Figures de l’islam · Les compagnons du Prophète ﷺ
Les convertis tardifs
Khâlid ibn al-Walîd, ’Amr ibn al-’Âs, Abû Hurayra, Ibn ’Abbâs : conquérants et hommes d’État venus après al-Hudaybiya.
Sommaire
PARTIE I — CADRE GÉNÉRAL
- 1. Avant-propos
- 2. D’Hudaybiya à la conquête de La Mecque : le basculement (628-630)
- 3. Chronologie
- 4. Niveaux de preuve
PARTIE II — LES VINGT COMPAGNONS
- 65. Khalid ibn al-Walid — l’épée dégainée d’Allah
- 66. ’Amr ibn al-’As — le vainqueur de l’Égypte
- 67. Abu Sufyan ibn Harb — le chef de Quraysh devenu soldat de l’islam
- 68. Hind bint ’Utba — de Uhud au serment des femmes
- 69. Mu’awiya ibn Abi Sufyan — le scribe devenu calife
- 70. ’Ikrima ibn Abi Jahl — le fils de l’ennemi, mort en martyr
- 71. Abu Hurayra — le plus grand transmetteur du hadith
- 72. ’Abdullah ibn ’Umar — celui qui suivait les traces du Prophète ﷺ
- 73. ’Abdullah ibn al-’Abbas — l’océan de la science et l’interprète du Coran
- 74. ’Abdullah ibn al-Zubayr — le premier-né de l’Hégire
- 75. ’Abdullah ibn ’Amr ibn al-’As — le compagnon qui écrivait
- 76. Abu Musa al-Ash’ari — la voix de David
- 77. al-Mughira ibn Shu’ba — le rusé de Taif
- 78. Suhayl ibn ’Amr — l’orateur de Quraysh
- 79. Safwan ibn Umayya — le riche qui voulait fuir par la mer
- 80. Wahshi ibn Harb — celui qui a tué Hamza
- 81. Thumama ibn Uthal — le chef de Yamama attaché à la mosquée
- 82. ’Adi ibn Hatim — le fils du plus généreux des Arabes
- 83. al-Tufayl ibn ’Amr al-Dawsi — l’homme à la lumière sur le front
- 84. Abu al-‘As ibn al-Rabi’ — le gendre fidèle à sa parole
PARTIE III — DÉBATS ET ANNEXES
PARTIE I — CADRE GÉNÉRAL
1. Avant-propos
Il existe, dans l’histoire des premiers musulmans, une frontière que les chroniqueurs ont tracée avec netteté : celle qui sépare ceux qui ont cru avant la grande ouverture de La Mecque et ceux qui ont rejoint la communauté après. Le Coran lui-même l’a marquée : « Ne sont pas égaux parmi vous ceux qui ont dépensé et combattu avant la victoire ; ils ont un rang plus élevé que ceux qui ont dépensé et combattu après. Mais à tous Allah a promis la meilleure récompense » (Coran 57:10 — coranique). Ce verset dit deux choses à la fois : il existe une hiérarchie de mérite, et personne n’est exclu de la promesse.
Ce dossier réunit vingt compagnons du Prophète ﷺ numérotés de 65 à 84 dans la série « 100 compagnons ». Leur point commun n’est pas, pour tous, une conversion tardive au sens strict. Khalid ibn al-Walid, ’Amr ibn al-’As, Abu Sufyan, Hind, ’Ikrima, Suhayl, Safwan, Wahshi, Thumama, ’Adi, al-Tufayl et Abu al-’As sont bien venus à l’islam après avoir combattu ou négocié contre lui, entre Hudaybiya (628) et la fin du règne du Prophète ﷺ. Abu Hurayra a rejoint Médine en 7 H, au moment de Khaybar : il appartient à la même vague. Mais ’Abdullah ibn ’Umar, ’Abdullah ibn al-’Abbas, ’Abdullah ibn al-Zubayr et ’Abdullah ibn ’Amr ibn al-’As sont nés dans des familles musulmanes ou presque, et ne se sont jamais « convertis » ; Mu’awiya, Abu Musa et al-Mughira se situent entre les deux catégories.
Ce qui les rassemble est ailleurs : ce sont eux qui ont fait passer l’islam du stade de la cité-refuge à celui de l’empire, de l’oasis à la civilisation. Les uns ont conquis (Khalid, ’Amr, Abu Musa, al-Mughira, Mu’awiya). D’autres ont gouverné, négocié ou tenu un État (Abu Sufyan, Suhayl, Mu’awiya, Ibn al-Zubayr). D’autres encore ont transmis : Abu Hurayra, Ibn ’Umar, Ibn ’Abbas et Ibn ’Amr portent à eux quatre une part immense de la mémoire prophétique. Enfin certains incarnent le pardon, cette qualité que le Prophète ﷺ a mise à l’épreuve plus que toute autre : Hind mâchant le foie de Hamza, Wahshi l’ayant tué, ’Ikrima fils d’Abu Jahl, Safwan qui avait comploté contre sa vie, Thumama qu’on attacha à un pilier de la mosquée.
Chaque fiche suit le même plan : identité, entrée en islam, paroles du Prophète ﷺ, rôle historique, anecdotes, fin de vie, enseignements et tableau des sources. Les récits sont étiquetés selon leur degré de solidité (voir le chapitre 4). Là où les chroniqueurs divergent sur une date, un lieu ou un détail, le texte le dit. Sur les conflits qui ont opposé des compagnons entre eux, la position retenue est celle des savants sunnites de toujours : on respecte tous les compagnons, on s’abstient de juger leurs différends, et l’on garde pour chacun la place que lui ont donnée les textes.
2. D’Hudaybiya à la conquête de La Mecque : le basculement (628-630)
Hudaybiya (Dhu al-Qa’da 6 H / mars 628). Le Prophète ﷺ part pour la ‘Umra avec environ mille quatre cents compagnons, sans armes de guerre. Quraysh envoie sa cavalerie, commandée entre autres par Khalid ibn al-Walid et ’Ikrima, à Kura’ al-Ghamim. Le Prophète ﷺ change de route (Bukhari, Kitab al-Shurut, bab al-shurut fi’l-jihad wa’l-musalaha — établi). Il s’arrête à Hudaybiya, où a lieu l’allégeance sous l’arbre, la bay’at al-Ridwan (Coran 48:18 — coranique). Suhayl ibn ’Amr négocie pour Quraysh ; al-Mughira ibn Shu’ba se tient près du Prophète ﷺ, l’épée au poing, lors de la visite de ’Urwa ibn Mas’ud.
Les clauses semblent écrasantes : trêve de dix ans, retour de tout Qurayshite qui rejoindrait Médine sans l’accord de son tuteur, retour des musulmans l’année suivante, liberté pour les tribus de s’allier à l’un ou l’autre camp. Plusieurs compagnons sont accablés. Le Coran qualifie pourtant l’événement de « victoire éclatante » (Coran 48:1 — coranique). L’histoire donne raison à ce verset : la trêve ouvre les routes, permet la prédication, et en deux ans les conversions dépassent celles de quinze années de lutte (Ibn Ishaq ; Ibn Hisham — rapporté).
Après la trêve. En 7 H, Khaybar est prise ; Abu Hurayra et le groupe des Daws arrivent à Médine à ce moment-là. La ’Umra de rattrapage (Dhu al-Qa’da 7 H) voit les Qurayshites quitter la ville pour laisser les musulmans y entrer, et plusieurs de leurs chefs sentent le vent tourner. En Safar 8 H, Khalid, ’Amr ibn al-’As et ’Uthman ibn Talha arrivent ensemble à Médine pour embrasser l’islam (Ibn Sa’d ; al-Waqidi — rapporté). Quelques semaines plus tard, Mu’ta (Jumada I 8 H) donne à Khalid son premier commandement.
Rupture et conquête (Ramadan 8 H / janvier 630). La tribu de Bakr, alliée de Quraysh, attaque les Khuza’a, alliés du Prophète ﷺ, au point d’eau d’al-Watir, avec l’aide de certains Qurayshites (Ibn Ishaq — rapporté). La trêve est rompue. Abu Sufyan se rend à Médine pour la renouveler et repart bredouille. Le Prophète ﷺ marche sur La Mecque avec dix mille hommes, campe à Marr al-Zahran, où Abu Sufyan est amené de nuit chez al-’Abbas. Il lui est promis : « Quiconque entre chez Abu Sufyan est en sécurité » (Muslim, Kitab al-Jihad wa’l-siyar, bab fath Makka — établi).
La ville est prise presque sans combat. Seul le détachement de Khalid rencontre, à Khandama, une résistance menée par ‘Ikrima, Safwan et Suhayl, brisée en quelques instants (Ibn Ishaq — rapporté). Le Prophète ﷺ entre la tête baissée, récitant la sourate al-Fath (Bukhari, Kitab al-Maghazi, bab dukhul al-Nabi ﷺ min a’la Makka — établi), purifie la Ka’ba de ses trois cent soixante idoles en répétant : « La vérité est venue et le faux a disparu » (Coran 17:81 ; Bukhari, Maghazi, bab fath Makka — établi). Puis vient la scène que tout lecteur devrait connaître : « Que pensez-vous que je vais faire de vous ? — Un frère généreux, fils d’un frère généreux. — Allez, vous êtes libres (al-tulaqa’) » (Ibn Ishaq ; al-Bayhaqi, Dala’il al-nubuwwa — rapporté, chaîne discutée mais sens attesté par l’ensemble des récits).
Quelques personnes seulement avaient été exclues de l’amnistie (Ibn Ishaq ; al-Waqidi — rapporté). Parmi elles figuraient ’Ikrima, Hind, Wahshi et Safwan, et tous obtinrent finalement le pardon. Cette générosité a un prix politique évident : elle désarme Quraysh. Elle a aussi une portée spirituelle que les récits n’effacent jamais : l’islam n’est pas venu se venger.
Hunayn et Ta’if (Shawwal 8 H). Ceux qui viennent de se convertir, dont Abu Sufyan, Safwan et Suhayl, marchent avec le Prophète ﷺ contre Hawazin. La confusion du début de la bataille révèle la fragilité de certains cœurs, la fermeté du Prophète ﷺ la rétablit (Coran 9:25-26 — coranique). Le partage du butin donne lieu à la polémique bien connue des « cœurs à rallier » (al-mu’allafa qulubuhum, Coran 9:60 — coranique).
Une page tournée. Le Prophète ﷺ déclare : « Il n’y a plus d’hégire après la conquête, mais combat et intention » (Bukhari, Kitab al-Jihad, bab la hijra ba’d al-fath — établi). Désormais, on entre en islam sans quitter sa ville. En 9 H, l’année des délégations, les tribus arrivent de toute l’Arabie. Après la mort du Prophète ﷺ (11 H), la guerre de la Ridda confirme que ces nouveaux venus ne forment pas un bloc : certains vacillent, d’autres, comme Suhayl à La Mecque, tiennent la ville ferme.
3. Chronologie
| Date (H / J.-C.) | Événement | Compagnons concernés |
|---|---|---|
| 2 H / 624 | Badr : Suhayl et Abu al-’As captifs ; ’Utba, père de Hind, et Abu Jahl tués | 78, 84, 68, 70 |
| 3 H / 625 | Uhud : Khalid retourne la bataille ; Hamza tué par Wahshi ; Hind mutile les morts | 65, 80, 68, 67 |
| 5 H / 627 | Khandaq (Ahzab) ; Ibn ’Umar admis au combat | 67, 72, 77 |
| 6 H / 628 | Hudaybiya ; Thumama attaché à la mosquée | 78, 77, 65, 81 |
| 7 H / 629 | Khaybar ; arrivée d’Abu Hurayra, d’Abu Musa et des Daws | 71, 76, 83 |
| Safar 8 H / 629 | Khalid, ’Amr et ’Uthman ibn Talha embrassent l’islam | 65, 66 |
| Jumada I 8 H / 629 | Mu’ta : Khalid reprend l’étendard | 65 |
| Ramadan 8 H / janvier 630 | Conquête de La Mecque ; conversion d’Abu Sufyan, de Hind, de Mu’awiya ; pardon à ’Ikrima, Safwan, Wahshi | 67-70, 78, 79, 80 |
| Shawwal 8 H / 630 | Hunayn et Ta’if | 67, 79, 78, 77 |
| 9 H / 630-631 | Année des délégations ; ’Adi ibn Hatim vient à Médine | 82 |
| 10 H / 632 | Pèlerinage d’adieu | tous |
| 11 H / 632 | Mort du Prophète ﷺ ; début de la Ridda | 65, 81, 82, 78 |
| 12 H / 633-634 | Yamama ; mort d’al-Tufayl ; mort d’Abu al-’As | 65, 83, 84 |
| 13-15 H / 634-636 | Ajnadayn, Yarmuk | 65, 66, 70 |
| 18 H / 639 | Peste d’Amwas ; mort de Suhayl ; ’Umar confie la Syrie à Mu’awiya | 78, 69 |
| 18-21 H / 639-642 | Conquête de l’Égypte | 66 |
| 21 H / 642 | Mort de Khalid à Homs | 65 |
| 35-40 H / 656-661 | Fitna : assassinat de ’Uthman, Jamal, Siffin | 69, 72-77, 82 |
| 41 H / 661 | « Année de la communauté » : al-Hasan cède le califat à Mu’awiya | 69 |
| 43 H / 664 | Mort de ’Amr à Fustat | 66 |
| 60 H / 680 | Mort de Mu’awiya ; refus de Yazid par Ibn al-Zubayr | 69, 74 |
| 68 H / 687-688 | Mort d’Ibn ’Abbas à Ta’if | 73 |
| 73 H / 692-693 | Chute et mort d’Ibn al-Zubayr devant al-Hajjaj ; mort d’Ibn ’Umar à La Mecque | 74, 72 |
4. Niveaux de preuve
Les récits cités dans ce dossier ne pèsent pas tous le même poids. Chacun est donc étiqueté entre parenthèses, avec sa source, selon six niveaux.
Coranique. Un verset du Coran. Exemple : le pacte sous l’arbre (Coran 48:18 — coranique).
Établi. Récit rapporté par al-Bukhari ou Muslim, ou par un recueil de Sunan ou de Musnad dont la chaîne est reconnue sahih ou hasan par les savants du hadith. Exemple : « Quiconque entre chez Abu Sufyan est en sécurité » (Muslim, Jihad — établi).
Rapporté. Récit transmis par les biographes et historiens (Ibn Ishaq, Ibn Sa’d, al-Waqidi, al-Tabari, Ibn Kathir) sans chaîne qui le fasse entrer dans les recueils de hadith authentiques. On le cite parce qu’il est plausible et constant dans la tradition. Al-Waqidi est cité avec réserve : les critiques du hadith le tiennent pour faible comme transmetteur, mais son récit des campagnes reste utilisé quand il est confirmé par d’autres.
Isra’iliyyat–Discuté. Récit dont la chaîne est faible ou dont les savants se sont opposés, ou matériau venu des gens du Livre. À lire avec prudence.
Populaire. Anecdote répandue dans la littérature d’édification ou dans la mémoire des peuples, sans chaîne vérifiable dans les sources classiques.
Rejeté. Légende ou récit dont les savants ont montré la fausseté. Il n’est mentionné que pour être écarté.
Quand un numéro de hadith n’est pas indiqué, c’est que les éditions diffèrent ; le recueil et le chapitre permettent alors de retrouver le texte.
PARTIE II — LES VINGT COMPAGNONS
65. Khalid ibn al-Walid — l’épée dégainée d’Allah
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | Khalid ibn al-Walid ibn al-Mughira al-Makhzumi |
| Kunya | Abu Sulayman |
| Tribu | Quraysh, clan des Banu Makhzum |
| Naissance/Mort | Vers 584 à La Mecque ; mort en 21 H / 642 à Homs (certains disent à Médine) |
| Entrée en islam | Safar 8 H (mai 629), à Médine, avec ’Amr ibn al-’As |
| Batailles | Uhud (côté mecquois), Mu’ta, conquête de La Mecque, Hunayn, Ridda, Yamama, Irak, Syrie, Yarmuk |
| Sépulture | Homs (Syrie), mosquée qui porte son nom |
En une phrase : Le cavalier qui fit trembler les musulmans à Uhud devint, huit ans plus tard, celui que le Prophète ﷺ nomma « une des épées d’Allah » et que l’histoire n’a jamais vu perdre une bataille.
A. Identité et famille
Khalid naît à La Mecque dans l’un des clans les plus riches et les plus fiers de Quraysh. Son père al-Walid ibn al-Mughira est ce chef opulent que le Coran évoque avec sévérité (Coran 74:11-26 — coranique). Les Banu Makhzum ont en charge la cavalerie et la logistique militaire de la tribu : Khalid est élevé dans les écuries, aux armes, à la tactique. Son frère al-Walid ibn al-Walid, capturé à Badr et libéré contre rançon, s’est déjà converti ; sa tante maternelle Maymuna est l’épouse du Prophète ﷺ.
Il est connu pour sa taille et sa carrure, sa vivacité et son sens du terrain. Son fils Sulayman, qui donne à Khalid sa kunya, et son fils ’Abd al-Rahman, futur gouverneur à Homs, perpétueront son nom.
B. Entrée en islam
Sa conversion n’est pas un coup de tonnerre : c’est un long mûrissement. Après Hudaybiya, où il commande la cavalerie qui tente de barrer la route aux musulmans à Kura’ al-Ghamim (Bukhari, Shurut — établi), il se retrouve devant le constat que l’islam ne cesse de croître. Selon Ibn Ishaq et Ibn Sa’d, son frère al-Walid lui fait parvenir un mot du Prophète ﷺ : « Je m’étonne qu’un esprit comme le tien ignore encore l’islam. » Khalid aurait répondu : « Cela m’a décidé. » Il raconte aussi un rêve où il se trouvait dans une gorge étroite et aride, puis dans un vaste pays verdoyant (rapporté — Ibn Sa’d, Ibn Hajar). Il part pour Médine en Safar 8 H avec ’Amr ibn al-’As et ’Uthman ibn Talha, rencontre en chemin ’Amr ibn al-’As et ’Uthman ibn Talha, qui allaient au même but, et déclare l’islam devant le Prophète ﷺ. Il lui demande de solliciter le pardon pour tout ce qu’il a fait contre la voie d’Allah, et le Prophète ﷺ répond que l’islam efface ce qui l’a précédé (rapporté, reprenant un principe établi chez Muslim).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
À Mu’ta, après la mort successive de Zayd ibn Haritha, de Ja’far et de ’Abdullah ibn Rawaha, Khalid prend l’étendard sans y avoir été désigné et sauve l’armée. Le Prophète ﷺ, qui voit la scène à distance, annonce la mort des trois chefs puis dit : « Puis l’étendard a été pris par une épée parmi les épées d’Allah (sayf min suyuf Allah), et Allah leur a donné la victoire » (Bukhari 4262 — établi). C’est de là que vient le surnom entré dans toutes les mémoires.
Khalid lui-même rapporte que neuf épées se brisèrent dans sa main ce jour-là (Bukhari, Maghazi, ghazwat Mu’ta — établi). Une autre parole lui est adressée à propos d’un différend avec ’Abd al-Rahman ibn ’Awf : « Ne maltraitez pas mes compagnons » (Muslim, Fada’il al-Sahaba, bab tahrim sabb al-Sahaba — établi). Une formule est aussi rapportée : « Quel excellent serviteur d’Allah, Khalid ibn al-Walid, une épée parmi les épées d’Allah que Allah a tirée contre les mécréants » (Ahmad, Musnad ; al-Hakim — hasan, selon plusieurs savants).
D. Rôle dans l’histoire
Uhud (3 H). C’est Khalid qui, voyant les archers quitter la colline, contourne la position, charge par l’arrière et transforme une défaite probable pour Quraysh en victoire. Les musulmans ont gardé ce souvenir : leur plus grand ennemi du moment est devenu leur général le plus sûr.
Mu’ta et la conquête (8 H). À Mu’ta, face à une armée byzantine et arabe bien supérieure en nombre, il manœuvre toute la journée suivante, change les ailes et l’arrière-garde, donne l’impression que des renforts arrivent, puis rompt le contact et ramène l’armée (Bukhari, Maghazi — établi pour l’essentiel ; le détail tactique vient d’Ibn Ishaq et d’al-Waqidi — rapporté). À la conquête de La Mecque, il commande l’aile qui entre par le bas de la ville. Après la prise, il détruit l’idole d’al-’Uzza à Nakhla (Ibn Ishaq — rapporté).
Peu après, il est envoyé chez les Banu Jadhima : malentendu sur leur reddition, il en fait exécuter plusieurs. Le Prophète ﷺ lève les mains et dit : « Ô Allah, je me dégage devant Toi de ce qu’a fait Khalid », puis envoie ’Ali verser le prix du sang (Bukhari 4339 — établi). Il ne le démet pas de ses fonctions ; le blâme porte sur l’acte, pas sur l’homme.
La Ridda (11-12 H). Abu Bakr lui confie l’écrasement de Tulayha à Buzakha, puis des Banu Tamim, puis de Musaylima à Yamama, où il subit de lourdes pertes avant la victoire (Tabari — rapporté). Dans l’affaire de Malik ibn Nuwayra, qu’il fait exécuter, ’Umar exige un châtiment ; Abu Bakr refuse : « Je ne remettrai pas au fourreau une épée qu’Allah a dégainée contre les incroyants » (Tabari — rapporté).
