et leurs réfutations argumentées
Il est temps de quitter l'analyse civilisationnelle pour entrer dans l'arène intellectuelle. Voici les dix arguments les plus fréquemment avancés par les athées contemporains — de Richard Dawkins à Sam Harris, de Michel Onfray à Christopher Hitchens. Nous les présenterons honnêtement, dans leur formulation la plus forte, puis nous montrerons pourquoi chacun s'effondre à l'examen rigoureux.
ARGUMENT N°1 — « La science explique tout — on n'a plus besoin de Dieu »
C'est l'argument le plus répandu, et le plus mal compris — y compris par ceux qui le défendent. Il repose sur une confusion fondamentale entre la science (méthode rigoureuse d'étude des phénomènes physiques) et le scientisme (idéologie selon laquelle seule la science produit de la connaissance valide).
Réfutation
Premier point — La science répond au comment, jamais au pourquoi. Aucune équation n'a jamais expliqué pourquoi l'univers existe au lieu de ne pas exister. La science décrit les lois de la nature ; elle ne dit rien sur le Législateur. C'est comme si l'on prétendait, après avoir disséqué une horloge et compris ses rouages, avoir démontré que l'horloger n'existe pas. C'est un saut logique illégitime.
Deuxième point — L'affirmation « seule la science produit du savoir » n'est elle-même pas un énoncé scientifique. Aucune expérience de laboratoire ne peut la prouver. C'est un parti-pris philosophique — et qui plus est, autoréfutant. Si l'on n'accepte que ce que la science prouve, alors on ne peut pas accepter cette affirmation, car elle n'est pas prouvée scientifiquement.
Troisième point — Les plus grands scientifiques de l'histoire étaient croyants ou déistes. Newton, Maxwell, Faraday, Pasteur, Mendel, Lemaître (le prêtre catholique inventeur du Big Bang), Planck, Einstein lui-même : aucun n'était athée militant, et tous voyaient dans les lois de l'univers la signature d'une Intelligence. Si la science conduisait nécessairement à l'athéisme, ils auraient été les premiers à l'embrasser. Ils ont fait l'inverse.
Quatrième point — Plus la science avance, plus l'univers ressemble à un projet, pas à un hasard. Le réglage fin (fine-tuning) des constantes physiques fondamentales est aujourd'hui un fait scientifique consensuel : la moindre variation d'une trentaine de paramètres rendrait l'univers totalement incapable de produire la vie. Probabilité par hasard pur : effectivement nulle. Les physiciens athées eux-mêmes en sont réduits à postuler un « multivers » non observable, non testable, donc… non scientifique. Ils refusent l'Hypothèse-Dieu pour la remplacer par une hypothèse plus extravagante encore.
« Lorsque tu vois une œuvre parfaitement ordonnée, tu sais avec certitude qu'elle a un auteur sage et puissant. Comment peux-tu, en regardant l'univers — qui surpasse en ordre, en finesse et en sagesse toute œuvre humaine — conclure qu'il n'a pas d'auteur ? »
— Ar-Râzî, Mafâtîḥ al-Ghayb, sur l'argument téléologique
ARGUMENT N°2 — « L'univers est sorti du néant — par hasard »
Variante populaire de l'argument précédent. Stephen Hawking l'a popularisée : « L'univers a pu se créer lui-même à partir de rien, à cause des lois de la physique. »
Réfutation
Premier point — Du néant absolu, rien ne sort. C'est un principe philosophique de bon sens, énoncé depuis Parménide : ex nihilo nihil fit. Pour qu'une chose passe du non-être à l'être, il faut une cause. Et cette cause ne peut pas être elle-même contenue dans le néant — sinon ce n'est plus le néant.
Deuxième point — Hawking, en disant « grâce aux lois de la physique », triche. Si « les lois de la physique » existent déjà, ce n'est pas le néant. Le néant ne contient pas de lois. La proposition « l'univers est sorti du néant à cause de la gravité » revient à dire : « le pain est sorti du néant à cause des boulangers » — ce qui présuppose justement ce que l'on prétend expliquer.
