Traite de la croyance d’Ahl as-Sunna wa-l-Jamaa

Théologie et écoles

عَقِيدَةُ أَهْلِ السُّنَّةِ وَالْجَمَاعَةِ

Traité de la croyance d’Ahl as-Sunna wa-l-Jamāʿa

La parole des imams des premiers siècles, en arabe et en français.

La parole des imams des premiers siècles, en arabe et en français

Préambule — Ahl as-Sunna wa-l-Jamāʿa : qui sont-ils ?

Le nom désigne ceux qui suivent la Sunna et se tiennent à la Communauté. Il est plus ancien que les écoles qui s’en réclament, et les textes réunis dans ce traité permettent de le définir sans passer par elles.

Ce que disent les deux mots

As-Sunna est la voie du Prophète ﷺ : ce qu’il a dit, fait et approuvé, telle que les Compagnons l’ont transmise. Al-Jamāʿa est la Communauté : le corps des musulmans réuni autour de cette voie, par opposition à la firqa, la division. Les gens de la Sunna et de la Communauté sont donc ceux qui prennent la religion à sa source et refusent de s’en séparer pour suivre une opinion propre.

Le fondement dans le Coran et la Sunna

وَمَن يُشَاقِقِ الرَّسُولَ مِن بَعْدِ مَا تَبَيَّنَ لَهُ الْهُدَىٰ وَيَتَّبِعْ غَيْرَ سَبِيلِ الْمُؤْمِنِينَ نُوَلِّهِ مَا تَوَلَّىٰ

« Quiconque s’oppose au Messager après que la guidance lui est apparue clairement, et suit un autre chemin que celui des croyants, Nous le chargerons de ce dont il s’est chargé. »

— Coran, sourate an-Nisāʾ (4), verset 115 · سورة النساء

Ce verset lie deux choses : le Messager et le chemin des croyants. C’est le fondement du double nom.

وتفترق أمتي على ثلاث وسبعين ملة، كلهم في النار إلا ملة واحدة. قالوا: ومن هي يا رسول الله؟ قال: ما أنا عليه وأصحابي.

« Ma communauté se divisera en soixante-treize groupes, tous dans le Feu sauf un. On demanda : lequel, ô Messager d’Allah ? Il répondit : celui qui est sur ce que je suis, moi et mes Compagnons. »

— Hadith de ʿAbd Allāh ibn ʿAmr, rapporté par at-Tirmidhī (n° 2641) · حديث عبد الله بن عمرو، رواه الترمذي

وإن هذه الملة ستفترق على ثلاث وسبعين: ثنتان وسبعون في النار، وواحدة في الجنة، وهي الجماعة.

« Cette communauté se divisera en soixante-treize : soixante-douze dans le Feu et une au Paradis, et c’est la Communauté. »

— Hadith de Muʿāwiya, rapporté par Abū Dāwūd (n° 4597) · حديث معاوية، رواه أبو داود

Les deux versions se complètent : la première définit le groupe sauvé par son contenu, la voie du Prophète ﷺ et des Compagnons ; la seconde par son nom, la Communauté. La chaîne de la version d’at-Tirmidhī a été discutée par les savants du hadith ; celle d’Abū Dāwūd est tenue pour solide, et le sens des deux est confirmé par de nombreux textes.

عليكم بالجماعة وإياكم والفرقة، فإن الشيطان مع الواحد وهو من الاثنين أبعد.

« Tenez-vous à la Communauté et gardez-vous de la division, car le diable est avec celui qui est seul, et il est plus loin de deux. »

— Hadith de ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, rapporté par at-Tirmidhī (n° 2165) · حديث عمر بن الخطاب، رواه الترمذي

الجماعة ما وافق الحق وإن كنت وحدك.

« La Communauté, c’est ce qui est conforme à la vérité, serais-tu seul. »

— Parole d’Ibn Masʿūd, rapportée par al-Lālakāʾī dans Sharḥ uṣūl iʿtiqād ahl as-sunna · قول ابن مسعود، رواه اللالكائي

Cette parole d’un Compagnon empêche de confondre la Communauté avec le nombre : la jamāʿa est d’abord une fidélité, non une majorité.

Comment les imams du corpus se nomment eux-mêmes

اعلم أن الإسلام هو السنة، والسنة هي الإسلام، ولا يقوم أحدهما إلا بالآخر، فمن السنة لزوم الجماعة، فمن رغب عن الجماعة وفارقها فقد خلع ربقة الإسلام من عنقه، وكان ضالا مضلا.

« Sache que l’islam, c’est la Sunna, et que la Sunna, c’est l’islam : l’un ne tient pas sans l’autre. Fait partie de la Sunna de se tenir à la Communauté ; celui qui se détourne de la Communauté et s’en sépare a ôté de son cou le lien de l’islam, et il est égaré et égare les autres. »

— Al-Barbahārī, hanbalite · Sharḥ as-Sunna, premier paragraphe des éditions séparées · البربهاري، شرح السنة

ونتبع السنة والجماعة، ونجتنب الشذوذ والخلاف والفرقة.

« Nous suivons la Sunna et la Communauté, et évitons l’opinion isolée, la dissension et la division. »

— Abū Zurʿa et Abū Ḥātim ar-Rāzī, gens du hadith · dans al-Lālakāʾī, n° 321, t. I, p. 199 · الرازيان، في: اللالكائي، ١/١٩٩

ونرى الجماعة حقا وصوابا، والفرقة زيغا وعذابا.

« Nous tenons la Communauté pour la vérité et la justesse, et la division pour une déviation et un châtiment. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

On remarquera que la phrase des deux Rāzī, écrite au IIIe siècle, se retrouve mot pour mot chez aṭ-Ṭaḥāwī au IVe. C’est une formule reçue, non une invention d’auteur.

Les critères

Les seize chapitres qui suivent sont la définition même : on est d’Ahl as-Sunna par ce qu’on croit, non par l’école à laquelle on s’affilie. Ramenés à l’essentiel, les textes posent dix critères.

  1. La croyance se reçoit du Coran, de la Sunna et de la compréhension des Compagnons ; elle ne se construit pas par la spéculation.
  2. Allah est unique, sans associé ni semblable, seul digne d’adoration.
  3. Ses noms et attributs révélés sont affirmés sans être niés, déformés, comparés aux créatures ni soumis à la question du comment.
  4. Le Coran est Sa Parole, non créée.
  5. Les croyants Le verront dans l’au-delà.
  6. Tout advient par Son décret, et le serviteur répond de ses actes.
  7. La foi comprend la parole et l’acte, et le pécheur reste musulman.
  8. On croit à tout ce que le Prophète ﷺ a annoncé sur l’au-delà : tombe, résurrection, balance, pont, bassin, intercession, Paradis et Feu.
  9. On aime les Compagnons, on reconnaît l’ordre des quatre califes et l’on se tait sur leurs différends.
  10. On se tient à la Communauté : ni révolte armée contre les gouvernants, ni innovation, ni takfīr d’un musulman pour ses péchés.

Pourquoi ce nom rassemble plus qu’il ne divise

Trois familles théologiques se réclament de ce nom : les atharites, les ashʿarites et les māturīdites. Elles s’accordent sur les dix critères ci-dessus. Leurs divergences portent sur la manière de formuler les attributs divins et sur quelques points de méthode ; l’annexe 2 les décrit sans les minimiser. Mais aucune des trois ne nie ce que les onze textes de ce traité affirment, et aucune ne sort de la Communauté.

Ibn Taymiyya, qui n’était pas tendre avec ses adversaires, a lui-même distingué deux sens du nom. Au sens large, Ahl as-Sunna désigne tous ceux qui reconnaissent les trois premiers califes, c’est-à-dire tous les musulmans à l’exception des rāfiḍites. Au sens strict, il désigne les gens du hadith et de la Sunna pure, la ligne de ce traité. Il formule cette distinction dans Minhāj as-Sunna an-nabawiyya. Le nom a donc toujours eu un cercle large et un cercle étroit, et les imams eux-mêmes ont su passer de l’un à l’autre.

Le nom exclut, en revanche, ce que les textes excluent nommément : ceux qui rejettent les Compagnons, ceux qui déclarent mécréant le musulman pécheur, ceux qui nient le décret ou la vision d’Allah, ceux qui disent le Coran créé. Et même envers eux, les imams gardent une règle : on instruit avant de juger. Les deux Rāzī disent de celui qui hésite par ignorance sur le Coran qu’on l’enseigne et qu’on ne le déclare pas mécréant.

Ce traité suit la ligne des gens du hadith, parce que c’est la plus ancienne et la mieux attestée. Il ne prétend pas que les autres familles sunnites en sont exclues. Il montre ce qu’elles ont en commun, et il signale, à chaque fois que c’est nécessaire, où elles lisent autrement.

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Introduction

Ce traité réunit, thème par thème, ce que onze professions de foi des premiers siècles affirment sur la croyance d’Ahl as-Sunna wa-l-Jamāʿa. Il ne leur ajoute rien : sous chaque thème viennent d’abord le verset et le hadith qui fondent le point, puis la parole des imams, en arabe et en français, chacune suivie de sa référence.

Les textes réunis

Titre arabe Titre translittéré Auteur Mort Rattachement juridique
الفقه الأكبر al-Fiqh al-akbar attribué à Abū Ḥanīfa 150 H hanafite
أصول السنة Uṣūl as-Sunna Aḥmad ibn Ḥanbal 241 H hanbalite
شرح السنة Sharḥ as-Sunna al-Muzanī 264 H chafiite
أصل السنة واعتقاد الدين Aṣl as-Sunna wa-ʿtiqād ad-dīn Abū Zurʿa et Abū Ḥātim ar-Rāzī 264 et 277 H gens du hadith
العقيدة الطحاوية al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī 321 H hanafite
شرح السنة Sharḥ as-Sunna al-Barbahārī (attribution discutée) 329 H hanbalite
مقدمة الرسالة Muqaddimat ar-Risāla Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī 386 H malikite
أصول السنة Uṣūl as-Sunna Ibn Abī Zamanīn 399 H malikite
عقيدة السلف وأصحاب الحديث ʿAqīdat as-Salaf wa-aṣḥāb al-ḥadīth Abū ʿUthmān aṣ-Ṣābūnī 449 H chafiite
لمعة الاعتقاد Lumʿat al-iʿtiqād Ibn Qudāma al-Maqdisī 620 H hanbalite
العقيدة الواسطية al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya Ibn Taymiyya 728 H hanbalite

Ce que ce corpus représente, et ce qu’il ne représente pas

La dernière colonne indique le rattachement juridique de l’auteur, non une position théologique d’école. Ces deux plans ne se recouvrent pas. Ces onze textes relèvent tous de la ligne des gens du hadith (ahl al-ḥadīth), celle que les atharites revendiquent. Ils ne représentent donc pas l’ensemble des positions théologiques que les quatre écoles juridiques ont portées par la suite : après le Ve siècle, la majorité des chafiites et des malikites ont écrit dans le cadre ashʿarite, et la majorité des hanafites dans le cadre māturīdite. Ces deux courants font partie du sunnisme ; ce traité ne les expose pas, il expose la ligne traditionaliste ancienne. L’annexe 2 signale les endroits où leur lecture diverge.

Deux textes ont une valeur particulière. Celui des deux Rāzī rapporte, par Ibn Abī Ḥātim, ce que son père et Abū Zurʿa avaient trouvé chez les savants du Ḥijāz, de l’Irak, du Shām et du Yémen : c’est, avec Uṣūl as-Sunna de l’imam Aḥmad, le témoignage le plus proche des premières générations. Celui d’Ibn Abī Zamanīn, savant andalou, montre que la même croyance était enseignée à l’autre extrémité du monde musulman.

Comment lire les références

Chaque citation est suivie d’une ligne en italique : l’auteur, son rattachement juridique, le titre abrégé de l’ouvrage avec la page lorsqu’elle est établie, puis la référence en arabe. Les éditions complètes — éditeur scientifique, maison, lieu, année — figurent dans la bibliographie, annexe 4. C’est le système des titres abrégés : la ligne de référence identifie le passage, la bibliographie identifie le livre.

Quelques conventions :

  • Les crochets \[…\] signalent une coupure opérée dans ce traité, non une lacune du texte source.
  • Les précisions entre crochets simples sont des ajouts du traducteur, destinés à rendre la phrase intelligible en français.
  • Les numéros de hadiths suivent, pour al-Bukhārī, la numérotation de l’édition sultanienne reprise par Fatḥ al-Bārī, et pour Muslim celle de Muḥammad Fuʾād ʿAbd al-Bāqī. Ce sont les deux numérotations les plus répandues ; elles varient d’une impression à l’autre.
  • Lorsqu’une page n’a pas pu être établie sur une édition imprimée, la référence donne le chapitre ou le début du passage plutôt qu’un numéro de page invérifiable. L’annexe 3 dresse la liste de ces cas.

Les traductions

Les traductions sont les nôtres, y compris celles des versets. Elles restent proches de la lettre, et les termes théologiquement chargés sont signalés plutôt que lissés : istiwāʾ, bi-dhātihi, nafs, tafwīḍ, fī as-samāʾ. Le glossaire de l’annexe 5 donne, pour chacun, le choix retenu et sa raison.

Un principe de lecture gouverne tout le traité : il faut distinguer trois niveaux. Ce que dit la source, qui est en arabe. Ce que nous en traduisons, qui engage le traducteur. Et la synthèse des « À retenir », qui engage l’auteur de l’anthologie et non les imams cités. Les sections « À retenir » ne sont donc pas des conclusions tirées par les imams eux-mêmes.

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Chapitre I — Les sources de la croyance : le Livre, la Sunna et les Compagnons

La croyance se reçoit du Coran, de la Sunna et de la voie des Compagnons, dans la soumission (taslīm) ; elle ne se construit pas par la spéculation. Les onze textes réunis ici posent ce point de départ.

أصول السنة عندنا: التمسك بما كان عليه أصحاب رسول الله ﷺ والاقتداء بهم، وترك البدع، وكل بدعة فهي ضلالة، وترك الخصومات والجلوس مع أصحاب الأهواء، وترك المراء والجدال والخصومات في الدين. والسنة عندنا آثار رسول الله ﷺ، والسنة تفسر القرآن، وهي دلائل القرآن، وليس في السنة قياس، ولا تضرب لها الأمثال، ولا تدرك بالعقول ولا الأهواء، إنما هي الاتباع وترك الهوى.

« Les fondements de la Sunna, chez nous, sont : s’attacher à ce que suivaient les Compagnons du Messager d’Allah ﷺ et les prendre pour modèles ; délaisser les innovations, car toute innovation est un égarement ; délaisser les querelles et la fréquentation des gens des passions ; délaisser la dispute, la polémique et les querelles en religion. La Sunna, chez nous, ce sont les traditions du Messager d’Allah ﷺ. La Sunna explique le Coran et en constitue les indications probantes. Il n’y a pas d’analogie dans la Sunna, on ne lui oppose pas de comparaisons, on ne la saisit ni par les raisonnements ni par les passions : elle n’est que suivi et abandon de la passion. »

— L’imam Aḥmad ibn Ḥanbal, hanbalite · Uṣūl as-Sunna, transmission de ʿAbdūs al-ʿAṭṭār, dans al-Lālakāʾī, Sharḥ uṣūl iʿtiqād ahl as-sunna, n° 317, t. I, p. 175-176 · أحمد بن حنبل، أصول السنة، في: اللالكائي، ١/١٧٥–١٧٦

فإنك أصلحك الله سألتني أن أوضح لك من السنة أمرا تصبر نفسك على التمسك به، وتدرأ به عنك شبه الأقاويل، وزيغ محدثات الضالين.

« Tu m’as demandé, qu’Allah te rende vertueux, de t’exposer de la Sunna une voie à laquelle tu t’attaches avec constance, et par laquelle tu repousses les ambiguïtés des opinions et la déviation des nouveautés des égarés. »

— Al-Muzanī, chafiite · Sharḥ as-Sunna, éd. Jamāl ʿAzzūn, p. 74 · المزني، شرح السنة، ص ٧٤

هذه مقالات وأفعال اجتمع عليها الماضون الأولون من أئمة الهدى، وبتوفيق الله اعتصم بها التابعون قدوة ورضى، وجانبوا التكلف فيما كفوا، فسددوا بعون الله ووفقوا، لم يرغبوا عن الاتباع فيقصروا، ولم يجاوزوه تزيدا فيعتدوا.

« Ce sont des paroles et des actes sur lesquels se sont accordés les premiers imams de la guidance, et auxquels, par l’assistance d’Allah, les Suivants se sont attachés comme modèle, avec satisfaction. Ils ont évité de s’imposer ce dont ils étaient dispensés, et Allah les a ainsi guidés et assistés. Ils ne se sont pas détournés du suivi, pour ne pas tomber dans le manquement, et ne l’ont pas dépassé par surenchère, pour ne pas tomber dans la transgression. »

— Al-Muzanī, chafiite · Sharḥ as-Sunna, éd. Jamāl ʿAzzūn, p. 89 · المزني، شرح السنة، ص ٨٩

قال أبو محمد عبد الرحمن بن أبي حاتم: سألت أبي وأبا زرعة عن مذاهب أهل السنة في أصول الدين، وما أدركا عليه العلماء في جميع الأمصار، وما يعتقدان من ذلك، فقالا: أدركنا العلماء في جميع الأمصار، حجازا وعراقا وشاما ويمنا، فكان من مذهبهم \[…\]

« Ibn Abī Ḥātim a dit : J’ai interrogé mon père et Abū Zurʿa sur les doctrines des gens de la Sunna dans les fondements de la religion, sur ce qu’ils avaient trouvé chez les savants de toutes les contrées et sur ce qu’ils en croyaient eux-mêmes. Ils répondirent : Nous avons trouvé les savants de toutes les contrées, au Ḥijāz, en Irak, au Shām et au Yémen, et leur doctrine était \[…\] »

— Abū Zurʿa et Abū Ḥātim ar-Rāzī, gens du hadith · Aṣl as-Sunna, dans al-Lālakāʾī, n° 321, t. I, p. 197-198 · عقيدة الرازيين، في: اللالكائي، ١/١٩٧–١٩٨

مذهبنا واختيارنا اتباع رسول الله ﷺ وأصحابه والتابعين ومن بعدهم بإحسان، وترك النظر في موضع بدعهم، والتمسك بمذهب أهل الأثر، مثل أبي عبد الله أحمد بن حنبل، وإسحاق بن إبراهيم، وأبي عبيد القاسم بن سلام، والشافعي، ولزوم الكتاب والسنة.

« Notre doctrine et notre choix sont de suivre le Messager d’Allah ﷺ, ses Compagnons, les Suivants et ceux qui les ont suivis dans le bien ; de délaisser l’examen des lieux de leurs innovations ; de nous attacher à la doctrine des gens des traditions, comme Aḥmad ibn Ḥanbal, Isḥāq ibn Ibrāhīm, Abū ʿUbayd al-Qāsim ibn Sallām et ash-Shāfiʿī ; et de nous tenir au Livre et à la Sunna. »

— Abū Ḥātim ar-Rāzī, gens du hadith · dans al-Lālakāʾī, n° 323, t. I, p. 202 · أبو حاتم الرازي، في: اللالكائي، ١/٢٠٢

فإنه ما سلم في دينه إلا من سلم لله عز وجل ولرسوله ﷺ، ورد علم ما اشتبه عليه إلى عالمه. ولا تثبت قدم الإسلام إلا على ظهر التسليم والاستسلام.

« Nul n’a préservé sa religion sinon celui qui s’est soumis à Allah et à Son Messager ﷺ, et qui a remis la connaissance de ce qui lui paraissait ambigu à Celui qui le sait. Le pied de l’islam ne tient ferme que sur le socle de la soumission et de l’abandon à Allah. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ونتبع السنة والجماعة، ونجتنب الشذوذ والخلاف والفرقة.

« Nous suivons la Sunna et la Communauté, et nous évitons l’opinion isolée, la dissension et la division. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

اعلم أن الإسلام هو السنة، والسنة هي الإسلام، ولا يقوم أحدهما إلا بالآخر.

« Sache que l’islam, c’est la Sunna, et que la Sunna, c’est l’islam : l’un ne tient pas sans l’autre. »

— Al-Barbahārī, hanbalite · Sharḥ as-Sunna, premier paragraphe des éditions séparées · البربهاري، شرح السنة

واعلم رحمك الله أنه لا يتم إسلام عبد حتى يكون متبعا مصدقا مسلما، فمن زعم أنه قد بقي شيء من أمر الإسلام لم يكفوناه أصحاب رسول الله ﷺ فقد كذبهم.

« Sache, qu’Allah te fasse miséricorde, que l’islam d’un serviteur n’est complet que s’il suit, croit et se soumet. Celui qui prétend qu’il reste une part de l’islam dont les Compagnons du Messager d’Allah ﷺ ne nous auraient pas dispensés les a démentis. »

— Al-Barbahārī, hanbalite · Sharḥ as-Sunna, dans Ibn Abī Yaʿlā, Ṭabaqāt al-ḥanābila, t. II, p. 19 · البربهاري، شرح السنة، في: طبقات الحنابلة، ٢/١٩

والطاعة لأئمة المسلمين من ولاة أمورهم وعلمائهم، واتباع السلف الصالح واقتفاء آثارهم والاستغفار لهم، وترك المراء والجدال في الدين، وترك كل ما أحدثه المحدثون.

« \[Font partie de la foi obligatoire\] l’obéissance aux imams des musulmans, ceux qui détiennent l’autorité et leurs savants ; le suivi des pieux prédécesseurs, marcher sur leurs traces et demander pardon pour eux ; l’abandon de la dispute et de la polémique en religion ; et l’abandon de tout ce qu’ont innové les innovateurs. »

— Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, malikite · ar-Risāla, chapitre de la croyance, p. 9 · ابن أبي زيد القيرواني، الرسالة، ص ٩

قال محمد: واعلم أن أهل العلم بالله وبما جاءت به أنبياؤه ورسله يرون الجهل بما لم يخبر به تبارك وتعالى عن نفسه علما، والعجز عما لم يدع إيمانا، وأنهم إنما ينتهون من وصفه بصفاته وأسمائه إلى حيث انتهى في كتابه، وعلى لسان نبيه.