L’Irak et la Syrie (12-15 H). En quelques mois il enchaîne les batailles de la Chaîne (Dhat al-Salasil d’Irak), d’al-Madhar, Walaja, Ullays, al-Hira et ’Ayn al-Tamr (Tabari — rapporté). Puis, sur ordre d’Abu Bakr, il traverse le désert de Syrie par une route réputée impraticable, parcourt plusieurs jours sans point d’eau en faisant boire les chameaux avant de les égorger pour recueillir l’eau de leur estomac, et surgit devant Damas (Tabari ; Ibn Kathir — rapporté). À Yarmuk (15 H / 636), il commande de fait les troupes sous l’autorité nominale d’Abu ’Ubayda. La victoire ouvre la Syrie à l’islam.
E. Anecdotes et détails marquants
Le poison d’al-Hira. Les notables de la ville lui apportent un poison. Khalid prend la fiole, prononce « Bismillah » et boit : il n’en souffre pas, ce qui convertit une partie de l’assistance (Tabari ; Ibn Kathir — rapporté, chaîne faible ; les savants n’en font pas un fait établi).
La calotte aux cheveux. Pour Yarmuk, il porte un bonnet où sont cousus quelques cheveux du Prophète ﷺ, rapportés de la ’Umra ; il disait ne jamais avoir perdu un combat avec elle (al-Waqidi ; al-Hakim — rapporté ; l’authenticité de l’objet ne peut être vérifiée).
Le limogeage. ’Umar, devenu calife, le relève de son commandement au milieu de l’année 13 H (Tabari place le fait pendant le siège de Damas). Ses raisons, selon ses propres explications : empêcher que les gens ne mettent leur confiance en un homme plutôt qu’en Allah, et la crainte d’une exagération des mérites de Khalid (Tabari ; Ibn Kathir — rapporté). En 17 H, il le démet de Qinnasrin après qu’il eut distribué de l’argent à al-Ash’ath ibn Qays (Tabari — rapporté). Khalid obéit sans révolte ; on lui prête ces mots : « Je ne combats pas pour ’Umar, je combats pour le Seigneur de ’Umar » (rapporté).
Les cicatrices. À l’heure de sa mort, il aurait déclaré avoir participé à plus de cent batailles, n’avoir pas un empan de corps sans coup d’épée ou de lance, et ajouté : « Et me voici mourant sur mon lit comme meurt le chameau. Que les yeux des lâches ne dorment pas » (Ibn Sa’d ; Ibn ’Abd al-Barr ; Ibn Hajar — rapporté).
F. Fin de vie
Après sa révocation, Khalid vit à Homs puis à Médine, sans fonction. Il tombe malade à Homs en 21 H. Il lègue ses armes et son cheval à la cause d’Allah et désigne ’Umar comme exécuteur testamentaire (Ibn Sa’d — rapporté). Sa mort affecte profondément ’Umar. On lui prête cette parole : que les femmes des Banu al-Mughira versent des larmes sur Abu Sulayman, pourvu qu’il n’y ait ni cris ni lamentations (Ibn Hajar — rapporté). On rapporte une parole d’Abu Bakr : « Les femmes de Quraysh ne mettront plus au monde un homme comme Khalid. »
Sa tombe se trouve à Homs, à côté de la mosquée qui porte son nom, reconstruite à l’époque ottomane. Son lieu de mort et d’inhumation est discuté : Ibn Hajar mentionne la possibilité d’un décès à Médine, mais l’opinion dominante demeure Homs.
G. Ce que l’on retient
- Un homme peut être l’adversaire le plus redoutable, puis le meilleur serviteur de la cause qu’il combattait : l’islam ne demande pas de repartir de zéro, il demande de se tourner vers Allah.
- Le talent ne dispense pas de la correction : le Prophète ﷺ a désavoué un acte de Khalid sans renier l’homme, et ’Umar l’a relevé sans le diffamer.
- La victoire n’appartient pas au général : Khalid a accepté sa mise à l’écart avec la même discipline qu’il avait mise à vaincre.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Khalid commande la cavalerie à Kura’ al-Ghamim | Bukhari, Shurut | Établi |
| « Sayf min suyuf Allah » à Mu’ta | Bukhari 4262 | Établi |
| Neuf épées brisées à Mu’ta | Bukhari, Maghazi | Établi |
| « Je me dégage de ce qu’a fait Khalid » (Banu Jadhima) | Bukhari 4339 | Établi |
| « Ne maltraitez pas mes compagnons » | Muslim, Fada’il al-Sahaba | Établi |
| Lettre d’al-Walid et rêve de la gorge | Ibn Sa’d ; Ibn Ishaq | Rapporté |
| « Je ne remettrai pas l’épée au fourreau » (Abu Bakr) | Tabari | Rapporté |
| Traversée du désert de Syrie | Tabari ; Ibn Kathir | Rapporté |
| Le poison d’al-Hira | Tabari ; Ibn Kathir | Rapporté (chaîne faible) |
| Le bonnet aux cheveux du Prophète ﷺ | Waqidi ; Hakim | Rapporté |
| Paroles de Khalid à son lit de mort | Ibn Sa’d ; Ibn Hajar | Rapporté |
66. ’Amr ibn al-’As — le vainqueur de l’Égypte
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | ’Amr ibn al-’As ibn Wa’il al-Sahmi |
| Kunya | Abu ’Abdillah (aussi Abu Muhammad) |
| Tribu | Quraysh, clan des Banu Sahm |
| Naissance/Mort | Vers 50 avant l’hégire (vers 573) ; mort en 43 H / 664 à Fustat, au jour de la fête de la rupture du jeûne, vers 90 ans |
| Entrée en islam | Safar 8 H, à Médine (après une première rencontre avec le Négus en Abyssinie, selon Ibn Ishaq) |
| Batailles | Dhat al-Salasil, campagne de Palestine, Ajnadayn, Yarmuk, conquête de l’Égypte, Siffin |
| Sépulture | Al-Muqattam, près du Caire |
En une phrase : Ambassadeur de Quraysh auprès du Négus pour faire expulser les premiers émigrés, il devint l’homme qui conquit l’Égypte et fonda la ville de Fustat.
A. Identité et famille
Son père al-’As ibn Wa’il est l’un des railleurs de Quraysh, ennemi déclaré du Prophète ﷺ, auquel est associée la sourate al-Kawthar (Coran 108 — coranique, la désignation précise étant rapportée par Ibn Ishaq). ’Amr naît dans un clan estimé pour sa diplomatie. Les Arabes le rangent parmi les quatre ou cinq hommes les plus rusés de leur temps, avec Mu’awiya, al-Mughira et Ziyad (Ibn Hajar, al-Isaba — rapporté). Son fils ’Abdullah, qui figure plus loin dans ce dossier, est l’un des grands transmetteurs du hadith.
B. Entrée en islam
Voici la version la plus soignée de son récit, tirée d’Ibn Ishaq et du Musnad d’Ahmad. ’Amr est envoyé par Quraysh auprès du Négus avec des cadeaux, pour réclamer les émigrés installés en Abyssinie. Il échoue, car Ja’far ibn Abi Talib récite le début de la sourate Maryam devant le roi (Ibn Ishaq ; Ahmad — hasan). De retour, il garde en lui le trouble. Quelques années après, il repasse par l’Abyssinie, parle seul au Négus, qui l’interroge : « Comment peux-tu ne pas suivre celui qui est venu avec la vérité ? » Il aurait alors posé sa main dans celle du Négus et embrassé l’islam (Ibn Ishaq — rapporté).
Il retrouve Khalid et ’Uthman ibn Talha en chemin ; tous trois se présentent au Prophète ﷺ à Médine en Safar 8 H (Ibn Sa’d ; al-Waqidi — rapporté). ’Amr dit : « Je n’accepterai que si Allah me pardonne le passé. » Le Prophète ﷺ répond : « ’Amr, l’islam efface ce qui l’a précédé, et l’émigration efface ce qui l’a précédée » (Muslim 121 — établi).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Le Prophète ﷺ lui adresse des paroles qui montrent la confiance placée en lui : « Les gens ont embrassé l’islam et ’Amr ibn al-’As a cru » (Tirmidhi, Manaqib ; Ahmad — hasan). Il dit aussi : « Les deux fils d’al-’As, Hisham et ’Amr, sont croyants » (Ahmad ; Tirmidhi — hasan).
À Dhat al-Salasil, ’Amr, qui s’attendait à être le préféré, demande : « Qui est la personne que tu aimes le plus ? — ’A’isha. — Et parmi les hommes ? — Son père. — Puis ? — ’Umar » (Bukhari, Maghazi, ghazwat Dhat al-Salasil ; Muslim, Fada’il al-Sahaba — établi). Cette question est révélatrice : ’Amr y apprend que sa qualité de commandant n’implique aucune préséance dans le cœur du Prophète ﷺ.
D. Rôle dans l’histoire
Dhat al-Salasil (8 H). Le Prophète ﷺ le place à la tête de trois cents hommes, puis de renforts conduits par Abu ’Ubayda, contre des tribus des confins de la Syrie liées à sa propre famille maternelle. C’est la première charge de commandement pour un homme tout juste converti.
Oman. Le Prophète ﷺ l’envoie chez les rois de Jayfar et ’Abd, fils de Julanda, pour les inviter à l’islam. Ils acceptent (Ibn Sa’d — rapporté). Il y est encore quand le Prophète ﷺ meurt.
La Syrie, puis l’Égypte (13-21 H). Sous Abu Bakr, il commande en Palestine, participe à Ajnadayn et à Yarmuk. ’Umar l’autorise ensuite à marcher sur l’Égypte avec quatre mille hommes, malgré ses réticences, à la fin de 18 H ou en 19 H. Il prend Pelusium, Bilbays, puis la forteresse de Babylone (Misr), assiégée plusieurs mois, grâce à l’arrivée d’al-Zubayr ibn al-’Awwam (Tabari ; Ibn ’Abd al-Hakam, Futuh Misr — rapporté). Alexandrie capitule en 21 H. Il fonde alors Fustat, premier centre arabo-musulman d’Égypte, avec sa mosquée, qui porte son nom.
La Fitna. Il est rappelé par ’Uthman en 25 H (remplacé par ’Abdullah ibn Sa’d ibn Abi Sarh), se tient à l’écart lors de l’assassinat du calife, puis rejoint Mu’awiya. À Siffin, il l’accompagne et, lors de l’arbitrage, représente le camp syrien. Mu’awiya lui confie l’Égypte à la fin de 38 H. Il y reste jusqu’à sa mort.
E. Anecdotes et détails marquants
La prière en état d’impureté. Lors de la nuit froide de Dhat al-Salasil, il a une pollution nocturne et, craignant de mourir de froid en faisant la grande ablution, accomplit le tayammum puis dirige la prière. Les compagnons le rapportent au Prophète ﷺ, qui l’interroge. ’Amr cite le verset : « Ne vous donnez pas la mort » (Coran 4:29). Le Prophète ﷺ sourit et ne dit rien (Abu Dawud, Taharah, bab idha khafa al-junub al-bard ayatayammam — établi, jugé sahih par plusieurs savants).
Sa confession de mort. Quand il est mourant, son fils ’Abdullah le voit pleurer, face au mur. Il décrit trois étapes de sa vie : celle où il détestait le Prophète ﷺ au point de vouloir le tuer ; celle de l’islam, où nul ne lui était plus cher que le Prophète ﷺ, au point qu’il n’osait plus le fixer du regard par respect ; et celle des charges de gouvernement, dont il ne sait plus quel est son état. Il demande que ni pleureuse ni feu n’accompagne son cortège, qu’on l’enterre doucement, qu’on reste près de sa tombe le temps de partager un chameau, afin qu’il se rassure (Muslim 121 — établi).
La fiancée du Nil. On raconte que ’Umar aurait envoyé une lettre à jeter dans le Nil pour mettre fin au sacrifice annuel d’une jeune fille. Le récit passe par Ibn ’Abd al-Hakam, sans chaîne solide, et aucun témoin contemporain ne le confirme (rejeté / populaire).
La bibliothèque d’Alexandrie. On lit parfois que ’Amr a fait brûler la grande bibliothèque d’Alexandrie sur ordre de ’Umar. Cette histoire apparaît six siècles plus tard chez ’Abd al-Latif al-Baghdadi, puis chez Ibn al-Qifti ; aucun témoin contemporain, grec, copte ou arabe, ne la mentionne. L’institution avait déjà largement disparu avant l’arrivée des Arabes (rejeté).
F. Fin de vie
Il meurt à Fustat à l’âge d’environ quatre-vingt-dix ans, le jour de l’Aïd al-Fitr, 43 H. Son fils ’Abdullah dirige la prière funéraire. On l’enterre au pied du Muqattam.
Sa fin est aussi celle d’un homme qui a connu le doute sur lui-même : les paroles de la confession rapportée par Muslim sont devenues un classique de la tradition spirituelle, car elles sont dites par un vainqueur, devant la mort, et elles ne cherchent pas à se rendre plus beau qu’il n’était.
G. Ce que l’on retient
- On peut arriver tard et peser lourd : ’Amr n’avait que trois à quatre ans de vie musulmane avec le Prophète ﷺ, et il a bâti en Égypte une civilisation.
- La ruse n’exclut pas la foi : il a mis son intelligence politique au service d’un but plus grand que lui, et l’a reconnu humblement sur son lit de mort.
- Un grand parcours ne dispense pas de s’examiner : la confession finale rappelle que l’on sera jugé sur sa fin et sur ses comptes.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| « L’islam efface ce qui l’a précédé » ; confession de mort | Muslim 121 | Établi |
| « Les gens ont cru et ’Amr a cru » | Tirmidhi ; Ahmad | Établi (hasan) |
| Question sur le plus aimé, Dhat al-Salasil | Bukhari, Maghazi ; Muslim | Établi |
| Tayammum de ’Amr | Abu Dawud, Taharah | Établi |
| Ambassade chez le Négus, rencontre avec Ja’far | Ibn Ishaq ; Ahmad | Rapporté |
| Conversion chez le Négus | Ibn Ishaq | Rapporté |
| Mission en Oman | Ibn Sa’d | Rapporté |
| Conquête d’Égypte | Ibn ’Abd al-Hakam ; Tabari | Rapporté |
| La fiancée du Nil | Ibn ’Abd al-Hakam | Rejeté / populaire |
| Incendie de la bibliothèque d’Alexandrie | ’Abd al-Latif al-Baghdadi (XIIe s.) | Rejeté |
67. Abu Sufyan ibn Harb — le chef de Quraysh devenu soldat de l’islam
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | Sakhr ibn Harb ibn Umayya ibn ’Abd Shams |
| Kunya | Abu Sufyan (aussi Abu Handhala) |
| Tribu | Quraysh, clan des Banu Umayya (Banu ’Abd Shams) |
| Naissance/Mort | Vers dix ans avant l’année de l’Éléphant selon certains, soit vers 560 ; mort entre 31 et 34 H (surtout 31-32 H) à Médine, vers 88 ans |
| Entrée en islam | Ramadan 8 H, à Marr al-Zahran, la nuit précédant la conquête de La Mecque |
| Batailles | Uhud, Khandaq (côté mecquois) ; Hunayn, Ta’if, Yarmuk (côté musulman) |
| Sépulture | Al-Baqi’, Médine |
En une phrase : L’adversaire le plus constant du Prophète ﷺ pendant vingt ans fut aussi celui à qui l’on promit, le jour de la conquête, que sa maison serait un lieu d’asile.
A. Identité et famille
Abu Sufyan est l’un des grands marchands de La Mecque et, après Badr, le chef de guerre de Quraysh, puisque presque toute l’ancienne direction est tombée. Il appartient à la branche des Umayya, rivale des Banu Hashim, famille du Prophète ﷺ. Sa fille Ramla, connue sous le nom d’Umm Habiba, est l’une des premières converties et l’une des mères des croyants. Ses fils Yazid et Mu’awiya deviendront des gouverneurs de Syrie. Son épouse Hind bint ’Utba est traitée au chapitre suivant.
B. Entrée en islam
Après la rupture de Hudaybiya, Abu Sufyan se rend à Médine pour renouveler la trêve. Il s’adresse tour à tour à sa fille Umm Habiba, qui replie sous ses yeux le tapis du Prophète ﷺ pour qu’un polythéiste ne s’y asseye pas (Ibn Ishaq ; Ibn Sa’d — rapporté), puis à Abu Bakr, ’Umar, ’Ali et Fatima. Il repart sans réponse.
Quand l’armée musulmane atteint Marr al-Zahran, al-’Abbas, qui le connaît bien, le fait venir de nuit auprès du Prophète ﷺ. L’échange de la nuit est rapporté par Ibn Ishaq : « Ne vois-tu pas qu’il est temps pour toi de savoir qu’il n’y a de divinité qu’Allah ? — S’il y avait une autre divinité à côté de Lui, elle m’aurait servi à quelque chose. — Ne vois-tu pas qu’il est temps pour toi de savoir que je suis le messager d’Allah ? — Sur celui-là, il me reste encore un doute. » ’Abbas lui dit alors : « Malheur à toi, embrasse l’islam avant qu’on te coupe la tête. » Il prononce la shahada (Ibn Ishaq — rapporté).
Plusieurs auteurs notent que sa foi n’est devenue forte qu’avec le temps et l’épreuve. Mais son comportement à Hunayn, à Ta’if et à Yarmuk fait de lui un soldat sans éclat mais sans fausse note.
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
La parole la plus célèbre est celle du jour de la conquête : « Quiconque entre dans la maison d’Abu Sufyan est en sécurité ; quiconque ferme sa porte sur lui est en sécurité ; quiconque entre dans la Mosquée est en sécurité » (Muslim 1780 — établi). Al-’Abbas avait dit au Prophète ﷺ : « Abu Sufyan aime les honneurs, accorde-lui quelque chose. » Le Prophète ﷺ lui offre ce que cet homme réclame : le titre d’abri.
Après Hunayn, il lui accorde cent chameaux et quarante onces d’argent parmi « ceux dont les cœurs sont à rallier » (Muslim, Zakat, bab i’ta’ al-mu’allafa — établi). Abu Sufyan demande aussi : « Et mon fils Yazid ? — Il aura autant. — Et Mu’awiya ? — Il aura autant » (Muslim, Zakat — établi).
Un autre hadith lui prête trois demandes adressées au Prophète ﷺ : épouser sa fille Umm Habiba, faire de Mu’awiya un scribe, et pouvoir combattre les incroyants comme il avait combattu les musulmans. Il figure chez Muslim, Fada’il al-Sahaba, bab min fada’il Abi Sufyan ibn Harb (établi dans sa chaîne ; certains savants, dont Ibn Hazm, l’ont discutée à cause du transmetteur ’Ikrima ibn ’Ammar, mais Muslim l’a retenue).
D. Rôle dans l’histoire
Avant l’islam. Il organise la caravane qui fournit le prétexte de Badr (2 H) ; ayant détourné la caravane, il envoie dire à Quraysh de rentrer, mais Abu Jahl s’obstine et mène l’armée à Badr (Ibn Ishaq — rapporté). Il conduit Quraysh à Uhud (3 H), où il crie à la fin du combat : « Exalte-toi, Hubal ! » ; ’Umar répond de la part du Prophète ﷺ : « Allah est plus haut et plus majestueux » (Bukhari, Maghazi, ghazwat Uhud — établi). Il rassemble les confédérés pour le siège de Médine (5 H, Khandaq), qui échoue dans le vent froid d’une nuit d’hiver (Ibn Ishaq — rapporté ; cf. Coran 33:9 — coranique).
Après l’islam. À Hunayn, il se tient près du Prophète ﷺ. À Ta’if, il perd un œil, frappé par une flèche (Ibn Sa’d — rapporté). Le Prophète ﷺ l’envoie, avec al-Mughira ibn Shu’ba, détruire l’idole al-Lat chez les Thaqif (Ibn Ishaq — rapporté). Il perd son autre œil à Yarmuk, où il circule dans les rangs pour exhorter les combattants, à l’âge de plus de soixante-quinze ans (Tabari — rapporté).
Son poids politique. Sa conversion fait tomber la dernière résistance morale de Quraysh. Son prestige permet à son fils Mu’awiya de s’élever, et il ouvre indirectement la voie à la dynastie des Umayyades.
E. Anecdotes et détails marquants
Le garant sans pouvoir. Quand Abu Sufyan arrive à Médine, le Prophète ﷺ ne lui répond pas. Désemparé, il va chez ’Ali, qui lui dit que « la décision est prise » et lui conseille de se lever lui-même parmi les gens pour proclamer qu’il accorde sa protection. Il le fait dans la mosquée, puis rentre à La Mecque, où les siens se moquent d’une protection sans valeur (Ibn Ishaq — rapporté).
La nuit de Marr al-Zahran. Les feux de dix mille hommes l’impressionnent. Il compare cela aux feux du pèlerinage de ’Arafa. Quand on lui présente la grandeur de l’armée du Prophète ﷺ, il dit à al-’Abbas : « Le règne du fils de ton frère est devenu bien grand. — Ce n’est pas un règne, c’est la prophétie » (Ibn Ishaq — rapporté).
À la porte de ’Umar. Devenu calife, ’Umar fait attendre à sa porte Suhayl, Abu Sufyan et d’autres notables de Quraysh pendant qu’il reçoit d’abord Bilal, Suhayb et d’anciens compagnons des premiers temps. Abu Sufyan s’indigne ; Suhayl, plus lucide, lui répond que l’invitation a été la même pour tous et que ceux qui ont répondu les premiers passent les premiers (Ibn Sa’d ; Ibn Hajar — rapporté).
F. Fin de vie
Il meurt à Médine, très âgé, aveugle des deux yeux. Les dates varient : 31, 32 ou 34 H. Ibn Hajar retient surtout 31 ou 32 H. ’Uthman dirige la prière funéraire selon certains ; d’autres disent qu’il fut porté sur les épaules de son fils Mu’awiya (rapporté). Il laisse une fortune et une descendance : ses deux fils sont gouverneurs, sa fille Umm Habiba est l’une des Mères des croyants.
