إِنْ شَاءَ اللَّهُ
In shâ’a-Llâh
Prononciation : in-châ-al-lâh
« Si Allah le veut »
Un ordre du Coran pour tout projet à venir : l’homme décide, mais rien n’arrive sans la volonté d’Allah. Dire inchallah, c’est s’engager sincèrement tout en remettant l’issue à son Seigneur — le contraire d’une esquive.
La langue
« In » est la particule du conditionnel : « si ». « Shâ’a » est un verbe au passé, « a voulu », que la condition projette vers l’avenir : « si Allah veut ». De la même racine viennent mashî’a, la volonté, et shay’, la « chose » — comme si toute chose n’était, dans la langue même, qu’un objet de la volonté divine.
Une faute d’orthographe fréquente : on voit souvent écrit « inshallah » en un seul mot, voire إنشاء الله en arabe. Or inshâ’ (إنشاء) signifie « création », « construction » : « la création d’Allah ». La graphie correcte sépare les trois mots : إن شاء الله, in shâ’a-Llâh.
Dans le Coran : un ordre, et sa circonstance
وَلَا تَقُولَنَّ لِشَيْءٍ إِنِّي فَاعِلٌ ذَلِكَ غَدًا إِلَّا أَنْ يَشَاءَ اللَّهُ ۚ وَاذْكُرْ رَبَّكَ إِذَا نَسِيتَ
Wa lâ taqûlanna li-shay’in innî fâ’ilun dhâlika ghadâ, illâ an yashâ’a-Llâh, wa-dhkur rabbaka idhâ nasît.
« Et ne dis jamais d’une chose : je la ferai demain, sans ajouter : si Allah le veut. Et rappelle-toi ton Seigneur quand tu as oublié » (18, 23-24).
Les exégètes et les biographes rapportent la circonstance de ces versets : des Qurayshites, conseillés par des rabbins de Médine, interrogèrent le Prophète ﷺ sur les gens de la Caverne, sur Dhû l-Qarnayn et sur l’âme. Il répondit : « Je vous le dirai demain », sans ajouter « si Allah le veut ». La révélation tarda alors plusieurs jours, avant que ne descende la sourate de la Caverne, avec cette leçon au milieu du récit (Ibn Ishâq ; al-Tabarî).
Le Coran rappelle ailleurs que la volonté humaine s’inscrit dans celle d’Allah sans être abolie : « Vous ne voulez que si Allah veut, le Seigneur des mondes » (81, 29). Et les prophètes eux-mêmes l’ont dit : Moïse à al-Khidr, « Tu me trouveras patient, si Allah le veut » (18, 69) ; Ismaël à son père, « Tu me trouveras, si Allah le veut, parmi les endurants » (37, 102).
Dans la Sunna : la leçon de Salomon
Le Prophète ﷺ raconta que Salomon dit un jour : « Cette nuit, je visiterai mes épouses, et chacune donnera naissance à un cavalier qui combattra dans le chemin d’Allah. » On lui dit : « Dis : si Allah le veut. » Il ne le dit pas. Une seule d’entre elles enfanta, un enfant incomplet. Le Prophète ﷺ ajouta : « S’il avait dit in shâ’a-Llâh, il n’aurait pas manqué à sa parole, et cela aurait mieux répondu à son espoir » (al-Bukhârî et Muslim, d’après Abû Hurayra).
Le récit enseigne que l’inchallah n’est pas une formule vide : il fait partie des causes de la réussite, parce qu’il place le projet sous la volonté de Celui qui seul peut l’accomplir.
Ce qu’en tirent les savants
Dans les serments
Celui qui jure par Allah et ajoute aussitôt « si Allah le veut », avec l’intention de soumettre son serment à la volonté divine, n’est pas tenu à l’expiation s’il ne fait pas ce qu’il a juré : « Celui qui jure et dit in shâ’a-Llâh n’a pas manqué à son serment » (al-Tirmidhî, d’après Ibn ’Umar). Les savants posent deux conditions : que la formule soit reliée au serment, sans coupure, et qu’elle soit prononcée, non seulement pensée. En revanche, ajouter « si Allah le veut » à une répudiation ou à un affranchissement ne les annule pas : la parole produit son effet.
Pour ce qui est déjà accompli
La formule vise l’avenir. Dire « j’ai prié, inchallah » ou « c’est un bon livre, inchallah » n’a pas de sens propre ; on dira plutôt, pour un acte passé, « qu’Allah l’accepte », et pour une qualité, « mâ shâ’a-Llâh ».
Le détournement : inchallah pour dire non
Dans l’usage courant, « inchallah » sert parfois à éconduire poliment, sans aucune intention de tenir parole. C’est mêler le nom d’Allah à un mensonge : on donne à l’autre un espoir que l’on sait faux, et l’on se couvre de la volonté divine pour le faire. Les savants rappellent que la promesse sincère fait partie de la foi, et que manquer à sa parole est un signe de l’hypocrisie (al-Bukhârî et Muslim). Le vrai inchallah dit : « je le ferai, et je m’en remets à Allah pour l’issue ».
Sources
Coran : 18, 23-24 ; 18, 69 ; 37, 102 ; 81, 29. Hadith : al-Bukhârî et Muslim (Salomon ; les signes de l’hypocrisie) ; al-Tirmidhî (l’exception dans le serment). Sîra et exégèse : Ibn Ishâq, al-Sîra (rapportée par Ibn Hishâm) ; al-Tabarî, Jâmi’ al-bayân, et al-Qurtubî, al-Jâmi’ li-ahkâm al-Qur’ân, sur 18, 23-24. Jurisprudence : Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, al-Risâla, chapitre des serments ; Khalîl ibn Ishâq, al-Mukhtasar, chapitre des serments.