« Muḥammad \[Ibn Abī Zamanīn\] a dit : Sache que les gens qui connaissent Allah et ce qu’ont apporté Ses prophètes et Ses messagers tiennent pour science l’ignorance de ce dont Il ne S’est pas informé Lui-même, et pour foi le renoncement à ce à quoi on n’est pas appelé. Ils s’arrêtent, dans la description d’Allah par Ses attributs et Ses noms, exactement là où s’arrêtent Son Livre et la langue de Son prophète. »

— Ibn Abī Zamanīn, malikite · Uṣūl as-Sunna, p. 60 · ابن أبي زمنين، أصول السنة، ص ٦٠

أصحاب الحديث، حفظ الله أحياءهم ورحم أمواتهم، يشهدون لله تعالى بالوحدانية، وللرسول ﷺ بالرسالة والنبوة، ويعرفون ربهم عز وجل بصفاته التي نطق بها وحيه وتنزيله، أو شهد له بها رسوله.

« Les gens du hadith — qu’Allah préserve leurs vivants et fasse miséricorde à leurs morts — attestent l’unicité d’Allah et la mission prophétique du Messager ﷺ. Ils connaissent leur Seigneur par les attributs qu’énoncent Sa révélation et Son Livre descendu, ou que Son Messager a attestés pour Lui. »

— Abū ʿUthmān aṣ-Ṣābūnī, chafiite · ʿAqīdat as-Salaf, p. 160-165 · الصابوني، عقيدة السلف، ص ١٦٠–١٦٥

وقد أمرنا بالاقتفاء لآثارهم والاهتداء بمنارهم، وحذرنا المحدثات وأخبرنا أنها من الضلالات \[…\] وقال عبد الله بن مسعود رضي الله عنه: اتبعوا ولا تبتدعوا فقد كفيتم.

« Il nous a été ordonné de suivre leurs traces et de nous guider à leurs phares ; on nous a mis en garde contre les nouveautés et informés qu’elles font partie des égarements \[…\]. ʿAbd Allāh ibn Masʿūd a dit : “Suivez et n’innovez pas, car vous avez été dispensés \[de le faire\].” »

— Ibn Qudāma al-Maqdisī, hanbalite · Lumʿat al-iʿtiqād, introduction · ابن قدامة، لمعة الاعتقاد

ثم من طريقة أهل السنة والجماعة اتباع آثار رسول الله ﷺ باطنا وظاهرا، واتباع سبيل السابقين الأولين من المهاجرين والأنصار \[…\] ويؤثرون كلام الله على غيره من كلام أصناف الناس، ويقدمون هدي محمد ﷺ على هدي كل أحد \[…\] والإجماع هو الأصل الثالث الذي يعتمد عليه في العلم والدين \[…\] والإجماع الذي ينضبط هو ما كان عليه السلف الصالح؛ إذ بعدهم كثر الاختلاف وانتشر في الأمة.

« Parmi la méthode des gens de la Sunna et de la Communauté : suivre les traditions du Messager d’Allah ﷺ intérieurement et extérieurement, et suivre le chemin des premiers devanciers parmi les Émigrés et les Auxiliaires \[…\]. Ils préfèrent la Parole d’Allah à celle de toutes les catégories de gens, et font passer la voie de Muḥammad ﷺ avant celle de quiconque \[…\]. Le consensus est le troisième fondement sur lequel on s’appuie en science et en religion \[…\]. Le consensus que l’on peut établir avec précision est celui des pieux prédécesseurs, car après eux les divergences se sont multipliées et répandues dans la communauté. »

— Ibn Taymiyya, hanbalite · al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya, éd. Harrās, p. 289-290 · ابن تيمية، العقيدة الواسطية، ص ٢٨٩–٢٩٠

À retenir

Les textes réunis ici font de la Sunna l’explication du Coran et de la compréhension des Compagnons la norme de lecture. Tous condamnent la polémique en religion, tout en distinguant, comme le fait al-Barbahārī, celui qui questionne pour apprendre de celui qui vient disputer. Ibn Taymiyya précise que le consensus sûr est celui des pieux prédécesseurs.

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Chapitre II — L’unicité d’Allah

Allah est unique dans Sa seigneurie, seul digne d’adoration, sans associé, sans semblable, sans commencement ni fin.

Le fondement dans le Coran et la Sunna

قُلْ هُوَ اللَّهُ أَحَدٌ ۝ اللَّهُ الصَّمَدُ ۝ لَمْ يَلِدْ وَلَمْ يُولَدْ ۝ وَلَمْ يَكُن لَّهُ كُفُوًا أَحَدٌ

« Dis : Il est Allah, Un. Allah, l’Impénétrable. Il n’a pas engendré et n’a pas été engendré, et nul ne Lui est égal. »

— Coran, sourate al-Ikhlāṣ (112), versets 1-4 · سورة الإخلاص

لَيْسَ كَمِثْلِهِ شَيْءٌ وَهُوَ السَّمِيعُ الْبَصِيرُ

« Rien ne Lui ressemble, et Il est l’Audient, le Clairvoyant. »

— Coran, sourate ash-Shūrā (42), verset 11 · سورة الشورى

فَلَا تَجْعَلُوا لِلَّهِ أَندَادًا وَأَنتُمْ تَعْلَمُونَ

« Ne donnez donc pas à Allah des égaux, alors que vous savez. »

— Coran, sourate al-Baqara (2), verset 22 · سورة البقرة

حق الله على العباد أن يعبدوه ولا يشركوا به شيئا.

« Le droit d’Allah sur les serviteurs est qu’ils L’adorent et ne Lui associent rien. »

— Hadith de Muʿādh ibn Jabal, rapporté par al-Bukhārī (n° 2856) et Muslim (n° 30) · حديث معاذ بن جبل، رواه البخاري ومسلم

La parole des imams

أصل التوحيد وما يصح الاعتقاد عليه، يجب أن يقول: آمنت بالله، وملائكته، وكتبه، ورسله، والبعث بعد الموت، والقدر خيره وشره من الله تعالى، والحساب، والميزان، والجنة، والنار، وذلك حق كله.

« Le fondement de l’unicité, et ce sur quoi la croyance est valide, est que l’on dise : “Je crois en Allah, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses messagers, en la résurrection après la mort, au décret — son bien et son mal viennent d’Allah —, au compte, à la balance, au Paradis et au Feu.” Tout cela est vérité. »

— Attribué à Abū Ḥanīfa, hanafite · al-Fiqh al-akbar, ouverture · أبو حنيفة، الفقه الأكبر

الحمد لله أحق من ذكر، وأولى من شكر، وعليه أثني، الواحد الصمد، الذي ليس له صاحبة ولا ولد، جل عن المثيل فلا شبيه له ولا عديل، السميع البصير، العليم الخبير، المنيع الرفيع.

« Louange à Allah, le plus digne d’être mentionné et le premier à être remercié ; c’est Lui que je loue, l’Unique, l’Impénétrable, qui n’a ni compagne ni enfant. Il est trop majestueux pour avoir un pareil : Il n’a ni semblable ni égal. Il est l’Audient, le Clairvoyant, l’Omniscient, le Parfaitement Informé, l’Inaccessible, le Très-Élevé. »

— Al-Muzanī, chafiite · Sharḥ as-Sunna, éd. Jamāl ʿAzzūn, p. 74 · المزني، شرح السنة، ص ٧٤

نقول في توحيد الله معتقدين بتوفيق الله: إن الله واحد لا شريك له، ولا شيء مثله، ولا شيء يعجزه، ولا إله غيره. قديم بلا ابتداء، دائم بلا انتهاء، لا يفنى ولا يبيد، ولا يكون إلا ما يريد، لا تبلغه الأوهام، ولا تدركه الأفهام، ولا يشبه الأنام، حي لا يموت، قيوم لا ينام، خالق بلا حاجة، رازق بلا مؤنة، مميت بلا مخافة، باعث بلا مشقة.

« Nous disons, au sujet de l’unicité d’Allah, en y croyant par la grâce d’Allah : Allah est Un, sans associé ; rien ne Lui ressemble ; rien ne Le rend impuissant ; il n’y a pas d’autre divinité que Lui. Éternel sans commencement, permanent sans fin ; Il ne s’éteint ni ne disparaît ; rien n’advient sinon ce qu’Il veut. Les imaginations ne L’atteignent pas, les intelligences ne Le cernent pas, Il ne ressemble pas aux créatures. Vivant qui ne meurt pas, Subsistant par Lui-même qui ne dort pas ; Créateur sans besoin, Pourvoyeur sans peine, Il fait mourir sans crainte et ressuscite sans effort. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya, ouverture · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

Sur le mot qadīm (« éternel »), voir le point 1 de l’annexe 2.

ربنا أول بلا متى، وآخر بلا منتهى، يعلم السر وأخفى.

« Notre Seigneur est Premier sans “quand”, Dernier sans terme ; Il connaît le secret et ce qui est plus caché encore. »

— Al-Barbahārī, hanbalite · Sharḥ as-Sunna, dans Ṭabaqāt al-ḥanābila, t. II, p. 19 · البربهاري، في: طبقات الحنابلة، ٢/١٩

من ذلك الإيمان بالقلب والنطق باللسان أن الله إله واحد لا إله غيره، ولا شبيه له، ولا نظير له، ولا ولد له، ولا والد له، ولا صاحبة له، ولا شريك له. ليس لأوليته ابتداء، ولا لآخريته انقضاء. لا يبلغ كنه صفته الواصفون، ولا يحيط بأمره المتفكرون. يعتبر المتفكرون بآياته، ولا يتفكرون في مائية ذاته.

« Il en est ainsi de croire par le cœur et de prononcer par la langue qu’Allah est un Dieu unique, sans autre divinité que Lui, sans semblable, sans égal, sans enfant, sans père, sans compagne, sans associé. Sa primauté n’a pas de commencement et Sa permanence n’a pas de terme. Ceux qui décrivent n’atteignent pas l’essence de Sa description, ceux qui réfléchissent n’embrassent pas Son affaire. Les penseurs tirent leçon de Ses signes, mais ne spéculent pas sur la quiddité de Son Essence. »

— Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, malikite · ar-Risāla, chapitre de la croyance, p. 5 · ابن أبي زيد القيرواني، الرسالة، ص ٥

الحمد لله المحمود بكل لسان، المعبود في كل زمان، الذي لا يخلو من علمه مكان، ولا يشغله شأن عن شأن، جل عن الأشباه والأنداد، وتنزه عن الصاحبة والأولاد، ونفذ حكمه في جميع العباد، لا تمثله العقول بالتفكير، ولا تتوهمه القلوب بالتصوير.

« Louange à Allah, loué par toute langue, adoré en tout temps, dont la science n’est absente d’aucun lieu, qu’aucune affaire ne distrait d’une autre. Il est trop majestueux pour avoir des semblables et des égaux, trop pur pour avoir compagne et enfants ; Son jugement s’exécute sur tous les serviteurs. Les intelligences ne Le représentent pas par la réflexion, les cœurs ne L’imaginent pas par la figuration. »

— Ibn Qudāma al-Maqdisī, hanbalite · Lumʿat al-iʿtiqād, préambule · ابن قدامة، لمعة الاعتقاد

أما بعد؛ فهذا اعتقاد الفرقة الناجية المنصورة إلى قيام الساعة، أهل السنة والجماعة: وهو الإيمان بالله وملائكته، وكتبه، ورسله، والبعث بعد الموت، والإيمان بالقدر خيره وشره.

« Ceci est la croyance du groupe sauvé et secouru jusqu’à l’Heure, les gens de la Sunna et de la Communauté : la foi en Allah, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses messagers, en la résurrection après la mort, et la foi au décret, en son bien et en son mal. »

— Ibn Taymiyya, hanbalite · al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya, éd. Harrās, p. 47 · ابن تيمية، العقيدة الواسطية، ص ٤٧

À retenir

Les textes réunissent sans les nommer les trois aspects que les commentateurs distingueront : l’unicité dans la seigneurie (Il crée, pourvoit, fait mourir), l’unicité dans l’adoration (« adoré en tout temps », « pas d’autre divinité que Lui ») et l’unicité dans les noms et attributs (« rien ne Lui ressemble »). Aṭ-Ṭaḥāwī ajoute qu’aucun nom d’Allah n’a été acquis après la création : Il était Créateur avant de créer.

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Chapitre III — Les noms et attributs d’Allah

Allah est décrit par ce par quoi Il S’est décrit et par ce par quoi Son Messager ﷺ L’a décrit : on l’affirme sans le nier, sans le déformer, sans en demander le comment et sans le comparer aux créatures.

Le fondement dans le Coran et la Sunna

وَلِلَّهِ الْأَسْمَاءُ الْحُسْنَىٰ فَادْعُوهُ بِهَا ۖ وَذَرُوا الَّذِينَ يُلْحِدُونَ فِي أَسْمَائِهِ

« À Allah appartiennent les plus beaux noms : invoquez-Le par eux, et laissez ceux qui dévient au sujet de Ses noms. »

— Coran, sourate al-Aʿrāf (7), verset 180 · سورة الأعراف

لَيْسَ كَمِثْلِهِ شَيْءٌ وَهُوَ السَّمِيعُ الْبَصِيرُ

« Rien ne Lui ressemble, et Il est l’Audient, le Clairvoyant. »

— Coran, sourate ash-Shūrā (42), verset 11 · سورة الشورى

Ce verset réunit la négation de la ressemblance et l’affirmation des attributs : c’est la règle qui gouverne tout ce chapitre.

وَلَا يُحِيطُونَ بِهِ عِلْمًا

« Et ils ne Le cernent pas par leur science. »

— Coran, sourate Ṭā-Hā (20), verset 110 · سورة طه

إن لله تسعة وتسعين اسما، مائة إلا واحدا، من أحصاها دخل الجنة.

« Allah a quatre-vingt-dix-neuf noms, cent moins un : celui qui les dénombre entre au Paradis. »

— Hadith d’Abū Hurayra, rapporté par al-Bukhārī (n° 2736) et Muslim (n° 2677) · حديث أبي هريرة، رواه البخاري ومسلم

Le hadith affirme que celui qui dénombre ces noms entre au Paradis ; il ne dit pas que les noms d’Allah se limitent à ce nombre. D’autres noms sont établis par d’autres textes.

La parole des imams

وله يد ووجه ونفس كما ذكره الله تعالى في القرآن، فما ذكره الله تعالى في القرآن من ذكر الوجه واليد والنفس فهو له صفة بلا كيف، ولا يقال إن يده قدرته أو نعمته، لأن فيه إبطال الصفة، وهو قول أهل القدر والاعتزال، ولكن يده صفته بلا كيف، وغضبه ورضاه صفتان.

« Il a une Main, un Visage et une Personne (nafs), comme Allah l’a mentionné dans le Coran. Tout ce qu’Allah a mentionné dans le Coran — le Visage, la Main, la Personne — est pour Lui un attribut sans comment. On ne dit pas que Sa Main est Sa puissance ou Son bienfait, car ce serait annuler l’attribut, et c’est la parole des qadarites et des muʿtazilites. Sa Main est au contraire Son attribut, sans comment, et Sa colère et Son agrément sont deux attributs. »

— Attribué à Abū Ḥanīfa, hanafite · al-Fiqh al-akbar · أبو حنيفة، الفقه الأكبر

Sur la traduction de nafs : appliqué à Allah, ce mot ne désigne pas une âme créée mais Lui-même. Le Coran l’emploie en ce sens dans wa yuḥadhdhirukumu Llāhu nafsahu (Āl ʿImrān, 3:28 et 3:30) et dans la parole de ʿĪsā : taʿlamu mā fī nafsī wa lā aʿlamu mā fī nafsika (al-Māʾida, 5:116). Les traductions françaises divergent : Hamidullah rend 3:28 littéralement, « Allah vous met en garde à l’égard de Lui-même » ; Rachid Maach, qui traduit le sens d’après les commentaires, rend « Allah vous met en garde contre Son châtiment ». Cette seconde solution est claire pour le lecteur, mais elle remplace l’attribut par son effet — exactement ce que al-Fiqh al-akbar interdit de faire pour la Main. Dans un traité de croyance, nous conservons donc le terme arabe, glosé « Lui-même ».

ومن لم يعرف تفسير الحديث ويبلغه عقله فقد كفي ذلك وأحكم له، فعليه الإيمان به والتسليم له.

« Celui qui ne connaît pas l’explication d’un hadith et que sa raison n’atteint pas en a été dispensé, et le sens lui a été garanti : il lui incombe d’y croire et de s’y soumettre. »

— L’imam Aḥmad ibn Ḥanbal, hanbalite · Uṣūl as-Sunna, dans al-Lālakāʾī, t. I, p. 176 · أحمد بن حنبل، أصول السنة، في: اللالكائي، ١/١٧٦

وعلامة الجهمية تسميتهم أهل السنة مشبهة.

« Le signe des jahmites est qu’ils appellent les gens de la Sunna des “assimilateurs”. »

— Abū Ḥātim ar-Rāzī, gens du hadith · dans al-Lālakāʾī, n° 321, t. I, p. 201 · أبو حاتم الرازي، في: اللالكائي، ١/٢٠١

ما زال بصفاته قديما قبل خلقه، لم يزدد بكونهم شيئا لم يكن قبلهم من صفته، وكما كان بصفاته أزليا كذلك لا يزال عليها أبديا. ليس بعد خلق الخلق استفاد اسم «الخالق»، ولا بإحداث البرية استفاد اسم «الباري».

« Il n’a cessé d’être, avec Ses attributs, éternel avant Sa création ; leur venue à l’existence n’a rien ajouté à Ses attributs qui n’y fût déjà. De même qu’Il était de toute éternité avec Ses attributs, Il le demeure à jamais. Ce n’est pas après avoir créé la création qu’Il a acquis le nom de “Créateur”, ni après avoir produit les êtres qu’Il a acquis le nom de “Producteur”. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ومن وصف الله بمعنى من معاني البشر فقد كفر، فمن أبصر هذا اعتبر، وعن مثل قول الكفار انزجر، وعلم أنه بصفاته ليس كالبشر.

« Quiconque décrit Allah par un sens propre aux humains a mécru. Celui qui voit cela en tire leçon, s’abstient de parler comme les mécréants, et sait qu’Il n’est pas, par Ses attributs, semblable aux humains. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ومن لم يتوق النفي والتشبيه زل ولم يصب التنزيه.

« Celui qui ne se garde pas de la négation et de l’assimilation glisse et n’atteint pas la transcendance. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

والله يغضب ويرضى لا كأحد من الورى.

« Allah Se met en colère et agrée, non comme l’une des créatures. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

واعلم أن الكلام في الرب تعالى محدث، وهو بدعة وضلالة، ولا يتكلم في الرب إلا بما وصف به نفسه عز وجل في القرآن، وما بين رسول الله ﷺ لأصحابه.

« Sache que discourir sur le Seigneur, exalté soit-Il, est une nouveauté, une innovation et un égarement. On ne parle du Seigneur que par ce par quoi Il S’est décrit dans le Coran et ce que le Messager d’Allah ﷺ a exposé à ses Compagnons. »

— Al-Barbahārī, hanbalite · Sharḥ as-Sunna, dans Ṭabaqāt al-ḥanābila, t. II, p. 19 · البربهاري، في: طبقات الحنابلة، ٢/١٩

وكل ما سمعت من الآثار شيئا لم يبلغه عقلك، نحو قول رسول الله ﷺ: «قلوب العباد بين أصبعين من أصابع الرحمن عز وجل»، وقوله: «إن الله ينزل إلى سماء الدنيا» \[…\] فعليك بالتسليم والتصديق والتفويض والرضا، ولا تفسر شيئا من هذه بهواك، فإن الإيمان بهذا واجب.

« Tout ce que tu entends des traditions et que ta raison n’atteint pas, comme la parole du Messager d’Allah ﷺ : “Les cœurs des serviteurs sont entre deux doigts parmi les doigts du Tout-Miséricordieux”, ou : “Allah descend au ciel de ce bas monde” \[…\], il t’incombe de t’y soumettre, d’y croire, de t’en remettre à Allah et de l’accepter. N’en interprète rien selon ta passion, car y croire est obligatoire. »

— Al-Barbahārī, hanbalite · Sharḥ as-Sunna, dans Ṭabaqāt al-ḥanābila, t. II, p. 23 · البربهاري، في: طبقات الحنابلة، ٢/٢٣

Les deux hadiths cités sont authentiques : le premier est rapporté par Muslim (n° 2654), le second par al-Bukhārī (n° 1145) et Muslim (n° 758). Sur le mot tafwīḍ employé ici, voir le point 3 de l’annexe 2.

فيقولون: إنه خلق آدم بيديه، كما نص سبحانه عليه في قوله عز من قائل: ﴿قَالَ يَا إِبْلِيسُ مَا مَنَعَكَ أَنْ تَسْجُدَ لِمَا خَلَقْتُ بِيَدَيَّ﴾، ولا يحرفون الكلم عن مواضعه بحمل اليدين على النعمتين أو القوتين، تحريف المعتزلة الجهمية.

« Ils disent qu’Il a créé Adam de Ses deux Mains, comme Il l’a énoncé Lui-même : “Il dit : ô Iblīs, qu’est-ce qui t’a empêché de te prosterner devant ce que J’ai créé de Mes deux Mains ?” (Ṣād, 38:75). Et ils ne détournent pas les paroles de leur sens en ramenant les deux Mains aux deux bienfaits ou aux deux puissances, comme le font, en les détournant, les muʿtazilites jahmites. »

— Abū ʿUthmān aṣ-Ṣābūnī, chafiite · ʿAqīdat as-Salaf, chapitre des attributs · الصابوني، عقيدة السلف

C’est exactement l’interdiction que pose déjà al-Fiqh al-akbar au sujet de la Main : on ne la réduit ni à la puissance ni au bienfait.

وله الأسماء الحسنى والصفات العلى، لم يزل بجميع صفاته وأسمائه، تعالى أن تكون صفاته مخلوقة وأسماؤه محدثة.

« À Lui les plus beaux noms et les attributs les plus élevés. Il n’a cessé d’être avec tous Ses attributs et Ses noms. Il est trop élevé pour que Ses attributs soient créés et Ses noms produits dans le temps. »

— Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, malikite · ar-Risāla, p. 5-6 · ابن أبي زيد القيرواني، الرسالة، ص ٥–٦

وكل ما جاء في القرآن أو صح عن المصطفى عليه السلام من صفات الرحمن وجب الإيمان به، وتلقيه بالتسليم والقبول، وترك التعرض له بالرد والتأويل والتشبيه والتمثيل.

« Tout ce qui est venu dans le Coran ou est authentiquement rapporté de l’Élu, sur lui la paix, au sujet des attributs du Tout-Miséricordieux, il est obligatoire d’y croire, de le recevoir avec soumission et acceptation, et de ne pas s’y attaquer par le rejet, l’interprétation allégorique, l’assimilation ou la comparaison. »

— Ibn Qudāma al-Maqdisī, hanbalite · Lumʿat al-iʿtiqād, section des attributs · ابن قدامة، لمعة الاعتقاد

قال الإمام الشافعي رضي الله عنه: آمنت بالله وبما جاء عن الله على مراد الله، وآمنت برسول الله وبما جاء عن رسول الله على مراد رسول الله.

