Chapitre 07 / 12
SEPTIÈME PARTIE — LA FEMME, LA JUSTICE, L’AUTRE
31. Ce que les textes donnent aux femmes — et depuis quand
Parlons calendrier, car c’est le grand refoulé du débat. La musulmane du VIIᵉ siècle possède en son nom propre, hérite, commerce, garde son nom en se mariant, garde l’intégralité de ses revenus — l’entretien du foyer incombe au mari, fût-elle plus riche que lui — et son consentement conditionne la validité de son mariage : le Prophète ﷺ a annulé celui d’une femme mariée de force (al-Bukhârî). Khadîja, première épouse du Prophète ﷺ et premier être humain à embrasser l’islam, était une négociante prospère qui l’employait avant de le demander en mariage.
En face : l’épouse anglaise attend 1882 pour disposer librement de ses biens propres, la Française 1965 pour ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de son mari. Douze à treize siècles d’écart. On peut débattre de tout — pas du calendrier.
Devant Dieu, l’égalité spirituelle est explicite : « Quiconque, homme ou femme, fait une bonne œuvre tout en étant croyant, Nous lui ferons vivre une bonne vie » (16:97). Dans le foyer, la norme est posée par celui qui en fut l’exemple : « Le meilleur d’entre vous est le meilleur envers sa famille » (at-Tirmidhî) — et ‘Â’isha témoigne qu’il n’a jamais levé la main sur une femme ni un serviteur (Muslim). Et quand un homme demanda qui méritait le plus sa compagnie : « Ta mère. — Puis qui ? — Ta mère. — Puis qui ? — Ta mère. — Puis qui ? — Ton père » (al-Bukhârî, Muslim). Trois pour une.
Alors oui — et nous y reviendrons longuement dans la neuvième partie — il existe dans le monde musulman des mariages forcés, des filles privées d’héritage, des violences. Le musulman honnête ne les nie pas : il les dénonce, textes en main, car chacune de ces pratiques viole un texte explicite. On ne juge pas une doctrine par ceux qui la trahissent ; on juge ceux qui la trahissent par la doctrine.
32. La justice, jusque contre soi-même
Voici, dans tout le Coran, le passage qui devrait être affiché dans les écoles de droit :
« Ô les croyants ! Soyez stricts observateurs de la justice et témoins devant Allah, fût-ce contre vous-mêmes, contre vos père et mère ou proches parents. »
— Coran 4:135
Et son jumeau, plus stupéfiant encore :
« Que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Pratiquez l’équité : cela est plus proche de la piété. »
— Coran 5:8
Relisez : le verset envisage la haine — il ne prétend pas qu’on aimera tout le monde — et il lui interdit de peser un gramme dans la balance du jugement. Même l’ennemi a droit au droit. Trouvez une charte moderne qui aille aussi loin.
Cette justice s’étend au champ de bataille : quiconque tue un innocent, « c’est comme s’il avait tué tous les hommes » (5:32) ; et les consignes d’Abû Bakr aux armées — ne tuez ni femme, ni enfant, ni vieillard, ne brûlez pas les arbres, laissez les moines à leurs ermitages (rapportées dans al-Muwatta’) — codifient au VIIᵉ siècle ce que les conventions de Genève écriront au XXᵉ.
33. L’autre : nulle contrainte
« Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s’est distingué de l’égarement. »
— Coran 2:256
At-Tabarî rapporte la circonstance de révélation : des Médinois voulaient forcer leurs fils chrétiens à l’islam ; le verset descendit pour le leur interdire. La foi contrainte est un non-sens, et le Coran le dit à son propre Prophète : « Est-ce à toi de contraindre les gens à devenir croyants ? » (10:99). La méthode prescrite tient en un verset : « Appelle au sentier de ton Seigneur par la sagesse et la bonne exhortation, et discute avec eux de la meilleure façon » (16:125).
Envers le non-musulman pacifique, la règle est la bonté active : « Allah ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion » (60:8). Le Prophète ﷺ reçut les chrétiens de Najrân dans sa propre mosquée et les y laissa prier ; ‘Umar, prenant Jérusalem, garantit personnes, biens, églises et croix, et refusa de prier au Saint-Sépulcre de peur que les musulmans, après lui, ne s’en emparent au prétexte de sa prière. Et cette parole prophétique, que tout musulman devrait connaître : « Celui qui opprime un protégé non musulman, je serai moi-même son adversaire au Jour du Jugement » (Abû Dâwûd).
L’histoire en fournit la contre-épreuve : huit siècles de pouvoir musulman en Espagne ont laissé des populations chrétiennes et juives entières ; un siècle d’Inquisition a suffi à vider la péninsule de ses musulmans et de ses juifs. Les juifs chassés de Sépharade en 1492, où ont-ils trouvé refuge ? À Istanbul, Salonique et Fès — chez le sultan musulman. Ce sont des faits de manuel, pas des arguments de prêche.