ce que l'athéisme enlève, et que l'islam restaure : le rythme, l'action, la descendance, le sens du temps
Il reste un aspect très concret de l'athéisme que peu de gens osent aborder, et que je veux traiter ici sans détour. Pas toute l'athéisme, attention — il y a des athées qui travaillent dur, qui s'investissent humanitairement, qui font du bien autour d'eux. Je ne peins pas tout le monde à la même couleur. Mais une tendance massive existe, visible dans les statistiques et dans l'observation quotidienne : l'athéisme contemporain s'accompagne très souvent d'une forme de paresse — intellectuelle, physique, morale — qu'il faut nommer.
Le glandeur moderne
Regarde une génération de jeunes adultes occidentaux moyens, disons entre vingt et trente-cinq ans. Une part importante passe ses soirées derrière un écran. Jeux vidéo. Séries. Scrolling TikTok. Commentaires de matchs de foot. Streaming de combats UFC. Pornographie, pour une proportion énorme des hommes. Selon les études récentes, les jeunes Occidentaux passent en moyenne huit à dix heures par jour devant des écrans. Huit à dix heures. Sur vingt-quatre. Enlève le sommeil, le travail, les trajets : il ne reste littéralement plus que ça.
L'expression même qu'ils emploient est révélatrice : « tuer le temps ». Tuer le temps. Comme si le temps était un ennemi à assassiner, un adversaire à neutraliser. Or le temps, dans la vision islamique, n'est pas une plaie : c'est le capital le plus précieux que tu possèdes. Chaque seconde est un don qui ne reviendra jamais. Le Prophète ﷺ a dit : « Saisis cinq choses avant cinq autres : ta jeunesse avant ta vieillesse, ta santé avant ta maladie, ta richesse avant ta pauvreté, ton loisir avant ton affairement, ta vie avant ta mort. » (Rapporté par Al-Hâkim, authentifié par Al-Albânî.) L'athée tue le temps. Le musulman le sauve.
« Par le temps ! L'homme est certes, en perdition, sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres, s'enjoignent mutuellement la vérité et s'enjoignent mutuellement l'endurance. »
— Coran, Sourate Al-'Asr (103) — versets 1 à 3
Cette sourate est minuscule. Trois versets. Pourtant, Imam Ash-Shâfi'î disait : « Si les hommes méditaient cette seule sourate, elle leur suffirait. » Elle résume tout. Le temps file. La plupart des humains se perdent dedans. Seuls s'en sauvent ceux qui agissent — dans la foi, dans le bien, dans la vérité dite aux autres, dans la patience. L'athée qui « tue le temps » ne tue pas le temps : c'est le temps qui le tue, seconde par seconde, sans qu'il accumule aucun trésor pour ce qui vient après.
Les cinq prières comme architecture du jour
Maintenant regarde la structure qu'apporte l'islam dans la journée d'un croyant. Cinq prières, à cinq moments précis, non négociables. La prière du fajr avant le lever du soleil — tu te lèves, que tu le veuilles ou non, pour te présenter devant ton Seigneur dans l'obscurité avant même que le monde ne bouge. La prière de dhuhr au milieu du jour, en plein travail, en pleine agitation. La prière de 'asr en milieu d'après-midi, quand la fatigue commence. La prière de maghrib au coucher du soleil. La prière de 'ishâ' dans la nuit. Cinq arrêts. Cinq points fixes. Cinq ancrages quotidiens.
Ces cinq prières ne sont pas un fardeau religieux. Elles sont, à bien y regarder, le meilleur cadre de vie que l'humanité ait jamais conçu. Elles imposent un rythme. Elles t'empêchent de dormir jusqu'à midi. Elles t'obligent à faire une pause dans ton travail. Elles te rappellent, cinq fois par jour, qui tu es, d'où tu viens, et vers qui tu vas. Elles découpent le temps en segments sanctifiés. Un musulman pratiquant ne peut pas, par construction, passer dix heures devant un écran sans interruption — toutes les deux ou trois heures, il se lève pour prier.
Compare avec l'athée moyen. Rien ne l'arrête. Rien ne structure son temps. Il se lève quand il se lève. Il mange quand il a faim. Il travaille quand il faut bien payer les factures. Il se couche quand il s'effondre. Son temps est complètement amorphe, sans colonne vertébrale, sans rythme imposé. Et ce qui semble être « liberté » — je fais ce que je veux quand je veux — est en réalité, dans les faits, un abandon total à la pente de la paresse. Parce que sans rythme imposé, la pente naturelle de l'être humain, c'est de glisser. De glisser vers le lit, vers l'écran, vers le grignotage, vers le vide.