« L’imam ash-Shāfiʿī a dit : “J’ai cru en Allah et en ce qui est venu d’Allah selon ce qu’Allah a voulu, et j’ai cru au Messager d’Allah et en ce qui est venu du Messager d’Allah selon ce que le Messager d’Allah a voulu.” »

— Rapporté par Ibn Qudāma al-Maqdisī, hanbalite · Lumʿat al-iʿtiqād · ابن قدامة، لمعة الاعتقاد

وكل ما تخيل في الذهن أو خطر بالبال فإن الله تعالى بخلافه.

« Tout ce qui s’imagine dans l’esprit ou traverse la pensée, Allah est autre que cela. »

— Ibn Qudāma al-Maqdisī, hanbalite · Lumʿat al-iʿtiqād · ابن قدامة، لمعة الاعتقاد

ومن الإيمان بالله: الإيمان بما وصف به نفسه في كتابه العزيز، وبما وصفه به رسوله محمد ﷺ، من غير تحريف ولا تعطيل، ومن غير تكييف ولا تمثيل، بل يؤمنون بأن الله ﴿لَيْسَ كَمِثْلِهِ شَيْءٌ وَهُوَ السَّمِيعُ الْبَصِيرُ﴾. فلا ينفون عنه ما وصف به نفسه، ولا يحرفون الكلم عن مواضعه، ولا يلحدون في أسماء الله وآياته، ولا يكيفون ولا يمثلون صفاته بصفات خلقه؛ لأنه سبحانه لا سمي له، ولا كفء له، ولا ند له، ولا يقاس بخلقه سبحانه وتعالى.

« Fait partie de la foi en Allah : croire en ce par quoi Il S’est décrit dans Son Livre puissant et en ce par quoi Son Messager Muḥammad ﷺ L’a décrit, sans déformation (taḥrīf) ni négation (taʿṭīl), sans détermination du comment (takyīf) ni assimilation (tamthīl). Ils croient au contraire qu’Allah “Rien ne Lui ressemble, et Il est l’Audient, le Clairvoyant”. Ils ne nient pas ce par quoi Il S’est décrit, ne détournent pas les paroles de leur sens, ne dévient pas au sujet des noms d’Allah et de Ses signes, et ne déterminent ni ne comparent Ses attributs à ceux de Ses créatures, car Il n’a pas d’homonyme, pas d’équivalent, pas d’égal, et on ne Le mesure pas à Sa création. »

— Ibn Taymiyya, hanbalite · al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya, éd. Harrās, p. 47-48 · ابن تيمية، العقيدة الواسطية، ص ٤٧–٤٨

À retenir

Les textes réunis ici affirment les expressions scripturaires relatives aux attributs et refusent à la fois de les vider de sens et de les assimiler aux créatures. Cette formulation vaut pour ce corpus traditionaliste ; elle ne doit pas être étendue sans nuance à l’ensemble des théologiens sunnites, dont certains ont recouru à l’interprétation figurée. Deux termes marquent cette ligne : bi-lā kayf (« sans comment »), déjà chez Abū Ḥanīfa, et les quatre négations d’Ibn Taymiyya. L’interdiction de réduire la Main d’Allah à Sa puissance, chez Abū Ḥanīfa, vise exactement ce que les muʿtazilites faisaient de ces versets.

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Chapitre IV — L’élévation d’Allah, le Trône et l’istiwāʾ

Allah S’est établi sur Son Trône, au-dessus de Ses créatures, et Sa science embrasse tout lieu.

Le fondement dans le Coran et la Sunna

الرَّحْمَٰنُ عَلَى الْعَرْشِ اسْتَوَىٰ

« Le Tout-Miséricordieux S’est établi sur le Trône. »

— Coran, sourate Ṭā-Hā (20), verset 5 · سورة طه

L’établissement sur le Trône est mentionné en sept endroits du Coran : al-Aʿrāf (7:54), Yūnus (10:3), ar-Raʿd (13:2), Ṭā-Hā (20:5), al-Furqān (25:59), as-Sajda (32:4) et al-Ḥadīd (57:4).

أَأَمِنتُم مَّن فِي السَّمَاءِ أَن يَخْسِفَ بِكُمُ الْأَرْضَ

« Êtes-vous à l’abri de Celui qui est au ciel qu’Il fasse engloutir la terre sous vous ? »

— Coran, sourate al-Mulk (67), verset 16 · سورة الملك

إِلَيْهِ يَصْعَدُ الْكَلِمُ الطَّيِّبُ وَالْعَمَلُ الصَّالِحُ يَرْفَعُهُ

« Vers Lui monte la bonne parole, et Il élève l’œuvre vertueuse. »

— Coran, sourate Fāṭir (35), verset 10 · سورة فاطر

وَهُوَ مَعَكُمْ أَيْنَ مَا كُنتُمْ

« Et Il est avec vous où que vous soyez. »

— Coran, sourate al-Ḥadīd (57), verset 4 · سورة الحديد

Ce verset ne contredit pas l’élévation : la présence d’Allah avec les créatures est celle de Sa science, de Son audition et de Sa vue, non un mélange avec elles.

قال لها رسول الله ﷺ: «أين الله؟» قالت: في السماء. قال: «من أنا؟» قالت: أنت رسول الله. قال: «أعتقها، فإنها مؤمنة».

« Le Messager d’Allah ﷺ dit à la servante : “Où est Allah ?” Elle répondit : “Au ciel.” Il dit : “Qui suis-je ?” Elle répondit : “Tu es le Messager d’Allah.” Il dit : “Affranchis-la, car elle est croyante.” »

— Hadith de Muʿāwiya ibn al-Ḥakam as-Sulamī, rapporté par Muslim (n° 537) · حديث معاوية بن الحكم السلمي، رواه مسلم

La traduction « au ciel » est littérale. L’expression arabe fī as-samāʾ est lue de deux façons par les commentateurs : « dans le ciel », au sens de l’élévation, ou « au-dessus des cieux », fī valant alors ʿalā. La traduction retenue ne tranche pas à elle seule la question doctrinale.

La parole des imams

عال على عرشه، في مجده بذاته، وهو دان بعلمه من خلقه، أحاط علمه بالأمور، وأنفذ في خلقه سابق المقدور، وهو الجواد الغفور، ﴿يَعْلَمُ خَائِنَةَ الْأَعْيُنِ وَمَا تُخْفِي الصُّدُورُ﴾.

« Il est élevé au-dessus de Son Trône, dans Sa gloire, par Son Essence, et Il est proche de Ses créatures par Sa science. Sa science embrasse toutes les affaires, et Il a fait s’accomplir dans Sa création ce qu’Il avait décrété d’avance. Il est le Généreux, le Pardonneur : “Il connaît la trahison des regards et ce que cachent les poitrines” (Ghāfir, 40:19). »

— Al-Muzanī, chafiite · Sharḥ as-Sunna, éd. Jamāl ʿAzzūn, p. 75 · المزني، شرح السنة، ص ٧٥

Sur les mots « par Son Essence », voir le point 4 de l’annexe 2.

وأن الله عز وجل على عرشه، بائن من خلقه، كما وصف نفسه في كتابه وعلى لسان رسوله ﷺ، بلا كيف، أحاط بكل شيء علما، ﴿لَيْسَ كَمِثْلِهِ شَيْءٌ وَهُوَ السَّمِيعُ الْبَصِيرُ﴾.

« Allah, à Lui la puissance et la majesté, est sur Son Trône, distinct de Ses créatures, comme Il S’est décrit dans Son Livre et par la langue de Son Messager ﷺ, sans comment. Il embrasse toute chose par Sa science : “Rien ne Lui ressemble, et Il est l’Audient, le Clairvoyant”. »

— Abū Zurʿa et Abū Ḥātim ar-Rāzī, gens du hadith · dans al-Lālakāʾī, n° 321, t. I, p. 198 · الرازيان، في: اللالكائي، ١/١٩٨

والعرش والكرسي حق، وهو مستغن عن العرش وما دونه، محيط بكل شيء وفوقه، وقد أعجز عن الإحاطة خلقه.

« Le Trône et le Piédestal sont vérité. Il n’a besoin ni du Trône ni de ce qui est en dessous ; Il embrasse toute chose et est au-dessus d’elle, et Il a rendu Sa création incapable de L’embrasser. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

وتعالى عن الحدود والغايات والأركان والأعضاء والأدوات، لا تحويه الجهات الست كسائر المبتدعات.

« Il est exalté au-dessus des limites, des extrémités, des éléments, des membres et des instruments. Les six directions ne Le contiennent pas, comme elles contiennent les choses créées. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

Cette phrase est lue de deux façons ; voir le point 2 de l’annexe 2.

قال محمد: ومن قول أهل السنة: أن الله عز وجل خلق العرش واختصه بالعلو والارتفاع فوق جميع ما خلق، ثم استوى عليه كيف شاء، كما أخبر عن نفسه في قوله: ﴿الرَّحْمَنُ عَلَى الْعَرْشِ اسْتَوَى﴾ \[…\] فسبحان من بعد فلا يرى، وقرب بعلمه وقدرته فسمع النجوى.

« Muḥammad \[Ibn Abī Zamanīn\] a dit : Il fait partie de la parole des gens de la Sunna qu’Allah a créé le Trône, qu’Il l’a distingué par l’élévation au-dessus de tout ce qu’Il a créé, puis qu’Il S’y est établi comme Il l’a voulu, ainsi qu’Il l’a annoncé de Lui-même : “Le Tout-Miséricordieux S’est établi sur le Trône” \[…\]. Gloire à Celui qui est lointain, de sorte qu’Il n’est pas vu, et proche par Sa science et Sa puissance, de sorte qu’Il entend la conversation secrète. »

— Ibn Abī Zamanīn, malikite · Uṣūl as-Sunna, p. 88 · ابن أبي زمنين، أصول السنة، ص ٨٨

ويعتقد أهل الحديث ويشهدون أن الله سبحانه وتعالى فوق سبع سماوات على عرشه مستو، كما نطق به كتابه.

« Les gens du hadith croient et attestent qu’Allah est au-dessus des sept cieux, établi sur Son Trône, ainsi que l’énonce Son Livre. »

— Abū ʿUthmān aṣ-Ṣābūnī, chafiite · ʿAqīdat as-Salaf, p. 175 · الصابوني، عقيدة السلف، ص ١٧٥

وهو على عرشه استوى، وعلمه بكل مكان، لا يخلو من علمه مكان.

« Il S’est établi sur Son Trône, et Sa science est en tout lieu : aucun lieu n’est vide de Sa science. »

— Al-Barbahārī, hanbalite · Sharḥ as-Sunna, dans Ṭabaqāt al-ḥanābila, t. II, p. 19 · البربهاري، في: طبقات الحنابلة، ٢/١٩

وأنه فوق عرشه المجيد بذاته، وهو في كل مكان بعلمه \[…\] على العرش استوى، وعلى الملك احتوى.

« Il est au-dessus de Son Trône glorieux, par Son Essence, et Il est en tout lieu par Sa science \[…\]. Il S’est établi sur le Trône, et Il embrasse la royauté. »

— Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, malikite · ar-Risāla, p. 5 · ابن أبي زيد القيرواني، الرسالة، ص ٥

سئل الإمام مالك بن أنس رحمه الله، فقيل: يا أبا عبد الله، ﴿الرَّحْمَنُ عَلَى الْعَرْشِ اسْتَوَى﴾ كيف استوى؟ فقال: الاستواء غير مجهول، والكيف غير معقول، والإيمان به واجب، والسؤال عنه بدعة. ثم أمر بالرجل فأخرج.

« On demanda à l’imam Mālik ibn Anas : “Ô Abū ʿAbd Allāh, ‘Le Tout-Miséricordieux S’est établi sur le Trône’ : comment S’est-Il établi ?” Il répondit : “L’établissement n’est pas inconnu, le comment n’est pas concevable, y croire est obligatoire, et interroger à son sujet est une innovation.” Puis il fit sortir l’homme. »

— Rapporté par Ibn Qudāma al-Maqdisī, hanbalite · Lumʿat al-iʿtiqād, section des attributs · ابن قدامة، لمعة الاعتقاد

C’est la règle la plus citée de tout le corpus : le sens est connu, le comment est inconnu, la question est une innovation.

وقد دخل فيما ذكرناه من الإيمان بالله الإيمان بما أخبر الله به في كتابه، وتواتر عن رسوله، وأجمع عليه سلف الأمة، من أنه سبحانه فوق سماواته على عرشه، علي على خلقه، وهو سبحانه معهم أينما كانوا، يعلم ما هم عاملون.

« Fait partie de la foi en Allah que nous avons mentionnée : croire en ce qu’Allah a annoncé dans Son Livre, ce qui est transmis de Son Messager de façon massive et concordante (tawātur), et ce sur quoi les prédécesseurs de la communauté ont fait consensus : qu’Il est, gloire à Lui, au-dessus de Ses cieux, sur Son Trône, élevé au-dessus de Ses créatures, et qu’Il est avec elles où qu’elles soient, sachant ce qu’elles font. »

— Ibn Taymiyya, hanbalite · al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya, section de l’élévation · ابن تيمية، العقيدة الواسطية

À retenir

L’établissement sur le Trône est affirmé explicitement par al-Muzanī, les deux Rāzī, Ibn Abī Zamanīn, aṣ-Ṣābūnī, al-Barbahārī, Ibn Abī Zayd, Ibn Qudāma et Ibn Taymiyya. Aṭ-Ṭaḥāwī, lui, écrit qu’Allah embrasse toute chose et est au-dessus d’elle, mais il emploie en parallèle la négation des six directions, qui demande une lecture propre (annexe 2, point 2). Plusieurs de ces auteurs distinguent explicitement l’élévation d’Allah de Sa science qui embrasse tout ; d’autres formulent la chose autrement. Deux seulement, al-Muzanī et Ibn Abī Zayd, emploient l’expression « par Son Essence », et la formule de Mālik n’est rapportée ici que par Ibn Qudāma.

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Chapitre V — Le Coran, Parole d’Allah incréée

Le Coran est la Parole d’Allah, descendue et non créée ; c’est le point sur lequel les imams emploient presque les mêmes mots, héritage de l’épreuve (miḥna) qu’a subie l’imam Aḥmad.

Le fondement dans le Coran et la Sunna

وَإِنْ أَحَدٌ مِّنَ الْمُشْرِكِينَ اسْتَجَارَكَ فَأَجِرْهُ حَتَّىٰ يَسْمَعَ كَلَامَ اللَّهِ

« Et si l’un des polythéistes te demande asile, accorde-le-lui afin qu’il entende la Parole d’Allah. »

— Coran, sourate at-Tawba (9), verset 6 · سورة التوبة

وَكَلَّمَ اللَّهُ مُوسَىٰ تَكْلِيمًا

« Et Allah a réellement parlé à Mūsā. »

— Coran, sourate an-Nisāʾ (4), verset 164 · سورة النساء

أَلَا لَهُ الْخَلْقُ وَالْأَمْرُ

« N’est-ce pas à Lui qu’appartiennent la création et le commandement ? »

— Coran, sourate al-Aʿrāf (7), verset 54 · سورة الأعراف

Les imams du corpus lisent ce verset comme distinguant le commandement de la création, et rattachent la Parole d’Allah au premier. C’est une lecture doctrinale du verset, non son sens littéral immédiat.

سَأُصْلِيهِ سَقَرَ

« Je vais le brûler dans Saqar. »

— Coran, sourate al-Muddaththir (74), verset 26 · سورة المدثر

Ce châtiment vise celui qui a dit du Coran : « Ce n’est là que la parole d’un être humain » (al-Muddaththir, 74:25).

La parole des imams

والقرآن كلام الله وليس بمخلوق، ولا تضعف أن تقول ليس بمخلوق، فإن كلام الله منه، وليس منه شيء مخلوق. وإياك ومناظرة من أحدث فيه، ومن قال باللفظ وغيره، ومن وقف فيه فقال: لا أدري مخلوق أو ليس بمخلوق، وإنما هو كلام الله وليس بمخلوق.

« Le Coran est la Parole d’Allah et il n’est pas créé. Ne faiblis pas à dire qu’il n’est pas créé, car la Parole d’Allah vient de Lui, et rien de ce qui vient de Lui n’est créé. Garde-toi de débattre avec celui qui a innové à son sujet, avec celui qui parle de la “prononciation” et autres formules, et avec celui qui s’abstient en disant : “Je ne sais pas s’il est créé ou non.” C’est la Parole d’Allah, et elle n’est pas créée. »

— L’imam Aḥmad ibn Ḥanbal, hanbalite · Uṣūl as-Sunna, dans al-Lālakāʾī, t. I, p. 177 · أحمد بن حنبل، أصول السنة، في: اللالكائي، ١/١٧٧

والقرآن كلام الله عز وجل، ومن لدنه، وليس بمخلوق.

« Le Coran est la Parole d’Allah, à Lui la puissance et la majesté ; il vient de Lui, et il n’est pas créé. »

— Al-Muzanī, chafiite · Sharḥ as-Sunna, éd. Jamāl ʿAzzūn, p. 78 · المزني، شرح السنة، ص ٧٨

والقرآن كلام الله غير مخلوق بجميع جهاته \[…\] ومن زعم أن القرآن مخلوق فهو كافر بالله العظيم كفرا ينقل عن الملة \[…\] ومن وقف في القرآن جاهلا علم وبدع ولم يكفر، ومن قال: لفظي بالقرآن مخلوق، فهو جهمي.

« Le Coran est la Parole d’Allah, non créée sous tous ses aspects \[…\]. Celui qui prétend que le Coran est créé a mécru en Allah l’Immense, d’une mécréance qui fait sortir de la religion \[…\]. Celui qui s’abstient de se prononcer sur le Coran par ignorance, on l’instruit et on le déclare innovateur, sans le déclarer mécréant. Celui qui dit : “Ma prononciation du Coran est créée” est un jahmite. »

— Abū Zurʿa et Abū Ḥātim ar-Rāzī, gens du hadith · dans al-Lālakāʾī, n° 321, t. I, p. 198 et 200 · الرازيان، في: اللالكائي، ١/١٩٨ و٢٠٠

Les deux imams distinguent donc celui qui affirme que le Coran est créé de l’ignorant qui hésite : le premier sort de l’islam, le second est enseigné.

وأن القرآن كلام الله، منه بدا بلا كيفية قولا، وأنزله على رسوله وحيا، وصدقه المؤمنون على ذلك حقا، وأيقنوا أنه كلام الله تعالى بالحقيقة، ليس بمخلوق ككلام البرية. فمن سمعه فزعم أنه كلام البشر فقد كفر.

« Le Coran est la Parole d’Allah : il est issu de Lui en tant que parole, sans comment ; Il l’a descendu sur Son Messager comme révélation ; les croyants l’ont authentifié en vérité et ont acquis la certitude qu’il est réellement la Parole d’Allah, non créé comme la parole des créatures. Celui qui l’entend et prétend qu’il est parole d’homme a mécru. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ولا نجادل في القرآن، ونشهد أنه كلام رب العالمين، نزل به الروح الأمين، فعلمه سيد المرسلين محمدا ﷺ، وهو كلام الله تعالى لا يساويه شيء من كلام المخلوقين، ولا نقول بخلقه، ولا نخالف جماعة المسلمين.

« Nous ne polémiquons pas au sujet du Coran. Nous attestons qu’il est la Parole du Seigneur des mondes, que l’Esprit fidèle l’a apporté et l’a enseigné au maître des messagers, Muḥammad ﷺ. C’est la Parole d’Allah ; aucune parole des créatures ne l’égale. Nous ne disons pas qu’il est créé, et nous ne nous opposons pas à la communauté des musulmans. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

والقرآن كلام الله وتنزيله ونوره، وليس مخلوقا، لأن القرآن من الله، وما كان من الله فليس بمخلوق. وهكذا قال مالك بن أنس والفقهاء قبله وبعده، والمراء فيه كفر.

« Le Coran est la Parole d’Allah, Sa révélation et Sa lumière. Il n’est pas créé, car le Coran vient d’Allah, et ce qui vient d’Allah n’est pas créé. Ainsi l’ont dit Mālik ibn Anas et les juristes avant et après lui. Polémiquer à son sujet est de la mécréance. »

— Al-Barbahārī, hanbalite · Sharḥ as-Sunna, dans Ṭabaqāt al-ḥanābila, t. II, p. 19-20 · البربهاري، في: طبقات الحنابلة، ٢/١٩–٢٠

كلم موسى بكلامه الذي هو صفة ذاته لا خلق من خلقه، وتجلى للجبل فصار دكا من جلاله، وأن القرآن كلام الله ليس بمخلوق فيبيد، ولا صفة لمخلوق فينفد.

« Il a parlé à Mūsā par Sa Parole, qui est un attribut de Son Essence et non une de Ses créatures ; Il S’est manifesté à la montagne, qui fut pulvérisée par Sa majesté. Le Coran est la Parole d’Allah : il n’est pas créé, pour périr, ni l’attribut d’une créature, pour s’épuiser. »

— Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, malikite · ar-Risāla, p. 6 · ابن أبي زيد القيرواني، الرسالة، ص ٦

ومن كلام الله سبحانه القرآن العظيم، وهو كتاب الله المبين، وحبله المتين، وصراطه المستقيم، وتنزيل رب العالمين، نزل به الروح الأمين على قلب سيد المرسلين بلسان عربي مبين، منزل غير مخلوق، منه بدأ وإليه يعود. وهو سور محكمات، وآيات بينات، وحروف وكلمات.

« Fait partie de la Parole d’Allah le Coran immense : c’est le Livre explicite d’Allah, Son câble solide, Sa voie droite, la révélation du Seigneur des mondes. L’Esprit fidèle l’a fait descendre sur le cœur du maître des messagers, en une langue arabe claire. Il est descendu, non créé ; de Lui il a commencé et à Lui il retournera. Il est fait de sourates précises, de versets clairs, de lettres et de mots. »

— Ibn Qudāma al-Maqdisī, hanbalite · Lumʿat al-iʿtiqād · ابن قدامة، لمعة الاعتقاد

ومن الإيمان بالله وكتبه: الإيمان بأن القرآن كلام الله، منزل غير مخلوق، منه بدأ وإليه يعود، وأن الله تكلم به حقيقة \[…\] وهو كلام الله حروفه ومعانيه، ليس كلام الله الحروف دون المعاني، ولا المعاني دون الحروف.

