Réponse à Cheikh Ali (5) — Enfer et science

Réponses › Ex-musulmans · Cheikh Ali · volet 5/6

La tombe, la mouche, le miel, la reproduction, le chameau roux, la pluie qui « se dégage » et la baleine sous la Terre.

IX. « L’Islam, religion d’Enfer »

L’Enfer sur Terre : la « paranoïa »

Le récit de Manfred et du chat, puis la liste « méfiez-vous des femmes, des chiens, des images, des cheveux ». Le passage confond deux choses : la vigilance morale (baisser le regard, éviter ce qui égare) et le trouble psychiatrique. Le Coran dit : « Ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu, Il pardonne tous les péchés » (39:53) et « Dieu ne charge une âme que selon sa capacité » (2:286) ; le hadith : « Facilitez, ne compliquez pas ; annoncez la bonne nouvelle, ne faites pas fuir » (Bukhārī 69). L’islam vécu par un milliard de personnes est fait de fêtes, de mariages, de musique, de cuisine et de jardins. Le livre ne connaît que le prédicateur anxieux de son enfance ; nous ne doutons pas qu’il ait existé ; il n’est pas l’islam.

Sur les images : le hadith « les plus châtiés sont les faiseurs d’images » (Bukhārī 5950) vise, chez la plupart des commentateurs, ceux qui fabriquent des idoles ou prétendent égaler la création ; les mālikites et beaucoup d’autres ont admis les images sans relief, et la civilisation islamique a produit des miniatures pendant huit siècles. « Dessiner est pire que le meurtre » n’est écrit nulle part.

L’Enfer dans la tombe

Le châtiment de la tombe est un article de foi sunnite (Bukhārī 1338, Muslim 2867). L’auteur en fait « l’une des croyances les plus terrorisantes » pour l’enfant et rapporte des « cauchemars claustrophobiques ». La tradition, elle, enseigne aussi l’élargissement de la tombe pour le croyant, la vision de sa place au Paradis, le sommeil « comme le sommeil du jeune marié » (Tirmidhī 1071) — la moitié que le livre ne cite pas. Sur les « anges au visage noir » : c’est une image de la crainte, non une couleur de peau ; le même corpus fait de Bilāl, noir et affranchi, le premier muezzin, et dit que « nul Arabe n’a de mérite sur un non-Arabe sinon par la piété » (Musnad Aḥmad). L’auteur, qui accuse la tradition de racisme, écrit cinq lignes plus haut que ʿUmar était « le caillou qui torchait le moins proprement du désert ». Passons.

Sur l’urine « qui vaut la torture » : Bukhārī 216 dit que deux hommes sont châtiés « pour une chose qu’ils ne tenaient pas pour grave » : l’un ne se protégeait pas de l’urine (négligence rituelle volontaire), l’autre semait la discorde par la médisance. Le hadith enseigne que les petites négligences comptent. La tradition chrétienne a le même enseignement sous le nom de péché véniel.

L’Enfer en Enfer

La chaîne de « soixante coudées » : le Coran dit soixante-dix (69:32) ; l’auteur cite Ibn Kathīr de travers. Le reste — Abū Ṭālib et ses sandales, le rocher de Sisyphe, le crochet — est la description des peines de l’au-delà, que toute religion possède et que Dante a peintes plus longuement. L’auteur remarque que le supplice du rocher « ressemble à un mythe païen ». Il ressemble surtout à un enseignement sur la répétition du mal. Que l’enfer « ait besoin d’un gardien pour attiser ses flammes, sinon elles s’éteindraient » : le livre a inventé la seconde moitié de la phrase.

Sources 7 – 0 Cheikh Ali.

X. « L’Islam, religion de science »

Le chapitre est entièrement construit sur le procédé 5 (juger le miracle au mètre) et sur une inversion : là où la tradition dit « le Prophète ﷺ a fait ou dit ceci », le livre lit « l’islam prétend que la science dit ceci ». Reprenons.

L’eau (Abū Dāwūd 66-67 ; Ibn Mājah 518)

Le puits de Buḍāʿa recevait, charriées par les pluies, des saletés venant des dépotoirs voisins. Le hadith : « L’eau est pure, rien ne la rend impure » — et le consensus des juristes ajoute : sauf si son goût, son odeur ou sa couleur changent. La règle des « deux qulla » (environ 200 litres) fixe le seuil en dessous duquel une eau sans changement visible est néanmoins suspecte. C’est un standard de potabilité empirique, fondé sur l’observation, comparable à ce que les villes européennes n’ont adopté qu’au XIXe siècle. L’auteur y voit « des cadavres de chiens dans la boisson ». Il a inversé le sens de la règle.