« La prière n'est pas un obstacle à ta vie. Elle en est l'ossature. Enlève-la, et le reste s'effondre comme un corps sans squelette. Les heures se dissolvent, les jours se ressemblent, les années filent sans qu'on sache ce qu'on en a fait. La prière, c'est ce qui empêche ta vie de devenir une bouillie où rien n'a de saveur parce que rien n'a de forme. »
— Ibn al-Qayyim, Madârij as-Sâlikîn
La descendance : le grand calcul froid
Il y a un autre point que je veux nommer, avec beaucoup de douceur mais avec franchise. Concerne la descendance.
Dans les sociétés pré-modernes, religieuses, les gens faisaient des enfants. Beaucoup. Même dans la pauvreté extrême. Regarde l'Afrique sub-saharienne aujourd'hui : sept, huit enfants par famille, au milieu de la précarité. On juge souvent cela « inconscient », on parle de « problème démographique ». Mais ces familles-là vivent une chose que nous avons perdue : la confiance dans la vie. La certitude qu'un enfant est une bénédiction, pas un fardeau calculé. Que sa subsistance est dans la main de Celui qui l'a créé, pas dans un tableau Excel.
« Ne tuez pas vos enfants par crainte de la pauvreté ; c'est Nous qui leur assurons la subsistance, ainsi qu'à vous. Les tuer, c'est vraiment un énorme péché. »
— Coran, 17:31
Maintenant regarde les sociétés occidentales athéisées. On ne fait plus d'enfants, ou alors très peu, et toujours très « calculés ». On attend d'avoir le bon appartement. Le bon salaire. La bonne situation professionnelle. La bonne relation stable. Le bon moment dans la carrière. Résultat ? Le premier enfant arrive à trente-cinq ans ; parfois jamais. Et quand il arrive, c'est souvent un seul. Parce qu'il « coûte cher », parce qu'il « prend du temps », parce qu'on veut « se garder de la place pour soi ».
Ce n'est pas une critique méchante. C'est un constat douloureux. Ce calcul-là est l'expression typique d'une âme qui a perdu la confiance dans la Providence. Un croyant ne calcule pas comme ça, parce qu'il sait que les enfants ne viennent pas de son porte-monnaie — ils viennent de la volonté d'Allâh qui, avec eux, envoie aussi leur subsistance. Ce n'est pas de la naïveté : c'est de la confiance. Et cette confiance produit des familles, des descendances, des civilisations. L'absence de cette confiance produit ce que nous avons sous les yeux : des pays vieillissants, des écoles qui ferment, des villages abandonnés, des couples qui n'ont pas le courage de se reproduire, et qui finissent par éteindre leur propre lignée.
Le résultat global est simple : les athées, en moyenne, ne transmettent pas. Ni génétiquement, ni culturellement, ni spirituellement. Ils sont la dernière génération d'eux-mêmes. Pendant ce temps, les familles religieuses — musulmanes, juives orthodoxes, chrétiennes évangéliques — continuent à se reproduire, à transmettre, à pousser. C'est une question mathématique, pas une opinion. Dans cent ans, les descendants des athées d'aujourd'hui seront, tout simplement, beaucoup moins nombreux. La foi gagne par la fécondité ce qu'elle perd par la sécularisation. Et l'Histoire, sur la longue durée, se fait toujours au profit de ceux qui ont assez cru dans la vie pour la transmettre.
L'athée-animal : vivre sans gouvernail
Je veux finir ce chapitre par une image qui, je le crois, résume tout. L'athée qui vit sans Dieu, sans règles transcendantes, sans direction supérieure, ressemble à un animal domestique lâché dans la nature. Il existe, il mange, il dort, il se reproduit s'il en a envie, il s'agite quand une stimulation le frappe, il somnole quand rien ne le sollicite. Mais il n'a pas de gouvernail. Pas de cap. Pas de rivage vers lequel il naviguerait. Il dérive.
Quand tu lui demandes « quel est le sens de ta vie ? », il balbutie : « euh, être heureux, profiter de la vie, faire ce que j'aime ». Mais heureux de quoi ? Profiter de quoi ? Aimer quoi ? Ces réponses-là ne sont pas des réponses : elles sont les noms qu'il donne à son flottement. Il ne sait pas où il va. Il ne sait même pas qu'il devrait aller quelque part. Il vit comme l'animal vit — sous l'effet des impulsions présentes, au jour le jour.
