Machallah : sens, racine, mérites et enseignements

Vocabulaire des musulmans·En profondeur

مَا شَاءَ اللَّهُ

Mâ shâ’a-Llâh

Prononciation : mâ-châ-al-lâh

« Ce qu’Allah a voulu » — sous-entendu : a eu lieu

Racineش ي أ (sh-y-’)vouloir ; la même racine qu’inchallah, mais tournée vers ce qui est déjà là
En bref

Inchallah regarde vers l’avenir, machallah vers ce qui est déjà là. On le dit devant ce qui plaît — un enfant, une maison, une réussite — pour rendre ce bien à Celui qui l’a voulu, et le protéger de la jalousie.

La langue

Les grammairiens lisent la formule de deux façons. Soit « mâ » est un relatif, et il faut sous-entendre un mot : « ce qu’Allah a voulu (est ce qui a eu lieu) », ou « (ceci est) ce qu’Allah a voulu ». Soit c’est une particule conditionnelle : « ce qu’Allah veut (a lieu) ». Dans les deux cas, le sens est le même : ce que j’admire n’existe que parce qu’Allah l’a voulu, et non par la force de celui qui le possède.

Là où in shâ’a-Llâh suspend l’avenir à la volonté divine, mâ shâ’a-Llâh reconnaît cette volonté dans le présent. Les deux formules disent la même foi, tournée vers deux temps.

Dans le Coran : le propriétaire des deux jardins

وَلَوْلَا إِذْ دَخَلْتَ جَنَّتَكَ قُلْتَ مَا شَاءَ اللَّهُ لَا قُوَّةَ إِلَّا بِاللَّهِ

Wa law lâ idh dakhalta jannataka qulta mâ shâ’a-Llâh, lâ quwwata illâ bi-Llâh.

« Que n’as-tu dit, en entrant dans ton jardin : ce qu’Allah a voulu ! Il n’y a de force qu’en Allah ! » (18, 39).

La sourate de la Caverne raconte l’histoire de deux hommes : l’un possédait deux jardins de vignes entourés de palmiers, traversés d’un ruisseau. Entrant dans son jardin, il dit : « Je ne pense pas que ceci périsse jamais » (18, 35), et s’enorgueillit devant son compagnon. Celui-ci lui rappela ce qu’il aurait dû dire. Le lendemain, le jardin était dévasté, et le propriétaire se tordait les mains sur ce qu’il y avait dépensé (18, 42). La leçon est claire : l’orgueil devant un bien l’expose ; la reconnaissance le préserve.

Dans la Sunna : l’œil et la bénédiction

« L’œil (le mauvais œil) est une réalité » (al-Bukhârî et Muslim, d’après Abû Hurayra et Ibn ’Abbâs).

L’imâm Mâlik rapporte dans le Muwatta’ que ’Âmir ibn Rabî’a vit Sahl ibn Hunayf se laver et s’exclama devant la beauté de sa peau. Sahl tomba aussitôt malade. Le Prophète ﷺ vint, et dit à ’Âmir : « Pourquoi l’un de vous tue-t-il son frère ? Que n’as-tu invoqué la bénédiction sur lui (hallâ barrakta) ! » Il lui ordonna de faire ses ablutions, et l’eau en fut versée sur Sahl, qui se releva guéri (al-Muwatta’ ; Ibn Mâja).

Les savants en tirent que celui qui admire quelque chose chez son frère doit dire ce qui attire la bénédiction : mâ shâ’a-Llâh, tabâraka-Llâh, bâraka-Llâhu fîh. Un hadith souvent cité — « Celui qui voit une chose qui lui plaît et dit mâ shâ’a-Llâh, lâ quwwata illâ bi-Llâh, rien ne lui nuira » — est faible dans sa chaîne ; mais le verset de la Caverne et le récit de Sahl suffisent à fonder la pratique.

Ce qu’en disent les savants

Al-Qâdî ’Iyâd rapporte, dans Tartîb al-madârik, qu’il était écrit sur la porte de la maison de l’imâm Mâlik : mâ shâ’a-Llâh. Comme on l’interrogeait à ce sujet, il récita le verset : « Que n’as-tu dit, en entrant dans ton jardin : ce qu’Allah a voulu ! » La maison est le jardin de l’homme : on y entre en rendant grâce.

Les exégètes soulignent que la formule complète du verset associe deux affirmations : que tout vient de la volonté d’Allah (mâ shâ’a-Llâh), et que toute force Lui appartient (lâ quwwata illâ bi-Llâh). La première guérit l’orgueil de posséder, la seconde l’illusion d’avoir tout obtenu par soi-même.

Quand la dire

  • Devant un enfant, une belle maison, un bel ouvrage, une réussite — chez soi comme chez les autres.
  • Quand on reçoit une bonne nouvelle, ou qu’on constate un bienfait dans sa propre vie.
  • En entrant chez soi ou dans son jardin, comme l’enseigne le verset.
  • Elle ne sert pas à exprimer la surprise devant un mal ou une faute : on dira alors lâ hawla wa lâ quwwata illâ bi-Llâh ou subhâna-Llâh.

Sources

Coran : 18, 32-44. Hadith : al-Bukhârî et Muslim (« l’œil est une réalité ») ; Mâlik, al-Muwatta’, et Ibn Mâja (Sahl ibn Hunayf et ’Âmir ibn Rabî’a). Exégèse : al-Tabarî, Jâmi’ al-bayân ; al-Qurtubî, al-Jâmi’ li-ahkâm al-Qur’ân, sur 18, 39. Biographie : al-Qâdî ’Iyâd, Tartîb al-madârik, notice de l’imâm Mâlik.