Troisième point — Le Big Bang est une preuve, pas un problème, pour les croyants. Pendant des siècles, les athées ont défendu l'idée d'un univers éternel (Aristote l'enseignait). Cette éternité supposée leur permettait d'éviter la question de l'origine. Le Big Bang, démontré au XXᵉ siècle, a ruiné cette position : l'univers a un commencement absolu. Or tout ce qui commence a une cause. Cette cause doit être : non causée elle-même (sinon régression infinie), hors du temps (puisqu'elle précède le temps), hors de l'espace (puisqu'elle précède l'espace), immatérielle (puisqu'elle précède la matière), puissante (capable de produire un univers), intelligente (capable de l'organiser). Ces attributs définissent précisément… Allâh.
Quatrième point — L'argument cosmologique du kalâm. Cet argument fut formalisé par les théologiens musulmans, en particulier al-Bâqillânî et al-Ghazâlî, dès le X-XIᵉ siècle — bien avant que les apologètes occidentaux modernes (William Lane Craig) ne le redécouvrent. Sa structure : (1) Tout ce qui commence à exister a une cause. (2) L'univers a commencé à exister. (3) Donc l'univers a une cause. La science contemporaine valide la prémisse 2 ; le bon sens valide la prémisse 1 ; la conclusion est inéluctable.
« Ont-ils été créés à partir de rien, ou sont-ils eux-mêmes les créateurs ? Ou ont-ils créé les cieux et la terre ? Mais ils n'ont pas de certitude ! »
— Coran, 52:35-36
Méditons ce verset : trois options épuisent toutes les possibilités logiques. Ou bien l'univers s'est créé tout seul (absurde — il faudrait qu'il existe avant lui-même pour se créer). Ou bien les hommes l'ont créé (manifestement faux). Ou bien quelqu'un l'a créé. Le Coran a posé l'argument cosmologique le plus rigoureux de l'histoire en deux versets, quatorze siècles avant la cosmologie moderne.
ARGUMENT N°3 — « L'évolution prouve qu'on n'a pas besoin d'un Créateur »
Argument darwinien classique : les espèces vivantes se sont développées par mutations aléatoires et sélection naturelle, donc on n'a plus besoin de postuler un Créateur.
Réfutation
Premier point — L'évolution n'explique PAS l'origine de la vie. Il faut distinguer évolution (transformation des espèces déjà vivantes) et abiogenèse (apparition de la vie à partir de la matière inerte). Aucun biologiste sérieux ne prétend aujourd'hui savoir comment la vie est apparue. La cellule la plus simple contient des milliers de protéines coordonnées, un code ADN à 3 milliards de paires de bases, des mécanismes de réplication d'une complexité vertigineuse. Affirmer que tout cela est apparu spontanément dans une « soupe primitive » est une affirmation de foi, pas une démonstration scientifique.
Deuxième point — L'évolution n'explique pas l'origine de la matière. Avant qu'il y ait de la matière à faire évoluer, il faut qu'il y ait de la matière. L'évolution suppose ce qu'elle prétend remplacer.
Troisième point — L'évolution n'explique pas l'origine de l'information génétique. L'ADN est un code, au sens informatique strict du terme. Or aucun code observé dans l'univers ne s'est jamais écrit tout seul : chaque code que nous connaissons (langues, alphabets, programmes informatiques) est le produit d'une intelligence. Postuler qu'un code aussi sophistiqué que l'ADN s'est écrit par hasard est statistiquement et philosophiquement intenable.
Quatrième point — L'islam et l'évolution ne sont pas en guerre comme l'islam et le créationnisme chrétien littéraliste. L'islam n'a jamais imposé une lecture littérale de six jours de 24 heures. De nombreux savants musulmans classiques (Ibn Khaldûn évoquant la diversification des espèces, Ibn Sînâ sur la transformation graduelle) ont anticipé certaines intuitions évolutionnistes. La micro-évolution (variation à l'intérieur d'une espèce) est observable et compatible avec l'islam. Seule la prétention métaphysique — « donc Dieu n'existe pas » — est rejetée, et cette prétention n'est pas scientifique mais idéologique.
