Allahou akbar : sens, racine, mérites et enseignements

Vocabulaire des musulmans·En profondeur

اللَّهُ أَكْبَرُ

Allâhu akbar

Prononciation : al-lâ-hou ak-bar

« Allah est plus grand » — plus grand que tout

Racineك ب ر (k-b-r)la grandeur ; d’où kabîr, grand, kibriyâ’, la majesté, et takbîr, proclamer la grandeur
En bref

La première parole de la prière et le refrain de l’appel à la prière. Elle ne dit pas seulement qu’Allah est grand : elle dit qu’Il est plus grand que tout ce que l’on peut concevoir, craindre ou désirer.

La langue : un comparatif sans point de comparaison

« Akbar » est la forme du comparatif et du superlatif (af’al) : « plus grand ». Or la phrase ne dit pas « plus grand que… » : le terme de la comparaison est volontairement absent. Les grammairiens et les exégètes y voient toute la force de la formule : Allah est plus grand que tout — que ce que l’on imagine, que ce que l’on redoute, que ce que l’on désire, que toute description qu’on pourrait donner de Sa grandeur.

C’est pourquoi la traduction « Allah est le plus grand » reste en deçà : elle place encore Allah dans une série de grandeurs. Allâhu akbar Le met hors de toute série. De la même racine vient al-Kibriyâ’, la majesté, qu’Allah réserve à Lui seul : « La majesté (al-kibriyâ’) est Mon manteau, et la grandeur (al-’adhama) Mon pagne ; celui qui Me dispute l’un des deux, Je le jette au Feu » (hadith divin, Abû Dâwûd et Ibn Mâja, d’après Abû Hurayra ; Muslim, avec une formulation proche).

Dans le Coran

  • « Et proclame hautement Sa grandeur (wa kabbirhu takbîrâ) » (17, 111) — le dernier verset de la sourate du Voyage nocturne.
  • « Et ton Seigneur, magnifie-Le » (74, 3) : l’un des tout premiers ordres de la révélation.
  • « … afin que vous proclamiez la grandeur d’Allah pour vous avoir guidés » (2, 185) : le takbîr de la fin du Ramadan.
  • « … et invoquez le nom d’Allah pendant des jours comptés » (2, 203) : les jours de l’Aïd al-Adhâ.

Dans la Sunna

  • « La clé de la prière est la purification ; son entrée en sacralisation est le takbîr ; sa sortie est le salut final » (Abû Dâwûd et al-Tirmidhî, d’après ’Alî).
  • « Les paroles les plus aimées d’Allah sont quatre : subhâna-Llâh, al-hamdu li-Llâh, lâ ilâha illa-Llâh et Allâhu akbar ; peu importe par laquelle tu commences » (Muslim, d’après Samura ibn Jundub).
  • Le Prophète ﷺ disait Allâhu akbar à chaque fois qu’il se baissait et se relevait dans la prière (al-Bukhârî et Muslim, d’après Abû Hurayra).
  • En voyage, on disait Allâhu akbar en gravissant une hauteur (al-Bukhârî, d’après Jâbir) : quand on s’élève, on se rappelle Qui est véritablement élevé.
  • L’appel à la prière s’ouvre et se clôt presque par elle : l’enfant qui naît l’entend, et c’est une des premières paroles qu’on dit à son oreille.

Ce qu’en tirent les savants : le takbîr dans le culte

  • Le takbîr d’ouverture de la prière est un pilier : il se dit en arabe, debout, avec cette formule exacte — on n’allonge ni le « a » d’Allâh (ce qui en ferait une question), ni celui d’akbar (akbâr n’a pas le même sens), et l’on ne sépare pas les deux mots.
  • Les autres takbîr de la prière, à chaque changement de position, sont de la Sunna.
  • Les jours de l’Aïd al-Adhâ, on dit le takbîr après les prières obligatoires, de la prière de midi du jour du sacrifice jusqu’à celle de l’aube du quatrième jour : Allâhu akbar, Allâhu akbar, Allâhu akbar ; et si l’on ajoute lâ ilâha illa-Llâh, wa-Llâhu akbar, Allâhu akbar, wa li-Llâhi-l-hamd, c’est bien (al-Risâla).
  • Le matin de l’Aïd, on proclame le takbîr en se rendant à la prière de la fête.

Le sens spirituel, et une formule salie

Les maîtres de la spiritualité disent que celui qui ouvre sa prière par Allâhu akbar et pense ensuite à son commerce, à ses soucis ou à ses rancunes a, d’une certaine manière, démenti sa propre parole : si Allah est plus grand que tout, rien ne devrait Lui disputer le cœur pendant la prière. Le takbîr est un programme : il fait tomber toutes les idoles intérieures.

Des criminels ont hurlé ces mots en tuant des innocents, et une partie du public n’entend plus en eux qu’un cri de violence. C’est un détournement d’une gravité extrême : la parole par laquelle des milliards de croyants entrent chaque jour en paix dans la prière ne leur appartient pas. La rendre à son sens — l’humilité de la créature devant son Créateur — est un devoir.

Sources

Coran : 2, 185 ; 2, 203 ; 17, 111 ; 74, 3. Hadith : Muslim (les quatre paroles) ; al-Bukhârî et Muslim (le takbîr à chaque mouvement) ; al-Bukhârî (monter et descendre) ; Abû Dâwûd et al-Tirmidhî (la clé de la prière) ; Abû Dâwûd et Ibn Mâja (la majesté, hadith divin). Langue : Ibn Manzûr, Lisân al-’Arab, racine k-b-r. Jurisprudence : Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, al-Risâla, chapitres de la prière et des deux fêtes ; Corentin Pabiot, Précis de fiqh malikite, éléments constitutifs de la prière.