haut (Bukhari 2276, 5736 ; Muslim 2201 — établi).
  • Le sermon avant la prière de l’Id. Abu Sa’id raconte : « Le Prophète ﷺ sortait le jour de l’Adha et du Fitr à la musalla, et la première chose qu’il commençait était la prière. Je sortis avec Marwan, gouverneur de Médine. Il voulut monter en chaire avant la prière. Je le tirai par son vêtement ; il me tira à son tour et prononça le sermon avant la prière. Je lui dis : “Par Allah, vous avez changé.” Il répondit : “Ce que tu sais est passé, Abu Sa’id.” Je dis : “Ce que je sais est meilleur que ce que je ne sais pas.” Marwan dit : “Les gens ne restaient pas assis pour nous après la prière, alors je l’ai placé avant.” » (Bukhari 956 ; Muslim 889 — établi.) Le hadith « Celui qui voit un blâmable parmi vous, qu’il le change de sa main… » est rapporté dans la version de Muslim à propos de cet épisode (Muslim 49 — établi).
  • Écrire ou ne pas écrire. Abu Sa’id rapporte le Prophète ﷺ : « N’écrivez rien de moi, sauf le Coran. Celui qui a écrit de moi autre chose que le Coran, qu’il l’efface. Racontez de moi, il n’y a pas de mal » (Muslim 3004 — établi ; voir Partie III pour la conciliation avec les hadiths qui autorisent l’écriture).
  • Le sang du Prophète ﷺ. À Uhud, son père Malik ibn Sinan aurait sucé le sang du visage blessé du Prophète ﷺ, qui aurait dit : « Celui qui veut regarder un homme que le feu ne touchera pas, qu’il regarde celui-ci » (Ibn Ishaq ; Hakim — discuté, chaîne faible).
  • Les captives et le retrait (azl). Abu Sa’id rapporte qu’à l’expédition des Banu al-Mustaliq, les compagnons capturèrent des femmes. Le célibat leur pesait, et ils voulaient pratiquer le retrait. Ils interrogèrent le Prophète ﷺ, qui répondit : « Pourquoi le faites-vous ? Il n’est aucune âme qu’Allah ait décrété de créer jusqu’au Jour de la Résurrection qui ne sera pas créée » (Bukhari 2229, 4138 ; Muslim 1438 — établi).

F. Fin de vie

Abu Sa’id mourut à Médine, vers 74 H, à environ quatre-vingt-quatre ans (Ibn Hajar — rapporté ; d’autres sources donnent 63-65 H). Il fut enterré à Baqi’. Il laissait un corpus de hadiths conservé dans les recueils canoniques et la mémoire d’un homme qui, adolescent, avait fait de la Sunna son bien le plus précieux.

G. Ce que l’on retient

  • Corriger avec respect : tirer le gouverneur par le vêtement pour défendre la Sunna, puis lui répondre calmement.
  • Le Coran guérit : la Fatiha sur le scorpion illustre la parole prophétique « Il n’y a pas de mal dans la ruqya tant qu’elle n’implique pas d’association » (Muslim 2200 — établi).
  • Veiller à la pureté du texte : le hadith sur l’écriture, rapporté par Abu Sa’id, montre le souci de distinguer le Coran de tout le reste.

H. Sources et degré d’authenticité

Récit Source Degré
La Fatiha sur le scorpion Bukhari 2276, 5736 ; Muslim 2201 Établi
Marwan et la chaire de l’Id Bukhari 956 ; Muslim 889 Établi
Hadith du blâmable (main, langue, cœur) Muslim 49 Établi
Ruqya de Jibril Muslim 2186 Établi
« N’écrivez rien de moi sauf le Coran » Muslim 3004 Établi
« Levez-vous pour votre chef » Bukhari, Kitab al-Jihad ; Muslim Établi
L’azl à Banu al-Mustaliq Bukhari 2229, 4138 ; Muslim 1438 Établi
Refus à Uhud pour son jeune âge Ibn Sa’d ; Ibn Hajar Rapporté
Son père suce le sang du Prophète ﷺ Ibn Ishaq ; Hakim Discuté
Pillage de sa maison à la Harra Ibn Sa’d Discuté