« Fait partie de la foi en Allah et en Ses Livres : croire que le Coran est la Parole d’Allah, descendue et non créée ; de Lui elle a commencé et à Lui elle retournera ; Allah l’a prononcée réellement \[…\]. C’est la Parole d’Allah, lettres et sens : ni les lettres sans les sens, ni les sens sans les lettres. »

— Ibn Taymiyya, hanbalite · al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya, section du Coran · ابن تيمية، العقيدة الواسطية

À retenir

Tous affirment que le Coran est la Parole d’Allah, non créée. Aḥmad, les deux Rāzī et al-Barbahārī visent en plus deux groupes nés de la miḥna : ceux qui disaient « ma prononciation du Coran est créée » et ceux qui s’abstenaient de trancher. Ibn Qudāma et Ibn Taymiyya précisent que cette Parole est faite de lettres et de sens, point sur lequel les ashʿarites ont une autre doctrine (point 5 de l’annexe 2).

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Chapitre VI — La vision d’Allah par les croyants

Les croyants verront leur Seigneur dans l’au-delà, de leurs yeux, sans L’embrasser et sans comment ; les mécréants en seront voilés.

Le fondement dans le Coran et la Sunna

وُجُوهٌ يَوْمَئِذٍ نَّاضِرَةٌ ۝ إِلَىٰ رَبِّهَا نَاظِرَةٌ

« Ce jour-là, des visages seront rayonnants, regardant leur Seigneur. »

— Coran, sourate al-Qiyāma (75), versets 22-23 · سورة القيامة

لِّلَّذِينَ أَحْسَنُوا الْحُسْنَىٰ وَزِيَادَةٌ

« À ceux qui font le bien, la meilleure récompense et un surcroît. »

— Coran, sourate Yūnus (10), verset 26 · سورة يونس

كَلَّا إِنَّهُمْ عَن رَّبِّهِمْ يَوْمَئِذٍ لَّمَحْجُوبُونَ

« Mais non ! Ce jour-là, ils seront voilés de leur Seigneur. »

— Coran, sourate al-Muṭaffifīn (83), verset 15 · سورة المطففين

Ce voile frappe les mécréants : les commentateurs en ont tiré, par contraste, la preuve que les croyants verront leur Seigneur.

إنكم سترون ربكم كما ترون هذا القمر، لا تضامون في رؤيته.

« Vous verrez votre Seigneur comme vous voyez cette lune, sans vous bousculer pour la voir. »

— Hadith de Jarīr ibn ʿAbd Allāh, rapporté par al-Bukhārī (n° 554) et Muslim (n° 633) · حديث جرير بن عبد الله، رواه البخاري ومسلم

La parole des imams

والله تعالى يرى في الآخرة، ويراه المؤمنون وهم في الجنة بأعين رؤوسهم، بلا تشبيه ولا كيفية.

« Allah sera vu dans l’au-delà : les croyants Le verront, étant au Paradis, avec les yeux de leur tête, sans assimilation et sans comment. »

— Attribué à Abū Ḥanīfa, hanafite · al-Fiqh al-akbar · أبو حنيفة، الفقه الأكبر

La phrase qui suit dans certaines éditions, « et il n’y aura entre Lui et Ses créatures aucune distance », est lue différemment selon les écoles ; voir le point 6 de l’annexe 2.

والإيمان بالرؤية يوم القيامة كما روي عن النبي ﷺ من الأحاديث الصحاح \[…\] والحديث عندنا على ظاهره كما جاء عن النبي ﷺ، والكلام فيه بدعة، ولكن نؤمن به كما جاء على ظاهره، ولا نناظر فيه أحدا.

« Et la foi en la vision le Jour de la Résurrection, telle qu’elle est rapportée du Prophète ﷺ par les hadiths authentiques \[…\]. Le hadith, chez nous, est pris selon son sens apparent, tel qu’il est venu du Prophète ﷺ ; en discourir est une innovation ; nous y croyons tel qu’il est venu, et nous n’en débattons avec personne. »

— L’imam Aḥmad ibn Ḥanbal, hanbalite · Uṣūl as-Sunna, dans al-Lālakāʾī, t. I, p. 176-177 · أحمد بن حنبل، أصول السنة، في: اللالكائي، ١/١٧٦–١٧٧

فهم حينئذ إلى ربهم ينظرون، لا يمارون في النظر إليه ولا يشكون، فوجوههم بكرامته ناضرة، وأعينهم بفضله إليه ناظرة، في نعيم دائم مقيم.

« Ils regarderont alors leur Seigneur, sans contester ni douter de cette vision : leurs visages rayonneront de Sa générosité, et leurs yeux Le regarderont par Sa grâce, dans une félicité permanente et durable. »

— Al-Muzanī, chafiite · Sharḥ as-Sunna, éd. Jamāl ʿAzzūn, p. 82 · المزني، شرح السنة، ص ٨٢

وأنه تبارك وتعالى يرى في الآخرة، يراه أهل الجنة بأبصارهم، ويسمعون كلامه كيف شاء وكما شاء.

« Il sera vu, béni et exalté soit-Il, dans l’au-delà : les gens du Paradis Le verront de leurs yeux et entendront Sa parole, comme Il le veut et de la manière qu’Il veut. »

— Abū Zurʿa et Abū Ḥātim ar-Rāzī, gens du hadith · dans al-Lālakāʾī, n° 321, t. I, p. 198-199 · الرازيان، في: اللالكائي، ١/١٩٨–١٩٩

والرؤية حق لأهل الجنة، بغير إحاطة ولا كيفية، كما نطق به كتاب ربنا: ﴿وُجُوهٌ يَوْمَئِذٍ نَاضِرَةٌ ۝ إِلَى رَبِّهَا نَاظِرَةٌ﴾، وتفسيره على ما أراده الله تعالى وعلمه، وكل ما جاء في ذلك من الحديث الصحيح عن الرسول ﷺ فهو كما قال، ومعناه على ما أراد.

« La vision est une vérité pour les gens du Paradis, sans qu’ils L’embrassent et sans comment, ainsi que l’énonce le Livre de notre Seigneur : “Ce jour-là, des visages seront rayonnants, regardant leur Seigneur”. Son explication est conforme à ce qu’Allah a voulu et sait. Tout ce qui est venu à ce sujet dans les hadiths authentiques du Messager ﷺ est tel qu’il l’a dit, et son sens est celui qu’il a voulu. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ولا يصح الإيمان بالرؤية لأهل دار السلام لمن اعتبرها منهم بوهم، أو تأولها بفهم.

« La foi en la vision des gens de la Demeure de paix n’est pas valide chez celui qui se la représente par l’imagination ou l’interprète selon sa propre compréhension. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

والإيمان بالرؤية يوم القيامة، يرون الله عز وجل بأعين رؤوسهم، وهو يحاسبهم بلا حاجب ولا ترجمان.

« Et la foi en la vision le Jour de la Résurrection : ils verront Allah des yeux de leur tête, et Il leur demandera des comptes sans voile ni interprète. »

— Al-Barbahārī, hanbalite · Sharḥ as-Sunna, dans Ṭabaqāt al-ḥanābila, t. II, p. 20 · البربهاري، في: طبقات الحنابلة، ٢/٢٠

ومن زعم أنه يرى ربه في دار الدنيا فهو كافر بالله عز وجل.

« Celui qui prétend voir son Seigneur dans la demeure d’ici-bas est mécréant envers Allah. »

— Al-Barbahārī, hanbalite · Sharḥ as-Sunna, dans Ṭabaqāt al-ḥanābila, t. II, p. 23 · البربهاري، في: طبقات الحنابلة، ٢/٢٣

وأن الله سبحانه قد خلق الجنة فأعدها دار خلود لأوليائه، وأكرمهم فيها بالنظر إلى وجهه الكريم.

« Allah, gloire à Lui, a créé le Paradis et l’a préparé comme demeure éternelle pour Ses alliés, et Il les y honore par la vision de Son noble Visage. »

— Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, malikite · ar-Risāla, p. 7 · ابن أبي زيد القيرواني، الرسالة، ص ٧

والمؤمنون يرون ربهم في الآخرة بأبصارهم، ويزورونه، ويكلمهم ويكلمونه \[…\] وهذا تشبيه للرؤية بالرؤية، لا للمرئي بالمرئي، فإن الله تعالى لا شبيه له ولا نظير.

« Les croyants verront leur Seigneur dans l’au-delà de leurs yeux ; ils Le visiteront, Il leur parlera et ils Lui parleront \[…\]. C’est une comparaison de la vision à la vision, non de ce qui est vu à ce qui est vu, car Allah n’a ni semblable ni égal. »

— Ibn Qudāma al-Maqdisī, hanbalite · Lumʿat al-iʿtiqād · ابن قدامة، لمعة الاعتقاد

C’est la clé de lecture du hadith de la lune : le Prophète ﷺ compare la clarté de la vision, non Allah à la lune.

ويرى المؤمنون ربهم عيانا بأبصارهم، كما يرون الشمس صحوا ليس دونها سحاب، وكما يرون القمر ليلة البدر لا يضامون في رؤيته.

« Les croyants verront leur Seigneur de leurs propres yeux, comme ils voient le soleil par temps clair sans nuage, et comme ils voient la lune la nuit de la pleine lune, sans se bousculer pour la voir. »

— Ibn Taymiyya, hanbalite · al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya, section du Jour dernier · ابن تيمية، العقيدة الواسطية

À retenir

La vision des croyants dans l’au-delà est l’un des points les plus unanimes du corpus, de l’école hanafite à l’école hanbalite ; elle est d’ailleurs admise aussi par les ashʿarites et les māturīdites, qui en précisent les conditions autrement. Les muʿtazilites la niaient ; les imams y répondent par le verset de al-Qiyāma et par le hadith de la lune, en précisant chaque fois que la comparaison porte sur la vision, non sur Celui qui est vu.

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Chapitre VII — Le décret divin, le Calame, la Table gardée et le pacte primordial

Rien n’advient hors de la science, de l’écriture, de la volonté et de la création d’Allah ; le serviteur agit réellement et répond de ses actes. Les imams interdisent de disputer du décret.

Le fondement dans le Coran et la Sunna

وَخَلَقَ كُلَّ شَيْءٍ فَقَدَّرَهُ تَقْدِيرًا

« Il a créé toute chose et l’a déterminée en une mesure exacte. »

— Coran, sourate al-Furqān (25), verset 2 · سورة الفرقان

وَاللَّهُ خَلَقَكُمْ وَمَا تَعْمَلُونَ

« Allah vous a créés, vous et ce que vous faites. »

— Coran, sourate aṣ-Ṣāffāt (37), verset 96 · سورة الصافات

لَا يُسْأَلُ عَمَّا يَفْعَلُ وَهُمْ يُسْأَلُونَ

« Il n’est pas interrogé sur ce qu’Il fait, et ce sont eux qui seront interrogés. »

— Coran, sourate al-Anbiyāʾ (21), verset 23 · سورة الأنبياء

لَا يُكَلِّفُ اللَّهُ نَفْسًا إِلَّا وُسْعَهَا

« Allah n’impose à une âme que ce qu’elle peut supporter. »

— Coran, sourate al-Baqara (2), verset 286 · سورة البقرة

وَإِذْ أَخَذَ رَبُّكَ مِن بَنِي آدَمَ مِن ظُهُورِهِمْ ذُرِّيَّتَهُمْ وَأَشْهَدَهُمْ عَلَىٰ أَنفُسِهِمْ أَلَسْتُ بِرَبِّكُمْ ۖ قَالُوا بَلَىٰ

« Et quand ton Seigneur tira une descendance des reins des fils d’Adam et les fit témoigner contre eux-mêmes : “Ne suis-Je pas votre Seigneur ?” Ils répondirent : “Si.” »

— Coran, sourate al-Aʿrāf (7), verset 172 · سورة الأعراف

C’est le pacte primordial (mīthāq) que mentionne aṭ-Ṭaḥāwī.

أول ما خلق الله القلم، فقال له: اكتب. قال: رب وما أكتب؟ قال: اكتب مقادير كل شيء حتى تقوم الساعة.

« La première chose qu’Allah créa fut le Calame. Il lui dit : “Écris.” Il répondit : “Seigneur, qu’écrirai-je ?” Il dit : “Écris les mesures de toute chose jusqu’à l’avènement de l’Heure.” »

— Hadith de ʿUbāda ibn aṣ-Ṣāmit, rapporté par Abū Dāwūd (n° 4700) et at-Tirmidhī (n° 2155) · حديث عبادة بن الصامت، رواه أبو داود والترمذي

La parole des imams

ومن السنة اللازمة التي من ترك منها خصلة لم يقلها ويؤمن بها لم يكن من أهلها: الإيمان بالقدر خيره وشره، والتصديق بالأحاديث فيه، والإيمان بها، لا يقال: لم؟ ولا: كيف؟ إنما هو التصديق بها والإيمان بها.

« Fait partie de la Sunna obligatoire, dont celui qui délaisse un seul élément, sans le professer ni y croire, n’est pas de ses gens : la foi au décret, en son bien et en son mal, et l’adhésion aux hadiths qui en parlent. On y croit sans dire “pourquoi ?” ni “comment ?” : ce n’est qu’adhésion et foi. »

— L’imam Aḥmad ibn Ḥanbal, hanbalite · Uṣūl as-Sunna, dans al-Lālakāʾī, t. I, p. 176 · أحمد بن حنبل، أصول السنة، في: اللالكائي، ١/١٧٦

فالخلق عاملون بسابق علمه، ونافذون لما خلقهم له من خير وشر، لا يملكون لأنفسهم من الطاعة نفعا، ولا يجدون إلى صرف المعصية عنها دفعا.

« Les créatures agissent selon Sa science préalable et s’acheminent vers ce pour quoi Il les a créées, en bien et en mal. Elles ne possèdent pas par elles-mêmes le pouvoir de se procurer l’obéissance, et ne trouvent pas le moyen d’écarter d’elles-mêmes la désobéissance. »

— Al-Muzanī, chafiite · Sharḥ as-Sunna, éd. Jamāl ʿAzzūn, p. 76 · المزني، شرح السنة، ص ٧٦

والقدر خيره وشره من الله عز وجل \[…\] والقدرية المبتدعة ضلال.

« Le décret, en son bien et en son mal, vient d’Allah, à Lui la puissance et la majesté \[…\]. Les qadarites innovateurs sont égarés. »

— Abū Zurʿa et Abū Ḥātim ar-Rāzī, gens du hadith · dans al-Lālakāʾī, n° 321, t. I, p. 198 et 200 · الرازيان، في: اللالكائي، ١/١٩٨ و٢٠٠

خلق الخلق بعلمه، وقدر لهم أقدارا، وضرب لهم آجالا، ولم يخف عليه شيء قبل أن يخلقهم، وعلم ما هم عاملون قبل أن يخلقهم \[…\] وكل شيء يجري بتقديره ومشيئته، ومشيئته تنفذ، لا مشيئة للعباد إلا ما شاء لهم، فما شاء لهم كان، وما لم يشأ لم يكن. يهدي من يشاء ويعصم ويعافي فضلا، ويضل من يشاء ويخذل ويبتلي عدلا.

« Il a créé la création par Sa science, lui a fixé des mesures et des termes ; rien ne Lui était caché avant qu’Il ne les crée, et Il savait ce qu’ils feraient avant de les créer \[…\]. Toute chose se déroule selon Sa détermination et Sa volonté ; Sa volonté s’accomplit ; les serviteurs n’ont de volonté que ce qu’Il veut pour eux : ce qu’Il a voulu pour eux est, ce qu’Il n’a pas voulu n’est pas. Il guide qui Il veut, préserve et protège par grâce ; Il égare qui Il veut, délaisse et éprouve par justice. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

والميثاق الذي أخذه الله تعالى من آدم وذريته حق.

« Le pacte qu’Allah a pris d’Adam et de sa descendance est vérité. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

وأصل القدر سر الله تعالى في خلقه، لم يطلع على ذلك ملك مقرب ولا نبي مرسل، والتعمق والنظر في ذلك ذريعة الخذلان، وسلم الحرمان، ودرجة الطغيان.

« Le fond du décret est le secret d’Allah dans Sa création : ni ange rapproché ni prophète envoyé n’en a été informé. S’y enfoncer et spéculer à son sujet est la voie de l’abandon divin, l’échelle de la privation et le degré de la transgression. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ونؤمن باللوح والقلم وبجميع ما فيه قد رقم، فلو اجتمع الخلق كلهم على شيء كتبه الله تعالى فيه أنه كائن ليجعلوه غير كائن لم يقدروا عليه \[…\] جف القلم بما هو كائن إلى يوم القيامة.

« Nous croyons à la Table et au Calame, et à tout ce qui y est inscrit. Si toutes les créatures se réunissaient pour empêcher d’advenir une chose qu’Allah y a écrite comme devant advenir, elles n’y parviendraient pas \[…\]. Le Calame a séché sur ce qui adviendra jusqu’au Jour de la Résurrection. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

وأفعال العباد خلق لله، وكسب من العباد، ولم يكلفهم الله تعالى إلا ما يطيقون.

« Les actes des serviteurs sont création d’Allah et acquisition des serviteurs, et Allah ne leur a imposé que ce qu’ils peuvent supporter. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

والإيمان بأن الله قد علم ما كان من أول الدهر وما لم يكن وما هو كائن، ثم أحصاه وعده عدا، ومن قال: إنه لا يعلم إلا ما كان وما هو كائن، فقد كفر بالله العظيم.

« Et la foi qu’Allah sait ce qui a été depuis le commencement des temps, ce qui n’a pas été et ce qui sera, puis qu’Il l’a dénombré et compté exactement. Celui qui dit qu’Il ne sait que ce qui a été et ce qui est a mécru en Allah l’Immense. »

— Al-Barbahārī, hanbalite · Sharḥ as-Sunna, dans Ṭabaqāt al-ḥanābila, t. II, p. 23 · البربهاري، في: طبقات الحنابلة، ٢/٢٣

والكلام والجدل والخصومة في القدر منهي عنه عند جميع الفرق، لأن القدر سر الله \[…\] فعليك بالتسليم والإقرار والإيمان، واسكت عما سوى ذلك.

« Discourir, argumenter et se quereller au sujet du décret est interdit chez tous les groupes, car le décret est le secret d’Allah \[…\]. Tiens-toi donc à la soumission, à la reconnaissance et à la foi, et tais-toi sur le reste. »

— Al-Barbahārī, hanbalite · Sharḥ as-Sunna, dans Ṭabaqāt al-ḥanābila, t. II, p. 25 · البربهاري، في: طبقات الحنابلة، ٢/٢٥

والإيمان بالقدر خيره وشره، حلوه ومره، وكل ذلك قد قدره الله ربنا \[…\] لا يكون من عباده قول ولا عمل إلا وقد قضاه وسبق علمه به \[…\] تعالى أن يكون في ملكه ما لا يريد، أو يكون لأحد عنه غنى، أو يكون خالق لشيء إلا هو، رب العباد ورب أعمالهم، والمقدر لحركاتهم وآجالهم.

« Et la foi au décret, en son bien et en son mal, en son doux et en son amer : tout cela, Allah notre Seigneur l’a décrété \[…\]. Il n’y a chez Ses serviteurs ni parole ni acte qu’Il n’ait arrêté et que Sa science n’ait précédé \[…\]. Il est trop élevé pour qu’il y ait dans Son royaume ce qu’Il ne veut pas, que quelqu’un puisse se passer de Lui, ou qu’il y ait un créateur de quoi que ce soit hormis Lui. Il est le Seigneur des serviteurs et le Seigneur de leurs actes, Celui qui détermine leurs mouvements et leurs termes. »

— Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, malikite · ar-Risāla, p. 6 · ابن أبي زيد القيرواني، الرسالة، ص ٦

ولا نجعل قضاء الله وقدره حجة لنا في ترك أوامره واجتناب نواهيه \[…\] ونعلم أن الله سبحانه وتعالى ما أمر ونهى إلا المستطيع للفعل والترك، وأنه لم يجبر أحدا على معصية، ولا اضطره إلى ترك طاعة \[…\] فدل على أن للعبد فعلا وكسبا، يجزى على حسنه بالثواب، وعلى سيئه بالعقاب، وهو واقع بقضاء الله وقدره.

« Nous ne faisons pas de l’arrêt et du décret d’Allah un argument pour délaisser Ses ordres et commettre Ses interdits \[…\]. Nous savons qu’Allah n’a ordonné et interdit qu’à celui qui est capable de faire et de s’abstenir, qu’Il n’a contraint personne à une désobéissance ni forcé personne à délaisser une obéissance \[…\]. Cela montre que le serviteur a un acte et une acquisition, récompensé pour le bien, puni pour le mal, et que cela se produit par l’arrêt et le décret d’Allah. »

— Ibn Qudāma al-Maqdisī, hanbalite · Lumʿat al-iʿtiqād, section du décret · ابن قدامة، لمعة الاعتقاد

والإيمان بالقدر على درجتين، كل درجة تتضمن شيئين. فالدرجة الأولى: الإيمان بأن الله تعالى عليم بالخلق، وهو كاتب ذلك في اللوح المحفوظ. والدرجة الثانية: مشيئة الله النافذة وقدرته الشاملة \[…\] والعباد فاعلون حقيقة، والله خالق أفعالهم.

« La foi au décret comporte deux degrés, chacun renfermant deux éléments. Le premier degré : croire qu’Allah connaît la création, et qu’Il a écrit cela dans la Table gardée. Le second degré : la volonté d’Allah qui s’accomplit et Sa puissance qui embrasse tout \[…\]. Les serviteurs sont réellement les auteurs de leurs actes, et Allah est le créateur de leurs actes. »

— Ibn Taymiyya, hanbalite · al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya, section du décret · ابن تيمية، العقيدة الواسطية

À retenir

Les quatre éléments du décret — la science, l’écriture, la volonté et la création — se trouvent dispersés chez aṭ-Ṭaḥāwī, Ibn Abī Zayd et Ibn Qudāma, puis systématisés chez Ibn Taymiyya. Tous rejettent à la fois les qadarites, qui nient la prédestination, et les jabrites, qui nient l’acte réel du serviteur. Aucun n’accepte que le décret serve d’excuse au péché.

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Chapitre VIII — La foi, la crainte et l’espérance, le statut du pécheur

La foi est parole, acte et conviction ; elle augmente et diminue. Le croyant pécheur reste musulman et son sort est remis à Allah. Se croire à l’abri du châtiment ou désespérer de la miséricorde fait sortir de l’islam.

