دُعَاء · ذِكْر
Du’â’ · dhikr
Prononciation : dou-’â · dhikr
L’appel adressé à Allah ; le souvenir et la mention d’Allah
Le dou’â est la demande, le dhikr est le souvenir : deux manières de ne jamais laisser le lien se rompre. « Invoquez-Moi, Je vous répondrai » — et « c’est par le rappel d’Allah que les cœurs s’apaisent ». Aucune langue n’est requise pour la première ; aucun lieu ni aucune heure ne sont interdits à la seconde.
La langue : appeler, se souvenir
Du’â’ vient de d-’-w, appeler. L’invocation est un appel lancé vers Allah : pour demander, pour remercier, pour chercher refuge. Elle diffère de la prière rituelle (salât) en ce qu’elle n’a ni forme fixe ni horaire : on invoque debout, assis, couché, en arabe ou en français, avec les mots du Prophète ﷺ ou les siens.
Dhikr vient de dh-k-r, se souvenir et mentionner. Le rappel d’Allah, c’est Le garder présent au cœur et sur la langue : subhâna-Llâh, al-hamdu li-Llâh, lâ ilâha illa-Llâh, Allâhu akbar, la lecture du Coran — qui est lui-même appelé adh-Dhikr (15, 9) —, et la conscience d’Allah au milieu de n’importe quelle occupation.
Dans le Coran
وَقَالَ رَبُّكُمُ ادْعُونِي أَسْتَجِبْ لَكُمْ
Wa qâla rabbukumu-d’ûnî astajib lakum.
« Et votre Seigneur a dit : invoquez-Moi, Je vous répondrai » (40, 60).
- « Quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi : Je suis proche. Je réponds à l’appel de celui qui M’invoque quand il M’invoque » (2, 186) — le seul verset où Allah répond Lui-même, sans passer par « dis ».
- « Invoquez votre Seigneur avec humilité et en secret » (7, 55).
- « Ceux qui croient et dont les cœurs s’apaisent par le rappel d’Allah : n’est-ce pas par le rappel d’Allah que les cœurs s’apaisent ? » (13, 28).
- « Ô vous qui croyez, rappelez-vous d’Allah d’un rappel abondant, et glorifiez-Le matin et soir » (33, 41-42).
- « Souvenez-vous de Moi, Je Me souviendrai de vous » (2, 152).
- Le rappel ne s’interrompt jamais : « ceux qui se rappellent Allah debout, assis et couchés sur le côté » (3, 191).
Dans la Sunna : l’invocation
- « L’invocation est l’adoration » (Abû Dâwûd, al-Tirmidhî) — puis il récita : « Invoquez-Moi, Je vous répondrai ». Et : « Rien n’est plus noble auprès d’Allah que l’invocation » (al-Tirmidhî).
- « Il n’est pas un musulman qui invoque Allah par une invocation sans péché ni rupture de lien de parenté, sans qu’Allah ne lui accorde l’une de trois choses : soit Il exauce sa demande, soit Il la lui réserve pour l’au-delà, soit Il écarte de lui un mal équivalent » (Ahmad, al-Tirmidhî).
- « Invoquez Allah en étant certains d’être exaucés, et sachez qu’Allah n’exauce pas une invocation venant d’un cœur distrait » (al-Tirmidhî).
- « On répond à l’un de vous tant qu’il ne s’impatiente pas, en disant : j’ai invoqué, et l’on ne m’a pas répondu » (al-Bukhârî et Muslim).
- Le Prophète ﷺ évoqua l’homme échevelé, couvert de poussière, qui lève les mains au ciel en disant « Seigneur, Seigneur », alors que sa nourriture, sa boisson et ses vêtements sont illicites : « comment serait-il exaucé ? » (Muslim).
- Les moments d’exaucement : le dernier tiers de la nuit (al-Bukhârî et Muslim), entre l’appel et l’iqâma, dans la prosternation, à la rupture du jeûne, l’heure du vendredi, sous la pluie, en voyage, et l’invocation du parent pour son enfant et de l’opprimé (Abû Dâwûd, al-Tirmidhî).
Dans la Sunna : le rappel
- « Celui qui se rappelle son Seigneur et celui qui ne se rappelle pas son Seigneur sont comme le vivant et le mort » (al-Bukhârî).
- « Les mufarridûn ont pris les devants. — Qui sont-ils ? — Ceux et celles qui se rappellent Allah abondamment » (Muslim).
- Allah dit : « Je suis avec Mon serviteur quand il se souvient de Moi : s’il se souvient de Moi en lui-même, Je Me souviens de lui en Moi-même ; s’il se souvient de Moi dans une assemblée, Je Me souviens de lui dans une assemblée meilleure » (al-Bukhârî et Muslim).
- « Que ta langue reste humide du rappel d’Allah » (al-Tirmidhî, Ibn Mâja) — la réponse à un homme qui trouvait les lois de l’islam trop nombreuses.
- Après chaque prière : trente-trois subhâna-Llâh, trente-trois al-hamdu li-Llâh, trente-trois Allâhu akbar, et la centième : lâ ilâha illa-Llâhu wahdahu lâ sharîka lah… — les fautes sont pardonnées, fussent-elles comme l’écume de la mer (Muslim).
- Les évocations du matin et du soir, du coucher et du réveil, de l’entrée et de la sortie, du repas, du voyage : le Prophète ﷺ avait une parole pour chaque moment, et al-Nawawî les a réunies dans al-Adhkâr.
Ce qu’en disent les savants
Ibn al-Qayyim a consacré au rappel un livre entier, al-Wâbil al-sayyib, où il en compte plus de soixante-dix bienfaits : il chasse le diable, réjouit le cœur, attire la subsistance, revêt de dignité, et il est « la porte de la connaissance et de l’amour ». Il rappelle que le meilleur rappel est celui où le cœur et la langue s’accordent, puis celui du cœur seul, puis celui de la langue seule — et que ce dernier vaut mieux que rien.
Les savants mettent en garde contre deux dérives : inventer des formules ou des nombres que la Sunna n’a pas donnés, et réduire le rappel à une mécanique sans cœur. Ils rappellent aussi les règles de l’invocation : commencer par la louange et la prière sur le Prophète ﷺ, lever les mains, invoquer avec insistance et humilité, à voix basse, sans transgression (comme demander ce qui est interdit), et ne jamais l’adresser à un autre qu’Allah — car « l’invocation est l’adoration », et l’adoration n’appartient qu’à Lui.
Sources
Coran : 2, 152 ; 2, 186 ; 3, 191 ; 7, 55 ; 13, 28 ; 15, 9 ; 33, 41-42 ; 40, 60. Hadith : Abû Dâwûd et al-Tirmidhî (« l’invocation est l’adoration » ; les moments d’exaucement) ; al-Tirmidhî (la plus noble ; le cœur distrait ; la langue humide) ; Ahmad et al-Tirmidhî (les trois réponses) ; al-Bukhârî et Muslim (l’impatience ; le dernier tiers ; « Je suis avec Mon serviteur ») ; Muslim (l’homme échevelé ; les mufarridûn ; le rappel après la prière) ; al-Bukhârî (le vivant et le mort). Savants : al-Nawawî, al-Adhkâr ; Ibn al-Qayyim, al-Wâbil al-sayyib ; Ibn Taymiyya, al-Kalim al-tayyib.