PARTIE III — DÉBATS ET ANNEXES

1. Ce que ces vies enseignent

Le don avant la demande. Les Ansar n’ont pas attendu qu’on leur demande de partager. Abu Ayyub vide sa jarre sur ses propres couvertures pour que le Prophète ﷺ n’ait pas une goutte sur lui. Abu Talha éteint la lampe pour que l’invité mange. Les Banu al-Najjar refusent tout prix pour le terrain de la mosquée. Le Coran résume cette conduite en un seul mot : ils « préfèrent » (59:9). La générosité des Ansar ne se réduit pas à leurs biens : Sa’d ibn Mu’adh offre son clan, Mus’ab et As’ad offrent leur maison, Anas offre son enfance.

Le savoir comme service. Trois des quatre noms que le Prophète ﷺ cite pour l’enseignement du Coran ou du droit sont des Ansar (Ubayy, Mu’adh, Zayd). Aucun ne se sert de cette science pour s’élever. Ubayy pleure parce qu’Allah l’a nommé ; Mu’adh dévoile sa science à sa mort pour ne pas la cacher ; Zayd compare la collecte du Coran au déplacement d’une montagne. Quand Ibn ’Abbas lui tient l’étrier, Zayd lui baise la main. Le savoir circule dans les deux sens.

La force encadrée. Abu Dujana reçoit une épée et se demande quel est son droit. Il l’abaisse devant une femme. Al-Bara’ ibn Malik est si brave que ’Umar craint qu’il perde l’armée. Khubayb tient le rasoir près de l’enfant de ses geôliers et rassure la mère. Dans les récits, le courage n’est jamais séparé de la maîtrise de soi.

La parole comme arme loyale. Hassan et Ibn Rawaha répondent par la poésie, avec la bénédiction du Prophète ﷺ. La parole est une responsabilité : le Prophète ﷺ fait installer une chaire pour Hassan, et rappelle à Sa’d ibn ’Ubada que sa jalousie, louable en son principe, doit rester dans la mesure.

La fidélité sans calcul. Sa’d ibn Mu’adh à Badr, Abu Talha à Uhud, Hudhayfa dans la nuit de la Tranchée, Jabir qui refuse de laisser son père mourir seul de ses dettes : chacun donne ce que son moment exige. Le Prophète ﷺ le dit des Ansar : « Si les gens prenaient une vallée et que les Ansar en prenaient une autre, je prendrais la vallée des Ansar » (Bukhari 4330 — établi).

La patience devant l’inégalité. Le Prophète ﷺ a annoncé aux Ansar qu’on leur préférerait d’autres après lui. Il ne leur a pas conseillé la révolte, mais la patience jusqu’au Bassin (Hawd). Sa’d ibn ’Ubada, Usayd ibn Hudayr et Abu Sa’id illustrent trois manières d’être en désaccord sans rompre : le retrait, l’appui à l’autorité, le rappel de la Sunna devant le gouverneur.

Le pardon qui réconcilie. Hudhayfa pardonne à ceux qui ont tué son père par erreur. ’A’isha refuse qu’on maudisse Hassan. Sa’d ibn Mu’adh juge sans rancune personnelle. La société médinoise sortie de décennies de guerre entre Aws et Khazraj s’est reconstruite sur cette aptitude à pardonner.

2. Questions et objections fréquentes

1. L’arbitrage de Sa’d ibn Mu’adh sur les Banu Qurayza est-il cruel ?

Les faits, d’après les sources : les Banu Qurayza, liés au Prophète ﷺ par le pacte de Médine, ont rompu l’accord pendant le siège de la Tranchée, quand les assaillants coalisés pressaient la ville et que les femmes et les enfants des musulmans étaient dans des forts exposés à leur trahison (Ibn Ishaq — rapporté ; le verset 33:26 y fait allusion). Après vingt-cinq jours environ de siège, ils ont demandé eux-mêmes à être jugés par Sa’d, chef de leurs anciens alliés, les Aws. Sa’d a prononcé : mise à mort des combattants, partage des biens, captivité des femmes et des enfants (Bukhari 3043, 4121 ; Muslim 1768 — établi). Le Prophète ﷺ a dit : « Tu as jugé selon le jugement d’Allah. »