Le fondement dans le Coran et la Sunna

إِنَّمَا الْمُؤْمِنُونَ الَّذِينَ إِذَا ذُكِرَ اللَّهُ وَجِلَتْ قُلُوبُهُمْ وَإِذَا تُلِيَتْ عَلَيْهِمْ آيَاتُهُ زَادَتْهُمْ إِيمَانًا

« Les croyants sont seulement ceux dont les cœurs frémissent quand on mentionne Allah, et dont la foi augmente quand on leur récite Ses versets. »

— Coran, sourate al-Anfāl (8), verset 2 · سورة الأنفال

إِنَّ اللَّهَ لَا يَغْفِرُ أَن يُشْرَكَ بِهِ وَيَغْفِرُ مَا دُونَ ذَٰلِكَ لِمَن يَشَاءُ

« Allah ne pardonne pas qu’on Lui associe quoi que ce soit, mais Il pardonne, en deçà, à qui Il veut. »

— Coran, sourate an-Nisāʾ (4), verset 48 · سورة النساء

فَلَا يَأْمَنُ مَكْرَ اللَّهِ إِلَّا الْقَوْمُ الْخَاسِرُونَ

« Seuls les perdants se croient à l’abri du stratagème d’Allah. »

— Coran, sourate al-Aʿrāf (7), verset 99 · سورة الأعراف

إِنَّهُ لَا يَيْأَسُ مِن رَّوْحِ اللَّهِ إِلَّا الْقَوْمُ الْكَافِرُونَ

« Seuls les mécréants désespèrent de la miséricorde d’Allah. »

— Coran, sourate Yūsuf (12), verset 87 · سورة يوسف

Ces deux versets fondent la règle d’aṭ-Ṭaḥāwī : la voie du croyant est entre la crainte et l’espérance.

الإيمان بضع وسبعون شعبة، فأفضلها قول لا إله إلا الله، وأدناها إماطة الأذى عن الطريق، والحياء شعبة من الإيمان.

« La foi comporte soixante-dix et quelques branches : la plus élevée est de dire “il n’y a de divinité qu’Allah”, la plus basse est d’écarter du chemin ce qui nuit, et la pudeur est une branche de la foi. »

— Hadith d’Abū Hurayra, rapporté par al-Bukhārī (n° 9) et Muslim (n° 35) · حديث أبي هريرة، رواه البخاري ومسلم

La parole des imams

والإيمان قول وعمل، يزيد وينقص، كما جاء في الخبر: «أكمل المؤمنين إيمانا أحسنهم خلقا».

« La foi est parole et acte ; elle augmente et diminue, comme dans le hadith : “Le plus accompli des croyants en foi est celui qui a le meilleur caractère.” »

— L’imam Aḥmad ibn Ḥanbal, hanbalite · Uṣūl as-Sunna, dans al-Lālakāʾī, t. I, p. 179 · أحمد بن حنبل، أصول السنة، في: اللالكائي، ١/١٧٩

ومن لقيه مصرا غير تائب من الذنوب التي قد استوجب بها العقوبة، فأمره إلى الله عز وجل، إن شاء عذبه، وإن شاء غفر له.

« Celui qui Le rencontre en persistant, sans s’être repenti, dans des péchés qui méritent le châtiment, son affaire revient à Allah : s’Il veut, Il le châtie, et s’Il veut, Il lui pardonne. »

— L’imam Aḥmad ibn Ḥanbal, hanbalite · Uṣūl as-Sunna, dans al-Lālakāʾī, t. I, p. 182 · أحمد بن حنبل، أصول السنة، في: اللالكائي، ١/١٨٢

والإيمان قول وعمل مع اعتقاده بالجنان، قول باللسان، وعمل بالجوارح والأركان، وهما سيان ونظامان وقرينان، لا نفرق بينهما: لا إيمان إلا بعمل، ولا عمل إلا بإيمان. والمؤمنون في الإيمان يتفاضلون، وبصالح الأعمال هم متزايدون، ولا يخرجون بالذنوب من الإيمان، ولا يكفرون بركوب كبيرة ولا عصيان.

« La foi est parole et acte, avec sa conviction dans le cœur : parole par la langue, acte par les membres et les organes. Les deux vont ensemble, forment un seul ordre et sont liés ; nous ne les séparons pas : pas de foi sans acte, pas d’acte sans foi. Les croyants diffèrent en degré dans la foi et s’accroissent par leurs bonnes œuvres. Ils ne sortent pas de la foi par les péchés et ne deviennent pas mécréants en commettant un grand péché ou une désobéissance. »

— Al-Muzanī, chafiite · Sharḥ as-Sunna, éd. Jamāl ʿAzzūn, p. 77-78 · المزني، شرح السنة، ص ٧٧–٧٨

واختيارنا أن الإيمان قول وعمل، إقرار باللسان، وتصديق بالقلب، وعمل بالأركان، مثل الصلاة، والزكاة لمن كان له مال، والحج لمن استطاع إليه سبيلا، وصوم شهر رمضان، وجميع فرائض الله التي فرض على عباده، العمل به من الإيمان. والإيمان يزيد وينقص.

« Notre choix est que la foi est parole et acte : aveu par la langue, adhésion par le cœur et acte par les membres, comme la prière, l’aumône pour celui qui a des biens, le pèlerinage pour celui qui en a les moyens, le jeûne du mois de Ramadan, et toutes les obligations qu’Allah a prescrites à Ses serviteurs : les accomplir fait partie de la foi. La foi augmente et diminue. »

— Abū Ḥātim ar-Rāzī, gens du hadith · dans al-Lālakāʾī, n° 323, t. I, p. 203 · أبو حاتم الرازي، في: اللالكائي، ١/٢٠٣

والإيمان: هو الإقرار باللسان والتصديق بالجنان. والإيمان واحد، وأهله في أصله سواء، والتفاضل بينهم بالخشية والتقى، ومخالفة الهوى، وملازمة الأولى.

« La foi est l’aveu par la langue et l’adhésion par le cœur. La foi est une, et ses gens sont égaux en son principe ; ils se distinguent par la crainte révérencielle, la piété, l’opposition à la passion et l’attachement à ce qui est le meilleur. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

C’est le point où aṭ-Ṭaḥāwī transmet la définition hanafite et se sépare des autres textes du corpus ; voir le point 7 de l’annexe 2.

ولا نقول: لا يضر مع الإيمان ذنب لمن عمله. نرجو للمحسنين من المؤمنين أن يعفو عنهم ويدخلهم الجنة برحمته، ولا نأمن عليهم ولا نشهد لهم بالجنة، ونستغفر لمسيئهم ونخاف عليهم ولا نقنطهم. والأمن والإياس ينقلان عن ملة الإسلام، وسبيل الحق بينهما لأهل القبلة.

« Nous ne disons pas que le péché ne nuit pas à celui qui a la foi. Nous espérons pour les bienfaisants parmi les croyants qu’Il les excusera et les fera entrer au Paradis par Sa miséricorde, sans nous croire en sécurité pour eux ni témoigner du Paradis en leur faveur. Nous demandons pardon pour celui d’entre eux qui fait le mal, nous craignons pour lui, et nous ne le poussons pas au désespoir. Le sentiment de sécurité et le désespoir font sortir de la religion de l’islam : la voie de la vérité, pour les gens de la qibla, est entre les deux. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

وأهل الكبائر من أمة محمد ﷺ في النار لا يخلدون إذا ماتوا وهم موحدون، وإن لم يكونوا تائبين، بعد أن لقوا الله عارفين، وهم في مشيئته وحكمه: إن شاء غفر لهم وعفا عنهم بفضله \[…\] وإن شاء عذبهم في النار بعدله، ثم يخرجهم منها برحمته وشفاعة الشافعين من أهل طاعته، ثم يبعثهم إلى جنته.

« Les auteurs de grands péchés de la communauté de Muḥammad ﷺ ne demeurent pas éternellement dans le Feu s’ils meurent monothéistes, même sans s’être repentis, après avoir rencontré Allah en Le connaissant. Ils sont soumis à Sa volonté et à Son jugement : s’Il veut, Il leur pardonne et les excuse par Sa grâce \[…\] ; s’Il veut, Il les châtie dans le Feu par Sa justice, puis les en fait sortir par Sa miséricorde et l’intercession des intercesseurs parmi ceux qui Lui obéissent, puis Il les envoie dans Son Paradis. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

والإيمان بأن الإيمان قول وعمل ونية، يزيد وينقص، يزيد ما شاء الله، وينقص حتى لا يبقى منه شيء.

« Et la foi que la foi est parole, acte et intention ; qu’elle augmente et diminue : elle augmente autant qu’Allah le veut, et diminue jusqu’à ce qu’il n’en reste rien. »

— Al-Barbahārī, hanbalite · Sharḥ as-Sunna, dans Ṭabaqāt al-ḥanābila, t. II, p. 20 · البربهاري، في: طبقات الحنابلة، ٢/٢٠

وأن الإيمان قول باللسان، وإخلاص بالقلب، وعمل بالجوارح، يزيد بزيادة الأعمال، وينقص بنقصها \[…\] ولا يكمل قول الإيمان إلا بالعمل، ولا قول وعمل إلا بنية، ولا قول وعمل ونية إلا بموافقة السنة.

« La foi est parole par la langue, sincérité par le cœur et acte par les membres. Elle augmente quand les actes augmentent et diminue quand ils diminuent \[…\]. La parole de foi n’est complète que par l’acte ; ni parole ni acte ne valent sans intention ; ni parole, ni acte, ni intention ne valent sans conformité à la Sunna. »

— Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, malikite · ar-Risāla, p. 8 · ابن أبي زيد القيرواني، الرسالة، ص ٨

والإيمان قول باللسان، وعمل بالأركان، وعقد بالجنان، يزيد بالطاعة وينقص بالعصيان.

« La foi est parole par la langue, acte par les membres et conviction par le cœur ; elle augmente par l’obéissance et diminue par la désobéissance. »

— Ibn Qudāma al-Maqdisī, hanbalite · Lumʿat al-iʿtiqād · ابن قدامة، لمعة الاعتقاد

ومن أصول أهل السنة والجماعة أن الدين والإيمان قول وعمل: قول القلب واللسان، وعمل القلب واللسان والجوارح، وأن الإيمان يزيد بالطاعة وينقص بالمعصية. ومع هذا فلا يكفرون أهل القبلة بمطلق المعاصي والكبائر.

« Parmi les fondements des gens de la Sunna et de la Communauté : la religion et la foi sont parole et acte — parole du cœur et de la langue, acte du cœur, de la langue et des membres —, et la foi augmente par l’obéissance et diminue par la désobéissance. Malgré cela, ils ne déclarent pas mécréants les gens de la qibla pour de simples péchés, fussent-ils graves. »

— Ibn Taymiyya, hanbalite · al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya, section de la foi · ابن تيمية، العقيدة الواسطية

À retenir

La définition de la foi comme parole, acte et conviction est celle d’Aḥmad, d’al-Muzanī, des deux Rāzī, d’al-Barbahārī, d’Ibn Abī Zayd, d’Ibn Qudāma et d’Ibn Taymiyya ; aṭ-Ṭaḥāwī et al-Fiqh al-akbar transmettent la définition hanafite. Sur le fond pratique, tous s’opposent de la même façon aux khārijites, pour qui le pécheur est mécréant, et aux murjiʾites extrêmes, pour qui le péché ne nuit pas avec la foi.

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Chapitre IX — Les anges, les Livres, les prophètes, l’Isrāʾ et le Miʿrāj

La foi comprend les anges, tous les Livres révélés et tous les messagers, sans distinction entre eux. Muḥammad ﷺ est le dernier des prophètes, envoyé aux humains et aux djinns ; son voyage nocturne et son ascension ont eu lieu avec son corps, en état de veille.

Le fondement dans le Coran et la Sunna

آمَنَ الرَّسُولُ بِمَا أُنزِلَ إِلَيْهِ مِن رَّبِّهِ وَالْمُؤْمِنُونَ ۚ كُلٌّ آمَنَ بِاللَّهِ وَمَلَائِكَتِهِ وَكُتُبِهِ وَرُسُلِهِ لَا نُفَرِّقُ بَيْنَ أَحَدٍ مِّن رُّسُلِهِ

« Le Messager a cru en ce qui lui a été descendu de son Seigneur, et les croyants aussi. Tous ont cru en Allah, en Ses anges, en Ses Livres et en Ses messagers : “Nous ne faisons de différence entre aucun de Ses messagers.” »

— Coran, sourate al-Baqara (2), verset 285 · سورة البقرة

مَّا كَانَ مُحَمَّدٌ أَبَا أَحَدٍ مِّن رِّجَالِكُمْ وَلَٰكِن رَّسُولَ اللَّهِ وَخَاتَمَ النَّبِيِّينَ

« Muḥammad n’est le père d’aucun de vos hommes, mais le Messager d’Allah et le Sceau des prophètes. »

— Coran, sourate al-Aḥzāb (33), verset 40 · سورة الأحزاب

قُلْ يَا أَيُّهَا النَّاسُ إِنِّي رَسُولُ اللَّهِ إِلَيْكُمْ جَمِيعًا

« Dis : Ô hommes, je suis pour vous tous le Messager d’Allah. »

— Coran, sourate al-Aʿrāf (7), verset 158 · سورة الأعراف

سُبْحَانَ الَّذِي أَسْرَىٰ بِعَبْدِهِ لَيْلًا مِّنَ الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ إِلَى الْمَسْجِدِ الْأَقْصَى

« Gloire à Celui qui fit voyager de nuit Son serviteur, de la Mosquée sacrée à la Mosquée la plus éloignée. »

— Coran, sourate al-Isrāʾ (17), verset 1 · سورة الإسراء

مَا كَذَبَ الْفُؤَادُ مَا رَأَىٰ

« Le cœur n’a pas démenti ce qu’il a vu. »

— Coran, sourate an-Najm (53), verset 11 · سورة النجم

La parole des imams

وأن محمدا عبده المصطفى، ونبيه المجتبى، ورسوله المرتضى، وأنه خاتم الأنبياء، وإمام الأتقياء، وسيد المرسلين، وحبيب رب العالمين، وكل دعوى النبوة بعده فغي وهوى، وهو المبعوث إلى عامة الجن وكافة الورى، بالحق والهدى، وبالنور والضياء.

« Muḥammad est Son serviteur élu, Son prophète choisi et Son messager agréé. Il est le Sceau des prophètes, l’imam des pieux, le maître des messagers et le bien-aimé du Seigneur des mondes. Toute prétention à la prophétie après lui est égarement et passion. Il est envoyé à l’ensemble des djinns et à la totalité des êtres, avec la vérité et la guidance, avec la lumière et la clarté. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ونؤمن بالملائكة والنبيين، والكتب المنزلة على المرسلين، ونشهد أنهم كانوا على الحق المبين.

« Nous croyons aux anges, aux prophètes et aux Livres descendus sur les messagers, et nous attestons qu’ils étaient dans la vérité évidente. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ونقول: إن الله اتخذ إبراهيم خليلا، وكلم الله موسى تكليما، إيمانا وتصديقا وتسليما.

« Nous disons qu’Allah a pris Ibrāhīm pour ami intime et qu’Il a réellement parlé à Mūsā : nous y croyons, nous l’affirmons et nous nous y soumettons. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

والمعراج حق، وقد أسري بالنبي ﷺ وعرج بشخصه في اليقظة إلى السماء، ثم إلى حيث شاء الله من العلا، وأكرمه الله بما شاء، وأوحى إليه ما أوحى ﴿مَا كَذَبَ الْفُؤَادُ مَا رَأَى﴾.

« L’ascension est vérité. Le Prophète ﷺ a été transporté de nuit et élevé en personne, en état de veille, jusqu’au ciel, puis jusqu’aux hauteurs qu’Allah a voulues. Allah l’a honoré de ce qu’Il a voulu et lui a révélé ce qu’Il a révélé : “Le cœur n’a pas démenti ce qu’il a vu”. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

خلق الخلق بمشيئته عن غير حاجة كانت به، فخلق الملائكة جميعا لطاعته، وجبلهم على عبادته، فمنهم ملائكة بقدرته للعرش حاملون، وطائفة منهم حول عرشه يسبحون، وآخرون بحمده يقدسون، واصطفى منهم رسلا إلى رسله، وبعض مدبرون لأمره. ثم خلق آدم بيده، وأسكنه جنته.

« Il a créé la création par Sa volonté, sans en avoir besoin. Il a créé tous les anges pour Lui obéir et les a façonnés pour L’adorer : certains portent le Trône par Sa puissance, un groupe d’entre eux Le glorifie autour de Son Trône, d’autres Le sanctifient par Sa louange ; Il a choisi parmi eux des messagers vers Ses messagers, et d’autres encore exécutent Ses ordres. Puis Il a créé Adam de Sa main et l’a fait habiter Son Paradis. »

— Al-Muzanī, chafiite · Sharḥ as-Sunna, éd. Jamāl ʿAzzūn, p. 76 · المزني، شرح السنة، ص ٧٦

والإيمان بأن رسول الله ﷺ أسري به إلى السماء، وصار إلى العرش، وسمع كلام الله، ودخل الجنة، واطلع في النار، ورأى الملائكة \[…\] وفرضت عليه الصلوات الخمس تلك الليلة، ورجع إلى مكة ليلته، وذلك قبل الهجرة.

« Et la foi que le Messager d’Allah ﷺ a été transporté de nuit jusqu’au ciel, qu’il est parvenu jusqu’au Trône, a entendu la Parole d’Allah, est entré au Paradis, a regardé dans le Feu et a vu les anges \[…\]. Les cinq prières lui furent prescrites cette nuit-là, et il revint à La Mecque la même nuit, avant l’Hégire. »

— Al-Barbahārī, hanbalite · Sharḥ as-Sunna, dans Ṭabaqāt al-ḥanābila, t. II, p. 24-26 · البربهاري، في: طبقات الحنابلة، ٢/٢٤–٢٦

الباعث الرسل إليهم لإقامة الحجة عليهم، ثم ختم الرسالة والنذارة والنبوة بمحمد نبيه ﷺ، فجعله آخر المرسلين، بشيرا ونذيرا، وداعيا إلى الله بإذنه وسراجا منيرا.

« Il est Celui qui envoie les messagers aux serviteurs pour établir contre eux la preuve. Puis Il a scellé la mission, l’avertissement et la prophétie par Muḥammad, Son prophète ﷺ : Il en a fait le dernier des messagers, annonciateur, avertisseur, appelant à Allah par Sa permission et lampe éclairante. »

— Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, malikite · ar-Risāla, p. 6-7 · ابن أبي زيد القيرواني، الرسالة، ص ٦–٧

وأن على العباد حفظة يكتبون أعمالهم \[…\] وأن ملك الموت يقبض الأرواح بإذن ربه.

« Il y a auprès des serviteurs des gardiens qui écrivent leurs actes \[…\], et l’ange de la mort saisit les âmes par la permission de son Seigneur. »

— Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, malikite · ar-Risāla, p. 9 · ابن أبي زيد القيرواني، الرسالة، ص ٩

ومحمد رسول الله ﷺ خاتم النبيين، وسيد المرسلين، لا يصح إيمان عبد حتى يؤمن برسالته ويشهد بنبوته \[…\] وهو إمام النبيين وخطيبهم وصاحب شفاعتهم.

« Muḥammad, le Messager d’Allah ﷺ, est le Sceau des prophètes et le maître des messagers. La foi d’un serviteur n’est valide que s’il croit en sa mission et atteste sa prophétie \[…\]. Il est l’imam des prophètes, leur orateur et leur intercesseur. »

— Ibn Qudāma al-Maqdisī, hanbalite · Lumʿat al-iʿtiqād · ابن قدامة، لمعة الاعتقاد

مثل حديث الإسراء والمعراج، وكان يقظة لا مناما، فإن قريشا أنكرته وأكبرته، ولم تنكر المنامات.

« Comme le hadith du voyage nocturne et de l’ascension : il eut lieu en état de veille et non en songe, car Quraysh l’a nié et jugé énorme, alors qu’elle ne niait pas les songes. »

— Ibn Qudāma al-Maqdisī, hanbalite · Lumʿat al-iʿtiqād · ابن قدامة، لمعة الاعتقاد

ثم رسله صادقون مصدقون، بخلاف الذين يقولون عليه ما لا يعلمون.

« Puis Ses messagers sont véridiques et confirmés, à la différence de ceux qui disent sur Lui ce qu’ils ne savent pas. »

— Ibn Taymiyya, hanbalite · al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya, éd. Harrās, p. 48 · ابن تيمية، العقيدة الواسطية، ص ٤٨

À retenir

Aṭ-Ṭaḥāwī et Ibn Qudāma insistent sur le caractère universel et définitif de la mission de Muḥammad ﷺ : toute prétention prophétique après lui est nulle. Trois textes affirment que l’Isrāʾ et le Miʿrāj eurent lieu avec le corps et en état de veille, et Ibn Qudāma en donne la preuve historique : Quraysh n’aurait pas protesté contre un simple rêve.

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Chapitre X — La tombe, la résurrection et le Jour du jugement

L’interrogatoire dans la tombe, son châtiment et sa félicité, la résurrection, le compte, la balance, le pont, le bassin et l’intercession sont réels. L’invocation et l’aumône des vivants profitent aux morts.

Le fondement dans le Coran et la Sunna

النَّارُ يُعْرَضُونَ عَلَيْهَا غُدُوًّا وَعَشِيًّا ۖ وَيَوْمَ تَقُومُ السَّاعَةُ أَدْخِلُوا آلَ فِرْعَوْنَ أَشَدَّ الْعَذَابِ

« Le Feu : ils y sont exposés matin et soir. Et le jour où l’Heure arrivera : “Faites entrer les gens de Pharaon dans le plus dur des châtiments !” »

— Coran, sourate Ghāfir (40), verset 46 · سورة غافر

Les savants ont tiré de ce verset la preuve du châtiment de la tombe, avant même la Résurrection.

يُثَبِّتُ اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا بِالْقَوْلِ الثَّابِتِ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَفِي الْآخِرَةِ

« Allah affermit les croyants par la parole ferme, dans la vie d’ici-bas et dans l’au-delà. »

— Coran, sourate Ibrāhīm (14), verset 27 · سورة إبراهيم

وَنَضَعُ الْمَوَازِينَ الْقِسْطَ لِيَوْمِ الْقِيَامَةِ فَلَا تُظْلَمُ نَفْسٌ شَيْئًا

« Nous placerons les balances exactes pour le Jour de la Résurrection : nulle âme ne sera lésée en rien. »

— Coran, sourate al-Anbiyāʾ (21), verset 47 · سورة الأنبياء

مَن ذَا الَّذِي يَشْفَعُ عِندَهُ إِلَّا بِإِذْنِهِ

« Qui peut intercéder auprès de Lui sans Sa permission ? »

— Coran, sourate al-Baqara (2), verset 255 · سورة البقرة

إذا مات الإنسان انقطع عنه عمله إلا من ثلاثة: إلا من صدقة جارية، أو علم ينتفع به، أو ولد صالح يدعو له.