Cinquième point — Adam, exception ontologique. Concernant l'homme spécifiquement, le Coran enseigne qu'Adam fut créé directement par Allâh, comme une exception ontologique. Cette affirmation théologique n'entre en conflit avec aucune donnée scientifique vérifiée — elle entre en conflit avec une prétention métaphysique des matérialistes, ce qui est tout différent.
ARGUMENT N°4 — « Si Dieu existait, il n'y aurait pas de mal dans le monde »
L'« argument du mal » est psychologiquement le plus puissant des arguments athées. Il prend appui sur la souffrance réelle — maladie d'un enfant, génocide, catastrophe naturelle — pour conclure qu'aucun Dieu bon et tout-puissant ne peut exister.
Réfutation
Premier point — Distinguons le mal naturel et le mal moral. Le mal moral (meurtre, viol, oppression) provient du libre arbitre humain. Or le libre arbitre est un don précieux : sans lui, l'homme ne serait qu'un automate. Pour être capable de choisir le bien, il faut être capable de choisir le mal. La majorité des maux que les athées invoquent ne sont pas causés par Dieu, mais par les hommes qui, ayant reçu la liberté, en abusent. Reprocher à Dieu les crimes humains, c'est reprocher au constructeur d'une voiture les accidents causés par les chauffards.
Deuxième point — La vie d'ici-bas n'est pas un paradis. C'est un test. L'erreur fondamentale de l'argument du mal est de présupposer que la vie terrestre devrait être un lieu de bonheur parfait. L'islam dit l'inverse :
« Celui qui a créé la mort et la vie, afin de vous éprouver et de savoir qui d'entre vous est le meilleur en œuvres. »
— Coran, 67:2
La dunyâ est le lieu de l'épreuve. La justice définitive et la félicité infinie sont reportées dans l'akhira. Sans cette dimension eschatologique, l'argument du mal a effectivement une force terrible. Avec elle, il s'effondre : la souffrance temporaire d'ici-bas est rétribuée — pour le juste — par une éternité de paix sans commune mesure.
Troisième point — Sans le mal, aucune des grandes vertus humaines n'existerait. Sans la possibilité de la lâcheté, pas de courage. Sans la possibilité de l'égoïsme, pas de générosité. Sans la possibilité de la trahison, pas de fidélité. Sans la possibilité de l'épreuve, pas de patience (ṣabr), pas de gratitude (shukr), pas de confiance en Dieu (tawakkul). Le mal possible est la condition même de l'élévation spirituelle.
Quatrième point — l'argument du mal se retourne contre l'athée. Pour dire que quelque chose est « mauvais », l'athée doit présupposer un standard objectif du bien et du mal. Or, sans Dieu, ce standard n'existe pas — comme nous le démontrerons en détail dans la section suivante. L'athée qui s'indigne devant le mal vole à l'islam le concept même de mal pour s'en servir contre l'islam. C'est intellectuellement intenable.
« Les épreuves sont à l'âme ce que le feu est à l'or : elles séparent le pur de l'impur. Celui qui voit le mal sans voir la sagesse de l'épreuve voit la moitié du tableau et conclut que le tableau est laid. »
— Ibn al-Qayyim, Madârij as-Sâlikîn
ARGUMENT N°5 — « Je peux être moral sans avoir besoin de Dieu »
C'est l'argument préféré de l'athée bien intentionné. Il pense porter un coup décisif. En réalité, il ne comprend pas la question.
Réfutation
Premier point — Personne ne nie que vous puissiez agir moralement. La question n'est pas : peut-on être moral sans croire en Dieu ? La réponse est évidemment oui — sinon les athées seraient tous des criminels, ce qui n'est manifestement pas le cas. La vraie question est :
sur quoi fondez-vous votre morale ? Si vous dites « ma morale vient de moi », alors votre morale est purement subjective et vaut exactement ce que vaut la morale du voisin qui pense le contraire. Vous ne pouvez plus condamner Hitler, Staline ou un pédophile : vous pouvez seulement dire que vous, personnellement, n'aimez pas leurs préférences morales. Tout en étant obligé de reconnaître que vos préférences valent autant — pas plus — que les leurs.