Plusieurs points éclairent le jugement. D’abord, il s’agit de la sanction de la trahison en temps de guerre, telle que la prévoyaient les usages de l’époque et le droit de la Torah elle-même (Deutéronome 20:12-14), à laquelle les Qurayza étaient soumis. Ensuite, la peine ne frappait que les combattants ; les femmes et les enfants étaient épargnés. Selon ’A’isha, une seule femme fut tuée, pour un acte qu’elle avait commis ; Ibn Ishaq précise qu’elle avait lancé une meule qui avait tué un musulman (Abu Dawud 2671 ; Ibn Ishaq — rapporté). Enfin, quelques individus furent graciés par le Prophète ﷺ à la demande de leurs protecteurs (Ibn Ishaq — rapporté). Le nombre des exécutés est donné de façon variable (de 400 à 900 selon les récits), et certains historiens modernes en contestent le détail ; les sources classiques s’accordent en revanche sur le principe du verdict et sur son auteur, qui n’était pas le Prophète ﷺ mais un arbitre choisi par les accusés.

2. Pourquoi Sa’d ibn Mu’adh apparaît-il dans l’affaire de l’Ifk, alors qu’il est mort avant ?

Dans le long hadith de ‘A’isha, Sa’d ibn Mu’adh propose de punir celui qui calomnie, ce qui provoque la colère de Sa’d ibn ’Ubada et la réplique d’Usayd (Bukhari 4750 ; Muslim 2770). Or Sa’d ibn Mu’adh est mort peu après les Qurayza, en dhu al-qa’da 5 H. Ibn Ishaq situe l’expédition des Banu al-Mustaliq (Muraysi’), d’où naît l’affaire, en sha’ban 6 H, ce qui poserait problème. Les savants proposent deux solutions (Ibn Hajar, Fath al-Bari). Soit l’expédition a eu lieu en sha’ban 5 H, avant la Tranchée, comme le disent Musa ibn ’Uqba et d’autres historiens de Médine, et Sa’d était encore vivant. Soit le nom est une confusion d’un transmetteur pour Usayd ibn Hudayr, que d’autres récits nomment seul. Dans les deux cas, la discussion porte sur la datation, non sur le fond du récit, et elle montre le soin des savants à vérifier les récits même dans les recueils les plus sûrs.

3. Sa’d ibn ’Ubada et la Saqifa : les Ansar ont-ils été écartés du califat ?

À la mort du Prophète ﷺ, les Ansar se réunirent à la Saqifa des Banu Sa’ida pour désigner un chef, avec Sa’d ibn ’Ubada, malade. Abu Bakr, ’Umar et Abu ’Ubayda y vinrent. Un orateur ansarite proposa : « Un émir de chez nous et un émir de chez vous. » Abu Bakr reconnut leurs mérites, puis rappela que les Arabes ne reconnaîtraient l’autorité que de Quraysh, selon la parole du Prophète ﷺ : « Ce pouvoir restera chez Quraysh » (Bukhari, Kitab Manaqib Quraysh ; Muslim, Kitab al-Imara — établi). ’Umar lui prêta serment, suivi des Ansar (Bukhari 3667-3668, 6830 — établi). Le lendemain, le serment fut renouvelé publiquement dans la mosquée (Bukhari, Kitab al-Ahkam — établi).

Selon des récits d’Ibn Sa’d et de Tabari, Sa’d ibn ’Ubada ne prêta pas serment et partit en Syrie ; d’autres rapportent qu’il fit allégeance (rapporté). La position classique d’Ahl al-Sunna est de ne rien retenir de ce désaccord contre aucun des compagnons : tous étaient sincères, le choix d’Abu Bakr fut approuvé par la communauté, et les mérites des Ansar demeurent entiers. ’Umar a d’ailleurs demandé en mourant au prochain calife de bien traiter les Ansar, d’accepter ce qu’ils ont de bon et d’excuser leurs torts (Bukhari, Kitab Fada’il al-Sahaba, récit de la mort de ’Umar — établi).