Ses dernières années sont tranquilles. Il n’a plus de rôle politique ; il vit dans la mémoire des chefs de Quraysh qui regardent un homme qui fut leur adversaire pendant vingt ans et leur compagnon pendant vingt ans d’islam.
G. Ce que l’on retient
- Le dernier arrivé peut gagner un honneur que l’histoire ne lui reprochera pas : « Quiconque entre chez Abu Sufyan est en sécurité » reste une marque de grandeur d’âme.
- Savoir tenir compte de l’orgueil des hommes fait partie de la sagesse prophétique : le Prophète ﷺ a offert une place d’honneur à qui aimait les honneurs, au lieu de l’humilier.
- La conversion ne s’achève pas en un jour : Abu Sufyan a prononcé la shahada un soir et l’a prouvée pendant vingt ans, jusqu’à perdre ses deux yeux pour l’islam.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| « Celui qui entre chez Abu Sufyan est en sécurité » | Muslim 1780 | Établi |
| Dialogue avec Héraclius | Bukhari 7 | Établi |
| « Exalte-toi, Hubal ! » après Uhud | Bukhari, Maghazi | Établi |
| Cent chameaux après Hunayn | Muslim, Zakat | Établi |
| Les trois demandes à Muhammad ﷺ | Muslim, Fada’il al-Sahaba | Établi (chaîne discutée par Ibn Hazm) |
| Dialogue de Marr al-Zahran avec al-’Abbas | Ibn Ishaq | Rapporté |
| Umm Habiba replie le tapis | Ibn Ishaq ; Ibn Sa’d | Rapporté |
| Perte de l’œil à Ta’if et à Yarmuk | Ibn Sa’d ; Tabari | Rapporté |
68. Hind bint ’Utba — de Uhud au serment des femmes
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | Hind bint ’Utba ibn Rabi’a ibn ’Abd Shams |
| Kunya | Umm Mu’awiya |
| Tribu | Quraysh, Banu ’Abd Shams |
| Naissance/Mort | Naissance inconnue (La Mecque) ; morte vers 14 H, sous ’Umar, à Médine |
| Entrée en islam | Ramadan 8 H, lors de la conquête de La Mecque |
| Batailles | Uhud (côté mecquois) ; Yarmuk (rôle d’exhortation) |
| Sépulture | Médine (lieu exact non précisé) |
En une phrase : Chef de file de la vengeance à Uhud, elle devint, le jour de la conquête, l’une des premières femmes à prêter serment au Prophète ﷺ, et sa famille donna à l’islam un califat.
A. Identité et famille
Hind est la fille de ’Utba ibn Rabi’a, l’un des chefs de Quraysh tué à Badr en combat singulier par Hamza et ’Ali (Abu Dawud, Jihad ; Ibn Ishaq — établi). Sa famille compte aussi son oncle Shayba et son frère al-Walid, tués ce même jour. Mariée à Abu Sufyan, elle lui donne Mu’awiya et Yazid. Elle est connue pour son intelligence, son éloquence en vers, son énergie : c’est elle qui, avant la bataille d’Uhud, dirige les chanteuses, tambourins en main, pour exciter les troupes mecquoises (Ibn Ishaq — rapporté).
B. Entrée en islam
Hind figure parmi les personnes dont le Prophète ﷺ avait déclaré le sang non protégé le jour de la conquête (Ibn Ishaq ; al-Waqidi — rapporté). Elle vient, voilée, parmi les femmes de Quraysh pour prêter allégeance, de crainte d’être reconnue. Le Prophète ﷺ reçoit les femmes sur les conditions de la sourate al-Mumtahana (Coran 60:12 — coranique) : ne rien associer à Allah, ne pas voler, ne pas commettre l’adultère, ne pas tuer leurs enfants, ne pas forger de calomnies, ne pas désobéir dans le bien.
À « ne pas voler », Hind réagit : « Abu Sufyan est un homme avare ; puis-je prendre de ses biens sans qu’il le sache ? » Le Prophète ﷺ répond : « Prends ce qui te suffit, toi et tes enfants, selon l’usage » (Bukhari, Nafaqat, bab idha lam yunfiq al-rajul ; Muslim, Aqdiya, qissat Hind — établi). Elle lui fait ensuite cet aveu, rapporté par ’A’isha : « Ô messager d’Allah, il n’y avait pas sur la terre de tente que je souhaitais plus voir humiliée que la tienne ; et aujourd’hui il n’y a pas de tente que je souhaite plus voir honorée que la tienne » (Bukhari, Manaqib al-Ansar, bab dhikr Hind bint ’Utba — établi). Le Prophète ﷺ ajoute : « Et par Celui qui tient mon âme en Sa main, vous aussi » (même hadith).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit d’elle
Le Prophète ﷺ ne lui a adressé aucun reproche public ; il lui a même ouvert un droit : celui d’une épouse à prélever, en cas de refus, le nécessaire pour elle et ses enfants. Cette parole est devenue la base juridique du droit de la femme à l’entretien chez les quatre écoles (Muslim, Aqdiya — établi).
D. Rôle dans l’histoire
Uhud (3 H). Après la bataille, Hind et les femmes de Quraysh parcourent le champ. Elles mutilent les corps des martyrs, coupant nez et oreilles pour en faire des bracelets et des colliers. Hind en fait des parures, selon Ibn Ishaq. Elle fait chercher le corps de Hamza, tué par Wahshi, lui fend la poitrine, en extrait le foie et le mâche, mais ne parvient pas à l’avaler et le crache (Ibn Ishaq ; Ibn Sa’d ; al-Waqidi — rapporté). Elle avait promis à Wahshi, lui dit-on, la liberté et des bijoux s’il tuait Hamza (Bukhari, Maghazi, bab qatl Hamza — établi pour la promesse de liberté faite par Jubayr ibn Mut’im ; la part de Hind est rapportée par Ibn Ishaq).
Cette mutilation est un crime de guerre au regard de l’islam. Le Prophète ﷺ, à la vue du corps de son oncle, fut saisi de douleur, et interdit désormais la mutilation (muthla) : « Ne mutilez pas » (Muslim, Jihad, bab ta’mir al-imam al-umara’ — établi).
Une narration attribuée à Ibn Mas’ud affirme que le Prophète ﷺ aurait dit qu’Allah avait préservé la chair de Hamza de l’Enfer à cause de ce qui était entré dans le ventre de Hind (Ahmad ; al-Hakim — rapporté, chaîne faible, les savants ne l’ont pas retenue).
Yarmuk (15 H). Avec d’autres femmes de Quraysh, elle accompagne l’armée et réprimande ceux qui reculent, tente de faire revenir au combat les hommes qui s’enfuient (Tabari ; Ibn Kathir — rapporté).
E. Anecdotes et détails marquants
L’idole de la maison. De retour chez elle après sa conversion, elle brise son idole à coups de hache en disant : « Nous étions bien abusés par toi » (Ibn Sa’d ; Ibn Ishaq — rapporté).
F. Fin de vie
Hind meurt sous le califat de ’Umar, vers 14 H, le jour même où mourut Abu Quhafa, père d’Abu Bakr (Ibn Sa’d — rapporté, mais d’autres auteurs proposent des dates postérieures). Sa postérité compte les califes umayyades.
Les sources ne mentionnent pas de maladie ni de dernier discours. L’essentiel de sa notice est ailleurs, dans la scène du serment : l’ennemie d’hier est devenue une disciple.
G. Ce que l’on retient
- La haine la plus noire peut céder : celle qui mâchait le foie de Hamza est devenue celle que le Prophète ﷺ a écoutée avec patience et à qui il a donné un droit.
- L’islam ne cache pas le crime : les historiens musulmans ont rapporté sans fard les gestes de Hind à Uhud.
- Les femmes ont leur place dans la mémoire de l’islam : le serment de Hind, transmis par ’A’isha, a servi pendant des siècles à fonder un droit.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Hind à l’allégeance des femmes | Bukhari, Manaqib al-Ansar ; Muslim, Aqdiya | Établi |
| « Prends ce qui te suffit selon l’usage » | Bukhari, Nafaqat ; Muslim | Établi |
| « Nulle tente que je voulais plus humiliée » | Bukhari, Manaqib al-Ansar | Établi |
| Interdiction de la mutilation | Muslim, Jihad | Établi |
| Mutilation des corps et foie de Hamza | Ibn Ishaq ; Ibn Sa’d ; Waqidi | Rapporté |
| Promesse de liberté à Wahshi | Bukhari, Maghazi | Établi (par Jubayr) |
| Parole du Prophète ﷺ sur la chair de Hamza | Ahmad ; Hakim | Rapporté (faible) |
| Hind à Yarmuk | Tabari ; Ibn Kathir | Rapporté |
| Idole brisée à la hache | Ibn Sa’d | Rapporté |
69. Mu’awiya ibn Abi Sufyan — le scribe devenu calife
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | Mu’awiya ibn Abi Sufyan Sakhr ibn Harb al-Umawi |
| Kunya | Abu ’Abd al-Rahman |
| Tribu | Quraysh, Banu Umayya |
| Naissance/Mort | Vers 15-20 avant l’hégire ; mort en Rajab 60 H / avril 680 à Damas, vers 78 ans |
| Entrée en islam | Il aurait caché sa foi dès la ’Umra de 7 H et l’aurait proclamée à la conquête (8 H) |
| Batailles | Hunayn, Yarmuk, conquête de Césarée, Chypre, Siffin |
| Sépulture | Damas, cimetière de Bab al-Saghir |
En une phrase : Secrétaire de la révélation selon la tradition, gouverneur de Syrie pendant vingt ans, il devint le fondateur de la dynastie umayyade après l’année de la réconciliation.
A. Identité et famille
Fils d’Abu Sufyan et de Hind, frère d’Umm Habiba, Mu’awiya est donc le beau-frère du Prophète ﷺ. Les sources le décrivent comme grand, de belle apparence, au visage clair, remarquablement patient et diplomate. On lui prête une phrase restée proverbiale : « Je ne casse pas le fil qui me lie aux gens ; s’ils tirent, je lâche, s’ils lâchent, je tire » (Ibn ’Abd Rabbih, al-’Iqd al-farid ; la formule est célèbre mais sa transmission ne remonte pas à une chaîne classique — populaire).
B. Entrée en islam
Mu’awiya affirme avoir embrassé l’islam lors de la ’Umra de rattrapage (7 H), mais l’avoir caché à ses parents (Ibn Sa’d ; Ibn Hajar — rapporté). Il le proclame ouvertement à la conquête de La Mecque en 8 H. Il combat à Hunayn. Son père demande au Prophète ﷺ de le nommer scribe (voir n° 67 ; Muslim, Fada’il al-Sahaba — établi). Parmi les secrétaires qui écrivaient les lettres et, selon la tradition, la révélation, figure Mu’awiya (Ibn Hajar ; Ibn Kathir — rapporté).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Parmi les paroles transmises, certaines sont authentiques et d’autres plus discutées. À propos de la ’Umra, Mu’awiya raconte lui-même : « J’ai coupé les cheveux du Prophète ﷺ avec une paire de ciseaux sur la colline de Marwa » (Bukhari, Hajj ; Muslim, Hajj — établi). Le Prophète ﷺ aurait dit : « Ô Allah, fais de lui un guide et un homme bien guidé, et guide les gens par lui » (Tirmidhi, Manaqib ; Ahmad — hasan selon plusieurs savants ; discuté).
Un autre hadith est connu : Ibn ’Abbas, enfant, jouait, et le Prophète ﷺ le fit appeler Mu’awiya, qui mangeait. Le Prophète ﷺ dit : « Qu’Allah ne remplisse pas son ventre » (Muslim, Birr wa’l-silah, bab man la’anahu al-Nabi ﷺ — établi). Les savants expliquent qu’une telle formule n’est pas un anathème : le Prophète ﷺ avait dit à Allah que toute malédiction de sa part sur un croyant serait pour lui une purification et une miséricorde (Muslim, même chapitre — établi). Certains y ont vu une demande de modération dans l’appétit.
Un hadith établi mentionne aussi les armées navales : « La première armée de ma communauté qui prendra la mer aura mérité [le paradis] », hadith d’Umm Haram (Bukhari, Jihad, bab ma qila fi qital al-Rum ; Muslim — établi). La flotte de Mu’awiya, sous ’Uthman, lancée vers Chypre vers 28 H, en est l’accomplissement selon Ibn Hajar. Et pour Constantinople : « La première armée qui combattra la ville de César leur sera pardonnée » (Bukhari, Jihad — établi). Ibn Hajar l’applique à l’expédition de 52 H sous Yazid.
D. Rôle dans l’histoire
Gouverneur de Syrie (18-41 H). À la mort de son frère Yazid, emporté par la peste d’Amwas, ’Umar lui confie la Syrie. Il la tient sous ’Umar et ’Uthman. Il y bâtit une administration, des ports, des garnisons de frontière, la première flotte. Il fait de la Syrie la base des campagnes contre Byzance.
Le meurtre de ’Uthman et la Fitna (35-40 H). Après l’assassinat de ’Uthman, Mu’awiya, son cousin, refuse l’allégeance à ’Ali tant que les meurtriers ne seront pas jugés. ’Ali estime qu’il faut d’abord stabiliser l’État. Les deux armées se rencontrent à Siffin, sur l’Euphrate, en Safar 37 H. Après plusieurs mois d’affrontements, l’arbitrage est proposé, suivi de la sécession des Kharijites (Tabari — rapporté).
L’année de la communauté (41 H). Après l’assassinat de ‘Ali (40 H), al-Hasan cède le califat à Mu’awiya en Rabi’ I 41 H, pour éviter une guerre. Le Prophète ﷺ l’avait annoncé : « Ce fils à moi est un seigneur, et Allah réconciliera par lui deux grandes communautés de musulmans » (Bukhari 2704 — établi).
Le règne (41-60 H). Il reprend les conquêtes : Afrique du Nord (fondation de Kairouan par ‘Uqba ibn Nafi’, 50 H), Asie centrale, Rhodes, la Sicile (raids) et deux sièges de Constantinople. Il établit la poste, un diwan des sceaux, une garde et une administration qui servira de modèle. Il désigne son fils Yazid comme successeur, ce que la tradition lui reproche : c’est le début de la monarchie héréditaire.
E. Anecdotes et détails marquants
L’apparat de Damas. ’Umar, voyant Mu’awiya vêtu avec faste, lui demande la raison. Mu’awiya répond que la Syrie est un pays d’espions ennemis et que l’apparat inspire le respect. ’Umar lui dit : « Je ne t’ordonne ni ne t’interdis rien », et l’aurait appelé « le Kisra des Arabes » (Ibn Kathir — rapporté).
Le respect envers ’Ali. Un jour, Dirar al-Suda’i, compagnon de ’Ali, vint chez lui. Mu’awiya lui demanda de lui décrire ’Ali ; Dirar fit un éloge si bouleversant que Mu’awiya pleura et dit : « Qu’Allah fasse miséricorde à Abu al-Hasan » (Ibn ’Abd al-Barr, al-Isti’ab — rapporté).
Le linceul. Il aurait demandé qu’on mette dans son linceul les cheveux et les rognures d’ongles du Prophète ﷺ qu’il avait conservés (Ibn Kathir, al-Bidaya — rapporté, chaîne faible).
F. Fin de vie
Mu’awiya tombe malade à la fin de Rajab 60 H et meurt à Damas, âgé de près de quatre-vingts ans. Il recommande à son fils Yazid de ménager les Hijazis, dont il redoutait le soulèvement, en particulier al-Husayn et Ibn al-Zubayr (Tabari — rapporté). Selon Ibn Kathir, ses dernières paroles auraient été : « Ô Allah, pardonne à qui n’espère que Toi. » Il est enterré à Bab al-Saghir.
G. Ce que l’on retient
- Le talent politique est une qualité que le Prophète ﷺ a su reconnaître, et que la tradition musulmane ne cache pas, même quand elle déplore les conséquences de certains choix.
- Entre ’Ali et Mu’awiya, l’histoire a retenu le désaccord, mais les deux hommes ont été salués par les plus grands savants : la prudence consiste à ne pas prendre parti contre un compagnon.
- La réconciliation (41 H) est le fruit du sacrifice d’al-Hasan, et elle confirme la parole du Prophète ﷺ : c’est la paix qui a sauvé la communauté.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Mu’awiya coupe les cheveux du Prophète ﷺ à Marwa | Bukhari et Muslim, Hajj | Établi |
| « Ô Allah, fais de lui un guide » | Tirmidhi, Manaqib ; Ahmad | Établi (hasan), discuté |
| « Qu’Allah ne remplisse pas son ventre » | Muslim, Birr wa’l-silah | Établi |
| Mu’awiya scribe, demande d’Abu Sufyan | Muslim, Fada’il al-Sahaba | Établi (discuté par Ibn Hazm) |
| Première armée navale | Bukhari, Jihad ; Muslim | Établi |
| Armée qui combat Constantinople | Bukhari, Jihad | Établi |
| « Ce fils à moi est un seigneur » | Bukhari 2704 | Établi |
| Siffin, arbitrage, abdication d’al-Hasan | Tabari | Rapporté |
| Linceul avec cheveux du Prophète ﷺ | Ibn Kathir | Rapporté (faible) |
| « Cheveu de Mu’awiya » | Ibn ’Abd Rabbih | Populaire |
70. ’Ikrima ibn Abi Jahl — le fils de l’ennemi, mort en martyr
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | ’Ikrima ibn ’Amr ibn Hisham al-Makhzumi |
| Kunya | Abu ’Uthman |
| Tribu | Quraysh, Banu Makhzum |
| Naissance/Mort | La Mecque, avant l’hégire ; martyr en 13 H à Ajnadayn (d’autres disent Yarmuk, 15 H) |
| Entrée en islam | Ramadan 8 H, peu après la conquête de La Mecque |
| Batailles | Badr, Uhud, Khandaq (côté mecquois) ; Ridda, Yamama, Syrie, Ajnadayn (côté musulman) |
| Sépulture | Syrie (Ajnadayn, Palestine) |
En une phrase : Le fils d’Abu Jahl, proscrit lors de la conquête, revint du Yémen sur le plaidoyer de sa femme et mourut de ses blessures sur un champ de bataille de Syrie.
A. Identité et famille
’Ikrima est le fils d’Abu Jahl, « le père de l’ignorance », l’ennemi le plus acharné du Prophète ﷺ, tué à Badr. Son père a été achevé par Mu’adh ibn ’Amr ibn al-Jamuh et Mu’awwidh, puis par ’Abdullah ibn Mas’ud (Bukhari, Maghazi, bab qatl Abi Jahl — établi). Il épouse Umm Hakim bint al-Harith ibn Hisham, qui embrasse l’islam avant lui. Lui-même combat à Badr, Uhud et Khandaq.
B. Entrée en islam
À la conquête, ‘Ikrima prend la tête de la résistance à Khandama avec Safwan et Suhayl, puis s’enfuit vers la côte et s’embarque pour le Yémen (Ibn Ishaq — rapporté). Le Prophète ﷺ l’avait compté parmi les exclus de l’amnistie. Sa femme Umm Hakim obtient son pardon, part à sa recherche jusqu’à Tihama et le trouve au moment où il va embarquer, pris par la tempête qui l’oblige à invoquer Allah seul. Elle lui dit : « Je viens de chez l’homme le plus généreux, le plus pieux et le plus bienfaisant. » Il revient (Ibn Ishaq ; al-Waqidi — rapporté ; l’épisode est cité aussi par Malik, Muwatta’, en mursal).
Le Prophète ﷺ le voit venir et dit : « Bienvenue au cavalier migrant ! » (Tirmidhi, Isti’dhan ; al-Hakim — rapporté, chaîne mursala ; jugé faible). ’Ikrima déclare : « Je témoigne qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que tu es son messager. » Il demande : « Demande pardon pour moi à Allah, pour toute inimitié que j’ai manifestée. » Le Prophète ﷺ prie pour lui (Ibn Ishaq — rapporté).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
La consigne donnée à ses compagnons est mémorable : « ’Ikrima ibn Abi Jahl va venir vous trouver en croyant et émigré : ne maudissez pas son père, car insulter les morts blesse les vivants sans atteindre les morts » (al-Hakim, Mustadrak — rapporté, authenticité discutée). La ligne essentielle est que le fils n’est pas comptable des fautes du père (cf. Coran 6:164 — coranique).
D. Rôle dans l’histoire
Pendant la Ridda, Abu Bakr l’envoie contre Musaylima à la tête d’une armée. Il est battu par les Banu Hanifa avant l’arrivée des renforts, et Abu Bakr lui ordonne de rester à l’écart du reste de l’armée, de ne pas rentrer à Médine pour ne pas décourager les gens, et de poursuivre vers Oman (Tabari — rapporté). Il combat ensuite à Oman, au Mahra et au Yémen, puis il rejoint la Syrie. Il est tué à Ajnadayn, en 13 H selon l’opinion majoritaire, ou à Yarmuk selon d’autres (Ibn Hajar, al-Isaba).
E. Anecdotes et détails marquants
Le serment de ne pas fuir. À Yarmuk, on rapporte qu’il dit : « J’ai combattu le Messager d’Allah en tous lieux, et je fuirais devant les Romains ? » Quatre cents cavaliers jurent alors de mourir avec lui ; presque tous tombent (Tabari ; Ibn Kathir — rapporté).
La gourde. Blessé, il demande à boire. On lui tend de l’eau ; il voit al-Harith ibn Hisham qui regarde et dit : « Donne-lui d’abord » ; celui-ci regarde Suhayl ibn ’Amr, et le geste passe de l’un à l’autre. Aucun des trois ne boit : tous meurent (Ibn Kathir ; Ibn Hajar — rapporté ; la chaîne est discutée, le récit est cité par plusieurs et ne figure pas dans les recueils).