Deuxième point — Si la morale vient de l'évolution biologique, alors elle est arbitraire. Les athées matérialistes affirment souvent que notre sens moral est un produit de la sélection naturelle. Mais alors, ce sens moral n'est qu'un mécanisme de survie de l'espèce, sans valeur de vérité. Affirmer qu'il est « bien » de protéger un enfant et « mal » de le torturer reviendrait à dire qu'il est « bien » que la girafe ait un long cou — c'est une description évolutive, pas un jugement moral véritable. La morale réduite à la biologie n'est plus la morale : c'est de la zoologie.
Troisième point — Si la morale vient du consensus social, alors le nazisme était moral en Allemagne nazie. Si le bien et le mal se définissent par la majorité d'une société, alors toute majorité a raison — y compris quand elle approuve l'esclavage, le génocide ou l'extermination des handicapés. C'est la conclusion logique du relativisme moral, et elle est moralement insoutenable.
Quatrième point — Les penseurs athées les plus lucides l'ont admis. Dostoïevski : « Si Dieu n'existe pas, tout est permis. » Nietzsche, qui célébra la « mort de Dieu », comprit immédiatement la conséquence : l'effondrement de toute morale objective et l'avènement de la « volonté de puissance », c'est-à-dire la loi du plus fort. Sartre : sans Dieu, l'homme est « condamné à être libre », c'est-à-dire qu'aucune valeur ne peut s'imposer à lui de l'extérieur. Camus : la vie est absurde, et il faut « imaginer Sisyphe heureux ». Aucun de ces penseurs n'a pu fonder rationnellement la morale sans Dieu — ils ont seulement essayé de gérer le vide qui s'ensuit.
LE COEUR DE LA QUESTION
Sans Créateur, il n'y a pas de bien et de mal objectifs. Il n'y a que des préférences individuelles ou collectives, qui changent avec le temps, le lieu, la mode, la propagande. La morale athée est une morale flottante : elle n'a pas de fondement, elle peut être renversée demain, et historiquement elle l'a été chaque fois qu'une idéologie matérialiste a pris le pouvoir.
Cinquième point — La morale islamique, elle, est fondée sur la Sagesse divine. Allâh est al-Ḥakîm (le Sage). Ses commandements ne sont ni arbitraires ni capricieux : ils sont l'expression d'une sagesse infinie qui connaît la nature humaine mieux que l'homme ne se connaît lui-même. Le bien et le mal en islam ne sont pas définis par convention, ni par évolution, ni par majorité : ils sont définis par Celui qui a créé l'homme et qui sait ce qui le grandit ou le détruit. C'est la seule fondation possible d'une morale véritablement universelle, stable et contraignante.
ARGUMENT N°6 — « Toutes les religions sont des inventions humaines »
Argument Feuerbach-Marx-Freud : les dieux sont des projections psychologiques ou sociales. L'humanité crée ses dieux pour combler ses peurs et justifier son ordre social.
Réfutation
Premier point — Comment expliquer leur universalité ? Si les religions étaient de simples inventions, on s'attendrait à voir des sociétés sans religion. Or il n'y en a aucune avant la modernité tardive. L'universalité du fait religieux est une donnée anthropologique que les explications réductionnistes (« peur », « pouvoir », « ignorance ») ne suffisent pas à expliquer.
Deuxième point — Cet argument suppose ce qu'il prétend démontrer. Dire « les religions sont des inventions humaines » présuppose que Dieu n'existe pas. C'est un argument circulaire. Si Dieu existe et a effectivement parlé aux hommes, alors la religion révélée n'est pas une invention humaine — elle est une transmission divine. La question doit être tranchée AVANT, pas APRÈS : Dieu existe-t-Il ? S'Il existe, il est parfaitement cohérent qu'Il Se soit révélé.