4. Le Prophète ﷺ a annoncé aux Ansar qu’on leur préférerait d’autres : est-ce une permission de les léser ?

Le hadith (Bukhari 3792-3793 ; Muslim 1845) dit : « Vous verrez, après moi, qu’on préférera d’autres à vous. Patientez jusqu’à ce que vous me retrouviez au Bassin. » C’est une prédiction, pas une règle. Elle n’autorise pas l’injustice : le Prophète ﷺ recommande ailleurs d’accepter ce que les Ansar ont de bon et d’excuser leurs torts (Bukhari, Kitab Manaqib al-Ansar). Elle indique en revanche la conduite à tenir quand on subit une préférence injuste : patience et espérance de la récompense d’Allah, sans rupture de l’unité de la communauté (Ibn Hajar, Fath al-Bari).

5. La collecte du Coran par Zayd ibn Thabit : le Coran a-t-il été altéré ?

Non. Le récit (Bukhari 4679, 4986) montre le contraire : la préoccupation d’Abu Bakr et de ’Umar est de préserver le texte, non de le modifier. Zayd, scribe du Prophète ﷺ et mémorisateur du Coran, ne se contente pas de sa mémoire : il exige des fragments écrits sous la dictée du Prophète ﷺ, confirmés par des témoins. Il note que la fin de la sourate al-Tawba ne fut retrouvée par écrit que chez Khuzayma ibn Thabit (ou Abu Khuzayma, selon les versions). Les savants (dont Ibn Hajar) expliquent que le verset était connu de très nombreuses personnes par cœur ; seul le support écrit n’était retrouvé que chez un seul. Or le Prophète ﷺ avait déclaré que le témoignage de Khuzayma ibn Thabit valait celui de deux hommes (Abu Dawud 3607 — rapporté). Le texte copié sous ’Uthman est le même que celui de la collecte d’Abu Bakr, aligné sur la prononciation de Quraysh (Bukhari 4987). L’authenticité du Coran repose sur la transmission continue (tawatur), de nombreuses chaînes de mémorisateurs, pas sur une seule collecte.

6. Les variantes du « mushaf » d’Ubayy et les sept ahruf.

Le hadith de Muslim 820 établit que le Coran a été révélé selon sept modes (ahruf), facilitation de la communauté. Les compagnons connaissaient donc des lectures diverses, autorisées par le Prophète ﷺ. Ubayy en retenait certaines et refusait d’abandonner ce qu’il avait entendu, d’où la parole de ‘Umar (Bukhari 4481) : « Nous laissons une partie de ce qu’il dit ». Ces lectures non retenues dans la dernière révision du Prophète ﷺ sont ce que ’Umar désigne ici. Quant aux courtes invocations « al-Khal’ » et « al-Hafd », qu’on dit avoir figuré dans son mushaf, les savants y voient des invocations de qunut qu’il avait notées à côté du texte, sans les compter comme Coran (Ibn Abi Dawud, Kitab al-Masahif — rapporté). Contrairement à une idée reçue, Ubayy comptait bien les deux dernières sourates dans le Coran : interrogé par Zirr ibn Hubaysh sur l’absence des Mu’awwidhatayn chez Ibn Mas’ud, il répondit que le Prophète ﷺ lui avait dit « Dis ! » et qu’il avait dit, et « nous disons comme le Messager d’Allah ﷺ » (Bukhari 4976-4977 — établi).