Boire debout, boire en trois fois, lécher les doigts

Le Prophète ﷺ a déconseillé de boire debout (Muslim 2026) et a bu debout de l’eau de Zamzam (Bukhārī 5615) : les commentateurs (al-Nawawī) en concluent que la recommandation est une préférence de bienséance, non un interdit, et que le second hadith montre la permission. Le livre présente cette conciliation comme « c’est grave mais pas tant que ça ». C’est exactement cela : une règle de politesse a des exceptions. Lécher ses doigts ou les faire lécher (Bukhārī 5456) : al-Nawawī précise « par sa femme ou son enfant, qui n’en éprouvent pas de dégoût ». Le livre transforme cela en « faites-vous lécher après avoir mangé ». Nous ne recommandons pas de lire les manuels de savoir-vivre avec cet auteur.

La mouche (Bukhārī 3320)

Le hadith permet, si une mouche tombe dans un récipient, de l’y plonger avant de la retirer, « car dans l’une de ses ailes est une maladie et dans l’autre un remède ». On peut aussi jeter le contenu ; le hadith ne l’interdit pas (Ibn Ḥajar). Que l’énoncé fasse sourire un entomologiste de 2025 est possible ; qu’il soit aberrant ne l’est pas : des travaux australiens (Macquarie, 2002) ont décrit des substances antimicrobiennes à la surface de certaines mouches. Nous n’en faisons pas un miracle. Nous notons seulement que le livre, qui prétend défendre la science, n’a pas ouvert une seule étude avant de rire.

La lune fendue, l’arbre, la lutte avec Rukāna

Miracles rapportés par des témoins nommés (Ibn Masʿūd, Anas, Ibn ʿAbbās pour la lune ; Bukhārī 3869). « Pas une personne sur Terre n’a relevé l’événement » : un phénomène nocturne, bref, visible depuis une région du monde à une époque sans presse, n’a laissé de trace que là où l’on regardait. L’objection vaut ce qu’elle vaut ; elle ne prouve ni ne réfute. L’auteur, lui, croit réfuter en disant que c’est impossible. Nous renvoyons au procédé 5.

L’oubli : les « quarante conditions » (Bukhārī 2631)

Le hadith : « Quarante bonnes œuvres, dont la plus haute est de prêter une chèvre laitière ; quiconque en accomplit une en espérant la récompense entrera au Paradis. » Ḥassān (le transmetteur) dit avoir compté ce qui était au-dessous de la chèvre laitière — rendre le salut, écarter un obstacle du chemin — sans atteindre quinze. Il ne s’agit pas de « quarante conditions oubliées », mais de quarante exemples de générosité ordinaire, dont le Prophète ﷺ n’a donné que le premier pour laisser les autres à l’imagination des croyants. L’auteur en fait une « tablette de l’oubli ». Il a oublié de lire le hadith.

La magie (Bukhārī 5765)

Le Prophète ﷺ fut ensorcelé par Labīd ibn al-Aʿṣam, ce qui affecta un temps son imagination (il croyait avoir fait ce qu’il n’avait pas fait) ; Dieu le lui révéla, il fit retirer l’objet, refusa de l’exhiber pour ne pas exciter les esprits, et les sourates 113-114 furent révélées. La tradition en tire que le Prophète était un homme, vulnérable dans son corps et son esprit comme Moïse le fut devant les illusions des magiciens (20:66-67), mais que le message fut protégé (5:67). L’auteur en tire que la sorcellerie « pourrait même être bénéfique ». Nous ne lui disputerons pas cette conclusion.

L’eau des doigts

Les chiffres 60, 70, 80, 300, 1 400, 1 500 correspondent à des événements différents (Ḥudaybiyya, une halte en voyage, Tabūk, un repas à Médine), comme Ibn Ḥajar l’explique dans le Fatḥ. Le livre les présente comme les versions contradictoires d’un seul miracle et calcule un débit. Il n’a pas lu le commentaire ; il a lu six numéros.