Troisième point — Le Coran est un défi historique unique. Le Coran a été révélé sur 23 ans, dans des contextes radicalement variés (persécution, exil, victoire militaire, deuils, conquêtes), à un homme illettré, dans une langue d'une perfection que les plus grands poètes arabes contemporains de la révélation reconnurent immédiatement comme inégalable. Et pourtant : aucune contradiction interne, aucune erreur scientifique, aucune incohérence narrative entre la première et la dernière sourate. Si le Coran était une œuvre humaine, il serait l'œuvre la plus extraordinaire jamais écrite — et en disant cela, l'athée admet déjà presque ce qu'il veut nier.
Quatrième point — Le Coran a été préservé textuellement. Aucun autre texte fondateur de religion n'a été préservé avec la rigueur du Coran. Ni la Torah (qui a connu de multiples rédactions, et dont la version massorétique date du IX-Xᵉ siècle de l'ère commune), ni les Évangiles (quatre rédactions tardives, des milliers de variantes manuscrites), n'offrent le degré de stabilité textuelle du Coran. Le manuscrit de Birmingham (datation carbone 568-645), antérieur ou contemporain à la fin de la révélation, présente déjà un texte identique à celui que nous lisons aujourd'hui.
Cinquième point — Si invention, pourquoi inventer un système si exigeant ? L'islam impose cinq prières quotidiennes, le jeûne d'un mois entier, l'interdiction de l'alcool, des relations extra-conjugales, de l'usure, du jeu d'argent, etc. Si Muḥammad ﷺ avait inventé cette religion pour servir ses intérêts, il aurait inventé une religion plus accommodante. Il n'aurait certainement pas inventé une religion qui condamne par avance toute exploitation des fidèles par leur prophète.
ARGUMENT N°7 — « La religion a causé toutes les guerres de l'histoire »
Cliché médiatique répété sans vérification, et pourtant facile à démentir avec les chiffres.
Réfutation
Premier point — Les chiffres réels. L'Encyclopedia of Wars (Phillips & Axelrod, 2005), qui recense de manière exhaustive 1763 conflits armés majeurs depuis 3500 av. J.-C., conclut que seuls 123 (soit 6,98 %) ont une motivation principalement religieuse. Plus de 93 % des guerres de l'histoire humaine ont d'autres causes : conquête de territoires, accès aux ressources, dynasties, nationalismes, idéologies politiques.
Deuxième point — Les guerres mondiales du XXᵉ siècle ne sont pas religieuses. Première Guerre mondiale : alliances et géopolitique européenne. Seconde Guerre mondiale : nationalismes et racialisme. Hitler n'était pas chrétien — il a persécuté l'Église confessante, emprisonné Bonhoeffer, méprisait le christianisme qu'il considérait comme « religion d'esclaves » (juive). Mussolini était athée militant. Staline, séminariste défroqué devenu athée militant, a fait fermer 95 % des églises orthodoxes et fusiller des dizaines de milliers de prêtres. Les deux conflits les plus meurtriers de l'histoire ne sont pas religieux.
Troisième point — Le bilan des États athées militants au XXᵉ siècle. Voici les chiffres que les manuels d'histoire mentionnent rarement :
Régime athée
Période
Victimes (estimation)
URSS de Lénine et Staline
1917-1953
20 à 60 millions
Chine de Mao Zedong
1949-1976
45 à 80 millions
Cambodge des Khmers rouges
1975-1979
1,7 à 2,2 millions (25 % de la population)
Corée du Nord (Kim)
1948 — aujourd'hui
1 à 3 millions
Vietnam communiste
1954-1985
1 à 2 millions
Éthiopie de Mengistu
1974-1991
0,5 à 1,5 million
Total estimé : entre 70 et 150 millions de morts au nom de l'athéisme militant en moins d'un siècle. Aucune religion de l'histoire — pas même les Croisades, pas même l'Inquisition, pas même les guerres de religion européennes — n'approche, même de loin, ce bilan. L'argument selon lequel « la religion cause les guerres » est, à la lumière des chiffres, une calomnie historique.