Le Coran sur le visage. On raconte qu’il posait le Coran sur son visage en pleurant et disait : « La Parole de mon Seigneur » (al-Hakim — rapporté).
F. Fin de vie
Il meurt à Ajnadayn en combattant au premier rang. Sa tombe n’est pas localisée avec précision. Sa veuve Umm Hakim se remariera, notamment avec Khalid ibn Sa’id (Ibn Sa’d — rapporté).
G. Ce que l’on retient
- On n’hérite pas de la faute de ses parents : l’islam a séparé ’Ikrima d’Abu Jahl et lui a rendu son honneur.
- Une épouse peut sauver un homme : le pardon a été obtenu et porté par Umm Hakim, avec patience et courage.
- La repentance se mesure aux actes : ’Ikrima l’a prouvée par sa présence au premier rang de chaque campagne.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Mort d’Abu Jahl à Badr | Bukhari, Maghazi | Établi |
| Fuite, retour avec Umm Hakim | Ibn Ishaq ; Waqidi ; Malik (mursal) | Rapporté |
| « Bienvenue au cavalier migrant » | Tirmidhi ; Hakim | Rapporté (faible) |
| « Ne maudissez pas son père » | Hakim | Rapporté (discuté) |
| Serment de Yarmuk | Tabari ; Ibn Kathir | Rapporté |
| Gourde partagée avec al-Harith et Suhayl | Ibn Kathir | Rapporté (discuté) |
71. Abu Hurayra — le plus grand transmetteur du hadith
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | ’Abd al-Rahman ibn Sakhr al-Dawsi (le nom est discuté parmi plus de trente propositions) |
| Kunya | Abu Hurayra (« le père du chaton ») |
| Tribu | Daws (Azd), Yémen |
| Naissance/Mort | Vers 21 avant l’hégire (Tihama) ; mort en 57, 58 ou 59 H à Médine, vers 78 ans |
| Entrée en islam | Avant Khaybar ; arrivé à Médine en Muharram 7 H, avec al-Tufayl |
| Batailles | Khaybar et les expéditions suivantes ; Tabuk |
| Sépulture | Al-Baqi’, Médine |
En une phrase : Pauvre, presque sans bien, resté auprès du Prophète ﷺ trois ans à peine, il transmit plus de 5 000 hadiths et fit de sa mémoire l’un des trésors de la communauté.
A. Identité et famille
Orphelin de père, pauvre, élevé au Yémen, Abu Hurayra est connu par son surnom : il portait un petit chat dans sa manche, d’où « le père de la chatte » (Tirmidhi, Manaqib — rapporté, hasan). Son vrai nom est l’un des plus discutés de l’histoire : on propose plus de trente noms ; Le nom le plus répandu est ’Abd al-Rahman ibn Sakhr. Sa mère, restée polythéiste, fut sa grande épreuve avant d’être sa grande joie.
B. Entrée en islam
Il rencontre al-Tufayl ibn ’Amr al-Dawsi, converti à La Mecque, qui l’initie. Il arrive à Médine à Khaybar, en 7 H, avec le groupe des Daws, et ne quitte plus le Prophète ﷺ. Il vit comme l’un des gens de la Suffa, ces pauvres logés dans la mosquée (Bukhari, Riqaq — établi).
Sa mère refuse d’abord l’islam et insulte le Prophète ﷺ. Il pleure, et le Prophète ﷺ prie : « Ô Allah, guide la mère d’Abu Hurayra. » En rentrant, il entend l’eau couler et sa mère, qui sort de sa toilette, prononce la shahada. Il revient pleurer de joie et le Prophète ﷺ loue Allah. Il demande alors de prier pour qu’Allah les fasse aimer, lui et sa mère, des croyants (Muslim 2491 — établi).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Quand Abu Hurayra demande : « Qui sera le plus heureux de ton intercession le jour de la Résurrection ? », il répond : « Je pensais bien, Abu Hurayra, que personne ne m’interrogerait avant toi, vu ton goût du hadith. Ce sera celui qui dit sincèrement : Il n’y a de divinité qu’Allah » (Bukhari 99 — établi).
Abu Hurayra se plaint de ses oublis. Le Prophète ﷺ lui dit d’étendre son manteau, y verse de ses mains un contenu invisible et lui dit de le serrer contre lui : « Je n’ai plus rien oublié depuis » (Bukhari, ’Ilm, bab hifz al-’ilm — établi). Ibn ’Umar lui dit un jour : « Tu étais parmi nous celui qui était le plus assidu auprès du Prophète ﷺ et qui connaissait le mieux ses hadiths » (Tirmidhi, Manaqib — hasan).
D. Rôle dans l’histoire
La mémoire de la communauté. Les compilateurs lui attribuent 5 374 hadiths (Baqi ibn Makhlad, selon Ibn Hazm), dont plusieurs centaines chez al-Bukhari et Muslim. Plus de huit cents transmetteurs ont rapporté de lui, selon al-Bukhari cité par Ibn Hajar. Parmi eux : Ibn ’Abbas, Ibn ’Umar, Jabir, Sa’id ibn al-Musayyab, Abu Salama, Hammam ibn Munabbih. Ce dernier consigna la Sahifa conservée ensuite chez Ahmad (Musnad), un des plus anciens recueils écrits en islam (rapporté).
Gouverneur. ’Umar le nomme à Bahrayn. Puis, Marwan l’emploie à Médine à plusieurs reprises (Ibn Sa’d — rapporté).
Piété et enseignement. Il tenait des cercles dans la mosquée du Prophète ﷺ, au point que les chroniqueurs le comptent parmi les premiers maîtres de Médine. On lui prête un enchaînement quotidien de 12 000 tasbih et un fil à nœuds pour compter (Abu Nu’aym, Hilya — rapporté, chaîne discutée).
E. Anecdotes et détails marquants
La faim. Il raconte : « Je tombais entre la chaire et la chambre de ’A’isha ; on me prenait pour un fou. Ce n’était que la faim. » Un jour, il demande à Abu Bakr et à ’Umar de lui expliquer un verset, uniquement pour qu’ils le nourrissent. Le Prophète ﷺ, passant, l’invite à venir boire du lait d’un seul bol, qui nourrit tous les gens de la Suffa (Bukhari, Riqaq, bab kayfa kana ’aysh al-Nabi ﷺ — établi).
Les deux réceptacles. « J’ai mémorisé auprès du Messager d’Allah deux récipients de science. J’ai diffusé l’un ; si je diffusais l’autre, on me trancherait la gorge » (Bukhari, ’Ilm, bab hifz al-’ilm — établi). Les savants comprennent qu’il s’agit d’annonces sur les gouvernants injustes et les troubles à venir (Ibn Hajar, Fath al-Bari).
Le reproche de ’A’isha. Elle dit un jour : « Abu Hurayra est venu s’asseoir près de ma chambre et rapportait des hadiths du Messager d’Allah ﷺ en me les faisant entendre. J’étais en train de prier et il est parti avant que j’aie fini. Si je l’avais trouvé, je lui aurais répondu : le Messager d’Allah ﷺ ne débitait pas le hadith aussi vite que vous » (Muslim, Zuhd wa’l-raqa’iq, bab al-tathabbut fi’l-hadith — établi ; le reproche porte sur le rythme, non sur la véracité). Abu Hurayra répondait que les Muhajirun étaient occupés par les marchés, les Ansar par leurs terres, et lui par la seule compagnie du Prophète ﷺ, le ventre plein de ce qu’il mangeait (Bukhari, ’Ilm — établi).
Le gouverneur. On rapporte que ’Umar l’interrogea sur sa fortune à Bahrayn ; Abu Hurayra répondit qu’elle venait du croît de ses chevaux et de dons ; ’Umar fit verser la somme au trésor (Ibn Sa’d — rapporté).
F. Fin de vie
Atteint de maladie, il pleura. On lui demanda pourquoi : « Je ne pleure pas pour votre monde, mais pour la longueur du voyage et la faiblesse de mes provisions » (Ibn Sa’d — rapporté). Il meurt à Médine en 57-59 H. Des compagnons, dont Ibn ‘Umar, suivent son cortège (Ibn Sa’d — rapporté) ; il repose à al-Baqi’.
G. Ce que l’on retient
- La pauvreté n’a pas empêché la gloire : le plus pauvre des gens de la Suffa est devenu le plus grand mémorisateur du hadith.
- La transmission est une œuvre de patience : trois ans de présence, des milliers de paroles, huit cents élèves.
- Un homme peut être accusé injustement et laisser sa réponse à Allah : Abu Hurayra reste un modèle de sincérité devant les doutes que l’on a soulevés sur lui.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Conversion de sa mère | Muslim 2491 | Établi |
| « Le plus heureux de mon intercession » | Bukhari 99 | Établi |
| Manteau étendu, plus aucun oubli | Bukhari, ’Ilm | Établi |
| Deux récipients | Bukhari, ’Ilm | Établi |
| Faim et bol de lait | Bukhari, Riqaq | Établi |
| Chat dans la manche | Tirmidhi | Rapporté (hasan) |
| Chiffre de 5 374 hadiths | Baqi ibn Makhlad ; Ibn Hazm | Rapporté |
| Gouverneur de Bahrayn et ’Umar | Ibn Sa’d | Rapporté |
| 12 000 tasbih | Abu Nu’aym | Rapporté (faible) |
72. ’Abdullah ibn ’Umar — celui qui suivait les traces du Prophète ﷺ
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | ’Abdullah ibn ’Umar ibn al-Khattab al-’Adawi |
| Kunya | Abu ’Abd al-Rahman |
| Tribu | Quraysh, Banu ’Adi |
| Naissance/Mort | Environ trois ans après la révélation ; mort en 73 H / 693 à La Mecque, vers 84 ans |
| Entrée en islam | Enfant, avec son père ’Umar ; émigra jeune à Médine |
| Batailles | Khandaq et toutes les suivantes ; Yarmuk, Égypte (selon certains) |
| Sépulture | La Mecque (Fakhkh ou Dhu Tuwa) |
En une phrase : Fils du deuxième calife, il refusa le pouvoir toute sa vie et fit de l’imitation minutieuse du Prophète ﷺ une manière de vivre.
A. Identité et famille
’Abdullah est le fils de ’Umar ibn al-Khattab et de Zaynab bint Maz’un. Sa sœur Hafsa est une épouse du Prophète ﷺ, ce qui le rend beau-frère du Prophète ﷺ. Enfant, il émigre à Médine avec son père. Il épouse notamment Safiyya bint Abi ’Ubayd. Il est l’un des quatre « ’Abdullah » de la science (Ibn ’Umar, Ibn ’Abbas, Ibn ’Amr, Ibn al-Zubayr).
B. Entrée en islam
Il est dit avoir embrassé l’islam avant sa puberté, avec son père (Ibn Sa’d — rapporté). Le Prophète ﷺ le refuse pour Badr et pour Uhud à cause de son âge. À Khandaq, âgé de quinze ans, il est accepté : « Il m’a présenté à lui le jour d’Uhud, et il ne m’a pas accepté ; il m’a présenté à lui le jour de Khandaq, j’avais quinze ans, et il m’a accepté » (Bukhari, Shahadat, bab bulugh al-sibyan ; Muslim, Imara — établi). Il prête serment sous l’arbre (Bukhari, Maghazi, bab ghazwat al-Hudaybiya — établi).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Hafsa rapporte un songe de ’Abdullah, que le Prophète ﷺ commente : « Quel excellent homme est ’Abdullah, s’il priait pendant la nuit ! » Depuis, il ne dormait presque plus la nuit (Bukhari, Tahajjud ; Muslim, Fada’il al-Sahaba — établi). Le Prophète ﷺ lui a aussi dit, en lui saisissant l’épaule : « Sois dans ce monde comme un étranger ou un voyageur » (Bukhari, Riqaq — établi). Ibn ’Umar précisait : « Quand tu atteins le soir, n’attends pas le matin ; quand tu atteins le matin, n’attends pas le soir ; prends de ta santé pour ta maladie, de ta vie pour ta mort. »
D. Rôle dans l’histoire
Ibn ‘Umar a transmis 2 630 hadiths, selon le compte traditionnel, ce qui le place deuxième après Abu Hurayra. La chaîne « Malik, de Nafi’, d’Ibn ’Umar » est appelée « la chaîne d’or » par al-Bukhari (rapporté). Son fiqh est un fiqh de la prudence : il s’en tient à ce qu’il a vu faire.
Il refuse les magistratures : le calife ’Uthman lui propose le poste de juge, il décline (Tirmidhi, Ahkam — rapporté). Pendant la Fitna, il refuse de choisir un camp. Il tient pour valide l’allégeance donnée à Yazid par la communauté et s’oppose à ceux qui la retirent à Médine ; il prête serment à ’Abd al-Malik quand l’unité est rétablie (Bukhari, Fitan — établi pour son refus de rompre le serment ; Ibn Sa’d ; Tabari — rapporté pour le reste).
Ses élèves : Nafi’, Salim, Sa’id ibn al-Musayyab, ’Urwa, Ibn Shihab al-Zuhri, Mujahid (rapporté).
E. Anecdotes et détails marquants
Les traces du Prophète ﷺ. Il s’arrêtait là où le Prophète ﷺ s’était arrêté, priait là où il avait prié, faisait tourner sa monture là où elle avait tourné, et arrosait même l’arbre sous lequel le Prophète ﷺ s’était reposé (Ibn Sa’d ; Bukhari, Salat et Hajj — établi pour les lieux de prière ; l’arrosage est rapporté).
Le berger. Un homme rapporte l’avoir croisé dans un ravin où un berger gardait ses moutons. Il lui demande de vendre une brebis ; l’autre répond « Elle n’est pas à moi » ; Ibn ’Umar dit alors : « Dis au maître qu’un loup l’a mangée. — Et Allah ? » répond le berger. Ibn ’Umar pleure, achète l’esclave et le libère (récit de la littérature d’édification, notamment chez Ibn al-Mubarak — populaire).
L’attaque de la lance. Lors du pèlerinage, un fer de lance le blesse au pied dans la foule (selon certains récits, il était empoisonné). Al-Hajjaj vient le visiter et dit : « Si je savais qui t’a frappé ! » Ibn ’Umar répond : « C’est toi qui m’as frappé : tu as fait porter les armes un jour où on ne les porte pas, et tu les as fait entrer dans le Haram » (Bukhari 966, ’Id — établi).
F. Fin de vie
Il meurt à La Mecque en 73 H, à environ quatre-vingt-quatre ans, quelques mois après la chute d’Ibn al-Zubayr. Selon Ibn Hajar, la blessure reçue au pèlerinage a hâté sa fin. Il est inhumé à Dhu Tuwa (selon d’autres, à Fakhkh).
G. Ce que l’on retient
- Imiter ne veut pas dire copier sans comprendre : Ibn ’Umar a aimé chaque geste du Prophète ﷺ comme on aime un maître.
- Refuser le pouvoir est aussi une manière de servir : il a été offert à ce fils de calife, il l’a laissé.
- L’abstention dans la discorde est une position de principe, que les savants sunnites ont toujours respectée.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Refusé à Uhud, accepté à Khandaq | Bukhari, Shahadat ; Muslim, Imara | Établi |
| « Quel excellent homme, s’il priait la nuit » | Bukhari, Tahajjud ; Muslim | Établi |
| « Sois dans ce monde comme un étranger » | Bukhari, Riqaq | Établi |
| Prière là où le Prophète ﷺ a prié | Bukhari, Salat | Établi |
| Arrosage de l’arbre | Ibn Sa’d | Rapporté |
| Berger et brebis | Ibn al-Mubarak | Populaire |
| Blessure d’une lance en 73 H | Bukhari, ’Id | Établi |
| Refus de la fonction de juge | Tirmidhi, Ahkam | Rapporté |
73. ’Abdullah ibn al-’Abbas — l’océan de la science et l’interprète du Coran
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | ’Abdullah ibn al-’Abbas ibn ’Abd al-Muttalib al-Hashimi |
| Kunya | Abu al-’Abbas |
| Tribu | Quraysh, Banu Hashim |
| Naissance/Mort | Trois ans avant l’hégire, dans le Shi’b d’Abu Talib ; mort en 68 H / 687-688 à Ta’if, vers 71 ans |
| Entrée en islam | Né musulman ; il suit ses parents (son père al-’Abbas n’a émigré qu’en 8 H) |
| Batailles | Enfant au temps du Prophète ﷺ ; ensuite Jamal et Siffin aux côtés de ’Ali ; campagnes d’Afrique du Nord |
| Sépulture | Ta’if |
En une phrase : Cousin du Prophète ﷺ, mort à soixante-et-onze ans, il passa pour la plus grande autorité de l’interprétation du Coran de toute la première génération.
A. Identité et famille
Son père al-’Abbas est l’oncle du Prophète ﷺ, qui protégea le Prophète ﷺ à La Mecque ; la date de son islam est discutée, en secret avant Badr selon certains, publiquement en 8 H selon d’autres (Ibn Ishaq ; Ibn Sa’d — rapporté). Sa mère Umm al-Fadl Lubaba est la sœur de Maymuna, épouse du Prophète ﷺ. ’Abdullah est donc proche de la maison du Prophète ﷺ de deux côtés. Il a treize ans à la mort du Prophète ﷺ.
B. Entrée en islam
Il est né dans une famille qui, par sa mère, était musulmane très tôt : Umm al-Fadl est l’une des premières femmes à embrasser l’islam après Khadija. Enfant, il grandit sous les yeux du Prophète ﷺ. Il rapporte lui-même : « Je suis venu monté sur une ânesse, alors que j’approchais de la puberté, et le Messager d’Allah ﷺ priait à Mina sans mur devant lui » (Bukhari, ‘Ilm, bab mata yasihhu sama’ al-saghir ; Muslim, Salat — établi).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Il passe une nuit dans la chambre de sa tante Maymuna pour observer la prière nocturne du Prophète ﷺ. Il se place à gauche ; le Prophète ﷺ le saisit par l’oreille et le place à droite (Bukhari, ‘Ilm et Wudu’ ; Muslim, Salat al-musafirin — établi).
Pour lui, le Prophète ﷺ a fait ces invocations : « Ô Allah, donne-lui la compréhension de la religion » (Bukhari 143, Wudu’ — établi) et « Ô Allah, enseigne-lui la sagesse », ou « le Livre » (Bukhari, Fada’il al-Sahaba, dhikr Ibn ’Abbas — établi). Ibn ’Abbas disait avoir vu l’ange Jibril deux fois (Tirmidhi, Manaqib — rapporté, hasan).
D. Rôle dans l’histoire
L’interprète du Coran. On l’appelle Tarjuman al-Qur’an, « l’interprète du Coran », et Habr al-umma, « le savant de la communauté ». Sa méthode : rattacher le sens d’un mot coranique à l’usage des poètes arabes, ce qu’il illustre à Nafi’ ibn al-Azraq par des centaines de vers (al-Suyuti, al-Itqan — rapporté, chaîne discutée). Les commentateurs ultérieurs, tels qu’al-Tabari, ont cité sa sahifa transmise par ’Ali ibn Abi Talha, que Ibn Hajar juge utilisable (rapporté). En revanche, le livre appelé Tanwir al-Miqbas, attribué à lui, ne repose que sur la chaîne al-Kalbi — Abu Salih — Ibn ’Abbas, que les savants du hadith appellent « la chaîne du mensonge » (rejeté).
Auprès de ’Umar. Certains anciens de Badr s’étonnent que le calife fasse siéger ce jeune homme parmi eux. ’Umar les interroge sur la sourate al-Nasr : les uns parlent du devoir de louer Allah et de Lui demander pardon ; Ibn ’Abbas explique que la sourate annonce la fin de la mission du Prophète ﷺ, donc sa mort proche. ’Umar approuve : « Je n’en sais pas plus que ce que tu dis » (Bukhari, Tafsir de la sourate al-Nasr — établi).
Gouverneur et négociateur. Sous ’Ali, il gouverne Basra et conduit des négociations avec les Kharijites, dont environ deux mille reviennent (Ahmad ; al-Hakim — hasan, discuté). Il se retire à La Mecque puis à Ta’if sous Ibn al-Zubayr, dont il refuse l’allégeance (Ibn Sa’d — rapporté).
E. Anecdotes et détails marquants
La quête du savoir. Il va chez les Ansar pour interroger les compagnons. Il s’assoit à leur porte, la poussière lui couvre le visage, sans les déranger. Quand l’un d’eux le découvre et s’excuse, il répond : « Je me suis abaissé en cherchant, et j’ai été honoré quand on est venu me chercher » (Ibn Sa’d ; al-Hakim — rapporté).
Le jeune homme au jugement d’ancien. ’Umar l’appelait « le jeune homme des vieillards » (fata al-kuhul), pour son intelligence (Ibn Sa’d — rapporté).
Le désaccord et le retour en arrière. Il admettait d’abord la licéité de l’usure portant sur l’échange de biens de même nature à quantités inégales (riba al-fadl) ; Abu Sa’id al-Khudri le contredit, et il revint sur son avis (Muslim, Musaqat — établi pour la discussion ; sa rétractation est rapportée par plusieurs savants). Pour la mut’a, il aurait eu une position permissive, que ’Ali lui opposa en citant l’interdiction prophétique (Bukhari, Nikah ; Muslim — établi pour l’interdiction).
L’oiseau blanc. Le récit selon lequel un oiseau blanc serait entré dans son cercueil et aurait disparu est une légende de piété populaire (rejeté / populaire).