« Ils ont des cœurs avec lesquels ils ne comprennent pas, des yeux avec lesquels ils ne voient pas, et des oreilles avec lesquelles ils n'entendent pas. Ceux-là sont comme les bestiaux ; ils sont même plus égarés. Ce sont eux les insouciants. »
— Coran, 7:179
Note bien : « plus égarés » que le bétail. Pas à la même hauteur — plus bas. Parce que le bétail suit simplement sa nature, sans prétendre à autre chose. L'humain athée, lui, a reçu la raison, la conscience, la fiṭra, la possibilité d'entendre la parole divine — et il les refuse. Il est donc plus bas que l'animal, parce qu'il a préféré l'être. C'est un jugement coranique, dur, mais qui recoupe exactement ce que décrit la sociologie contemporaine des sociétés désacralisées.
Mais prends ce verset pour ce qu'il est. Ce n'est pas une insulte lancée à ta figure : c'est un diagnostic posé sur une manière de vivre — recevoir un cœur et ne pas comprendre, des yeux et ne pas voir, des oreilles et ne pas entendre. Or un diagnostic ne se lit pas pour humilier ; il se lit pour guérir. Et celui-ci a une particularité : il ne condamne personne à perpétuité. Tant que tu respires, tu peux cesser d'être l'insouciant qu'il décrit — il suffit de rallumer ce qui a été éteint. C'est précisément l'objet des derniers chapitres de ce livre.
L'ACTION, LA STRUCTURE, LA DESCENDANCE
L'islam n'est pas une religion de coussin moelleux. C'est une religion qui te met debout cinq fois par jour. Qui te fait jeûner un mois entier. Qui te demande de donner l'aumône. Qui t'oblige à affronter tes voisins, tes parents, ta communauté, tes responsabilités. Qui te pousse à te marier, à avoir des enfants, à les éduquer, à transmettre. L'athéisme contemporain, lui, est devenu l'alibi confortable d'une vie horizontale : peu de sacrifice, peu d'action, peu de descendance, peu de sens. Et au fond, le Coran avait prévu exactement cela : quand l'homme renonce à son Seigneur, il ne monte pas dans la dignité humaine. Il descend dans l'insignifiance animale. Voilà pourquoi, malgré toutes ses technologies, ses diplômes, ses villes-musées, l'Occident athée produit une humanité qui vivote — et qui, statistiquement, ne transmettra même pas son nom à la génération suivante.
La foi n'est pas une régression vers l'enfance
Une objection sophistiquée pourrait surgir ici. « Être adulte, c'est précisément ne plus avoir besoin d'un père cosmique. C'est assumer ma finitude, ma solitude, ma responsabilité, sans recourir à une figure parentale imaginaire. Tu appelles fuite ce que j'appelle maturité. » L'objection fait écho à Freud, à Sartre, à Nietzsche. Elle est philosophiquement sérieuse et mérite une réponse de fond.
L'adulte véritable, effectivement, n'a plus besoin d'un père humain qui lui dicte sa conduite. Mais il y a une différence fondamentale entre le père humain — dont l'enfant doit s'émanciper pour grandir — et le Créateur universel, que l'adulte accompli reconnaît comme étant plus grand que lui sans en être pour autant infantilisé. Newton n'est pas moins adulte parce qu'il reconnaît l'existence de Dieu. Einstein n'est pas moins intelligent parce qu'il parle d'un « Vieux » dont il admire l'œuvre. Pascal n'est pas moins philosophe parce qu'il prie. Mendel, Lemaître, Heisenberg, Planck — tous ces géants de la science moderne — n'étaient pas des arriérés mentaux qui auraient eu besoin d'une béquille psychologique. Ce sont au contraire leurs intelligences achevées qui leur ont permis de voir ce que des sophistes adolescents ne voient pas.
La reconnaissance d'Allâh n'est pas une régression vers l'enfance : c'est une maturation vers la réalité. L'enfant croit qu'il est seul au monde et au centre de tout. L'adolescent découvre qu'il ne l'est pas et veut s'en libérer en niant ce qui le dépasse. L'adulte reconnaît humblement Celui qui l'a créé. Il y a une progression — pas une régression. Et confondre les deux mouvements est précisément l'erreur de l'athéisme adolescent qui se prend pour de la maturité.