Quatrième point — Religion comme prétexte ≠ religion comme cause. Les guerres de religion européennes ont eu pour cause réelle les rivalités politiques entre dynasties et le contrôle des territoires : la religion servait souvent de drapeau, pas de moteur. Quand un seigneur féodal voulait s'emparer d'une principauté voisine, il invoquait Dieu. Cela ne fait pas de Dieu la cause de la guerre, pas plus que les étendards ne sont la cause de la bataille.
ARGUMENT N°8 — « Dieu est une béquille psychologique pour les faibles »
Argument freudien et marxien : la religion serait l'opium du peuple, une consolation infantile pour ceux qui ne supportent pas la dureté du réel.
Réfutation
Premier point — L'argument est circulaire. Dire « Dieu est une projection des besoins humains » présuppose justement que Dieu n'existe pas. Or si Dieu existe et qu'Il a créé l'homme, il est parfaitement cohérent que l'homme ressente un besoin de Lui — comme il est cohérent que le poisson « ait besoin » d'eau. Le besoin n'est pas la preuve de l'inexistence : il est souvent la preuve inverse. C. S. Lewis : « Le bébé ressent la faim ; il existe la nourriture. Le caneton veut nager ; il existe l'eau. L'homme ressent un désir qu'aucune chose terrestre ne peut combler ; l'explication la plus probable est qu'il a été créé pour un autre monde. »
Deuxième point — Si Dieu était une invention humaine, on n'aurait pas inventé un Dieu si exigeant. L'islam impose cinq prières quotidiennes, le jeûne, l'interdiction de l'alcool, des relations illicites, de l'usure, et place chaque acte sous le regard d'un Juge dont nul n'échappe. Si la religion était une simple « consolation », elle aurait été beaucoup plus accommodante. La sévérité même de la loi islamique est une preuve qu'elle ne sert pas à flatter l'ego humain.
Troisième point — L'argument se retourne contre l'athée. Si tout besoin psychologique est suspect, alors l'athée doit reconnaître que son propre besoin d'autonomie absolue, son désir de n'avoir de comptes à rendre à personne, sa volonté de s'auto-instituer comme seule loi, sont eux aussi des besoins psychologiques — et donc tout aussi suspects. L'athéisme aussi est une « béquille » : la béquille de celui qui refuse la responsabilité ultime, la dette envers le Créateur, et la perspective du Jugement.
Quatrième point — Le Prophète ﷺ n'avait rien à gagner. Avant la révélation, Muḥammad ﷺ jouissait d'un statut social honorable, d'un mariage heureux, d'une situation économique confortable. La prédication lui a apporté insultes, persécutions, exil, perte de proches, blessures de guerre, complots d'assassinat. Si la religion était une « consolation » qu'il s'inventait, il aurait choisi la bien plus simple consolation du silence et du conformisme social. Aucun homme rationnel ne s'inflige une telle vie pour un mensonge qu'il aurait lui-même fabriqué.
ARGUMENT N°9 — « Je ne crois que ce que je vois »
Réfutation
Premier point — Vous ne voyez ni l'amour, ni la justice, ni votre propre conscience. Et pourtant vous y croyez. Vous croyez que votre mère vous aime, que la justice est préférable à l'injustice, que vous êtes une personne consciente — sans pouvoir produire la moindre preuve visuelle de ces réalités. Si vous appliquiez votre principe avec rigueur, vous seriez forcé d'abandonner toute la vie morale et affective.
Deuxième point — Vous croyez à des milliers de choses que vous n'avez jamais vues. Vous croyez aux électrons, aux quarks, au boson de Higgs, à l'évolution biologique, à l'existence de César et de Napoléon, à votre propre cerveau (que vous n'avez jamais vu directement). La quasi-totalité de vos connaissances repose sur des témoignages, des inférences, des modèles théoriques. La science elle-même travaille avec des entités invisibles dont l'existence est inférée à partir d'effets observables.
Troisième point — L'invisibilité n'est pas l'inexistence. Refuser de croire ce qu'on ne voit pas n'est pas une position rationnelle : c'est un réductionnisme que la science elle-même a abandonné depuis longtemps. Le sage juge à partir des effets, pas seulement des causes immédiates. Voir l'œuvre prouve l'auteur, voir le projet prouve l'intention, voir l'ordre prouve l'organisateur — sans qu'il soit nécessaire de voir physiquement l'auteur, l'intention ou l'organisateur.