F. Fin de vie
Devenu aveugle à la fin de sa vie, il meurt à Ta’if en 68 H. Muhammad ibn al-Hanafiyya, le fils de ‘Ali, dirige la prière funéraire et déclare : « Aujourd’hui est mort le maître savant de cette communauté » (rabbani, Ibn Sa’d — rapporté). Il laisse la tradition savante des Mecquois : ’Ata’, Mujahid, Tawus, ’Ikrima, Sa’id ibn Jubayr sont ses élèves.
G. Ce que l’on retient
- Une prière du Prophète ﷺ peut engendrer un destin : « Ô Allah, donne-lui la compréhension de la religion » a fait d’un adolescent la référence de l’exégèse.
- Le savoir se cherche humblement : il se tenait à la porte des maisons, la poussière sur le visage.
- Un grand savant sait se rétracter : Ibn ’Abbas a corrigé ses avis quand la preuve l’y a contraint.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Prière de nuit chez Maymuna | Bukhari, ‘Ilm et Wudu’ | Établi |
| « Donne-lui la compréhension de la religion » | Bukhari 143 | Établi |
| Sourate al-Nasr et ’Umar | Bukhari, Tafsir | Établi |
| Il vit Jibril deux fois | Tirmidhi | Rapporté (hasan) |
| Dialogue avec les Kharijites | Ahmad ; Hakim | Rapporté (discuté) |
| Sahifa ’Ali ibn Abi Talha | Tabari | Rapporté |
| Tanwir al-Miqbas | Chaîne Kalbi–Abu Salih | Rejeté |
| Oiseau blanc | Légende | Rejeté |
74. ’Abdullah ibn al-Zubayr — le premier-né de l’Hégire
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | ’Abdullah ibn al-Zubayr ibn al-’Awwam al-Asadi |
| Kunya | Abu Bakr, aussi Abu Khubayb |
| Tribu | Quraysh, Banu Asad |
| Naissance/Mort | 1 H à Médine ; mort en Jumada I 73 H / octobre 692 à La Mecque, vers 72 ans |
| Entrée en islam | Né musulman, premier enfant né à Médine après l’Hégire |
| Batailles | Yarmuk (avec son père), Afrique du Nord (27 H), Jamal, défense de La Mecque |
| Sépulture | La Mecque (lieu exact incertain) |
En une phrase : Fils du Hawari, petit-fils d’Abu Bakr et neveu de ’A’isha, il refusa de reconnaître Yazid, se proclama calife et défendit La Mecque jusqu’à sa mort.
A. Identité et famille
Son père al-Zubayr ibn al-‘Awwam est l’un des dix annoncés au Paradis et le « disciple » (hawari) du Prophète ﷺ. Sa mère est Asma’ bint Abi Bakr, « celle aux deux ceintures » (Dhat al-nitaqayn), qui déchira sa ceinture en deux pour attacher les provisions du Prophète ﷺ et d’Abu Bakr lors de l’Hégire (Bukhari, Manaqib al-Ansar — établi). ’A’isha est sa tante.
B. Entrée en islam
Il naît à Quba’ en 1 H. Asma’, enceinte, avait émigré ; la rumeur circulait que les Juifs avaient jeté un sort empêchant les Muhajirun d’avoir des enfants. Sa naissance fut une fête : on cria « Allahu akbar » à Médine. Le Prophète ﷺ le prit, mâcha une datte et la lui mit dans la bouche ; la première chose entrée dans son ventre fut la salive du Prophète ﷺ (Bukhari, Manaqib al-Ansar, bab hijrat al-Nabi ﷺ wa-ashabihi ila al-Madina ; Muslim, Adab — établi). À sept ans, il prête allégeance, envoyé par son père, et le Prophète ﷺ sourit en le voyant venir (Ibn Hajar, al-Isaba — rapporté).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Aucun hadith ne qualifie précisément ’Abdullah ibn al-Zubayr ; le geste du Prophète ﷺ à sa naissance en tient lieu. ’A’isha, sa tante, prend de lui sa kunya, Umm ’Abdillah, sur le conseil du Prophète ﷺ (Abu Dawud, Adab — établi). Il n’a rapporté qu’un petit nombre de hadiths du Prophète ﷺ.
D. Rôle dans l’histoire
Sous ’Uthman. À la tête de l’armée de ’Abdullah ibn Sa’d ibn Abi Sarh, il combat en Ifriqiya (27 H) et porte la nouvelle de la victoire à Médine. Il aurait tué le roi Gregorius (Tabari — rapporté). Il défend la maison de ’Uthman assiégée et est blessé.
Le Jamal. Il rejoint ’A’isha à Basra en 36 H, aux côtés de son père al-Zubayr, tué après la bataille. Il tombe blessé de nombreuses fois (Tabari — rapporté).
Le refus de Yazid (60-64 H). À la mort de Mu’awiya, il refuse de prêter serment à Yazid et se réfugie à La Mecque. Après le massacre de Karbala (61 H) et la bataille de la Harra (63 H), l’armée syrienne de Husayn ibn Numayr assiège La Mecque en 64 H. La Ka’ba est endommagée par le feu. Yazid meurt, le siège est levé, et Ibn al-Zubayr se proclame commandeur des croyants. Il est reconnu au Hijaz, en Irak, en Égypte, au Yémen.
La reconstruction de la Ka’ba. Il reconstruit la Ka’ba selon le souhait que ’A’isha avait rapporté du Prophète ﷺ : d’inclure le Hijr et ouvrir deux portes au niveau du sol, ce que Quraysh avait empêché par manque de ressources (Bukhari, Hajj, bab fadl Makka wa-bunyaniha ; Muslim, Hajj — établi). Après sa mort, al-Hajjaj défait sa construction pour revenir à l’état de Quraysh.
La chute. ‘Abd al-Malik envoie al-Hajjaj ibn Yusuf, qui assiège La Mecque pendant plusieurs mois (de la fin de 72 H à Jumada I 73 H). Les compagnons l’abandonnent peu à peu. Il consulte sa mère Asma’, âgée de cent ans, aveugle. Elle lui dit en substance : si tu es dans la vérité et que tu y appelles, poursuis, d’autres sont morts pour elle ; si tu ne cherchais que le monde, quel triste serviteur tu serais, car tu te serais perdu et tu aurais perdu ceux qui sont morts avec toi (Tabari ; Ibn Kathir — rapporté). Il sort au combat et tombe.
E. Anecdotes et détails marquants
Le pigeon de la mosquée. Il priait si longuement en prosternation que les oiseaux se posaient sur son dos, et on le comparait à un bois planté (Ibn Sa’d ; Abu Nu’aym — rapporté).
La parole de sa mère à al-Hajjaj. Quand al-Hajjaj lui demande comment elle a vu ce qu’il a fait à « l’ennemi d’Allah », elle répond : « J’ai vu que tu as ruiné sa vie en ce monde, et qu’il a ruiné ta vie dernière. J’ai entendu le Messager d’Allah ﷺ dire : dans Thaqif il y aura un menteur et un destructeur. Le menteur, nous l’avons vu (al-Mukhtar) ; le destructeur, je pense que c’est toi » (Muslim, Fada’il al-Sahaba, bab dhikr kadhdhab Thaqif wa mubiruha — établi).
La croix. Son corps est crucifié par al-Hajjaj à La Mecque. Ibn ’Umar passe devant lui et dit : « Que la paix soit sur toi, Abu Khubayb. Par Allah, tu étais jeûneur, veilleur, bienfaiteur des liens du sang » (Ibn Sa’d ; Tabari — rapporté).
F. Fin de vie
Il meurt en Jumada I 73 H à l’âge d’environ 72 ans. Sa mère Asma’ meurt quelques jours après lui. Son corps est descendu de la croix sur ordre de ’Abd al-Malik (Tabari ; Ibn Kathir — rapporté). La position sunnite constante est de respecter Ibn al-Zubayr comme un compagnon et un mujtahid qui a défendu ce qu’il tenait pour juste, et de condamner l’agression d’al-Hajjaj contre la Maison sacrée et contre un compagnon.
G. Ce que l’on retient
- Premier enfant né dans l’islam à Médine, il a eu la plus belle des salutations de bienvenue : la salive du Prophète ﷺ.
- On peut mourir pour une conviction sans que ses adversaires aient raison de la mémoire : Ibn al-Zubayr est resté pour tous un homme de piété.
- Une mère croyante vaut une armée : Asma’ lui a donné son dernier conseil à cent ans.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Naissance à Quba’ et tahnik | Bukhari, Manaqib al-Ansar ; Muslim | Établi |
| Asma’ Dhat al-nitaqayn | Bukhari | Établi |
| Reconstruction de la Ka’ba, souhait du Prophète ﷺ | Bukhari, Hajj ; Muslim, Hajj | Établi |
| « Un menteur et un destructeur » | Muslim, Fada’il al-Sahaba | Établi |
| Allégeance à sept ans | Ibn Hajar | Rapporté |
| Conseil d’Asma’ avant sa mort | Tabari ; Ibn Kathir | Rapporté |
| Siège de La Mecque | Tabari | Rapporté |
| Ibn ’Umar devant le corps | Ibn Sa’d ; Tabari | Rapporté |
75. ’Abdullah ibn ’Amr ibn al-’As — le compagnon qui écrivait
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | ’Abdullah ibn ’Amr ibn al-’As ibn Wa’il al-Sahmi |
| Kunya | Abu Muhammad (aussi Abu ’Abd al-Rahman) |
| Tribu | Quraysh, Banu Sahm |
| Naissance/Mort | Environ 7 ans avant l’hégire ; mort en 63 H selon l’opinion majoritaire (d’autres : 65, 68, 73 H) |
| Entrée en islam | Avant son père, selon Ibn Hajar |
| Batailles | Yarmuk ; Siffin (côté de Mu’awiya) |
| Sépulture | Incertaine : Fustat, Syrie ou La Mecque selon les sources |
En une phrase : Fils de ’Amr, le seul compagnon à avoir reçu du Prophète ﷺ l’autorisation expresse de noter ce qu’il entendait, auteur de la Sahifa al-Sadiqa.
A. Identité et famille
Il est le fils de ’Amr ibn al-’As et de Rayta bint Munabbih. Son père n’a que douze ans de plus que lui, ce qui frappe les savants qui commentent. Il est instruit, lecteur du Coran, mais aussi dans les livres des gens du Livre, qu’il lisait, dit-on, en syriaque (Ibn Hajar — rapporté).
B. Entrée en islam
Il entre en islam avant son père. Il est connu pour son zèle extrême : il s’adonne si fort au jeûne et à la prière que le Prophète ﷺ doit intervenir à plusieurs reprises.
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Quand le Prophète ﷺ apprend qu’il jeûne tous les jours et récite le Coran toute la nuit, il lui dit : « Ne fais pas cela. Jeûne et romps, veille et dors. Ton corps a un droit sur toi, ton œil a un droit sur toi, ta femme a un droit sur toi, ton visiteur a un droit sur toi. Jeûne trois jours par mois, c’est comme jeûner toute l’année » (Bukhari, Sawm ; Muslim, Siyam — établi). Il lui conseille ensuite le jeûne de David, un jour sur deux, et de ne pas terminer le Coran en moins de sept jours (Bukhari et Muslim — établi). Plus tard, devenu vieux, il regrette de ne pas avoir accepté les concessions : « Si seulement j’avais accepté la permission du Prophète ﷺ » (Bukhari, Sawm — établi).
D. Rôle dans l’histoire
La Sahifa al-Sadiqa. Il écrit tout ce qu’il entend. Des Qurayshites lui reprochent de tout noter alors que le Prophète ﷺ est un homme qui parle dans la colère et dans la satisfaction. Il en parle au Prophète ﷺ, qui montre sa bouche : « Écris. Par Celui qui tient mon âme en Sa main, il n’en sort que la vérité » (Abu Dawud, ’Ilm, bab fi kitab al-’ilm ; Ahmad — établi, hasan sahih). Abu Hurayra reconnaît : « Nul n’a plus de hadiths que moi, sauf ’Abdullah ibn ’Amr, parce qu’il écrivait et que je n’écrivais pas » (Bukhari 113 — établi). La Sahifa contenait environ mille hadiths selon certains ; Ahmad l’a insérée dans son Musnad (rapporté).
Le guerrier. Il participe à Yarmuk. À Siffin, il est dans l’armée de Mu’awiya, à la demande de son père, ce qu’il regrettera. Il entend de son père et de Mu’awiya le hadith « Ammar sera tué par le groupe rebelle » et le leur redit à Siffin (Ahmad — rapporté). On lui prête ce regret : « Qu’avais-je à faire de Siffin, qu’avais-je à faire de combattre des musulmans ? » (Ibn Sa’d — rapporté).
E. Anecdotes et détails marquants
Les deux charges de livres. À Yarmuk, il aurait trouvé deux charges de livres des gens du Livre et en rapportait. Il en transmit des récits, après que le Prophète ﷺ avait dit : « Rapportez des Banu Isra’il, il n’y a pas de mal » (Bukhari 3461, Anbiya’ — établi pour la parole). Les savants ont considéré ses récits tirés des gens du Livre comme à étudier avec soin et ne leur ont pas donné de poids dogmatique (Ibn Hajar, Fath al-Bari — discuté).
Le mari discret. Son père le marie à une femme noble de Quraysh. ’Amr, venu voir sa belle-fille, lui demande des nouvelles de son mari. Elle répond : « Un homme excellent, mais il n’a jamais ouvert notre couverture ni cherché à nous connaître. » ’Amr se plaint au Prophète ﷺ, qui convoque ’Abdullah et le reprend sur sa façon de vivre (Bukhari, Sawm, bab haqq al-jism fi’l-sawm ; Ahmad — établi).
F. Fin de vie
Les sources hésitent sur sa mort : 63, 65, 68 ou 73 H, à Fustat, en Syrie ou à La Mecque. Ibn Hajar retient surtout 63 H (rapporté). On ne conserve de lui aucun récit de dernier discours.
G. Ce que l’on retient
- Écrire le savoir est une autorisation prophétique : la Sahifa est l’une des premières preuves que le hadith a été noté du vivant du Prophète ﷺ.
- Le zèle qui épuise n’est pas aimé : le Prophète ﷺ ramène la ferveur à la mesure d’un corps qui a des droits.
- On peut regretter sa place dans la Fitna : l’honnêteté du regret fait partie de la grandeur.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Jeûne et veille, « ton corps a un droit sur toi » | Bukhari, Sawm ; Muslim | Établi |
| « Écris, il n’en sort que la vérité » | Abu Dawud ; Ahmad | Établi (hasan sahih) |
| « Nul n’a plus de hadiths que moi sauf lui » | Bukhari 113 | Établi |
| « Rapportez des Banu Isra’il » | Bukhari 3461 | Établi |
| Livres trouvés à Yarmuk | Ahmad ; Ibn Hajar | Isra’iliyyat–Discuté |
| Regret de Siffin | Ibn Sa’d | Rapporté |
76. Abu Musa al-Ash’ari — la voix de David
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | ’Abdullah ibn Qays ibn Sulaym al-Ash’ari |
| Kunya | Abu Musa |
| Tribu | Ash’ar (Yémen) |
| Naissance/Mort | Vers 21 avant l’hégire (Zabid, Yémen) ; mort vers 42-44 H (d’autres : 50-52 H) à Kufa ou à La Mecque |
| Entrée en islam | À La Mecque, avant l’hégire, selon certains ; retourne au Yémen ; rejoint le Prophète ﷺ à Khaybar en 7 H |
| Batailles | Khaybar, Hunayn, Awtas, conquête de l’Iran (Ahwaz, Isfahan) |
| Sépulture | Kufa ou La Mecque (incertain) |
En une phrase : Yéménite à la voix si belle que le Prophète ﷺ la compara à celle de la famille de David, gouverneur de Basra, puis arbitre malheureux à Siffin.
A. Identité et famille
Abu Musa vient de la tribu yéménite des Ash’ar. Il a un fils, Abu Burda, qui sera juge de Kufa.
B. Entrée en islam
Ibn Sa’d le fait venir à La Mecque pour embrasser l’islam avant l’hégire, ce qui est discuté. Plus sûrement, il part du Yémen, avec plus de cinquante hommes de son peuple, sur un navire que le vent pousse vers l’Abyssinie. Ils y rejoignent Ja’far et ses compagnons, et arrivent avec eux à Khaybar en 7 H (Bukhari, Maghazi, bab ghazwat Khaybar ; Muslim, Fada’il al-Sahaba — établi). Le Prophète ﷺ leur donne une part du butin bien qu’ils n’aient pas pris part au combat.
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
« Je reconnais les voix des compagnons de route ash’arites qui récitent le Coran la nuit, quand ils entrent, et je reconnais leurs demeures à leurs voix, même si je ne les ai pas vus de jour » (Bukhari, Maghazi, bab ghazwat Khaybar ; Muslim, Fada’il al-Sahaba — établi). Il ajoute : « Ils sont de moi et je suis d’eux » (Bukhari, Shirka ; Muslim, Fada’il — établi). À Abu Musa lui-même : « Tu as reçu un des instruments à vent (mizmar) de la famille de David », image de sa belle voix (Bukhari, Fada’il al-Qur’an ; Muslim, Salat al-musafirin — établi). Abu Musa répond : « Si j’avais su que tu m’écoutais, je l’aurais embelli pour toi. »
Le Prophète ﷺ l’envoie avec Mu’adh au Yémen en leur ordonnant : « Facilitez, ne compliquez pas ; annoncez la bonne nouvelle, ne faites pas fuir ; entendez-vous et ne vous disputez pas » (Bukhari, Maghazi, bab ba’th Abi Musa wa-Mu’adh ila al-Yaman ; Muslim, Jihad — établi).
D. Rôle dans l’histoire
Gouverneur de Basra (17-29 H). ’Umar l’y envoie. Il y fonde la communauté, mène l’armée en Khuzistan, prend Ahwaz, Isfahan et d’autres villes, et enseigne le Coran. On rapporte qu’il réunissait trois cents lecteurs (Abu ’Ubayd ; Ibn Sa’d — rapporté). Il est, avec Ibn Mas’ud à Kufa, l’un des maîtres de la récitation du Coran dans les garnisons d’Irak.
Kufa. Après la révocation de Sa’id ibn al-’As (34 H), les Kufiens obtiennent Abu Musa comme gouverneur. Lors de la guerre du Jamal, il déconseille de participer à la lutte et invite à rester chez soi. ’Ali le destitue (Tabari — rapporté).
L’arbitrage de Siffin (37-38 H). Les partisans de ’Ali le désignent comme arbitre face à ’Amr ibn al-’As. La version célèbre : Abu Musa déposerait ’Ali, puis ’Amr confirmerait Mu’awiya, le trompant ainsi. Cette version vient d’Abu Mikhnaf, transmetteur chiite connu pour son parti pris, et elle est jugée irrecevable par Ibn al-’Arabi dans al-’Awasim min al-qawasim comme par Ibn Taymiyya (rejeté). Les deux hommes, pieux, voulaient mettre fin à la guerre. L’accord a échoué.
E. Anecdotes et détails marquants
Les trois permissions. Abu Musa frappe trois fois à la porte de ’Umar et repart faute de réponse. ’Umar lui demande pourquoi. « J’ai entendu le Prophète ﷺ dire : si l’un de vous demande la permission trois fois et ne l’obtient pas, qu’il s’en retourne. » ’Umar exige un témoin, sinon il le punira. Abu Musa va voir les Ansar, dont le plus jeune, Abu Sa’id al-Khudri, vient témoigner. ’Umar dit : « Ce n’est pas que je te soupçonne, mais je voulais être sûr » (Bukhari, Isti’dhan ; Muslim, Adab — établi).
La voix au mihrab. ’Umar lui disait : « Fais-nous nous souvenir de notre Seigneur », et Abu Musa récitait (Ibn Sa’d ; Abu Nu’aym — rapporté).
F. Fin de vie
Il meurt à Kufa ou à La Mecque, vers 42-44 H selon l’opinion la plus courante (d’autres proposent 50-52 H). Après Siffin, il se tient à l’écart de la vie politique et se retire à La Mecque (Ibn Sa’d — rapporté).
G. Ce que l’on retient
- La beauté de la récitation est un don dont le Prophète ﷺ a fait l’éloge : il a écouté, il a souri, il a loué.
- Obéir au Prophète ﷺ ne se mesure pas aux moyens : « Facilitez, ne compliquez pas » est devenu la règle de tout gouverneur.
- On a beaucoup reproché à Abu Musa l’échec de l’arbitrage ; nul n’a pourtant mis en doute sa piété ni sa probité.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| « Je reconnais les voix des Ash’ariyyin » | Bukhari, Maghazi ; Muslim | Établi |
| « Un mizmar de la famille de David » | Bukhari ; Muslim | Établi |
| Mission avec Mu’adh : « Facilitez » | Bukhari, Maghazi ; Muslim | Établi |
| Les trois permissions et ’Umar | Bukhari, Isti’dhan ; Muslim | Établi |
| Voyage maritime vers l’Abyssinie, Khaybar | Bukhari ; Muslim | Établi |
| Gouvernement de Basra, trois cents lecteurs | Ibn Sa’d ; Abu ’Ubayd | Rapporté |
| Arbitrage trompé par ’Amr | Abu Mikhnaf ; Tabari | Rejeté |
77. al-Mughira ibn Shu’ba — le rusé de Taif
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | al-Mughira ibn Shu’ba ibn Abi ’Amir al-Thaqafi |
| Kunya | Abu ’Abdillah (aussi Abu ’Isa) |
| Tribu | Thaqif (Ta’if) |
| Naissance/Mort | Vers 20 avant l’hégire ; mort en 50 H (51 selon d’autres) à Kufa, vers 70 ans |
| Entrée en islam | 5 H, après Khandaq, selon Ibn Sa’d |
| Batailles | Hudaybiya (bay’at al-Ridwan), Yamama, Yarmuk, Qadisiyya, Nahawand |
| Sépulture | Kufa |
En une phrase : Chef thaqafite d’une grande habileté, présent à Hudaybiya l’épée au poing, gouverneur de Basra puis de Kufa, que ’Umar sauva d’une accusation qu’il n’avait pas pu prouver.