7. Le Prophète ﷺ a-t-il dit d’apprendre le Coran de quatre Ansar ?

Deux hadiths sont à distinguer. Le premier : « Prenez le Coran de quatre : Ibn Mas’ud, Salim, Mu’adh ibn Jabal et Ubayy ibn Ka’b » (Bukhari, Kitab Fada’il al-Qur’an et Kitab al-Manaqib — établi), soit deux Muhajirun et deux Ansar. Le second, d’Anas : « Quatre ont rassemblé le Coran du temps du Prophète ﷺ : Ubayy, Mu’adh, Zayd et Abu Zayd, tous des Ansar » (Bukhari 3810, 5003 — établi). Interrogé sur Abu Zayd, Anas répond : « Un de mes oncles ». Son identité est discutée (Sa’d ibn ‘Ubayd, Qays ibn al-Sakan ou Thabit ibn Zayd, selon Ibn Hajar). La liste d’Anas n’exclut pas les autres compagnons : Abu Bakr, ’Umar, ’Uthman, ’Ali, Ibn Mas’ud, Salim et d’autres connaissaient aussi le Coran. Soixante-dix récitants (qurra’) furent tués à Bi’r Ma’una, ce qui montre le nombre de mémorisateurs (Bukhari, Kitab al-Maghazi — établi).

8. Que signifie le « rire d’Allah » dans le hadith d’Abu Talha ?

Le Prophète ﷺ dit : « Allah a ri (ou : s’est émerveillé) de ce que vous avez fait cette nuit » (Bukhari 3798, 4889 ; Muslim 2054). Les savants de la communauté suivent deux voies reconnues. La première, celle de la majorité des salaf, affirme l’attribut tel qu’il est venu dans le texte, sans en demander la modalité et sans comparaison avec les créatures, car « Rien n’est semblable à Lui » (Coran 42:11). La seconde, plus tardive, interprète le terme comme l’expression de l’agrément d’Allah pour l’acte (al-Khattabi, cité par Ibn Hajar). Dans les deux cas, la signification pratique est la même : Allah agrée et honore l’hospitalité.

9. Comment Anas a-t-il pu rapporter plus de 2 000 hadiths en dix ans de service ?

Anas a servi le Prophète ﷺ dix ans à plein temps, dans la maison et en voyage, et il a vécu près de quatre-vingts ans après lui, à enseigner. Le chiffre de 2 286 (Baqi ibn Makhlad) comprend les répétitions, les variantes de chaînes et les récits rapportés d’autres compagnons ; le nombre de textes distincts est inférieur. Il disait lui-même éviter d’en dire trop, par peur de se tromper : « Ce qui m’empêche de vous rapporter beaucoup de hadiths, c’est que le Prophète ﷺ a dit : celui qui ment sur moi… » (Bukhari, Kitab al-’Ilm — établi). Les critiques du hadith ont vérifié ses chaînes : ses élèves (Qatada, Thabit al-Bunani, al-Zuhri) sont des références.

10. L’épée d’Abu Dujana : le Prophète ﷺ encourageait-il la violence ?

Le Prophète ﷺ remet son épée avec une condition : « avec son droit », c’est-à-dire qu’on frappe l’ennemi en combat jusqu’à ce qu’elle plie (Muslim 2470). Elle est proposée à plusieurs, refusée à des compagnons illustres (Zubayr, ’Umar) et donnée à Abu Dujana, qui comprend qu’elle exige discipline et non vanité. Le même Abu Dujana abaisse la lame devant une femme, ce qui reflète les règles du combat enseignées par le Prophète ﷺ : l’interdiction de tuer les femmes et les enfants (Bukhari 3014 ; Muslim 1744 — établi). Le récit situe l’usage de la force dans un cadre de défense, au cœur d’une bataille livrée par Quraysh à Médine.

11. Le dialogue de Mu’adh sur l’ijtihad est-il authentique ?

Sa chaîne est faible : elle passe par al-Harith ibn ’Amr, inconnu, rapportant d’hommes de Hims non nommés (Abu Dawud 3592 ; Tirmidhi 1327). Al-Bukhari a jugé inconnu le transmetteur al-Harith. D’autres savants (al-Khatib al-Baghdadi, Ibn al-Qayyim) l’ont accepté pour sa notoriété et la conformité de son sens avec les principes de la loi. Le principe de l’ijtihad ne dépend pas de ce hadith : le Prophète ﷺ a dit que le juge qui s’efforce et rencontre la vérité reçoit deux récompenses, et une seule s’il se trompe (Bukhari 7352 ; Muslim 1716 — établi). Mu’adh illustre cet ordre : Livre, Sunna, puis effort personnel.