« Nous leur montrerons Nos signes dans l'univers et en eux-mêmes, jusqu'à ce qu'il leur devienne évident que c'est cela, la vérité. »
— Coran, 41:53
Quatrième point — Allâh ne se montre pas dans la dunyâ par sagesse, pas par incapacité. Si Allâh se manifestait visuellement, la foi serait abolie au profit de l'évidence forcée — et l'épreuve de la dunyâ perdrait son sens. La voile imposé est une miséricorde : il préserve la liberté de l'homme et la valeur du choix de croire.
ARGUMENT N°10 — « L'islam est arriéré ; la religion empêche le progrès »
Réfutation
Premier point — L'âge d'or scientifique islamique. Pendant que l'Europe traversait ses siècles obscurs (VIIᵉ-XIIᵉ), le monde musulman portait les sciences à un sommet inégalé. Citons brièvement :
- Al-Khwârizmî — fondateur de l'algèbre (le mot vient de son ouvrage al-Jabr) et père de l'algorithmique (le mot algorithme dérive de son nom).
- Ibn al-Haytham — fondateur de l'optique moderne et de la méthode expérimentale, sept siècles avant Galilée.
- Ibn Sînâ (Avicenne) — auteur du Canon de la médecine, manuel utilisé dans les universités européennes jusqu'au XVIIᵉ siècle.
- Abû Bakr ar-Râzî — pionnier de la chimie expérimentale et de la médecine clinique.
- Al-Bîrûnî — astronome et géographe, qui avait calculé le rayon de la Terre avec une précision inégalée pour son époque.
- Ibn an-Nafîs — qui a décrit la circulation pulmonaire trois siècles avant Servet et Harvey.
Cette extraordinaire floraison scientifique s'est produite dans une civilisation dont la religion était omniprésente. La religion n'était pas un obstacle : elle était le moteur. Le Coran enjoint plus de 750 fois aux croyants de réfléchir, d'observer, de méditer la création.
« La recherche du savoir est une obligation pour tout musulman. »
— Ibn Mâja, jugé authentique par Al-Albânî
Deuxième point — Le retard contemporain est culturel et politique, pas religieux. Le déclin scientifique du monde musulman moderne trouve ses racines dans : l'éclatement politique post-califat, la colonisation européenne (XIXᵉ-XXᵉ siècles), les dictatures militaires ou monarchiques imposées au XXᵉ siècle, l'imitation servile des modèles occidentaux dans certains pays, et l'éloignement progressif du tawḥîd authentique au profit de superstitions étrangères à la religion. Ce retard n'a rien à voir avec la doctrine islamique elle-même — qui, lorsqu'elle est appliquée correctement, produit historiquement le contraire.
Troisième point — Et l'Occident contemporain ? L'Occident moderne est, certes, en avance technologique. Mais sur les plans moral, spirituel, démographique et existentiel, il est en retard catastrophique. Taux de suicide records (Japon, Corée du Sud, pays scandinaves), effondrement démographique (taux de fécondité partout sous le seuil de renouvellement), explosion des troubles mentaux (un Américain sur cinq sous antidépresseurs), solitude pandémique (un quart des moins de 30 ans déclarent n'avoir aucun ami proche), désintégration de la famille… Cette « avance » est-elle vraiment un progrès, ou bien la fuite en avant d'une civilisation qui ne sait plus pourquoi elle existe ?
RÉCAPITULATIF DES DIX ARGUMENTS
Aucun des arguments athées examinés ne tient à l'analyse rigoureuse. Tous reposent soit sur une confusion conceptuelle (science / scientisme, mal / liberté), soit sur un argument circulaire (« Dieu est une invention parce que Dieu n'existe pas »), soit sur une contre-vérité historique (la religion cause toutes les guerres), soit sur un réductionnisme intenable (« je ne crois qu'à ce que je vois »). L'athéisme contemporain ne tient debout intellectuellement qu'aussi longtemps qu'on ne lui pose pas de questions sérieuses.