A. Identité et famille
Al-Mughira est de Ta’if, ville de commerçants et de vignerons qui a longtemps résisté à l’islam. Les Arabes le comptent parmi les quatre ou cinq esprits les plus rusés de l’époque, aux côtés de Mu’awiya, de ’Amr et de Ziyad. Il s’est marié à de très nombreuses reprises ; les chiffres cités par les sources sont exagérés et sans solidité (Ibn ’Abd al-Barr — rapporté).
B. Entrée en islam
Avant l’islam, il voyage avec treize compagnons de sa tribu auprès du souverain d’Égypte, al-Muqawqis ; il les tue pendant leur sommeil et leur prend leurs biens. Il vient à Médine, embrasse l’islam et présente ce butin au Prophète ﷺ, qui répond : « Quant à l’islam, je l’accepte ; quant au bien, je n’en ai que faire » (Bukhari, Shurut, hadith de Hudaybiya — établi). Son cousin ’Urwa ibn Mas’ud dut ensuite apaiser les Thaqif, dont les proches avaient été tués (Bukhari, Shurut — établi).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Al-Mughira transmet plusieurs règles qu’il a vues lui-même. Lors d’un voyage, le Prophète ﷺ fait ses ablutions, passe les mains mouillées sur ses chaussettes de cuir ; al-Mughira se baisse pour les retirer, et le Prophète ﷺ lui dit : « Laisse-les, car je les ai mises en état de pureté » (Bukhari, Wudu’ ; Muslim, Tahara — établi). Il rapporte aussi : « Il y aura toujours un groupe de ma communauté qui restera victorieux, jusqu’à ce que vienne l’ordre d’Allah » (Bukhari, I’tisam ; Muslim, Imara — établi). Sur lui, aucun éloge ou blâme direct n’est conservé.
D. Rôle dans l’histoire
Hudaybiya. Pendant que ’Urwa ibn Mas’ud, envoyé par Quraysh, tend la main vers la barbe du Prophète ﷺ comme le font les Arabes, al-Mughira, debout casqué avec l’épée, lui frappe la main avec le pommeau en disant : « Retire ta main de la barbe du Messager d’Allah ! » (Bukhari 2731, Shurut — établi).
La destruction d’al-Lat. Après la conversion de Thaqif, le Prophète ﷺ envoie al-Mughira et Abu Sufyan détruire l’idole al-Lat à Ta’if. Al-Mughira monte, la frappe de sa pioche et fait pleurer les femmes de la ville (Ibn Ishaq — rapporté).
Conquêtes et gouvernement. Il combat à Yamama, à Qadisiyya et à Nahawand. ’Umar le nomme gouverneur de Basra, puis de Kufa, qu’il tient jusqu’à sa mort sous Mu’awiya, avec une interruption sous ’Uthman (Tabari — rapporté). Il contribue à persuader Mu’awiya de désigner Yazid comme successeur (Tabari — rapporté, discuté).
E. Anecdotes et détails marquants
L’accusation d’adultère. En 17 H, à Basra, des accusateurs, dont Abu Bakra, Nafi’ et Shibl ibn Ma’bad, l’accusent d’avoir commis l’adultère avec Umm Jamil. Un quatrième témoin, Ziyad, déclare avoir vu un homme et une femme dans une position équivoque mais ne pas pouvoir attester de l’acte lui-même. ’Umar rejette l’accusation faute de quatre témoins, et applique la peine de calomnie (quatre-vingts coups) aux trois premiers (Tabari ; Ibn Kathir ; al-Bayhaqi — rapporté). Le Coran exige quatre témoins (Coran 24:4 — coranique) : la règle protège l’honneur des gens.
Le serviteur de Fayruz. L’esclave d’al-Mughira, Abu Lu’lu’a Fayruz, mécontent de la redevance quotidienne que son maître lui impose, poignarde ’Umar à la prière de l’aube (Bukhari, Fada’il al-Sahaba, qissat al-bay’a wa’l-ittifaq ’ala ’Uthman — établi pour le meurtre et l’identité de l’esclave ; le montant de la redevance est rapporté par Ibn Sa’d et Tabari). Al-Mughira n’a aucune part à ce crime.
La part de la grand-mère. Il rapporte le sixième de l’héritage accordé par le Prophète ﷺ à la grand-mère, confirmé devant Abu Bakr par Muhammad ibn Maslama (Abu Dawud, Fara’id ; Tirmidhi — rapporté, chaîne discutée).
F. Fin de vie
Il meurt de la peste à Kufa en 50 H (51 selon d’autres), alors qu’il en est gouverneur.
G. Ce que l’on retient
- Une vie ne se juge pas à ses débuts : un homme qui avait commis un acte de traîtrise a été reçu par le Prophète ﷺ et a servi la communauté.
- La règle des quatre témoins protège les gens contre les rumeurs : ’Umar l’a appliquée contre ses propres sympathies.
- Un détail d’étiquette (« laisse-les ») est devenu un chapitre de droit : al-Mughira a transmis un geste simple qui a rendu la prière plus facile.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| « Quant à l’islam, je l’accepte… » | Bukhari, Shurut | Établi |
| Pommeau sur la main de ’Urwa | Bukhari 2731 | Établi |
| Essuyage sur les chaussettes de cuir | Bukhari, Wudu’ ; Muslim | Établi |
| « Un groupe restera victorieux » | Bukhari ; Muslim | Établi |
| Abu Lu’lu’a, esclave d’al-Mughira | Bukhari, Fada’il al-Sahaba | Établi |
| Accusation de Basra | Tabari ; Ibn Kathir | Rapporté |
| Destruction d’al-Lat | Ibn Ishaq | Rapporté |
| Part de la grand-mère | Abu Dawud ; Tirmidhi | Rapporté (discuté) |
78. Suhayl ibn ’Amr — l’orateur de Quraysh
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | Suhayl ibn ’Amr ibn ’Abd Shams al-’Amiri |
| Kunya | Abu Yazid |
| Tribu | Quraysh, Banu ’Amir ibn Lu’ayy |
| Naissance/Mort | La Mecque, avant l’hégire ; mort en 18 H, lors de la peste d’Amwas |
| Entrée en islam | Ramadan 8 H, à la conquête de La Mecque |
| Batailles | Badr (capturé), Hudaybiya (négociateur) ; Hunayn, Yarmuk, Syrie |
| Sépulture | Amwas ou Syrie (incertain) |
En une phrase : Le négociateur de Hudaybiya, capturé à Badr puis converti à la conquête, tint La Mecque ferme à la mort du Prophète ﷺ.
A. Identité et famille
Suhayl est l’un des chefs de Quraysh, connu pour son éloquence : on l’appelle l’orateur de Quraysh. Son fils ‘Abdullah, croyant précoce, est martyr de Yamama ; son autre fils Abu Jandal, enchaîné par son père pour avoir embrassé l’islam, est une figure de Hudaybiya. Sa fille Sahla est l’épouse d’Abu Hudhayfa ibn ’Utba (Muslim, Rada’ — établi).
B. Entrée en islam
À Badr, il est capturé par Malik ibn al-Dukhshum. ’Umar propose au Prophète ﷺ de lui arracher les incisives pour que sa langue ne puisse plus s’élever contre l’islam. Le Prophète ﷺ refuse : « Je ne mutilerai personne, sinon Allah me mutilerait, même si je suis prophète. Peut-être prendra-t-il un jour une position que tu ne blâmeras pas » (Ibn Ishaq ; Ibn Hisham — rapporté). Libéré contre rançon, il revient pour négocier à Hudaybiya.
À la conquête, il s’enferme chez lui et envoie son fils ’Abdullah chercher la sécurité auprès du Prophète ﷺ, qui la lui accorde et déclare : « Quiconque rencontre Suhayl, qu’il ne le fixe pas du regard : par ma vie, il a de l’intelligence et de la noblesse, et un homme comme Suhayl ne reste pas ignorant de l’islam » (Ibn Ishaq ; al-Waqidi — rapporté). Il combat à Hunayn et reçoit cent chameaux (Ibn Ishaq — rapporté).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Aucun hadith des recueils canoniques ne lui est consacré. Les deux paroles du Prophète ﷺ qui le concernent, le refus de la mutilation à Badr et l’éloge de son intelligence à la conquête, sont conservées par Ibn Ishaq (rapporté). Elles disent la même chose : l’homme que Quraysh envoyait pour l’argumentation n’a jamais été traité en ennemi irrécupérable.
D. Rôle dans l’histoire
Hudaybiya. Il refuse que le traité s’ouvre par « Au nom d’Allah, le Clément, le Miséricordieux » et demande « Bismika Allahumma » ; il refuse aussi « Muhammad, messager d’Allah » et réclame « Muhammad ibn ’Abdillah ». Quand son fils Abu Jandal arrive enchaîné de La Mecque, il exige son retour, selon la clause. Le Prophète ﷺ accepte, malgré le tumulte (Bukhari, Shurut — établi).
La mort du Prophète ﷺ. À La Mecque, la nouvelle de sa mort fait vaciller les esprits, au point que le gouverneur ’Attab ibn Asid se cache. Suhayl se lève et prononce un discours à la fois ferme et rassurant, rappelant que Muhammad est mort comme les messagers avant lui et que l’islam ne mourra pas. Les Mecquois se calment (Ibn Sa’d ; Ibn Kathir — rapporté).
La Syrie. Pendant le califat d’Abu Bakr, il rejoint l’armée de Yazid ibn Abi Sufyan en Syrie. Il combat à Yarmuk (Ibn Hajar — rapporté).
E. Anecdotes et détails marquants
Le choix de la Syrie. Il déclare avoir entendu le Prophète ﷺ dire qu’une station d’une heure sur le chemin d’Allah vaut mieux que toutes les œuvres d’un homme chez lui ; il décide de ne plus s’asseoir à La Mecque (Ibn Sa’d ; Ibn Hajar — rapporté).
Les larmes. Après sa conversion, il jeûnait, priait, récitait le Coran et pleurait beaucoup ; on le disait incapable d’entendre le Coran sans verser des larmes (Ibn Sa’d — rapporté).
La gourde. Il est l’un des trois blessés qui refusent chacun l’eau au profit des autres (voir ’Ikrima ; Ibn Kathir — rapporté, discuté).
F. Fin de vie
Il meurt en 18 H dans la peste d’Amwas, avec une grande partie des siens (Ibn Sa’d — rapporté). Ibn Hajar mentionne aussi la possibilité d’une mort à Yarmuk ou à Ajnadayn.
G. Ce que l’on retient
- La clémence prophétique : « Je ne mutilerai personne », même un ennemi dont la parole fait mal.
- L’islam ne chasse pas l’éloquence, il la convertit : l’orateur des polythéistes devient l’orateur de la stabilité.
- Le regret est un chemin : Suhayl rattrape tout par la veille, les larmes et le service.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Négociation de Hudaybiya | Bukhari, Shurut | Établi |
| Refus de la mutilation à Badr | Ibn Ishaq ; Ibn Hisham | Rapporté |
| Sécurité accordée à la conquête | Ibn Ishaq ; Waqidi | Rapporté |
| Discours à La Mecque après la mort du Prophète ﷺ | Ibn Sa’d ; Ibn Kathir | Rapporté |
| Départ pour la Syrie | Ibn Sa’d ; Ibn Hajar | Rapporté |
| Gourde d’eau | Ibn Kathir | Rapporté (discuté) |
79. Safwan ibn Umayya — le riche qui voulait fuir par la mer
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | Safwan ibn Umayya ibn Khalaf al-Jumahi |
| Kunya | Abu Wahb |
| Tribu | Quraysh, Banu Jumah |
| Naissance/Mort | La Mecque, avant l’hégire ; mort vers 41-42 H à La Mecque (certains : 36 H) |
| Entrée en islam | 8 H, après la conquête et Hunayn |
| Batailles | Uhud, Khandaq (côté mecquois) ; Hunayn, Ta’if, Yarmuk |
| Sépulture | La Mecque |
En une phrase : Fils de l’ennemi tué à Badr, il voulait s’enfuir par la mer, reçut un turban en gage de sécurité, puis déclara que le Prophète ﷺ était devenu pour lui l’homme le plus aimé.
A. Identité et famille
Safwan est le fils d’Umayya ibn Khalaf, tué à Badr, l’ancien maître de Bilal, torturé sous le soleil. Chef de la tribu de Jumah, il a en charge les flèches divinatoires (azlam) de Quraysh. Il est riche et réputé pour sa générosité. Sa femme Fakhita bint al-Walid embrasse l’islam avant lui (Malik, Muwatta’, Nikah — rapporté).
B. Entrée en islam
Après Badr, Safwan promet à ’Umayr ibn Wahb de régler ses dettes et d’élever ses enfants s’il parvient à tuer le Prophète ﷺ. ’Umayr part avec une épée empoisonnée. Le Prophète ﷺ le démasque, lui révélant l’accord secret. ’Umayr se convertit (Ibn Ishaq ; al-Tabarani — rapporté, avec chaîne mursala). Safwan jure de ne plus lui adresser la parole.
À la conquête, Safwan s’enfuit vers Jedda pour embarquer. ‘Umayr demande la sécurité pour lui. Le Prophète ﷺ lui confie, en gage de sécurité, le turban qu’il portait le jour de l’entrée dans la ville. Safwan, sceptique, revient et demande : « Donne-moi deux mois. » Le Prophète ﷺ lui en accorde quatre (Malik, Muwatta’, Nikah, mursal ; Ibn Ishaq — rapporté). Il l’accompagne ensuite à Hunayn, toujours polythéiste, et emprunte au Prophète ﷺ cent cuirasses, qu’il rendra, avec la garantie de les remplacer si elles sont perdues (Abu Dawud, Buyu’ ; Ahmad — établi, hasan).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Après Hunayn, le Prophète ﷺ lui donne et lui redonne. Safwan raconte : « Il m’a donné ce qu’il m’a donné, alors qu’il était l’homme que je détestais le plus. Il n’a cessé de me donner jusqu’à ce qu’il soit devenu l’homme que j’aime le plus » (Muslim 2313 — établi). Les biographes ajoutent que Safwan contemplait une vallée pleine de moutons et de chameaux ; le Prophète ﷺ lui dit : « Elle est à toi. » Safwan s’écrie : « Seule une âme de prophète peut donner ainsi. Je témoigne qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que tu es son messager » (Ibn Ishaq ; al-Waqidi — rapporté).
D. Rôle dans l’histoire
Safwan est l’exemple le plus net de la méthode prophétique qui consiste à rallier les cœurs (Coran 9:60 — coranique). Il combat à Yarmuk (Ibn Hajar — rapporté), après avoir été chef de file de la résistance à Khandama avec ’Ikrima et Suhayl (Ibn Ishaq — rapporté).
E. Anecdotes et détails marquants
Le voleur de la cape. Il dormait dans la mosquée, sa cape sous la tête. Un voleur la lui prend. Il l’attrape et l’amène au Prophète ﷺ, qui ordonne de lui couper la main. Safwan dit : « Je n’ai pas voulu cela ; la cape est à lui, je la lui donne. » Le Prophète ﷺ répond : « Pourquoi ne l’as-tu pas fait avant de me l’amener ? » (Abu Dawud, Hudud, bab man sama’a al-sariq ya’fu ’anhu ; Nasa’i ; Ibn Majah — établi). La leçon des juristes : le pardon est possible avant le jugement, plus après.
F. Fin de vie
Il meurt à La Mecque. Ibn Hajar indique la fin du califat de ’Uthman ou le début de celui de Mu’awiya (36 ou 41-42 H), et préfère la seconde (rapporté).
G. Ce que l’on retient
- Le pardon est la plus grande arme : le Prophète ﷺ a conquis par la générosité celui qui avait comploté contre sa vie.
- Un emprunt est un contrat : la garantie sur les cuirasses a posé la règle de la responsabilité de l’emprunteur.
- Le pardon devant le juge vient trop tard : mieux vaut l’accorder avant d’ouvrir une procédure.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| « Il m’a donné… jusqu’à ce qu’il devienne le plus aimé » | Muslim 2313 | Établi |
| La vallée de moutons et de chameaux | Ibn Ishaq ; Waqidi | Rapporté |
| Cent cuirasses empruntées | Abu Dawud ; Ahmad | Établi (hasan) |
| La cape volée | Abu Dawud ; Nasa’i ; Ibn Majah | Établi |
| Complot avec ’Umayr | Ibn Ishaq ; Tabarani | Rapporté (mursal) |
| Quatre mois accordés, turban | Malik ; Ibn Ishaq | Rapporté |
| Date de la mort | Ibn Hajar | Rapporté |
80. Wahshi ibn Harb — celui qui a tué Hamza
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | Wahshi ibn Harb |
| Kunya | Abu Dasma (aussi Abu Hamza) |
| Tribu | Esclave abyssin de Jubayr ibn Mut’im |
| Naissance/Mort | Abyssinie ; mort à Homs, sous ’Uthman ou peu après |
| Entrée en islam | Après la conquête de La Mecque, via la délégation de Ta’if (9 H) |
| Batailles | Uhud (côté mecquois) ; Yamama (côté musulman, tue Musaylima) |
| Sépulture | Homs (Syrie) |
En une phrase : Esclave abyssin qui tua Hamza à Uhud pour gagner sa liberté, il se convertit plus tard et tua le faux prophète Musaylima de la même lance.
A. Identité et famille
Wahshi est un esclave abyssin, adroit au jet de la lance à la manière de son peuple. Il appartient à Jubayr ibn Mut’im, dont l’oncle Tu’ayma a été tué à Badr (Bukhari, Maghazi, bab qatl Hamza — établi). Hamza ibn ’Abd al-Muttalib, oncle du Prophète ﷺ, est surnommé « le lion d’Allah et de Son messager ».
B. Entrée en islam
Après la conquête de La Mecque, Wahshi s’enfuit à Ta’if. Quand la délégation de Ta’if se rend à Médine (9 H), il pense fuir en Syrie ou au Yémen, mais on lui dit que le Prophète ﷺ ne tue pas les envoyés. Il part avec elle et prononce la shahada. Le Prophète ﷺ demande : « Es-tu Wahshi ? Raconte-moi comment tu as tué Hamza. » Il raconte. Le Prophète ﷺ dit : « Éloigne ta face de moi. » Wahshi se tient désormais loin de lui (Bukhari, Maghazi, bab qatl Hamza — établi).
Selon un récit complémentaire, Wahshi aurait d’abord hésité parce que le Coran annonce un châtiment redoublé aux meurtriers (Coran 25:68-69). Le Prophète ﷺ lui répond par l’exception de celui qui se repent (25:70) ; il juge la condition trop dure. Vient alors 4:48, dont il craint de ne pas faire partie, puis 39:53 : « Ô Mes serviteurs qui avez commis des excès, ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah », qu’il accepte (al-Tabari ; al-Tabarani ; Ibn Abi Hatim — rapporté, chaîne faible ; ce récit est cité comme circonstance possible de révélation).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Le Prophète ﷺ a pardonné la mort de son oncle. La seule demande : « Éloigne ta face de moi », parce que sa vue lui rappelait la perte de Hamza (Bukhari, Maghazi — établi). Il n’a imposé ni punition ni exil.
D. Rôle dans l’histoire
Uhud. Jubayr lui promet l’affranchissement s’il tue Hamza. Wahshi, qui se décrit comme un Abyssin lançant le javelot à la manière de son peuple et manquant rarement sa cible, se cache derrière un rocher pour guetter Hamza, qui se bat comme un lion. Il lance son javelot : Hamza est atteint au bas-ventre, fait quelques pas et tombe. Wahshi lui retire la lance et rejoint le camp. Libéré, il revient à La Mecque (Bukhari, Maghazi, bab qatl Hamza — établi). Selon les chroniqueurs, Hind lui avait promis bijoux et richesse (Ibn Ishaq — rapporté). Sur le rôle de Hind, voir le n° 68.
Yamama (12 H). Il rejoint l’armée de Khalid et lance son javelot sur Musaylima ; un homme des Ansar l’achève de son épée. Wahshi dit : « J’ai tué le meilleur des hommes et le pire des hommes » (Bukhari, Maghazi — établi). Il espère qu’Allah efface par le second ce qu’il a fait en tuant le premier.
E. Anecdotes et détails marquants
Le deuil de Hamza. À Uhud, le Prophète ﷺ découvre le corps de son oncle mutilé. Les sources décrivent une douleur profonde, et rapportent qu’il enveloppa le corps dans un manteau et le fit prier avec chaque martyr (Ibn Ishaq ; Ahmad — rapporté). Hamza est appelé « le maître des martyrs » (al-Hakim — rapporté, hasan selon certains).
Le vin. Il tomba plus tard dans la boisson et fut fouetté à plusieurs reprises ; on rapporte que ’Umar le raya du registre des soldes (Ibn Hajar — rapporté, détails discutés). La tradition retient sa faiblesse sans l’excuser ni la grossir.
F. Fin de vie
Il s’installe à Homs, où il meurt à une date incertaine, sous ’Uthman ou après (Ibn Hajar — rapporté). La tradition lui reconnaît le statut de compagnon : il a vu le Prophète ﷺ en croyant.
G. Ce que l’on retient
- Aucun péché n’est trop grand pour la miséricorde : le tueur de Hamza a trouvé le pardon d’Allah et du Prophète ﷺ.
- Le repentir peut se mêler au regret : Wahshi a dit que sa lance, qui avait tué le meilleur des hommes, avait tué le pire.
