Al-hamdou li-Llâh : sens, racine, mérites et enseignements

Vocabulaire des musulmans·En profondeur

الْحَمْدُ لِلَّهِ

Al-hamdu li-Llâh

Prononciation : al-ham-dou lil-lâh

« La louange est à Allah »

Racineح م د (h-m-d)louer quelqu’un pour ses qualités, avec amour et révérence ; le même mot donne Muhammad et Ahmad
En bref

On l’entend souvent prononcée « hamdoullah », mais la forme correcte est al-hamdou li-Llâh : la contraction fait disparaître l’article de al-hamd, « la louange ». C’est la première phrase du Coran après la basmala, et la dernière parole des gens du Paradis. Elle ne dit pas seulement « merci » : elle affirme que toute louange, où qu’elle se trouve, revient en réalité à Allah.

La langue : louange, remerciement, éloge

Les savants de la langue distinguent trois mots proches :

  • Le hamd, la louange : on loue quelqu’un pour ses qualités parfaites et pour ses bienfaits, avec amour et révérence. On loue Allah pour ce qu’Il est, même sans avoir rien reçu.
  • Le shukr, le remerciement : il répond à un bienfait reçu, et se fait par le cœur, la langue et les actes. « Œuvrez avec gratitude, famille de David » (34, 13).
  • Le madh, l’éloge : il peut s’adresser à n’importe qui, même sans amour, même pour des qualités qui ne dépendent pas de lui.

La louange est donc plus large que le remerciement par ses motifs — elle porte sur les qualités et sur les bienfaits —, et le remerciement plus large par ses moyens — il engage aussi les actes. Ibn al-Qayyim développe cette distinction dans Madârij as-sâlikîn.

« Al- » : l’article qui ouvre la formule englobe tout. Ce n’est pas « une louange est à Allah », mais la louange, toute la louange : chaque fois que quelque chose de beau est loué dans le monde, c’est en réalité Celui qui l’a fait beau qui est loué. « Li- » : la préposition dit à la fois l’appartenance et le mérite — la louange Lui revient et Lui est due.

De la même racine viennent Muhammad, « celui qui est abondamment loué », et Ahmad, « le plus louangeur » ou « le plus digne de louange », le nom sous lequel Jésus l’annonce (61, 6). Au Jour dernier, le Prophète ﷺ portera l’étendard de la louange (liwâ’ al-hamd) et se tiendra au rang loué (al-maqâm al-mahmûd, 17, 79).

Dans le Coran

Cinq sourates s’ouvrent par al-hamdu li-Llâh : la Fâtiha, les Bestiaux (6), la Caverne (18), Saba (34) et le Créateur (35). La formule y accompagne la création des cieux et de la terre, la descente du Livre, la royauté d’Allah sur toute chose.

  • Elle est la dernière parole des gens du Paradis : « Et la fin de leur invocation est : louange à Allah, Seigneur des mondes » (10, 10).
  • Elle est la parole de ceux qui entrent au Paradis : « Louange à Allah qui a éloigné de nous la tristesse » (35, 34).
  • Elle clôt le Jugement : « Et il sera dit : louange à Allah, Seigneur des mondes » (39, 75).

Dans la Sunna : ses mérites

  • « La purification est la moitié de la foi, et al-hamdu li-Llâh remplit la balance » (Muslim, d’après Abû Mâlik al-Ash’arî).
  • « La meilleure des évocations est lâ ilâha illa-Llâh, et la meilleure des invocations est al-hamdu li-Llâh » (al-Tirmidhî et Ibn Mâja, d’après Jâbir). La louange est une invocation, car celui qu’on loue sait ce qu’on espère de Lui.
  • « Allah agrée le serviteur qui mange une bouchée et L’en loue, et qui boit une gorgée et L’en loue » (Muslim, d’après Anas).
  • « Quand l’enfant d’un serviteur meurt et qu’il dit la louange et innâ li-Llâh, Allah dit : bâtissez pour Mon serviteur une maison au Paradis, et nommez-la la Maison de la louange » (al-Tirmidhî, d’après Abû Mûsâ).
  • Quand quelque chose lui plaisait, le Prophète ﷺ disait : « Louange à Allah, par la grâce de qui s’accomplissent les bonnes choses » ; et quand quelque chose lui déplaisait : « Louange à Allah en toute circonstance » (Ibn Mâja, d’après ’Âisha).
  • Celui qui éternue dit al-hamdu li-Llâh, et on lui répond yarhamuka-Llâh (al-Bukhârî, d’après Abû Hurayra).

Ce qu’en disent les savants

Les exégètes s’arrêtent sur le fait que le Livre s’ouvre par la louange, et non par un ordre ou une interdiction : avant de demander quoi que ce soit au serviteur, Allah lui apprend à reconnaître qui Il est. Al-Qurtubî note que le serviteur, en disant al-hamdu li-Llâh, fait ce que font les anges, les prophètes et les gens du Paradis — et qu’aucune autre formule n’est à la fois une adoration, un remerciement et une invocation.

Les savants de la spiritualité ajoutent que la louange dans l’épreuve est le sommet de la reconnaissance : dire al-hamdu li-Llâh quand tout va bien est de la gratitude ; le dire quand tout va mal est de la foi, parce qu’on sait que ce qu’Allah décrète recèle un bien que l’on ne voit pas encore.

Quand la dire

  • Au réveil : « Louange à Allah qui nous a rendu la vie après nous avoir fait mourir, et vers Lui est la résurrection » (al-Bukhârî, d’après Hudhayfa).
  • Après avoir mangé et bu, après s’être habillé.
  • En réponse à « comment vas-tu ? » : c’est une manière de ne jamais se plaindre des décrets d’Allah devant les créatures.
  • Après la prière, trente-trois fois, avec subhâna-Llâh et Allâhu akbar (Muslim).
  • Dans l’épreuve : al-hamdu li-Llâhi ’alâ kulli hâl.

Sources

Coran : 1, 2 ; 6, 1 ; 10, 10 ; 17, 79 ; 18, 1 ; 34, 1 ; 34, 13 ; 35, 1 ; 35, 34 ; 39, 75 ; 61, 6. Hadith : Muslim (la balance ; le repas ; les invocations après la prière) ; al-Bukhârî (l’éternuement ; le réveil) ; al-Tirmidhî (la meilleure invocation ; la Maison de la louange) ; Ibn Mâja (la louange en toute circonstance). Langue et exégèse : Ibn Fâris, Maqâyîs al-lugha ; al-Qurtubî, al-Jâmi’ li-ahkâm al-Qur’ân, commentaire de la Fâtiha ; Ibn al-Qayyim, Madârij as-sâlikîn, station de la gratitude.