La reproduction (Bukhārī 3938, 130 ; 86:6-7)

Le hadith d’ʿAbdallāh ibn Salām et celui d’Umm Sulaym affirment que la femme contribue à la formation de l’enfant (« si son eau précède… »), que les deux parents déterminent ressemblance et sexe, et que la femme a une sécrétion propre. Or au VIIe siècle, la médecine dominante — celle d’Aristote — enseignait que la femme n’apportait que la matière et l’homme seul la forme ; et Galien, plus proche, admettait une semence féminine. L’énoncé prophétique est du côté de Galien et de la double contribution, c’est-à-dire du côté qui s’est révélé juste. Le vocabulaire est celui du temps ; le principe est celui de la génétique. L’auteur écrit que le Prophète « se trompe » parce qu’il ne parle pas d’ovule. Il faudrait aussi rayer Hippocrate.

Le chameau roux (Bukhārī 5305). Un homme vient dire que sa femme a accouché d’un enfant noir — il sous-entend l’adultère. Le Prophète : « As-tu des chameaux ? De quelle couleur ? Roux. Y en a-t-il un gris ? Oui. D’où vient-il ? Peut-être une souche (ʿirq) l’a-t-elle tiré. — Peut-être en est-il de même pour ton fils. » Et il refuse la répudiation. C’est, mot pour mot, la description d’un caractère récessif et le refus de condamner une femme sur une apparence. Le livre : « rentra tout guilleret chez sa femme, cocu et soulagé ». L’auteur ne voit pas qu’il a sous les yeux le plus beau hadith de génétique et de justice du corpus. Il voit un cocu.

Les anges, l’ail, les chiens

Les anges n’entrent pas là où il y a une image ou un chien (Bukhārī 3225) ; l’ail et l’oignon crus repoussent « celui à qui parle l’ange » comme ils repoussent les fidèles à la mosquée (Muslim 564). Ordre de tuer les chiens : révoqué par le Prophète ﷺ lui-même — « si les chiens n’étaient pas une communauté parmi les communautés, j’aurais ordonné de les tuer » (Abū Dāwūd 2845) — et restreint ensuite aux chiens dangereux ; le chien de chasse et de garde est permis, le lavage septuple est une règle de propreté que Mālik ne rattache même pas à une impureté du chien. « L’islam enseigne la haine des chiens » : le Coran raconte avec tendresse le chien des Sept Dormants (18:18), et le hadith fait entrer au Paradis une prostituée pour avoir abreuvé un chien (Bukhārī 3321). Le livre a lu l’ordre et pas la révocation.

La communication : le palmier qui pleure, les morts de Badr

Le tronc qui gémit quand le Prophète ﷺ le quitte pour la chaire (Bukhārī 3584) : miracle rapporté par plusieurs voies, l’un des mieux attestés. L’auteur : « l’histoire ne dit pas s’il se remit à prêcher près du palmier ». Elle le dit : il le prit dans ses bras jusqu’à ce qu’il se calme, et le fit enterrer sous la chaire.

Les morts de Badr : « Votre Seigneur vous a-t-il donné ce qu’Il vous avait promis ? » — et aux compagnons surpris : « Vous n’entendez pas mieux qu’eux, mais ils ne peuvent répondre » (Bukhārī 3976). L’auteur trouve absurde de parler aux morts. Il devrait éviter les cimetières le 1er novembre.

« La science islamique du quotidien » : poulet, courge, chaise, sandale

Le livre aligne six hadiths triviaux avec un score « Islam 7 – 0 Mécréance ». Il touche là, sans le savoir, à un point important : le corpus du hadith n’est pas un livre de dogmes mais une archive de vie, où l’on a tout noté — ce qu’il mangeait, comment il s’asseyait, ce qu’il répondait aux enfants — parce que des générations ont voulu tout savoir d’un homme. Se moquer de ce qu’un homme a mangé de la courge (Bukhārī 5437), c’est se moquer de l’archive, pas de la doctrine. Aucun savant n’a jamais fait de la courge un pilier.

La médecine : le miel, les dattes, la peste, Zaynab bint al-Ḥārith

Le miel (Bukhārī 5684) : « Dieu a dit vrai, le ventre de ton frère a menti. » Un homme souffrant de diarrhée est soigné au miel, à répétition, et guérit. Un essai contrôlé publié dans le British Medical Journal (1985) a montré que le miel raccourcit la durée des gastro-entérites bactériennes de l’enfant. Nous n’en faisons pas un dogme ; nous notons que l’auteur en fait une blague sur le coût du miel.