- Un pardon n’efface pas la douleur : le Prophète ﷺ a pardonné et a demandé qu’on lui épargne la vue du tueur.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Meurtre de Hamza, promesse de liberté, rencontre avec le Prophète ﷺ | Bukhari, Maghazi, bab qatl Hamza | Établi |
| « J’ai tué le meilleur et le pire des hommes » | Bukhari, Maghazi | Établi |
| Promesse de Hind | Ibn Ishaq | Rapporté |
| Lettre de Wahshi, versets 25:68-70, 4:48, 39:53 | Tabari ; Tabarani ; Ibn Abi Hatim | Rapporté (faible) |
| Vin et flagellation, radiation par ’Umar | Ibn Sa’d ; Ibn Hajar | Rapporté (discuté) |
81. Thumama ibn Uthal — le chef de Yamama attaché à la mosquée
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | Thumama ibn Uthal ibn al-Nu’man al-Hanafi |
| Kunya | Abu Umama |
| Tribu | Banu Hanifa (Yamama) |
| Naissance/Mort | Yamama ; mort pendant ou peu après les guerres de la Ridda (11-12 H) |
| Entrée en islam | Vers 6 H (après l’expédition de Muhammad ibn Maslama), à Médine |
| Batailles | Ridda (fidèle à l’islam contre Musaylima) |
| Sépulture | Yamama ou Bahrayn (incertain) |
En une phrase : Chef des Banu Hanifa, capturé et attaché à un pilier de la mosquée du Prophète ﷺ, il se convertit après trois jours et refusa ensuite de livrer le blé à Quraysh.
A. Identité et famille
Thumama est le chef des Banu Hanifa, ceux de Yamama, la région la plus fertile d’Arabie centrale. Sa tribu est, plus tard, celle de Musaylima. Il est un des seigneurs de son peuple, assez puissant pour couper l’approvisionnement de Quraysh en blé (Bukhari, Maghazi — établi).
B. Entrée en islam
Le Prophète ﷺ envoie une troupe de cavaliers vers le Najd. Elle capture Thumama, qu’elle amène à Médine, sans savoir qui il est. On l’attache à l’un des piliers de la mosquée. Le Prophète ﷺ sort et lui demande : « Qu’as-tu, Thumama ? — J’ai du bien, Muhammad : si tu tues, tu tues un homme dont le sang est réclamé ; si tu pardonnes, tu pardonnes à un homme reconnaissant ; si tu veux de l’argent, demande ce que tu veux. » Le Prophète ﷺ le laisse ainsi. Le lendemain, même question et même réponse. Le troisième jour, il dit : « Détachez Thumama » (Bukhari 462, Salat ; 4372, Maghazi ; Muslim, Jihad — établi).
Thumama va à un palmier près de la mosquée, fait ses ablutions, revient et dit : « Je témoigne qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Muhammad est le messager d’Allah. Par Allah, il n’y avait sur terre aucun visage que je haïssais plus que le tien, et maintenant ton visage est le plus aimé. Il n’y avait aucune religion que je haïssais plus que la tienne, et maintenant elle est la plus aimée. » Il dit la même chose du pays (Bukhari, Maghazi — établi).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Le Prophète ﷺ le félicite et l’invite à la ’Umra. Thumama part pour La Mecque. Les Qurayshites lui disent : « As-tu apostasié ? — Non, j’ai embrassé l’islam avec Muhammad. » Il ajoute : « Par Allah, il ne vous viendra pas un grain de blé de Yamama sans la permission du Prophète ﷺ » (Bukhari, Maghazi — établi). Quraysh écrit alors au Prophète ﷺ, qui permet que le blé reprenne (Ibn Ishaq — rapporté).
D. Rôle dans l’histoire
Le blocus de Yamama. Son embargo sur le blé pousse Quraysh, déjà éprouvé, à demander la clémence du Prophète ﷺ. Il montre que l’islam avait déjà un poids économique en Arabie centrale.
La Ridda. À la mort du Prophète ﷺ, Musaylima se dresse chez les Banu Hanifa. Thumama reste fidèle, retient une partie de son peuple et dénonce l’imposteur. Il rejoint ensuite l’armée d’al-‘Ala’ ibn al-Hadrami contre les rebelles de Bahrayn (Ibn Kathir ; Ibn Hajar — rapporté).
E. Anecdotes et détails marquants
L’hospitalité du Prophète ﷺ. Le Prophète ﷺ ordonne qu’on lui apporte du lait et de la nourriture pendant sa captivité.
Les trois jours. Le Prophète ﷺ le laisse attaché pour qu’il entende les prières, la récitation et les discussions des compagnons. Ibn Hajar y voit une manière de lui faire voir de près la prière et la douceur des musulmans (Fath al-Bari — rapporté). Le droit en tire une règle : on peut attacher un captif dans une mosquée (Bukhari, Salat, bab al-ightisal idha aslama wa-rabt al-asir fi’l-masjid — établi).
F. Fin de vie
Il meurt vers la fin des guerres de la Ridda. On ne connaît pas de récit de sa mort ; Ibn Hajar mentionne seulement qu’il n’a pas abandonné l’islam quand sa tribu a basculé.
G. Ce que l’on retient
- Trois jours de traitement digne valent mieux que l’épée : la bonne conduite du Prophète ﷺ a retourné un ennemi.
- Le chef musulman nouveau peut protéger l’islam à contre-courant de sa propre tribu : Thumama est resté croyant quand les siens ont cédé à Musaylima.
- Même un blocus économique se place sous l’autorité du Prophète ﷺ : Thumama a attendu sa permission pour rouvrir le blé.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Captif attaché, trois jours, shahada | Bukhari 462, 4372 ; Muslim | Établi |
| « Pas un grain de blé sans la permission » | Bukhari, Maghazi | Établi |
| Lettre de Quraysh | Ibn Ishaq | Rapporté |
| Fidélité durant la Ridda | Ibn Kathir ; Ibn Hajar | Rapporté |
| Nourriture donnée pendant la captivité | Ahmad | Rapporté |
82. ’Adi ibn Hatim — le fils du plus généreux des Arabes
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | ’Adi ibn Hatim ibn ’Abdullah al-Ta’i |
| Kunya | Abu Tarif (aussi Abu al-Tarif) |
| Tribu | Tayy’ |
| Naissance/Mort | Arabie du Nord ; mort entre 67 et 68 H à Kufa, vers 120 ans selon Ibn Hajar |
| Entrée en islam | 9 ou 10 H, à Médine, après la destruction de l’idole al-Fuls |
| Batailles | Ridda (fidélité), Iraq, Jamal, Siffin, Nahrawan (aux côtés de ’Ali) |
| Sépulture | Kufa (ou Qarqisiya, selon un avis) |
En une phrase : Fils de Hatim al-Ta’i, légende arabe de la générosité, chrétien d’une secte singulière, il vint voir le Prophète ﷺ et devint l’une des voix de la fidélité à Tayy’ pendant la Ridda.
A. Identité et famille
‘Adi est le fils de Hatim al-Ta’i, dont la générosité est restée proverbiale dans toute la poésie arabe. Chef de Tayy’, il se dit chrétien, de la secte des Rakusiyya, intermédiaire entre le christianisme et le sabéisme selon Ibn Ishaq (rapporté). Il prélève le quart du butin de son peuple (al-mirba’), à la manière des chefs arabes.
B. Entrée en islam
En 9 H, ‘Ali est envoyé détruire l’idole al-Fuls des Tayy’. Il capture la sœur de ’Adi, Saffana, que le Prophète ﷺ libère et comble de présents après qu’elle l’a supplié au nom de la noblesse de son père (Ibn Ishaq ; Ahmad — rapporté). Elle retrouve son frère, qui s’était enfui vers la Syrie, et le décide à venir.
À Médine, le Prophète ﷺ lui dit : « Ô ’Adi, embrasse l’islam et tu seras sauf. — J’ai une religion. — Je connais ta religion mieux que toi : tu prélèves le quart du butin, ce que ta religion ne te permet pas. » ’Adi reconnaît la justesse de l’observation. Le Prophète ﷺ devine alors ses hésitations : la pauvreté des musulmans, le nombre de leurs ennemis, le pouvoir aux mains des autres. Il lui promet que la richesse coulera chez eux, que la sécurité régnera, et qu’une femme pourra venir de Hira à la Ka’ba sans escorte (Ibn Ishaq ; Ahmad — rapporté). ’Adi raconte plus tard, dans un hadith de Bukhari : « J’ai vu la femme voyager de Hira jusqu’à la Ka’ba sans craindre que Allah, et j’étais parmi ceux qui ont ouvert les trésors de Kisra » (Bukhari, Manaqib, ’alamat al-nubuwwa fi’l-Islam — établi).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Le Prophète ﷺ l’accueille avec honneur. Il lui offre un coussin et s’assoit lui-même par terre (Ahmad ; Ibn Ishaq — rapporté). À propos de la sourate al-Tawba (9:31 : « Ils ont pris leurs rabbins et leurs moines pour seigneurs »), ’Adi objecte qu’ils ne les adoraient pas ; le Prophète ﷺ répond que ceux-ci déclaraient licite l’interdit et interdit le licite, et qu’on les suivait (Tirmidhi, Tafsir sourate al-Tawba — hasan, établi).
Il lui est aussi adressé : « Protégez-vous du feu, fût-ce avec une moitié de datte » (Bukhari, Zakat ; Muslim, Zakat — établi), et la promesse que chacun parlera à Allah sans interprète (Bukhari, Zakat — établi).
D. Rôle dans l’histoire
La Ridda. Les Tayy’ hésitent après la mort du Prophète ﷺ et suivent en partie Tulayha. ‘Adi vient à Médine avec la zakat de sa tribu, parle aux siens et ramène une grande partie des Tayy’ à l’islam, avant l’arrivée de Khalid (Tabari — rapporté).
L’Irak et la guerre civile. Il participe aux conquêtes d’Irak, puis se range du côté de ’Ali : il perd un œil au Jamal et plusieurs fils dans les combats aux côtés du calife (Ibn Sa’d ; Ibn ’Abd al-Barr — rapporté).
E. Anecdotes et détails marquants
La réponse à Mu’awiya. Mu’awiya lui dit : « Où sont tes fils, ’Adi ? — Tués. — ’Ali n’a pas été juste envers toi : il a envoyé tes fils au combat et gardé les siens. » ’Adi répond : « C’est moi qui n’ai pas été juste envers ’Ali : il a été tué et je suis resté vivant » (Ibn ’Abd al-Barr ; Ibn Kathir — rapporté).
La parole du père. Le Prophète ﷺ lui aurait dit, à propos de Hatim : « Ton père a voulu quelque chose et l’a obtenu » : une renommée généreuse (Ahmad — rapporté ; chaîne discutée).
F. Fin de vie
Il meurt à Kufa, à un âge très avancé : 120 ans, d’après Ibn Hajar. L’année est discutée (67 ou 68 H). Il est un des derniers compagnons d’Irak.
G. Ce que l’on retient
- Le premier geste du Prophète ﷺ fut de reconnaître la vérité de ce que ’Adi savait déjà de sa religion : la persuasion commence par l’honnêteté.
- La promesse de la sécurité des routes a été tenue : ’Adi lui-même a pu raconter l’avoir vu.
- La fidélité a un coût : ’Adi a donné un œil et des fils pour ’Ali sans cesser de respecter Mu’awiya.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| Prophétie : la femme de Hira, les trésors de Kisra | Bukhari, Manaqib | Établi |
| « Rabbins et moines pris pour seigneurs » | Tirmidhi | Établi (hasan) |
| « Protégez-vous du feu, fût-ce par une datte » | Bukhari ; Muslim | Établi |
| Sœur capturée, idole al-Fuls | Ibn Ishaq ; Ahmad | Rapporté |
| Quart du butin | Ibn Ishaq | Rapporté |
| Mort de ses fils, réponse à Mu’awiya | Ibn ’Abd al-Barr | Rapporté |
83. al-Tufayl ibn ’Amr al-Dawsi — l’homme à la lumière sur le front
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | al-Tufayl ibn ’Amr ibn Tarif al-Dawsi |
| Kunya | Dhu al-Nur (« l’homme de la lumière »), surnom |
| Tribu | Daws (Azd), Yémen |
| Naissance/Mort | Tihama ; martyr en 11-12 H à Yamama |
| Entrée en islam | Avant l’hégire, à La Mecque ; arrive à Médine à Khaybar (7 H) avec 80 familles |
| Batailles | Khaybar, Hunayn, Ta’if, Ridda (Buzakha), Yamama |
| Sépulture | Yamama (Najd) |
En une phrase : Poète et chef des Daws, il a bouché ses oreilles de coton pour ne pas écouter le Prophète ﷺ, puis il a gagné à l’islam une grande partie de sa tribu, dont Abu Hurayra.
A. Identité et famille
Al-Tufayl est un seigneur des Daws, tribu du Yémen, réputé pour son hospitalité. Il est poète. Abu Hurayra, de la même tribu, arrive à Médine avec son groupe. Son fils ’Amr tombera à son tour à Yarmuk (Ibn Hajar — rapporté).
B. Entrée en islam
Selon Ibn Ishaq, al-Tufayl arrive à La Mecque. Des notables de Quraysh le préviennent : « Cet homme prétend être prophète et détruit l’ordre de nos familles. » Il se bouche les oreilles de coton pour ne pas entendre. Passant à la Ka’ba, il entend le Prophète ﷺ prier et se dit : « Je suis poète et intelligent, je distingue le beau du laid ; pourquoi ne pas entendre ? » Il suit le Prophète ﷺ chez lui, écoute le Coran, et se convertit (Ibn Ishaq — rapporté).
De retour chez les Daws, il appelle son père et sa femme, qui se convertissent, mais le reste de la tribu résiste. Il demande un signe au Prophète ﷺ : une lumière apparaît entre ses yeux. Il craint que ce soit une marque de punition ; elle se déplace alors au bout de son fouet. D’où son nom de Dhu al-Nur (Ibn Ishaq — rapporté). Il retourne à Médine avec soixante-dix à quatre-vingts familles en 7 H (Ibn Ishaq — rapporté).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Quand al-Tufayl rapporte que les Daws ont désobéi et refusé, et demande qu’on invoque Allah contre eux, chacun s’attend à une malédiction. Le Prophète ﷺ lève les mains et dit : « Ô Allah, guide les Daws et amène-les à nous » (Bukhari, Jihad, bab al-du’a’ li’l-mushrikin bi’l-huda ; Muslim, Fada’il al-Sahaba — établi). C’est l’un des exemples les plus connus du refus de la malédiction.
Le Prophète ﷺ prie aussi pour le compagnon d’al-Tufayl, qui s’était blessé : « Ô Allah, pardonne aussi à ses mains » (Muslim 116, Iman — établi).
D. Rôle dans l’histoire
Les Daws. Grâce à lui, une grande partie des Daws entre dans l’islam sans guerre.
Dhu al-Kaffayn. Le Prophète ﷺ l’envoie détruire l’idole de ’Amr ibn Humama. Il y met le feu en récitant des vers : « Ô Dhu al-Kaffayn, je ne suis pas de tes adorateurs. Notre naissance est plus ancienne que la tienne. J’ai mis le feu à ton cœur » (Ibn Ishaq ; Ibn Sa’d — rapporté).
La Ridda et Yamama. Avec Khalid, il est contre Tulayha à Buzakha, puis part à Yamama contre Musaylima et y tombe en martyr, la main de son fils blessée (Ibn Hajar — rapporté).
E. Anecdotes et détails marquants
Le compagnon qui se blessa. Un homme des Daws, souffrant d’une blessure, arrache les jointures de ses doigts avec un fer de flèche et meurt par saignement. Al-Tufayl le voit en rêve, bien vêtu, mais les mains enveloppées. Il demande : « Que t’a fait ton Seigneur ? — Il m’a pardonné à cause de mon hégire. — Pourquoi tes mains ? — On m’a dit : nous ne réparerons pas ce que tu as détruit toi-même. » Le Prophète ﷺ prie pour ses mains (Muslim 116, Iman, bab al-dalil ’ala anna qatil nafsihi la yakfur — établi). Les savants en tirent que le suicide n’exclut pas de l’islam mais reste une faute grave.
Le rêve de sa mort. Il rêve que sa tête est rasée, qu’un oiseau sort de sa bouche, qu’une femme le met dans son ventre, et que son fils le cherche sans pouvoir le rejoindre. Il l’interprète lui-même : la tête rasée est sa mort, l’oiseau son âme, la femme la terre qui l’accueille, et son fils le rejoindra plus tard (Ibn Majah, Ta’bir al-ru’ya — établi selon plusieurs savants).
F. Fin de vie
Il meurt martyr à Yamama en 11-12 H. Son fils ’Amr, blessé à la main, tombe à Yarmuk, accomplissant ainsi l’interprétation du rêve.
G. Ce que l’on retient
- La sagesse consiste à écouter avant de juger : le poète qui voulait se protéger du Prophète ﷺ a choisi d’entendre.
- Le refus de la malédiction : « Ô Allah, guide les Daws » plutôt que « Ô Allah, perds-les ».
- Un homme convaincu devient un messager : en amenant son peuple, al-Tufayl a conduit à Médine Abu Hurayra.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| « Ô Allah, guide les Daws » | Bukhari, Jihad ; Muslim | Établi |
| Compagnon suicidé et rêve des mains | Muslim 116 | Établi |
| Rêve de la tête rasée | Ibn Majah, Ta’bir al-ru’ya | Établi (hasan) |
| Coton dans les oreilles, conversion | Ibn Ishaq | Rapporté |
| Lumière sur le front, fouet | Ibn Ishaq | Rapporté |
| Destruction de Dhu al-Kaffayn | Ibn Ishaq ; Ibn Sa’d | Rapporté |
84. Abu al-‘As ibn al-Rabi’ — le gendre fidèle à sa parole
| Fiche d’identité | Nom |
|---|---|
| Nom complet | Abu al-‘As ibn al-Rabi’ ibn ’Abd al-’Uzza ibn ’Abd Shams (nom propre discuté : Laqit, Miqsam, Hushaym) |
| Kunya | Abu al-’As |
| Tribu | Quraysh, Banu ’Abd Shams |
| Naissance/Mort | La Mecque ; mort en Dhu al-Hijja 12 H à Médine |
| Entrée en islam | Muharram 7 H, après avoir restitué les biens confiés |
| Batailles | Badr (capturé, côté polythéiste) |
| Sépulture | Al-Baqi’, Médine |
En une phrase : Époux de Zaynab, fille du Prophète ﷺ, capturé à Badr, il refusa de divorcer, rendit ses dépôts à Quraysh, puis embrassa l’islam et retrouva sa femme.
A. Identité et famille
Abu al-’As est le fils de la sœur de Khadija, Hala bint Khuwaylid. Marchand de confiance, il épouse Zaynab, fille aînée du Prophète ﷺ, avant la révélation. Ils ont deux enfants : ’Ali, qui meurt jeune, et Umama (Ibn Sa’d — rapporté).
B. Entrée en islam
Quand le Prophète ﷺ reçoit la révélation, Zaynab embrasse l’islam, mais Abu al-’As reste polythéiste. Quraysh lui demande de répudier Zaynab en échange d’une épouse de son choix. Il répond : « Non, par Allah, je ne la quitterai pas, et je ne veux pas d’une autre femme de Quraysh à sa place » (Ibn Ishaq ; Ibn Sa’d — rapporté ; le Prophète ﷺ l’a loué pour cela, voir C).
À Badr, il est capturé. Zaynab envoie pour sa rançon un collier qui avait appartenu à sa mère Khadija. À sa vue, le Prophète ﷺ est ému et demande aux compagnons de libérer Abu al-‘As sans rançon, à condition qu’il laisse partir Zaynab. Ils acceptent (Abu Dawud, Jihad, bab fi fida’ al-asir bi’l-mal ; Ahmad — établi, hasan).
Plus tard, de retour de Syrie avec une caravane de Quraysh, il est capturé par une patrouille de Zayd ibn Haritha, qui prend les biens. Il s’enfuit de nuit chez Zaynab. Au matin, elle proclame : « Ô gens, j’ai accordé ma protection à Abu al-‘As ibn al-Rabi’. » Le Prophète ﷺ confirme : « Les croyants sont une main contre les autres, et le moindre d’entre eux peut accorder une protection » (Ibn Ishaq ; Ibn Hajar — rapporté ; le principe de la protection du plus humble est établi chez Bukhari et Muslim, Jihad). Les biens lui sont restitués. Il rentre à La Mecque, remet à chacun ce qui lui revient, puis proclame : « Je témoigne qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Muhammad est son messager. Je n’ai différé mon islam qu’à cause de la crainte que vous pensiez que je voulais vos biens. » Il émigre à Médine (Ibn Ishaq — rapporté).
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui
Lors de l’affaire de la fille d’Abu Jahl, le Prophète ﷺ évoque son gendre Abu al-’As : « Il m’a parlé et il m’a dit la vérité, il m’a promis et il a tenu sa promesse » (Bukhari, Fard al-khums ; Muslim, Fada’il al-Sahaba, bab fada’il Fatima — établi). L’éloge porte sur la parole donnée, vertu que le Prophète ﷺ tient pour décisive chez un gendre comme chez un croyant.
D. Rôle dans l’histoire
Son rôle est surtout humain. Il montre que la promesse tenue peut précéder la foi, et que la loyauté personnelle prépare à l’islam. Il est aussi à l’origine d’un cas de droit célèbre : Zaynab, émigrée, avait été séparée de son mari polythéiste ; le Prophète ﷺ la lui rendit après sa conversion. Selon Ibn ’Abbas, le Prophète ﷺ la lui rendit « selon le premier mariage, sans nouveau contrat » ; selon d’autres narrations, avec un nouveau contrat (Tirmidhi, Nikah — hasan et discuté ; Abu Dawud, Talaq). Les savants se partagent selon que l’époux se convertit pendant la période d’attente (’idda) ou après.
