أَسْتَغْفِرُ اللَّهَ
Astaghfiru-Llâh
Prononciation : as-tagh-fi-roul-lâh
« Je demande pardon à Allah »
Demander pardon, c’est demander à Allah de couvrir la faute et d’en préserver des suites. Le Prophète ﷺ, dont les péchés étaient pardonnés, le faisait plus de soixante-dix fois par jour.
La langue : couvrir, comme un casque
La racine gh-f-r signifie couvrir d’une protection. Le mighfar est le casque qui protège la tête du guerrier ; al-Ghafûr et al-Ghaffâr, parmi les Noms d’Allah, disent Celui qui recouvre les fautes et en protège. Demander pardon, ce n’est donc pas seulement effacer une ardoise : c’est demander que la faute soit voilée ici-bas, dans l’au-delà, et que ses conséquences soient écartées.
Les savants distinguent l’istighfâr et la tawba : le premier est la demande de pardon par la parole, la seconde est le retour effectif, avec le regret, l’arrêt et la résolution. Le Coran les associe : « Demandez pardon à votre Seigneur, puis revenez à Lui repentants » (11, 3).
Dans le Coran : ce qu’il attire
Noé dit à son peuple, et le Coran le rapporte comme une promesse générale :
فَقُلْتُ اسْتَغْفِرُوا رَبَّكُمْ إِنَّهُ كَانَ غَفَّارًا
يُرْسِلِ السَّمَاءَ عَلَيْكُم مِّدْرَارًا
وَيُمْدِدْكُم بِأَمْوَالٍ وَبَنِينَ
Fa-qultu-staghfirû rabbakum innahu kâna ghaffârâ. Yursili-s-samâ’a ’alaykum midrârâ. Wa yumdidkum bi-amwâlin wa banîn.
« J’ai donc dit : implorez le pardon de votre Seigneur, car Il est grand Pardonneur ; Il enverra sur vous le ciel en averses abondantes, Il vous accroîtra en biens et en enfants » (71, 10-12).
- Il est une protection pour toute une communauté : « Allah ne les châtiera pas tant qu’ils demandent pardon » (8, 33).
- Il est la marque des pieux, qui « demandaient pardon à l’heure du dernier tiers de la nuit » (51, 18).
- Il ouvre la porte à qui a commis le pire : « Quiconque agit mal ou se fait du tort à lui-même, puis demande pardon à Allah, trouvera Allah Pardonneur et Miséricordieux » (4, 110).
Dans la Sunna
- « Par Allah, je demande pardon à Allah et je reviens à Lui plus de soixante-dix fois par jour » (al-Bukhârî, d’après Abû Hurayra) ; dans une autre version, cent fois (Muslim).
- Le maître des demandes de pardon (sayyid al-istighfâr) : « Ô Allah, Tu es mon Seigneur, il n’y a de divinité que Toi, Tu m’as créé et je suis Ton serviteur… » Celui qui le dit le jour avec certitude et meurt ce jour-là entre au Paradis (al-Bukhârî, d’après Shaddâd ibn Aws).
- Après chaque prière, le Prophète ﷺ disait trois fois astaghfiru-Llâh, puis « Ô Allah, Tu es la Paix et de Toi vient la paix » (Muslim, d’après Thawbân).
- Un hadith très cité — « Celui qui s’attache à demander pardon, Allah lui donnera une issue à toute gêne et une subsistance d’où il ne l’attend pas » (Abû Dâwûd, d’après Ibn ’Abbâs) — est jugé faible par plusieurs spécialistes ; son sens reste confirmé par le verset de Noé.
Ce qu’en disent les savants, et un mot détourné
Al-Hasan al-Basrî, consulté par plusieurs hommes sur la sécheresse, la pauvreté, la stérilité, leur répondit chaque fois : « Demande pardon à Allah » ; et il récita le verset de Noé. Le récit, rapporté par les exégètes, illustre bien ce que la tradition a compris : l’istighfâr n’est pas seulement un remède au péché, il ouvre les portes de la vie.
Le détournement : « starfoullah » est devenu, dans le langage courant, une exclamation de dégoût ou d’indignation devant ce que font les autres — l’équivalent d’un « c’est scandaleux ». Or la formule ne parle que de soi : elle demande pardon pour ses fautes. La retourner contre autrui, c’est en perdre le sens exact.
Quand la dire : après une faute ; après une adoration, pour en couvrir les manques ; au dernier tiers de la nuit ; après la prière ; en quittant une assemblée ; et simplement, tout au long de la journée, comme le faisait celui dont tout était pardonné.
Sources
Coran : 4, 110 ; 8, 33 ; 11, 3 ; 51, 18 ; 71, 10-12. Hadith : al-Bukhârî (soixante-dix fois par jour ; le maître des demandes de pardon) ; Muslim (cent fois ; après la prière) ; Abû Dâwûd (« celui qui s’attache… », jugé faible). Langue : Ibn Fâris, Maqâyîs al-lugha, racine gh-f-r. Exégèse : al-Qurtubî et Ibn Kathîr, sur 71, 10-12 (le récit d’al-Hasan al-Basrî).