12. La poésie est-elle permise en islam ? Le cas de Hassan et d’Ibn Rawaha.

Le Coran blâme « les poètes que suivent les égarés » (26:224), mais excepte « ceux qui croient et font de bonnes œuvres, évoquent souvent Allah et se défendent après avoir été lésés » (26:227). On rapporte que Hassan, Ibn Rawaha et Ka’b ibn Malik vinrent en pleurant au Prophète ﷺ à la révélation du premier verset et qu’il leur récita l’exception (Ibn Abi Hatim — rapporté). Ubayy ibn Ka’b rapporte : « Certains vers sont une sagesse » (Bukhari 6145 — établi). Ce qui est blâmé, c’est la poésie qui détourne d’Allah ou qui calomnie ; celle qui défend la foi est un jihad de la parole.

13. Hassan ibn Thabit a-t-il été puni dans l’affaire de l’Ifk ?

Un hadith d’Abu Dawud (4474) et de Tirmidhi (3181) dit que le Prophète ﷺ fit flageller Mistah, Hassan et Hamna bint Jahsh. Les savants le tiennent pour de chaîne discutée, la peine de la calomnie étant attestée ailleurs par la jurisprudence (Ibn Hajar). Dans le Sahih, ’A’isha interdit de le maudire, car il « défendait le Messager d’Allah ﷺ », et elle ajoute que la cécité lui a été un châtiment (Bukhari 4755 ; Muslim 2487). La règle sunnite est de ne pas ressasser les fautes pardonnées. Hassan a vécu dans l’honneur, protégé par la parole du Prophète ﷺ : « Jibril est avec toi. »

14. Hanzala lavé par les anges : faut-il laver le martyr en état d’impureté majeure ?

Les compagnons enterraient les martyrs de bataille sans les laver (Bukhari 1343). Le cas de Hanzala, parti en janaba, soulève la question. Les hanafites estiment qu’on lave le martyr qui était en impureté majeure, car l’ablution est une obligation personnelle antérieure à son martyre, et que les anges le lavèrent pour compenser. La majorité des savants (malikites, chaféites, hanbalites) disent qu’on ne le lave pas, le hadith attestant au contraire que les anges ont assuré à sa place ce que les hommes n’avaient pas à faire (voir al-Mughni d’Ibn Qudama et al-Majmu’ d’al-Nawawi). Le récit de Hanzala est lui-même de degré hasan (Ibn Ishaq, Hakim, Ibn Hibban).

15. Le pardon promis à la première armée contre Constantinople concerne-t-il Yazid ?

Bukhari 2924 rapporte : « La première armée de ma communauté qui attaquera la ville de César sera pardonnée. » La campagne de 49-52 H, sous le commandement de Yazid ibn Mu’awiya, a été vue par certains savants (al-Muhallab, cité par Ibn Hajar) comme l’accomplissement de ce hadith, ce qui ferait de ses participants des pardonnés. D’autres font remarquer que le texte est général et conditionné par la sincérité de chacun, et qu’il ne prononce aucun verdict sur les actes ultérieurs d’un individu. La position sunnite est de ne pas maudire, de ne pas absoudre d’office ce que le texte ne dit pas, et de s’en remettre à Allah. Cette campagne reste surtout celle où mourut Abu Ayyub al-Ansari.

16. Hudhayfa connaissait-il les hypocrites ? Peut-on les nommer ?

Hudhayfa a reçu du Prophète ﷺ la connaissance de certains hypocrites, dont douze qui ne devaient pas entrer au Paradis (Muslim 2779). La tradition le surnomme « le gardien du secret du Messager d’Allah ﷺ » (Ibn Hajar). Il a refusé de livrer les noms, y compris à ’Umar (Ibn Sa’d ; Hakim — rapporté). La règle sunnite est qu’on juge d’après l’apparence et qu’on ne qualifie personne d’hypocrite sans preuve sûre ; ce que Hudhayfa savait appartenait à sa mission, pas à la communauté. Les jugements de ce genre sont laissés à Allah.