E. Anecdotes et détails marquants
Zaynab et l’attaque. Lors de sa sortie de La Mecque, Habbar ibn al-Aswad fait tomber Zaynab de son chameau. Elle fait une fausse couche et en garde des souffrances (Ibn Ishaq ; Ibn Sa’d — rapporté).
La petite-fille sur les épaules. Le Prophète ﷺ priait en portant Umama, fille de Zaynab et d’Abu al-’As : il la posait en se prosternant et la reprenait en se levant (Bukhari, Salat ; Muslim, Masajid — établi).
Le sort d’Umama. Fatima, sur son lit de mort, demande à ’Ali d’épouser Umama après elle ; ’Ali le fait (Ibn Sa’d — rapporté).
F. Fin de vie
Abu al-‘As meurt en Dhu al-Hijja 12 H, sous Abu Bakr. Il lègue la tutelle de ses enfants à al-Zubayr (Ibn Sa’d — rapporté). Il est enterré à al-Baqi’. Il n’est resté musulman que cinq ans environ.
G. Ce que l’on retient
- La fidélité à un lien aimé ne se défait pas devant la pression sociale : sa loyauté a convaincu le Prophète ﷺ avant sa foi.
- Rendre à chacun son dépôt avant de se convertir : Abu al-’As a refusé que son islam passe pour un vol.
- Une femme peut protéger : Zaynab a accordé son asile et le Prophète ﷺ l’a confirmé.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Degré |
|---|---|---|
| « Il m’a dit la vérité, il a tenu sa promesse » | Bukhari, Fard al-khums ; Muslim | Établi |
| Umama portée dans la prière | Bukhari, Salat ; Muslim | Établi |
| Rançon par le collier de Khadija | Abu Dawud ; Ahmad | Établi (hasan) |
| Zaynab accorde sa protection | Ibn Ishaq | Rapporté |
| Remariage selon le premier contrat | Tirmidhi ; Abu Dawud | Rapporté (discuté) |
| Chute de Zaynab de son chameau | Ibn Ishaq ; Ibn Sa’d | Rapporté |
PARTIE III — DÉBATS ET ANNEXES
1. Ce que ces vies enseignent
L’islam ne demande pas de repartir de zéro, mais de se tourner. Khalid, ’Amr, ’Ikrima, Safwan, Wahshi avaient combattu l’islam de toutes leurs forces. Aucun n’a dû effacer son passé avant d’être accueilli : le Prophète ﷺ a posé le principe que l’islam efface ce qui l’a précédé (Muslim 121 — établi). Ils ont ensuite fait leurs preuves par des actes, non par des discours.
Le pardon est une politique et une spiritualité. La conquête de La Mecque a pu se faire sans massacre parce que le Prophète ﷺ a pardonné à ses ennemis les plus acharnés. Mais ce pardon n’a rien d’une faiblesse : il s’accompagne de la fermeté sur la justice (le cas des voleurs, des Banu Jadhima) et de la reconnaissance de la douleur (Wahshi devait se tenir hors de sa vue).
Les compagnons se complètent. Le même Prophète ﷺ a su employer le conquérant (Khalid), le diplomate (Suhayl, ’Amr), le récitant (Abu Musa), le mémorisateur (Abu Hurayra), l’écrivain (Ibn ’Amr), l’homme de piété (Ibn ’Umar). Aucune qualité n’a été jugée inutile.
Le mérite n’est pas égal, mais la promesse est la même. Ceux d’avant la victoire ont un rang plus élevé ; à tous Allah a promis la meilleure récompense (Coran 57:10 — coranique). Un converti tardif qui meurt pour sa foi, comme ’Ikrima, peut rejoindre dans l’estime ceux qui l’ont précédé.
La Fitna enseigne la retenue. Les hommes de cette génération se sont opposés, parfois les armes à la main. Les savants sunnites ont gardé de ces épreuves une règle simple : ne pas se faire juge entre eux, car ils ont été les premiers à porter le message, et leurs différends relèvent d’Allah.
2. Questions et objections fréquentes
1. Khalid est « l’épée dégainée d’Allah » : pourquoi ’Umar l’a-t-il pourtant démis ? Le surnom vient du Prophète ﷺ (Bukhari 4262 — établi). Le limogeage, lui, tient à la gestion de l’État, non à un doute sur sa foi. ’Umar craignait que la victoire soit attribuée à l’homme plutôt qu’à Allah, et lui reprochait des distributions d’argent sans contrôle (Tabari — rapporté). Khalid obéit sans rancune. ’Umar le regretta à sa mort. Le Prophète ﷺ avait déjà désavoué un acte de Khalid sans le démettre (Bukhari 4339) : le même principe est à l’œuvre.
2. L’affaire de Malik ibn Nuwayra ne ternit-elle pas Khalid ? Les sources rapportent que Khalid fit exécuter Malik, chef des Banu Yarbu’, et épousa sa veuve, ce qui choqua ’Umar. Khalid soutenait que Malik avait renié la zakat et tenu des propos injurieux envers le Prophète ﷺ. Abu Bakr jugea que Khalid avait mal interprété la situation, sans le démettre, et, selon certains récits, fit verser le prix du sang (Tabari — rapporté ; les détails sont débattus). L’attitude sunnite est de ne pas trancher plus que ne l’ont fait les compagnons.
3. Mu’awiya, Siffin et al-Hasan : quelle est la position sunnite ? Le Coran envisage le cas de deux groupes de croyants qui se battent et demande de les réconcilier (Coran 49:9 — coranique). Le Prophète ﷺ a salué la réconciliation obtenue par al-Hasan (Bukhari 2704 — établi). Les savants sunnites reconnaissent que ’Ali était plus proche de la vérité à Siffin, en s’appuyant sur le hadith annonçant que ’Ammar serait tué par le groupe rebelle (Muslim, Fitan — établi). Ils tiennent Mu’awiya pour un compagnon qui a fait un effort d’interprétation et s’est trompé. Ils s’abstiennent de le condamner, comme de maudire qui que ce soit.
4. Mu’awiya a-t-il transformé le califat en monarchie ? Le Prophète ﷺ avait annoncé trente ans de califat « prophétique », puis un règne autoritaire (Abu Dawud et Tirmidhi, Sunna et Fitan — hasan). Désigner Yazid comme héritier est un choix que de nombreux compagnons, dont Ibn ’Umar, Ibn al-Zubayr et al-Husayn, ont refusé. Les savants, dont Ibn Taymiyya, y voient une erreur politique, sans en faire un motif de rejet de la personne ni de ses mérites : Mu’awiya reste scribe du Prophète ﷺ, beau-frère et fondateur d’un État qui a protégé les frontières.
5. Abu Hurayra a-t-il trop rapporté ? Goldziher puis Abu Rayya ont soutenu qu’il était impossible de rapporter plus de cinq mille hadiths en trois ans. Les réponses sont de trois ordres. D’abord, le chiffre inclut les variantes d’un même texte ; le nombre de contenus distincts est bien inférieur. Ensuite, Abu Hurayra vivait à la mosquée, sans commerce ni terres, et le Prophète ﷺ avait prié pour sa mémoire (Bukhari, ’Ilm — établi). Enfin, Talha ibn ’Ubaydillah, l’un des dix annoncés au Paradis, a déclaré qu’il ne doutait pas qu’Abu Hurayra ait entendu du Prophète ﷺ ce que lui-même n’avait pas entendu (Tirmidhi, Manaqib — hasan). La Sahifa de Hammam ibn Munabbih, publiée au XXe siècle par M. Hamidullah, correspond au texte conservé dans le Musnad d’Ahmad : la transmission est donc plus ancienne et plus stable que les orientalistes ne l’ont dit. ’A’isha lui a reproché son débit, non sa véracité (Muslim — établi).
6. Hind a-t-elle vraiment mâché le foie de Hamza ? Le récit vient d’Ibn Ishaq, d’Ibn Sa’d et d’al-Waqidi (rapporté). Il n’apparaît pas dans les recueils authentiques. Les historiens musulmans le rapportent sans le cacher. Il n’est pas flatteur pour l’ancêtre des Umayyades, ce qui plaide pour sa transmission honnête. Après Uhud, le Prophète ﷺ interdit la mutilation (Muslim, Jihad — établi). Le principe de l’effacement du passé par l’islam s’applique à Hind, qui n’a pas été punie, mais dont les actes ne sont ni excusés ni cachés.
7. Wahshi a tué Hamza : comment a-t-il pu être pardonné ? Le Coran dit à ceux qui ont mécru que, s’ils cessent, « ce qui est passé leur sera pardonné » (Coran 8:38 — coranique), et le Prophète ﷺ a dit que l’islam efface ce qui l’a précédé (Muslim 121 — établi). Les juristes ajoutent que le tueur d’un combattant en temps de guerre n’est pas soumis au talion après sa conversion. Wahshi n’a donc pas été puni, mais le Prophète ﷺ lui a demandé de rester hors de sa vue, par douleur humaine (Bukhari, Maghazi — établi). Le récit selon lequel le verset 39:53 l’aurait consolé est faible (rapporté) ; son sens reste coranique : « Allah pardonne tous les péchés ».
8. Les conversions après la conquête étaient-elles sincères ? Le Coran distingue la soumission extérieure de la foi du cœur (Coran 49:14 — coranique). Parmi les convertis tardifs et les « libérés » (tulaqa’), beaucoup ont montré par leur vie une foi entière : Khalid, ’Ikrima, Suhayl, Safwan, Abu Sufyan à Yarmuk. La Ridda a touché surtout des tribus du désert, non La Mecque : Suhayl y a tenu la ville. Les savants jugent selon l’apparent et laissent le cœur à Allah. Aucun des vingt compagnons de ce dossier n’a apostasié.
9. Pourquoi le Prophète ﷺ a-t-il donné de l’argent à des ennemis d’hier ? Le Coran prévoit une part de la zakat pour « ceux dont les cœurs sont à rallier » (Coran 9:60 — coranique). Après Hunayn, Abu Sufyan, Safwan et d’autres ont reçu cent chameaux chacun (Muslim, Zakat — établi pour Abu Sufyan ; rapporté pour les autres). Safwan raconte que ces dons l’ont conquis (Muslim 2313). Les Ansar ont été troublés, et le Prophète ﷺ leur a expliqué qu’il leur laissait un bien plus grand : sa personne (Bukhari, Maghazi, ghazwat Hunayn — établi).
10. Que faut-il retenir du tafsir d’Ibn ’Abbas ? Il faut distinguer ses attributions solides, comme la sahifa transmise par ’Ali ibn Abi Talha, et ce qui lui est faussement attribué, comme Tanwir al-Miqbas (rejeté). Sa méthode repose sur la langue des Arabes, sur les hadiths et sur l’avis des compagnons. Ses élèves de La Mecque et de Kufa, Mujahid, ’Ikrima, Sa’id ibn Jubayr, ont formé l’école de tafsir sur laquelle s’appuient al-Tabari et Ibn Kathir. Il reste prudent sur les récits des gens du Livre.
11. Ibn ’Amr et les livres de Yarmuk : faut-il croire les Isra’iliyyat ? Le Prophète ﷺ a dit : « Rapportez des Banu Isra’il, sans crainte » (Bukhari 3461 — établi) et aussi : « Ne croyez pas les gens du Livre et ne les démentez pas » (Bukhari, Tafsir — établi). La règle des savants, notamment d’Ibn Taymiyya et d’Ibn Kathir, est la suivante : ce qui concorde avec l’islam est admis, ce qui le contredit est rejeté, le reste est suspendu. Les récits d’Ibn ’Amr tirés de ses livres entrent dans cette règle (discuté).
12. Ibn al-Zubayr, rebelle ou calife ? Et al-Hajjaj ? Les savants sunnites ne tranchent pas sur le califat d’Ibn al-Zubayr : il a été reconnu par une partie de la communauté, puis l’unité s’est faite autour de ‘Abd al-Malik. Ils s’accordent sur trois points : Ibn al-Zubayr est un compagnon pieux ; le siège de la Maison sacrée et la crucifixion de son corps par al-Hajjaj sont un acte injuste ; al-Hajjaj est le « destructeur » annoncé dans le hadith rapporté par Asma’ (Muslim, Fada’il al-Sahaba — établi).
13. Al-Mughira ibn Shu’ba a-t-il commis l’adultère à Basra ? La preuve n’en a pas été faite : quatre témoins étaient requis (Coran 24:4 — coranique) et le quatrième, Ziyad, a refusé d’attester l’acte. ’Umar a appliqué la peine de la calomnie aux trois autres. Abu Bakra a refusé de se rétracter, ce qui lui a valu de ne pas être admis comme témoin devant ’Umar ; il reste néanmoins un transmetteur retenu par al-Bukhari (Tabari — rapporté). Al-Mughira a continué à être gouverneur et transmetteur du hadith.
14. « Celui qui entre chez Abu Sufyan est en sécurité » : privilège ou politique ? Le Prophète ﷺ a su reconnaître l’orgueil d’un chef, et l’a transformé en geste d’asile pour la ville (Muslim 1780 — établi). Ce n’est pas un titre de sainteté : Abu Sufyan reste un converti tardif, qui s’est ensuite montré solide à Hunayn et à Yarmuk. Ses mérites propres ne sont pas augmentés, ni diminués, par cette parole.
15. Pourquoi Ibn ’Umar n’a-t-il pas combattu ? Il a fondé sa position sur des hadiths qui avertissent contre les troubles où le fidèle doit se tenir à l’écart (Bukhari, Fitan — établi). Les savants le tiennent pour un modèle de prudence. Quelques récits lui prêtent le regret de n’avoir pas combattu le groupe rebelle aux côtés de ’Ali (al-Hakim — rapporté, discuté). Le consensus sunnite retient la valeur de son abstention sans la condamner chez ceux qui ont combattu.
16. ’Amr a-t-il trompé Abu Musa à l’arbitrage de Siffin ? La scène où Abu Musa déposerait ’Ali avant que ’Amr ne confirme Mu’awiya vient d’Abu Mikhnaf, transmetteur sans crédit sur les affaires de la Fitna (Tabari — rapporté ; rejeté dans son détail par Ibn al-’Arabi et Ibn Taymiyya). Les deux hommes sont des compagnons dont la bonne foi est reconnue. L’arbitrage a échoué par divergence, non par tromperie établie.
3. Tableau récapitulatif
| N° | Compagnon | Tribu | Entrée en islam | Mort | Rôle principal |
|---|---|---|---|---|---|
| 65 | Khalid ibn al-Walid | Makhzum | Safar 8 H | 21 H, Homs | Général de la Ridda, de l’Irak et de la Syrie |
| 66 | ’Amr ibn al-’As | Sahm | Safar 8 H | 43 H, Fustat | Conquérant de l’Égypte |
| 67 | Abu Sufyan ibn Harb | Umayya | Ramadan 8 H | vers 31-32 H, Médine | Chef de Quraysh, rallié à la conquête |
| 68 | Hind bint ’Utba | Umayya | Ramadan 8 H | vers 14 H | Ennemie d’Uhud, puis croyante |
| 69 | Mu’awiya ibn Abi Sufyan | Umayya | 7-8 H | 60 H, Damas | Scribe, gouverneur de Syrie, calife |
| 70 | ’Ikrima ibn Abi Jahl | Makhzum | Ramadan 8 H | 13 H, Ajnadayn | Repenti, martyr de Syrie |
| 71 | Abu Hurayra | Daws | 7 H | 57-59 H, Médine | Plus grand transmetteur du hadith |
| 72 | ’Abdullah ibn ’Umar | ’Adi | Enfance | 73 H, La Mecque | Piété et imitation du Prophète ﷺ |
| 73 | ’Abdullah ibn al-’Abbas | Hashim | Né musulman | 68 H, Ta’if | Interprète du Coran |
| 74 | ’Abdullah ibn al-Zubayr | Asad | Né musulman | 73 H, La Mecque | Calife contesté du Hijaz |
| 75 | ’Abdullah ibn ’Amr | Sahm | Avant son père | vers 63 H | Scribe de hadiths, la Sahifa |
| 76 | Abu Musa al-Ash’ari | Ash’ar | 7 H (Khaybar) | vers 42-44 H | Récitant, gouverneur de Basra |
| 77 | al-Mughira ibn Shu’ba | Thaqif | 5 H | 50 H, Kufa | Gouverneur de Basra et de Kufa |
| 78 | Suhayl ibn ’Amr | ’Amir ibn Lu’ayy | Ramadan 8 H | 18 H, Amwas | Négociateur de Hudaybiya, orateur |
| 79 | Safwan ibn Umayya | Jumah | 8 H | vers 41-42 H | Pardonné, don de Hunayn |
| 80 | Wahshi ibn Harb | Esclave abyssin | 9 H | Homs | Tueur de Hamza, puis de Musaylima |
| 81 | Thumama ibn Uthal | Hanifa | vers 6 H | 11-12 H | Chef de Yamama, fidèle pendant la Ridda |
| 82 | ’Adi ibn Hatim | Tayy’ | 9-10 H | 67-68 H, Kufa | Chef de Tayy’, fidèle à ’Ali |
| 83 | al-Tufayl ibn ’Amr | Daws | Avant l’hégire | 12 H, Yamama | Convertisseur des Daws |
| 84 | Abu al-‘As ibn al-Rabi’ | ’Abd Shams | 7 H | 12 H, Médine | Gendre du Prophète ﷺ, époux de Zaynab |
4. Glossaire
Aman : sauf-conduit, protection accordée à un individu ou à un groupe.
Bay’at al-Ridwan : l’allégeance prêtée sous l’arbre à Hudaybiya (Coran 48:18).
Fitna : épreuve, guerre civile ; désigne ici les troubles qui suivent l’assassinat de ’Uthman.
Hasan : « bon », degré de hadith dont la chaîne est acceptable sans atteindre le sahih.
Hégire (hijra) : l’émigration de La Mecque à Médine en 622, point de départ du calendrier musulman.
Hudaybiya : lieu du traité de trêve entre le Prophète ﷺ et Quraysh, en 6 H.
Isnad : chaîne de transmission d’un hadith.
Isra’iliyyat : récits venus des Banu Isra’il et des gens du Livre.
Jahiliyya : période antéislamique.
Kunya : surnom de forme « père de… » ou « mère de… ».
Mu’allafa qulubuhum : « ceux dont les cœurs sont à rallier », catégorie bénéficiaire de la zakat (Coran 9:60).
Mursal : hadith dont un compagnon est absent de la chaîne.
Muthla : mutilation du cadavre, interdite par le Prophète ﷺ.
Qisas : talion ; peine de l’homicide dans la loi islamique.
Ridda : apostasie ; désigne les guerres menées contre les tribus rebelles sous Abu Bakr.
Sahih : « authentique », plus haut degré de hadith.
Sahifa : feuillet, recueil écrit ; la Sahifa al-Sadiqa d’Ibn ’Amr, la Sahifa de Hammam.
Siffin : lieu de la bataille entre ’Ali et Mu’awiya en 37 H.
Sunan : recueils de hadiths classés par thèmes juridiques (Abu Dawud, Tirmidhi, Nasa’i, Ibn Majah).
Tabaqat : « classes », genre biographique illustré par Ibn Sa’d.
Tafsir : exégèse du Coran.
Tahkim : arbitrage, notamment celui de Siffin.
Tulaqa’ : « libérés », nom donné aux Qurayshites graciés à la conquête de La Mecque.
5. Bibliographie classique
- Le Coran.
- Al-Bukhari, al-Jami’ al-sahih (Sahih al-Bukhari).
- Muslim ibn al-Hajjaj, al-Jami’ al-sahih (Sahih Muslim).
- Abu Dawud, Al-Tirmidhi, Al-Nasa’i, Ibn Majah, Sunan.
- Ahmad ibn Hanbal, al-Musnad.
- Malik ibn Anas, al-Muwatta’.
- Al-Hakim al-Naysaburi, al-Mustadrak ’ala al-Sahihayn.
- Ibn Ishaq (rédaction d’Ibn Hisham), al-Sira al-nabawiyya.
- Muhammad ibn Sa’d, al-Tabaqat al-kubra.
- Al-Waqidi, Kitab al-Maghazi (à utiliser avec réserve).
- Al-Tabari, Tarikh al-rusul wa’l-muluk.
- Ibn ’Abd al-Hakam, Futuh Misr wa’l-Maghrib.
- Al-Bayhaqi, Dala’il al-nubuwwa.
- Abu Nu’aym al-Asbahani, Hilyat al-awliya’.
- Ibn ’Abd al-Barr, al-Isti’ab fi ma’rifat al-ashab.
- Ibn al-Athir, Usd al-ghaba fi ma’rifat al-sahaba.
- Ibn Hajar al-’Asqalani, al-Isaba fi tamyiz al-sahaba ; Fath al-Bari.
- Al-Dhahabi, Siyar a’lam al-nubala’ ; Tarikh al-Islam.
- Ibn Kathir, al-Bidaya wa’l-nihaya ; Tafsir al-Qur’an al-’azim.
- Ibn al-’Arabi, al-’Awasim min al-qawasim.
- Ibn Taymiyya, Minhaj al-sunna al-nabawiyya.
- Al-Suyuti, al-Itqan fi ’ulum al-Qur’an.
Note sur les références : les numéros de hadith sont donnés à titre indicatif d’après les grands recueils et peuvent différer selon les éditions ; chacun se vérifie dans le recueil cité ou sur sunnah.com.
Et Allah est le plus savant.
