Réponses › Ex-musulmans · Cheikh Ali · volet 6/6
L’épilogue pastiché, la campagne #rendslebout, et les cinq vraies questions que le musulman doit affronter sans esquive.
XI. L’épilogue : Montesquieu en djellaba
L’épilogue reprend, phrase après phrase, « De l’esclavage des nègres » (De l’esprit des lois, XV, 5). Le procédé se veut un coup de maître : l’islam serait à notre siècle ce que l’esclavage était au XVIIIe, une évidence honteuse que seule l’ironie peut ébranler.
Deux remarques. La première est que Montesquieu, dans le même livre, consacre à l’islam et à la loi musulmane des pages qui ne sont pas celles-là, et qu’il n’a jamais confondu le ridicule d’une pratique avec la nullité d’une civilisation. La seconde est que l’analogie se retourne : ceux qui, au XVIIIe siècle, dépeignaient tout un groupe humain par ses fluides, ses odeurs, son « sang », sa sexualité et sa stupidité supposée pour justifier qu’on le méprise n’étaient pas les abolitionnistes. L’auteur a choisi le costume de Montesquieu. Il devrait vérifier le rôle.
Le fond de l’épilogue tient en une phrase : « Un musulman est un humain à qui les bêtises contenues dans cet ouvrage sont enseignées comme des vérités dès le plus jeune âge. » Nous avons montré, section après section, que les « bêtises » sont pour une large part des inventions, des amputations, des inversions et des traductions fautives. Ce qu’on enseigne à un enfant musulman, c’est : Dieu est un, Muḥammad est Son messager, prie, jeûne, donne, ne mens pas, honore ta mère. Le reste est un florilège que l’auteur a composé lui-même, pour pouvoir dire ensuite qu’on l’a composé pour lui.
XII. « De la dignité des faibles » : le bout
Les vingt dernières pages quittent l’islam pour une cause : l’abolition de la circoncision (#rendslebout), avec une parodie de recueil de hadiths où des abonnés font dire « bout » à Platon, Camus et Sauron. Répondons en trois points, sérieusement puisque le sujet l’est.
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La circoncision masculine n’est pas une pratique « islamique » au sens du livre : elle est abrahamique (Genèse 17), juive, copte, éthiopienne, pratiquée par une majorité d’Américains non religieux, recommandée par l’OMS et l’ONUSIDA depuis 2007 dans les régions à forte prévalence du VIH (réduction d’environ 60 % de la transmission dans trois essais randomisés), jugée aux bénéfices supérieurs aux risques par l’Académie américaine de pédiatrie (2012). Elle est aussi critiquée par des pédiatres européens au nom du consentement. C’est un débat légitime entre médecins et juristes, et le musulman peut l’entendre. Ce n’est pas un argument sur l’existence de Dieu.
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Amalgamer circoncision et excision — comme le fait le livre en une phrase (« chirurgie esthétique sur les parties génitales des petites filles et des petits garçons ») — est ce que les militantes contre les mutilations féminines refusent avec le plus de vigueur, parce que l’amalgame banalise l’excision. Le livre, qui se dit défenseur des faibles, leur rend là un mauvais service.
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« Abraham a tranché le sien à la hache » : le hadith (Bukhārī 3356) dit bi-l-qaddūm, que les commentateurs lisent soit comme un lieu (al-Qaddūm) soit comme un outil (une herminette). Ibn Ḥajar discute les deux. L’auteur a choisi la hache, parce qu’une hache est plus drôle. Nous commençons à reconnaître la méthode.
Quatrième partie — Ce qui reste quand la farce est finie
Un livre entièrement faux ne serait pas dangereux. Celui-ci l’est parce qu’il mélange, à des centaines d’inventions, quelques questions réelles que le musulman doit affronter sans ironie et sans esquive. Les voici, telles que ce site les traite ailleurs, avec les textes et non contre eux.
L’âge d’ʿĀʾisha. Les Ṣaḥīḥ disent neuf ans. La réponse honnête n’est pas de nier les textes, c’est de les situer : normes universelles du monde ancien et médiéval, critère juridique de capacité, silence des ennemis contemporains, droit du refus, existence d’un avis classique interdisant le mariage des impubères, et le fait que le droit positif des pays musulmans a fixé, sur la base de l’intérêt (maṣlaḥa), des âges minimaux — comme le droit français l’a fait en 1804 puis en 2006.
Les peines corporelles (ḥudūd). Elles existent dans les textes. La réponse honnête est de montrer ce que le droit en a fait : preuve quasi impossible, doute qui repousse la peine, suspension par ʿUmar en année de disette, rareté historique des exécutions ; puis de dire clairement que ce qui se pratique aujourd’hui dans deux ou trois États au nom de la charia est, au regard du droit classique lui-même, une caricature.