3. Tableau récapitulatif

N° Nom Spécialité Mort
46 Sa’d ibn Mu’adh Chef des Aws, arbitre des Banu Qurayza 5 H (627), blessure de la Tranchée
47 Sa’d ibn ’Ubada Chef des Khazraj, générosité, Saqifa 14-15 H (635-636), Syrie
48 Ubayy ibn Ka’b Meilleur récitant, scribe de la révélation 19, 22 ou 30 H, Médine
49 Mu’adh ibn Jabal Licite et illicite, juge et enseignant au Yémen 18 H (639), peste d’Amwas
50 Zayd ibn Thabit Scribe, collecte du Coran, successions 45 H (665-666), Médine
51 Abu Ayyub al-Ansari Hôte du Prophète ﷺ, jihad aux frontières 52 H (672), devant Constantinople
52 As’ad ibn Zurara Premier hôte de Mus’ab, première prière du vendredi 1 H (622-623), Médine
53 Anas ibn Malik Serviteur du Prophète ﷺ, transmetteur de hadiths 91-93 H (710-712), Basra
54 Abu Talha al-Ansari Archer, hospitalité, verger de Bayruha’ 34 H (655), Médine (ou 51 H)
55 Hassan ibn Thabit Poète du Prophète ﷺ 54 H (674), Médine
56 Usayd ibn Hudayr Chef des Aws, récitation de nuit 20 H (641), Médine
57 Abu Dujana Porteur de l’épée du Prophète ﷺ à Uhud 12 H (633), Yamama
58 Hanzala « Laveur par les anges » 3 H (625), Uhud
59 Al-Bara’ ibn Malik Guerrier, prière exaucée 20 H (641), Tustar
60 ’Abdullah ibn Rawaha Poète, commandant à Mu’ta 8 H (629), Mu’ta
61 Khubayb ibn ’Adi Prisonnier de Raji’, deux unités avant la mort 4 H (625), La Mecque (Tan’im)
62 Hudhayfa ibn al-Yaman Confident des temps de trouble, éclaireur de la Tranchée 36 H (656-657), Mada’in
63 Jabir ibn ’Abdillah Transmetteur, pèlerinage d’adieu Vers 74 H (693), Médine
64 Abu Sa’id al-Khudri Jurisconsulte, transmetteur Vers 74 H (693), Médine

4. Glossaire

  • Ahruf (sing. harf) : modes de récitation du Coran autorisés par le Prophète ﷺ ; le hadith en compte sept (Muslim 820).
  • Ansar : « Auxiliaires », les Médinois (Aws et Khazraj) qui ont accueilli et soutenu le Prophète ﷺ et les émigrés.
  • ’Aqaba : défilé près de Mina où les Médinois prêtèrent serment au Prophète ﷺ (an 12 et an 13 avant l’Hégire).
  • Aws et Khazraj : les deux grandes tribus arabes de Médine, longtemps rivales avant l’islam.
  • Bay’a : serment d’allégeance.
  • Dithar et sh i’ar : vêtement de dessus et vêtement de dessous ; le Prophète ﷺ qualifie les Ansar de « sh i’ar », ceux qui sont le plus près de lui.
  • Fatwa : avis juridique donné par un savant.
  • Fitna : épreuve, troubles, discorde ; ici les troubles qui suivent le meurtre de ’Uthman.
  • Hadd : peine légale fixée par la loi, comme celle de la calomnie.
  • Halif (hilf) : allié ; contrat de protection entre un individu ou une tribu et un clan.
  • Hasan : degré de hadith « bon », inférieur au sahih mais recevable.
  • Hawd : le Bassin du Prophète ﷺ, où il attend sa communauté le Jour de la Résurrection.
  • Hijra : émigration, en particulier celle du Prophète ﷺ de La Mecque à Médine (622).
  • Ijtihad : effort de réflexion du juriste pour déduire une règle des sources.
  • Isra’iliyyat : récits d’origine biblique ou juive dont la transmission est soumise à la prudence.
  • Janaba : état d’impureté majeure, qui exige le bain rituel.
  • Khums : le cinquième du butin, réservé à l’État.
  • Kunya : surnom de forme « père de… », signe de respect.
  • Mu’akhat : fraternisation entre émigrés et Ansar.
  • Mu’allaq : hadith « suspendu » dont l’auteur d’un recueil supprime le début de la chaîne.
  • Mursal : hadith dont le compagnon est omis dans la chaîne.
  • Mushaf : exemplaire écrit du Coran.
  • Muhajirun : les émigrés mecquois établis à Médine.
  • Mutawatir : transmis par un si grand nombre de voies que l’erreur est exclue.
  • Naqib : chef de clan, délégué des Ansar à la seconde ’Aqaba.
  • Qarra’ (sing. qari’) : récitants, spécialistes du Coran.
  • Qunut : invocation récitée debout dans certaines prières.
  • Ruqya : récitation de versets ou d’invocations pour guérir ou protéger.
  • Sahih : degré de hadith authentique.
  • Salab : dépouille du combattant tué, attribuée à celui qui l’a tué.
  • Saqifa : salle ou cour couverte des Banu Sa’ida où se réunirent les Ansar à la mort du Prophète ﷺ.
  • Shahid : martyr, ou témoin.
  • Siwak : bâtonnet servant au nettoyage des dents.
  • Sunna : voie du Prophète ﷺ, ses paroles, actes et approbations.
  • Tarawih : prières surérogatoires des nuits de Ramadan.
  • Zakat al-fitr : aumône de la fin du Ramadan.