« Quand l’homme meurt, ses œuvres s’interrompent, sauf par trois choses : une aumône continue, une science dont on tire profit, ou un enfant vertueux qui invoque pour lui. »

— Hadith d’Abū Hurayra, rapporté par Muslim (n° 1631) · حديث أبي هريرة، رواه مسلم

La parole des imams

والإيمان بعذاب القبر، وأن هذه الأمة تفتن في قبورها، وتسأل عن الإيمان والإسلام، ومن ربه، ومن نبيه، ويأتيه منكر ونكير كيف شاء الله عز وجل وكيف أراد \[…\] والإيمان بالميزان \[…\] والإيمان بالحوض \[…\] والإيمان بشفاعة النبي ﷺ، وبقوم يخرجون من النار بعدما احترقوا وصاروا فحما، فيؤمر بهم إلى نهر على باب الجنة.

« Et la foi au châtiment de la tombe : cette communauté est éprouvée dans ses tombes et interrogée sur la foi et l’islam, sur son Seigneur et son prophète ; Munkar et Nakīr viennent au défunt, de la manière qu’Allah veut \[…\]. Et la foi en la balance \[…\]. Et la foi au bassin \[…\]. Et la foi en l’intercession du Prophète ﷺ, et en des gens qui sortiront du Feu après avoir été brûlés et réduits en charbon, et qu’on conduira à une rivière à la porte du Paradis. »

— L’imam Aḥmad ibn Ḥanbal, hanbalite · Uṣūl as-Sunna, dans al-Lālakāʾī, t. I, p. 178 · أحمد بن حنبل، أصول السنة، في: اللالكائي، ١/١٧٨

والصراط حق، والميزان حق، له كفتان، توزن فيه أعمال العباد حسنها وسيئها حق. والحوض المكرم به نبينا حق، والشفاعة حق، والبعث من بعد الموت حق.

« Le pont est vérité ; la balance est vérité : elle a deux plateaux, et l’on y pèse les actes des serviteurs, bons et mauvais, c’est une vérité. Le bassin dont notre Prophète est honoré est vérité ; l’intercession est vérité ; la résurrection après la mort est vérité. »

— Abū Zurʿa et Abū Ḥātim ar-Rāzī, gens du hadith · dans al-Lālakāʾī, n° 321, t. I, p. 199 · الرازيان، في: اللالكائي، ١/١٩٩

ونؤمن بالكرام الكاتبين، فإن الله قد جعلهم علينا حافظين، ونؤمن بملك الموت الموكل بقبض أرواح العالمين، وبعذاب القبر لمن كان له أهلا، وسؤال منكر ونكير في قبره عن ربه ودينه ونبيه \[…\] والقبر روضة من رياض الجنة، أو حفرة من حفر النيران.

« Nous croyons aux nobles scribes, qu’Allah a établis comme gardiens sur nous ; à l’ange de la mort chargé de saisir les âmes des mondes ; au châtiment de la tombe pour qui le mérite, et à l’interrogatoire de Munkar et Nakīr dans la tombe sur son Seigneur, sa religion et son prophète \[…\]. La tombe est un jardin parmi les jardins du Paradis ou une fosse parmi les fosses du Feu. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ونؤمن بالبعث وجزاء الأعمال يوم القيامة والعرض والحساب وقراءة الكتاب والثواب والعقاب، والصراط والميزان.

« Nous croyons à la résurrection, à la rétribution des actes au Jour de la Résurrection, à la présentation, au compte, à la lecture du registre, à la récompense et au châtiment, au pont et à la balance. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

والحوض الذي أكرمه الله تعالى به غياثا لأمته حق، والشفاعة التي ادخرها لهم حق، كما روي في الأخبار.

« Le bassin dont Allah l’a honoré pour secourir sa communauté est vérité, et l’intercession qu’il a réservée pour eux est vérité, comme le rapportent les hadiths. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

وفي دعاء الأحياء وصدقاتهم منفعة للأموات.

« Dans l’invocation des vivants et leurs aumônes, il y a un profit pour les morts. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

والإيمان بالميزان يوم القيامة، يوزن فيه الخير والشر، له كفتان وله لسان \[…\] والإيمان بشفاعة رسول الله ﷺ للمذنبين الخاطئين يوم القيامة، وعلى الصراط، ويخرجهم من جوف جهنم، وما من نبي إلا وله شفاعة، وكذلك الصديقون والشهداء والصالحون \[…\] والإيمان بالصراط على جهنم.

« Et la foi en la balance au Jour de la Résurrection : on y pèse le bien et le mal ; elle a deux plateaux et une aiguille \[…\]. Et la foi en l’intercession du Messager d’Allah ﷺ pour les pécheurs fautifs au Jour de la Résurrection et sur le pont ; il les fera sortir du fond de la Géhenne. Tout prophète a une intercession, de même les véridiques, les martyrs et les vertueux \[…\]. Et la foi au pont tendu sur la Géhenne. »

— Al-Barbahārī, hanbalite · Sharḥ as-Sunna, dans Ṭabaqāt al-ḥanābila, t. II, p. 20 · البربهاري، في: طبقات الحنابلة، ٢/٢٠

وأن الصراط حق، يجوزه العباد بقدر أعمالهم \[…\] والإيمان بحوض رسول الله ﷺ، ترده أمته، لا يظمأ من شرب منه، ويذاد عنه من بدل وغير.

« Le pont est vérité : les serviteurs le franchissent selon leurs actes \[…\]. Et la foi au bassin du Messager d’Allah ﷺ : sa communauté y viendra ; celui qui en boit n’aura plus soif, et en sera repoussé celui qui a changé et altéré la religion. »

— Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, malikite · ar-Risāla, p. 8 · ابن أبي زيد القيرواني، الرسالة، ص ٨

وأن المؤمنين يفتنون في قبورهم ويسألون، ﴿يُثَبِّتُ اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا بِالْقَوْلِ الثَّابِتِ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَفِي الْآخِرَةِ﴾.

« Les croyants sont éprouvés dans leurs tombes et interrogés : “Allah affermit les croyants par la parole ferme, dans la vie d’ici-bas et dans l’au-delà”. »

— Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, malikite · ar-Risāla, p. 9 · ابن أبي زيد القيرواني، الرسالة، ص ٩

وعذاب القبر ونعيمه حق، وقد استعاذ النبي ﷺ منه، وأمر به في كل صلاة. وفتنة القبر حق، وسؤال منكر ونكير حق، والبعث بعد الموت حق \[…\] ويشفع نبينا ﷺ فيمن دخل النار من أمته من أهل الكبائر \[…\] ولا تنفع الكافر شفاعة الشافعين.

« Le châtiment de la tombe et sa félicité sont vérité : le Prophète ﷺ a demandé protection contre le châtiment et l’a ordonné dans chaque prière. L’épreuve de la tombe est vérité, l’interrogatoire de Munkar et Nakīr est vérité, la résurrection après la mort est vérité \[…\]. Notre Prophète ﷺ intercédera pour ceux de sa communauté, auteurs de grands péchés, qui seront entrés dans le Feu \[…\]. L’intercession des intercesseurs ne profitera pas au mécréant. »

— Ibn Qudāma al-Maqdisī, hanbalite · Lumʿat al-iʿtiqād · ابن قدامة، لمعة الاعتقاد

وفي عرصات القيامة الحوض المورود للنبي ﷺ، ماؤه أشد بياضا من اللبن، وأحلى من العسل، آنيته عدد نجوم السماء، طوله شهر وعرضه شهر، من يشرب منه شربة لا يظمأ بعدها أبدا. والصراط منصوب على متن جهنم، وهو الجسر الذي بين الجنة والنار.

« Dans les plaines de la Résurrection se trouve le bassin du Prophète ﷺ où l’on vient s’abreuver : son eau est plus blanche que le lait et plus douce que le miel ; ses coupes sont aussi nombreuses que les étoiles du ciel ; sa longueur est d’un mois et sa largeur d’un mois ; qui en boit une gorgée n’aura plus jamais soif. Le pont est dressé au-dessus de la Géhenne : c’est la passerelle entre le Paradis et le Feu. »

— Ibn Taymiyya, hanbalite · al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya, section du Jour dernier · ابن تيمية، العقيدة الواسطية

À retenir

Les textes réunis ici affirment l’épreuve et le châtiment de la tombe, la balance réelle, le pont, le bassin et l’intercession du Prophète ﷺ pour les auteurs de grands péchés de sa communauté. Ces points étaient niés par les muʿtazilites et les jahmites. Aṭ-Ṭaḥāwī ajoute que l’invocation et l’aumône des vivants profitent aux morts, ce que confirme le hadith de l’aumône continue.

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Chapitre XI — Le Paradis et l’Enfer

Le Paradis et le Feu sont déjà créés, existent aujourd’hui et ne périront jamais.

Le fondement dans le Coran et la Sunna

وَسَارِعُوا إِلَىٰ مَغْفِرَةٍ مِّن رَّبِّكُمْ وَجَنَّةٍ عَرْضُهَا السَّمَاوَاتُ وَالْأَرْضُ أُعِدَّتْ لِلْمُتَّقِينَ

« Hâtez-vous vers un pardon de votre Seigneur et vers un Paradis large comme les cieux et la terre, préparé pour les pieux. »

— Coran, sourate Āl ʿImrān (3), verset 133 · سورة آل عمران

وَاتَّقُوا النَّارَ الَّتِي أُعِدَّتْ لِلْكَافِرِينَ

« Et craignez le Feu qui a été préparé pour les mécréants. »

— Coran, sourate Āl ʿImrān (3), verset 131 · سورة آل عمران

Le verbe « a été préparé » est au passé dans les deux versets : les imams en ont tiré que le Paradis et le Feu existent déjà.

إِنَّ الْمُجْرِمِينَ فِي عَذَابِ جَهَنَّمَ خَالِدُونَ

« Les criminels demeureront éternellement dans le châtiment de la Géhenne. »

— Coran, sourate az-Zukhruf (43), verset 74 · سورة الزخرف

يؤتى بالموت في صورة كبش أملح، فيذبح بين الجنة والنار، ثم يقال: يا أهل الجنة خلود فلا موت، ويا أهل النار خلود فلا موت.

« On amènera la mort sous la forme d’un bélier gris et on l’égorgera entre le Paradis et le Feu. Puis on dira : “Gens du Paradis, éternité, et plus de mort ! Gens du Feu, éternité, et plus de mort !” »

— Hadith d’Abū Saʿīd al-Khudrī, rapporté par al-Bukhārī (n° 4730) et Muslim (n° 2849) · حديث أبي سعيد الخدري، رواه البخاري ومسلم

La parole des imams

والجنة والنار مخلوقتان، قد خلقتا كما جاء عن رسول الله ﷺ \[…\] فمن زعم أنهما لم تخلقا فهو مكذب بالقرآن وأحاديث رسول الله ﷺ، ولا أحسبه يؤمن بالجنة والنار.

« Le Paradis et le Feu sont créés ; ils l’ont déjà été, comme il est rapporté du Messager d’Allah ﷺ \[…\]. Celui qui prétend qu’ils n’ont pas été créés dément le Coran et les hadiths du Messager d’Allah ﷺ, et je ne pense pas qu’il croie au Paradis et au Feu. »

— L’imam Aḥmad ibn Ḥanbal, hanbalite · Uṣūl as-Sunna, dans al-Lālakāʾī, t. I, p. 184 · أحمد بن حنبل، أصول السنة، في: اللالكائي، ١/١٨٤

وأهل الجنة يومئذ في الجنة يتنعمون، وبصنوف اللذات يتلذذون، وبأفضل الكرامات يحبرون.

« Les gens du Paradis seront alors dans le Paradis, comblés de bienfaits ; ils jouiront de toutes sortes de délices et seront réjouis par les meilleurs honneurs. »

— Al-Muzanī, chafiite · Sharḥ as-Sunna, éd. Jamāl ʿAzzūn, p. 82 · المزني، شرح السنة، ص ٨٢

والجنة حق، والنار حق، وهما مخلوقان لا يفنيان أبدا، والجنة ثواب لأوليائه، والنار عقاب لأهل معصيته، إلا من رحم الله عز وجل.

« Le Paradis est vérité et le Feu est vérité ; ils sont créés et ne périront jamais. Le Paradis est la récompense de Ses alliés, et le Feu le châtiment de ceux qui Lui désobéissent, sauf ceux à qui Allah fait miséricorde. »

— Abū Zurʿa et Abū Ḥātim ar-Rāzī, gens du hadith · dans al-Lālakāʾī, n° 321, t. I, p. 199 · الرازيان، في: اللالكائي، ١/١٩٩

والجنة والنار مخلوقتان، لا تفنيان أبدا ولا تبيدان، وأن الله تعالى خلق الجنة والنار قبل الخلق، وخلق لهما أهلا، فمن شاء منهم إلى الجنة فضلا منه، ومن شاء منهم إلى النار عدلا منه.

« Le Paradis et le Feu sont créés ; ils ne s’éteindront jamais ni ne disparaîtront. Allah a créé le Paradis et le Feu avant la création, et Il a créé pour chacun ses gens : ceux qu’Il veut iront au Paradis par Sa grâce, et ceux qu’Il veut iront au Feu par Sa justice. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

والإيمان بالجنة والنار أنهما مخلوقتان \[…\] لا يفنيان أبدا، بقاؤهما مع بقاء الله أبد الآبدين ودهر الداهرين. وآدم عليه السلام كان في الجنة الباقية المخلوقة، فأخرج منها بعدما عصى الله عز وجل.

« Et la foi que le Paradis et le Feu sont créés \[…\] ; ils ne périront jamais : leur durée accompagne l’éternité qu’Allah leur donne, pour l’éternité des éternités. Adam, sur lui la paix, était dans le Paradis créé et permanent, et il en fut sorti après avoir désobéi à Allah. »

— Al-Barbahārī, hanbalite · Sharḥ as-Sunna, dans Ṭabaqāt al-ḥanābila, t. II, p. 20 · البربهاري، في: طبقات الحنابلة، ٢/٢٠

وأن الله سبحانه قد خلق الجنة فأعدها دار خلود لأوليائه \[…\] وهي التي أهبط منها آدم نبيه وخليفته إلى أرضه بما سبق في سابق علمه، وخلق النار فأعدها دار خلود لمن كفر به، وألحد في آياته وكتبه ورسله.

« Allah, gloire à Lui, a créé le Paradis et l’a préparé comme demeure éternelle pour Ses alliés \[…\]. C’est de lui qu’Il a fait descendre Adam, Son prophète et Son lieutenant, vers Sa terre, selon ce qui avait précédé dans Sa science. Il a créé le Feu et l’a préparé comme demeure éternelle pour qui L’a renié et a dévié au sujet de Ses signes, de Ses Livres et de Ses messagers. »

— Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, malikite · ar-Risāla, p. 7 · ابن أبي زيد القيرواني، الرسالة، ص ٧

والجنة والنار مخلوقتان لا تفنيان، فالجنة مأوى أوليائه، والنار عقاب لأعدائه، وأهل الجنة فيها مخلدون.

« Le Paradis et le Feu sont créés et ne périront pas. Le Paradis est le refuge de Ses alliés, le Feu le châtiment de Ses ennemis ; les gens du Paradis y demeurent éternellement. »

— Ibn Qudāma al-Maqdisī, hanbalite · Lumʿat al-iʿtiqād · ابن قدامة، لمعة الاعتقاد

À retenir

L’existence actuelle du Paradis et du Feu est un marqueur de la Sunna : l’imam Aḥmad considère que la nier revient à démentir le Coran, et al-Barbahārī en tire une conséquence précise, que le Paradis d’Adam était bien le Paradis permanent. Aṭ-Ṭaḥāwī, les deux Rāzī, al-Barbahārī, Ibn Abī Zayd et Ibn Qudāma affirment en outre que ni l’un ni l’autre ne périra.

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Chapitre XII — Les Compagnons, la famille du Prophète et les mères des croyants

On aime les Compagnons sans excès ni rejet, on se tait sur leurs différends, et l’ordre des quatre califes bien guidés est reconnu.

Le fondement dans le Coran et la Sunna

وَالسَّابِقُونَ الْأَوَّلُونَ مِنَ الْمُهَاجِرِينَ وَالْأَنصَارِ وَالَّذِينَ اتَّبَعُوهُم بِإِحْسَانٍ رَّضِيَ اللَّهُ عَنْهُمْ وَرَضُوا عَنْهُ

« Les tout premiers devanciers parmi les Émigrés et les Auxiliaires, et ceux qui les ont suivis dans le bien : Allah les agrée et ils L’agréent. »

— Coran, sourate at-Tawba (9), verset 100 · سورة التوبة

وَالَّذِينَ جَاءُوا مِن بَعْدِهِمْ يَقُولُونَ رَبَّنَا اغْفِرْ لَنَا وَلِإِخْوَانِنَا الَّذِينَ سَبَقُونَا بِالْإِيمَانِ وَلَا تَجْعَلْ فِي قُلُوبِنَا غِلًّا لِّلَّذِينَ آمَنُوا

« Et ceux qui sont venus après eux disent : “Seigneur, pardonne-nous, ainsi qu’à nos frères qui nous ont précédés dans la foi, et ne mets pas dans nos cœurs de rancune envers les croyants.” »

— Coran, sourate al-Ḥashr (59), verset 10 · سورة الحشر

C’est le verset que citent les deux Rāzī pour fonder la retenue à l’égard des Compagnons.

لا تسبوا أصحابي، فلو أن أحدكم أنفق مثل أحد ذهبا ما بلغ مد أحدهم ولا نصيفه.

« N’insultez pas mes Compagnons : si l’un de vous dépensait l’équivalent du mont Uḥud en or, il n’atteindrait pas la mesure d’un seul d’entre eux, ni même la moitié. »

— Hadith d’Abū Saʿīd al-Khudrī, rapporté par al-Bukhārī (n° 3673) et Muslim (n° 2540) · حديث أبي سعيد الخدري، رواه البخاري ومسلم

La parole des imams

أفضل الناس بعده عليه الصلاة والسلام أبو بكر الصديق، ثم عمر بن الخطاب، ثم عثمان بن عفان، ثم علي بن أبي طالب رضي الله عنهم أجمعين.

« Les meilleurs des gens après lui, sur lui la prière et la paix, sont Abū Bakr as-Ṣiddīq, puis ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, puis ʿUthmān ibn ʿAffān, puis ʿAlī ibn Abī Ṭālib, qu’Allah les agrée tous. »

— Attribué à Abū Ḥanīfa, hanafite · al-Fiqh al-akbar · أبو حنيفة، الفقه الأكبر

ويقال بفضل خليفة رسول الله ﷺ أبي بكر الصديق رضي الله عنه، فهو أفضل الخلق وأخيرهم بعد النبي ﷺ، ونثني بعده بالفاروق، وهو عمر بن الخطاب رضي الله عنه، فهما وزيرا رسول الله ﷺ، وضجيعاه في قبره، وجليساه في الجنة، ونثلث بذي النورين.

« On affirme le mérite du calife du Messager d’Allah ﷺ, Abū Bakr as-Ṣiddīq : il est la meilleure et la plus excellente des créatures après le Prophète ﷺ. Nous plaçons en deuxième le Discernant, ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb. Tous deux sont les ministres du Messager d’Allah ﷺ, ses compagnons de tombe et ses compagnons d’assemblée au Paradis. Nous plaçons en troisième celui aux deux lumières, ʿUthmān. »

— Al-Muzanī, chafiite · Sharḥ as-Sunna, éd. Jamāl ʿAzzūn, p. 85 · المزني، شرح السنة، ص ٨٥

وخير هذه الأمة بعد نبيها عليه الصلاة والسلام أبو بكر الصديق، ثم عمر بن الخطاب، ثم عثمان بن عفان، ثم علي بن أبي طالب عليهم السلام، وهم الخلفاء الراشدون المهديون، وأن العشرة الذين سماهم رسول الله ﷺ وشهد لهم بالجنة على ما شهد به رسول الله ﷺ، وقوله الحق، والترحم على جميع أصحاب محمد ﷺ، والكف عما شجر بينهم.

« Les meilleurs de cette communauté après son Prophète sont Abū Bakr as-Ṣiddīq, puis ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, puis ʿUthmān ibn ʿAffān, puis ʿAlī ibn Abī Ṭālib : ce sont les califes bien guidés. Nous attestons le Paradis pour les dix que le Messager d’Allah ﷺ a nommés, comme il l’a attesté, et sa parole est vérité. Nous demandons la miséricorde pour tous les Compagnons de Muḥammad ﷺ et nous abstenons de juger leurs différends. »

— Abū Zurʿa et Abū Ḥātim ar-Rāzī, gens du hadith · dans al-Lālakāʾī, n° 321, t. I, p. 198 · الرازيان، في: اللالكائي، ١/١٩٨

ونحب أصحاب رسول الله ﷺ، ولا نفرط في حب أحد منهم، ولا نتبرأ من أحد منهم، ونبغض من يبغضهم وبغير الخير يذكرهم، ولا نذكرهم إلا بخير، وحبهم دين وإيمان وإحسان، وبغضهم كفر ونفاق وطغيان.

« Nous aimons les Compagnons du Messager d’Allah ﷺ : nous n’avons d’excès dans l’amour d’aucun d’eux, et nous ne nous désolidarisons d’aucun d’eux. Nous détestons celui qui les déteste et qui en parle en mal, et nous n’en parlons qu’en bien. Les aimer est religion, foi et bienfaisance ; les détester est mécréance, hypocrisie et transgression. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ونثبت الخلافة بعد رسول الله ﷺ أولا لأبي بكر الصديق رضي الله عنه تفضيلا له وتقديما على جميع الأمة، ثم لعمر بن الخطاب، ثم لعثمان، ثم لعلي بن أبي طالب رضي الله عنهم، وهم الخلفاء الراشدون والأئمة المهتدون.

« Nous affirmons le califat après le Messager d’Allah ﷺ d’abord pour Abū Bakr as-Ṣiddīq, en reconnaissance de son mérite et de sa préséance sur toute la communauté, puis pour ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, puis pour ʿUthmān, puis pour ʿAlī ibn Abī Ṭālib : ce sont les califes bien guidés et les imams bien dirigés. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ومن أحسن القول في أصحاب رسول الله ﷺ، وأزواجه الطاهرات من كل دنس، وذرياته المقدسين من كل رجس، فقد برئ من النفاق.

