بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ
Bismi-Llâhi-r-Rahmâni-r-Rahîm
Prononciation : bis-mil-lâ-hir-rah-mâ-nir-ra-hîm
« Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux »
La basmala ouvre toutes les sourates du Coran sauf une, et le musulman la prononce au seuil de chaque acte. Dire « au nom d’Allah », c’est commencer avec Son aide, sous Son regard, en reconnaissant que rien ne s’accomplit sans Lui.
La langue : ce que disent les mots
« Bi- » : la préposition qui ouvre la formule exprime l’aide et l’accompagnement : « avec le nom d’Allah », « en m’aidant du nom d’Allah ». Les grammairiens expliquent qu’un verbe est sous-entendu, que chacun complète selon ce qu’il fait : « au nom d’Allah je lis », « au nom d’Allah je mange », « au nom d’Allah j’entre ». Al-Zamakhsharî, dans al-Kashshâf, relève que ce verbe se place en pensée après le nom d’Allah, comme pour dire : c’est par Son nom seul que je commence, et par aucun autre.
« Ism », le nom : les grammairiens de Basra le tirent de la racine s-m-w, l’élévation — le nom élève la chose, la fait sortir de l’anonymat ; ceux de Koufa le tirent de w-s-m, la marque, le signe. Détail que relèvent al-Qurtubî et les exégètes : dans la basmala, l’alif de ism ne s’écrit pas (bi-smi et non bi-ismi), à cause de la fréquence de l’usage ; il s’écrit en revanche dans « Récite au nom de ton Seigneur » (96, 1).
« Allah » : le nom propre du Seigneur, qu’aucune créature n’a jamais porté, et auquel tous les autres noms se rattachent comme des attributs. On dit « le Tout Miséricordieux est Allah », jamais l’inverse.
« Ar-Rahmân, ar-Rahîm » : deux noms de la même racine r-h-m, qui a aussi donné rahim, la matrice — la miséricorde qui enveloppe, protège et fait vivre. Les exégètes expliquent que ar-Rahmân dit une miséricorde immense qui embrasse toute la création, croyants et mécréants, en cette vie ; ar-Rahîm dit la miséricorde qui atteint effectivement celui qui la reçoit, et que le Coran réserve particulièrement aux croyants : « Il est, envers les croyants, Très Miséricordieux (rahîmâ) » (33, 43). Le premier nom est propre à Allah ; le second peut qualifier une créature, comme le Prophète ﷺ, « compatissant et miséricordieux » envers les croyants (9, 128).
Dans le Coran
La basmala ouvre les cent quatorze sourates, à l’exception d’une seule, at-Tawba (sourate 9), qui commence par une dénonciation de pacte. Elle figure en outre au milieu d’une sourate : la lettre que Salomon envoya à la reine de Saba commence par elle — « Elle vient de Salomon, et c’est : Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux » (27, 30).
Les savants de la jurisprudence que suit ce site enseignent que la basmala n’est pas un verset de la Fâtiha ni des autres sourates, mais un séparateur écrit pour la bénédiction, sauf dans la sourate des Fourmis où elle fait partie du verset. C’est pourquoi on ne la récite pas avant la Fâtiha dans la prière obligatoire. D’autres savants sunnites la tiennent pour un verset de la Fâtiha : la divergence est ancienne et respectée.
Dans la Sunna
- Avant de manger : « Mon garçon, dis bismillah, mange de ta main droite et mange de ce qui est devant toi » (’Umar ibn Abî Salama, al-Bukhârî et Muslim). Celui qui a oublié au début dit, dès qu’il s’en souvient : Bismi-Llâhi awwalahu wa âkhirahu, « au nom d’Allah, au début et à la fin » (Abû Dâwûd, al-Tirmidhî, d’après ’Âisha).
- En entrant chez soi : « Quand l’homme entre chez lui et mentionne Allah en entrant et en mangeant, le diable dit : pas de gîte ni de dîner pour vous » (Muslim, d’après Jâbir).
- Le soir, en fermant la maison : « Fermez vos portes en mentionnant le nom d’Allah, car le diable n’ouvre pas une porte fermée » (al-Bukhârî et Muslim, d’après Jâbir).
- Avant l’union conjugale : « Au nom d’Allah ; ô Allah, éloigne de nous le diable, et éloigne le diable de ce que Tu nous accordes » — si un enfant leur est destiné, le diable ne lui nuira jamais (al-Bukhârî et Muslim, d’après Ibn ’Abbâs).
- Sur une douleur : poser la main sur l’endroit qui fait mal, dire trois fois bismillah, puis sept fois « Je cherche refuge auprès de la puissance d’Allah et de Son pouvoir contre le mal de ce que je ressens et redoute » (Muslim, d’après ’Uthmân ibn Abî l-’Âs).
Un hadith à connaître avec prudence : « Toute affaire importante qui ne commence pas par bismillah est tronquée. » Très souvent cité en tête des livres, il est jugé faible par les spécialistes du hadith. Le sens reste juste, puisqu’il est confirmé par les récits authentiques ci-dessus ; mais on ne l’attribue pas au Prophète ﷺ avec certitude.
Ce qu’en tirent les savants : la basmala dans les actes
- Pour les ablutions et le grand lavage, dire bismillah est recommandé ; son oubli ne rend pas l’ablution invalide.
- Pour l’abattage, la mention du nom d’Allah est obligatoire pour qui s’en souvient et le peut : « Ne mangez pas de ce sur quoi le nom d’Allah n’a pas été prononcé » (6, 121). Si le sacrificateur l’oublie, la bête reste licite ; s’il l’omet volontairement, elle ne l’est pas.
- Pour la chasse, de même, on mentionne le nom d’Allah en lâchant le chien ou la flèche (5, 4).
- On ne la dit pas pour commencer un acte interdit : mêler le nom d’Allah à une désobéissance est une faute de plus.
- Dans les toilettes, on la dit avant d’entrer, pas à l’intérieur.
Le sens spirituel
Commencer par le nom d’Allah, c’est avouer d’entrée sa pauvreté : je n’ai pas la force de ce que j’entreprends, je la demande à Celui qui la possède. C’est aussi consacrer l’acte : le repas devient une grâce reçue, le travail un service, le voyage un chemin sous Sa garde. Et c’est commencer par la miséricorde : parmi tous Ses noms, Allah a choisi, pour ouvrir Son Livre, ceux qui disent qu’Il est miséricordieux.
Sources
Coran : 1, 1 ; 5, 4 ; 6, 121 ; 9, 128 ; 27, 30 ; 33, 43 ; 96, 1. Hadith : al-Bukhârî et Muslim (le repas de ’Umar ibn Abî Salama ; les portes ; l’union conjugale) ; Muslim (entrer chez soi ; la douleur) ; Abû Dâwûd et al-Tirmidhî (l’oubli au début du repas). Exégèse et langue : al-Zamakhsharî, al-Kashshâf ; al-Qurtubî, al-Jâmi’ li-ahkâm al-Qur’ân, commentaire de la basmala ; al-Tabarî, Jâmi’ al-bayân. Jurisprudence : Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, al-Risâla ; Corentin Pabiot, Précis de fiqh malikite.