L’esclavage et la captive. Ils existent dans les textes et dans l’histoire. La réponse honnête est de dire que l’islam a hérité d’une institution universelle, l’a régulée (interdiction d’asservir un musulman ou un homme libre, statut de l’umm walad, affranchissement expiatoire, contrat de rachat), l’a orientée vers l’extinction, et que ses savants ont eux-mêmes conclu à son abolition quand la source légale — la guerre légitime — a disparu.
4:34 et la correction. Le mot est dans le Coran. La réponse honnête est l’histoire de son interprétation, de ʿAṭāʾ à Ibn ʿĀshūr, et la sunna d’un homme qui n’a jamais levé la main sur une femme.
Le sort de l’apostat. Le hadith existe. La réponse honnête est la distinction classique entre changement de foi et sédition, les avis qui refusent la peine pour la première, et l’absence de toute peine dans le Coran.
Sur chacun de ces points, le livre n’a produit ni texte complet, ni contexte, ni avis divergent, ni comparaison. Il a produit un rire. C’est peu, pour vingt-quatre euros quatre-vingt-dix.
Sources classiques citées
- Le Coran : 2:185, 2:219, 2:256, 2:282, 2:286, 3:144, 3:195, 4:1, 4:4, 4:19, 4:34, 4:92, 5:33, 5:67, 5:90, 5:101, 8:41, 9:40, 9:84, 10:10, 15:47, 16:97, 17:1, 17:15, 18:18, 18:86, 20:66-67, 23:5-6, 24:33, 33:35, 33:50-53, 33:59-61, 33:69, 39:53, 49:9, 65:4, 68:1, 69:32, 75:22-23, 78:33, 83:29-34, 86:6-7, 90:13, 111.
- Al-Bukhārī, al-Jāmiʿ al-ṣaḥīḥ : 3, 4, 15, 30, 69, 145, 146, 216, 233, 304, 402, 514, 1013, 1270, 1338, 1358, 2631, 2691, 2731, 2916, 3008, 3039, 3045, 3053, 3093, 3225, 3320, 3321, 3331, 3356, 3404, 3561, 3584, 3724, 3849, 3869, 3909, 3938, 3976, 4037, 4039, 4043, 4102, 4138, 4196, 4206, 4428, 4437-4440, 4621, 4788, 4795, 5016, 5078, 5136, 5138, 5273, 5305, 5437, 5445, 5456, 5615, 5684, 5728-5734, 5745, 5765, 5937, 5950, 5997, 6024, 6042, 6223, 6780, 6824, 6829.
- Muslim, al-Ṣaḥīḥ : 162, 349, 444, 510, 564, 1270, 1403, 1452-1453, 1671, 1738, 1776, 1876, 1901-1902, 2026, 2165, 2167, 2328, 2331, 2406, 2470, 2497, 2599-2600, 2867.
- Abū Dāwūd, al-Sunan : 28, 29, 66-67, 247, 495, 586, 1249, 2136, 2146, 2845, 3931, 4364, 4482, 5271 (avec les notes du compilateur).
- Al-Tirmidhī : 1071, 1078, 1453, 3739 ; al-Nasāʾī : 3104, 5666 ; Ibn Mājah : 518, 1924, 1944 ; al-Bukhārī, al-Adab al-mufrad : 162, 963 ; Aḥmad, al-Musnad.
- Ibn Isḥāq / Ibn Hishām, al-Sīra al-nabawiyya ; Ibn Kathīr, al-Bidāya wa-l-nihāya et al-Sīra ; al-Ṭabarī, Tārīkh ; Ibn Saʿd, al-Ṭabaqāt.
- Ibn Ḥajar, Fatḥ al-bārī et Talkhīṣ al-ḥabīr ; al-Nawawī, Sharḥ Muslim et al-Majmūʿ ; Ibn Qudāma, al-Mughnī ; Ibn Rushd, Bidāyat al-mujtahid ; Ibn Ḥazm, al-Muḥallā et al-Fiṣal ; Ibn Taymiyya, Majmūʿ al-fatāwā ; al-Ṭabarī, al-Qurṭubī, al-Rāzī, Ibn Kathīr, Tafsīr ; Ibn al-Qayyim, al-Ṭibb al-nabawī ; Ibn al-Naqīb, ʿUmdat al-sālik ; al-Fatāwā al-hindiyya.
- Montesquieu, De l’esprit des lois, XV, 5 ; Voltaire, Candide ; Luc 14:26 ; 1 Corinthiens 7:9 ; Jean 9:6 ; Deutéronome 22:21 ; Genèse 17.
- Haffejee & Moosa, « Honey in the treatment of infantile gastroenteritis », British Medical Journal, 1985 ; OMS/ONUSIDA, recommandation sur la circoncision masculine, 2007 ; American Academy of Pediatrics, Circumcision Policy Statement, 2012.
Dossier de la série « Réponses › Ex-musulmans ». Renvois internes : « Kaʿb ibn al-Achraf et les autres » (D35), « Les onze épouses » (D34), « L’abattage rituel » (D33), l’article méthodologique sur 4:34, le dossier sur l’apostasie et le dossier sur la Hijra.