« Celui qui parle en bien des Compagnons du Messager d’Allah ﷺ, de ses épouses pures de toute souillure et de sa descendance préservée de toute impureté, celui-là est quitte de l’hypocrisie. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ونترحم على جميع أصحاب النبي ﷺ، ولا نسب أحدا منهم، لقوله عز وجل: ﴿وَالَّذِينَ جَاءُوا مِنْ بَعْدِهِمْ يَقُولُونَ رَبَّنَا اغْفِرْ لَنَا وَلِإِخْوَانِنَا الَّذِينَ سَبَقُونَا بِالْإِيمَانِ﴾.

« Nous demandons la miséricorde pour tous les Compagnons du Prophète ﷺ et nous n’insultons aucun d’eux, conformément à la parole d’Allah : “Et ceux qui sont venus après eux disent : Seigneur, pardonne-nous, ainsi qu’à nos frères qui nous ont précédés dans la foi.” »

— Abū Ḥātim ar-Rāzī, gens du hadith · dans al-Lālakāʾī, n° 323, t. I, p. 203 · أبو حاتم الرازي، في: اللالكائي، ١/٢٠٣

وعلماء السلف من السابقين، ومن بعدهم من التابعين، أهل الخير والأثر، وأهل الفقه والنظر، لا يذكرون إلا بالجميل، ومن ذكرهم بسوء فهو على غير السبيل.

« Les savants des prédécesseurs parmi les devanciers, et ceux qui les ont suivis parmi les Suivants — gens du bien et des traditions, gens du droit et de la réflexion — ne sont mentionnés qu’en bien. Celui qui en parle en mal n’est pas sur la voie. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ومن أصول أهل السنة والجماعة سلامة قلوبهم وألسنتهم لأصحاب رسول الله ﷺ \[…\] ويمسكون عما شجر بين الصحابة \[…\] ويحبون أهل بيت رسول الله ﷺ، ويتولونهم، ويحفظون فيهم وصية رسول الله ﷺ \[…\] ويتولون أزواج رسول الله ﷺ أمهات المؤمنين.

« Parmi les fondements des gens de la Sunna et de la Communauté : la pureté de leurs cœurs et de leurs langues à l’égard des Compagnons du Messager d’Allah ﷺ \[…\]. Ils s’abstiennent de juger ce qui est survenu entre les Compagnons \[…\]. Ils aiment les gens de la maison du Messager d’Allah ﷺ, leur sont attachés et gardent à leur égard la recommandation du Messager d’Allah ﷺ \[…\]. Ils sont attachés aux épouses du Messager d’Allah ﷺ, les mères des croyants. »

— Ibn Taymiyya, hanbalite · al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya, section des Compagnons · ابن تيمية، العقيدة الواسطية

À retenir

Les textes réunis ici font de l’amour des Compagnons une part de la religion et interdisent de les insulter. Deux équilibres s’y lisent : ni excès ni désaveu, et l’amour de la famille du Prophète ﷺ joint à celui de ses épouses. C’est la double réponse aux rāfiḍites, qui rejettent les Compagnons, et à ceux qui s’en prennent à la famille du Prophète ﷺ.

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Chapitre XIII — Les gouvernants et la communauté

On obéit aux détenteurs de l’autorité dans ce qui agrée Allah, on ne se soulève pas contre eux même s’ils sont injustes, et on n’obéit pas dans la désobéissance à Allah.

Le fondement dans le Coran et la Sunna

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا أَطِيعُوا اللَّهَ وَأَطِيعُوا الرَّسُولَ وَأُولِي الْأَمْرِ مِنكُمْ

« Ô vous qui croyez, obéissez à Allah, obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité. »

— Coran, sourate an-Nisāʾ (4), verset 59 · سورة النساء

لا طاعة لمخلوق في معصية الخالق.

« Il n’y a pas d’obéissance à une créature dans la désobéissance au Créateur. »

— Hadith de ʿAlī ibn Abī Ṭālib, rapporté par Aḥmad (n° 1095) et authentifié par les savants du hadith · حديث علي بن أبي طالب، رواه أحمد

من كره من أميره شيئا فليصبر عليه، فإنه من خرج من السلطان شبرا مات ميتة جاهلية.

« Celui qui déteste quelque chose chez son gouverneur, qu’il patiente : celui qui se sépare de l’autorité ne serait-ce que d’un empan meurt de la mort de l’ignorance païenne. »

— Hadith d’Ibn ʿAbbās, rapporté par al-Bukhārī (n° 7053) et Muslim (n° 1849) · حديث ابن عباس، رواه البخاري ومسلم

La parole des imams

والطاعة لأولي الأمر فيما كان عند الله عز وجل مرضيا، واجتناب ما كان عند الله مسخطا، وترك الخروج عند تعديهم وجورهم، والتوبة إلى الله عز وجل كيما يعطف بهم على رعيتهم.

« Obéir à ceux qui détiennent l’autorité en ce qui agrée Allah, et éviter ce qui Le courrouce ; ne pas se soulever contre eux lorsqu’ils outrepassent leurs droits et sont injustes, et se repentir auprès d’Allah afin qu’Il les rende bienveillants envers leurs sujets. »

— Al-Muzanī, chafiite · Sharḥ as-Sunna, éd. Jamāl ʿAzzūn, p. 84 · المزني، شرح السنة، ص ٨٤

Al-Muzanī rattache l’injustice des gouvernants aux péchés des gouvernés : la réponse qu’il prescrit est le repentir, non la révolte.

ونقيم فرض الجهاد والحج مع أئمة المسلمين في كل دهر وزمان، ولا نرى الخروج على الأئمة ولا القتال في الفتنة، ونسمع ونطيع لمن ولاه الله عز وجل أمرنا، ولا ننزع يدا من طاعة، ونتبع السنة والجماعة، ونجتنب الشذوذ والخلاف والفرقة.

« Nous accomplissons l’obligation du jihād et du pèlerinage avec les imams des musulmans, en tout temps et à toute époque. Nous ne voyons pas légitime le soulèvement contre les imams, ni le combat dans les troubles. Nous écoutons et obéissons à celui qu’Allah a chargé de nos affaires, sans retirer notre main de l’obéissance. Nous suivons la Sunna et la Communauté, et évitons l’opinion isolée, la dissension et la division. »

— Abū Zurʿa et Abū Ḥātim ar-Rāzī, gens du hadith · dans al-Lālakāʾī, n° 321, t. I, p. 199 · الرازيان، في: اللالكائي، ١/١٩٩

ولا نرى الخروج على أئمتنا وولاة أمورنا وإن جاروا، ولا ندعو عليهم، ولا ننزع يدا من طاعتهم، ونرى طاعتهم من طاعة الله عز وجل فريضة ما لم يأمروا بمعصية، وندعو لهم بالصلاح والمعافاة.

« Nous ne voyons pas légitime le soulèvement contre nos imams et ceux qui détiennent l’autorité, même s’ils sont injustes ; nous n’invoquons pas contre eux et ne retirons pas notre main de leur obéissance. Nous considérons que leur obéir fait partie de l’obéissance à Allah et est une obligation, tant qu’ils n’ordonnent pas une désobéissance ; et nous invoquons pour eux la droiture et le bien-être. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

La réserve « tant qu’ils n’ordonnent pas une désobéissance » est la limite que posent tous les textes du corpus : l’obéissance ne porte jamais sur le péché.

ولا نرى السيف على أحد من أمة محمد ﷺ إلا من وجب عليه السيف.

« Nous ne voyons pas légitime le glaive contre quiconque de la communauté de Muḥammad ﷺ, sauf contre celui qui l’a mérité. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ونحب أهل العدل والأمانة، ونبغض أهل الجور والخيانة.

« Nous aimons les gens de justice et de loyauté, et nous détestons les gens d’injustice et de trahison. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

L’interdiction de se soulever ne supprime donc pas le jugement sur l’injustice : on la déteste sans prendre les armes.

والطاعة لأئمة المسلمين من ولاة أمورهم وعلمائهم.

« L’obéissance aux imams des musulmans, ceux qui détiennent l’autorité et leurs savants. »

— Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, malikite · ar-Risāla, p. 9 · ابن أبي زيد القيرواني، الرسالة، ص ٩

ويرون إقامة الحج والجهاد والجمع والأعياد مع الأمراء أبرارا كانوا أو فجارا، ويحافظون على الجماعات، ويدينون بالنصيحة للأمة.

« Ils accomplissent le pèlerinage, le jihād, les prières du vendredi et des fêtes avec les gouvernants, qu’ils soient pieux ou pervers ; ils préservent les prières en commun et tiennent pour religion le conseil sincère envers la communauté. »

— Ibn Taymiyya, hanbalite · al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya, section de la méthode · ابن تيمية، العقيدة الواسطية

À retenir

Les auteurs du corpus distinguent deux choses : le jugement porté sur l’injustice d’un gouvernant, qu’ils ne nient pas, et la réponse à y apporter, qui n’est pas la révolte armée. Al-Muzanī et aṭ-Ṭaḥāwī prescrivent le repentir et l’invocation ; aṭ-Ṭaḥāwī et Ibn Taymiyya maintiennent les actes collectifs — pèlerinage, prière du vendredi, fêtes — derrière l’autorité en place. Ces textes ont été écrits sous des pouvoirs que leurs auteurs jugeaient souvent injustes, et parfois par des hommes qui en avaient subi la prison.

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Chapitre XIV — Les saints, leurs prodiges et les signes de l’Heure

Les prodiges des saints sont réels, mais aucun saint ne dépasse un prophète. Les signes de l’Heure annoncés sont vérité, et nul ne connaît l’invisible hormis Allah.

Le fondement dans le Coran et la Sunna

أَلَا إِنَّ أَوْلِيَاءَ اللَّهِ لَا خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلَا هُمْ يَحْزَنُونَ ۝ الَّذِينَ آمَنُوا وَكَانُوا يَتَّقُونَ

« En vérité, les alliés d’Allah n’éprouveront ni crainte ni tristesse : ceux qui ont cru et qui étaient pieux. »

— Coran, sourate Yūnus (10), versets 62-63 · سورة يونس

Le verset définit le saint (walī) par deux choses seulement : la foi et la piété.

وَعِندَهُ مَفَاتِحُ الْغَيْبِ لَا يَعْلَمُهَا إِلَّا هُوَ

« Il détient les clés de l’invisible : nul ne les connaît hormis Lui. »

— Coran, sourate al-Anʿām (6), verset 59 · سورة الأنعام

كُلَّمَا دَخَلَ عَلَيْهَا زَكَرِيَّا الْمِحْرَابَ وَجَدَ عِندَهَا رِزْقًا

« Chaque fois que Zakariyyā entrait auprès d’elle dans le sanctuaire, il trouvait auprès d’elle une subsistance. »

— Coran, sourate Āl ʿImrān (3), verset 37 · سورة آل عمران

C’est le prodige accordé à Maryam, que les savants citent comme preuve des prodiges des saints.

من أتى عرافا فسأله عن شيء لم تقبل له صلاة أربعين ليلة.

« Celui qui se rend chez un devin et l’interroge sur quelque chose, sa prière n’est pas acceptée pendant quarante nuits. »

— Hadith de Ṣafiyya, rapporté par Muslim (n° 2230) · حديث صفية، رواه مسلم

La parole des imams

ولا نفضل أحدا من الأولياء على أحد من الأنبياء عليهم السلام، ونقول: نبي واحد أفضل من جميع الأولياء. ونؤمن بما جاء من كراماتهم وصح عن الثقات من رواياتهم.

« Nous ne plaçons aucun saint au-dessus d’aucun prophète, sur eux la paix, et nous disons : un seul prophète est meilleur que l’ensemble des saints. Nous croyons à ce qui est rapporté de leurs prodiges et qui est authentiquement transmis par des rapporteurs dignes de confiance. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ونؤمن بأشراط الساعة: من خروج الدجال، ونزول عيسى ابن مريم عليه السلام من السماء، ونؤمن بطلوع الشمس من مغربها، وخروج دابة الأرض من موضعها.

« Nous croyons aux signes de l’Heure : la sortie de l’Antéchrist, la descente de ʿĪsā fils de Maryam, sur lui la paix, depuis le ciel ; nous croyons au lever du soleil de son couchant et à la sortie de la Bête de la terre de son lieu. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ولا نصدق كاهنا ولا عرافا، ولا من يدعي شيئا يخالف الكتاب والسنة وإجماع الأمة.

« Nous ne croyons ni un devin, ni un diseur de bonne aventure, ni quiconque prétend quoi que ce soit qui contredise le Livre, la Sunna et le consensus de la communauté. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

لأن العلم علمان: علم في الخلق موجود، وعلم في الخلق مفقود، فإنكار العلم الموجود كفر، وادعاء العلم المفقود كفر.

« La science est de deux sortes : une connaissance accessible aux créatures, et une connaissance qui leur échappe. Nier la première est mécréance, et prétendre détenir la seconde est mécréance. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

Le texte arabe oppose ʿilm mawjūd et ʿilm mafqūd, littéralement « science présente » et « science absente ». La seconde est la connaissance de l’invisible, réservée à Allah : c’est elle que s’attribuent les devins.

ومن أصول أهل السنة والجماعة التصديق بكرامات الأولياء، وما يجري الله على أيديهم من خوارق العادات في أنواع العلوم والمكاشفات، وأنواع القدرة والتأثيرات.

« Parmi les fondements des gens de la Sunna et de la Communauté : croire aux prodiges des saints et à ce qu’Allah fait s’accomplir par leurs mains, hors du cours ordinaire des choses, en fait de connaissances, de dévoilements, de capacités et d’effets. »

— Ibn Taymiyya, hanbalite · al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya, section des prodiges · ابن تيمية، العقيدة الواسطية

À retenir

Le corpus tient trois affirmations ensemble : les prodiges des saints sont réels, le moindre prophète vaut mieux que tous les saints, et la connaissance de l’invisible reste à Allah seul. C’est la réponse, d’un côté aux muʿtazilites qui niaient ces prodiges, de l’autre aux excès de ceux qui élèvent les saints au-dessus des prophètes ou leur prêtent la science de l’invisible. Aṭ-Ṭaḥāwī est, de tout le corpus, celui qui traite ces questions le plus complètement.

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Chapitre XV — Les pratiques devenues signes de la Sunna

Certaines questions de jurisprudence figurent dans ces traités de croyance parce que des groupes les avaient rejetées : l’essuyage sur les khuffs, la prière derrière tout imam de la qibla, le pèlerinage et le jihād avec les gouvernants, le raccourcissement de la prière en voyage. Les affirmer, c’était se distinguer des rāfiḍites et des khārijites.

Le fondement dans la Sunna

رأيت رسول الله ﷺ توضأ ومسح على الخفين.

« J’ai vu le Messager d’Allah ﷺ faire ses ablutions et essuyer sur les khuffs. »

— Hadith de al-Mughīra ibn Shuʿba, rapporté par al-Bukhārī (n° 203) et Muslim (n° 274) · حديث المغيرة بن شعبة، رواه البخاري ومسلم

صلوا خلف من قال لا إله إلا الله.

« Priez derrière celui qui dit : il n’y a de divinité qu’Allah. »

— Rapporté par ad-Dāraquṭnī ; le sens en est établi par la pratique des Compagnons, qui priaient derrière les gouvernants de leur temps · رواه الدارقطني

صدقة تصدق الله بها عليكم، فاقبلوا صدقته.

« C’est une aumône qu’Allah vous a faite : acceptez donc Son aumône. »

— Hadith de ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, sur le raccourcissement de la prière en voyage, rapporté par Muslim (n° 686) · حديث عمر بن الخطاب، رواه مسلم

La parole des imams

ونرى المسح على الخفين في السفر والحضر، كما جاء في الأثر.

« Nous tenons pour valide l’essuyage sur les khuffs, en voyage comme en résidence, conformément à ce qui est venu dans les traditions. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

والحج والجهاد ماضيان مع أولي الأمر من المسلمين برهم وفاجرهم إلى قيام الساعة، لا يبطلهما شيء ولا ينقضهما.

« Le pèlerinage et le jihād demeurent en vigueur avec les détenteurs de l’autorité parmi les musulmans, qu’ils soient pieux ou pervers, jusqu’à l’avènement de l’Heure : rien ne les annule ni ne les abroge. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ونرى الصلاة خلف كل بر وفاجر من أهل القبلة وعلى من مات منهم.

« Nous tenons pour valide la prière derrière tout homme pieux ou pervers parmi les gens de la qibla, ainsi que la prière funéraire sur ceux d’entre eux qui meurent. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

وإقصار الصلاة في الأسفار، والاختيار فيه بين الصيام والإفطار في الأسفار: إن شاء صام وإن شاء أفطر.

« Raccourcir la prière en voyage, et le choix en voyage entre jeûner et rompre le jeûne : s’il veut il jeûne, s’il veut il rompt. »

— Al-Muzanī, chafiite · Sharḥ as-Sunna, éd. Jamāl ʿAzzūn, p. 89 · المزني، شرح السنة، ص ٨٩

ونقيم فرض الجهاد والحج مع أئمة المسلمين في كل دهر وزمان \[…\] ودفع الصدقات من السوائم إلى أولي الأمر من أئمة المسلمين.

« Nous accomplissons l’obligation du jihād et du pèlerinage avec les imams des musulmans, en tout temps et à toute époque \[…\], et nous remettons les aumônes prélevées sur le bétail aux détenteurs de l’autorité parmi les imams des musulmans. »

— Abū Zurʿa et Abū Ḥātim ar-Rāzī, gens du hadith · dans al-Lālakāʾī, n° 321, t. I, p. 199 · الرازيان، في: اللالكائي، ١/١٩٩

ونرى الصلاة والحج والجهاد مع الأئمة، ودفع صدقات المواشي إليهم.

« Nous tenons pour valides la prière, le pèlerinage et le jihād avec les imams, et la remise des aumônes du bétail entre leurs mains. »

— Abū Ḥātim ar-Rāzī, gens du hadith · dans al-Lālakāʾī, n° 323, t. I, p. 204 · أبو حاتم الرازي، في: اللالكائي، ١/٢٠٤

ويرون إقامة الحج والجهاد والجمع والأعياد مع الأمراء أبرارا كانوا أو فجارا.

« Ils accomplissent le pèlerinage, le jihād, les prières du vendredi et des fêtes avec les gouvernants, qu’ils soient pieux ou pervers. »

— Ibn Taymiyya, hanbalite · al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya · ابن تيمية، العقيدة الواسطية

À retenir

Ces points de pratique ne sont pas des hors-sujet dans des traités de croyance. Les rāfiḍites rejetaient l’essuyage sur les khuffs et refusaient de prier derrière les gouvernants de leur temps ; les khārijites tenaient le pécheur pour mécréant, donc son imāmat pour nul. Les affirmer revenait à marquer son appartenance à la jamāʿa plutôt qu’à un groupe séparé.

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Chapitre XVI — Le takfīr, l’innovation et l’attachement à la jamāʿa

On ne déclare pas mécréant un musulman pour un péché ; on remet les intentions à Allah ; on s’attache à la communauté et l’on évite l’innovation, la division et la polémique spéculative.

Le fondement dans le Coran et la Sunna

وَاعْتَصِمُوا بِحَبْلِ اللَّهِ جَمِيعًا وَلَا تَفَرَّقُوا

« Et attachez-vous tous ensemble au câble d’Allah, et ne vous divisez pas. »

— Coran, sourate Āl ʿImrān (3), verset 103 · سورة آل عمران

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا إِذَا ضَرَبْتُمْ فِي سَبِيلِ اللَّهِ فَتَبَيَّنُوا وَلَا تَقُولُوا لِمَنْ أَلْقَىٰ إِلَيْكُمُ السَّلَامَ لَسْتَ مُؤْمِنًا

« Ô vous qui croyez, quand vous partez en expédition dans le chemin d’Allah, vérifiez, et ne dites pas à celui qui vous adresse le salut : “Tu n’es pas croyant.” »

— Coran, sourate an-Nisāʾ (4), verset 94 · سورة النساء

أيما رجل قال لأخيه: يا كافر، فقد باء بها أحدهما.

« Tout homme qui dit à son frère : “Ô mécréant”, l’un des deux en revient chargé. »

— Hadith d’Ibn ʿUmar, rapporté par al-Bukhārī (n° 6104) et Muslim (n° 60) · حديث ابن عمر، رواه البخاري ومسلم

وإياكم ومحدثات الأمور، فإن كل محدثة بدعة، وكل بدعة ضلالة.

« Gardez-vous des choses nouvellement introduites, car toute nouveauté est une innovation, et toute innovation est un égarement. »

— Hadith de al-ʿIrbāḍ ibn Sāriya, rapporté par Abū Dāwūd (n° 4607) et at-Tirmidhī (n° 2676) · حديث العرباض بن سارية، رواه أبو داود والترمذي

La parole des imams

ولا نكفر أحدا من أهل القبلة بذنب ما لم يستحله، ولا نقول: لا يضر مع الإيمان ذنب لمن عمله.

« Nous ne déclarons mécréant aucun des gens de la qibla pour un péché, tant qu’il ne le tient pas pour licite ; et nous ne disons pas que le péché ne nuit pas à celui qui a la foi. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ولا ننزل أحدا منهم جنة ولا نارا، ولا نشهد عليهم بكفر ولا بشرك ولا بنفاق ما لم يظهر منهم شيء من ذلك، ونذر سرائرهم إلى الله تعالى.

« Nous n’assignons aucun d’eux au Paradis ni au Feu, et nous ne témoignons contre eux ni de mécréance, ni d’associationnisme, ni d’hypocrisie, tant que rien de cela n’apparaît d’eux : nous laissons leurs for intérieurs à Allah. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

ونرى الجماعة حقا وصوابا، والفرقة زيغا وعذابا.

« Nous tenons la Communauté pour la vérité et la justesse, et la division pour une déviation et un châtiment. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

وهو بين الغلو والتقصير، وبين التشبيه والتعطيل، وبين الجبر والقدر، وبين الأمن والإياس.

« \[Notre religion\] est entre l’excès et le manquement, entre l’assimilation et la négation des attributs, entre la contrainte et le libre décret, entre le sentiment de sécurité et le désespoir. »

— Abū Jaʿfar aṭ-Ṭaḥāwī, hanafite · al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya, conclusion · الطحاوي، العقيدة الطحاوية

Cette phrase résume tout le traité : quatre équilibres, chacun entre deux excès opposés.

ولا نكفر أهل القبلة بذنوبهم، ونكل أسرارهم إلى الله عز وجل.

« Nous ne déclarons pas mécréants les gens de la qibla pour leurs péchés, et nous remettons leurs secrets à Allah. »

— Abū Zurʿa et Abū Ḥātim ar-Rāzī, gens du hadith · dans al-Lālakāʾī, n° 321, t. I, p. 199 · الرازيان، في: اللالكائي، ١/١٩٩

وسمعت أبي وأبا زرعة يأمران بهجران أهل الزيغ والبدع، يغلظان في ذلك أشد التغليظ، وينكران وضع الكتب برأي في غير آثار، وينهيان عن مجالسة أهل الكلام، والنظر في كتب المتكلمين، ويقولان: لا يفلح صاحب كلام أبدا.