5. Bibliographie classique

  • Le Coran, en particulier 2:195, 3:92, 9:100, 9:107, 24:11, 26:224-227, 33:26, 59:9.
  • Al-Bukhari (m. 256/870), al-Jami’ al-sahih, avec le commentaire d’Ibn Hajar al-’Asqalani (m. 852/1449), Fath al-Bari.
  • Muslim (m. 261/875), al-Sahih, avec le commentaire d’al-Nawawi (m. 676/1277).
  • Abu Dawud (m. 275/889), al-Sunan.
  • Al-Tirmidhi (m. 279/892), al-Jami’ (al-Sunan).
  • Al-Nasa’i (m. 303/915), al-Sunan.
  • Ibn Majah (m. 273/887), al-Sunan.
  • Malik ibn Anas (m. 179/795), al-Muwatta’.
  • Ahmad ibn Hanbal (m. 241/855), al-Musnad.
  • Ibn Abi Shayba (m. 235/849), al-Musannaf.
  • Ibn Hibban (m. 354/965), al-Sahih.
  • Al-Hakim al-Naysaburi (m. 405/1014), al-Mustadrak ’ala al-Sahihayn.
  • Al-Tabarani (m. 360/971), al-Mu’jam al-kabir.
  • Ibn Ishaq (m. 150/767), al-Sira, dans la recension d’Ibn Hisham (m. 218/833), al-Sira al-nabawiyya.
  • Ibn Sa’d (m. 230/845), al-Tabaqat al-kubra.
  • Al-Waqidi (m. 207/823), Kitab al-Maghazi (à utiliser avec réserve).
  • Al-Tabari (m. 310/923), Tarikh al-rusul wa-l-muluk.
  • Ibn ’Abd al-Barr (m. 463/1071), al-Isti’ab fi ma’rifat al-ashab.
  • Ibn al-Athir (m. 630/1233), Usd al-ghaba fi ma’rifat al-sahaba.
  • Ibn Hajar al-’Asqalani, al-Isaba fi tamyiz al-sahaba.
  • Al-Dhahabi (m. 748/1348), Siyar a’lam al-nubala’.
  • Ibn Kathir (m. 774/1373), al-Bidaya wa-l-nihaya et Tafsir al-Qur’an al-’azim.
  • Ibn Abi Dawud (m. 316/929), Kitab al-Masahif.
  • Abu Nu’aym al-Isfahani (m. 430/1038), Hilyat al-awliya’.
  • Al-Khatib al-Baghdadi (m. 463/1071), al-Rihla fi talab al-hadith.
  • Ibn al-Qayyim (m. 751/1350), Zad al-ma’ad et I’lam al-muwaqqi’in.

Note sur les références : les numéros de hadith sont donnés à titre indicatif d’après les grands recueils et peuvent différer selon les éditions ; chacun se vérifie dans le recueil cité ou sur sunnah.com.

Et Allah est le plus savant.