لَا إِلَهَ إِلَّا اللَّهُ
Lâ ilâha illa-Llâh
Prononciation : lâ i-lâ-ha il-lal-lâh
« Il n’y a de divinité qu’Allah »
La première moitié de l’attestation de foi, et la parole qui fait entrer en islam. Elle nie d’abord toute divinité, puis n’en affirme qu’une seule : ce n’est pas seulement dire qu’Allah existe, c’est dire que rien d’autre ne mérite d’être adoré.
La langue : nier d’abord, affirmer ensuite
Ilâh vient de la racine ’-l-h : ce à quoi le cœur se voue, ce qu’il adore, ce vers quoi il se tourne dans le besoin. Un ilâh n’est donc pas d’abord un créateur : c’est un objet d’adoration. C’est pourquoi les Arabes de La Mecque, qui reconnaissaient déjà qu’Allah avait créé les cieux et la terre (29, 61), refusèrent la formule : elle ne leur demandait pas de croire en un Créateur, mais de n’adorer que Lui.
La phrase est bâtie sur deux temps. « Lâ ilâha » : la négation absolue, celle que les grammairiens appellent la négation du genre — il n’existe aucune divinité, d’aucune sorte. Puis « illâ-Llâh » : l’exception, qui rétablit une seule et unique divinité. Le cœur est d’abord vidé, puis rempli.
Les savants relèvent un point capital : le mot sous-entendu après « il n’y a de divinité » n’est pas « existante », mais « en vérité », bi-haqq. Car des divinités adorées, il en existe beaucoup : idoles, astres, ancêtres, passions. La formule dit qu’aucune ne l’est à juste titre : « Cela, parce qu’Allah est la Vérité, et que ce qu’ils invoquent en dehors de Lui est le faux » (22, 62).
Dans le Coran
- C’est le message de tous les prophètes : « Nous n’avons envoyé avant toi aucun messager sans lui révéler : point de divinité à part Moi ; adorez-Moi donc » (21, 25).
- C’est la seule chose qu’Allah ordonne de savoir : « Sache donc qu’il n’y a de divinité qu’Allah, et demande pardon pour ton péché » (47, 19). Les exégètes soulignent l’ordre : sache — c’est une science avant d’être une parole.
- C’est la parole qui sépara les premiers musulmans de leur peuple : « Quand on leur disait : il n’y a de divinité qu’Allah, ils s’enflaient d’orgueil » (37, 35).
- Elle est attestée par Allah Lui-même, par les anges et par les savants : « Allah atteste qu’il n’y a de divinité que Lui, et aussi les anges et les doués de science » (3, 18).
Dans la Sunna : ses mérites
- « La meilleure des évocations est lâ ilâha illa-Llâh » (al-Tirmidhî, d’après Jâbir).
- « Celui dont la dernière parole est lâ ilâha illa-Llâh entrera au Paradis » (Abû Dâwûd, d’après Mu’âdh).
- Le hadith du billet : au Jour dernier, on déploiera pour un homme quatre-vingt-dix-neuf registres de mauvaises actions, puis on posera dans l’autre plateau un billet portant l’attestation de foi — et le billet pèsera plus lourd (al-Tirmidhî, d’après ’Abd Allâh ibn ’Amr).
- « Il m’a été ordonné de combattre les gens jusqu’à ce qu’ils attestent qu’il n’y a de divinité qu’Allah ; s’ils le disent, ils préservent de moi leur sang et leurs biens » (al-Bukhârî et Muslim). La formule prononcée fait entrer dans l’islam, avec tout ce qui s’ensuit.
- « Renouvelez votre foi. — Comment, ô Messager d’Allah ? — Dites souvent lâ ilâha illa-Llâh » (Ahmad).
Ce qu’en disent les savants : la dire et la comprendre
Les savants ont résumé ce que cette parole exige de celui qui la prononce, en sept points, tirés du Coran et de la Sunna :
- La science de ce qu’elle nie et de ce qu’elle affirme (47, 19).
- La certitude, sans l’ombre d’un doute (49, 15).
- L’acceptation de ce qu’elle implique, sans en rejeter une part (37, 35).
- La soumission des actes à ce qu’elle dit (31, 22).
- La sincérité, qui exclut de la dire pour les gens (98, 5).
- La véracité, qui exclut de la dire du bout des lèvres (2, 8).
- L’amour de cette parole et de ceux qui la portent (2, 165).
Ces conditions ne sont pas des obstacles ajoutés : elles décrivent simplement ce que veut dire croire. Celui qui la prononce est musulman ; ces points lui indiquent le chemin de toute une vie.
Le Prophète ﷺ enseignait aux mourants à la dire : « Suggérez à vos mourants lâ ilâha illa-Llâh » (Muslim). On ne la leur impose pas ; on la dit près d’eux pour qu’ils la reprennent.
Sources
Coran : 2, 8 ; 2, 165 ; 3, 18 ; 21, 25 ; 22, 62 ; 29, 61 ; 31, 22 ; 37, 35 ; 47, 19 ; 49, 15 ; 98, 5. Hadith : al-Bukhârî et Muslim (« il m’a été ordonné de combattre ») ; Muslim (suggérer aux mourants) ; Abû Dâwûd (la dernière parole) ; al-Tirmidhî (la meilleure évocation ; le hadith du billet) ; Ahmad (renouveler sa foi). Langue et exégèse : Ibn Manzûr, Lisân al-’Arab, racine ’-l-h ; al-Qurtubî, al-Jâmi’ li-ahkâm al-Qur’ân, sur 47, 19.