« J’ai entendu mon père et Abū Zurʿa ordonner de délaisser les gens de la déviation et des innovations, en insistant sur ce point avec la plus grande fermeté. Ils réprouvaient les livres composés par opinion, sans traditions, et interdisaient de fréquenter les gens du kalām et de lire les livres des théologiens spéculatifs. Ils disaient : “Le partisan du kalām ne réussira jamais.” »

— Ibn Abī Ḥātim, rapportant son père et Abū Zurʿa · dans al-Lālakāʾī, n° 322, t. I, p. 201 · ابن أبي حاتم، في: اللالكائي، ١/٢٠١

وعلامة أهل البدع الوقيعة في أهل الأثر.

« Le signe des gens de l’innovation est qu’ils s’en prennent aux gens des traditions. »

— Abū Ḥātim ar-Rāzī, gens du hadith · dans al-Lālakāʾī, n° 321, t. I, p. 200 · أبو حاتم الرازي، في: اللالكائي، ١/٢٠٠

والإمساك عن تكفير أهل القبلة، والبراءة منهم فيما أحدثوا، ما لم يبتدعوا ضلالا.

« S’abstenir de déclarer mécréants les gens de la qibla, tout en se désolidarisant de ce qu’ils ont introduit, tant qu’ils n’ont pas innové un égarement. »

— Al-Muzanī, chafiite · Sharḥ as-Sunna, éd. Jamāl ʿAzzūn, p. 84-85 · المزني، شرح السنة، ص ٨٤–٨٥

أصول السنة عندنا: التمسك بما كان عليه أصحاب رسول الله ﷺ والاقتداء بهم، وترك البدع، وكل بدعة فهي ضلالة.

« Les fondements de la Sunna, chez nous, sont : s’attacher à ce que suivaient les Compagnons du Messager d’Allah ﷺ et les prendre pour modèles ; délaisser les innovations, car toute innovation est un égarement. »

— L’imam Aḥmad ibn Ḥanbal, hanbalite · Uṣūl as-Sunna, dans al-Lālakāʾī, t. I, p. 175 · أحمد بن حنبل، أصول السنة، في: اللالكائي، ١/١٧٥

وترك المراء والجدال في الدين، وترك كل ما أحدثه المحدثون.

« L’abandon de la dispute et de la polémique en religion, et l’abandon de tout ce qu’ont innové les innovateurs. »

— Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, malikite · ar-Risāla, p. 9 · ابن أبي زيد القيرواني، الرسالة، ص ٩

À retenir

Les textes réunis ici posent la même règle : le péché ne fait pas sortir de l’islam, et le for intérieur appartient à Allah. Les imams des premiers siècles sont également sévères envers le kalām, non par mépris de la raison, mais parce qu’ils y voyaient la cause des divisions de leur époque. Entre le takfīr facile des khārijites et l’indifférence des murjiʾites, ils tracent une voie médiane que résume la dernière phrase d’aṭ-Ṭaḥāwī.

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Annexe 1 — Où chaque texte traite quel thème

Ce tableau indique dans quels chapitres chaque ouvrage est cité. Un texte absent d’un chapitre ne contredit pas les autres : il ne traite simplement pas ce point.

Chapitre Fiqh akbar Aḥmad Muzanī Rāzī Ṭaḥāwī Barbahārī Ibn Abī Zayd Ibn Abī Zamanīn Ṣābūnī Ibn Qudāma Ibn Taymiyya
I — Sources — oui oui oui oui oui oui oui oui oui oui
II — Unicité oui — oui — oui oui oui — — oui oui
III — Attributs oui oui — oui oui oui oui — oui oui oui
IV — Élévation — — oui oui oui oui oui oui oui oui oui
V — Coran — oui oui oui oui oui oui — — oui oui
VI — Vision oui oui oui oui oui oui oui — — oui oui
VII — Décret — oui oui oui oui oui oui — — oui oui
VIII — Foi — oui oui oui oui oui oui — — oui oui
IX — Prophètes — — oui — oui oui oui — — oui oui
X — Au-delà — oui — oui oui oui oui — — oui oui
XI — Paradis et Feu — oui oui oui oui oui oui — — oui —
XII — Compagnons oui — oui oui oui — — — — — oui
XIII — Gouvernants — — oui oui oui — oui — — — oui
XIV — Saints et Heure — — — — oui — — — — — oui
XV — Pratiques — — oui oui oui — — — — — oui
XVI — Takfīr — oui oui oui oui — oui — — — —

Ce qui n’est pas traité dans ce corpus

Ces professions de foi sont brèves et répondent aux controverses de leur temps. Ibn Abī Zamanīn et aṣ-Ṣābūnī traitent bien d’autres thèmes que ceux cités ici ; leurs chapitres sur la descente divine, le Piédestal, les voiles ou le Dajjāl n’ont pas été dépouillés, faute d’avoir pu en vérifier toutes les pages. Plusieurs sujets de croyance ne figurent pas, ou à peine, dans le corpus tel qu’il est exploité ici :

  • les djinns et la magie, hormis l’interdiction de croire les devins chez aṭ-Ṭaḥāwī ;
  • l’infaillibilité des prophètes et leurs miracles, traités seulement par allusion ;
  • le Mahdī, que les passages cités ne mentionnent pas parmi les signes de l’Heure ; la descente divine au ciel de ce bas monde, citée au chapitre III par al-Barbahārī mais non traitée pour elle-même, alors qu’Ibn Abī Zamanīn et aṣ-Ṣābūnī lui consacrent un chapitre ;
  • l’invocation et le recours auprès des tombes, question devenue centrale bien après ces textes.

Ces thèmes demandent d’autres sources classiques : as-Sunna d’ʿAbd Allāh ibn Aḥmad, ash-Sharīʿa d’al-Ājurrī, al-Ibāna d’Ibn Baṭṭa, ou Sharḥ uṣūl iʿtiqād d’al-Lālakāʾī, qui est aussi la source de plusieurs textes réunis ici.

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Annexe 2 — Les points lus différemment

Ces textes sont tous sunnites, mais certaines formules sont comprises autrement selon les écoles. Les signaler protège le lecteur d’une mauvaise surprise et vaut mieux que de les passer sous silence.

1. Le mot qadīm (« éternel ») chez aṭ-Ṭaḥāwī. Ce mot ne figure pas parmi les noms révélés d’Allah. Les noms d’Allah sont fixés par les textes et ne s’établissent pas par la raison. Le nom révélé qui porte ce sens est al-Awwal, « le Premier » (al-Ḥadīd, 57:3). La formule d’aṭ-Ṭaḥāwī, « éternel sans commencement », exprime un sens correct, mais qadīm ne doit pas être compté parmi les plus beaux noms.

2. « Les six directions ne Le contiennent pas » chez aṭ-Ṭaḥāwī. Pour les atharites, aṭ-Ṭaḥāwī vise les directions créées qui entourent les corps, et non l’élévation d’Allah au-dessus du monde : il écrit en effet, quelques lignes plus haut, qu’Il « embrasse toute chose et est au-dessus d’elle ». Pour d’autres commentateurs, la phrase nie toute direction. Les deux lectures s’accordent sur le refus d’assimiler Allah aux corps.

3. Le mot tafwīḍ chez al-Barbahārī et « ne pas disséquer le sens » chez Ibn Qudāma. Deux lectures existent. Pour la première, ces formules portent sur le comment, inconnu de tous, le sens restant connu selon la règle de Mālik. Pour la seconde, elles portent sur le sens lui-même, qu’on remet entièrement à Allah. La première lecture s’accorde mieux avec la phrase de Mālik que cite Ibn Qudāma lui-même : « l’établissement n’est pas inconnu ».

4. « Par Son Essence » chez al-Muzanī. L’édition ʿAzzūn porte : « élevé au-dessus de Son Trône, dans Sa gloire, par Son Essence ». Adh-Dhahabī, dans al-ʿUluww, et Ibn al-Qayyim, dans Ijtimāʿ al-juyūsh al-islāmiyya, rapportent d’al-Muzanī des formules plus courtes : « élevé au-dessus de Son Trône, proche par Sa science de Ses créatures », et « élevé au-dessus de Son Trône, distinct de Ses créatures ». Des auteurs ashʿarites contestent l’authenticité des mots « par Son Essence » ; l’affirmation de l’élévation, elle, figure dans toutes les versions. La même expression se trouve chez Ibn Abī Zayd, et des malikites l’ont défendue comme une précision contre ceux qui réduisent l’élévation à la seule domination.

5. La Parole d’Allah, lettres et sens. Ibn Qudāma et Ibn Taymiyya affirment que la Parole d’Allah est faite de lettres et de sens, et qu’Allah parle quand Il veut. Les ashʿarites tiennent que la Parole éternelle d’Allah est un sens unique subsistant en Lui, sans lettres ni sons, dont le Coran arabe est l’expression. Les deux écoles s’accordent pour refuser de dire que le Coran est créé.

6. « Aucune distance entre Lui et Ses créatures » dans al-Fiqh al-akbar. Cette phrase, qui suit l’affirmation de la vision, est comprise par les hanafites et les māturīdites comme niant qu’Allah soit dans une direction ou un lieu. Les atharites la lisent comme niant une distance mesurable comparable à celle qui sépare deux corps. Certaines éditions ne la portent pas, et son attribution à Abū Ḥanīfa est elle-même discutée.

7. La définition hanafite de la foi. Aṭ-Ṭaḥāwī et al-Fiqh al-akbar définissent la foi par l’aveu et l’adhésion du cœur, sans y inclure les actes ; les autres textes du corpus y incluent les actes et affirment qu’elle augmente et diminue. La seconde position est celle des gens du hadith, appuyée sur le verset d’al-Anfāl (8:2) et le hadith des branches de la foi. Les deux écoles s’accordent pour condamner celui qui délaisse les obligations, mais elles qualifient son état différemment. Ibn Abī l-ʿIzz, commentateur hanafite d’aṭ-Ṭaḥāwī, discute longuement ce point et maintient que les actes font partie de la foi.

8. « La foi est une, et ses gens sont égaux en son principe » chez aṭ-Ṭaḥāwī. Pris au pied de la lettre, cela contredirait les versets sur l’accroissement de la foi. Le sens retenu par les commentateurs est que le principe de la foi — ce qui fait d’un homme un croyant — est le même pour tous, la différence portant sur les degrés, ce qu’aṭ-Ṭaḥāwī indique par la phrase suivante : « ils se distinguent par la crainte, la piété… »

9. Celui qui délaisse la prière. L’imam Aḥmad déclare mécréant celui qui délaisse la prière. Les trois autres écoles, et une partie des hanbalites, considèrent que celui qui la délaisse par paresse, sans en nier l’obligation, reste musulman tout en commettant un très grand péché. L’exécution relève en tout état de cause de la seule autorité légitime, après jugement.

10. L’attribution de Sharḥ as-Sunna à al-Barbahārī. Des chercheurs contemporains contestent cette attribution, l’ouvrage étant parfois rapporté sous le nom de Ghulām Khalīl. Les passages cités ici proviennent des Ṭabaqāt al-ḥanābila d’Ibn Abī Yaʿlā (m. 526 H), source classique qui les attribue à al-Barbahārī, à l’exception de la première phrase du chapitre I, absente de cet extrait.

11. L’attribution d’al-Fiqh al-akbar à Abū Ḥanīfa. La transmission passe par son fils Ḥammād, puis ʿĀṣim ibn Yūsuf al-Balkhī et Muḥammad ibn Muqātil, dont les biographes ont critiqué la fiabilité. Une seconde version circule par Abū Muṭīʿ al-Balkhī. L’ouvrage est reçu dans l’école hanafite et commenté par les māturīdites, dont Mullā ʿAlī al-Qārī. Il est cité ici comme texte reçu dans cette école, non comme parole établie d’Abū Ḥanīfa.

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Annexe 3 — Les éditions utilisées

Chaque citation doit être relue sur une édition imprimée avant publication : la numérotation des paragraphes varie d’une édition à l’autre, et les versions en ligne comportent des coquilles.

Ce qui est établi et ce qui reste à vérifier

Ouvrage Base du texte arabe utilisé Forme de la référence donnée Niveau d’établissement
Uṣūl as-Sunna (Aḥmad) al-Lālakāʾī, Sharḥ uṣūl iʿtiqād, n° 317 et suiv. numéro, tome, page établi
Sharḥ as-Sunna (al-Muzanī) éd. Jamāl ʿAzzūn, p. 74-89 page établi
Aṣl as-Sunna (les deux Rāzī) al-Lālakāʾī, n° 321-323, t. I, p. 197-204 numéro, tome, page établi
Uṣūl as-Sunna (Ibn Abī Zamanīn) éd. ʿAbd Allāh al-Bukhārī, pagination conforme à l’imprimé page établi
al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya texte intégral du matn début du passage texte sûr, pagination à établir
Sharḥ as-Sunna (al-Barbahārī) Ibn Abī Yaʿlā, Ṭabaqāt al-ḥanābila, t. II, p. 18-41 tome, page des Ṭabaqāt établi dans cette source
Muqaddimat ar-Risāla ar-Risāla, p. 5-9 page à confirmer sur l’imprimé
ʿAqīdat as-Salaf (aṣ-Ṣābūnī) passages cités par une source secondaire avec pagination page ou chapitre à confirmer sur l’édition elle-même
Lumʿat al-iʿtiqād texte intégral recoupé section texte sûr, pagination à établir
al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya éd. Harrās quand la page était vérifiable page ou section partiellement établi
al-Fiqh al-akbar texte diffusé, recoupé avec Mullā ʿAlī al-Qārī sans page à reprendre sur une édition

Corrections apportées

J’ai corrigé les coquilles manifestes des versions consultées. Deux exemples : « لا يضمأ » rétabli en « لا يظمأ » dans le passage de la Wāsiṭiyya sur le bassin, et « مؤمئون » rétabli en « مؤمنون » dans le texte des Rāzī chez al-Lālakāʾī.

Passages à vérifier en priorité

  1. Al-Fiqh al-akbar : toutes les citations, dont les éditions diffèrent entre elles, notamment sur la phrase « aucune distance entre Lui et Ses créatures ».
  2. Aṣ-Ṣābūnī : les trois citations proviennent d’une source qui le cite avec pagination, non de l’édition elle-même. À reprendre sur l’édition de Nāṣir al-Judayʿ ou celle de Badr al-Badr.
  3. La Wāsiṭiyya : les passages donnés par section et non par page (décret, foi, Compagnons, Jour dernier, prodiges).
  4. La Ṭaḥāwiyya et la Lumʿa : le texte est sûr, mais il faut reporter la pagination d’une édition imprimée identifiée.
  5. Les numéros de hadiths : à confirmer sur les éditions nommées dans l’introduction.

Ce que ce traité ne prétend pas être

C’est une anthologie documentée, non une édition critique. Les textes n’ont pas été collationnés sur manuscrits, et les variantes ne sont signalées que lorsqu’elles portent sur un point de doctrine. Pour un travail d’édition, il faudrait repartir des éditions critiques listées dans la bibliographie.

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Annexe 4 — Bibliographie

Les onze professions de foi

  • Abū Ḥanīfa an-Nuʿmān ibn Thābit (attribué à), al-Fiqh al-akbar. Texte reçu dans l’école hanafite, commenté notamment par Mullā ʿAlī al-Qārī, Sharḥ al-Fiqh al-akbar. Attribution discutée : voir annexe 2, point 11.
  • Aḥmad ibn Ḥanbal, Uṣūl as-Sunna, transmission de ʿAbdūs ibn Mālik al-ʿAṭṭār, dans al-Lālakāʾī, Sharḥ uṣūl iʿtiqād ahl as-sunna wa-l-jamāʿa, n° 317 et suivants, t. I.
  • Al-Muzanī, Ismāʿīl ibn Yaḥyā, Sharḥ as-Sunna, éd. Jamāl ʿAzzūn, Maktabat al-Ghurabāʾ al-athariyya, Médine, 1415 H / 1995.
  • Abū Zurʿa et Abū Ḥātim ar-Rāzī, Aṣl as-Sunna wa-ʿtiqād ad-dīn, transmis par Ibn Abī Ḥātim, dans al-Lālakāʾī, n° 321-323, t. I, p. 197-204.
  • Aṭ-Ṭaḥāwī, Abū Jaʿfar, al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya, dite Bayān ʿaqīdat ahl as-sunna wa-l-jamāʿa.
  • Al-Barbahārī, al-Ḥasan ibn ʿAlī (attribué à), Sharḥ as-Sunna, cité d’après Ibn Abī Yaʿlā, Ṭabaqāt al-ḥanābila, t. II, p. 18-41. Attribution discutée : voir annexe 2, point 10.
  • Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, ar-Risāla, chapitre « Bāb mā tanṭiq bihi al-alsina wa taʿtaqiduhu al-afʾida min wājib umūr ad-diyānāt », p. 5-9.
  • Ibn Abī Zamanīn, Muḥammad ibn ʿAbd Allāh, Uṣūl as-Sunna, avec Riyāḍ al-janna bi-takhrīj Uṣūl as-Sunna, éd. ʿAbd Allāh ibn Muḥammad ʿAbd ar-Raḥīm al-Bukhārī, Maktabat al-Ghurabāʾ al-athariyya, Médine, 1re éd., 1415 H, 310 p.
  • Aṣ-Ṣābūnī, Abū ʿUthmān Ismāʿīl, ʿAqīdat as-Salaf wa-aṣḥāb al-ḥadīth. Éditions de référence : celle de Nāṣir ibn ʿAbd ar-Raḥmān al-Judayʿ et celle de Badr ibn ʿAbd Allāh al-Badr.
  • Ibn Qudāma al-Maqdisī, Muwaffaq ad-Dīn, Lumʿat al-iʿtiqād al-hādī ilā sabīl ar-rashād.
  • Ibn Taymiyya, Taqī ad-Dīn, al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya, éd. Muḥammad Khalīl Harrās ; également dans Majmūʿ al-fatāwā, vol. 3.

Sources de transmission et de commentaire citées

  • Al-Lālakāʾī, Hibat Allāh ibn al-Ḥasan, Sharḥ uṣūl iʿtiqād ahl as-sunna wa-l-jamāʿa. Source directe des textes d’Aḥmad et des deux Rāzī.
  • Ibn Abī Yaʿlā, Ṭabaqāt al-ḥanābila. Source du texte d’al-Barbahārī.
  • Ibn Abī l-ʿIzz al-Ḥanafī, Sharḥ al-ʿAqīda aṭ-Ṭaḥāwiyya. Commentaire classique, d’orientation atharite.
  • Mullā ʿAlī al-Qārī, Sharḥ al-Fiqh al-akbar. Commentaire hanafite et māturīdite.
  • Adh-Dhahabī, al-ʿUluww li-l-ʿAlī al-Ghaffār. Source des formules courtes d’al-Muzanī.
  • Ibn al-Qayyim, Ijtimāʿ al-juyūsh al-islāmiyya.

Recueils de hadiths

  • Al-Bukhārī, al-Jāmiʿ aṣ-ṣaḥīḥ, numérotation de l’édition sultanienne reprise par Fatḥ al-Bārī.
  • Muslim, aṣ-Ṣaḥīḥ, numérotation de Muḥammad Fuʾād ʿAbd al-Bāqī.
  • Abū Dāwūd, as-Sunan ; at-Tirmidhī, as-Sunan ; Aḥmad, al-Musnad ; ad-Dāraquṭnī, as-Sunan.

Pour aller plus loin

Ce traité est une anthologie de sources. Le lecteur qui veut situer historiquement ces textes — la miḥna, la formation de l’ashʿarisme et du māturīdisme, le traditionalisme hanbalite, la question de l’attribution du Fiqh al-akbar, la réception d’aṭ-Ṭaḥāwī — devra se reporter à des travaux d’histoire de la théologie, qui ne sont pas du même ordre que les sources réunies ici et n’y ont donc pas été mêlés.

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Annexe 5 — Glossaire des termes traduits

Ce glossaire fixe les choix de traduction. Les termes chargés sont rendus de la même façon dans tout le traité.

Arabe Rendu retenu Pourquoi
استواء · istiwāʾ « s’établir sur » Rendu uniforme, sans trancher le comment, conformément à la règle de Mālik.
علو · ʿuluww « élévation » Terme de position, non de rang seul.
بذاته · bi-dhātihi « par Son Essence » Traduction littérale d’une formule doctrinalement chargée, signalée en annexe 2, point 4.
نفس · nafs « Personne » (terme arabe conservé entre parenthèses) Appliqué à Allah, nafs désigne Lui-même. « Âme » suggérerait une âme créée ; « Soi » est abstrait ; « Son châtiment », retenu par certaines traductions du Coran, remplace l’attribut par son effet. Voir la note du chapitre III.
ذات · dhāt « Essence » Distingué de ṣifa, « attribut ».
صفة · ṣifa « attribut » Jamais « qualité », qui affaiblit.
بلا كيف · bi-lā kayf « sans comment » Formule technique conservée telle quelle.
تفويض · tafwīḍ « s’en remettre à Allah » Le terme recouvre deux lectures : annexe 2, point 3.
تحريف · taḥrīf « déformation » Détournement du sens des mots.
تعطيل · taʿṭīl « négation » des attributs Les vider de leur sens.
تكييف · takyīf « détermination du comment » Prétendre dire comment.
تمثيل · tamthīl « assimilation » Rendre semblable aux créatures.
تشبيه · tashbīh « assimilation » Même sens que le précédent dans ce corpus.
في السماء · fī as-samāʾ « au ciel » Traduction littérale ; les commentateurs la lisent « au-dessus des cieux ». Voir le chapitre IV.
تواتر · tawātur « transmission massive et concordante » Terme technique de la science du hadith.
كسب · kasb « acquisition » Terme technique du décret, conservé.
إيمان · īmān « foi » Définition variable selon les écoles : annexe 2, point 7.
كرامة · karāma « prodige » Distingué de muʿjiza, « miracle prophétique ».
أهل القبلة · ahl al-qibla « les gens de la qibla » Ceux qui prient vers la Kaʿba, c’est-à-dire les musulmans.
جماعة · jamāʿa « la Communauté » Majuscule quand il s’agit du corps des musulmans.
سلف · salaf « les prédécesseurs » Les trois premières générations.
أثر · athar « tradition » Parole transmise du Prophète ﷺ ou des Compagnons.

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Les traductions sont les nôtres. Les sections « À retenir » engagent l’auteur de l’anthologie et non les imams cités.

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