Les sept dattes d’ʿajwa (Bukhārī 5445) protègent « ce jour-là » de poison et de magie ; le Prophète ﷺ est mort quatre ans après l’empoisonnement de Khaybar, et sa mort n’est attribuée au poison que par un rapport d’ʿĀʾisha sur ses derniers instants (Bukhārī 4428). « Il avait dû oublier de manger sept dattes ce jour-là » : le livre est ici plus faible que la superstition qu’il moque.

La peste (Bukhārī 5728-5734) : « si vous apprenez qu’elle sévit dans un pays, n’y entrez pas ; si elle éclate là où vous êtes, n’en sortez pas. » L’auteur reconnaît lui-même le principe de la quarantaine. Il ajoute que « le remède est la mort ». Le hadith dit que celui qui reste par patience et confiance en Dieu aura la récompense du martyr — c’est-à-dire qu’il donne un sens à l’obéissance sanitaire. Les Européens du XIVe siècle, qui fuyaient et propageaient, auraient gagné à le lire.

Zaynab bint al-Ḥārith, l’empoisonneuse de Khaybar : les deux rapports (exécutée / pardonnée) sont conciliés par al-Bayhaqī et Ibn Ḥajar — le Prophète ﷺ pardonna pour lui-même, puis, à la mort de Bishr ibn al-Barāʾ, elle fut livrée à la famille de la victime en talion. Ce n’est pas « la juive de Schrödinger », c’est le droit pénal : la victime peut pardonner son propre préjudice, pas celui d’autrui. Que le Prophète ait mangé chez elle le soir même de la prise de Khaybar, en acceptant l’hospitalité de la vaincue, dit assez ce qu’il en était du « massacre ». Sur Khaybar (siège d’une place forte dont les chefs avaient monté la coalition des Confédérés), voir notre dossier sur les expéditions.

La pluie (Bukhārī 1013-1033)

L’amputation la plus nette du livre. Le hadith d’Anas : famine ; un bédouin demande la pluie ; le Prophète ﷺ invoque ; il pleut une semaine ; le vendredi suivant, un homme se plaint : « les maisons s’écroulent, les routes sont coupées » ; le Prophète : « Ô Dieu, autour de nous, non sur nous ! » — et Anas conclut : « Le ciel se dégagea comme un vêtement qu’on ôte, et nous sortîmes marcher au soleil. » Le livre remplace cette phrase par « le déluge se poursuivit plus d’un mois dans la région » et par « il offrit le martyre à des chèvres, peut-être même à des enfants ». Il n’y a ni mois, ni chèvres noyées, ni enfants. Il y a un texte, et un homme qui a décidé de ne pas le finir.

« La science astronomique » : la baleine

Que Nūn (68:1) désigne « le poisson sur lequel repose la Terre » est une opinion rapportée par les exégètes d’après des traditions israélites, à côté de deux autres : une lettre isolée comme les autres lettres liminaires, ou l’encrier. Ibn Kathīr et al-Ṭabarī rapportent les trois. Aucun n’en fait un article de foi. Et les mêmes exégètes vivaient dans une civilisation qui mesurait la circonférence terrestre (al-Maʾmūn, 830), calculait les latitudes et enseignait la sphéricité comme consensus (voir le volet 4, la qibla). L’auteur a choisi la baleine parce qu’elle est drôle. Nous aussi, nous trouvons la baleine drôle. Nous ne la trouvons pas représentative.

« Le soleil se couche dans une mare de boue » (18:86) : le verset dit que Dhū l-Qarnayn le trouva se couchant (wajadahā taghrubu) — du point de vue de l’observateur, comme le disent al-Rāzī, al-Bayḍāwī et tous les exégètes que l’auteur prétend citer. Un Français qui dit que « le soleil se couche dans la mer » à Biarritz n’est pas un platiste.

« L’esquive » : 5:101

« Ne demandez pas des choses qui, révélées, vous nuiraient. » Contexte (Bukhārī 4621) : un homme demanda publiquement « qui est mon père ? », un autre « où est mon chameau ? ». Le verset met fin aux questions oiseuses ou intrusives — en particulier celles dont la réponse créerait une obligation nouvelle (ainsi le hadith du pèlerinage : « est-ce chaque année ? — si je disais oui, ce serait obligatoire »). Le livre y voit « pour qu’on arrête de l’emm… ». Il est probable que l’auteur, à qui l’on poserait la question de sa filiation en public, ne trouverait pas cela absurde non plus.

Sources 8 – 0 Cheikh Ali.